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Full text of "Histoire des relations de la Chine avec les puissances occidentales .."

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BieJ.lUTHeoUE 
D'niSTOinE    COXTEMPOnAINE 


iTiSTruriF 

RELATIONS  DE  LA  CHINE 


us  ri'ISSASCES  OCCIDENTALES 

l'inriintiiu  KoutKii-tir 
Hbiii'I  CORDIER 


l'AHIS 

VÈU\  AtCAJV,   ÈUITEUR 
•  Il  If iiinii.  r.tutlOD  OAII,kll>lll>  îT  i- 


iiisToinK 


I>F.S 


RELATIONS  DE  LA  GilINE 


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L  K  S  I»  L I S  S  A  \  (  ;  i<:  s  o  ce.  i  d  k  n  ta  i.  k  s 


1 8Go- 1 900 


A  LA  MÊME  LIBRAIRIE 


CORDIER  (H  ),  professeur  à  IKcolc  des  langues  orientales  vivantes.    — 

Histoire  des  relations  de  la  Chine  avec  les  puissances  occi- 
dentales (i 860- I 900) : 

ToMK  1  (1861-75),  I  vol.  in-8  avec  carlo n>  IV. 

Tome  11(1875-1887),  i  vol.  in-8  avec  caries 10  l'r 

ToMK  m.  Icrminant  l'ouvrage,  paraîtra  en  janvier  lyoa. 


DRIAULT  (E.),  professeur  agrégé  d'histoire  au  lycée  d  Orléans.  —  La 
Question  d'Orient.  Préface  de  G.  Monod,  do  l'Institut;  ^'^  édit  . 
1900,  I  vol.  in-8  (Ouvrage  couronné  par  l'Institut.).    ...        7  fr. 

—  Les  problèmes  politiques  et  sociaux  à  la  fin  du  XIX«  siècle. 

1900,  I  vol.  in-8 7  fr. 

LANESSAN  (J.-L.  de),  député.  —  L'Indo-Chine  française.  Étude 

économique,  politique  et  administrative  sur  la  Cuchinc/tinr,  le  Cfim- 
bodge,  VAnnam  et  le  Tonk'm.  Ouvrage  couronné  par  la  Société  rie 
Géographie  commerciale  de  Paris  (médaille  Dupleix).  i  vol.  in-8  avec 
5  cartes  en  couleurs  hors  texte,  1889 i5  fr. 

—  La  morale  des  philosophes  chinois,  1896,  i  vol.  in  lO.      1  fr.  lo 

MONMER  (Marcel).  —  Le  Drame  chinois  (juiUet-aoAt  1900).  i  vol. 
in-i() 3  fr.  r)o 

OLDENBERG,  professeur  à  TUnivcrsité  de  Kiel.  Le  Bouddha;  Sa  vir; 
Sa  doctrine  :  Su  conimunnufé.  Traduit  de  l'allemand  par  \.  Foi  rui', 
agrégé  de  l'Université.  A\'e,c  une  préface  de  M.  Sylvain  Lfvi,  pro- 
fesseur au  Collège  de  France,  ae  édil.,  1902.    i   vol.   in-8.       7  fr    5o 

PIOLET (J.-B.).  —  La  France  hors  de  France  ;  De  notre  émigration  : 

Sa  nécessité;  Ses  conditionsy  1  vol.  in-8,  1900.      ...        10  fr. 


HISTOIRE 


DES 


RELATIONS  DE  LA  CHINE 


A  \  KC 


LES  PUISSAÎSCKS  OCCIDENTALES 


1860-1900 


I/Zliî 


LKMPEREUR    KOUANCi   SIU 


l>KE.MItIlK   l'AllTIK  :    1875-1887 


V\l\ 


Henri  CpRDIER 

ProA'sseur  à  TLcdic  «les  lan^iic!^  orientale»  vivanUî», 
Vicc-Présiclcnl  do  la  Société  de  Gwgrapbie 


PARIS 

FÉLIX  ALCAN,  ÉDITEUR 

ANCIENNE   LIBUAIUIE  GEIIMER  BAILLIÈRE   ET  C 

1U8,     BOULEVARD     S  A  I  >' T  -  G  £R  M  A  I  N,      I08 


190a 

Tous  droits  rés<^rvé«. 


LES  RELATIONS  DE  LA  CHINE 

AVEC    LES    PUISSANCES    OCCIDENTALES 
1 8Co- 1 900 


CIl.M'lTRE  PREMIER 
ATËHEMENT  DE  KODANG-SIU 

La  fin  prémaliirée  de  T'oung-Tclié  devait  faire  nnitrc  na- 
turellement dessonpçons  sur  les  causes  de  relie  mort  impré- 
vue ;  le  peuple  se  refusa  dans  cerl.iins  endroits  ù  croire  k 
la  disparition  du  jeune  souverain  et  un  aventurier  surgit 
même  dans  le  Ynn-Nan,  prétcndanl  ^trc  lo  défunt  empereur; 
il  fut  décapité  à  Yun-Nan  fou  par  ordre  du  gouverneur, 
Ts'ên  Yû-ying;  même  événement  se  produisit  d'ailleurs  en 
1900,  à  Wou-lch'ang,  capilalc  du  Ilou-Pé,  où  Tchnng 
Tchi-toung  Cl  exécuter  un  faux  cm|iercur. 

Les  réaidcnla  étrangers  eurent  !c  désagrément  exti-éme 
do  voir  leurs  boys  laisser  ]iousser  leurs  clievciix  qui,  pen- 
dant les  cent  jours  du  deuil,  atteignirent  une  longueur  dé- 
mesurée. Les  sceaux  oBiciels,  de  vermillon  devinrent  bleus  ; 
les  draps  rouges  des  broueltes  furent  changés  pour  des  draps 
bleus.  A  Cliang-llai,  l'éditeur  du  ('lien  Pao.  en  signe  de 
de  deuil,  imprima  h  l'encre  bleue  le  numéro  de  son  journal 
qui  contenait  la  nouvelle  du  fatal  événement;  plus  lard,  iV 
l'accession  de  Kounng-  Siu,  en  manpic  de  n'jouissance,  le  pa- 
pier du  journal  fut  cbangé  et  devint  vermillon,  l'cnerc  res- 
tant noire;  le  Wei  Pao,  suivant  l'exemple  de  son  confrère, 
tout  en  gardant  son  papier  ordinaire,  employa  de  l'encre 
rouge  i«iur  imprimer  ce  numéro  exceptionnel. 

CoMUER.  H.    —    I 


a  AVÈNEMENT   DE  KOt*ANG-SlC 

Le  lendemain  de  la  mort  de  T'oung-Tché,  le  Prince 
Koung  en  communiqua  officiellement  la  nouvelle  aux  mi- 
nistres étrangers. 


LETTRE  JLSyOSÇkyT    LA.   MORT    DE    l'eMPEREUR 

Le  Prince  Koung,  Président  du  Tsoung-li  Yamen,  etc.,  au 
Comte  de  Rochechouart,  chargé  d'affaires  de  France,  etc. 

Pé-king,  le  G  de  la  1 1*^  lune  (i3  janvier  1875). 

Je  vous  informe  respectueusement  que  S.  M.  l'Empereur  est 
décédée  le  5*  jour  de  cette  lune  (le  Dragon  s'est  envolé  jusqu'aux 
cieux). 

Comme  j'étais  l'oncle  de  S.  M.,  jamais  je  ne  pourrai  me 
consoler  de  cette  perte  douloureuse. 

Moi,  Prince,  ayant  en  ce  moment  à  m'occuper  respectueuse- 
ment du  règlement  du  deuil  (et  des  funérailles),  occupations  qui 
sont  en  grand  nombre  et  de  la  dernière  importance,  je  viens 
vous  prier  de  vouloir  bien  remettre  à  quel(|ue  temps  d'ici  le 
règlement  des  affaires  importantes  (excepte  toutefois  celles  de  la 
plus  grande  urgence)  et  celui  des  affaires  courantes.  Plus  tard 
nous  pourrons  reprendre  ces  affaires  et  les  traiter. 

C'est  dans  ce  but,  etc.,  etc  ^ 

Notre  chargé  d'affaires,  M.  le  comte  de  Rochechouart, 
s'empressa  d'accuser  réception  de  cette  dépêche  : 


Pé-king,  le  i4  janvier  1875. 
Monseigneur, 

J'ai  reçu  la  notiQcation  que  vous  m*avcz  fait  l'honneur  de 
m'envoyer  hier  et  je  m'empresse  de  vous  témoigner  toute  la  part 
que  je  prends  à  votre  douleur.  Je  ne  doute  pas  que  mon  Gou- 
vernement, lorsqu'il  apprendra  cette  triste  nouvelle,  ne  me 
charge  officiellement  de  vous  exprimer  les  regrets  que  lui  inspire 
la  mort  prématurée  d'un  prince  dont  le  règne,  sous  les  auspices 
de  V.  A.  L  et  des  Ministres  du  Tsoung-li  Yanicn,  avait  déjà  tant 

I.    Traduction  de  F.  Scherzer. 


TKî^TAMKNT    I)K    r'oi  NC-TClli:,    I.HjANMKIl    iS-f)  ',\ 

fait  pour   la  prospcrilc  de  son   pays,   et   pour  le  inaiiilicn  des 
bonnes  relations  avec  les  nations  étrangères  alliées  de  la  Chine. 

Agréez,  etc.,  etc. 

[Sig.]  ROGUECHOUART. 

Le  même  jour  (i  3  janvier)  les  deux  doyens  de  l'Académie 
de  médecine,  dont  les  soins  avaient  été  impuissants  à  gué- 
rir l'Empereur,  furent  dégradés,  mais,  le  surlendemain,  ils 
étaient  autorisés  à  rester  à  leur  poste,  malgré  leur  disgrâce. 

Le  Prince  Koung  communiqua  également  aux  légations 
étrangères  le  testament  du  défunt  empereur  ;  c'est  une  pièce 
curieuse  par  le  fond  et  la  forme  : 

• 

TESTAMENT    DE    t'oL'NG-TCHÉ,     i3    JANVIEU    iSyO 

Le  Prince  Koung,  Président  du  Tsoung-li  Yanien,  etc.,  etc., 
au  Conile  de  Rocliechouart,  etc.,  etc. 

Pé-king,  le  i4  janvier  1876. 

J*ai  l'honneur  de  vous  communiquer  la  teneur  du  Testament 
de  TEnipereur  Ï'oung-Tché,  testament  qui  a  paru  le  6  de  cette 
lune*  (i 3  janvier). 

«  L'empereur  Ilien-Foung  me  combla  de  ses  bontés,  en  me 
«  désignant  pour  le  Trône,  malgré  mon  extrême  jeunesse.  Je 
«  priai  les  deux  Impératrices  de  gouverner  comme  Régentes 
a  (d'abaisser  le  rideau),  et,  du  matin  au  soir,  elles  vécurent 
a  dans  les  préoccupations  et  les  fatigues  jus<]u'au  moment  où 
«  elles  m'obligèrent  à  prendre  m<)i-niôinc  les  rênes  du  Gouver- 
«  nement.  On  m'apprit  les  traditions  et  les  devoirs  de  la  dynas- 
«  tie  :  vénérer  le  Ciel,  imiter  les  Ancêtres,  s'appliquer  sans  re- 
«  lâche  aux  soins  du  Gouvernement,  aimer  le  peuple.  Je  sentis 
a  moi-même  combien  mon  mérite  était  petit.  J'ai  du  y  suppléer 
«  parles  veilles,  et,  dejourenjour,  je  pouvais  davantage  me  mêler 
a  aux  affaires.  Apres  dix  ans,  la  régence  cessa.  Mais  cependant 
a  je  continuai  à  suivre  les  conseils  de  ma  mère  et  bien  que  mes 
«  armées  aient  apaisé  les  rébellions  des  \ué-fei  et  des  Nien-fei, 
a  bien  que,  dans  le  Yun-Nan,  le  Kouei-tchéou,  le  Chen-Si  et  le 

1.  6«  jour  de  la  la^  lune,  li^  année  T'oung-Tclié. 


4  AVEXEMEXT  DE  KOUANG-SIC 

«  Kan-Sou,  elles  aient  exterminé  ou  soumis  les  rebelles  Miao- 
«  tseu  et  Houei-tseu,  et  pacifié  toutes  ces  provinces,  je  ne  pou- 
«  vais  prendre  un  instant  de  repos  pendant  la  durée  de  ces 
«  guerres,  tant  j'avais  hâte  de  voir  le  peuple  délivré  de  ces 
«  fléaux.  Soit  à  la  Cour,  soit  dans  les  Provinces,  mes  sujets  ont 
«  pu  voir  combien  du  fond  du  palais  je  me  préoccupais  de  leur 
«  bien-être;  chaque  fois  que  survenaient  dans  l'Empire  des  cala- 
a  mités  telles  que  des  inondations,  des  sécheresses,  toutes  les 
«  autorités  me  demandaient  des  remises  d'impôts  et  des  secours, 
«  et  il  n'y  a  pas  de  province  à  laquelle  je  n'aie  immédiatement 
«  fait  sentir  les  effets  de  ma  bienraisance. 

«  Je  possédais  une  bonne  santé,  mais,  dans  la  ii*^  lune  (dé- 
«  ccmbre  1874).  je  fus  atteint  de  la  petite  vérole  et  obligé  de 
«  me. soigner  ;  je  sens  la  faiblesse  me  gagner,  et  mon  souflle  est 
«  près  de  s'éteindre  !  Telle  est  la  volonté  du  Ciel  ! 

«  Lie  fardeau  du  commandement  est  si  lourd  que  je  ne  puis 
c  le  laisser  qu'à  un  homme  de  bien  ;  aussi  ai-je  accepté  respec- 
«  tueusement  l'ordre  des  deux  Impératrices  donnant  à  l'Empe- 
«  reur  Hien-Foung,  mon  père,  Tsai-Tien,  fils  du  prince  Tch'ouen 
c  (7'  prince)  comme  fils  d*adoption  avec  droit  de  succession  au 
«  Trône. 

c  Mon  successeur  est  animé  des  sentiments  d'humanité  et  de 
c  respect  filial  ;  il  est  intelligent  et  acceptera  avec  respect  la  tâche 
«  que  je  lui  laisse.  Le  CieU  qui  fait  le  peuple,  lui  doit  un  Empe- 
«  reur  pour  le  gouverner  et  veiller  sur  lui.  Mon  successeur  se 
«  montrera  soucieux  de  ses  devoirs,  et  cherchera  à  connaître  la 
«  valeur  de  ses  sujets,  à  calmer  le  peuple,  et  à  assurer  ]>our 
«  jamais  la  stabilité  du  Trône  que  je  lui  laisse.  Qu'il  obéisse  aux 
a  deux  Impératrices  et  veille  sur  Elles  ;  qu'il  se  rende  digne  de 
c  leur  affection  maternelle.  Quant  aux  oHîciers  civils  et  mili- 
«  taires  de  la  Capitale  et  des  Provinces,  ils  seconderont  l'Empe- 
«  reur  dans  son  œuvre  de  pacification  par  leur  zèle,  leur  esprit 
«  de  conduite,  leur  application  à  leurs  devoirs.  Si  ce  vœu  est 
c  exaucé,  je  mourrai  tranquille. 

a  Mon  successeur,  suivant  la  coutume  établie  par  mes  prédé- 
«  cesseurs,  quittera  le  deuil  au  bout  de  27  jours. 

«  Respectez  mes  paroles,  et  faites-les  connaître  à  tous.  » 

Tel  est  le  but  de  la  présente  communication. 

(Sceau  du  Tsoung-li  Yamen.)  * 
I.  Pour  traduction  conforme:  F.   Scherzer.  M.  Maurice  Courant 


TESTAMENT  DE  T*OUNG-TCIIÉ,    l3  JANVIER    1876  5 

Toung-Tché  étant  mort  sans  enfants,  qui  allait  le  rem- 
placer? Les  candidats  ne  manquaient  pas  parmi  les  fils  de 
SCS  oncles,  frères  de  Ilien-Foung.  Régulièrement  T'oung- 
Tché,  Tsai  Tchoun,  devait  avoir  pour  successeur  un  prince 
de  la  génération  suivante  Pou, 

L'Empereur  K'icn-Loung'  avait  décidé  que  les  générations 
de  ses  descendants  seraient  distinguées  successivement  par 

les  caractères  Yonfj  f^  ,  Mien  ^  ,  17  ^  et  Tsai  ^  .  En 
1826,  l'empereur  Tao-Kouang  choisit  quatre  autres  carac- 
tères pour  les  générations  suivantes  :  P*ou^^  ,  ITifij^,  Ileng 
4g[ct  ATï,  Jgjr;  enfin  Tempereur  Ilien-Koung  (9  juin  i854) 
ajouta  à  la  liste  les  quatre  caractères  :  Tao  ^  ,  K'ai  M  , 
Tseng^QiK'i]^, 

Les  partisans  de  la  tradition  prétendaient  qu'il  fallait  cher- 
cher le  successeur  de  ï'oung-ïché,  dans  la  descendance  de 
Mien  K'ai,  prince  de  Toun-K'io,  troisième  fils  de  l'empe- 
reur Kia-K'ing  et  frère  de  l'empereur  Ïao-Kouang  ;  Mien 
K'ai  avait  adopté  son  neveu,  le  cinquième  fils  de  Ïao- 
Kouang,  Yi-Tsoung,  prince  de  Toun  *,  dont  le  second  fils, 
Tsai  Yi,  adopté  comme  héritier  du  quatrième  fils  de  Kia- 
K'ing,  Mien  Ilicn,  est  le  prince  Touan,  qui  a  fait  tant  parler 
de  lui,  lors  des  derni(TS  événements,  et  qui  est  le  propre 
|>ère  de  P  ou  Tsiun,  aujourd'hui   héritier  désigné  du  trône. 

On  racontait  que  le  cinquième  prince  Yi-Tsoung,  prince 
de  Toun,  avait  épousé  la  fille  d'un  prince  mongol  très  puis- 
sant appelé  Kalatzindont  il  avait  eu  quatre  enlants  :  le  pre- 


a  également  donné  une  traduction  de  ce  document,  p.  io3-5,  do  l.a  Cour 
de  Péking,  Paris,  1891,  in-vS. 

I .  Voir  à  la  fin  du  volume  le  tableau  généalogique  rédigé  d'après  : 
The  Chinese  Im[)erial  Familv  by  W.  F.  Mayers,  NorthChina  Herald^ 
January  1876;  et  Généalogit*  du  prince  K'ingy  par  A.  VL^sicre,  T*oung 
Pao,  octobre  1900,  p.  3/|a-4. 

a.  Mort  février  1889. 


6  AVÈNEMENT   DE  ROL'ANG-SIU 

mier  devait  hériter  du  titre  de  son  père  ;  le  deuxième  était 
déclaré  illégitime,  parce  qu'il  avait  été  conçu  pendant  une 
période  de  deuil,  durant  laquelle  le  commerce  des  femmes 
est  interdit.  La  naissance  de  ce  jeune  prince,  écrit  un  diplo- 
mate, occasionna  même  un  fait  assez  original  :  les  censeurs, 
apprenant  cette  naissance,  portèrent  plainte,  et  Tempereur 
Ilien-Foung,  pour  ne  pas  porter  atteinte  aux  rites,  fut  obligé 
de  condamner  son  frère  à  l'exil;  le  lendemain,  un  décret  pa- 
rut, annonçant  qu'il  suffisait  de  déporter  le  portrait  dudit 
Prince  à  Ili. 

Toutefois  Tsai-Tien,  fdsde  Yi-Houan,  prince  de  Tch'ouen*, 
le  septième  Prince  fils  de  Tao-Kouang,  fut  choisi  le  i3 
janvier  1875. 

Le  Prince  Koung  se  hâta  de  communiquer  aux  étrangers 
le  décret  désignant  le  nouvel  empereur  ;  il  avait  été  froissé 
par  T'oung-Tché  et  le  changement  de  règne  n'était  pas  fait 
pour  lui  déplaire  ;  il  allait  retrouver  toute  son  influence  de 
jadis. 

CHOIX   DE  TSAI-TlEN 

Le  Prince  Koung,  Président  du  Tsoung-li  Yamen,  etc.,  etc., 
au  Comte  de  Rochcchouart,  etc.,  etc. 

Pé-king,  le  i4  janvier  1876. 

J*ai  l'honneur  de  vous  communiquer  la  teneur  d'un  décret 
paru  hier  : 

«  Les  Princes,  Ducs,  Hauts  Dignitaires,  etc.,  ont  reçu  rcs- 
«  pcctucuscmcnt  l'ordre  suivant  des  deux  Impératrices,  Ts'cu- 
«  ngan  cl  ïs*eu-hi  : 

«  L'Empereur  étant  mort  sans  laisser  d'enfants,  nous  n'avons 
«  d'autre  ressource  que  d'appeler  Ïsai-Tien,  fils  du  Prince  de 
a  I*'*' classe,  Yi-Houan,  fds  adoptif  de  l'Empereur  Wen  Tsoung 
«  Hien  (l'enipereur  Hien-Foung)  pour  succéder  au  Trône. 


t.  Mort  !«<'  janvier  1891  ;   sa  femme,  sœur  de  Ts'eu-hi,  et  mère  de 
Koiiang-Siu,  est  morte  le  18  juin  1896. 


PROTESTATION  D*OU  k'o-TOU  -y 

«  Si  TEmpereiir  np[>elé  à  succéder  a  un  fils,  ce  fils  sera  donne 
a  en  adoption  à  rEinpereur  défunt,  afin  de  lui  servir  de  pos- 
«  léritc.  » 

«  Respectez  ceci.  » 

Tel  est  le  but  de  la  présente  communication. 

[Sceau  du  Tsoung-li  Yamcn]  *. 


PKOTESTATIOîl    d'oU    l'o-TOU 


Un  ancien  censeur  pour  le  Ho-Nan,  Ou  K'o-tou,  secré- 
taire du  Tribunal  des  olTices  civils,  et  chargé  de  contrôler 
Tadministration  des  oflicicrs,  protesta  avec  éclat  contre  ce 
décret  : 

Votre  coupable  serviteur  a  lu  ce  décret  h  genoux  en  versant 
des  larmes.  Après  y  avoir  beaucoup  rélléclii,  je  me  suis  permis 
de  penser  que  les  deux  Impératrices  avaient  commis  une  double 
erreur  en  donnant  un  lils  adoptif  li  TEmjMîreur  Wen  Tsoung 
Hien,  et  en  ne  donnant  pas  d'héritier  à  Tempcreur  dernièrement 
décédé.  Puisque  rem|)ereur  dernièrement  décédé  n*a  pas  d'héri- 
tier, l'autorité  de  l'empereur  actuel,  en  vertu  du  décret  des  deux 
Impératrices,  lui  vient  do  l'empereur  Wen  Tsoung  Hien,  et  non 
du  dernier  empereur.  El  pour  l'avenir,  aucun  décret  n'assure 
encore  l'empire  au  lils  du  successeur  actuel —  Je  supplie  hum- 
blement les  deux  lm|KTalrices  de  déclarer  formellement  par  un 
nouveau  décret  que  renq)ire  reviendra  à  celui  qui  sera  l'héritier 
et  le  fds  adoptif  du  dernier  enq>ereur  défunt  :  (jue,  quand  l'em- 
pereur actuel  aurait  cent  enfants  mâles,  aucun  olïicier,  soit  en 
Chine,  soit  hors  de  la  Chine,  n'aura  le  droit  de  pro[)Oser  un 
avis  contraire. 

Le  vertueux  Ou  K\>-tou  s'étrangla  pour  donner  plus  de 
force  à  ses  arguments  : 

Le  chant  de  l'oiseau  qui  va  mourir,  est  un  chant  plaintif.  Les 
avis  d'un  homme  qui  va  mourir  sont  excellents. 


I.  Traduction  de  F.  Schcrzcr. 


8  AVÈNEMENT   DK   KOUANG-SIU 

11  fut  décrété  (3o  mai  1879)  par  les  Impératrices  que  ce 
que  Ou  K'o-lou  proposait  de  décider  sur  le  droit  de  succes- 
sion, ne  s'accordait  pas  avec  la  règle  suivie  dans  la  famille 
actuellement  régnante  ;  toutefois  le  décret  ajoutait  : 

Ou  K'o-tou  jusqu'à  la  mort  a  donné  des  avis,  et  montré  une 
fidélité  insigne;  il  est  digne  de  commisération,  que  le  Tribunal 
des  Rites  délibère  pour  qu'on  lui  accorde  les  honneurs  jx)slhu- 
mcs  assignés  par  la  loi  aux  olliciers  du  cinquième  rang.  ^ 

Un  décret  faisait  Téloge  du  souverain  défunt  et  fixait  la 
durée  du  deuil  : 


ÉLOGE    DE    t'oUNG-TCIIÉ 

Le  Prince  Koung,  Président  du  Tsoung-li  Yamcn,  etc.,  etc., 
au  Comte  de  Rochechouart,  etc.,  etc.,  etc. 

Pé-king,  le  i4  janvier  1875. 

J*ai  l'konneur  de  vous  communiquer  la  teneur  d'un  décret 
paru  hier  : 

«  Décret 

«  L'Empereur  étant  mort  le  5  de  cette  lune  (12  janvier)  j'ai 
«  reçu  respectueusement  des  deux  Impératrices  ïs'eu-ngan  et 
«  Ts'eu-hi  l'ordre  de  monter  sur  le  Trône.  Dans  la  douleur  que 
«  m'a  causée  cette  cruelle  séparation,  je  me  suis  prosterné  la  face 
a  contre  terre,  et  mes  lamentations  se  sont  élevées  jusqu'au 
«  Ciel.  L'Empereur  défunt,  durant  les  treize  années  de  son 
«  règne,  s'est  inspiré  des  traditions  de  la  dynastie,  il  a  exalté  la 
ce  piété  filiale  et  le  sentiment  du  devoir.  Tous  les  jours,  il  im- 
a  plorait  le  Ciel,  et  il  suivait  les  exemples  donnés  par  ses  An- 
«  cêtres  en  s'occupant  avec  zèle  du  Gouvernement,  et  en  mani- 
a  festant  son  amour  pour  le  peuple. 

a  11  choisissait  avec  discernement  les  hommes  de  talent  parmi 
a  ceux  qui  l'entouraient.  Sa  politique  et  ses  vœux  avaient  pour 
a  but  la  pacification  de  l'État  et  la  prospérité  de  la  nation. 

I.  Go  curieux  mémoire  est  traduit  en  entier,  p.  167-185,  de  Choix 
de  Documents...,  par  S.  Couvreur.  Ho-Lioa  fou,  1894* 


»  Vous  lou»  qui  i^les  tic  ce  moiulc.  vous  scrcJi  en  apprenant  la 
«  pcrto  de  rF^ii[>creiii-,  pion;;!»  dans  l'aniicliiin  cl  lu  désolai  ion, 

■  cl  voire  deuil  »cra  sinci-re!  (Juant  h  moi,  je  >erse  des  larnic!i 
a  de  san){  cl  le»  paroles  me   ntanqiiciil  [lour  exprimer  ma  dou- 

■  leur. 

«  Le  Tardium  qui  m'est  iVlin  esl  bien  lourd  (ii>ur  mes  raîliles 
(  <-|)aules  :  au»»!  \cs  ollieieDi  eitils  cl  militaire^  ile  la  Capitale  cl 
e  des  Provinces  devronUiU  tous  me  prêter  leur  coiicours.  ariudc 
B  in'aîder  pur  leur  rraiicliise  cl  leur  e>i]iril  de  jusIitT.  à  f;ouvi<r- 
«  ner  so(çeuicul.  Le»  vice-roi»  et  ponverneiirs  s'inspireront  des 
a  intimes  sentiments  ;  ils  aimeront  le  [leuple  et  exaui-ernnl  aluM 
a  le  vœu  sujiri^me  du  mon  prcdi'rcesseur  dont  l'Ame  est  au  ciel. 
«  Oui,  c'est  sur  voiis  tous  que  je  fonde  mes  cspérnncM  ! 

■  Quant  au  deuil,  il  me  faut  respecter  les  dernières  volonli?»  de 
s  l'Empereur  défunt,  cl  suivant  l'exemple  doimé  antérieurement, 
s  je  devrais  le  quitter  au  bout  de  37  jom's.  Mais  je  ne  puis  me 
«  résoudre  à  me  soumettre  à  cette  règle,  et.  jiour  bien  ruarfjuer 
«  mes  regrets  et  ma  douleur  je  veux,  suivant  les  rites  antiques. 
«  porter  un  deuil  de  trois  ans, 

a  Comme  il  est  dérendii,  durant  une  périiNle  de  deuil  de  pro- 
a  céder  aux  adonilîons  dans  les  leuiples  et  il'oifrir  des  sacrifices, 
«  je  déléguerai  des  fonctionnaires  jwur  me  remplacer  dans  ce» 
«  occasions.  J'enjoins  aux  diverses  administrations  de  se  con- 

■  ccrter  et  de  tue  présenter  un  rapport  b  ce  sujet. 

■  Que  tous  preiment  le  deuil  en  observant  les  rites  Axés  et 
«  que  ceci  soit  connu  [lartout,  tant  dans  la  capitale,  que  dans  les 

■  provinces. 

■  Rcs|>cctez  ceci,  s 

Tel  est  le  but  de  la  présente  communication. 

(Sceau  du  Tsoung-li  Yamen.)' 

L'âge  du  jeune  souverain,  il  est  né  te  3  août  1872',  rendait 
une  régence  nécessaire  ;  les  deux  impératrices'  ïs'eu-ngan, 

I.   Traduction  de  F.  Schcrier. 

ù.  M.  Ed.  Chiv«nnes.  /.  c,  marque  que  Kouang-Siii  csl  né  le  i^BOÛt 
1S7.. 

3,  Voir  [,  p.  i3o.  —  M.  Ed.  Cliavnnnos,  Sfiiiaiaf  polilii/ae  et  IUli<- 
mire,  17  octalire  1^00,   donne  comme;  dûtes  de 
D^n,  le  13  aoâl  183^.  pour  Ts'cu-hi,  le  ly  novei 


lO  AVÈNEMENT  DE  ROUANG-SIU 

impératrice  de  TEst,  et  Ts'eu-hi,  impératrice  de  TOuest, 
étaient  proclamées  régentes  et  la  comédie  était  jouée  ;  Koung 
en  réalité  était  régent,  en  fait,  sinon  de  nom. 


RÉGENCE 

Le  Prince  Koung,  Président  du  Tsoung-li  Yamen,  etc.,  etc., 
etc.,  au  Comte  de  Rochcchouart,  etc..  etc.,  etc. 

Pé-king,  le  i5  janvier  1876. 

J*ai  l'honneur  de  vous  donner  communication  de  la  teneur 
d*un  décret  paru  hier  et  ainsi  conçu  : 

Décret, 

«  Les  Princes,  Ducs,  Membres  du  Grand  Conseil,  des  cinq 
tribunaux  et  des  neuf  administrations,  etc.,  etc.,  avant  adressé 
au  Trône  un  rapport  dans  lequel  ils  supplient  les  deux  Impé- 
ratrices de  gouverner  en  qualité  de  Régentes,  j*ai  présenté  res- 
pectueusement cette  requête  aux  Impératrices  Ts*eu-ngan  et 
Ts*eu-hi,  et  j'ai  reçu  (d'Elles)  —  respectueusement  Tordre 
(suivant)  : 

«  Nous  avons  examiné  dans  notre  grande  affliction  le  rapport 
présenté  par  les  Princes,  Ducs,  etc.,  etc.,  etc.  Lorsqu'à utrefois, 
nous  prîmes  la  Régence,  l'Empereur  était  un  enfant  et  il  n'y  avait 
pas  d'autre  ressource.  Aujourd'hui  l'Empereur  est  en  bas  âge, 
les  affaires  de  l'État  sont  des  plus  graves  et  il  est  tout  à  fait  im- 
possible que  les  Princes  et  Ducs  n'aient  personne  à  qui  ils  puis- 
sent adresser  leurs  requêtes,  nous  ne  voyons  donc  d'autre  moyen 
que  celui  d'accéder  à  votre  prière. 

Plus  tard  lorsque  l'Empereur  appelé  a  succéder  aura  terminé 
son  éducation,  nous  abandonnerons  la  Régence  (nous  enlèverons 
le  rideau)  et  il  gouvernera  par  lui-même. 

Respectez  ceci.  » 

Je  suis  profondément  reconnaissant  aux  Impératrices  des  mar- 
ques de  bonté  qu'Elles  viennent  de  me  donner.  Mon  mérite  est 
bien  petit  et  le  fardeau  qui  m'est  échu  est  bien  lourd  jK)ur  mes 
faibles  épaules,  aussi  viens-je  en  tremblant  en  faire  peser  tout  le 
poids  sur  les  deux  impératrices  qui  en  gouvernant  elles-mêmes 
me  protégeront  de  leur  égide. 


Quant  à  vous,  Princes  et  linuts  dignitaires,  officiers  grands  et 
petits  de  la  Cour  et  des  Provinces,  n^loubiez  de  ïèle.  priHez-moi 
votre  concours,  afin  de  in'aidcr  par  votre  francliiRC  et  votre  esprit 
de  justice,  à  gouverner  sagement:  ainsi  vous  eiaucerez  le  vœu 
suprême  de  mon  prMécesscur  dont  l'Ame  est  au  Ciel,  et  vous 
répondrez  aux  espérances  que  le  peuple  fonde  sur  vous.  S'il  en 
est  ainsi  je  me  considérerai  comme  grandement  favorisé. 

Que  les  Princes,  Ducs,  et  liants  Fonctionnaires  élaborent  de 
concert  les  Statuts  et  Itèglemeiita  de  la  Régence,  et  qu'ils  me 
présentent  un  rapport  minutieux  à  ce  sujet. 

Que  ceci  soit  répandu  parmi  tous,  Ii  la  Cour  et  dans  les  Pro- 
vinces. 

Respectez  ceci. 

Tel  est  le  but  de  la  présente  communication. 

(Sceau  du  Tsoung-li  Yamen]  '. 

Le  16  janvier',  le  Grand  Conseil  reçut  un  décret  marquant 
(pie  parmi  les  caractires  soumis  pour  choisir  le  nom  du  nou- 
veau régne  (^nien-hao),  on  avait  désigné  ceu\  de  Kouasg-Siu 
^ff-  ^^qiii  peuvent  être  traduits  par  stKcession  ylorleuse  ou 
éclairée.  Un  correspondant  du  A'orlh-China  IlernlJ'  fait 
remarquer  que  les  caractères  Kouang-Siu  paraissent  être 
tirés  d'un  document  oQicicI  de  la  djnaslie  des  Soung,  par 
Tsoui  \oung,  intilulé  o  Snppllrput  demandant  qu'un  litre 
d'Iionneur  soit  accordé  [à  un  personnage  impérial]  ».  La 
phrase  est  ainsi  ré-digéc  :  o  Kenouveler  glorieusement  la 
grande  succession  dynastique,  a 

Un  autre  décret  (lu  13  janvier,  publié  dans  la  Cnrc^c du  i3, 
rappelait  l'édil  de  Tao-Kouang  de  la  3"  lune  de  la  26''  année 
de  son  règne  concernant  les  noms  impériaux.  En  consé- 
quence dans  le  nom  de  Tsai-Ticn  Éb  ^^  le  premier  caractère 
ne  sera  pas  changé,  mais  pour  le  second  caractère  yi[^ ,  le 

t.  Tr«duction  de  Fornand  Schcricr. 

3.  9  de  la  11°  lune  do  la  i3°  annfo  T'uung-Tclié. 

3.  Â  février  1875,  p.  g3. 


la  AVÈNEMENT  DE  KOUANG-SIU 

dernier  trait  sera  omis  ]J»j^  ;  application  de  cet  édit  fut  faite, 

le  i5  mai  1875,  par  Ts'én  Yii-ying,  gouverneur  du  Yun-Nan, 

qui  fit  supprimer  un    trait  dans  le  caractère  yfô  entrant 

dans  le  nom  de  deux  fonctionnaires  de  sa  circonscription  qui 

durent  employer  le  caractère  y»K  à  la  place. 

L'état  des  esprits  dans  la  Capitale,  la  tragi  comwlie  qui 
s'y  joua  et  le  mécontentement  causé  par  le  choix  de  Kouang- 
Siu  sont  bien  décrits  dans  la  lettre  suivante  (19  janvier  1870) 
de  notre  Chargé  d'affaires  à  Pé-King  : 

a  Cette  décision  déplaisait  aux  Princes,  aux  hauts  dignitaires, 
et,  en  général  h  tout  le  monde,  sauf  à  rinipératricc-Mcrc,  qui 
avait  rédigé  ces  décrets,  et  qui  les  avait  imposés  un  peu  par  la 
violence,  et  beaucoup  par  surprise.  Il  paraît  que  le  Grand  Con- 
seil avait  résolu  de  placer  sur  le  Trône  le  petit-iils  du  5'  Prince, 
adopté  par  le  frère  aîné  de  llien-Foung,  mort  sans  enfants.  Ce 
jeune  Prince,  il  est  âgé  de  cinq  ans.  devait  être  adopté  par 
l'Empereur  ï*oung-Tché,  et  avoir  pour  régentes  Tlmpératrice 
douairière  et  Tlmpératrice  veuve  de  T'oung-Tché.  Quant  à  la 
troisième  Impératrice,  mère  de  T*oung-Tché,  elle  se  trouvait 
par  là  écartée  du  pouvoir,  et  reléguée  dans  un  coin  obscur  du 
Palais.  Cette  femme  fut-elle  avertie,  ou  simplement  eut-elle  le 
soupçon  de  cette  décision  qui  mettait  fin  à  son  rôle  [)olitique  ? 
Je  rignorc;  toujours  est-il,  que,  profitant  du  trouble  qui  régnait 
pendant  Tagonie  de  son  fils,  elle  sortit  du  Palais.  s*en  fut  direc- 
tement chez  sa  sœur,  épouse  du  7®  Prince,  se  fit  donner  Tenfant, 
le  rapporta  elle-même  au  palais,  fit  Tacte  d'adoption,  qui  le 
rendait  fils  posthume  de  l'empereur  llien-Foung,  et  le  fit  pro- 
clamer Empereur  par  les  eunuques,  en  qualité  de  frère  cadet  de 
Tempercur  T'oung-Tché. 

«  Les  Princes  et  l'Impératrice  douairière  refusèrent  d'abord 
de  se  soumettre  à  cette  violence  ;  l' Impératrice-Mère  fit  alors  un 
simulacre  de  suicide  :  elle  se  pendit,  disant  qu'elle  ne  f>ouvait 
survivre  à  la  mort  de  son  époux  et  de  son  fils  ;  un  eunuque,  dans 
le  secret  de  ces  simagrées,  coupa  la  corde  ;  mais,  pendant  que 
ces  événements  se  passaient,  les  hommes  des  bannières,  inquiets 
de  ne  pas  voir  proclamer  le  nouvel  Empereur,  commençaient  à 
donner  des  signes  manifestes  d'impatience,  et,  par  crainte  sans 


doute  d'une  riie  qui  aurait  pu  avoir  les  plus  graves  conséquences 
pour  la  dynastie,  —  l'impératrice  douairiùrp.  femme  d'un  grand 
mérite,  et  jouissant  du  respect  et  de  la  confiance  de  tous,  se 
décida  à  [M'oposer  l'adoption  du  projet  de  l'Inipératricc-Mèrc, 
mai»  avec  cette  variante  que  ce  serait  otlc,  et  non  l'Impéralrice- 
Mère.  qui  servirait  de  mère  au  nouvel  Empereur.  Cette  solution 

quasi  acceptée,  les  décrets parurent  dans  la  Gazelle.  Mais  le 

trouble  ne  cessa  pas  pour  cela  :  la  jeune  Impératrice,  évincée,  se 
suicida  à  son  tour,  en  avalant  un  des  bijoux  en  or  qu'elle  por- 
tait; le  5'  Prince  déclara  que  le  respect  des  rîtes  ayant  disparu 
do  Pé-king,  il  ne  lui  restait  qu'à  se  retirer  en  Mandchourie,  et 
enfin,  cliose  plus  singulière,  le  7'  Prince  lui-méiuc  manifesta 
wn  mécontentement  en  refusant  de  se  rendre  à  la  Cour,  et 
en  demandant  un  congé  de  dix  jours.  On  m'a  expliqué  ce 
déplaisir  en  me  disant  que,  d'après  les  lois  de  l'Empire,  quand 
le  souverain  n'avait  pas  d'enfanis  et  adoptait  un  de  ses  neveux, 
comme  héritier,  le  véritable  père  devait,  à  l'avènenicnt  de  son 
fds,  se  démettre  de  toutes  ses  fondions  et  dignités,  et  même 
quitter  la  capitale,  parce  que  ses  droits  paternels  et  ses  devoirs 
de  sujet  et  de  fonctionnaire  étaient  incompatibles,  a 

Le  surnaturel  intervenait  également  : 

V  On  prétend  que  le  jeune  Empereur  a  été  soufllcté  par  le 
renard,  et  que  ce  même  renard,  avant  pris  la  forme  d'un  eunu- 
que, a  été  reprocher  à  l'Impératrice  d'avoir  violé  les  usages  et 
les  traditions  pour  satisfaire  son  nmliitinn.  On  ajoute  que  les 
vieux  EuqKreursde  la  dynastie  des  Ming....  sortent  chaque  jour 
sous  la  forme  de  renards,  et  enlin  que  la  source  du  palais  d'Été 
s'est  tarie,  d 


STATliT    nu    l'RISCE  TCH  OUES 

Le  statut  du  [H-ro  de  l'Enipci-cur  fut  réglé  p.ir  décret  : 

Un  di'-cret  '  des  Impératrices,  se  rap[)Ortantù  la  prière  présen- 
tée par  le  Prince  Tcb'ouen  ilomandant  la  permission  de  se  retirer 
de  tous  SCS  emplois.  Ceci  avant  été  pris  en  considération  de  la 


,    Gatetle  dp  Pé-ting,  11  janvier  187Û 


l4  AVÈNEMENT  DE   KOt'ANG-SlU 

part  des  princes,  des  nobles,  et  des  minisires,  elles  ont  acluelle- 
mcnl  décidé  que  la  requête  de  Son  Altesse  serait  accordée,  et 
qu'elle  serait  autorisée  à  résigner  ses  diverses  fonctions,  mais  que 
son  nom  serait  encore  soumis  d'une  façon  régulière  par  le  Clan 
de  la  Cour  impériale*,  pour  la  célébration  des  sacrifices  annuels 
aux  mausolées  de  l'Est  et  de  l'Ouest.  Il  devra  également  à  son 
tour,  assister  aux  cérémonies  religieuses  aux  divers  temples  an- 
cestraux,  &c.,  mais  sera  dispensé  de  prendre  place  dans  les  rangs 
de  l'assistance  pour  offrir  ses  hommages  à  l'intronisation  de  Sa 
Majesté  et  au  jour  de  naissance  impériale.  En  récompense  de  ses 
multiples  et  distingués  services  passés,  il  est  recommandé  qu'il 
soit  élevé  au  rang  de  prince  Impérial  de  premier  ordre  avec 
succession  héréditaire  perpétuelle  du  môme  degré  ;  et  il  est  de 
plus  proposé  que,  en  vue  de  la  grande  importance  des  travaux 
maintenant  en  cours  à  P'ou-t*o-Yu  (le  site  choisi  pour  la  cons- 
truction des  mausolées  des  deux  Impératrices),  Son  Altesse  soit 
désignée  pour  continuer  sa  surveillance  de  ce  côté.  Les  Impéra- 
trices confirment  les  recommandations  proposées  ici,  et  ayant,  par 
un  décret  séparé,  investi  le  Prince  Powang-na-mo-hou-  et  le  Duc 
K'ing-cheou  du  commandement  des  Mousquetaires  Impériaux^, 
autrefois  tenu  par  le  Prince,  elles  enjoignent  à  Son  Altesse,  dont 
elles  apprécient  chaudement  la  tenue  longue  et  pleine  de  succès 
de  son  commandement,  de  donner,  dans  l'avenir,  à  ses  successeurs 
dans  le  commandement,  ses  avis  en  toutes  choses. 

Le  cinquième  prince,  Koung,  et  le  neuvième,  Fou*,  pro- 

I.  I,  |).  i34t  noto. 

3.  Ou  Pao-wang,  fils  de  Scng-ko-lin-sin. 

3.  Chen  Ki  Ying,  farméc  de  la  Plaine  do  Pé-King.  «  Cette  force,  dit 
Mayers,  Chinese  Government^  p.  56,  comprenant  l'élite  des  troupes  des 
Bannières  de  la  Capitale,  fut  organisée  en  1863,  à  la  suite  de  la  désas- 
treuse campagne  de  18G0,  dans  le  but  de  pourvoir  à  la  défense  future  du 
gouvernement  central.  Le  nom  donné  à  celle  force  a  été  emprunté  à  fhis- 
loirc  de  la  dynastie  des  Ming,  quand,  lors  de  la  première  introduction 
des  armes  h  feu  au  xv^  siècle,  la  désignation  Chen-ki,  ou  «  mécanisme 
divin  »,  fut  attribué  aux  nouveaux  engins  de  guerre...  L'instruction  de 
ces  troupes  est  basée  sur  les  leçons  d'exercices  à  rEuro})éenne  données  aux 
détachements  envoyés  à  Tien-tsin  pour  étudier  sous  des  instructeurs 
anglais  en  186a- 1 865  » 

!\.  Mort  23  mars  1877,  après  une  longue  maladie,  âgé  de  35  ans  en- 
viron; il  était  le  frère  utérin  du  7«   Prince,  Tcirouen,  et  il  avait  uije 


rï-'s»»-»^^--';»-  ■»'■■ 


:  ''-■  • 


AVKNEMEM'  1>K   KOI  ANT.-Sll"  ID 

filèrent  de  la  circonstance  pour  se  faire  octroyer  les  mêmes 
privilèges  que  leur  frère,  en  sorte  qu'aucun  oncle  de  TEm- 
pereur  ne  lui  faisait  plus  de  génuflexions,  sauf  dans  quelques 
circonstances  solennelles. 

AVÈNEMENT    DE    KOUANG-SIU 

Enfin  la  date  de  ravènement  fut  [)roclamc  par  décret*  du 
26  janvier  1875  : 

Toung-Tclic,  xui*^  année,  12*  lune,  19*  jour. 

Notre  Administration  vient  de  recevoir  le  décret  impérial 
suivant  : 

«  Aujourd'hui,  le  Ministère  des  Rites  a  présenté  un  rapport, 
à  propos  du  jour  de  Notre  intronisation  et  des  cérémonies  du 
décret  de  proclamation.  A  la  vue  de  ce  rapport.  Notre  émotion 
a  redoublé.  Mais  Nous  avons  songé  que,  feu  S.  M.  l'Empereur 
Nous  transmettant  le  Irùne  de  Ses  Ancêtres,  Nous  Nous  eiforce- 
rons  de  Nous  conformer  aux  prières  (que  tous  Nous  adressent). 

a  L'année  prochaine  sera  la  première  année  Kouang-Siu. 

a  Conformément  au  choix  du  jour  favorable  fait  par  le  Bureau 
d'Astrologie,  les  importantes  cérémonies  de  l'intronisation  et  de 
la  proclamation  publique  auront  lieu  à  la  1'®  lune,  le  ao*  jour ', 
dont  les  signes  sont  Wou-wou,  entre  5  et  7  heures  du  matin. 

«  Que  toutes  les  administrations  que  cela  concerne  se  prépa- 
rent respectueusement,  d'après  les  anciennes  règles.  » 

Respectez  cela  ! 

Ce  même  jour  un  décret  choisissait  comme  titres  pos- 
thumes de  T'oung-Tché  :  /  Houang-U  (canonisation)  et 
Mou  Tsoiuifj  Qniao  hao,  nom  de  temple). 


grande  roputalion  de  douceur;  à  ravoneincnt  de  Kouang-Siu,  il  fut 
nomme  capitaine -général  de  la  bannière  bleue  de  la  division  Han-Kiun. 
La  Gazelle  de  Pé-King,  du  28  mars  1877,  renferme  un  décret  relatif  à 
ses  funérailles. 

1.   La  Cour  de  Péking...,  par  Maurice  Courant.  Paris,  1891,  p.  106. 

3.   25  février. 


]6  AVÈNEMENT  DE  KOUANG-SIV 


MORT    DE    LA    VEUVE    DE    t'oUNG-TCIIÉ 

La  sœur  unique  de  Ï'oung-Tché,  la  princesse  impériale 
Young-ngan  mourut  peu  de  temps  après  son  frère  en  fé- 
vrier et  un  décret  du  6  féviier  exprime  le  chagrin  des  deux 
impératrices. 

Il  semblerait  qu'une  fatalité  —  aidée  sans  doute  par  des 
mains  peu  scrupuleuses  —  se  soit  attachée  à  ceux  qui  avaient 
approché  T'oung-Tché  ;  après  sa  sœur,  sa  femme  mourut 
le  26  mars  1876,  entre  trois  heures  et  quatre  heures  du  ma- 
tin ;  c'est  la  jeune  princesse  dont  nous  avons  raconté  le  ma- 
riage le  16  octobre  1872*.  Elle  n'avait  que  dix-sept  ans  ; 
chose  rare  chez  une  dame  mandchoue,  elle  pouvait  lire  et 
écrire  le  chinois  facilement. 

Le  Prince  Koung  au  Chargé  d'affaires  de  France. 

J*ai  rhonneur  de  vous  annoncer  la  perte  que  nous  venons  de 
faire  en  la  respectable  personne  de  S.  M.  l'Impératrice  Kia-chouen  ', 
décédée  le  26  de  ce  mois. 

J'étais  son  proche  parent,  et  ma  douleur  est  immense  ;  en 
outre,  je  suis  chargé  de  régler  Iqs  funérailles  et  le  deuil  ;  je  ne 
pourrai  donc  [)as  m'occuper  pendant  quelques  jours  des  autres 
aiTaires. 

C'est  pourquoi  j'ai  cru  devoir  vous  faire  la  présente  commu- 
nication. 

Cette  mort  foudroyante  laissait  le  champ  libre  à  toutes 
les  suppositions  : 

a  La  jeune  Impératrice  de  la  Chine....  est  morte  le  a6  de  ce 
mois,  écrit  un  diplomate  (29  mars  1875).  Les  Chinois  ne  s'ex- 
pliquent pas  sur  le  genre  de   maladie  qui  l'a  emportée  ;  ils  se 

I.  Voir  1,  p.  453-463. 

a.  Ce  titro  avait  été  conféré  à  Timpératricc  par  décret  du  36  janvier 
1875. 


'ir 


MOUT  i)i:  lA  vi:i  m;  di:  t  oi  N(;-T(.iir:  i-j 

contentent  de  dire  qu'il  était  convenable  qu'elle  mourût.  Trois 
versions   circulent   dans   le   peuple  sur    cette    mort  ;    peut-être 

aucune  nV^st-elle  vraie Les  uns  disent  que,  malmenée  par  sa 

belle-mère,  et  outrée  de  se  voir,  contrairement  aux  lois,  réléguée 
dans  un  coin  du  Palais,  sans  autorité  et  même  sans  égards,  cette 
jeune  princesse  s*esl  laissée  mourir  de  faim  :  d'autres  prétendent 
qu'elle  s*est  aperçue  qu'elle  était  enceinte,  et  que,  pour  éviter 
rembarras  que  n'aurait  pas  manqué  d'amener  la  naissance  d'un 
fils  posthume  de  T'oung-Tclié,  on  l'a  empoisonnée.  Enfin  les 
dévoués  à  la  dynastie  e\pli(juent  ce  décès  par  l'amour  conjugal. 
L*Impéralrice  n'aurait  pu  s'accoutumer  h  son  veuvage,  et  le 
chagrin  d'avoir  perdu  son  époux  l'aurait  tuée  ;  inutile  d'cnjouter 
que  cette  dernière  version  sera  probablement  adoptée.  » 

Ces  deuils  répétés  font  naître  de  nouvelles  appréhensions  : 

a  Les  rumeurs,  écrit  le  même  diplomate  (/|  avril  1875),  qui 
circulent  en  ville  sont  mauvaises  :  on  parle  de  la  maladie  de 
l'Impératrice  douairière,  de  celle  qui  est  plus  ou  moins  raison- 
nable et  favorable  aux  étrangers.  Si  elle  venait  h  mourir,  ce 
serait  très-sérieux  ;  l'Impératrice  de  l'Ouest,  n'ayant  plus  de 
contrepoids,  —  verserait  du  coté  des  fous  et  des  utopistes,  et 
toute  idée  raisonnable  serait  exclue  des  conseils  de  l'État. 

Les  funérailles  de  T'oung-Tché  eurent  lieu  le  18  octobre 
1875  au  cimetière  de  TEst,  Tounjf  lin;/,  dans  le  mausolée 
Ilonei-ling  ;  sa  femme  qui  porte  le  nom  de  temple  de  Hiao 
Tché  repose  près  de  lui  \ 


I.  Les  étrangers  connaissent  peu  ou  point  les  sépultures  de  la  dynastie 
actuelle;  ils  se  contentent  de  visiter  à  Nan-king  et  <i  Pé-king  les  tonil>eaux, 
|)opularisés  par  la  pholograpliic  et  la  gravure,  des  enijM^reurs  Ming.  Je 
crois  donc  utile  de  dire  quclffucs  mots  d(?s  mausf»Ices  des  T'siiig. 

La  dynastie  qui  règne  actuellement  sur  la  Chine  a  |)our  ancêtre  Ngaisin 
Gioro,  «  rtiomme  portant  le  surnom  de  l'or  »  ;  on  la  rattache  générale- 
ment à  l'ancienne  dynastie  tartare  des  Kin,  détruite  parles  Mongols  gen- 
giskhanides  au  xiii»  siècle,  quoiqu'elle  desrende,  comme  les  Niu-tchen, 
de  la  tribu  des  Sou-chen,  jadis  établis  dans  le  pays  de  la  province  mand- 
chouriennc  actuelle  de  Kirin.  Npaisin  (jioro  reçut  le  nom  de  temple 
Tchao-Tsou  et   le  nom    posthume  de  Tse  wang.    Ses  descendants   King 

CoRDiER.  IL  —  a 


l8  AVÈNEMENT  DE  KOfAXG-SlU 

Wang,  Tcll'ang  wang  cl  Fou  uang  (tous  curent,  en  iG36.  le  titre  pos- 
thume de  n'ang,  prince),  Taï-Tsou  Kao  Houang-li  (Tien  Ming,  iBiO- 
iGaO),  premier  empereur,  et  Taï-Tsoung  Wcn  Ilouang-ti  (16^7-1 6'|3), 
second  empereur  de  la  dynastie  k  laquelle  il  donna,  en  i636,  le  nom  de 
Ta  T'sing  (Grande  Pure),  ainsi  que  lui,  Tse  wang,  sont  enterrés  en 
Mandchourie. 

Le  regretté  Gabriel  Devéria,  dans  le  T'oung  PaOf  vol.  III,  1892,  et 
surtout  le  professeur  de  Leyde,  J.-J.-M.  DeGroot,  dans  son^grand  ouvrage 
The  religions  system  of  China,  III,  ont  décrit  ces  tombes  d*aprcs  les 
documents  officiels  chinois. 

Les  mausolées  mandchouriens  sont  au  nombre  de  quatre  ;  les  trois 
premiers  désignés  sous  le  nom  de  San  ling  ont  été  construits  à  l'exemple 
de  ceux  des  empereurs  Ming.  Tse  wang  et  King  wang  sont  ensevelis  dans 
le  mausolée  Yong  ling,  nom  donné  à  Hing-Ming  ling,  situé  sur  une  mon- 
tagne qui  fut  désignée,  en  iG5i,  par  le  titre  de  Ki-Yun  chan,  à  10  li  au 
Nord-Ouest  de  Hing-King,  ancienne  capitale  de  la  Mandchourie  ;  Tch'ang 
w^ang  (mort  en  1682),  Fou  wang  (mort  en  i()i5),  dans  le  mausolée 
Tong-King  ling,  situé  à  120  li  au  Sud-Est  de  Moukden,  sur  une  mon- 
tagne qui  reçut,  en  i65i,  le  nom  de  Tsi-K'ing-chan;  Taï-Tsou  Kao,  au 
mausolée  Fou  ling,  sur  une  montagne  qui  reçut,  en  i65i,  le  nom  de 
T'ien-Tchou  chan,  èi  20  li  au  Nord-Est  de  Moukden  ;  enBn,  Taï-Tsoung 
Wen,  au  mausolée  Tchao  ling,  à  10  li  au  Nord-Ouest  de  Moukden,  sur 
une  montagne  qui  reçut  le  nom  de  Long-Ye  chan  ;  la  femme  de  Taï 
Tsoung,  lliao  Touan,  morte  en  i65i,  est  enterrée  avec  lui. 

Le  neuvième  fils  de  Taï-Tsoung  fut  l'empereur  Chouen-Tché,  qui 
inaugura  la  série  des  princes  ensevelis  en  Chine. 

Depuis  Chouon-Tché,  premier  empereur  effectif  de  la  dynastie  actuelle, 
les  souverains  mandchous  ont  été  enterrés  dans  le  Tché-Li.  Les  tombes 
impériales  forment  deux  groupes  :  les  sépultures  orientales  (^Toung  ling), 
plus  anciennes,  situées  à  2^0  milles  chinois  à  l'Ouest  de  Pé-king.  dans  la 
sous -préfecture  (Jcheoit)  de  Tsoun  boa,  limitrophe  à  l'Ouest  de  la  pré- 
fecture (Joit)Ac  Chouon-Tien  (Pé-king) et  h  l'Est  de  celle  de  Young-Ping 
(fou),  dans  les  Tchang-Jouei  chan  (Montagnes  de  la  Félicité  rayon- 
nante) sur  lesquels  se  trouve  la  Grande  Muraille  qui  borde  le  côté  Nord 
du  cimetière. 

Les  sépultures  occidentales  (5i  ling),  commencées  en  1729  par  Chi- 
Tsoung  (Yong  Tcheng),  troisième  empereur  de  la  dynastie,  située  à  280 
milles  chinois  au  Sud-Ouest  de  Pé-king,  dans  les  monts  nommés  Yong 
Ting  (monts  de  la  Paix  éternelle,  par  l'empereur  K'ien-Loung,  sous-pré- 
fecture de  Yi-Tcheou,  sur  la  route  de  Pé-king  à  Pao-Ting  fou. 

Les  Toung  ling  comprennent  huit  mausolées  :  Tchao  si  ling  (tombe 
de  la  mère  de  Chouen-Tché)  ;  Hiao  ling,  le  plus  central  et  le  plus  ancien, 
où  fut  enseveli,  en  1668,  le  premier,  Chouen-Tché  (166 1)  avec  deux  de 
ses  concubines;  Hiao-Toung  iing  (tombeau  de  Hiao  Houci,  femme  du 
précédent)  ;  King  ling,  tombeau  du  second  empereur,  l'illustre  K'ang-Hi 


(1711)  ot  K»  rcmmci;  Yu  Ung.  tombeau  du  quatrième  cni{icreur  K'icn- 
Loung  (1799)  '^^  ^'^  deui  femmes;  Ting  ling,  lonibcnu  du  septième  em- 
pereur Elicn-Poung  (tSOl)  el  rie  sa  femme  lliaci  Ti'  (i965);  Tiilg-Toung 
ling.  tombeau  di-  [liao  Tching.  inipéolrico,  femme  de  Uicn  Koung, 
morte  en  iSSi.  ensevelie  en  i)<8M;  Iloiiei  ling.  tombeau  du  huitième 
empereur  T'oung-Tcbi',  prédécesseur  de  Kouang-Siu  ot  de  M  femme  lliao 
Telle,  morte  la  même  année  que  lui,  en  iSt-jb. 

Les  Si  ling  comprerncnt  six  mau^K'CS  :  Tai  ling,  tombeau  du  Iroi- 
BÎËmo  empereur  Yong-Tclieng,  mort  en  1735,  et  do  ra  femme  lliao  King  1 
T'ai-Tong  ling,  tombeau  de  l'impéralrico  Hiao  Ching;  Tch'ang  ling. 
tombeau  du  cinqui<;mo  empereur.  Kia-K'ing.  mort  en  1810.  et  de  •> 
femme  Hiao  Chou;  Tch'ang-Si  ling,  tombeau  do  l'impéralrico  Hiao 
Houo  ;  Mou  ling,  tombeau  du  eiiiime  empereur.  Tao-Kouang.  mort  on 
iSâo,  »vec  trois  femmes,  et  le  Ma-  Toiing  ling,  tombeau  de  l'impéralricc 
Hiao  Tting,  morte  en  i»55,  ensevelie  en  i8r>7. 

I^es  sépultures  des  princes,  pHnceiscs,  concubines  non  ensevelis  dans 
les  «  ling  a  sont  des  enclos  sé|iar(!s  di'signés  sous  le  nom   de  «  Youan 


tsîn 

n  ;  a  donc, 
pénales,  (lien 


andcliourie  qu'en 
.  clans  l.e  Tem/ir 


Cl.ir 


.  di,-)iui 


CHAPITRE  II 

CORPS  DIPLOMATIQUE  ÉTRANGER.  -  TÉLÉGRAPHES.  — 
LIEOU  KOUEN-I.  —  JAPON.  —  ANNA.  —  CARISBROOKE.  — 

ATTENTATS  DIVERS 

CHANGEMENTS    DANS    LE    COKPS    DIPLOMATIQUE 

Il  y  eut  cette  année  1876  de  nombreux  changements 
dans  le  corps  diplomatique  de  Pé-King.  M.  von  Holleben, 
chargé  d'affaires  d'Allemagne,  fut  remplacé  par  M.  von 
Brandt  qui  arriva  à  Pé-King,  le  10  mars.  Le  ministre  des 
États-Unis,  M.  Avery,  mourut  le  8  novembre  1876  à  Pé- 
King*;  le  D''S.  Wells  Williams*,  qui  était  à  la  fois  secré- 
taire de  légation  et  interprète,  étant  absent,  ce  fut  un  jeune 
missionnaire  de  ses  amis,  le  Rév.  C.  Holcombe,  n'ayant 
aucune  attache  officielle  et  le  remplaçant  par  suite  d'un 
arrangement  particulier,  qui  se  chargea  p,  /.  des  affaires  de 
la  légation  américaine,  juste  au  moment  de  la  fermeture 
de  la  navigation  dans  le  Nord.  M.  Avery  eut  pour  successeur 
George  F.  Seward,  de  Californie,  nommé  ministre  le  7 
janvier  1876,  qui  arriva  à  Pé-King  le  20  avril  et  fut  reçu 
le  24  par  le  Tsoung-li  Yamen.  Don  Tiburcio  Faraldo,  mi- 
nistre d'Espagne,  quitta,  malade,  la  capitale,  en  octobre  1876, 
pour  aller  mourir  à  Chang-Haï,  le  24  novembre  suivant  ; 
le  premier  secrétaire.  Don  Pedro  de  Prat,  n'étant  pas  encore 

1.  l,  p.  484.  —  La  santé  de  M.  Avery  était  chancelante  depuis  quel- 
que temps.  Avant  d'aller  en  Chine,  il  était  rédacteur  en  chef  de  l'Over- 
iand  Monthly, 

2.  I,  p.  285,  note. 


•c 


ti':lkguapiii:s  21 

arrivé  ',  la  gérance  do  la  légation  d'Espagne  fut  laissée  à  un 
jeune  homme  de  vingt-quatre  ans,  M.  de  Carcer,  neveu  de 
M.  de  Salamanca,  le  (inancier  bien  connu  ;  le  successeur  de 
Don  Tihurcio  devait  être  M.  Ojeda,  premier  secrét^iire  de  la 
légation  d'Espagne  au  Japon.  Au  mois  d'octobre,  le  ministre 
d'Aulriche-Hongrie,  M.  de  Schaefer,  arrivait  à  Pé-King, 
pour  un  séjour  temporaire,  tandis  que  le  ministre  du  Dane- 
mark, le  général  Raaslofl  partait.  Ajoutons  enfin  que  le 
chevalier  Lorenzo  Vignale,  consul  général  d'Italie,  mourait, 
âgé  de  quarante-huit  ans,  à  Chang-IIaï,  le  25  décembre  1875. 

TÉLÉGRAPUES 

Le  général  RaaslofT  avait  été  le  négociateur  du  traité  da- 
nois du  1 3  juillet  i863'.  Les  intérêts  du  Danemark  étaient 
concentrés  dans  la  ligne  télégraphique  établie  par  la  compa- 
gnie danoise,  la  «  Great  Northern  Telegraph  ».  Le  18 
avril  1871,  la  ligne  de  Chang-Haï  à  IIong-Kong  avait  été 
terminée,  et  celle  de  Hong-Kong  à  Singapore  le  3  juin  ;  la 
ligne  de  Hong-Kong  à  Saigon  fut  terminée  en  juillet  ;  un 
câble  télégraphique  fut  posé  entre  Chang-Haï  et  Nagasaki  en 
août,  et  entre  Nagasaki  et  Vladivostock  en  septembre*. 

Les  Chinois  se  rendirent  compte  de  Tutilité  des  lignes  té- 
légraphiques fort  rapidement,  malgré  le  Fourifj-Choui  qui 
occasionna  quelques  manifestations  hostiles  de  la  part  des 
populations.  Des  proclamations  d^aulorités  locales  étaient 
lancées  pour  la  protection  des  câbles  sous-marins,  par 
exemple  par  le  Tao-taï  de  Ning-Po  et  Foung  Tao-taï,  direc- 
teur des  douanes  dans   le  Kiang-Nan;  ce  dernier  agissant 

I.  il  remonta  de  Ghang-Haîà  Ticn-Tsin,  avec  sa  femme  en  mai  1876. 

a.  I.  p.  147. 

3.  La  première  ligne  aérienne  de  Chine,  entre  Chang-Haï  et  Tien- 
Tsin,  fut  construite  en  i884  ;  le  21  août  188/4,  la  ligne  atteignait  Pé-King, 
traversant  les  provinces  du  Tché-li,  Chan-Toung  et  Kiang-Sou,  longeant 
le  canal  impérial  de  Tchen-Kiang  à  Tien-Tsin. 


33  CORPS  DIPLOMATIQUE  ETRANGER 

par  ordre  du  vice-roi  de  Nan-kîng,  lui-même  suivant  les 
instnictions  du  Tsoung-li  Yamen  qui  avait  été  saisi  d'une 
dépôche  des  ministres  étrangers  pour  la  protection  des  câbles 
sous-marins  (iSyS). 

Pendant  son  second  séjour  en  Chine,  le  général  Raasloff 
eut  h  régler  TafFaire  délicate  de  la  ligne  Fou-Tchéou-Amoy 
qui  est  clairement  expliquée  dans  une  lettre  de  M.  de  Ro- 
chechouart  au  Ministre  des  aflaires  étrangères  (Pé-King,  7 
mars  1875): 

Au  mois  d'octobre    dernier,  et    profitant  des    menaces   de 
guerre  entre  la  Chine  et  le  Japon,   la   Compagnie   danoise   du 
Grcat  Northern  Telcgrapli  avait  cherché  à  obtenir  des  autorités 
du  Fou-Kien  la  concession  de  la  ligne  télégraphique  de  Fou- 
tchéou  à  Amoy.  M.  de  Lano,  Consul  d'Amérique  à  Fou-tchéou, 
s'était   chargé    de  cette  négociation  :  la  Compagnie    demandait 
pour  trente  ans  l'exploitation  de  la  ligne,   qui  deviendrait  en- 
suite la  propriété  du  gouvernement  chinois  ;  celui-ci  d'ailleurs 
avait  la  faculté  de  racheter  la  concession  quand  il  lui  plairait. 
Ces  conditions  furent  acceptées  en  principe,  et  M.  de  Lano,  ne 
doutant  pas  du  résultat  final,  invita  la  Compagnie  à  commencer 
immédiatement  les  travaux.  Celle-ci  se  mit  à  l'œuvre  et,  tandis 
que  ses  ouvriers  pénétraient  dans   l'intérieur  du  pays,  M.  de 
Lano  présentait  l'acte  de  concession  à  la  signature  des  manda- 
rins ;  mais  ceux-ci  soulevèrent  des  objections,  et  l'acte  ne  fut  pas 
signé.  D'ailleurs,  à  mesure  que  les  négociations  ouvertes  à  Pé- 
king  laissaient    pressentir   un    arrangement    pacifique  entre  la 
Chine  et  le  Japon,  ils  se   montraient  de  moins  en  moins  favo- 
rables au  projet  qu'ils  avaient  d'abord  accueilli.  Sur  ces  entre- 
faites, le  comité  des  affaires  européennes  de  la  province  reçut  un 
nouveau  chef,  qui  refusa  de  reconnaître  les  engagements  pris 
par  son  prédécesseur  et  remit  tout  en  question  ;  il  donna  l'ordre 
de  s'opposer  à  la  continuation  des  travaux,   et  fit  môme  inviter 
la  Compagnie  à  détruire  les  cinquante  milles  de  ligne  déjà  éta- 
blis. Celle-ci  suspendit  ses  travaux  pendant  quelques  jours,  et 
les  autorités  chinoises  se  gardèrent  de  loucher  à  la  ligne  :  en- 
hardie par  cette  inaction,  la  Compagnie  fit  reprendre  les  travaux 
le  21  janvier,  en  déclarant  qu'elle  ne  s'arrêterait  que  devant  la 
force.  Les  autorités  chinoises  ont  alors  mis  leurs  menaces  à  exé- 


LIEOU    KOUEN-I  33 

cution  :  elles  se  sont  opposées  à  la  continuation  des  travaux,  et 
ont  lait  abattre  tes  [xiteaux  télégrapiiiqiiL-s  {Misés  ilcpuia  leur  ulli- 
nialuiu.  La  Compagnie  s'est  «rrèlée  devant  cet  acte  de  violence, 
et  a  porté  ses  plaintes  au  Ministre  de  Danemark. 

Il  faut  ajouter  que  le  ^  septembre  1875,  les  Chinois 
attaquèrent  l'établissement  de  la  Great  Northern  Tclegraph 
Co.,  près  de  Houang  Kéou,  pendant  qu'on  travaillai^  à  la 
construction  de  la  ligne  d'Amoy. 

En  vérité  la  question  était  assez  complexe  :    . 

La  question  se  résume  à  ceci  :  le  gouvernement  chinois  veut 
bien  tolérer  le  télégraphe  sous-marin,  mais  il  ne  veut  pas  l'au- 
toriser ofTiciellemcnt,  ni  ôtrc  rendu  responsable  des  dégitts  qui 
peuvent  survenir  du  fait  des  pi>cbeurs  chinois.  Quant  aux  lignes 
aériennes,  le  gouvernement  chinois  n'en  veut  à  aucun  prix,  à 
nioins  que  ce  ne  soit  lui  qui  les  administre,  et  le  principal  em- 
pêchement à  la  création  d'une  administration  chinoise  provient 
des  Européens;  —  M-  llart'  entend  en  faire  une  branche  de  ■ 
l'administration  des  douanes;  —  M.  tiiqucl  '  voudrait  en  faire 
la  tète  de  la  sienne  ;  —  M.  Viguïer  '  opine  pour  la  Compagnie 
danoise,  et  enfin  le  consul  anglais  de  Fou-lchéou,  M.  Sinclair', 
protège  une  société  anglaise'. 


11  est  utile  également  de  signaler  au  début  du  nouveau  règne 
un  changement  notable  parmi  les  fond  tonna  ires  chinois.  Le 
commandant -en-chef  mandchou  de  Canton,  Teh'ang-chan 
et  son  second,  le  lieutenant  général  Koiio  Le-inin,  adressèrent 
un  Mémoire'  au  Trône  détionçant  TAprelé  et  le  manque  de 

1.  1,  p.  i65. 

a,  1.  p.  ».5. 

3.  Viguicr,  Seplime-Aiiguste.  ni  à  Linieil,  près  Paris.  9  juin  iSS-;  ; 
capilainu  du  port  (le  Chang-llaî  (juin  18O8);  morl  à  Paris,  a6  aoùl  1899. 

j.  Sinclair,  Ckarlcs-A.,  mort  iG  juillet  ■S^'^. 

5.  Lettre  de  M.  de  Rochecltouarl.  ut  sapra. 

6.  Gazelle  de  Pé-King,  i5  >oii(«iubro  1876, 


2 4  CORPS   DIPLOMATIQUE  ÉTRANGER 

scrupules  des  fonclionnnîres,  en  particulier  du  lao-taï  Yu- 
Kêng,  que  le  vice-roi  des  Deux  Kouang,  Ying-Han,  avait 
amenés  avec  lui  du  Ngan-Houeî.  Un  Décret,  paru  dans  la 
Gazelle  du  2  septembre,  ordonnait  a  Ying-Han,  accusé  d'a- 
voir rétabli  la  loterie  Wei  Sing,  de  se  rendre  à  Pé-Kîng, 
pour  être  puni.  Lieou  Kouen-i,  Vice-Roi  des  deux  Kiang 
p,  /.,  lui  était  donné  comme  successeur  et  Lieou  Ping- 
Ichang,  trésorier  du  Kiang -Si,  était  nommé  gouverneur  de 
cette  province  ;  nous  retrouverons  plus  tard  ce  dernier,  gou- 
verneur général  du  Se-tch'ouen  (juin  1886). 

Lieou  Kouen-î  est  une  figure  remarquable  de  la  Chine 
contemporaine  :  né  le  21  janvier  i83o,  dans  le  Hou-Nan,  il 
entra  dans  l'armée  en  i855,  puis  passa  au  civil,  devint  juge 
au  Kouang-Si,  puis  gouverneur  de  cette  province.  Chargé  par 
intérim  de  la  vice-royauté  des  Deux  Kiang,  il  adressa,  le 
7  juillet  1875,  au  Trône,  un  rapport  important  sur  la  dé- 
fense des  provinces  qui  lui  étaient  conûées  : 

Le  19  de  la  3*  lune  (r4  niai)  je  quittai  le  Kiang-Sou,  et  j'ar- 
rivai le  33"  jour  (18  mai)  h  Chang-Haï.  Le  24*  jour  (19  mai), 
je  Gs  rinspcction  des  différents  ateliers  de  farscnal  où  se  fabri- 
quent les  navires  cuirassés,  les  fusils,  les  canons,  les  munitions 
de  toute  espèce,  et  je  constatai  qu'il  y  régnait  une  grande  acti- 
vité. La  fabrication  des  canons  et  des  navires  se  développe  et  se 
perfectionne  de  jour  en  jour  à  l'étranger  ;  il  importe  donc,  en 
présence  de  l'état  précaire  des  finances  de  l'Empire,  d'adopter 
un  modèle  qui  réunisse  les  conditions  voulues  de  force  et  de 
durée,  et  pour  cela  il  serait  bon  d'enjoindre  aux  Directeurs  des 
arsenaux  du  Tché-li  et  du  Fou-Kien  de  fabriquer  avec  soin, 
chacun  selon  sa  spécialité,  des  armes  perfectionnées  et  faciles  à 
manier.  Je  propose  donc  que  le  Vice-Roi  Li  Houng-tchang  et  le 
Vice-Roi  Surintendant  des  Mers  du  Sud  soient  chargés  de  se 
concerter  à  ce  sujet  et  de  prendre  les  mesures  nécessaires. 

En  quittant  Cliang-IIaï,  j'ai  parcouru  les  localités  où  l'on  a 
élevé  de  nouveaux  forts.  J'ai  visité  les  travaux  du  fort  de  Wou- 
Soung,  qui  sont  presque  terminés.  Bien  que  ce  point  ne  soit  pas 
très  important  sous  le  rapport  stratégique,  il  peut  protéger  les 


i.iKi^r  roif:n-f  2;) 

villes  de  Soii-tchéou  et  de  Soung-Kiang  fou,  et  il  iiii porte  de 
donner  Tordre  de  terminer  au  plus  vile  ces  travaux.  De  Kiang-i 
h*icn,  où  les  rives  du  Yang-tseu  se  rapprochent  et  qui  est  la 
clef  de  ce  fleuve  à  Ou-pi-tsoui,  on  a  établi  une  ligne  de  forts 
capables  de  repousser  une  agression  ;  à  Tendroit  nommé  Ta- 
che-wan  le  fleuve  est  très  peu-large,  et  il  n'est  pas  nécessaire  d*y 
accumuler  des  forts  ;  mais,  un  peu  plus  bas,  il  faudra  en  con- 
struire deux  ;  la  position  deviendra  ainsi  formidable. 

Au  nord  de  Kiang-i  h'ien,  à  Liou-wen-cha,  on  construit  un 
fort  qui  n'est  pas  encore  terminé.  Les  autres  forts  n'ont  encore 
que  leurs  fondations  ;  or,  comme  ils  sont  placés  juste  en  face  des 
forts  de  la  rive  méridionale,  il  est  à  craindre  que,  lorsqu'ils  lan- 
ceront des  projectiles,  ils  ne  se  causent  mutuellement  des  dom- 
mages. Après  avoir  entretenu  P'ông  Yù-lin,  ancien  vice-président 
du  Ministre  de  la  Guerre,  actuellement  en  congé,  j'ai,  sur  son 
avis,  fait  arrêter  les  travaux  des  forts  de  la  rive  septentrionale, 
que  j'ai  fait  transférer  chacun  à  trois  lis  au-dessous  de  sa  position 
primitive,  jusqu'à  Chen-in-kiang.  De  cette  façon  ils  comman- 
dent encore  les  forts  de  la  rive  méridionale.  Les  forts  de  Tchen- 
kiang,  situés  à  Kiao-Ghan,  à  Siang-Chan  et  à  Fou-tien-miao, 
ceux  de  Ou-loung  Chan,  situés  à  i4  lis  au-dessous  de  Kiang-Ning, 
et  ceux  de  Cha-tcheo-in  sont  très-bien  armés  et  dans  une  excel- 
lente position.  Les  trois  forts  de  Tchen-Kiang  forment  un  trian- 
gle d'une  importance  stratégique  de  premier  ordre  ;  à  l'exception 
des  batteries  qui  ont  besoin  d'être  réparées,  tout  est  en  très-bon 
état.  En  deçà  de  Tchen-Fviang,  l'endroit  appelé  Louan-chan- 
kouan  est  très-important  par  sa  position,  et  on  fera  bien  de  le 
fortifier,  aussitôt  que  le  Gouvernement  aura  des  fonds  dispo- 
nibles. 

En  deçà  de  Kiang-Ning  se  trouve  un  fort  qui  défend  la  ville, 
et  que,  par  suite  de  sa  proximité,  il  serait  convenable  de  réparer. 

Moi,  sujet,  j'ai  vu  ce  que  j'ai  dit  de  mes  propres  yeux  et  j'ai 
exposé  la  vérité  dans  tous  ses  détails  en  ce  qui  concerne  les  for- 
teresses qui  bordent  le  Yang-tseu. 

Ëcrit  au  pinceau  vermillon  :  pris  connaissance  ^ 

Nous  venons  de  voir  que  Licou  Kouen-i  avait  été  nommé 


I.  Pour  traduction  conforme:    Le   premier    interprèle  provisoire 

F.    SciIKUZER. 


a6  CORPS  DIPLOMATIQUE  ÉTRANGER 

gouverneur  des  Deux  Kouang  :  il  passa  en  décembre  1879 
aux  Deux  Riang  ;  après  avoir  été  disgracié  en  octobre  1881, 
il  fut  réinstallé  dans  sa  vice-royauté  de  Nanking  le  22  no- 
vembre 1890  et  il  occupe  encore  ces  hautes  fonctions,  parti- 
culièrement lourdes  pendant  les  derniers  événements. 


LE    JAPON 

De  nouvelles  difficultés  faiUirent  éclater  entre  la  Chine  et 
le  Japon  au  sujet  d'une  ambassade  des  îles  Lieou  K'ieou 
arrivée  à  Pé-King  en  mars  iSyS  en  tributaire;  les  habitants 
de  ces  îles  payaient  à  la  Chine  le  tribut  tous  les  deux  ans.  Le 
Prince  Koung  refusa  de  les  placer  sous  le  contrôle  du  mi- 
nistre du  Japon  ou  de  laisser  ce  dernier  entrer  en  relation 
avec  eux. 

Le  Japon  régla  d'un  autre  coté  une  vieille  affaire  d'une 
façon  peu  avantageuse  pour  lui  :  la  grande  île  de  Sakhalin, 
au  Nord  de  Yeso  et  à  l'Est  de  la  côte  russe  d'Asie,  était 
depuis  longtemps  l'objet  de  discussions  entre  la  Russie,  qui 
occupait  le  Nord  de  l'île,  et  le  Japon,  au  Sud;  ce  dernier 
pays  réclamait  un  territoire  plus  vaste  que  celui  qui  était 
reconnu  par  sa  rivale;  des  négociations  conduites  en  1862 
par  Takenouchi  et  une  convention  signée  le  lo  mars  1867 
par  Koïdé  ne  changèrent  rien  à  la  situation.  En  1875,  un 
délégué  japonais,  l'amiral  Enomoto  Takeaki,  envoyé  à 
Saint-Pétersbourg  pour  reprendre  la  question,  accepta  (7  mai 
1875),  à  la  surprise  et  au  grand  mécontentement  de  son 
gouvernement,  l'échange  de  la  partie  japonaise  de  Sakhalin 
contre  l'archipel  presque  désert  des  Kouriles.  Les  Japonais 
avaient  obtenu  une  légère  compensation  dans  une  autre  di- 
rection en  occupant  les  îles  Bonin  en  1871*. 

I.  Henri  Cordicr,  dans  V Histoire  générale,  de  La>isse  et  Rambaud, 
XII,  p.  82g. 


AFFAIRE  DE  I.  A?iNA 


La  goélette  allemande  Anna,  appartenant  à  J.-\V,  Da- 
nieiscn,  originaire  <le  Flessingue,  négociant  à  Amov,  quitta, 
avecunchargementdc  sucre,  le  lo  septembre  1875,  cette  ville 
pour  Ticn-Tsin,  avec  dix  hommes  d'é(juipage  dont  deux  Euro- 
péens seulement  :  le  capitaine  et  son  second,  pilote  danois,  puis 
un  contremaître,  cinq  matelots,  un  cuisinier  et  son  aide,  tous 
Chinois.  En  vue  de  l'embouchure  du  Min,  à  Si  Yang  (Spider 
/s/a/iJ)  le  33  septembre,  l'équipage  se  révolte  et  piassacre  les 
deux  Européens  ;  le  cuisinier  et  son  aide,  innocents  tous  les 
deux,  s'échappent  à  Amoy  et  font  leur  déposition  devant  M. 
Kranel, consul  allemand  dans  celle  ville;  le  navire  de  guerre 
Cyclop,  qui  se  trouvait  à  Amoy,  part  h  la  recherche  de  VAnna 
qu'il  retrouve,  mais    déjà  pillée,   échouée  et  abandonnée. 

Cet  événement  qui,  malheureusement,  avait  eu  de  nom- 
breux précédents,  causa  la  plus  vive  émotion  en  Allemagne. 
Une  formidable  campagne  de  presse  fut  organisée  contre  la 
Chine;  la  Ga:eUe  d'Awjsboarrj,  la  Gazelle  de  l'Allemar/ne 
du  A'ord,  le  Rekhsanzeiger,  publièrent  des  articles  extrême- 
ment violents.  Le  ï3  mars  1876,  les  corvettes  allemandes, 
Ja  Vinela  (20  canons)  et  la  Loaisa  (6  canons),  qui  allaient 
relever  la  Hertha  (19  canons)  et  Y  Ariane  (6  canons)  reçurent 
l'ordre  de  se  presser  d'arriver  à  Hong-Kong  où  ces  deux 
derniers  navires  devaient  être  rendus  en  avril,  ainsi  que 
le  Cyclop  (6  canons).  Ordre  était  donné  à  Kiel  d'activer 
les  ré|)aralions  de  la  canonnière  \auli/as  (6  canons).  On 
faisait  courir  le  bniit  que  l'Allemagne  s'allierait  avec  IWn- 
glcterre  et  la  Russie,  sans  la  France,  pour  détruire  la  pira- 
terie dans  les  mers  de  Chine.  C'était  absurde  ;  à  ce  moment 
même  M.  Von  Brandt  recevait  l'ordre  de  se  mettre  en  rapport 
avec  le  Chargé  d'Aflaires  de  France  à  Pc-King,  en  vue  de 
la  revision  du   traité  allemand.  Cette  agitation  sans  raison 


aS  CORPS  DIPLOMATIQUE  ÉTRANGER 

n'étail-ellc  pas  créée  dans  le  but  de  nuire  à  celte  revision 
même  ?  Somme  toute,  il  ne  s'agissait  que  d'un  crime  vul- 
gaire et  Ton  ne  pouvait  se  plaindre  que  de  Tincuric  ou  de 
Tapathie  des  autorités  du  Fou-Kicn  dans  la  poursuite  des 
pirates. 

D'autre  part,  à  Saint-Pétersbourg  (mars  1876),  Lord 
Loftus\  ambassadeur  d'Angleterre,  déclarait  au  général  Le 
Flô*,  ambassadeur  de  France,  qu'il  n'attacbait  aucune  im- 
portance à  l'affaire.  M  .Von  Brandt  demandait  des  dommages 
et  intérêts  de  80000  dollars  et  en  obtenait  38  228,  ce  qui 
était  déjà  un  fort  joli  chiffre. 

On  peut  se  demander  si  déjà  le  prince  de  Bismarck  ne 
cherchait  pas  un  prétexte,  trouvé  plus  tard  par  l'Empereur 
Guillaume  H,  pour  créer  un  établissement  allemand  sur  la 
côte  du  Céleste  Empire.  L'Allemagne  désirait  assurément  le 
règlement  de  l'affaire  de  Y  Anna,  mais  ne  désirait-elle  pas 
davantage  tirer  quelques  coups  de  canon  en  Extrême-Orient? 
Et  le  diplomate  qui  avait  heureusement  et  rapidement  ter- 
miné cette  affaire,  ne  pouvait-il  pas  être  blâmé  de  n'avoir 
pas  laissé  le  plus  petit  grief,  le  plus  petit  prétexte  à  invoquer? 

CAPTURE  DU    «  CARISBROOKE  »,    12   JUIN    1876 

Le  vapeur  anglais,  Carisbrooke,  commandant  Scott,  se 
rendait  de  Singaporc  à  Hong-Kong,  ayant  à  bord  des  passa- 
gers à  destination  de  Haï-?3an  qu'il  se  préparait  à  débarquer 
dans  cette  île,  lorsque  la  canonnière  chinoise  Peng-chao-haï, 

I.  Loftus,  le  très  hon.  Lord  Auguslus  William  Frederick  Spencer, 
débuta  comme  attaché  à  Berlin,  ao  juin  1837.  Après  avoir  été  nommé 
ambassadeur  à  Berlin  (a4  février  1868),  il  fut  transféré  à  Saint-Péters- 
bourg (16  octobre  187 1)  ;  il  prit  sa  retraite  le  9  avril  1879  ^^  ^"^  gouver- 
neur de  la  Nouvelle-Galles  du  Sud  du  3  mai  1879  ^  i^^^* 

a.  Le  Flo,  Adolphe- Emmanuel-Charles,  né  à  Lesneven  (Finistère), 
a  novembre  i8o4  ;  mort  au  château  de  Nechoat,  près  Morlaix,  le  16  no- 
vembre 1877. 


CAI'TIIIE    1)1     «    CAUISIiUOOKi:   ^) ,     I  li    J  L  1 N     1875  'Ji) 

cai)ltainc  Palmcr,  avec  le  commissaire  des  douanes  T.  M. 
Brown,  fit  son  apparition  et  intima  Tordre  au  capitaine  Scott 
de  l'accompagner  h  Canton  avec  son  navire,  sous  prétexte 
qu'il  ne  devait  pas  faire  relâche  dans  un  port  non  ouvert  par 
traité.  Le  capitaine  Scott  obéit,  mais  lorsqu'il  se  trouva  à 
proximité  des  eaux  de  Hong-Kong,  il  mit  le  cap  sur  cette 
colonie  anglaise  ;  immédiatement,  le  Peng-chao-haï  ouvrit  le 
feu  et  brisa  le  gouvernail  du  Carisbrooke  qui,  conduit  à 
Canton,  fut  poursuivi  en  vertu  des  articles  47  et  48  du  traité 
anglais  de  Tien-Tsin.  Les  Anglais  arguèrent  en  faveur  du 
Carisbrooke  que  l'article  1 1  de  ce  même*  traité  spécifie  que 
Kioung-tchéou  (Ilaï-Nan)  est  l'un  des  ports  ouverts  au 
commerce  britannique.  Les  bagages  des  voyageurs  à  desti- 
nation de  Hong-Kong  furent  même  visités  à  Canton  et  leurs 
propriétaires  obligés  de  payer  les  droits  sur  les  objets  soumis 
a  des  droits  de  douane,  quoiqu'ils  ne  fussent  venus  dans  un 
port  chinois  que  contre  leur  volonté. 

Le  tribunal  fut  compose  du  Haï-Kouan  (Hoppo),  deTong 
King-sing,  agent  à  Canton  de  la  China  Merchants  Steam 
Nav.  Co.,  de  M.  Wright,  commissaire  des  douanes,  du  con- 
sul anglais.  Sir  D.  Brooke  Robertson*,  et  de  son  interprète 
M.  Gardner*.  Le  capitaine  Scott,  poursuivi  en  vertu  de  l'ar- 
ticle 47  du  traite,  se  défendit  d'avoir  voulu  faire  la  contre- 
bande. Le  jugement  fut  rendu  le  22  juin:  les  fonctionnaires 
chinois  et  le  consul  anglais  ne  pouvant  se  mettre  d'accord, 
renvoyaient  l'affaire  devant  les  Hautes  Autorités  des  deux  na- 
tions à  Pé-King;  le  Carisbrooke  était  relAché  sous  caution. 
11  est  certain  qu'il  y  avait  eu  des  irrégularités  dans  la  con- 


I.  Mort  37  mars  1881. 

a.  Gardner,  Christopher  Thomas,  nommé  élève  interprète  en  Chine, 
16  juillet  1861  ;  il  était  interprète  à  Canton  depuis  avril  187a  ;  il  fut 
nommé  consul  à  Rioung-tchéou,  9  novembre  1877.  Depuis  il  a  été  consul- 
général  en  Corécî  p.  1.,  du  i^"  février  au  20  septembre  1894.  Il  a  pris  sa 
retraite  le  i*""  avril  1899. 


3o  CORPS   DIPLOMATIQUE  ÉTRANGER 

duite  du  procès  qui  avait  cté  jugé  à  huis  clos  et  dans  lequel 
le  Haï-Kouan,  représentant  la  douane  chinoise,  était  à  la 
fois  juge  et  partie.  D'autre  part,  la  faute,  si  faute  il  y  avait, 
du  Carisbrooke,  ne  méritait  certainement  pas  la  confiscation. 
Il  y  eut  zèle  intempestif  de  la  part  des  agents  anglais  des 
douanes  contre  leurs  compatriotes  du  vapeur  capturé. 

L'affaire  du  Carisbrooke  se  termina  par  une  amende  de 
taels  5  ooo.  Elle  eut  toutefois  le  bon  résultat  de  faire  ouvrir 
au  commerce  étranger,  le  i*"*  avril  1876,  Kioung-tchéou, 
dans  l'île  de  Haï-Nan,  qui  aurait  du  l'être  depuis  longtemps 
en  vertu  des  traités  anglais  et  français  de  Tien-Tsin  (i858); 
le  port  est  en  réalité  Hoi  Iléou  (Hoi-how)  qui  a  une  {X)pu- 
lation  indigène  de  4o  000  habitants. 


ATTENTATS  DIVERS 

Il  y  eut  à  cette  époque  une  recrudescence  d'attaques 
contre  les  étrangers.  Le  19  juin  1876,  quatre  élèves-inter- 
prètes de  la  Légation  d'Angleterre,  et  M.  P.  G.  von  Mol- 
lendorff*  se  rendirent  en  excursion  au  Temple  Pai  Iloua 

I.  Le  jour  même  où  il  allait  8*embarquer  sur  le  vapeur  Prinz  Hein- 
rich^  pour  rentrer  en  Europe,  M.  do  Môllendorffesl  mort  (19  avril  1901) 
à  Ning-Po,  où  il  était  commissaire  des  douanes  impériales  maritimes 
depuis  septembre  1897.  Né  en  i848,  à  Gôrlilz,  il  étudia  le  droit  à  l'Uni- 
versité de  Halle,  suivant  le  désir  de  son  père  ;  mais  sa  vocation  le  porte 
bientôt  vers  l'étude  des  langues  orientales,  et,  faute  de  place  dans  le  ser- 
vice consulaire  allemand,  il  entre  dans  les  douanes  chinoises  en  octobre 
1869.  Il  était,  depuis  avril  1891,  député-commissaire  des  douanes,  et  il 
occupait  à  Chang-Haî  le  poste  d'  «  Assistant  Statistical  Sccretary  »  ;  il 
avait  été  nommé  fonctionnaire  civil  de  t\^  classe  le  3  juillet  1898.  Pen- 
dant quelque  temps,  il  avait  quitté  le  service  des  douanes  où  il  était 
premier  assistant,  pour  entrer,  sur  la  demande  du  chargé  d'affaires  d'Al- 
lemagne, M.  von  HoUeben,  dans  le  corps  consulaire  allemand  à  Tien-Tsin, 
qu'il  quitta  &  la  suite  de  démêlés  avec  M.  v.  Brandt.  En  i88a,  il  fut 
nommé  directeur  des  douanes  coréennes  et  conseiller  du  roi  de  Corée, 
mais  là,  il  ne  put  rester.  A  diverses  reprises,  il  avait  fait  partie  du  Conseil 
de  la  North-China  Branch  of  the  Royal  Asiatic  Societj.  M.  de  Môllen- 
dorflr  a  publié  un  certain  nombre  de  travaux.  (JT'oung  Pao,  1901,  no  3. 


San,  A  une  douzaine  de  lieues  h  l'Oucsl  de  P6-kinp.  Le  len- 
demain de  leur  arrivée,  ils  furent  assaillis  par  la  fuulc.^  cotips 
de  pierres,  M.  von  MiillcndorfT  fut  giiévenient  blessé  a  la 
tâtc  et  aux  jambes  et  n'eut  la  vie  sauve  qu'en  menaçant  de 
son  revolver  le  bonze  en  ehef.  Quelques  jours  auparavant,  le 
D""  S.  W.  Bushcll,  médecin  de  la  légation  d'Angleterre  et 
sa  femme,  reçurent  des  pierres  dans  les  rues  de  la  capitale  ; 
M.  Lcnsey,  interprète  de  la  légation  de  Russie,  fut  jclc  h  bas 
de  son  pony  par  une  brique  qui  lui  fut  lancée  dans  le  dos. 
A  six  ou  sept  lieuea  de  Tien-Tsîn,  le  Rév.  M.  Barradalc'  et 
sa  femme  furent  couverts  de  boue  par  des  villageois.  Le  sS 
aoAt,  M.  D.  M.  Henderson*,  cbet  du  service  des  phares,  fut 
attaqué  par  la  populace  près  du  pliare  placé  au  promontoire 
du  Clian-Toung,  à  l'instigation  du  lettré  Li  Wou,  trois  se- 
maines après  que  M.  W.  F.  Maycrs',  interprète  de  la  léga- 
tion d'Angleterre  à  Pc-King,  avait  porté  des  secours  A  la 
veuve  d'un  homme,  tué,  l'année  précédente  dans  une  affaire 
semblable,  par  l'anglais  Fawcett. 

I.  Le  Bév.  /ohn  Smilk  Bsrradale.  oiorl  du  typhus.  a5  mti  1878, 
dans  la  33'  année,  i  la  London  Mission.  Tien-Tsin. 

1.  Uenderaon.  David  Marr,  entré  dans  le  service  des  douanes,  janvier 
1869  :  ingénieur  en  chef,  octobre  1871 , 

3.  I,  p    587,  noie. 


CHAPITRE  m 


AFFAIRES  DE  MISSIONNAIRES 


MISSION   DE   M.    DE  ROQUETTE 

Nous  avons  vu*  que  M.  Guillaume  de  Roquette*  avait 
été  envoyé  au  Se-tch'ouen  pour  obtenir  réparation  pour 
le  meurtre  de  l'abbé  Hue  à  Kien-Kiang,  le  5  septembre 
1873.  M.  de  Roquette  qui  avait  quitté  Pé-King  à  la  fin  de 
novembre  187^,  arriva  à  Tchoung-King  le  2  mars  1875. 
Après  de  vaines  négociations  du  2  mars  au  6  avril,  il  partit 
pour  Tch'eng-tou  afin  de  voir  le  vice-roi  de  la  province  ;  le 
soir  même  on  dépêchait  vers  lui  le  maréchal  tartare.  M.  de 
Roquette  écrivait  à  M.  de  Rochechouart,  de  Tchoung-King, 
le  11  juin  1875  : 

«  Il  est  nécessaire...  que  vous  sachiez,  qu'aux  prières  et  aux 
protestations  d*amilié  ont  succédé  les  récriminations  et  les  me- 

I.  I,  p.  Sag. 

3.  Guillaume  de  Roquette,  Georges- Emile  *  né  à  Bellevue,  près  Meu- 
don,  le  ag  août  1887;  attaché  à  la  légation  de  France  à  Tanger,  le  19 
janvier  i863  ;  autorisé  par  décret  impérial  du  i4  décembre  c863,  à 
ajouter  &  son  nom  de  Guillaume,  celui  de  Roquettk,  du  nom  de  son 
aïeule  maternelle  ;  attaché  à  Berne,  le  a  juin  i864  ;  ^  Weimar,  le  7  mars 
1866  ;  secrétaire  de  3«  classe  à  Rio-de-Janeiro,  le  ig  janvier  1867  ;  che- 
valier de  la  Légion  d'honneur,  le  11  août  i86g  ;  secrétaire  de  a°  classe  à 
Londres,  le  37  octobre  i86g  ;  à  Stockholm,  le  aa  mars  187 1  ;  à  Tanger, 
le  5  mai  1871  ;  à  Pé-King,  le  aa  janvier  187a  ;  secrétaire  de  i""*  classe, 
à  Pé-King,  le  aa  décembre  1876;  à  Rome,  près  le  roi  d'Italie,  le  3i 
août  1878;  envoyé  extraordinaire  et  ministre  ]>lénipolentiaire  de  a<*  classe 
au  Japon,  le  ao  avril  1880;  mis  en  disponibilité,  le  3  mars  i88a. 


\un  v>(;i:\h:m"  di:   m.   ih:  noiji  futi:  [\[\ 

naccs.  Trois  placards,  le  dcTnicr  fort  pcrlidc  el  fort  violent,  appe- 
lant ouvertenicnl  la  populalion  à  exterminer  les  Etrangers  el  les 
Chrétiens  ont  été  alTichés  clans  toute  la  ville,  fort  énuie  de  ma 
présence,  qui  coïncidait  avec  la  nouvelle  de  l'assassinat  de 
M.  Margary  au  Yun-\an.  Enfm,  ^voyant  que  je  ne  voulais  ni  ne 
pouvais  céder,  alors  que  j'étais  déjà  embarqué  et  à  près  d'une 
lieue  de  la  ville,  le  vice- roi  a  envoyé  des  délé<^ués  me  poursuivre 
et  m'a  fait  supplier  d'accepter  un  règlement  plus  avantageux 
que  je  n'avais  osé  l'espérer,  car  deux  de  ses  clauses  proclament 
l'absolue  culpabilité  du  mandarin  Koui  que  le  vice-roi  el  les 
négociateurs  voulaient  sauver  à  tout  prix  ». 


ARRANGEMENT    DE    M.    DE    ROQUETTE 

Voici  rarrangcment  par  lequel  M.  de  Roquette  obtenait 
que  les  mandarins  compromis  fussent  destitués  ou  en\oyés 
en  exil,  que  deux  meurtriers  fussent  punis  de  mort,  et  ime 
somme  de  4oo  ooo  francs  de  compensation  pour  les  perles 
matérielles  : 

Aujourd'hui,  après  nous  être  entendus  louchant  le  procès  du 
meurtre  commis  à  Kien-Kiang^  par  Sié  Kia-fun  el  autres  coupables 
sur  la  jxîrsonne  des  deux  missionnaires.  Hue.  prêtre  français,  et 
Tai  Min-Kin,  prêtre  chinois,  où  le  mandarin  Koui  Ku-h'en 
gérait  cette  sous- préfecture  :  Nous  rédigeons  en  quatre  articles, 
comme  il  suit,  le  résultat  de  nos  délibérations  comnumes  et  de 
nos  résolutions.  Le  tout  revêtu  de  nos  signatures  pour  être  con- 
servé comme  preuve. 

Art.  I*'.  —  M.  de  Roquette,  secrétaire  d'ambassade,  convaincu 
de  la  grave  culpabilité  du  mandarin  Koui  Ru-h*cn  demandait 
qu'en  conséquence,  il  fût  gravement  puni  ;  mais  M*<*  Desflèches 
venant  nous  prierd*ap|K)rlcr  un  adoucissement  à  la  peine  méritée, 
nous  statuons  (ju'il  sera  demandé  à  l'Empereur  de  le  priver  de 
sa  charge,  sans  que  jamais  il  ne  puisse  en  avoir  aucune.  Un 
wei-yuen  le  reconduira  dans  la  province  dont  il  est  originaire,  et 
il  y  sera  placé  sous  la  surveillance  du  préfet  du  lieu. 

Art.  3.  —  Les  chefs  de  municipalité,  lÀ  Yoiien-chou,  autrement 
dit  Li  Youen-Kin  et  vulgairement  appelé  Li-pa  Lao-yé,  et  Jan 
Wen-isian,  ont  mérité  la  mort  ;  mais  M*?''  Desflèches  ayant  prié 

CORDIER.  11.    —   3 


34  AFFAIRES  DE  MISSIONNAIRES 

qu'on  leur  fil   grâce  de  la  vie,   nous  statuons   d'un   commun 
accord,  qu'ils  seront  bannis  à  perpétuité. 

Art.  3.  —  Chen  Son-fa,  Sié  Ria-fun,  Ts'ai  Tson-chi,  Tchen 
Tsouan-ls'iuen,  seront  tous  punis  d'après  la  loi.  Ainsi  Chen  Son- 
fa  sera  décapité,  et  Sié  Kia-fun  étranglé. 

Aux.  4.  —  Nous  statuons  qu'il  sera  accordé  pour  frais  des 
sépultures  et  des  tombeaux.  Quinze  cents  Taèls,  et  en  outre  pour 
la  rémission  d'une  partie  de  la  peine  encourue  par  le  mandarin 
Roui  Ku-h*en,  la  somme  de  Trente-huit  mille  cmq  cents  Tacts, ç\xi\ 
seront  payés  en  bon  argent,  d'après  la  balance  de  Tchoung-King. 
savoir  : 

Dix  mille  Tacts,  dans  le  courant  de  la  5*  lune,  après  le  retour 
h  Tclioung-King  et  la  conclusion  entière  de  l'affaire,  puis  trente 
mille  Tai'ls  restant,  seront  payés  : 

Dix  mille  Tai'ls,  h  la  10*  lune  de  la  présente  année,  eX  dix  mille 
Taëls  à  la  8*  lune  de  l'an  prochain,  et  dix  mille  à  la  3®  lune  de 
Kouang-Siu. 

Signé  : 

De  Roquette,  secrétaire  d'ambassade, 
Yao,   tao-taï  du   Se-Tch'oucn    oriental, 
ïo,  ci-devant  tao-taï  de  la  partie  est  du  Koueï-tchéou , 
Et  les  délégués  Lu  Li-Ko  et  P'an. 

La  i"  année  de  Kouang-Siu,  le  29  de  la  4*  lune  *. 


I.  Pour  traduction  conforme  :  G.  de  Bezaure.  —  Bczaurc,  Georges- 
Gaston  Servan  de,  ne  le  a6  jan>*ier  i85a  ;  élève  interprète  pour  la 
langue  chinoise,  à  Péking,  i5^  mars  187a  ;  interprète -chancelier  à 
Fou-tchéou,  a3  mars  1878;  inscrit  dans  la  troisième  classe  des  inter- 
prètes, 18  septembre  1880;  interprèle  de  seconde  classe,  interprète- 
chancelier  h  Pé-king,  ai  février-i5  mars  i88a  ;  vice-consul  à  Fou- 
tchcou,  la  mai  188a  ;  interprète  do  i***^  classe,  charge  du  vice-consulat  de 
Fou-tchcou,  i'-"*  mai  i884  ;  consul  honoraire,  3i  octobre  i885  ;  chevalier 
de  la  Légion  d'honneur,  37  décembre  i885  ;  gérant  du  consulat  de  Tien- 
Tsin  du  aO  juin  au  i^""  novembre  i885  ;  chargé  du  consulat  de  Canton, 
6  avril  188G  ;  consul  de  secQnde  classe  à  la  même  résidence,  37  juin  1887  ; 
k  Hong-Kong,  7  janvier  1889;  consul  de  i'"«  classe,  16  septembre  1890; 
gérant  du  consulat  de  Tien-Tsin,  37  novembre  1890-10  mai  189a; 
consul  à  Philippopoli  (non  installé),  i^^  septembre  189a  ;  à  Newcastle, 
1 5  octobre  1894;   consul   général,    aa   avril    1896;  gérant  du  consulat 


GAZKTTE  DE  PÉKING,  Q  SKPTKMbUE  1875  35 

M.  de  Roquette  était  de  retour  à  Ilan-Keou,  le  i"  juillet 
1875. 

La  lettre  suivante  termina  enûn  une  affaire  qui  avait 
donné  beaucoup  de  mal  à  notre  diplomatie  et  dont  le  règle- 
ment fait  honneur  à  M.  de  Roquette  : 

En  effet  le  prince  Koung  écrivait  au  comte  de  Rochechouart 
(Pé-king,  le  i3  septembre  1875)  : 

Le  maréchal  Tarlarc  du  Se-tch*ouen  et  les  autres  autorités  de 
la  province  ont  adressé  un  rapport  au  Trône  au  sujet  de  Taffaire 
de  Kien-Kiang  dont  il  expose  rinstruction  et  le  règlement. 

Le  6  de  ce  mois»  a  paru  Tordre  impérial  suivant  : 
Approuvé.  Que  le  Tribunal  compétent  prenne  connaissance. 

Il  semblerait  qu'un  bon  vent,  auquel  n'étaient  peut-être  pas 
étrangères  les  dinicultcs  de  la  Chine  avec  T Angleterre,  régnût 
alors  en  faveur  des  missionnaires,  témoin  cet  extrait  de  la 
Gazette  de  Pé-king  du  9  septembre  1876  : 

GAZETTE  DE  PÉ-RING,  9  SEPTEMBRE  1876 

Tch'oung-Che,  Tcbing-hai,  Tchi-ngan,  esclaves,  adressent 
agenouillés  un  rapport  au  trône. 

Nous  avons  antérieurement  signalé  les  autorités  d'un  lieu 
soumis  aux  deux  juridictions  tartare  et  chinoise  pour  avoir  man- 
qué à  leurs  devoirs  en  ne  protégeant  pas  un  missionnaire  fran- 
çais qui  a  été  dévalisé  sur  la  grande  route.  Dans  le  délai  qui  avait 
été  accordé  aux  autorités  de  ce  lieu,  elles  se  sont  emparées  de 
plus  de  la  moitié  des  coupables  ainsi  que  de  leur  chef,  qui,  après 
jugement,  ont  été  exécutés.  Aussi  venons-nous  prier  S.  M.  de 
rendre  à  ces  fonctionnaires  les  boutons  qui  leur  avaient  été  enle- 
vés. Tel  est  le  but  du  présent  rapport. 

Nous,   esclaves,   avons   reconnu,   en   prenant   celte  affaire  en 

général  «le  Chang-Haï,  28  août  iSyO;    consul   général  à   Cljang-Uaï,  10 
janvier  1898. 

M.  de  Bczaure,  qui  accompagnait  M.  de  Hoquette  comme  interprète, 
a  laisse  un  récit  de  son  vojage  :  Le  Fleuve  Bleu  ..  Paris,  Pion,  187a, 
in-ia. 


36  AFFAIRES  DE  MISSIONNAIRES 

main  que,  dans  la  12*  lune   de  Tannée  dernière,  le  lao-taï  inté- 
rimaire de  la  douane  fit  parvenir  Tavis  suivant  : 

Le  i/i''  jour  de  la  ii*  lune,  un  missionnaire  français  fut 
assailli  et  dévalisé  par  des  brigands  lors  de  son  passage  à  Ko- 
chao-tseu,  qui  relève  du  canton  de  Kouang-ning. 

Ce  fut  alors  que  mon  prédécesseur  Fou  Sen-ha  et  autres  deman- 
dèrent au  Trône,  à  la  date  du  16  de  la  i'"*  lune  de  cette  année 
la  dégradation  de  Mo-ko-to-ko,  commandant  tartare  du  Sia-he- 
chan  et  de  Paotaï,  chef  du  canton  de  Kouang-ning.  pour  les 
punir  de  la  négligence  apportée  par  eux  dans  leurs  devoirs  de 
protection.  Ils  demandèrent  pourtant  qu'ils  fussent  maintenus 
dans  leurs  charges  pendant  un  délai  de  trois  mois,  afm  de  pou- 
voir poursuivre  vigoureusement  et  capturer  les  coupables.  Si,  à 
l'expiration  de  ces  trois  mois,  leurs  recherches  avaient  été  infruc- 
tueuses, on  proposerait  leur  destitution  immédiate. 

Le  9  de  la  2*  lune,  le  Conseil  de  l'Empire  reçut  l'ordre  impé- 
rial approuvant  ces  dispositions. 

Conformément  à  cet  ordre,  le  vice-président  du  tribunal  des 
finances,  Ïchc-Tcho,  faisant  fonctions  de  Maréchal  commandant 
la  Mandchourie  et  Rong-ten,  Préfet  de  Moukdcn,  donnèrent 
l'ordre  aux  autorités  mandchoues  et  chinoises  de  faire  des  recher- 
ches rigoureuses,  de  s'emparer  des  coupables,  de  les  juger  et  de 
les  punir.  I^e  10  de  la  3*  lune,  nous  reçûmes  le  rapport  suivant 
de  Mo-ko-to-ko  et  de  Paotaï  : 

«  Le  0  et  le  17  de  la  a*  lune  accompagnés  de  soldats  et  de 
satellites,  nous  nous  sommes  emparés  de  Gé  Ta-tchin,  appelé 
aussi  Ye-lo-ko-la,  qui  est  le  chef  des  brigands  incriminés,  de 
Tchan  Ti-fou  et  des  trois  autres  complices  secondaires  :  Ma  Kouo- 
lin,  Hia  Jong-to,  Tchen-fa  ». 

Le  II  de  la  3®  lune,  nous  reçûmes  le  rapport  suivant  du  tao- 
taï  de  la  douane  : 

a  Le 35  delà  i^'*  lune,  à  Hoe-tchang,  canton  voisin  de  Kouang- 
ning,  on  a  arrêté  le  chef  des  brigands  Kao  Tseu-Rouei,  aussi 
appelé  Kao  Eur-long,  qui  a  été  trouvé  porteur  d'un  pistolet  à  six 
coups.  De  plus,  l'ordre  secret  a  été  donné  d'arrêter  le  brigand  qui, 
lors  de  l'attaque  de  l'étranger,  a  dit  son  nom:  San  Fou-youen. 

Le  30  de  la  6"  lune,  le  chef  de  police  de  Ileou-Tchouang, 
s'étant  assuré  le  concours  des  soldats  et  des  satellites  de  Kouang- 
ning,  s'est  emparé,  le  G  et  le  11  de  la  /j**  lune,  d'un  coupable 
nommé  Pan  In-tsing.  Puis,  dans  un  rapport  écrit  de  concert 
avec  Ma-ko-to-ko  et  Paotaï,  il  a  annoncé  qu'il  avait  aux  mômes 


GAZETTE  DE  PKRING,  Q  SEPTEMBRE  1876  87 

dates  arrête  deux  autres  criminels,  Wang  Fou-nicn  et  Chou  In- 
choun. 

A  chacun  de  ces  rapports  reçus  par  nous  se  trouve  jointe  une 
note  relatant  la  punition  prononcée. 

Moi,  esclave,  et  les  autres,  avons  reconnu  que  tous  ces  crimi- 
nels ont,  dans  l'interrogatoire  subi  par  eux,  avoué  être  les  auteurs 
de  l'attaque  contre  un  Européen  et  du  vol  de  sa  mule,  de  son 
cheval  et  de  ses  effets  et  bagages.  En  conséquence  nous  avons 
immédiatement,  avec  toute  la  rigueur  des  lois  de  l'Empire,  con- 
danmé  les  coupables  -i  mort. 

Les  Autorités  entre  les  mains  desquelles  se  trouvent  ces  indi- 
vidus ont  reçu  l'ordre,  dans  le  cas  où  leurs  déclarations  no  chan- 
géraient  pas,  de  les  faire  exécuter  sur  la  place  du  marché  du 
village,  et  de  faire  exjwser  au  bout  d'un  màt,  avec  un  écriloau, 
leurs  têtes  au  lieu  même  où  le  crime  a  été  commis,  afin  d'ins- 
pirer une  crainte  salutaire  pour  l'avenir. 

Quant  au  pistolet  h  six  coups  dont  Kao  Tseu-Kouci  a  été  trouvé 
porteur,  il  sera  remis  au  chef  du  canton  de  Kaïpingqui  l'enverra 
au  tao-taï,  afin  qu'il  soit  restitué  à  son  propriétaire. 

Les  jours  et  heures  des  exécutions  nous  ont  été  communicjués 
postérieurement. 

Depuis  le  9  de  la  2°  lune,  date  à  laquelle  j'ai  reçu  Tordre 
impérial  jusqu'à  ce  jourd'hui,  9  de  la  5™^  lune,  il  s'est  écoule 
trois  mois.  Or  comme  les  autorités  fautives  ont  arrêté  dix  cou- 
pables, nombre  qui  dépasse  la  moitié  de  celui  des  criminels, 
lequel  est  de  i4»  comme  elles  ont  capturé  le  chef,  comme,  après 
avoir  montré  de  la  négligence  dans  l'accomplissement  de  leur 
devoir,  elles  ont  déployé  un  grand  zèle  et  une  louable  activité, 
nous  proposons  à  l'Empereur  de  vouloir  bien,  par  un  effet  de  sa 
bonté,  rendre  à  Mo-ko-to-ko  et  Paotai  le  bouton  qui  leur  a  été 
enlevé,  afin  qu'il  donne  h  tous  une  preuve  de  son  indulgence. 

Quant  à  ceux  des  coupables  qui  n'ont  pas  été  pris,  ils  seront 
sans  relûche  poursuivis  de  la  manière  la  plus  active. 

C'est  pourquoi,  plus  de  la  moitié  des  coupables  avec  leur  chef 
ayant  été  arrêtés,  jugés  et  exécutés,  je  soumets  à  l'approbation  des 
Impt'ratrices  et  de  l'Empereur  les  conclusions  du  présent  rapport. 
Le  Conseil  de  l'Empire  a  reçu  l'ordre  suivant  : 
Approuvé.  Que  le  tribunal  compétent  prenne  connaissance. 
Respectez  ceci  * . 

I.   Pour  copie  conforme  :  Signé:  F.  Scherzsr,  interprète^,  i. 


38  AFFAIRES  DE  MISSIONNAII^ES 

Notre  chargé  d'affaires,  le  comte  de  Rochechouart,  a 
raison  de  se  féliciter  de  cette  preuve  des  dispositions  équita- 
bles des  fonctionnaires  chinois,  dans  sa  lettre  au  duc  Decazes, 
de  Pé-King,  12  septembre  iSyS  : 

C'est,  à  mon  avis,  la  meilleure  pièce  qui  ait  été  publiée  depuis 
quinze  ans.  En  effet,  jamais  jusqu'à  présont  personne  n'avait  pu 
obtenir  que  les  châtiments  encourus  soit  par  les  mandarins,  soit 
môme  par  de  simples  particuliers,  pour  sévices  contre  les  mission- 
naires ou  les  Chrétiens,  fussent  rendus  publics,  et  voilà  que  tout  à 
coup  et  sans  aucune  pression  de  ma  part,  le  Lieutenant  de  l'Em- 
pereur en  Mandchourie,  frère  dcTciroung-IIoou,  ancien  ambassa- 
deur h  Paris,  prend  l'initiative  spontanée  d'adresser  un  rapport 
au  trône  dans  lequel  il  raconte  qu'un  missionnaire  français  avant 
et*'»  nt*nrnii*  o\  Hf'noni'lo  pnlro.Nienn-trlinmn'r  et  ^îo^^kde^  et  les 
•  a.i.  iii.ii  I»  ..\anl  j)as"  et.'  dv'CJU verts,  il  a  destitué 
les  fonctionnaires  coupables  de  cette  négligence  :  mais  qu'ensuite 
ces  mêmes  mandarins  ayant  essayé  de  réparer  leurs  torts,  et 
l'arrestation  de  plus  de  la  moitié  des  coupables  (10  sur  il\)  étant 
leur  œuvre,  il  demande  à  l'Empereur  leur  grâce... 

Si  la  Gazelle  reproduit  trois  ou  quatre  autres  rapports  analo- 
gues, nous  n'aurons  plus  aucune  affaire  de  missionnaire  ;  ce  qu'il 
y  a  de  plus  remarquable,  c'est  que,  contrairement  à  ce  qui  se 
passe  habituellement,  la  Légation  n'a,  pour  ainsi  dire,  pas  eu  à 
intervenir  dans  cette  négociation  :  tout  s'est  borné  à  une  petite 
lettre  privée  que  j'ai  écrite  à  Tch'oung-Ileou. 

PROCLAMATION   AU    FOU-KIE?i 

La  France  n'est  pas  la  seule  nation  qui  obtienne  satisfac- 
tion. 

A  la  requête  du  ministre  des  Etats-Unis,  la  proclamation 
suivante  dont  nous  donnons  la  traduction  fut  affichée  dans 
le  Fou-Kicn  ;  elle  témoignait  du  bon  vouloir  du  gouverne- 
ment chinois  à  l'égard  des  missionnaires  : 

Le  tao-taï.  Président  du  Bureau  spécial  du  commerce  pour 
la  province  du  Fou-Kicn,  lance  la  proclamation  suivante  dans  le 
but  d'instruire  le  peuple  : 


PROCLAMATION  AU  FOU-KIEN  Sq 

Les  missionnaires  de  chaque  nation  qui  prêchent  dans  l'inté- 
rieur le  font  en  vertu  des  stipulations  du  Traité,  et  comme  la 
religion  sainte  de  Jésus,  appelée  aussi  christianisme,  a  pour  but 
d'exhorter  les  hommes  à  pratiquer  la  vertu  et  à  traiter  leur 
prochain  comme  ils  voudraient  être  traités  eux-mêmes,  il  faudra 
dès  lors,  à  l'avenir,  protéger,  tout  comme  les  autres,  les  mission- 
naires et  les  Chrétiens  qui  se  conformeront  à  leurs  devoirs  ;  on  ne 
pourra  plus  exercer  de  vexations  à  leur  égard,  ni  leur  causer  des 
embarras  :  tout  cela  est  stipulé  dans  le  traité. 

Or.  dans  les  sous-préfectures  et  dans  les  villages  du  ressort  des 
préfectures  de  Jen,  Tien,  Chao  et  de  Sin  Houa-fou,  les  notables 
et  le  peuple  non  clu'étien  exigent  continuellement  des  Chrétiens 
des  cotisations  pour  les  sacrifices  aux  génies,  les  constructions  de 
pagodes,  les  représentations  théâtrales,  et,  sur  le  refus  de  ces 
derniers,  emploient  la  violence,  leur  pillent  ou  leur  brûlent  leur 
maison  et  les  injurient.  J'ai  reçu  au  sujet  de  ces  faits  et  à  deux 
reprises  des  communications  du  Consul,  et,  suivant  le  désir  de 
ce  dernier,  j'ai  donné  l'ordre  aux  autorités  de  punir  sévèrement 
les  coupables  et  de  faire  en  outre  une  proclamation  à  ce  sujet. 
Les  étrangers  de  chaque  Empire  qui  résident  à  l'intérieur  louent 
à  perpétuité  des  terres  pour  y  construire  leurs  églises,  et  leurs 
terres  ne  sont  pas  soumises  aux  impôts  ;  les  étrangers  devront 
donc,  par  l'intermédiaire  de  leur  Consul,  demander  l'enregistre- 
ment de  l'acte  de  propriété  auprès  de  l'autorité  qui,  suivant  les 
cas,  autorisera  ou  non  le  transfert.  C'est  ainsi  que  l'on  devra 
procéder  dans  toute  la  province.  Si  les  étrangers  veulent  louer 
des  maisons  pour  y  établir  une  église,  il  leur  sera  loisible  de  le 
faire  dans  n'importe  quelle  ville,  faubourg,  marché,  absolument 
comme  s'ils  voulaient  louer  une  maison  destinée  soit  à  l'habita- 
tion, soit  au  commerce.  Les  voisins  des  missionnaires  ne  devront 
pas  faire  courir  de  faux  bruits  pour  leur  causer  du  tort. 

Cette  proclamation  a  |X)ur  but  de  vous  faire  savoir  à  tous, 
notables,  vieillards,  soldats  et  peuple,  que  les  étrangers  qui 
bâtissent  des  églises  et  qui  prêchent  leur  religion  le  font  en  vertu 
du  Traité.  Cependant,  dans  le  cas  où  ils  voudraient  acheter 
secrètement  des  terrains,  vous  devrez  dénoncer  ces  faits  à  l'auto- 
rité qui  avisera  ;  mais  il  ne  vous  est  pas  permis  de  prendre  vous- 
même  une  décision  et  de  donner  naissance  a  des  complications 
fâcheuses  en  usant  de  violence.  11  n'est  pas  possible  non  plus  de 
forcer  les   Chrétiens  à  contribuer    aux  frais  des   sacrifices   aux 


t\0  AFFAIRES    DE  MISSIONNAIRES 

génies,    des    conslruclions    de   pagodes  et   des   représentations 
théâtrales. 

Vous,  notables,  soldats  et  peuple,  devrez  observer  les  rîtes  vis- 
à-vis  des  missionnaires  et  des  Chrétiens,  et  Tharmonie  régnera 
ainsi  entre  les  populations  chrétiennes  et  non  chrétiennes.  Vous 
ne  pourrez  pas  les  appeler  barbares,  appellation  qui  est  en  désac- 
cord avec  le  Traité. 

Dans  quelque  préfecture  ou  sous-préfecture  que  les  étrangers 
veuillent  habiter,  il  leur  est  loisible  de  le  faire,  sans  que  Ton 
vienne  les  molester.  Les  autorités,  ainsi  que  les  notables  et  le 
peuple,  devront  les  traiter  avec  égards  ;  en  montrant  leur  désir 
de  remplir  leurs  devoirs  d'hôte,  et  en  ne  manifestant  aucun 
sentiment  de  mépris  ou  d'hostilité,  elles  arriveront  à  faire  régner 
la  concorde.  Lorsque  les  Chrétiens  auront  des  procès,  ils  ne  pour- 
ront appeler  les  missionnaires  pour  les  protéger.  Dès  l'apparition 
de  cette  proclamation,  les  notables  et  le  peuple  devront  se  con- 
former à  leurs  devoirs,  de  façon  à  éviter  toute  alTaire.  Que  l'on 
arrête  immédiatement  ceux  qui  auront  la  hardiesse  de  ne  pas 
tenir  compte  de  mes  instructions,  et  qu'on  les  punisse  sé>ère- 
ment. 

Que  chacun  de  vous  obéisse  et  tienne  compte  de  cette  procla- 
mation pubUée  dans  votre  intérêt  ^ . 

1.  Pour  traduction  conforme  :  Signé  :  F.  Schbrzer. 


rT-r>\^*-     ■'.-  *     -  ■    ■•       -♦".••*'  '-r       *  ,..•".    '-..•*■■     -if      ■   ■    : 


CHAPITRE  IV 


L'AFFAIRE  MAR6ARY 


Le  règlement  do  raffaire  Margary  *   était  la  portion   la 
plus  lourde  de  rhéritagc  laissé  par  T'oung-ïché  a  son  suc- 


cesseur ^ 


Le  f\  mars  1875,  le  comte  de  Derby,  ministre  des  affaires 
étrangères,  télégraphiait  à  M.  Wade  la  nouvelle  de  Tallaque 
de  la  mission  dirigée  par  le  colonel  Browne  et  l'assassinat  de 
Margary,  commis,  présumait-on,  par  ordre  du  gouverneur  chi- 
nois de  Momein  ;  le  11,  M.  Wade  recevait  le  télégramme  à 
Pé-King"et  le  lendemain  il  remettait  une  note  au  prince  Koung  ; 
celui-ci  répondit  que  le  Tsoung-li  Yamen  donnait  immédia- 
tement au  gouverneur  général,  Lin  Yo-tchao,  et  au  gouver- 
neur du  Yun-Nan,  Ts'ên  Yu-ying',  Tordre  de  faire  une 
enquête  et  de  lui  adresser  un  rapport. 


1.  I,  p.  559,  565.  —  Le  major-général  Ilcnry  Josluia  Margary,  R.  E., 
père  d'Augiistus  R.  M.,  mourut  soudainement  do  paralysie  le  21  janvier 
1876,  à  Weslon-super-Mare,  a>ant  que  satisfaction  n'ait  été  obtenue  pour 
le  meurtre  de  son  fds. 

2.  I,  p.  567,  note.  —  Chinât  n°  3  (1877).  —  Further  Correspon- 
dence  respecting  the  Atlack  on  the  Indian  Expédition  to  Western 
China  and  the  Murder  of  Mr.  Margary.  (In  continuation  of  G.  i6<)5.) 
Prescnled...,  1877,  Lond.,  in- fol.  [P.  i832]. 

3.  Du  kouang-Si  ;  Tao  taîau  Yun-Nan,  avril  1866;  trésorier  au  Yun- 
Nan,  mars  1867;  gouverneur  du  Yun-Nan,  1874  ;  en  deuil,  avril  187O  ; 
gouverneur  du  Kouei-tcheou,  mai  1879;  ^"  Fou-Kien,  mai  1881  ;  gou- 
verneur général  du  Yun-Nan  et  du  Kouei-tcheou,  mai  i883;  mort  juin 
1889. 


4a  l'affaire  margart 


RÉCLAMATIONS    DE    M.    WADE 

Le  24  mars,  M.  Wade  remellail  au  prince  Koung  un 
mémorandum  dans  lequel  il  marquait  les  réclamations  qu^il 
adressait  au  gouvernement  chinois  et  indiquait  le  mode  de 
procédure  à  suivre  au  sujet  de  l'attaque  de  la  mission  indienne 
à  Teng-Yuè  et  l'assassinat  de  Margary  : 

I.  Gomme  il  importe  avant  toutes  choses  qu'une  enquête  soit 
conduite  dans  cette  affaire  ainsi  que  le  stipulent  les  articles  XVI 
et  XVII  du  Traité  deTien-Tsin,  on  réclame  du  Prince  Koung  la 
promesse  que  les  autorités  du  Yuti-Nan  recevront  des  instruc- 
tions, afin  (|u'aucune  pcrsoime  officielle  ou  prl\éc,  qui  peut  être 
accusée,  soit  d'avoir  dirigé  ou  pris  part  à  l'attaque  contre  les 
officiers  anglais  et  autres  voyageant  avec  passe-port  à  travers 
Momein,  soit  d'avoir  pris  une  part  directe  dans  le  meurtre  de 
M.  Margary,  ne  soit  mise  en  jugement  avant  l'arrivée  du  fonc- 
tionnaire ou  des  fonctionnaires  anglais  qui  doivent  être  envoyés 
pour  assister  à  l'enquête. 

M.  Wade  doit  être  immédiatement  pourvu  de  passeports  pour 
deux  fonctionnaires  et  leur  suite  pour  se  rendre  à  Momcin,  soit 
par  terre  à  travers  la  Chine,  soit  par  la  voie  de  Birmanie,  sui- 
vant qu'il  sera  jugé  plus  commode. 

a.  M.  Wade  devra  être  immédiatement  pourvu  d'un  passe- 
port semblable  à  celui  qui  lui  avait  été  envoyé  en  juillet  dernier, 
pour  permettre  ime  seconde  expédition,  si  le  Vice-Roi  de  l'Inde 
jugeait  à  propos  d'en  envoyer  une,  pour  entrer  au  Yun-Nan 
par  la  même  route  que  celle  suivie  par  l'expédition  repoussée  en 
février. 

Le  Prince  Koung  écrira  officiellement  à  M.  Wade  jwur  mar- 
quer quelles  autres  mesures  ultérieures  on  propose  de  prendre 
pour  assurer  la  nouvelle  expédition  contre  toute  attaque. 

3.  Le  Prince  Koung  est  requis  de  remettre  entre  les  mains  de 
M.  Wade.  ou  de  lui  payer  sur  sa  demande,  la  somme  de  i5o  000 
taëls,  pour  être  appliquée,  en  tout,  ou  partie,  à  tels  objets  que  le 
Secrétaire  de  Sa  Majesté  pour  les  Affaires  Ltrangêres  et  le  Secré- 
taire de  Sa  Majesté  pour  l'Inde  décideront,  quand  ils  seront  en 
possession  de  tous  les  détails  de  l'affaire.  Si  les  Secrétaires  d'État 


.    "" 


i.  »,  -TT^y  "  .  "    -ji    -•*  -     a.-        i-.; 


GAZETTE   DE   PÉKING,    IQ  JUIN    iSyO  43 

décidaient  que  rien  de  cet  argent  ne  doive  être  accepte,  il  sera 
rendu  au  Gouvernement  Chinois. 

Le  i6  avril,  le  comte  de  Derby  approuve  les  deux  premiers 
articles  de  ce  mémorandum  ;  quant  au  troisième,  le  gouver- 
nement anglais  «  ayant  entière  confiance  dans  le  jugement 
de  Wade,  supposait  qu'il  avait  de  bonnes  raisons  pour 
formuler  une  demande  de  i5oooo  taëls,  mais  attendrait 
d'autres  explications  avant  de  donner  une  opinion  définitive 
à  cet  égard  ». 

Le  3i  mars,,  les  quatre  passeports  furent  remis  à  Wade, 
deux  pour  les  fonctionnaires  à  destination  du  Yun-Nan  et 
deux,  dans  le  cas  où  imc  seconde  mission  serait  envoyée  par 
le  vice-roi  de  Tlndc,  de  Birmanie  en  Chine  ou  vice-versa. 

L'honorable  T.  G.  (jrosvenor,  secréUire  de  la  légation 
britannique',  était  désigne  pour  se  rendre  au  Yun-Nan,  avec 
E.  ColborneBabcr  comme  interprète;  d'autre  part,  le  gouver- 
nement chinois,  par  un  décret  paru  dans  la  Gazette  de  Péking 
du  19  juin  1875,  envoyait  le  propre  frère  aîné  de  Li  Houng- 
tchang,  Li  Han-tchang,  vice-roi  des  deux  IIou,  pour  faire  une 
enquête  au  sujet  de  l'affaire  Margary. 

GAZETTE    DE  PÉKING,     I9    JUIN    iSyS 

Nous.'  les  Régentes  Impériales,  ordonnons  h  Li  Han-tchang '. 
Gouverneur-Général  des  provinces  de  Hou  Rouang,  de  se  rendre 

I.  Mort  le  8  octobre  1886. 

3.  Ne  en  1821;  Tao-taï  au  Kiang-Si.  1863;  commissaire  des  prains, 
février  i863  ;  juge  au  Kouaiig-Touiig,  i863  ;  trésorier  au  Kouang-Tounp, 
octobre  i863;  gouverneur  du  Hou-Nan,  mars  i8()5;  du  Kiang-Sou, 
février  18G7;  du  Tclié-Kiang,  janvier  1868;  gouverneur  général  du  llou- 
Kouang.  septembre  1870;  du  Se-Tch'oucn,  janvier  1876;  du  IIou- 
Kouang,  octobre  1876;  en  deuil,  1883  ;  directeur  général  du  transport 
des  grains,  octobre  1888;  gouverneur  général  des  deux  Kouan^,  août 
1889;  en  disponibilité,  avril  1896,  à  la  joie  de  ses  administrés  qu'il  pres- 
surait, et  dénoncé  par  le  gouverneur  du  Kouang-Toung,  Ma  P*ei-^ao. 


44  L*AFFAIRE    MARGARY 

en  toute  hâte,  au  Yun-Nan  pour  faire  une  enquête  et  arranger 
une  certaine  affaire  qui  a  eu  lieu  dans  cette  province  ;  et  nous 
donnons  l'ordre  à  Wang  Toung-tsicou,  pendant  l'absence  de  Li 
Han-tchang  de  son  poste  de  Wou-tch'ang,  de  remplir  temporai- 
rement les  fonctions  de  Gouverneur  Général  du  Hou-Kouang, 
avec  celles  de  son  propre  poste  de  Gouverneur  du  Hou-Pé. 
Respectez  ceci  ! 

Si  Ton  en  juge  par  la  lettre  suivante  adressée  par 
M^"  Cliauvoau,  vicaire  apostolique  du  Tibet  ^,  adressée  de 
Ta-Tsica  Ion,  le  if)  août  1876,  au  P.  Angclo  Vaudagna,  supé- 
rieur des  franciscains  italiens  de  llan-Keou,  la  mission  de 
MM.  Crosvenor  ot  Babcr  ne  devait  pas  s'accomplir  sans 
rencontrer  de  grandes  diflîcultcs: 

On  sait  dans  l'Ouest  du  Yun-Nan  que  MM.  Grosvcnor  et  Baber 
vont  arriver  avec  des  passeports  parfaitement  en  règle  du 
Tsoung-li  Yamen.  Mais  on  sait  aussi  que  des  instructions  secrètes 
du  môme  tribunal  prescrivent  aux  mandarins  de  susciter  aux 
deux  commissaires  anglais  tous  les  embarras  |X)ssibles,  et  d'exci- 
ter quelque  part,  n'importe  où,  une  sédition  populaire,  si  facile 
en  Chine,  au  milieu  de  laquelle  périraient  ces  deux  messieurs, 
sans  qu'on  put  connaître  les  meurtriers  et  sans  (pi'il  fût  j)Ossil)le 
de  compromettre  les  autorités  du  lieu,  qui  se  hâteraient  d'accou- 
rir quand  tout  serait  fini  !  On  regarde  le  voyage  de  ces  messieurs 
comme  une  entreprise  téméraire,  souverainement  périlleuse,  pres- 
que désespérée.  On  s'attend  aux  derniers  malheurs.  «  J'ajoute  : 
«  Ils  seront  suivis  de  bien  d'autres  !  » 

M.  Grosvcnor,  accompagné  de  Baber,  envoyé  par  M.  Wade, 
se  rendit  le  3  juillet  à  Han-Kéou  où  il  eut  une  entrevue  avec 
Li  Ilan-tchang  qui  lui  déclara  avoir  reçu  Tordre  de  se  rendre 
au  Yun-Nan  pour  obtenir  des  renseignements  sur  la  mort  de  * 
Margary  ;  il  n'avait  d'ailleurs  pas  à  s'occuper  de  Tatlaque  delà 
mission  Browne.  Grosvcnor  retourna  donc  le  i4  juillet  à 
Chang-llaï  où  se  trouvait  Wade  qui  le  retint  ainsi  que  Baber 

I.  I,  p.  61,  note. 


MKMORWniM   DE    M.    WVDF:,     II     AOTT    1875  /|5 

parce  qu'il  désirait,  avant  deles  envoyer  an  Yiin-Nan,  obtenir 
les  renseignements  du  vice-roi  de  Tlnde  et  les  comparer  à 
ceux  du  Yamen. 


MÉMORANDUM    DE    M.    WADE,     II    AOUT     1876 

Les  négociations  continuaient  cependant,  et  dans  un  mémo- 
randum remis  le  ii  août  1875,  à  Li  Tchoung-tang  à  Tien- 
Tsin,  Wadc  insistait  sur  les  points  suivants  qui  élargissaient 
singulitM'ement  le  champ  de  la  discussion  ;  il  n'est  plus  sim- 
plement question  de  réparations  pour  Tattaque  de  la  mis- 
sion lirowne  et  l'assassinat  de  Margary?  il  s'agit  également 
des  relations  a\ec  les  puissances  étrangères  et  de  la  protection 
du  ronunerce  : 

I^reniirremrnl.  —  Si  le  Gou\crnciuent  Cbiiiois  désire  s'assurer 
liii-mèine  cl  les  puissances  étrangères  contre  le  danger  de  malen- 
tendus tels  que  ceux  ([ui  sont  ci  jeu  actuellement,  il  améliorera 
l'état  présent  des  relations  diplomatiques,  en  commcneant  natu- 
rellement, chez  lui.  C'est  dans  ce  but  que  j'ai  pressé  le  Prince 
Koung  de  me  donner  quelque  preuve  que  quelque  chose  serait 
fait  en  vue  de  robservalion  de  l'article  IV  du  Traité.  Si  l'on 
objecte  que  la  minorité  du  Souverain  et  la  régence  de  rinq)éra- 
trice  soni  des  obstacles  à  l'accomplissement  complet  de  ces  condi- 
tions, la  ré[)onsc  sera  que  l'amélioralion  de  la  situation  dcfy 
représentants  étrangers  a  Pé-king  est  néanmoins  parl'aitement 
pratique.  Gomme  dans  d'autres  capitales  dans  les([uelles  les  Léga- 
tions Étrangères  sont  établies,  il  peut  y  avoir  des  rap[)orts  avec 
les  plus  hauts  fonctionnaires,  non  en  vue  d'allaires.  Les  alîaires 
étrangères  peuvent  être  disculées  seulement  avec  le  Département 
qu'elles  concernent,  c'est-à-dire  le  Tsoung-li  \amen;  mais 
comme  preuve  du  sentiment  amical  et  d'une  tendance  conforme 
aux  usages  étrangers  prescrits  par  le  Traité. 

Secondement.  —  Le  Gouvernement  Chinois  fera  un  cITort 
sérieux  pour  donner  eflet  aux  articles  du  traité  concernant  le 
commerce  dans  les  ports  et  dans  l'intérieur.  Sa  manière  actuelle 
de  procéder  est  gênante  à  certains  points,  à  d'autres,  détruit  le 


B  nu»!  :iu*.  a  vn?-  \il  i^tc  iiiv-  me  enniètrt  «rt  xeran^er 
iiv  .T-uiir  mur'  rji  n.  j*fi.  ura  (?*ti»  ivr^'^inre  :  et  nous 
:iiniitin>      rrrrr        ^i  uii.  "^ 'izur-iwo^i.   >^iUiat   LVLb>»**n«nf  de  Li 

**iiiiM»i     «>     '111  :•J)t1^    «î     li'âTvrrj.-'Tr    »T-nt-îTU    tu  H^rn-Kouanir. 
»•>      •:••'?-    il     r. |.r*    I»*-:    .:f    I'. •ni\mi-^ir  tu  iii#:«i— IV. 

^         i      •«       ^"      Ht      i      t'tiT^    -u^'.uii**    H!r'-:<.^;     Y*i\r 
'I*      .' .1    ^.  :•        i  .•'■-'     :.^.-i    :  iTi-.     m    7'hfi       hir'f>s*-V-  ile 

*■  ■■         ^  .    ^       •-  •     ,-     li.iî-  .1  '■  M     ;)         --ri  lit' 

M  II*  €t«»v'  .»*«  .•:'*  -i^»*  •■i■..•••^  ii.r'..in-'Mr'ii  *■:  r'-*^"l»:-  ilu 
kU  M*  »»»».  iii»'4ii..i  «•»-'*^' -M -M  .<!'  iKaiili.:"ii>  II!  "^'."^"l'-r  ji».i\ 
I»    i««\M,«ii    Vil'.    I    injv.  ••«     .il.    lut    -^'liiii-ii    j  t.iiii  •^.  *î.   t.tv'iU* 

•  *      *iim       .!t     iiiîu  »i     tT      .H|ii» 'Ir     u»"r;j«-»ll      -«*     If*.  1    r.  ■'■•*î.'- urs. 
x'»*"^     l«t      U      un       '   Mil.  tîî*      «^     lUMI  •î"!'^     '».    '*»ilr>     Il  ."    L-»  -i-^lt»!»» 

t\    •'*»»|i»«  »u\*M*    * ''^  mvi'i'it'»'  tu   n  M,    (ui  -*'    lin-vi  •'!:?:    i  i*-o"'»j- 

M      (4«>>ii«i     I  *ii    H*-!ii     lin  h    ^'Uil""'*'    •'        "-lu.»;     :•;    :"-    .;.r'**'»î»>iirs 

«'il«»ti\      iti«       »i%l»i'»'s<      I  t|l\  •   ;n'~       '%'H'  ■•!*  lilIlVIli'M  ■     .tT".  .r'.l'^.'.  î^rt'S- 

(.««     tiHN'^i**        »»  '^  ni' 'i%ï    :»r     il  »-iii.'«'»^  iiai:ii?'i-:>.    c  J  ij-Hil».' : 

V'  ►vo%.iii  -I-  >  .*.;ii;*  t  H.ii»  hkuva  ii  !:.  'i*t  :jnHOQtî>.*^uo  a\ec 
l  »  Ha  M  ;»  Jm-Kv  ;ii'.  ■'«;  vk-viorti  i*';*r  c:»u  l  i.'r.lr>?  J«e  >♦:■  rendre 
iu  \«ni  \«ii  |>sît  .-rivtm"  A;*^  irt.'^.'«^vt^'iwii5.s  sur  Kl  morl  de  * 
\1.«<  '^.i^  \  '1  •!  <v.i»i  ..Liilk'*i!  V  i.M>  A  <"  .<x-u^-<r  Jn'  TalLuiue  do  la 
i»»v*»»*M  lii»\\n.'  ^i»v>\i.'ivi.  rv*.  tîrru  d».  tK*  le  1 4  juillet  h 
V  ''vv»A  Uu  ^»ô  H"  ttv^u^Ait  \X  Akk  vlui  le  retiul  ain>i  queBaber 


parer  qu'il  déslrail,  avant  ilelosonïriyrmii  Yiin-Nan,  nlilciiir 
les  iTnscij;nenienls  du  vico-mî  do  rindc  cl  id/:  coiii|iarcr  à 
ceux  du  Yamen. 


MÉMOR.V^Dl'M    DE    M.    WADE,     Il     .VOIT     18/5 

Lcsm'gnrinlions  conlinnaiont  CTjiondant.  ot  dons  un  mômo- 
randnni  iviiiif^k'  ii  anill  \H-î>,  à  Li  'l'clioung-lang  à  Ticn- 
Ti'in,  Wnde  insisluil  snr  les  {>oiiils  suivants  qui  élargissaient 
sinfridii-iviiu-nl  le  diainiido  la  discussion  ;  il  n'est  [ilus  sîni- 
lilfiiionl  question  de  réjKualioiis  pour  l'attaque  de  la  mis- 
sion Hroivne  el  l'assassinat  de  Maryarv,  il  s'af-'it  également 
des  ri'lalinuf  :\\i'i'  les  puissances  étrangères  et  <Ie  la  jii-otection 


liii-iiii''Mie  ol  li'S  [itiissances  ('li-nn^'i'ivs  ciiiitre  le  <laiig('r  de  inalrn- 
lendiis  tels  inn;  ceu\  ijiii  sont  C!  jeu  acluellemenf .  il  Rinélinrcra 
l'état  présent  de.s  relations  diplomatiques,  en  commençant  natu- 
rellement, eliez  lui.  C'est  dans  ce  but  que  j'ai  pressé  le  Prince 
Kounc  de  me  donner  quelque  preuve  que  quelque  eliose  serait 
t'ait  eu  Mte  de  l'observation  de  l'article  1\  du  Traité.  Si  l'on 
objecte  ipie  la  minorité  du  Souverain  et  la  régence  de  l'Inqrt'ra- 
trice  sont  dc^  obstacles  à  r,iceom|ilissonieTit  i-ouiplct  d>'  ces  ciindi- 
tions,  In  ré|ionse  sera  que  ramélioralion  de  la  situation  des 
représentants  étrangers  à  l'é-kin:.'  est  néanmoins  [larraitenient 
pratique.  Comme  dans  d'antres  capitales  dans  les(|ncili's  li's  Léga- 
tions Ètrangi-re»  sont  établies,  il  peut  y  avoir  des  rapjKirls  avec 
les  plus  liauts  rond  ion  naires,  nmt  en  vue  d'alFaircs.  Les  all'ain-s 
élraupi-res  peuvent  être  discutét-s  seiitenient  avec  le  Dépintement 
qu'elles  concernent,  c'est-à-dire  le  Tsoung-li  ^anien  ;  mais 
comme  preuve  du  sentiment  aoiical  el  d'une  tendance  conforme 
aux  uMges  étrangers  prescrits  par  le  Traité. 

Se«MH'™"n(.    —  Le  Gouvernement  Clûnois    fera   un  ell'ort 
wTieH  donner  clTcl  nm  articles  du  traité  cooccrnanl    le 

JUS  les  pr-*~-"t  dans  l'intérieur.  Sa  tnanièrc  actui-lle 
4»^C^Sm  g^  'rlHins  points,  ii  <raulrc-,  détruit  le 


± 


48  l'affaire  margauy 

M.  Grosvcnor  est  le  fonctionnaire  qui  se  rend  au  Yun-Nan 
pour  assister  au  jugement  pour  lequel  le  \ainen  a  déjà  donné 
un  passe-port  et  un  délégué  a  élé  nommé  par  le  surintendant  des 
Ports  du  Nord  pour  raccompagner  dans  son  voyage.  M.  Wade 
demande  maintenant  qu  on  fournisse  une  escorte  jK)ur  assurer  sa 
sécurité.  On  peut  naturellement  satisfaire  à  ce  paragraphe.  Le 
Yamen  [litt.  ce  sera  le  devoir  du  Yamen  de]  notifiera  au  Gouver- 
nement du  Yun-Nan  de  détacher  une  escorte  à  rarri>éc  de 
M.  Grosvenor  dans  la  province  aûn  de  l'escorter  de  point  en  point 
et  de  le  protéger  de  façon  à  ce  qu'il  ne  lui  arrive  aucun  danger. 

4.  Escorte  pour  la  future  mission  de  l'Inde. 

Il  sera  nécessaire  que  les  fonctionnaires  de  l'Inde  sur  le  point 
d'entrer  au  Yun-Nan  par  la  frontière  birmane,  donnent,  avant  de 
commencer  leur  voyage,  avis  aux  fonctionnaires  de  la  frontière 
du  Yun-Nan  de  l'époque  à  laquelle  ils  arriveront  à  un  point  spé- 
cifié, aussi  bien  que  du  chiffre  de  leur  compagnie  et  de  leur  suite. 
Les  fonctionnaires  de  la  frontière  leur  accorderont  certainement 
la  protection  la  plus  clïicace.  On  espère  que  M.  Wade  voudra  bien 
communiquer  les  remarques  ci-dessus  au  Vice-Roi  de  l'Inde  et 
le  Yamen  écrira  en  termes  pressants  au  Gouvernement  du  Yun- 
Nan  de  fournir  une  escorte  à  telle  époque  qu'il  sera  nécessaire, 
afin  d'assurer  les  résultats  les  plus  parfaitement  satisfaisants. 

5.  Le  rapport  de  M.  Wade  [sur  l'attentat  du  Yun-Nan]  sera 
immédiatement  déjxjsé  devant  le  Trône  et  un  Décret  sera  pro- 
mulgué, &c. 

En  réponse,  il  doit  être  observé  que  c'est  l'habitude  en  Chine, 
dans  les  cas  où  des  Commissions  d'enquête  sont  tenues,  relatives 
à  des  événements  dans  des  provinces  qu'aucun  Décret  ne  soit 
promulgué  publiquement  avant  que  le  rapport  n'ait  été  présenté 
au  Trône  annonçant  l'accomplissement  de  l'enquole,  et  que  le 
mémoire  relatant  les  particularités  de  l'enquête  soit  prêt  à  être 
publié.  Dans  les  cas  où  les  Décrets  sont  promulgués  avant  que  l'af- 
faire soit  conclue,  ils  sont  communiqués  [par  le  Grand  Conseil] 
et  jamais  ni  eux  ni  les  mémoires  sur  lesquels  ils  sont  basés  ne  sont 
publiés.  Dans  le  cas  présent  le  fait  est  que  le  Gouverneur  Géné- 
ral et  le  Gouverneur  du  Yun-Nan  avaient  reçu  par  décret  l'ordre 
de  faire  des  recherches  et  de  s'occuper  de  l'affaire.  En  dernier 
lieu,  par  rapport  à  la  longueur  de  temps  qui  s'était  écoulé  sans 
résultats  apparents,  le  Gouverneur-Général  Li  «fut  nommé  pour 
se  rendre  sur  les  lieux,  faire  des  recherches  et  régler  l'affaire.  Que 
le  Gouvernement  du  Yun-Nan  ait  été  ou  non  dilatoire  dans  son 


RKPONSK   DU    rSULMi-LI    YAMEN,    -J'À    AOUT    187J  49 

action,  il  apparlicndra  en  même  temps  an  (jonverneur-Ciéncial 
Li  de  s'en  assnrcr  et  d'agir  en  conséqnence.  Le  Yamen  propose 
maintenant,  d'une  part,  de  faire  un  rapport  pour  un  Décret 
ordonnant  au  Gouverneur-Général  et  au  Gouverneur  du  \un- 
Nan  d'employer  toute  diligence  pour  s'assurer  des  faits  réels  de 
l'alTairc  et  faire  un  rapport,  cl  leur  interdisant  tout  nouveau 
délai  ;  d'autre  part,  de  demander  en  même  temps  que  le 
Gouverneur-Général  Li  reçoive  Tordre  de  partir  en  toute  hâte  à 
destination  du  Yun-Nan  à  seule  un  que  TafTaire  soit  rapidement 
amenée  à  une  conclusion. 

6.  Qu'un  ambassadeur  soit  envoyé  en  Angleterre  et  qu'il  se 
détourne  de  sa  roule  pour  visiter  Calcutta. 

L'idée  que  des  ambassadeurs  seraient  envoyés  de  Chine  dans 
des  contrées  étrangères  a  déjà  été  émise  depuis  quelque  temps, 
mais  aucun  personnage  convenable  ne  s'étant  présenté,  il  n'a  pas 
été  possible  de  la  mettre  à  exécution  immédiate.  Eu  égard  main- 
tenant, à  l'événement  qui  a  eu  lieu  au  Yun-Nan,  un  fonctionnaire 
pourra,  connue  démarche  préliininairo,  élrc  envoyé  on  Angle- 
terre à  seule  (in  de  cimenter  des  relations  amicales  et  de  décla- 
rer que  ce  qui  s'est  passé  au  Yun-Nan  était  un  événement 
imprévu  du  Gouvernement  Central  [ou  Souverain].  Toutefois  le 
fonctionnaire,  envoyé  en  mission,  comme  porteur  d'une  missive 
de  salutations  à  Sa  Majesté  la  Reine  d'Angleterre  de  la  part  de 
Sa  Majesté  l'Empereur  de  Chine,  sera  forcé  de  se  rendre  directe- 
ment en  Angleterre  et  de  délivrer  sa  lettre  en  personne,  en  mar- 
que de  profond  respect.  De  plus,  n'importe  quels  arrangements 
qui  peuvent  être  pris,  au  sujet  du  commerce  de  frontière  avec  le 
Yun-Nan,  dépassent  le  but  des  conditions  du  traité,  relatives  aux 
ports  de  la  côte.  Il  faudra  examiner  les  circonstances  locales  avant 
que  des  négociations  ne  soient  commencées.  Ce  n'est  pas  un  sujet 
sur  lequel  un  fonctionnaire  envoyé  à  l'étranger  comme  ambas- 
sadeur puisse  être  sulTisamment  bien  informé.  11  sera  nécessaire 
d'attendre  que  l'alTaire  du  Y  un-Nan  soit  terminée  et  les  circon- 
stances locales  examinées  à  fond  pour  qu'il  puisse  être  délibéré 
sur  cette  question  en  vue  de  résultats  satisfaisants. 

7.  Publication  du  Décret  nommant  un  Envoyé  pour  se  rendre 
en  Angleterre. 

La  question  de  la  nomination  d'un  Envoyé  a  été  traitée  d'une 
façon  explicite  dans  le  paragraphe  précédent.  Toutefois  il  faut 
ajouter  qu'il  n'est  j)as  libre  aux  serviteurs  de  S.  M.  l'Empereur 
de  faire  des  suggestions  au  sujet  de  ses  Décrets. 

GORDIBR.  IL    —   4 


5o  L^AFFAIRE    MAUGARY 

Quand  le  Décret  nommant  un  fonctionnaire  aura  été  reçu,  le 
Yamen  en  enverra  une  copie,  faite  avec  révérence,  à  M.  Wade, 
pour  son  information. 

23  août  1875. 

ENVOYAS  CHNOIS  FN   ANGLETERRE,    7    SEPTEMBRE    1876 

Le  28  août  1875,  le  prln^^e  Koung  recul  un  décret  inn>é- 
rial  nommant  \e>  envoyés  extraordinaires  chinoisen  Angleterre, 
mais  il  ne  j  arui  (\\>c  dar  hi  Gn:ette  dr,  7  sej.len:})ie  :  r'élail 
rnecoiiséfp'c  r<('"  M''^  •  nn-'um  (jwur».  ra;  1  r*)di  '\  •  ng- 
li  Yanicn,  un  i*^  c  ùi. 

Décret 

m 

Le  Vire-Président  oxpodanl  Kouo  Sonng-tao.  leTao  Taï  oxi>0'^- 

M'    M»""    ''il    '  r       -h 


iie.i[>ecie/  cec. 


•  1  •     1 


•-•  crç     -   r     •>!        1-»    ^  ri'p 


la  capitale,  porteur  de  la  nouvelle  qui  m'avait  été  donnée  à 
Trhé-lbu,  où  se  trouvait  le  vire-amiral  Rvder,  à  bord  de 

!  ;       ■  Cl  ■    -,  p  I  /   .   f  i 

»»••■•■»        1.     ••v.tè-'i-.iii,     .,>.VC.«t>^|./iii     Vi  .»i      de. 11.       »i  ««Lit*. 

Ce  uécrel  ne  fut  mis  en  exé(  ulion  que  plus  tard,  M.  V\  ade, 
le  9  octobre,  ayant  conseillé  au  grand  secrétaire  Pao-YCin 
d'attendre  pour  envoyer  les  deux  diplomates  chinois  en 
Angleterre  que  Taffaire  du  Yun-Nan  fU  terminée. 

I.  Commissairos  impériaux. 


ati  su  (i|  Cl  libre,  qn'il  .'-laii  -  .  ,  .,>it; 

les  Indes  avaient  5oooo  liiiiuiiit's  jin  Is  a  iln^jeti-»  sur  lu  Birma- 
nie et  le  Yun-Nan,  et  M.  Fraser,  jiremicr  secrélaire  de  la  Léga- 
tion britannique  a  dit  publiquement  à  ma  table  que  M.  Wade 
f'tail  ilécidô  à  emmener  toute  sa  Léj;alion  avec  lui,  et  qu'avant 
deux  j'iiirs  (ceci  se  passait  te  il))  nou«  saurions  à  quoi  nous  en 
tenir.  Li-s  t^hiiiiûa  teiinient  un  langage  non  moins  inquiétant. 
lU  se  moquaient  publiquement  de  M.  Wade.  et,  eux  toujours  si 
réseivés.  se  livraient  vis-à-vis  des  interprètes  des  autres  Léga- 
tions à  des  appréciations  si  vertes... 

Le  a^,  j'ai  ro;u  un  billet  de  Vt.  Wade  ainsi  conçu  :  i  Je  ne 
pars  plus,  ut  j'envoie  M.  Grosvenor  à  Londres.  Le  matin  même 
(In  jom-où  il  m'iUrpssait  ce  billet,  il  en  adressai  un  semblable 
au  Viiiiisire  des  Ktals-Unis.  et  m'  rendait  l'ii  personne  aux  Lé^n- 


52  L* AFFAIRE    MARGART 

advienne,  nous  ne  sortirons  pas  de  la  ligne  de  conduite  que  nous 
nous  sommes  tracée. 

Enfin,  M.  Wadc  obtient  ce  qu'il  appelle  ses  garanties  : 
d'abord  un  décret  paru  dans  la  Gazette  de  Péking  du  a 3 
septembre  1876  : 

DÉCRET  IMPÉRIAL 

Le  Tsoung-li  Yamen.  dans  un  rapport  au  Trône,  prie  TEmpe- 
reur  de  publier  une  explication  de  la  forme  des  Kdils  impériaux 
et  de  décider,  après  délibération,  que  les  hauts  dignitaires  des 
divers  tribunaux  et  des  dilTéren tes  administrations  entretiendront 
des  rapports  personnels  avec  les  représentants  étrangers  résidant 
à  Pé-Ring.  Le  rapport  explicatif  de  la  forme  des  édits  qui  nous  est 
présenté  obtient  toute  notre  approbation.  Quant  aux  rapports  des 
hauts  dignitaires  des  divers  tribunaux  et  des  différentes  adminis- 
trations avec  les  représentants  étrangers,  ils  s'établiront  confor- 
mément au  projet  élaboré  au  Tsoung-li  Yamen. 

Respectez  ceci  * . 

Ensuite  un  mémoire  au  sujet  des  relations  avec  les  ministres 
étrangers  : 

RAPPORT    DES    MEMBRES    DU    TSOUNG-LI  TAMEN    AU    TRONE  ^ 

Pé-King,  le  29  septembre  1875. 

Les  sujets  Yi-Sin  (le  prince  Koung),  etc.,  etc.,  agenouillés, 
présentent  un  Rapport  au  Trône  contenant  l'exposé  minutieux 
de  l'état  des  relations  de  la  Chine  avec  les  États  étrangers. 

Nous  prions  S.  M.  de  rendre  public  le  contenu  de  ce  rapport 
afin  de  bien  faire  connaître  à  tous  la  cordialité  des  rapports  qui 
existent  entre  la  Chine  et  les  États  étrangers  et  d'empccher  ces 
bonnes  relations  d'être  troublées   à  l'avenir. 

Dans  5®  lune  (juin)  de  cette  année,  notre  tribunal  adressa  à 
S.  M.  un  rapport  pour  la  prier  de  choisir  et  d'entretenir  à  la 
solde  de  l'État  des  sujets  expérimentés  dans  les  Aflaires  étran- 

I.  Pour  traduction  conforme:  Signé:  F.  Screrzer,  interprète  p.  1. 
a.   Gazette  de  Pé-King^  Ms.,  39  septembre  1875. 


RAPPORT  DES    MEMBRES  DU  TSOrNG-M  YAMEN    AU   TRONE  53 


nr 


ères,  cic.  Nous  reçûmes  un  ordre  impérial  approuvant  nos 
conclusions.  Plus  tard,  parut  un  décret  envoyant  le  Vice-Prési- 
dent expeclant  Kouo  Soun^-lao  et  le  fonctionnaire  de  a*  classe, 
intendant  expectant  pour  la  province  du  Tclié-li,  Siu  Keng-chi^n, 
en  mission  h  Tétranger.  En  présentant  au  Trône  un  rapport  ten- 
dant à  faire  un  choix  parmi  c^s  sujets  versés  dans  la  diplomatie, 
notre  but  n'était  pas  seulement  de  faciliter  rexpédition  des 
affaires  courantes  avec  les  l^tats  étrangers,  ni  de  préparer  réta- 
blissement de  rapports  avec  les  pays  étrangers  par  rétablissement 
de  légations;  notre  rap|3ort  visait  à  un  autre  but:  nous  ne  vou- 
lions pas  que  la  défiance  put  se  glisser  dans  nos  relations  avec 
les  Ëtats  étrangers,  et  nous  voulions  éviter  toute  cause  de 
désaccord.  Or,  pour  cela,  ne  faut-il  pas  que,  de  part  et  d'autre, 
on  connaisse  les  particularités  inhérentes  a  chaque  peuple? 

Dans  la  ô*"  année  de  T'oung-Tché  (1868)  Tche-Kang  et  Souen 
Kia-kou  (les  deux  envoyés  chinois  qui  accompagnaient  M.  Bur- 
lingame  dans  sa  mission)  membres  de  notre  Yamen,  furent 
envoyés  en  mission  à  l'étranger.  Lors  de  leur  retour  à  Pé-King, 
ils  nous  dirent  avoir  eu  des  rapjx)rts  personnels  avec  les  hauts 
dignitaires  de  chacun  des  Ministères  des  États  où  ils  s'étaient 
rendus.  Les  représentants  étrangers  à  Pé-King  nous  confirmèrent 
ce  récit,  et  ajoutèrent  qu'ils  n'avaient  aucun  rapport  avec  les 
hauts  dignitaires  des  tribunaux  de  la  capitale,  et  que,  vu 
l'absence  de  toute  relation  entre  ces  fonctionnaires  et  eux,  il 
n'était  pas  étonnant  que  la  population  n'eut  aucune  considéra- 
tion pour  eux. 

Si,  depuis  longtemps,  les  hauts  fonctionnaires  des  divers  tri- 
bunaux n'ont  jamais  eu  de  relation  avec  les  étrangers,  c'est  qu'ils 
obéissaient  aux  règles  concernant  ces  relations  * .  Or  la  Chine  ayant 
depuis  de  longues  années  des  rapports  amicaux  avec  les  États 
étrangers  et  envoyant  actuellement  des  ambassades  ji  l'étranger, 
la  situation  actuelle  n'est  plus  la  môme  qu'autrefois,  et,  de 
ce  qu'on  ne  peut  pas  traiter  les  Envoyés  d'après  les  anciens  rites, 
on  ne  doit  pas  conclure  qu'il  ne  faille  pas  établir  de  rapports 
[>ersonnels  avec  eux. 

Nous  prions  l'Empereur  de  donner  l'ordre  a  notre  Yamen  et 
hauts  dignitaires  des  divers  tribunaux  et  des  différentes  admini«- 


I .  c  Que   les  fonctionnaires  n'aient  pas  do  relations  [avec  le«  étran- 
gers]. »  /.i  Ki. 


Dr  iH'lh'  I.»  »  .'ï    c('u\  «MI"  u  (Mil  jKis  ;Mii;  '  c  l'ii  lit*  ra|);K)rts  avec 


:<l      lllll      ttXt'         I.        If.  >. 

PéniHrcN  de  la  liaiile  iiii|K)i'tuticv  (|ue  iioun  uc\oi  ^  u.iacLtr  *.u 
maintien  de  nos  bonnes  reJutions  a\ec  les  puissances  «'trangères, 
nous   présenlons  à  TcAdmen  bien\eillant  de  S.   M.  «cl    expcsé 


I^TEnVEUTIOM    DC    CORPi)    DIPLOMATIQUE  55 

minutieux,  conçu  dans  le  but  d'ùcarter  toute  méfiance  et  d'aug- 
menter la  3(ilendcur  de  t'Eni})ire.  Nous  prions  les  deux  lni|>éra- 
Irice»  el  l'Empereur  d'examiner  et  d'appouver  ou  désapprouver 


l^TEnvE^Tlo:1  du  cohps  diplohatiql'e 

Le  rapport  du  Tsoung-U  Yamen  ne  pouvait  laisser  indilTé- 
rent  le  corps  diplooialique  étranger  accrédité  à  Pé-king. 
M.  de  Butzov,  ministre  de  Russie,  second  doyen  du  corps 
diplomatique,  écrivit  la  lettre  suivante  à  M.  Wade,  le  préve- 
nant de  la  démarche  qui  allait  Hve  faite  par  les  représentants 
étiangei-s  auprt"*  du  ïâouiig-li  Yamen,  M.  Wade  «  prit  très 
bien  lu  chose,  el  r'["ndît  do  viv  voix  h  V..  de  Kul^nvque, 
s'il  s\'|;ili  a(^i  d'une  note  et  no  '  d'une  visili-,  il  se  ^.:r,iilj  -inl 


56  l'affaire  margauy 

En  conséquence,  le  3o  septembre  1870,  à  trois  heures,  les 
Ministres  de  Russie,  des  États-Unis  et  d'Allemagne,  ainsi 
que  M.  de  Roquette,  représentant  M.  de  Rochechouarl, 
retenu  au  lit  à  la  suite  d'une  chute  de  cheval,  se  rendirent 
au  Tsoung-li  Yamen. 

Après  avoir  échange  quelques  phrases  de  poHtesse,  M.  de 
Butzov,  en  sa  qualité  de  second  doyen  du  corps  diplomatique, 
s'exprima  à  peu  près  en  ces  termes  '  : 

«  Nous  avons  appris  que  VY.  EE.  avaient  présenté  au 
Trône  un  placet  qui  modifiait  dans  une  certaine  mesure  les 
rapports  des  Légations  étrangères  avec  les  autorités  chinoises, 
et  que  ce  placet  avait  reçu  la  sanction  impériale.  Tout  en 
rendant  justice  aux  sentiments  de  bonne  amitié  que  cette  pièce 
exprimait,  nous  sommes  venus  ici  pour  vous  déclarer  que 
nous  ne  pouvions  admettre  dans  le  présent  comme  dans  le 
futur  qu'on  disposât  en  dehors  de  nous  de  nos  propres  intérêts, 
et  que  le  moins  qu'on  aurait  dû  faire  eût  été  de  nous  prévenir 
et  de  nous  consulter  avant  de  prendre  une  décision  dont 
nous  demeurons  profondément  surpris.  » 

Le  Ministre  Chen,  qui  suivait  avec  la  plus  vive  attention 
la  traduction  de  M.  l'interprète  Arendt,  se  tourna  vers  ses 
deux  collègues,  les  consulta  du  regard  et  répondit  ces  seuls 
mots  :  «  Y'ous  avez  raison.  » 

M.  Wade,  auquel  M.  de  Butzov  fit  part  de  cette  entrevue 
tant  en  son  nom  qu'en  celui  de  ses  collègues,  ne  sembla  pas 
attacher  grande  importance  à  la  démarche  collective  du  corps 
diplomatique. 

«  J'ai  causé  deux  heures  avec  notre  collègue  d'Angleterre, 
disait  le  ministre  de  Russie  à  la  suite  de  sa  visite,  et  je  vous 
avoue  que  je  me  sens  incapable  devons  rapporter  ce  qu'il  m'a 
dit  ;  ses  idées  sont  si  confuses,  et  les  questions  qu'il  a  embrassées 
si  hétérogènes  que  j'ai  renoncé  à  les  comprendre.  Cependant, 

I.  Rapporl  de  M.  de  Roquette  à  M.  de  Rochcchouart. 


.■jTV   ■  •         .-  f^-t' 


I.F.TTni:    I>F    M.     WADK,     Q    OCTOBUK     IcS".")  67 

si  on  venait  me  dire  ({uc    M.  Wade  partira  demain,  je  n'en 
éprouverais  aucun  élonnement.  » 

A  œ  sujet,  M.  de  Roclicchouart  écrivait  à  M.  IcducDccazes, 
Pé-king,  le  i"  octobre  1875: 

M.  Wade  avait  dit  à  l\m  de  nous  que  le  secret  qu*il  avait 
tenu  à  garder  vis-à-vis  de  ses  collègues  provenait  de  deux  causes  : 
le  désir  de  réserver  entièrement  à  son  pays  le  droit  de  régler 
une  alTaire  anglaise,  et  le  sentiment  qu'il  avait  de  ne  pas  ôtre 
approuve  de  nous,  en  introduisant  dans  ses  négociations  cer- 
taines questions  complètement  étrangères  au  meurtre  de  M.  Mar- 
gary,  telles  que  la  révision  des  droits  du  likin.  et  les  prérogatives 
du  corps  diplomatique  établi  à  Pé-Ring. 

Comme  M.  Wade  change  souvent  de  plan,  nous  n'avions  pas 
attaché  plus  d'importance  à  celui-ci  qu'à  bien  d'autres,  lorsque 
nous  apprîmes  simplement  par  la  (lazelle  Officielle  que  M.  Wade 
avait  demandé  et  obtenu  pour  les  représentants  étrangers  le  droit 
d'entrer  en  relations  personnelles  avec  les  dilFérents  fonctionnaires 
qui  président  aux  principales  administrations. 

iM.  Wade  se  décida  enfin  à  envoyer  à  ses  collègues  du  corps 
diplomatique  une  lettre  identique  et  confidentielle  : 

LETTRE    DE    M.     WADE,     9    OCTOBRE    1875 

Pe-Ring,  9***  october  1875. 

M  Y   DEAR  CoM.EAGUE, 

1  acquainted  you  some  days  since  with  my  détermination  to 
send  Mr.  Grosvenor  lo  England.  1  bave  now  rcceived  from  the 
Chinese  Government  guarantees  in  my  opinion  sudicient  to 
induce  me  to  change  my  earlicr  décision,  and  1  bope  to  Icave  this 
for  Shanghaï  on  the  iith  instant  for  the  purpose  of  despalching 
Mr.  Gros>enor  lo  Yùn-Nan. 

I  bave  as  yet  spoken  on  this  subject  only  to  yourself  and  such 
other  of  mv  colleagues  as  l  was  associatcd  with  in  conférence  on 
the  question  of  Emigration  to  Cuba,  last  Mardi  when  the  intel- 
ligence of  the  Vun-\an  outrage  obligcd  me  to  inform  you  that  I 
must  for  the  time  ^ithdraw  from  the  work  of  médiation,  and  I 


I.  AFFAIRE    MARGART 


58 

hâve  a  parlicular  reason  for  ïnlruding  mvsoir  upon  you  once 

more. 

Mv  guarantees  liavc  been  more  or  less  the  subject  of  discussion 
ever  siiicc  the  beginning  of  August.  Speaking  ofcourse,  as  a  Bri- 
tish  Minister.  I  shall  be  correct  in  describing  nhal  1  rcquired 
as  proof  in  one  forni  or  olhcr  of  a  bona  fide  intention  to  obiierve 
more  eïaclly  tl»e  provisi  ns  ol"  Arliclcs  IV,  IX.  and  XXVIII  of 
the  Brilish  Trcalï  of  \6bb.  Tiiese  wcre  at  Icast  mv  propositions 
in  chief. 

In  siirti  a  case  a«  Ibat  I  bave  in  liand.  an  atlack  thaï  is  to  say, 

on  a  |ini'lv  of  lirilisU  Oiricers  funiished  «ith  passports.  and  the 

■  iKird'^r  oi'oncoflb^'ir  niiniber.  il  iiii,::ht  s<-em  at  firsl  sight   ihat 

•■  ■    '   •-!■     .■,   1'  .      .-1     -v     Hir.   „„iv    Vrticle   lo 


.    11.'  s<'iil    lo  rii^'Iaiid.  Tb 


Mission  to  Kn^iaiid  «bicb  nas  |niblisli.  .1.  I 
to  the  pbraseolo^jv  einpioved. 

il  wns  to  iieutraiizc  mnru  or  liss  ' 
lalter  Decree  tbat  1  iirged  Ihe  pil-  < 
Ibi-  înterroiirsr  Ir'vnn  ''•  rc'-       ' 


1.1  II  li  1 1'  !|«  Liii  ni',  siicli  nili'i'''(iiirse 
.   ,.  ,  ...,i  iil    M'.ii^.  Ixii  a  (Kii'l  nl'lliL-  Miiiis- 
l.->i..l  ,,iivil(.^i-s  t<.  Hlilch.  uiidcr  Article  IV  ol'llie  Trcal)  of  i858 
Die  lirilish  [icprcseiilativc  is  (?nlillrd, 

1  shall  reliirn  lo  ihis  Di'crw;  prescnllv.  bul   I  licrc  bi-g  jour 
'    ■  ■'■   ■<  '     ''  "  l"iii''  t'inl  I  :islii>(]  ''.  r  il  as  !iTi  timrndf  IVir  tho  sliort- 


Priiicc  nf  kiiti);  lius  ciitiiiiiiiiiiciili.'d  lo  iiin  .m  aullicrilica  - 
|>y  of  tl>is  Dtxrcv  ami  oF  tlic  Mniioiiul  of  tlie  Tsiiti^--li 
Il  to  wbieli  tUe  Dtcree  h  a  rcpij. 


6o  l'affaire  margary 

And  now  lo  rcturii  for  a  moment  lo  tbe  Decrec  on  nninistcrial 
intercourse  wliich  is  reallv  wlial  lias  comniitled  me  to  ihis  vcrv 
Icnglhy  letter.  If  tlic  Yamcn,  as  I  understand  it  lo  liave  been 
implied,  was  to  blâme  for  making  the  public  démonstration  it 
bas  donc,  of  its  purpose  to  aftempt  a  modification  of  forms 
aflecling  intercourse  witli  foreign  Minislcrs,  witbout  previously 
Consulting  tbem,  it  is  I,  tbe  foreign  Minisler  i^lio,  as  I  hâve 
sbewn  above.  suggestcd  ibat  démonstration,  wbo  should  be  bla- 
med  rallier  Iban  Ibe  Vamen. 

Speaking  for  mvself  1  sbould  cerlainly  not  bave  dcemed  it 
necessary  ibat  tbe  Cbinese  Government,  if  about  to  adopt  an 
improvement  in  relations  tbat  bas  been  frequently  pressed  on  it 
(by  varions  Ministers  besides  myself)  sbould  give  nie  prcvious 
notice  of  ils  intention.  Il  did  not  occur  to  me  tberefore.  1  admit, 
lo  warn  ibe  Yamen  tbat  before  moving  in  tbis  mattcr  foreign 
Représentatives  ougbt  to  be  advised  of  tbat  intention,  and  1  lake 
tbis  opportunity  of  expressing  my  regret  ibat  any  proposition 
of  mine  sbould  bave  committed  the  Cbinese  to  a  course  of  action 
which  my  colleagues  bave  felt  obligcd,  however  mildly,  to  dcpre- 
cate. 

I  remain 

M  y  dear  colleague 
Yours  ver  y  truly, 

T.  Wade. 


Notre  chargé  d'affaires  ne  crut  pas  devoir  se  séparer  de  ses 
collègues  dans  la  circonstance,  mais  pour  bien  marquer  la 
silualion  qu'il  entendait  garder,  il  envoya  sa  lettre  en  anglais 
telle  qu'elle  avait  élé  rédigée,  prouvant  ainsi  qu'il  n'en  était 
ni  le  rédacteur,  ni  même  l'inspirateur.  Il  élait  incontestable 
d'ailleurs,  remarquait  un  diplomate,  que  l'altitude  de 
M.  Wade  dans  celle  négocialion  n'avait  été  ni  des  plus 
franches,  ni  des  plus  cordiales,  et  qu'il  avait  soulevé  un 
mécontenlement  en  quelque  sorle  légitime  :  rien  n'autorisait  le 
Minisire  d'Angleterre  à  user  d'une  méfiance  que  ses  rapports 
antérieurs  avec  ses  collègues  ne  justifiaient  en  aucune  façon  ; 
le  meurtre  d'un  étranger,  et  à  plus  forte  raison  d'un  fonc- 
tionnaire étranger,  devenait  de  suite  une  question  d'intérêt 


LETTRE  DE  M.  DE  ROCHEC.IIOUAHT  A  M.  WADE.  I  I  OCTOBRE  1873  Gl 

général,  et  M.  Wadc  était  sur  de  Tappiii  de  tous  ses  collègues 
pour  Taider,  si  cela  était  nécessaire,  à  obtenir  le  châtiment 
exemplaire  des  auteurs  du  guet-apens. 

LETTRE  DE  M.  DE  ROGHEGHOUART  A  M.  WADE,  II  OCTOBRE  iS'JO 

Pé-King,  le  II  octobre  1875. 
Mon  cher  Ministre, 

1  just  reccived  your  letter  of  the  gth  instant  informing  me 
ibat  you  liavc  obtaincd  from  the  Chinese  Government  guarantecs 
suflicicnt  to  induce  you  to  change  your  earlier  décision  wliich 
you  had  kindly  communicatcd  to  me  and  to  despalch  Mr.  Gros- 
venor  to  Yun-\an  instcad  of  sending  him  to  London.  I  liave  no 
doubt  thaï  thcse  news,  when  becoining  known  will  contribute 
to  reniovo  llie  feeling  of  anxicty  and  unccrtainty  which  lo  our 
approlïonsion  had  takcn  holcl  of  tlic  l'orcign  comninnilvin  China. 

Whilc  thanking  you  for  Ibis  communication,  ibcre  is  one  part 
of  vour  lolter  which  1  cannot  leave  witliout  a  rcmark.  You 
appcar  to  bc  under  the  impression  that  the  slep  taken  in  com- 
mon  by  my  colleagues  and  myself  was  intonded  to  throw  blamc 
ujx)n  the  Gbincse  for  the  course  adopted  by  the  Yamen.  Nothing 
of  tbis  kind  was  donc,  or  intendcd  ;  we  only  wished  to  draw 
the  attention  of  the  Yamen  to  the  facl  that  there  werc  certain 
questions  —  arrangements  on  which  to  become  operativc  must 
be  agreed  to  by  ail  foreign  représentatives.  Our  slep  thereforc 
very  far  from  referring  to  the  past,  bore  exclusivcly  upon  the 
future,  and  the  Yamen  inslead  of  rccciving  a  blâme  in  il.  consi- 
dercd  il  in  the  same  friendly  manner  in  which  il  was  made. 

I  myself  as  well  as  my  colleagues  are  fully  awarc  of  the  great 
and  bénéficiai  influence  common  action  bas  alwavs  had  in 
(]hina,  and  we  consider  il  an  imporlant  élément  for  preserving 
friendly  relations  with  ihc  Gbincse  Government. 

I  need  hardly  add  that  I  always  bave  been  and  sball  be  happy 
to  coopéra  te  wilh  ail  my  colleagues  in  this  direction. 

Recevez,  mon  cher  Ministre,  Tassurance  de  ma  haute  considé- 
ration. 

Signé  :  Rocuechouart, 


fia  i/.  I  r  .'li 

La  Gazette  de  Pc-Kmj,  du  lo  ocloLiv,  iv.i.;viiii.*ii  uii 
autre  rapport  sur  les  passepoith  étrangcis. 

M .  Wade  quitta  Pé-King  subitement,  ayant  décidé  le  départ 
de  M.  Grosvenor  pour  le  Yun-Nan  et  celui  de  M.  H.  G. 
Edwardos^  pour  Londres.  La  veille  de  son  dépari,  il  eut  une 
cxplicalion  orageuse  a\ec  ses  collègues,  MM.  de  Bulzov, 
Avtty  et  de  Braiidt  qui  se  plaignaient  d'avoir  été  tenus  en 
dehors  de  toutes  les  négociations.  M.  Avery  surtout  se  mon- 
trait fort  irrité  du  tort  fait  aux  aiTaires. 

«  VL  Wade,  paraît- il,  s'est  défendu  en  déclaranî  qu'en  agis- 
sant ainsi  il  r!'^»  ait  fait  (ju'uscr  de  son  d  oit,  que  c'était  une 
affaire  purenu  .  l  anglaise,  et  qu'en  conséquence  il  n'avait  cru 
devoir  consulter  personne  pour  la  régler.  M.  de  Brandt  serait 
al(»vs  ii'tervrnfï,  fai*=innt  ob<^<Tvcr  quo.  -i  M.   W.»do  a>  ^if  aar' 


...     ,'1, 

(loilC  pi.  i«  i  ..V   .  u.     .i.>a      ...  L 

de  rejelor  !<;>  anlns.   o   Pn?^  u    i,  >   i  • 


N  ' 


3.   M.  de  Kuchechuuarl  au  auc  Dccazcs,  i\'-hLiIl^^  i8  ociobrc   lOyO 


M.     WADE  63 

choses  qui  ne  sont  pas  absuluirient  impossibles  nous  les 
faisons  quand  nous  en  reconnaissons  la  nécessilé,  et  cela 
malgré  les  désagréments  qui  quelquefois  en  relombcnl  sur 
nous;  mais,  malgré  tout  notre  désir  devilcr  les  complications, 
il  est  un  rrrt.tin  nombre  de   prinri|ies   nu\  iuels   nous   ne 


.iiang-Haï,   M.    Wade   voulut  faire 
i  '!<:■>  l't'tiit  de  la  question  : 


11N1CAT10:<I    DE   M.    WADE 


Ni-'iiication,  n-"  i8  de  1875'. 

I.e  S  >ii»siiini5  a  grand  j)laisir  de  publier  pour  (]iic  l'on  siiclip  Ji 


Chan<,'-Hal.  17  octobre  r87r 


si.' Yîin.V:,.inrm  . 


Len  obstiicles  qui  ont  loiiL:leiii[j^  ratenu  .tl.Ciriisveti.ii  A  le  l»it 
que  l'on  nie  savait  engagé  dans  des  négociations  plus  ou  moins 
relatives  à  rnlTaire  de  sa  mission  ont  excitiî  d'assez  Icgitinies 
appréhensions.  La  communication  que  je  vou.s  aî  antori^  «  Taire. 
Ibj  calmera,  je  l'esp're. 

I.  Traduction. 


64  L  AFFAIRE    MARGARY 

Je  ne  m'étendrais  pas  davantage  sur  les  négociations  dont  il 
s'agit,  si  je  ne  croyais  utile  de  dissiper  les  inquiétudes  qu'un  cer- 
tain sujet  a  fait  naître.  J'apprends  que  le  bruit  court  que  j'ai 
signé  une  Convention  dont  les  clauses  auraient  les  conséquences 
les  plus  importantes  pour  le  commerce  anglais.  Tel  n'est  point  le 
cas.  J'ai  saisi  l'occasion  qui  se  présentait  pour  insister  très  sérieu- 
sement sur  le  devoir  qui  incombait  au  gouvernement  chinois 
d'observer  plus  rigoureusement  plusieurs  clauses  du  Traité, 
notamment  celles  relatives  à  la  Taxation  de  notre  commerce, 
toutes  clauses  dont  l'inobservance  a  si  souvent  excite  des  plaintes. 
Si  l'on  observait  les  clauses  du  Traité  —  tel  qu'il  est,  —  il  n'y 
aurait  évidemment  aucune  nécessité  de  faire  une  Convention. 
Mais  s'il  devenait  utile  de  modifier  les  stipulations  actuelles  du 
Traité  —  en  ce  qui  touche  le  commerce  —  une  Convention  serait 
indubitablement  nécessaire.  Or  aucune  Convention  ne  pourrait 
ôtrc  efficace,  si  elle  était  négociée  par  moi  ou  par  quelqu*autre 
représentant  d'une  Puissance  agissant  seul.  Le  commerce  étran- 
ger en  Chine  est  une  propriété  commune,  dont  les  lois,  si  on  les 
veut  modifier,  et  si  on  les  veut  efficacer  doivent  avoir  été  étu- 
diées et  acceptées  par  tous  également.  En  conséquence,  ce  que  je 
me  suis  efforcé  d'obtenir  dans  cet  ordre  de  choses,  est  un  enga- 
gement formel  de  la  part  du  gouvernement  chinois  que  Ton 
ferait  une  enquête  sur  la  question  des  impôts  qui  frappent  le 
commerce  étranger,  soit  dans  les  ports  consulaires,  soit  au-delà 
de  leurs  limites,  et  qu'il  élaborerait  un  rapport  sur  les  conclu- 
sions duquel  on  pourrait  négocier  des  changements  à  apporter 
aux  stipulations  existantes,  dans  le  cas  où  l'on  ne  trouverait  point 
d'autre  moyen  possible  de  détruire  les  abus  dont  on  se^laint.  Il 
a  été  pris  des  engagements  qui  permettront,  je  l'espère, 
d'atteindre  le  but  désiré. 

Vous  êtes  libre  de  publier  cette  dépêche. 

Votre  obéissant  serviteur, 

Thomas-Francis  Wade. 
W.  H.  Medhurst  Esq. 
&c.,  &c.,  &c. 

On  ne  peut  dire  que  M.  Wade  eût  une  bonne  presse  ;  il 
fut  attaqué  violemmenl,  en  particulier  par  le  Shanghaï 
Courier  ^  China  Gazette]  il  y  était  habitué. 


MlSSH)^    GROSVKMm 

M.  W  iiiio  roiisonlil  enlin  an  ilo|iart  ih  In  mi^^ion  angljii?r 
.-..miinsÙP  (lo  lllon,  T.  C.  firosYciior  et  lic  MM.  Aillmr 
DaM'iiport ',  vice  cnnsiil  à  Cliang-llaï  cl  Balior'. 

M.  Davonporl,  (lûsij^m^  seniciiicnt  lo  aa  nctobvc  (mur 
im-iidrfi  [jart  k  la  mission,  étnil,  dit  Wade,  «  riiii  des  rnres 
mcndircB  du  scrvire  qui  avaient  ôludii"  le  droit  con  nmnre.  o 
La  Mission  quitta  Ilan-Kcou  le  5  novembre  1875  sur  une 
jitnqur  du  IIou-Nan  et  remonta  le  ^  ang-tsen  à  I  Iclinng  et  li 
Tclioung-King  où  elle  parvint  le  3o  diVrndno  ;  elle  pnilil  de 
relie  dernière  ville  le  3  jan\îer  i8y()  cl  arriva  enfin  ii  ^  nn- 
Nan  fou  dans  l'aiirès-midi  du  6  mais  1876,  Une  com|iaru- 
tioii  de  dmize  nrcust^s  eut   lieu  dans   li'  yanien  du   nié-laï 


1.  I>avcM|Hirl.  Arthur,  i5lèïc  inlcrprMc  à  Hong-Kong.  9  juin  1857; 
!■  Cliang' IIbï.  id  avril  t858;  a'assislint  h  Ni.'oii-tchoiiDn^.  iitmai  i»5i). 
Arciinipgiia  ri'i[ii'>Jilioii  dans  le  Nonl  en  iftiio.  attaclii-  k  la  troupe  île 
n'-M'MC  à  Takou  clian  ;  cl  r^nmilli;  servit  il'inlrriiri-lo  h  ramiral  Sîr  James 
llnpr,  comnianclanl  ''n  chef  Ae  la  nulle.  Rrçn  la  médaille  inililaire  [>out 
«es  service».  E>en.iant  l'hiver  de  iSii»  61.  servi  comme  intcnirile  de  Urd 
Jiiliit  llav,  oiltcier  de  marine  le  plus  aiicleii  do  grade  de  l'escadre  du 
Moril  Fui  cnvové  |>ar  l'amiral  Ho[ie  a  Si^o-lrhouang  jioHr  ouvrir  ce  ["orl. 
atant  l'arrivée  du  consul  Meadowi.  Fui  nomme  1"  assistiinl  0  Nii'-ou- 
tcliouang.  le  3>  avril  18O1  ;  a' inler|irèlit  !i  Chang-liaï,  janvier  iStifi; 
iiiliT|>rètc  ffliuni  fonction  de  consul  i  Tclicn-kian);,  ao  février  t865i 
interjin-lt  k  Ilan-kéou,  6  juillet  181)8;  faisant  fonction  de  vice-cntisul  i 
Chaii^'lIaT.  35  juillet  1870.  el  ilc  consul  i  l^hang-Haï  dn  m  ocloLre 
1K71  an  11  février  1871  ;  faisant  fonclion  de  1"  inter]ir<'te  ï  la  légalioti 
de  IV'-KInpt  du  7  mai  1871  an  i(i  avril  1873:  v'ice-consid  i  Canton, 
■>:>  mai  1S73  (non  installe).  pulskClian^-llaî.  c)  ■eplemlirc  187^  :  faisant 
fi ludion  d'assesseur  i  Cliang-TIuï  dn  ij  janiierau  ai  octobre  i8'i)  ;  consul 
!i  Tclié-fou,  ^  novemlirc  1877;  faisant  fonction  de  cnnsul  k  Cliang-lia! 
du  l'T  janvier  1877  nu  Si  mars  1880.  Transféra  ii  Tien-Tsin  el  k  Pi- 
Kinp.  a'i  février  188.1.  .\ilmLs  h  la  relraitc  1"  octobre  1885. 

■>,  llalicr,  Kiltfiird-Cutburne.  mort  k  Bliamo  le  iG  juin  iSiio,  âgé  de 
.i7ans;  élËve  inlerpréte.  38  juillet  18OG;  ani«Unt  do  i*  classe,  3^ 
aoiU  1871  :  en  i87<|,  il  avait  été  premier  interprtlo  i  Pé-Kingclen  i88.'>, 
consul  général  ï  Séoul.  ^  oir  T  iiung  Pao.  I.  p.  iTl^ . 

CUHDIER.  It.    -    5 


66  l'affaire    MAUGAnT 

Ts'ang  en  présence  de  Davenporl  et  de  Baber  d'une  part,  el 
de  Ting  Tao-laï,  Tching  Tao-laï,  ïdrèn   \V  ei-yoïien,  I^'an 
Fan-laï,  Ts'ang  iSié-taï,  Soung  Tché-fou,  de  raiilro,   le  20 
mars.  ïing  Tao-laï  prétendait  que  les  meurlriers  de  Margary 
étaient  des  montagnards  sauvages,  voleurs  de  profession,  qui 
habitaient  les  Yé-jen  clian  el  quelcpies  Chinois  renégats,  fuyant 
la  justice,  associés  au\  sauvages.  Les  Anglais  au  conlrairc  sou- 
tenaient que  leur  malheureux  compatriote  avait  été  massacré, 
non  par  des  sauvages  ou  des  Chinois  du  pays,  mais  bien  par 
ordre  de  fonctionnaires  chinois  venus  de  Momein.  Les  Hauts 
Commissaires  chinois,  lors  du  départ  de  Grosvenor,  envoyè- 
rent h  Pé-King  un  mémoire  dans  lequel  ils  demandaient  au 
Trône  de  donner  des  instructions  au  Tsoung-li  Yamen  el  au 
Ministère  des  Chûtiments  (Haute  Cour  de  justice  criminelle) 
pour  prononcer  la  sentence  contre  les  individus  qu'ils  axaient 
trouvés    coupables,    c'est-à-dire    les    sauvages    accusés    du 
meurtre  de  Margary  et  Li  Tchen  kouo,  accusé  d'avoir  poussé 
l(?s    habitants  de  Momein  à  prendre    les  armes,   (irosvenor 
quitta  Yun  Nan  fou  le  25  mars  1876  et  par  voie  de  Ta-li, 
\oung-tcirang,   Teng-\ué   (Momein,    3    mai),    Manwyne, 
arriva  h  Bhamo  le  21  mai  187G.  Son  rapport  contradictoire 
fut  reçu  par  Wadc  le  8  avril. 

Le  voyage  de  la  mission  anglaise  nous  a  valu  deux  rapj>orts 
intéressants  au  point  de  vue  scientifique  :  Tundc  M.  Daven- 
port*  sur  le  commerce  des  régions  parcourues;  Tautrc  extrê- 
mement remarquable  sur  la  géographie  de  TOucst  et  le  Sud- 
Ouest  de  la  Chine,  par  E.  C.  Baber*. 


I.  China fiï^  2  (1877).  Yunnan  Mission.  Report  by  Mr.  Davcnport 
on  the  Trading  Capabilities  of  ihc  Counlries  traversed  hy,..  (in-8). 

[G.  —  I7I'*-] 

a.  China,  n"  3  (1878).  Report  hy  Mr.  Baber  on  thé  Route  foUowed 
by  Mr.  Orosi'enor's  Mission  botween  Talifu  and  Momein.  IWilh 
Ilinerary  aiul  Mapof  Koad  froni  Yiimian-fu.]  l^resenletl...,  1878.  Lond., 
in-fol   [C.  -—  199^1]. 


RAPPORT    DE    l.l    1IAX-TCII\XG  Cy 

M.  Wadc  eut  la  satisfaclion  de  voir  ses  elTorls  récompensés 
par  sa  nomination  au  ran^r  d<*  Che\alier  Commandeur  du 
Bain\  faile,  lui  lélé^rapliiail  Lord  Derln ,  le  25  no\embre 
«  en  considération  de  ses  services  diplomatiques  en  général, 
et  spécialement  pour  Téncrgie  et  Tesprilde  ressource  montrés 
par  lui  pendant  les  dillicultés  avec  le  Gouvernement  chinois 
au  sujet  du  Yun-ISan  Oulrafje.  » 


RAPPORT    DE    LI    HAN-TCIIAK(i 

Cependant  Li  Han-lchang   comnumiquail  le  résultat  de 

son  enquête  : 

Décret^. 

lÀ  Ilan-tcliang  et  autres  adressent  un  rapport  au  Tronc  : 

Suivant  les  ordres  que  nous  avons  reçus  nous  avons  pris  en 
main  TafFaire  du  meurtre  de  M.  Marf^ary  et  après  une  enquête 
sommaire  faite  sur  les  circonstances  qui  ont  accompagné  ce 
crime  nous  présentons  un  rapport  projX)sant  la  dégradation  des 
Ibnctionnaires  fautils  et  leur  interrogatoire. 

Li  Flan-tcliang  et  autres  ont  fait  par  eux-mômcs  et  par  leurs 
délégués  une  en(|uéte  dans  laquelle  ils  se  sont  fait  représenter  le 
dossier  conqilet  de  cette  alTaire.  Des  délégués  intelligents  ont  été 
envoyés  ])our  faire  Tinstruction  conformément  à  la  justice. 

Il  résulte  des  rapports  de  ces  derniers  que  le  pays  situé  entre 
la  Uirmanie  et  la  (ihine  est  peuplé  par  des  tribus  sauvages  et 
est  infesté  de  bandes  de  brigands  ;  que  lorsque  les  notables  et 
que  le  peuple  de  T'eng  yué  eurent  entendu  parler  du  prochain 
passage  d'étrangers  sui\isde  nombreux  soldats,  ils  postèrent  des 
individus  armés  dans  le  but  de  se  défendre  eux-mêmes.  Or,  M. 


Trrueis  and  Ifesearckes  in  the  Interior  of  China.  Ry  E.  Gol- 
lK)riic  lîabor,  Chincsc  sccrclary  of  Légation,  Peking. 

Forme  le  vol.  f,  part,  i  des  Supplementary  Papevs  delà  Royal  («eog. 
Soc.  London.  Murray,  i88:«,  in -8. 

I.  Knighl  Commander  of  llio  Most  Ilonoiirable  Order  of  the  Balh, 
K.  C  n.  —  La  nomination  (tarul  dans  la  London  Gazette^  du  j()  no- 
vembre 1875. 

a.   Gazette  de  Péking,  du  i3  de  la  ii^  lune  (10  décembre  1875). 


G8  L*AFFAinE    MARGARY 

Margary  lors  de  son  voyage  du  Yun-Nan  en  Birmanie  était  muni 
d*un  passc})ort  et  fut  escorté  d'une  l'açon  satisfaisante  par  les 
soins  des  autorités  locales  qui  n'eurent  à  encourir  aucun  blâme. 
Mais  lorsqu'il  revint  de  Birmanie  au  Yun-Xan,  il  ne  montra  pas 
ce  passeport  aux  autorités  locales  et  ne  leur  demanda  |Xis  de  lui 
donner  une  escorte,  aussi  des  malfaiteurs,  au  mépris  de  la  loi. 
le  voyant  ainsi  isolé,  l'attaquèrent  et  le  mirent  à  mort. 

I^e  sous-préfet  de  Teng-Yué  Ting,  nommé  Wou  K'i-liang  n'a 
pas  eu  connaissance  des  dispositions  hostiles  des  notables  et  du 
|)euple  de  T'eng-Yué,  il  n'a  ni  dissuadé,  ni  arrêté  ces  derniers, 
et  a  négligé  de  prendre  les  précautions  voulues  ;  malgré  Tordre 
sévère  qui  lui  avait  été  envoyé  par  Ts'én  \u-ying  d'exercer  des 
[>oursuites  et  de  saisir  immédiatement  les  coupables,  il  a  mis 
|)lusieurs  mois  pour  s'emparer  des  assassins,  il  a  certainement 
été  fautif. 

Le  général  de  Teng-^  ué  nommé  Tsiang  Tsoung-han  el  dans 
le  ressort  duquel  s'est  perpétré  un  aussi  grand  crime,  n'en  a  pas 
été  averti  et  évidemment  est  répréhensible.  Wou  R'i-liang, 
Tsiang  Tsoung-lian  seront  révoqués  el  dégradés  provisoirement, 
puis  interrogés  sur  les  deux  points  suivants,  à  savoir  : 

I**  S'ils  ont  entravé  l'envoi  d'une  escorte  destinée  à  proléger 
M.  Margary  : 

2°  S'ils  ont  secrètement  envoyé  des  individus  dans  le  but  d'as- 
sassiner M.  Margary. 

Lorscjue  Li  Han-tchang  les  aura  interrogés  minutieusement 
sur  ces  deux  points,  l'alTairc  pourra  être  considérée  comme  élu- 
cidée, et  il  n'aura  pas  été  permis  un  seul  instant  qu'on  ait  usé 
de  partialité  (à  l'égard  des  coupables). 

Uespeclez  ceci^ 

Rapport^. 

Les  sujets,  Li  Han-tcliang,  Sié  Houan,  Ts'én  Yû-ying,  age- 
nouillés, adressent  un  rapport  au  Trône  contenant  la  date  de 
leur  arrivée  au  Yun-Nan  et  un  exposé  sommaire  de  ce  qui  s'est 
passé  dans  cette  province  :  ils  concluent  à  la  dégradation  el  à 
l'interrogatoire  des  fonctionnaires  civils  et  militaires  qui  ont  été 
fautifs.  Ils  soumettent  ce  rapport  à  l'examen  de  S.  M. 


r.   Pour  traduction  conforme:  J.e  premier  interprète  p.  i.  :  F.  Sciier 


ZEH. 


a.   Gazette  de  Péking,  i\  de  la  ii"  lune  (ii  décembre  1870). 


Le  a3  île  la  5'  lune  ùc  la  i"  année  du  règne  du  Kounag  Siu 
(|p  af)  juin  iSy'i),  nous  reçûmes  l'ordre  [m|>énal  suivant  : 

i'ar  un  ordre  daté  d'aujourd'hui.  Li  Kan-tchang  t'sl  envoyé 
au  Yun-Nan  pour  y  faire  une.  enquête,  il  lui  est  prescrit  <lu  se 
rendre  sans  relard  dans  cette  province  pour  s'j  livrer,  de  con- 
cert avec  le  Vice-Hoi  et  le  (louvemcnr  à  une  cnqui^tc  ini|)artialc 
sur  tes  circonxlnnrcs  du  meurtre  de  M.  Margary. 

Uesperlec  ceci  '. 

Nous  sujets  après  avoir  annoncé  au  Trône  notre  dépari,  nous 
nous  rcndjuies  d'étape  en  étape  au  but  de  notre  mission. 

Le  sujet  (l.i)  lUn-tc)iang  arriva  au  Yun-Nan  le  i(>  de  la  lo' 
lune  (i3  novembre). 

Le  sujet  (Sié)  llouan*  arriva  au  Yun-Nan  postérieure  me  ni 
le  ^3  de  la  io<  lune  (lo  novembre). 

Sur  la  route  nous  avions  commence  à  recueillir  par  nnus- 
UK^nies  et  aussi  secrèlenu'nl  des  renseigncuicrils  sur  cette  allure. 
Vpri'-s  noire  arrivée,  nous  ei'imes  des  entrevues  avec  Ts'éii  Vii- 
viugel  de^  rnlreliens  sur  le»  points  principaux  de  celle  nlFaire 
doni  nous  nous  Times  .ipjMirler  Inut  le  dossier,  nous  fîmes  égale- 
ment rnm|).-iraitre  les  meurtriers.  Nous  envoyâmes  d'urgence  des 
<lélégués  iiitelligenls  [wur  faire  luic  empiète  minutieuse  sur  ec 
rpii  s'était  |ias>é  et  nous  adresser  un  rapport. 

Nous,  sujets,  avons  rec/>nnu  que  \1.  Margary  lors  de  sou 
voyage  du  Yun-Nan  en  Birmanie  était  muni  d'un  |>asseport 
émané  du  Tsoung-Ii  Yamen.  et  fut  escorté  d'une  façon  salisfai- 
santc  par  les  soins  des  autorités  locales  qui  n'eurent  à  encourir 
aucun  blAme.  Mais  lorMpic  cet  étranger  et  d'autres  revinrent  de 
Dinnanieau  Yun-Nan,  ils  eurent  à  traverser  un  terrîloire  oc- 
cu|)é  par  des  tribus  sauvages  alliées  à  des  bandes  de  brigands 
dont  les  roules  étaient  infestées.  Ce  fut  alors  que  le»  noiabics  et 


I.  Il  raiil  HJnutrr  :  «  \i»si.  r]uo.  lo  ^  te|)lGml)rc.  lu  décrctl  fiuîvaiil  a 
('1r  r«..ii  : 

(■  Que  Witu  T'ang  [Gouvcnioiir  gonflai  Ju  Sc-tch'oucn]  donne  l'ordre 
Il  IVi  ticeiirésidenl  Si^-Hnuan  de  w  rendre  avpr  tniilo  U  rapidil^  pot- 
silik  au  Vlln■^BN.  pour  ailler  Li  llanUhang  dans  ce  qu'il  a  à  faîrp.  slin 
qu'un  ciiaJjulciir  rouipélent  lui  soil  ilonni'.  u  H.  (',, 

t.  Il  t'Iailà  la  rclrailo  depui*  igfîtt;  TsoUi  i  ChanglIaM:!]  i8.'.»,  il 
dvait,  conjoinlcmoiil  avre  M.  Lajr.  coniluil  les  m^gocinlions  relatives  aux 
tarifs;  il  Tut  rnsuilc  goiiverncitr^.  i.  du  Kouang-Si,  |mi«  en  lt«i3  mcm. 
hro  tlu  Tfoung-ti  Vainen. 


•JO  I.  VFFAIKK    MARGAUY 

le  peuple  de  T'cng-Yué,  entendant  dire  partout  que  des  étrangers 
accom[>agnés  de  soldats  européens  allaient  entrer  dans  leur  ter- 
ritoire, et  n*ayaht  jamais  eu  connaissance  du  caractère  cle<»  soldats 
étrangers,  dans  la  crainte  qu'ils  ne  vinssent  chez  eux  coiniiiettrc 
des  méfaits  réunirent  plusieurs  individus  armés  dans   le  but  de 
se  défendre  eux-mêmes.  D'un  autre  côté,    les  brigands  réunis 
aux  tribus   sauvages,   attaquèrent  sans  raison   l'étranger   et    le 
tuèrent,  d'où  surgit  cette  grave  alîaire.  Or,  cet  étranger  revenant 
de  Birmanie  au  Yun-Nan  n'avait  pas  demandé  d'escorte  aux  au- 
torités locales.    Cependant    le    sous-préfet  de  T'eng  Yuc   Ting, 
Wou  K'i-liang,  n'ayant   pas    eu   connaissance    des   dispositions 
hostiles  des  notables  et  du  peuple  et  n'ayant  ni  dissuadé  ni  ar- 
rêté ces  derniers,  a  négligé  de  prendre  les  préauilions  voulues  : 
malgré  l'ordre  sévère  qu'il  avait  reyu  de  ïs'èn  Yû-ying  d'exercer 
des  poursuites  et  de  saisir  immédiatement  les  coupables,  ce  fonc- 
tionnaire ayant  mis  plusieurs  mois  pour  s'emparer  des  meurtriers, 
a  donné  lieu  à  des  reproches  fondés  de  l'Empire  étranger  et  est 
certainement  fautif. 

Le  général  p.  i.  de  T'eng-Yué  Ting,  Tsiang  Tsoung-han, 
dans  le  ressort  duquel  s'est  perpétré  un  aussi  grand  crime,  n'en 
ayant  pas  été  averti,  est  évidemment  répréhensible. 

Nous  croyons  devoir  prier  S.  M.  de  donner  l'ordre  que  le 
sous-préfet  de  T'eng-Yué  Ting,  Wou  K'i-liang,  que  le  général 
/).  i.  de  T'eng-Yué  Ting,  Tsiang  Tsoung-han  soient  tous  les 
deux  destitués  et  dégradés  provisoirement  puis  interrogés  sur  Ie,s 
deux  points  suivants,  à  savoir  : 

1°  S'ils  ont  entravé  l'envoi  d'une  escorte  destinée  h  proléger 
M.  Margary  ; 

3°  S'ils  ont  secrètement  envoyé  des  individus  dans  le  but 
d'assassiner  M.  Margary. 

Ensuite  on  les  jugera  sévèrement  conformément  à  la  loi. 

Nous,  sujets,  dans  nos  conférences  qui  se  renouvellent  tous 
les  jours,  nous  trouvant  partager  la  même  opinion,  nous  l'avons 
exposée  respectueusement  dans  un  rapport  au  Trône  en  priant 
les  Impératrices  et  l'Empereur  de  l'examiner. 

Le  Vice-Roi  du  Yun-Nan,  Lieou  Y'o-tchao  n'étant  pas  présent 
h  son  posté,  nous  n'avons  pas  pu  faire  figurer  son  nom  dans 
notre  rapport*. 

I .   Pour  traduction  conforme  :  Le  premier  interprète  p.  i.  :  F,  Scher- 

7.ER. 


IIVI'POKT     l)i:    Ll     IIW-KII  VN(;  -yi 


A  la  lecUirc  de  ce  rappori,  M.  W  ado  fut  pris  d'un  accès  de 
raf^'o;  il  ronconlrail  d'ailleurs  des  diflicullés  ailleurs  que  chez 
les  Chinois  ;  il  y  avait  conflit  entre  lui  et  le  gouvernement 
indien  qui  aurait  désire  prolitcr  des  circonstances  pour  im- 
pliquer la  Birmanie  dans  l'attaque  de  la  mission  Browne  et 
se  débarrasser  du  roi  Meng-doun*  qui  reprenant  une  tradition, 
interrompue  par  les  événements,  avait  cett«  année  même  en- 
voyé une  ambassade  jxirter  le  tribut  à  Pé-King. 

M.  ANade  fit  une  démarche  auprès  du  Tsoung-li  Yamen 
en  vue  d'une  audience  ;  il  ne  donna  d'ailleurs  pas  suite  h  son 
projet,  mais  pour  servir  le  cas  échéant,  notre  chargé  d'af- 
faires reçut  le  25  décembre  1876  du  Ministre  des  Aflaires 
étrangères  Tautorisation  de  s'associer  aux  démarches  de  ses 
collègues  au  sujet  de  l'audience. 

Parallèlement  à  Tenquéte  Grosvenor,  a>ait  été  conduite 
celle  de  Li  Ilan  -Ichang,  longue  comme  on  le  voit  : 

Décret^. 

Li  Jlan-lcliang  cl  autres  adressent  un  rapport  au  Trône:  dans 
ce  rapport  ils  exposent  les  motifs  tendant  à  la  dégradation  d'un 
iini-sse^  en  non  activité,  à  son  implication  (dans  l'alTaire  Mar- 
gary)'  et  à  son  interrogatoire.  Li  Tchen-kouo  autrefois  tousse 
intérimaire  à  ^ian-lien  ayant  été  cité.  lors  de  Fenquètc  sur  Taf- 
fairc  Margary,  dans  la  déposition  suivante  : 

«  Les  notables  de  T'eng  Yué  ayant  appris  la  nouvelle  de  l'ar- 
«  rivée  d'étrangers  escortés  de  nombreux  soldats,  réunirent  les 
«  milices  pour  assurer  leur  protection  personnelle  et  en  avisèrent 
«  le  dit  Tousse.  » 

Il  est  de  toute  nécessité  de  savoir  au  juste  et  sans  retard  s'il  y  a 
eu  ou  non  quelqu'autre  circonstance  aggravante. 

Vax  consé((uence.  Li  Tchen-kouo  est  préalablement  dégradé, 
et  Tordre  est  donné  à  Li  llan-tchang  et  autres  de  lui  faire  subir 

1.  Mcngdoun  Meng  mourut  \o  f'"  octobre  1878  el  fui  remplacé  par 
son  liU  Thibau.  —  Les  ambassadeurs  birmans,  venant  do  Pé-King,  quit- 
tèrcnl  K-ouei-yang  pour  la  liirmaYiie  le  2  avril  187G. 

2.  Gazette  de  Péking,  du  2^  janvier  1876. 

3.  Mandarin  militaire  de  4*^  rang. 


■ja  I'  VFF.VIUE    MAUGAUY 

un  intorrogaloirc  conlradicloiremonl  avec  Tsiang  Tsoung-lian, 
Isong-ping  dégrade,  avec  Wou  R'i-liang,  sous-])réfet  dégradé  : 
de  celle  façon  les  résultats  de  rinslruclion  ne  pourront  pas  rire 
mis  en  doule. 

Que  le  Tribunal  compétent  prenne  connaissance  du  présent 
décret . 

Respectez  ceci. 

MoUi  :  l^e  rapport  mentionné  dans  ce  décret  a  paru  dans  la 
Gazeiie de  Péking,  du  a5  janvier". 

Rapport  ^. 

Le  sujet  Li  Han-tchang,  décoré  du  bouton  de  i***  classe,  Vice- 
Roi  du  ÎIou  -Kouang.  conuiiissaire  extraordinaire  au  Yun-Nan. 

Le  sujet  Sié-Uouan,  décoré  du  bouton  de  i*"*  classe,  sous- 
directeur  de  Tribunal  lionoraire,  adjoint  au  Couunissairc  extra- 
ordinaire au  Vun-Nan  :  agenouillés,  présentent  un  rapport  au 
Trône,  dans  lecjuel  ils  prient  l'Empereur  d'ordonner  la  dégrada- 
tion préalable  et  l'interrogatoire  minutieux  de  l'ancien  fon-ssr 
intérimaire  que,  d'après  l'enquête,  ils  présument  avoir  été  l'ins- 
tigateur de  la  résistance  opposée  à  l'entrée  des  étrangers  dans  le 
territoire  (de  T'eng-Yué). 

On  a  commencé  par  l'interrogatoire  des  coupables  dans  l'af- 
faire du  meurtre  de  Margary.  A  cet  elTet,  l'intendant  Ting  CJie- 
ping  et  le  préfet  Kiang  Si-chun  ont  été  immédiatement  délégués 
pour,  de  concert  avec  le  Grand  Trésorier  et  le  grand  Juge  de  la 
province,  interroger  avec  le  plus  grand  soin  chacun  des  couj)a- 
bles.  11  est  résulté  de  l'interrogatoire  que,  voyant  ses  bagages 
pillés,  l'étranger  lira  un  coup  de  pistolet  c[ui  tua  un  des  bri- 
gands nommé  A-gong,  que  sur  le  cliamp  les  malfaiteurs  résolu- 
rent de  tuer  l'étranger  et  le  mirent  h  mort  ainsi  que  quatre  de 
ses  serviteurs,  mais  jamais  ils  ne  voulurent  dire  qui  leur  avait 
donné  le  conseil  de  tuer  Margary.  Wou  K'i-liang  déposa  en  ces 
termes  :  «  En  vérité,  je  n'ai  entendu  parler  de  rien  de  tout  c^la, 
et  je  n'y  ai  pris  aucune  part.    » 

Li  Tchen-kouo,  qui  a  été  désigné  dans  une  dépêche  de  Wei 
To-ma  (Thomas  Wade).  nia  les  dilTérenls  faits  qui  lui  étaient 
reprochés  et,  dans  un  nouvel  interrogatoire,  déposa  en  ces  termes  : 

I.  L'interprète:  F.  Schkkzkk. 

3.   Gazette  de  Pékin  g,  du  a5  janvier  i87(). 


«  La  13"  liiiH-  <\i:  l'annùc  dcrnicrr,  les  nnlaiiles  rte  T'fiif;-Yui5 
o  inant  appris  l'arrivpc  d'iU rangers  cseorli'-s  |)nr  lie  nombreux 
s  si)ldiils,  dans  la  crainte  d'i>lrc  victimes  de  qneltiiie  mutait, 
n  réiiiiireiit  les  milices  pour  assurer  leur  prolectioii  [lersoniicllc 
o  el  m'en  a^isé^ent.  » 

Ile  délai!  éveilla  le.t  soupçonii  du  sujet  Li  Ilan-tchang  (|ui. 
élaiil  en  ronle  ([M)ur  le  Vun-Xaii)  envoya  un  conimandanl 
mililaire  de  TsiHii  kiii  tclien  appelé  Li  cliang.  Ji  T'cng  Yiié,  pour 
y  faire  une  enquête  secrète.  A  son  retour,  il  adressa  lu  rapport 
suivant  : 

tt  Jni  Tail  une  enquête  minutieuse  de  laquelle  il  ré*idle  que 
a  l'assassinai  de  Marf^ary  est  di'i  à  )a  résistance  que  ce  dernier 
V  op|H)sa  au\  malfaiteurs  qui  voulaient  le  dévaliser,  quant  à 
0  relui  qui  a  été  secrèlement  l'instigateur  de  (tIIc  attai|ue  des- 
«  lincc  à  cnijMk'lier  l'étraufier  d'entrer  sur  le  terrilolre  (de  T'eng 
«  Yué).  on  cric  |>ar  les  cliemins  que  c'est  Li  Tclieu-koim.  Co- 
ït |H'ndaut  ce  dernier  u'étuil  pas  présent  lors  de  l'assassinat  et  ses 
«   soldais  n'ont  |mis  parlici|>é  au  meurtre,   n 

Dims  la  ;!'  lune  de  cette  atiuiV,  le  sujet  Ts'i^u  Vù-ying.  gou- 
verneur de  la  province,  re^nt  iiii  rapport  de  Li  Telien-kono  dans 
l.><piel  il  disait  :  «  Les  noiables  de  T'eng-^  ué  m'ont  envoyé  à 
deux,  reprises  des  letlres  ollicielles.  «  Le  dit  Tiiu-ue  ajoutait  ; 
n  J'exercerai  sérieusement  ma  protection  et  je  veillerai  sur  le 
territoire  qui  m'est  confié.  «  Le  gouverneur  Ts'èn  Yii-ying  lui  ré- 
pondit en  lui  donnant  |N>ur  insinictîous  «  d'exhorter  la  popula- 
tion de  l'arrêter  et  de  ne  pas  lui  laisser  commcltrc  de  désordres  o. 
Mais  wtte  letlre.  étant  arrivée  à  destination  |yistérieuremcnl  ii 
l'allenlal.  fut  sans  elTet.  .Vussi  Li  Tclien-kono,  bien  qu'il  n'ait 
(MIS  eu  l'intcnlion  de  causer  la  mort  (de  Margary)  est  [lourtant 
cou|Hiblc  d'avoir  conseillé  la  résistance  h  l'entrée  des  étrangers. 

Les  sujets,  après  avoir  uu'u-ement  délibi'Té,  ont  reconnu  tpi'il 
était  clilltcile  de  laisser  Li  'l'ehen-kouo  arguer  de  sa  position 
ollicielle  et  de  sa  prélendue  ignorance  pour  jiallier  sa  Taule,  aussi 
croyent-ils  devoir  prier  S.  M.  de  dégrader  pn'alablenient  Li 
Tiben-kouo.  Fou-kiang  lionoraire'.  Tsau-ktang  -  e\|)e(-taiil, 
taisant  rnnctinn  de  Tou-str  h  Nan-tien,  il'ordonner  son  inleiro- 
galoire  ainsi  que  celui  de  Wou  K'i-liang.  sou.s-préi'et  dégradé. 


.   Mandarin  mitilairi'  do  3'  nng. 
.  Mandarin  militaire  de  j*  nng. 


•j4  L   VI-F.VIUi:    MARSVUY 

d'ordonner  la  comparution  à  jour  (ïxv  de  Tsiang  Tsoung-han, 
Tsoung-ping  '  dégradé.  De  l'inlerrogatoirc  conlradicloire  de  ces 
prévenus,  on  obtiendra  des  résultats  qui  ne  pourront  pas  être 
mis  en  doulc. 

Rapport  présente  respectueusement  de  concert  avec  le  sujet 
Vice-Roi  intérimaire  du  Yun-Nan  et  du  Rouei-tchéou/rs'én  Yii- 
)iiig.  Les  sujets  prient  l'Empereur  et  les  deux  Impératrices  d'exa- 
miner ce  rapport  et  de  leur  donner  leurs  instructions^. 


Ll    HOLNG-TCIIAÎX;,    I»LEMPOTE>TI AIRE 

Le  28  juillet  1876,  uii  décret  noinninit  le  Grand  secré- 
taire Li  lloung  Ichang,  Haut  Ministre  Plénipotenti.airo,  et 
lui  ordonnait  de  se  rendre  sans  retard  à  Yên-t'aï  (Tclié-fou) 
pour  conférer  sur  toutes  les  affaires  en  discussion  avec  V\  ei 
T'o-ma  (Thomas  Wade)  avec  pouvoir  d'agir  salivant  les 
circonstances.  Sir  Thomas  arriva  à  Tché-fou  le  10  août  et  Li, 
le  18  ;  les  deux  diplomates  curent  ensemble  plusieurs  confé- 
rences ;  renlentc  paraissait  sufTisammentétablicpour  que  Li  of- 
frît un  grand  banquet  le  3o  août  auquel  assistaient  quatorze 
invités:  Sir  Thomas  Wade  ;  M.  de  Jiutzov,  Ministre  de  Rus- 
sie ;  M.  von  Brandi,  Ministre  d' Allemagne  ;  ITIon.  Geo.  F. 
Seward,  Ministre  des  Étals-Unis;  M.  de  Espana,  Ministre 
d'Espagne  ;  le  Vicomte  Brenier  de  Monlmorand,  Ministre  de 
France  ;  le  Chevalier  de  Schaefcr,  Ministre  d'Autriche- Hon- 
grie ;  le  Vicc-An)iral  Ryder,  commandant  en  chef  les  forces 
navales  anglaises  en  Chine  ;  le  contre-amiral  Lambert,  com 
mandant  IVscadrc  volante  anglaise;  M.  Otal,  secrétaire  de 
la  légation  d'Espagne  ;  W.  F.  Mavers,  I^remier  interprète 
de  la  légation  d' Angleterre  ;  Siu  k'ien  chén,  ministre  de 
Chine  à  Londres;  Tong  King-sing  et  Tclian  Laï-soun,  in- 
terprètes. 


I .  Mandarin  militaire  de  2^  rang. 

1.  Pour  traduction  conforme:  Le  i*^''  interprète  p.  1.,  F.  Scher/.er. 


A  li)  lin  (li[  llunqiirl,   long  King-shig  lui  le  iliscoiir 
.iint  an  nom  ilii  Vice-Roi  : 


î  tciiam;,  TcnK-Fof,  3o  i 


Je  di'-siro  inninti'n^ 


pi.,i 


qnil. 


int  procurés  c 


s  liiite  il<>  riionncur  et  du 
sniblant  ponr  prendre  pai'l 


e  |Nii 


repas. 


J'iii  déjà  cil  le  jiliiisir  de  rencontrer  ii  plnsienrs  reprises  In  pin- 
part  dus  Ilotes  ici  préscnls,  mais  c'ext  isolément  et  dans  dos  en- 
droits ditli'-rcnls  que  je  les  ai  rencontrés:  le  plaisir  bien  pin» 
f^rnnd  de  les  voir  tous  réunis  à  la  Tois  et  de  jouir  jiendant  pin- 
sictirs  lii-nrrs  de  leur  agréable  compagnie,  sans  atnir  à  subir  In 
contrainte  iin'impnscnt  les  atTaires  publifjucs.  m'avait  été  rolïisé 


jnsipi 


ce  joi 


■  port  (le  Yiui-taï  (Tclié-fou)  le  nia/^nilicine  as[R'i-t 
(lu  [lavs  cliamie  l'iril.  et  les  l'rnjclies  brise<i  procnrenl  la  santé  an 
i-orps.  Il  convient  donc  (]ue  nos  esprits  soient  en  liarnionie  avec 
les  béantes  de  la  nnture  et  cultivent  rainilié  et  la  sincérité,  ces 
i\vux  pins  noble»  traits  dn  caracttTC  bumnin. 

Faisant  applicnlion  de  ce  ini^ine  principe  l\  nos  devoirs  olli- 
l'iels,  je  sonballe  que  les  Nations  ici  représentées  puissent  tou- 
jours \ivre  en  pai\  les  unes  a\ec  les  autres,  s'aîmant  eoinnie  ilex 
frères:  car  un  ancien  Sa<;e  de  la  Cbinc  a  dit  :  a  Tous  ceux  ijui 
vivent  dans  l'espaco  Iwrné  jiar  les  Quatre  Mer»  sont  frères,  n 

C'est  dans  ce  senlijneiil  que  je  bois  à  la  santé  des  bôtcs  illustres 
([ni  m'ont  fait  l'iionneur  de  s'asseoir  à  ma  table  en  ce  jour. 


Sir  T.  Wilde  ré()ondit  n  ce  trjast  (|iii  fut  isuivi  de  pbisienrs 
.inires  portés  pnr  les  divers  invilés, 

\j:  i"  sepiciiibn'.  Sir  Thomas  Wado  remctlait  à  Li  une 
note  man]tiunt  les  roudilions  auxquelles  la  veille  dans  une 
conférenco,  il  setait  déclaré  prèl  à  traiter. 

Ces  idiorieuses  négociations  furent  eniin  terniinées  par  la 
signature  à  Tchc-foii    d'une  Convention   le    i3  septembre 


•yC  L*AFFAinK    MARr.AUY 


CONVENTION    DE    TCIlÉ-FOl   *,     l'^    SEPTEMBRE     1876' 

Arrangement  intervenu  entre  Sir  Thomas  Wade,  K.  C.  B., 
Envoyé  extraordinaire  et  Ministre  Plénipotentiaire  de  Sa  Majesté 
Britannique  à  la  Cour  de  Chine ,  et  Li,  Ministre  Plénipotentiaire  de 
Sa  Majesté  i Empereur  de  Chine,  premier  Grand  Secrétaire,  Gou- 
verneur-Général  de  la  Province  de  Tché-li,  de  la  i*"®  classe  du  3" 
ordre  de  la  noblesse. 

La  nt^gocialion  entre  les  Minisires  sus-nommés  lire  son  ori- 
f;ine  d'une  dépèclic  reçue  au  ])rintenips  de  l'année  actuelle  par 
Sir  Tliomas  Wade,  du  Comte  de  Derby,  principal  Secrétaire 
d'État  pour  les  AITaires  étrangères,  en  date  du  i'"'*  janvier  1876. 
(-ette  dépéclie  contenait  des  instructions  concernant  la  solution 
de  trois  (juestions  : 

I**  Un  arrangement  satisfaisant  de  l'alTaire  du  Yun-Nan  : 

2"  1/exécution  lidcle  des  engagements  de  l'année  dernière  au 
sujet  des  rap|)orts  entre  les  Officiers  des  deux  (jouverncmenls  ; 

3**  L'adoption  d'un  svslème  uniCbrme  en  conformité  de  l'en- 
tente conclue  au  sujet  d(;  la  rectification  des  conditions  du  com- 
merce, au  mois  de  septembre  1870  (8"  lune  de  la  i""®  année  du 
règne  de  Kouang-Siu).  C'est  à  cette  dépêche  que  Sir  Thomas 
Wade  s'est  référé  dans  ses  discussions  sur  ces  questions  avec  le 
ïsoung-li  Yamen,  et  à  laquelle  il  est  considéré  superflu  de  se 
référer  ici. 

Skction  1 

Arrangement  au  sujet  de  l'ajjaire  du  Y unS an  conclu  entre  Sir 
Thomas  Wadk  et  le  Grand  Secrétaire  Li,  etc. 

\.  —  Ln  Mémoire  sera  présenté  au  Trône  (il  est  indifférent 
qu'il  soit  présenté  soit  par  le  Tsoung-li  Yamen,  soit  par  le  (irand 
Secrétaire  Li),  dans  le  sens  du  mémorandum  préparé  par  Sir 

I.  Traduction. 

3.  China,  n"  3  (1877).  Voir  p.  fii. 

—  China,  n"  'i  (1880).  —  Conespondence  respecling  the  Agrée- 
ment  between  thc  Ministcrs  ptenipotentiary  of  the  Gos'crnments  of 
Créai  Britain   and  China  signed  ai  Chefoo  on  september  i3,  1876 
(In  continuation  of  «  China,  n"  3  (1877)  »].  Prcsenlcd...,    1880.  Lond., 
iii-fol.  [C.  —  371^).] 


Tlinmas  Watic.  Avonl  qno  li^  mômoiro  ne  soit  |H('scnl(',  !o  Icxte 
l'Iiinnis  en  sera  nionirô  à  SirTIifinias  Wad<r. 

II.  —  1^  Mcimiin.'  ayant  rtt'  pirscnli'  an  Tn'inp  cl  le  dérrol 
inijH'rial  v  r<''|ionilant  asaiit  iHé  rrçii,  te  Tsoiin^-li  ^aiiirn  L-uin- 
itiiiiil<i<icra  à  Sir  Tlioni'as  Wadu  di>s  copies  tlii  niéiiiolre  et  du 
ili'iTi'l  inijM-rial.  ainsi  iiiio  la  cn|)i['  d'une  letlri-  du  Tsomi^-Ii 
haïtien  aux  UouviTiicmenls  proviticiaux.  leur  ciijoi){naiil  de  tan- 
ri'i-  iiitc  {iriK'Iainalton  <|iii  ronliendra  au  long  le  mémoire  et  le 
ili'iTi'l  s  us  nie  ni  ion  nés.  L'objet  de  la  réponse  de  Sir  Thomas 
Wade  sera  alors  que  {M-mIant  deux  ans  k  venir,  le  Ministio  an- 
(liais  enverra  des  Oniciers  en  différents  endroit»  «le»  provinces 
pour  veiller  à  ce  qtie  la  pi-oclamation  so!t  aflîcliée.  Mur  la  demande 
du  Ministre  anglais  on  dti  Consul  d'un  |)nrt  quelcnn(|ne  auquel 
il  aura  donné  l'instruction  d'en  i'aire  la  demande,  les  (liands 
Ollïi'iers  di-s  ProNinees  députeront  des  Ollicïers  eon)|M'-lonts  gioiir 
arri>mpn^ner  aux  endriiits<|u'ils  auront  à  surveiller  (.vu\  <|iii  aii- 

III.  —  Dans  le  but  de  servir  do  base  à  telles  ré<;lemonlations 
ijui  seront  né-cessaires  [mur  le  coinmeirc  de  frontière  entre  la 
itiiinanie  et  le  Y«n-\an.  le  méiuoire  soumettant  rarranf;enienl 
pnijelé  de  l'alîaire  du  Vun-Nan  ronllemlra  la  requête  [|u'un  dé- 
i-iel  inqM-rial  soït  rendu  enj<ii}>nant  le  (!ouverneur  (!énéral  et  le 
(louverneur  de  rboisir  un  (Mlieier  cnnqN-tent  de  ran)<  élevé  [tour 
l'ontérer  avec  les  Oflicier.i  que  ic  Gouvcrnenicnl  .\n};lais  en^e^^a 
daii>  le  Yun-Van  et  conclure  avec  eus  un  arrangement  salisfai- 

IV.  —  Le  Gouvernement  anglais  sera  libre  ])endant  cinq  ans.  à 
partir  du  premier  janvier  prochain  (étant  le  1 7'  jour  de  la  11' 
lune  lie  la  3*  année  du  règne  de  Kouan^-Siu)  de  stationner  des 
OlVieiers  n  Ta-li  fou  ou  à  quelque  autre  endroit  convenable  dans 
le  Vuu-Naii,  {tour  obst-rter  les  conditions  du  commerce,  à  telle  lin 
qu'ils  puissent  atnir  les  informations  nécessaires  j)our  baser  les 
ré;jli'inenls  de  commeiTe.  quand  ceux-ci  auront  à  être  discutés, 
l'onr  ee  qui  re|;ardera  l'investigation  et  l'arran^enicnt  de  tnulc 
allaire  ajant  Irait  nuv  Ofliciers  on  sujets  Anglai-s.  ces  Ofliciers 
seront  libres  de  s'adresser  aux  autorités  de  la  Province. 

L'ouverture  du  Commerce  |K)urra  être  projMséc  par  le  (!ou- 
vernement  .Vn^lais  comme  il  le  jugera  à  propos,  à  une  épo<|ue 
quelconque  dans  le  laps  de  ciiiq  ans  on  ii  l'expiration  du  terme 

Iks  passeports  a)ant  été  obtenus  l'année  dernière  pour  une 


r 


78  l'affaire  margary 

mission  de  l'Inde  dans  le  \iin-Nan,  le  Yice-Roi  de   l'Inde  est 
libre  d'envoyer  celle  mission  lorscju'il  le  jngera  à  propos. 

V.  —  Le  montant  de  rindenmilé  à  payer  pour  le  compte  des 
familles  et  autres  personnes  tuées  dans  le  Yun-Nan  ;  |K>ur  le 
compte  des  dépenses  que  l'a  flaire  du  \un-Nan  a  occasion  iu*es: 
et  pour  le  compte  des  réclamations  des  marchands  nii<^lais  pro- 
venant du  fait  des  Ofliciers  du  Gouvernement  Chinois,  jiis(|u'aii 
commencement  de  l'année' présente  a  été  fixée  jwr  Sir  Thomas 
Wade,  qui  a  pris  sur  lui  cet  acte,  à  la  somme  de  deux  cent  mille 
taëls  payables  sur  demande. 

VI.  —  Quand  l'afTaire  sera  terminée,  une  lettre  impériale  sera 
écrite  exprimant  des  regrets  pour  ce  qui  s'est  passé  dans  le  Yun- 
-Nan. 

La  mission  portant  la  lettre  impériale  se  rendra  immédiate- 
ment en  Angleterre.  Sir  Thomas  Wade  sera  informe  de  la  com- 
position de  celle  mission  pour  l'instruction  de  son  Gouvernement. 
Le  texte  de  la  leltre  impériale  sera  aussi  communiqué  par  le 
Tsoung-li  Y  amen  à  Sir  Thomas  Wade. 

Section  II 

Relations  (officielles. 

Sous  ce  titre  sont  comprises  les  conditions  des  relations  entre 
les  Grands  Officiers  dans  la  Capitale  et  les  Provinces,  et  entre  les 
Ofliciers  consulaires  et  les  employés  officiels  chinois  dans  les 
ports  ;  aussi  la  conduite  de  la  procédure  judiciaire  dans  les  cas 
mixtes. 

1.  —  Dans  le  mémoire  du  Tsoung-li  Y  amen  du  28  septembre 
1875.  le  Prince  koung  et  les  ministres  constatèrent  que  leur 
but  en  le  présentant  n'avait  pas  été  sinq>leinenl  les  transactioii> 
commerciales  ;  les  missions  à  l'Klranger  et  la  question  des  rela- 
tions diplomati((ues  se  trouvaient  aussi  contenues  dans  leur 
requête. 

Pour  prévenir  des  malentendus  ultérieurs  au  sujet  des  rela- 
tions et  de  la  corres|)ondance,  l'état  actuel  des  unes  et  de  l'autre 
ayant  donné  sujet  de  plainte  dans  la  capilale  et  dans  les  pro- 
Ainces,  il  est  convenu  que  le  T.soung-li  Y  amen  adressera  une 
circulaire  aux  Légations  invitant  les  Ueprésentants  étrangers  à 
étudier  avec  lui  notre  code  d'éli(pielle;  afin  que  les  employés 
officiels  étrangers  en  Chine,  soit  dans  les  ports,  soit  ailleurs, 
soient  traités  avec  la  même  considération  qui  leur  est  montrée 


r.()Nvr:>Ti()N  dk  tciik  foi.   i.">  sf:i»ri:Mnitr  i8y()  -() 

lorscju'ils  serxMil  dans  d'aulros  pavs,  el  qui  serait  inonln'c  aux 
Agriils  de  la  (lliine  sorvant  ainsi  dans  les  pays  étrangers. 

Le  fait  (pie  la  Chine  est  sur  le  point  d'établir  des  missions  v[ 
des  consulats  dans  tes  pays  étrangers  rend  essentielle  une  entente 
sur  ces  points. 

H.  —  F.c  Traité  anglais  de  i858,  art.  \VI,  établit  que  les 
sujels  chinois  «  qui  se  rendraient  coupables  de  quelquacte  cri- 
ce  minel  envers  des  sujels  anglais  seront  arrêtés  et  punis  par  les 
«  aulorilés  chinoises  conformément  aux  lois  de  la  Chine.  » 

«  Les  sujels  anglais  (pii  commeti raient  quelque  crime  en 
«  Chine  seraient  jugés  et  punis  par  le  Consul,  ou  tout  autre  fonc- 
«  tionnaire  public  autorisé,  conformément  aux  lois  de  la  (îrande- 
«   Bretagne.  » 

«  La  justice  sera  administrée  équitablement  et  imparliale- 
«   ment  des  deux  cotés.   » 

Les  mots  «  fonctionnaires  autorisés  »  sont  traduits  dans  le 
texte  chinois  par  «  (iouverncmenl  anglais  ». 

Alni  de  remplir  les  obligations  que  lui  impose  son  Traité,  le 
(iou>ernement  Anglais  a  établi  une  Cour  Suprême  à  Chang-llaï 
avec  un  code  spécial  de  règlements,  (ju'il  est  maintenant  sur  le 
poini  de  réviser;  le  (iouvernemenl  (ihinois  a  établi  h  Chang- 
llaï  une  Cour  mixte,  mais  rOfficier  qui  la  préside,  soit  manque 
<l<*  |)nissance,  soit  crainle  d'im|)opularilé,  manque  constamment 
dVnforcer  ses  décisions.  Il  est  maintenant  entendu  que  le  Tsoung- 
li  ^  amen  écrira  une  circulaire  aux  repré.sentants  étrangers,  im- 
médiatement pour  étudier  avec  le  Tsoung-li  Yamen  les  mesures 
nécessaires  pour  assurer  une  administration  plus  efficace  de  la 
justice  dans  les  ports  ouverts  au  commerce. 

IIL  —  11  est  convenu  que  toutes  les  fois  qu*un  crime  sera 
commis,  attaquant  la  personne  ou  la  propriété  d'un  sujet  anglais, 
soit  dans  rinlérieur.  soit  dans  les  ports  ouverts,  le  Ministre  an- 
glais sera  libre  d'envoyer  des  OITiciers  sur  les  lieux,  j)our  être 
|)résents  à  renquétc. 

Alin  de  prévenir  un  malentendu  sur  ce  jK)inl,  Sir  Thomas 
\\  ade  écrira  une  note  à  l'elTct  ci-dessus,  note  h  laquelle  le 
Tsoung-li  Yamen  répondra  en  affirmant  que  ceci  est  la  marche 
il  suivre  dans  Ta  venir. 

Il  est  en  outre  convenu  que  tant  que  les  lois  des  deux  pays 
dilléreronl,  il  ne  ])Ourra  exister  qu'un  principe  pour  guider  les 
[H'océdures  judiciaires  dans  les  cas  mixtes  en  Chine,  savoir  :  que 
le  cas  est  jugé   par  TOUicier  de  la    nationalité   du   défendant; 


8o  i/affaire  margary 

rCJHicier  de  la  nationalité  du  plaignant   assistant  simplement 
|>our  surveiller  la  procédure  dans  l'intérêt  de  la  justice. 

Si  rOflicier  assistant  ainsi  est  mécontent  de  la  manière  d*agir, 
il  sera  en  son  pouvoir  de  protester  en  détail.  La  loi  administrée 
sera  la  loi  de  TOflicier  jugeant  le  cas.  Ceci  est  le  sens  des  mots 
llonei  fing  indiquant  ime  action  combinée  dans  la  procédure  judi- 
ciaire, dans  Fart.  XVI  du  Traité  de  Tien-Tsin,  et  ceci  est  la  ligne 
qui  doit  élre  suivie  respectivement  par  les  Ofticiers  de  Tune  ou 
de  l'autre  nationalité. 

Section  III 

Commerce. 

I.  —  Par  rapport  à  l'étendue  en  dedans  de  laquelle  confor- 
mément aux  traités  en  \igu(»ur,  le  IJ  Kin  ne  doit  pas  t^lrc  perçu, 
dans  les  ports  ouverts,  sur  les  marchandises  étrangères.  Sir  Tho- 
mas Wade  consent  à  engager  son  (jouvernement  a  permettre 
que  le  terrain  loué  par  les  étrangers  (appelé  concession)  dans  les 
différents  ports,  soit  regardé  comme  la  zone  exempte  de  Li  Kin 
et,  en  consé([uence,  le  Gouvernement  chinois  permettra  que 
1-tchang*,  dans  la  province  du  Hou-Pé,  Wou-Hou  =*,  dans  le 
Ngan-Iïouei,  Wen-Tchéou  ^.  dans  le  Tché  Kiang  et  Pé-IIai  (Pak- 
Hoï)  *.  dans  le  Kouang-Toung,  soient  ajoutés  au  nombre  des 
ports  ouverts  au  commerce,  et  deviennent  des  postes  consulaires. 
Le  Gouvernement  anglais  sera  en  outre  libre  d'envoyer  des  Olli- 
ciers  résider  à  Tchoung-King  pour  surveiller  l'état  du  com- 
merce anglais  dans  le  Se-tch'ouen.  Les  négociants  anglais  ne 
seront  pas  autorisés  à  résider  a  Tchoung-King.  ou  d'y  ouvrir  des 
établissements  ou  des  entrej)ùts,  tant  que  des  navires  à  vapeur 
n'auront  pas  accès  à  ce  port.  Quand  des  navires  à  vapeur  auront 
réussi  à  remonter  la  rivière  jusqu'à  ce  point,  des  arrangements 
ultérieurs  pourront  être  pris  en  considération. 

Il  est  en  outre  proposé,  comme  mesure  de  compromis,  que, 
à  certains  points  sur  la  rive  de  la  grande  Rivière,  notamment 
Ta  Toung  et  Ngan-Ring,  dans  la  province  dp  Ngan-Houei.  Ho- 

1.  A  été  ouvert  le  \^^  avril  1877. 

a.  Wou-Hou.  sur  le  Yanff-lseu,  entre  Kicou-Kiang  et  Tchen-Kiang; 
ouvert  le  i*""  avril  1877. 

3.   Sur  la  rive  droite  du  Ou- Kiang;  ouvert  en  avril  1877. 
!\,  Sur  le  golfe  du  Tong-King  ;  ouvert  en  avril  1877. 


■{T.  ».  Tl.F  »»---^  .,~^f    -^pVit 


CONVR^MON    l)i:  T(.IIi:-K)l  .     I.)    SFPTEMIUU:    iSyO  8| 

Kcoii,  dans  le  Kiang-Si,  Wou  suo,  Loii  Ki  k'ooa  et  Clia-Si,  dans 
le  Hou  Koiiang  (ces  endroits  étant  des  lieux  de  commerce  dans 
l'intérieur,  dans  lesquels  les  négociants  étrangers  ne  sont  pas 
légalement  autorisés  à  débarquer  ou  à  embarquer  des  marchan- 
dises, parce  que  ce  ne  sont  pas  des  ports  ouverts),  il  sera  permis 
aux  navires  à  va|>eur  de  relâcher  pour  débarquer  ou  embarquer 
des  passagers  ou  des  marchandises  ;  mais  dans  tous  les  cas,  par  le 
moyen  de  navires  indigènes  seulement,  et  soumis  aux  règle- 
ments en  vigueur  qui  régissent  le  commerce  indigène. 

Les  produits  accompagnés  d*un  certificat  de  demi-taxe  pour- 
ront être  embarqués  à  ces  endroits  par  les  navires  à  vapeur,  mais 
ne  pourront  pas  être  débarqués  par  eux  pour  être  vendus. 

El,  sur  tous  ces  points,  excepté  dans  le  cas  d'importations  ac- 
compagnées par  un  certificat  de  droit  de  transit,  ou  d'exporta- 
tions munies  de  certificats  semblables,  qui  seront  individuelle- 
ment passés  en  franchise  de  JÀ-Kin  sur  présentation  de  tels 
cerlificals,  le  Li-Kin  sera  dûment  perçu  sur  les  marchandises 
quelles  qu'elles  soient  par  les  autorités  indigènes.  Les  négociants 
étrangers  ne  seront  pas  autorisés  à  résider  ou  à  ouvrir  des  mai- 
sons de  commerce  ou  des  enlrepùls  sur  les  points  énumérés 
comme  ports  de  relâche. 

H.  —  Dans  tous  les  ports  ouverts  au  commerce  en  vertu  d'un 
accord  antérieur  ou  jwstérieur,  où  la  zone  de  colonisation  n*a 
])as  été  préalablement  déterminée,  ce  sera  le  devoir  du  Consul 
anglais,  agissant  de  concert  avec  ses  collègues  les  Consuls  des 
autres  puissances,  d'arriver  avec  les  autorités  locales  k  une  en- 
tente sur  la  délimitation  de  la  zone  de  la  colonisation  étrangère. 

IH.  —  Pour  la  question  de  l'opium.  Sir  Thomas  Wade  en- 
gagera son  gouvernement  à  sanctionner  un  arrangement  diffé- 
rent de  celui  qui  atteint  les  autres  importations.  Les  négociants^ 
anglais,  lorsque  l'opium  sera  apporté  dans  le  port,  seront  obligés 
d'en  faire  faire  la  reconnaissance  par  les  douanes,  et  de  le  déposer 
en  entrepôt,  soit  dans  un  magasin,  soit  dans  un  ponton,  jusqu'au 
moment  où  l'on  pourra  le  vendre.  Les  importateurs  paieront 
alors  les  droits  de  douane,  et  les  acheteurs  paieront  le  Li-Kin, 
afin  d'empêcher  que  les  droits  ne  soient  éludés.  Le  montant  du 
Li-Kin  à  percevoir  sera  décidé  par  les  différents  gouvernements 
provinciaux  et  conformément  à  la  position  de  chacun  d'eux. 

IV.  —  Le  Gouvernement  Chinois  consent  à  ce  que  les  certi- 
ficats de  droit  de  transit  soient  basés  sur  imc  seule  règle  pour 
tous  les  ports,  sans  qu'aucune  modification  ne  soit  apportée  aux 

GORDIEK.  II  —  6 


Sa  i/affaire  maugary 

conditions  (jui  y  seront  posées  :  et  à  ce  que,  |30ur  ce  qui  est  des 
importations,  la  nationalité  de  la  personne  qui  les  possc»dc  ou  les 
transporte,  soit  indifférente.  Les  produits  indigènes,  transportés 
d'un  centre  de  l'intérieur  à  un  port  d'embaniuement,  lorsqu'ils 
seront  destinés  bonajîdeh  être  embarqués  pour  un  port  étranger, 
pourront  être  certifiés  dans  une  convention  spéciale  par  le  sujet 
anglais  intéressé,  et  exemptés  par  le  paiement  du  demi-droit,  de 
toutes  les  taxes  dont  ils  jMJurraient  être  frappés  en  roule  (sic). 
Si  les  produits  n'étaient  pas  la  propriété  d'un  sujet  anglais,  ou 
s'ils  n'étaient  pas  transportés  à  un  [X)rt  dans  un  Lut  d'exporta- 
tion, ils   n'auraient  aucun   droit  à  l'exemption  qui  leur  serait 
assurée  par  l'exhibition  d'un  certilicat  de  droit  de  transit. 

Le  Ministre  Anj^lais  est  prêt  à  s'entendre  a>ec  le  Tsoung-li 
Yainen  siu*  les  règles  c|ui  assureront  le  (jouvernement  Chinois 
contre  un  abus  des  privilèges  attachés  aux  produits. 

Les  mots  A>/-/i,  intérieur,  dans  la  clause  de  l'article  VII  des 
règlements  ajoutés  au  tarif,  concernant  le  trans[X)rt  des  inqwr- 
tations  h  l'intérieur,  et  des  produits  indigènes  achetés  à  Tinté- 
rieur,  s'appliquent  aussi  bien  aux  |K)ints  sur  le  bord  de  la  mer 
et  des  ri>ières,  (|u*aux  |)oints  de  l'intérieur  non  ouverts  au  com- 
merce étranger;  le  (.iou>ernement  (Ihinois  ayant  le  droit  de 
prendre  des  arrangements  |)our  prévenir  les  abus. 

V.  —  L'art.  \\j\  du  Traité  de  i858  ne  prescrit  pas  de  limites 
au  délai  en  dedans  duquel  le  drawback  sur  les  droits  payés  sur 
les  inqKM'Ialions  pourra  être  réclamé.  Le  ministre  anglais  con- 
vient d'un  délai  de  trois  ans  à  l'expiration  duquel  aucun  draw- 
back  ne  pourra  être  réclamé. 

\  1.  —  Les  sli|)ulations  précédentes  jwrtant  que  certains  jwrls 
seront  ouverts  au  commerce  étranger  et  (jue  l'on  accordera  le 
débarquement  et  l'embanjuement  des  marchandises  sur  six 
points  de  la  grande  Hivière,  prendront  force  dans  les  six  mois 
après  la  réception  du  décret  impérial  approuvant  le  mémoire  du 
(irand  Secrétaire  Li. 

I^a  date  donnant  force  aux  stipulations  concernant  l'exemption 
de  droit  de  Li  h  in  des  inq)ortati()ns  dans  les  concessions  (&v///f- 
ments)  étrangères,  et  la  perception  du  Li  Kin  sur  l'opium  par  les 
inspecteurs  des  douanes  en  même  temps  que  le  droit  de  tarif  sur 
l'opium  sera  fixé  aussitôt  que  le  Gouvernement  anglais  sera  ar- 
rivé à  une  entente  sur  ce  sujet  avec  les  autres  gouvernements 
étrangers. 

VU.  —  Le  Gouvernement  de  Hong-Kong  s'étant  plaint  depuis 


s  1876  83 

tonglciups  de  l'ingcrancc  du  croiseur  des  Dnuanos  de  Canlon 
avec  les  jonques  de  commerce  di-  ci'tle  coloiiiu.  le  ("ouvci'npiiient 
Oliiuols  consent  à  la  nominalion  d'une  commission  (|iii  se  cnm- 
posern  d'un  Consul  anglais,  d'im  Oflicicr  du  (iiiiivernemcnt  du 
Hon^-Kong  et  d'im  cm|))o\ô  ulliciel  Cliinois  de  rang  ,ça!  aliii 
d'établir  un  spltmc  qui  i>crnicllc  au  (ioiivorncmciit  Chinois  de 
proli'gnr  la  rentrée  de  ses  liroil'  do  douane  sans  jMirier  préjudice 
aux  inliTéls  de  la  (Colonie. 


Le  Gouvernement  do  Sa  Majesté,  se  pm|>osnnt  d'envoyer  une 
mission  d'exploration  Tan  prochain  par  la  voie  de  l'é-King  à  travers 
le  Kan-Sou  et  le  Kokonor,  ou  par  la  voie  du  Se-lcli'oueti  au 
T)l>ct,  et  de  là  aux  Indes,  le  Tsoung-lî  Yamen,  ajnnt  éf^aid  aux 
circonstances,  donnera,  quand  le  moment  sera  venu,  les  passe- 
jmrts  néivssnircs  cl  adressera  des  lettres  aux  hautes  autorités 
proïinriales  cl  au  Itésidejit  du  'l'iliol. 

Si  la  Mission  n'était  |K1<  envoyée  par  cette  ronte.  mais  traver- 
sait la  j'ronljére  inilienne  pour  se  rendre  an  Til>ot,  le  Tsoung-Ii 
^anien,  au  re^'u  d'une  communication  à  cet  oITet  du  ministre 
anglais,  écrira  au  Résident  dans  le  Tibet  cl  le  Résident,  avec  les 
Isards  convenables  aux  circonstances,  enverra  des  Ulliciers  pour 
prendre  bon  soin  de  la  Mission  et  les  passeports  pour  ta  Mission 
s«;ront  issus  [lar  le  Tsoung-li  Yanien,  afni  que  son  i>assage  ne 
soit  jas  intercepté. 

Kait  à  Tch'-fou.  dans  la  Province  du  Chan-Toung,  le  i3'  jour 
de  septembre  de  l'aunéc  de  Noire  -Seigneur  Mil  huit  cc-nt  soixante 


l'rès  de  deux  ans  plu■^  lard,  le  plus  important  den  jour- 
naux d'Kxlrème-Oricnt,  le  Sortit  China  lleriltl.  dans  un 
aiticio  du  G  juillet  rSjS,  disait  :  a  Une  e\|KTlencc  de  |)rès 
île  deu\  ans  depuis  la  jiuliHi-atîon  de  la  Convention  de  Tclié- 
liin  n'.i  scr\i  à  prouver,  ni  la  sagesse,  ni  rutililé  do  ce  docu- 
ine)it.  Examiné  iiu^Kiilialenieiit  et  mis  à  l'épreuve  de  la 
raison  nrdiiiaiie,  il  n'est,  en  fail,  guère  qu'un  amas  de 
vc'binge  sans  but...  » 

I.  La  Cmivciilion  de  Tché-fou  3.  été  ratilicc  lo  17  scjitcmliTc  ili-,G. 


84  L* AFFAIRE    MARGARY 

Cependant  malgré  les  critiques  dentelle  a  été  l'objet,  on  ne 
saurait  nier  Timportance  de  la  Convention  de  Tché-fou  ;  elle 
est,  on  peut  dire,  la  troisième  étape  de  Tllistoire  des  rela- 
tions de  l'Europe  avec  la  Chine  dans  les  temps  modernes  ; 
la  première  marquée  par  le  traité  de  jNan-King  en  1 84 2,  la 
seconde  par  les   traités  de  Tien-tsin  de  i858  et  les  conven- 
tions de  Pé  King  de  1860.  En  dehors  des  réparations  exigées 
j)our  Taflaire  même  du  Yun-Nan,   les  ports  de  1-tch'ang, 
Wou-IIou,  Wcn-tchéuu  et  Pakhoï  étaient  ouverts  au    com- 
merce et  les  Anglais  avaient  le  droit  de  placer  des  fonction- 
naires a  Tchoung-King,  point  avancé  du  Haut  Yang  Iseu  ; 
de  nouveaux  avant^iges  commerciaux  et  autres  étaient  concé- 
dés ;  mais  ce  qui,  à  mon  point  de  vue,  fait  le  principal  in- 
térêt de  la  convention,  c'est   l'établissement  d'agents  diplo- 
matiques chinois  dans  les  pays  étrangers.  Les  résultats  obte- 
nus par  l'installation  des  légations  européennes  à  Pé-King, 
à  la  suite  de  la  guerre  de  18G0,  se  trouvaient  complétés  par 
la  création  de  postes  chinois  hors  du  territoire  du   Céleste 
Empire. 


RAPPORT   DE   LI-HOI:N(î-TCHANG  ' 

Le  sujet,  Li  Houng-tcliang.  haut  Dignitaire,  Envoyé  Extraor- 
dinaire, Membre  du  Gmnd  Conseil.  Vice-Uoi  du  Tdié-li,  Comte 
de  i"*'*  classe,  présente  à  genoux  uri  rapport  au  Troue,  sur  lequel 
il  prie  l'Enipereur  de  vouloir  bien  taire  connaître  sa  décision. 
Dans  la  C''  lune  de  la  i^'^  année  du  règne  T'oung-Tclié  (juillet 
1874).  le  Ministre  d'Angleterre  en  Chine  annonce  l'envoi  de 
l'interprète  Margary  à  la  renconln^  de  la  Conunission  envoyée  par 
(le  Couverneur  de)  l'Inde  au  Yun-Nan  par  la  voie  de  Birmanie, 
il  demande  (pour  ce  dernier)  après  en  avoir  conféré  avec  le 
Tsoung-li  Yamen,  un  passeport  régulier  nmni  des  sceaux  voulus 
et  l'envoi  d'instructions  à  chaque  province  située  sur  son  parcours 
ainsi  qu'au  Vice-Roi  et  au  Gouverneur  du  Yun-Nan.  Peu  après, 

I .   Gazette  (manuscrite)  de  Pé-King  (traduction),  i  a  septembre  1 876. 


H.IPPOBT    I>R    Ll    1I0U>(:-TCIIA\G  85 

le  Ministre  d'Aiigkicrrc  nnnonçn  ijue  dans  la  i"  lutir  (janvier 
if^'S),  l'iiitcrpri-tc  Margary  </tait  arrivi'-  après  un  long  \ojage  à 
Pin  Sin,  en  Birmanie,  oii  il  avait  rencoiilrô  te  colonel  lîrownc 
et  autres  commissaires  envoyés  par  (le  (roiiverneur  de)  l'Inde, 
<iu'il  allait  revenir  sur  ses  pas  et  rentrer  dans  le  Yun-Nan. 

Le  17  de  la  i"  Inné  de  la  i"  année  du  régne  de  Konang-Sin, 
M.  Maiffary  posait  il  Mcn-Yunn.  sons  la  juridiction  de  Tong-Yué 
Ting.  y  Tut  massacré.  Le  i8  de  cette  lune,  le  Colonel  Brownc  et 
autres  furent  attaqués  et  arrêtés  (dans  leur  marche).  —  Dans  la 
5*  lune,  l'Kmpereur  envoya  le  sujet  Li  llan-lchang.  du  Hou- 
Kouang,  en  commission  extraordinaire  au  Yun-Nan  pour  y  faire 
une  enqui^tc  et  régler  l'aflaire  (Margary).  de  coiicert  avec  l'ex 
Vice-Président  du  Ministère,  Sié-Ilonan.  —  En  même  temps,  le 
Ministre d'AngIcIcrrc  désigna  et  envoya  M.  Crosvcnor  (secrétaire 
de  Légation)  et  autres  poui*  assister  an  jugement. 

Dans  la  3'  lune  de  la  i"  anni^  du  règne  de  Kouang  Siu,  Li 
llan-tcliang  et  autres,  après  avoir  terminé  leur  enquête,  ré|xin- 
dirent  par  un  rapport  au  Trùne  dans  lequel  il  était  dit  : 

L'Interprète  Margary  a  été  ni.issacré  |>our  ainir  refusé  de  céder 
aut  exigences  des  brigands  qui  voulaient  le  rançonner.  Quant 
aux  divers  fonctionnaires  qui  accom{»)gnaienl  M.  Margary,  s'ils 
furent  arrêtés  dans  leur  niarclie,  ce  fut  à  l'instigation  du  ciipilaînc 
actuellement  dégradé.  Li  Tclien-kouo. 

Celte  alFuirc  intéressant  les  relations  de  la  (^liineavec  les  étran- 
ger», il  est  délicat  d'apprécier  le  degré  de  gravité  de  son  crime. 
Aussi  avons-nous  prié  rKni|»ereiir  de  iloimer  l'ordre  au  Tsoung- 
li  Yanien  de  se  mettre  d'accord  avec  le  ^Ministre  de  la  Justice  et 
de  répondre  |>ar  un  rap|)ort  sur  ce  |>oint. 

iNous  avons  reçu  l'onlre  suivant  :  (Ju'il  soit  fait  comme  vous  le 
propose/. 

Le  Tsoung-li  ^alnen  lîl  faire  res|>ecluenscmeiil  copie  des 
dépVhes  du  Ministre  d'Angleterre,  des  rap|K>rls  dn  Lî  Han- 
Icliang  et  autres  et  des  différents  interi'ogatoires  et  lettres  ;  ces 
copies  furent  communiquées  (au  Ministre  de  la  Justice)  |X)ur  son 
information.  Les  interrogatoires  de  Li  Tclieu-kouo  et  des  autres 
coupables  pouvant  servir  de  preuves,  il  était  nécessaire  d'ap|)ré- 
rier  avec  discernement  le  degré  de  gravité  du  crime  de  chacun  et 
d'appliquer  la  loi  chinoise  ;  —  mais  ayant  reçu  une  note  du  Ministre 
d'Angleterre  ainsi  conçue  :  Considérant  que  l'enquélc  faite  par  le 
Secrétaire  est  d'accord  sur  tous  les  |ioinls  avec  l'instruction  et  les 
interrogatoires  faits  jwr  le  sujet  \'ice-Koi  du  Itou-Kouang.  Li 


86  l'affaire  margart 

lian-tcliang,  rjui  désijj:nenl  Li  Tchcn-kouo  cl  autres  comiiie    les 
pnnci|)aux  coupables  el  qui.  suivant  les  lois  chinoises,  ofTrent  des 
preuves  différentes  pour  établir  leur  culpabilité;  —  considérant 
que  rinlerprétation  des  lois  anglaises  ne  permettant  pas  cïc  dire 
(|u*on  est  arrivé  à  une  certitude  complète  (au  sujet  des  coupables)  ; 
attendu  que  si  Ton  punit   le  coupable  dont  il  a  été  parlé  plus 
haut,  l'Angleterre  ne  peut  pas  se  considérer  satisfaite  et  est  fondée 
à  craindre  qu*uiic  arrière-pensée  puisse  subsister  dans  Tespril  des 
populations  ;  —  attendu  que  ce  sont  des  fonctionnaires  anglais 
qui  ont  été  massacrés  ou  arrêtés  ;  —  attendu  cjue  les  Ktats  euro- 
péens ont  le  res|)ect  du  droit,  que  plutôt  <jue  de  récriminer  sur 
des  faits  passés,  il  est  préférable  d'assurer  l'avenir  (en  en  eni|>è- 
chant  le  retour)  et  je  demande  l'amnistie  pour  chacun  des  c«  i- 
pables  compromis  dans  l'affaire  (du  meurtre  de  M.  Margarv)  ;  — 
Moi,  sujet,  conformément  aux  ordres  de  S.  M.,  je  me  suis  rendu 
à  Tchc-fou  [)Our  y  traiter  avec  le  Ministre  d'Angleterre.  Les  lois 
criminelles  de  la  Chine  et  des  nations  occidentales  étant  diffé- 
rentes, ainsi  (^ue  les  manières  de  procéder,  il  faut  donc,  dans  le 
cas  actuel,  arriver  à  régler  celle  affaire  en  employant  des  niovens 
exceptionnels. 

A  Teiceplion  du  G'»néral  p.  i.  de  Teng  Yué.  Tsang  Tsoung- 
han.  et  du  sous-préfet  de  Teng  Yué,  Wou  K'i-liang,  qui  ont  été 
dégradés  et  dont  il  n'est  plus  niVessaire  de  parler,  le  capitaine  Li 
Tchen-kouo  qui  est  déjà  dégradé  et  les  assassins  Eur  Tong,  Oua 
La-t'ou,  etc.,  etc.,  au  nombre  de  ii,  pourront-ils  devoir  à  la 
clémence  impériale  et  à  sa  miséricorde  exceplionncile  la  renii.M^ 
du  châtiment  du  à  leurs  crimes  et  |>ourronl-ils,  conformément 
au  désir  de  rKnvo>é  d'Angleterre,  être  anmisliés?  —  Je  prie  Sa 
Majesté  de  prendre  une  décision  sur  cette  question. 

Je  considère  que  l'interprète  Margary,  qui  avait  une  mission 
d*un  Kmpire  ami,  ayant  été  massacré,  alors  qu'il  {)ortait  le  pas- 
seport qui  lui  avait  été  délivré;  —  que  les  fonctionnaires  qui 
l'accompagnaient  ayant  été  attaqués  et  arrêtés  (dans  leur  marche)  ; 
—  que  tous  ces  faits  ont  pu  altérer  les  rap[)orts  des  deux  Knipires 
et  que  la  Cour,  en  apprenant  la  mort  de  Margary,  a  dii  en  éprou- 
ver le  plus  grand  regret  ;  —  aussi,  je  prie  S.  M.  de  le  faire  savoir 
à  tous,  Chinois  et  Etrangers,  afin  de  dissij>er  les  doutes  qui  peu- 
vent exister.  La  Chine  et  les  États  étrangers  qui  depuis  longtemps 
ont  échangé  des  traités  doivent  tous,  chacun  de  son  côté,  les 
mettre  à  exécution. 

Dans  la  (y  lune  de  la  i'"''  année  du  règne  Kouang-Siu,   le 


Tsoting-li  Yaiiton  a  adresNo  tiii  ra|>[K>i't  an  Trànc,  ci[itii(uaiit  les 
articles  «les  'fraîlés  rplatiHi  aux  Tîtran^'orscïmilaiil  dan»  l'inléricur 
«le  la  ('hinc.  cnjoîgnnnl  à  rliarpic  rimilidiinaire  ili-  diafjnc  pro- 
viiicc  d'ôtiidiur  avec  soin  l'cspril  des  traili'^  fl  do  s'y  conronner 
avi-c  discerni.'iiicnl .  Il  rsl  de  mou  devoir  di-  [trier  Sa  MajrsU'  de 
donner  lordry  aux  Vice-Unis  et  (ioiiveiniMirs  dobcir  resjHtc- 
(ucusenieiit  au  décrel  du  il  de  la  9*  liinc  de  l'année  dernière. 
(lenvojer  les  ordre»  les  plus  aéviTes  aux  OfTuicrs  sous  leur  juri- 
diction, de  se  préoceni«'r  de  satisfaire  le  désir  qu'a  le  gouverne- 
ment chinois  d'entretenir  la  concorde  avec  les  Ktranf^rs.  —  A 
l'avenir,  les  autorités  devront  se  eonforuter  au\  stipulations  des 
Traités  dans  leur  conduite  vis-à-vis  des  fitran(,'crs  munis  de  pas- 
seports et  circulant  dans  l'intérieur  et  ils  devront  leur  assurer  une 
protection  cilicace.  Si  jamais,  au  mépris  des  Iriiilés.  un  élran^' 
venait  à  être  victime  d'injures,  de  sévices,  ou  d'nu  mi'urlrc.  les 
Otiiciers  supérieurs  de  la  pro»  imi-  devront  faire  l'iustruclion.  Kn 
outre,  une  proclamation  sera  afliehée  dans  cliaque  préfecture, 
sous-préfecture,  canton,  alin  d'instruire  len  iiiditidus  et  leurs 
fainilles.  et  leur  faire  comprendre  les  rapports  d'amilié  (de  la 
Chine  et  de  l'KtraDffer),  i)e  façon  (pi'à  l'avenir  ïl  ne  puisse  pins 
surgir  une  ranse  de  désordre.  —  Si  S,  M.  voulait  bien  m'ap- 
prouver,  le  Tso(uif[-li  Yamen  ferait  unii  prnclauiation  qui  serait 
eiivovée  dans  toutes  les  provinces  cl  au  contenu  de  laquelle  tous 
devraient  conformer  leur  conduite,  .le  prie  les  Impératrices  et 
i'KmiR-reur  de  dé-cider  si  les  diti;5rcnls  détails  de  la  solution  de 
l'alTaire  M.irgarv  sont  ou  nnii  satisfaisants. 

Que  S.  M.  daiitne  jue  faire  con.  .ilre  sa  décision,  je  in'v  con- 
formerai. 

Uapport  pré.senlé  re*|)eclueusemeut.  Iteçu  un  di^ret  ini|HTial. 
Dijà  copié  (dans  la  (.'a.vHe) 


Li  IIoun;*-teliang  présente  un  pliicel  au  '^M^ue:  I^^  Tstiung-ii 
Yamen  avait  déjà,  dans  In  i)"  lune  de  l'année  dernière,  écrit  au 
Ministre  d'Anglolerre  que  la  (iliiiie  avait  eniové  au  Yun-Nan  des 
fonctionnaires  pour  y  étudier  les  questions  relatives  au  cocnmerce. 
par  la  frontière  du  Yun-Naii;  mais  que  l'Angleterre  devrait  éga- 
lement envoyer  des  oITtciers  pour  y  faire  de  concert  (avec  les 
cnniuiissair«.-s  cliinois)  une  enquête  et  après  être  tombés  d'accord 
élaborer  les  rèplcments.  Ceci  se  trouve  contenu  dans  les  8  articles 
convenus  à  Pé-Kîng  dans' la  5'  lune  de  cette  année. 


88 


L  AFFAIRE    MARGARY 


Le  moment  est  venu  de  mettre  à  exécution  l'article  concernant 
le  commerce  sur  la  frontière  du  Yun-Nan.  On  augmentera  ainsi 
la  confiance  ;  et  J'affaire  du  Yun-Nan  se  trouve  avoir  une 
solution  satisfaisante.  Je  supplie  l'Empereur  de  faire  sentir  sa 
bonté  céleste  en  envoyant  Tordre  aux  Vice-Roi  et  Gouverneur 
du  Yun-Nan  d'attendre  l'arrivée  des  Commissaires  anglais  pour 
choisir  des  fonctionnaires  expérimentés  d'un  rang  élevt».  (]es 
derniers  se  rendront  sur  la  frontière  jK)ur  y  faire  de  concert  (avec 
les  commissaires  anglais)  une  enquête  et  y  étudier  (les  conditions 
du  commerce).  Les  règlements  qui  après  discussion  seront  arrê- 
tés, feront  en  temps  et  lieu  l'objet  d'un  rapport  au  Trône  et  mis 
à  exécution.  —  Je  prie  l'Empereur  de  vouloir  bien  examiner  le 
placet  présenté  resjKMîtueusemenl. 

Rapport  respectueux. 

Reçu  l'ordre  respectueux  (qui  déjà  a  été  copié)  (dans  la 
Gazette)  * . 

Ces  documents  sont  communiqués  aux  ministres  étran- 
gers : 

I 

Le  Prince  Koung,  Président  du  Tsoung-li  Yament  à  M.  le  vicomte 

de  MoNTMORAND,  Ministre  de  France. 

Communication  officielle 

Pé-King,  le  36  septembre  1876. 

Le  16  septembre  de  cette  année,  le  Vice-Roi  de  Tcbé-li,  Mi- 
nistre Plénipotentiaire  de  S.  M.,  adressa  un  rapport  au  Trùne 
sur  la  solution  do  l'affaire  du  Yun-Nan  et  présenta  aussi  au  Trône 
les  articles  composant  l'accord  intervenu  entre  S.  Exe.  sir  Tho- 
mas Wade  et  lui.  Je  reçus  l'ordre  impérial  suivant  : 

«  Qu'il  soit  fait  ainsi  qu'il  a  été  convenu.  » 

Le  Tsoung-li  Yameii  vous  a  déjà  adressé  à  ce  sujet  des  com- 
munications con tenant  la  copie  des  Décrets  imjiériaux,  il  vous  a 
aussi  communiqué  dans  une  lettre  le  texte  des  articles  de  l'accord 
(de  Li  lloung-tchang). 

I.   Pour  traduction  conforme:  Signé:  F.  Scuerzer, 


Un  des  arliclcs  dïl  : 

(Suit  ta  reproduction  (lu  parngrnplic  i  <lr  l'arliclp  11  <Ip  Vac- 
coi-d  (le  air  Tlinmas  W'ado). 

Cet  article  (lénionU'c  la  siiiccrité  du  déiiir  qu'a  Sa  Majenlé  de 
voir  s'culrelrnlr  les  sciilimcnls  d'amitié  (((ni  unissent  la  Cliinc 
et  l'Ktraiigcr).  Aussi  faut-il  étudier  les  coiidilionsdnng  les(iucllcs 
on  pourrait  s'Fn[<?ndre  [tour  discuter  et  lixer  (les  bases  d'un  twlc) 
qui  fera  ressortir  les  liens  de  s^inpatliic  <]ui  unissent  la  Chine  et 
l'tl  ranger. 

J'ai  cru  devoir  envoyer  à  Votre  Excellence  et  à  ses  collègues 
copie  de  cet  article  afin  que  vous  puissiez  vous  entendre  h  ce 
.ujcl. 

Quand  vous  vous  scrtst  concertes  (sur  l'adoption  d'un  code 
d'éti({uet(e)  je  vous  prierai  de  me  le  faire  savoir  alin  que  nous 
puissions  le  discuter  dans  des  conférences  générales. 

Recevez,  etc.,  etc. 

(Le  sceau  du  Tsoung-li  Yamcn.)' 


Le  Prince  Koisc,  Président  da  Tsoung-li  Yamen,  à  M.  le  vicomfe 
BHKriiER  de  MoNTMORAND.  Mtntstre  de  France. 


Pé-Ring.  le  26  septembre  1876. 

1^  16  septembre  de  cette  année,  le  Vicc-Uoi  du  Tché-li,  Mi- 
nistre plénipotentiaire  de  S.  M.,  adressa  un  rapport  au  Trône 
sur  la  solution  dcl'atTairedu  Vun-Nan  :  il  présenta  aussi  au  Trône 
les  articles  composant  l'accord  intervenu  entre  S.  Exe.  sir  Tho- 
mas Wade  et  lui. 

Je  re(;us  de  S.  M.  l'ordre  suivant  : 

a  Qu'il  soit  fait  ainsi  qu'il  a  été  convenu.  » 

l,c  Tsoung-li  Yamen  vous  a  déjà  adressé  à  ce  sujet  des  œm- 
niunicatîons  contenant  la  copie  des  Décrets  impériaux,  et  il  vous 
a  aussi  communique  dans  une  lettre  le  texte  des  articles  de  l'accord 
(de  Li  Houng-tchang). 

I.    Pour  traduction  confwiDe:  Signé;  F.  Schebieb. 


go  L  AFFAIRE    MARGART 

Un  de  ces  articles  dit  : 

(Suit  la  reproduction  des  paragraphes  3  et  3  de  rarticle  II  de 
Faccord  de  sir  Thomas  Wade). 

Outre  la  dép(>che  que  j'ai  écrite  h  sir  Thomas  Wadc,  confor- 
mément au  texte  de  cet  article  ainsi  conçu  :  «  Il  est  inainlenant 
entendu  que  le  Tsoung-li  Yamen  adressera  sans  délai  une  cir- 
culaire aux  Re[)réscntants  Étrangers  pour  assurer  une  adminis- 
tration plus  elFicace  de  la  justice  dans  les  ports  ouverts  au  com- 
merce »,  je  viens  vous  demander  s*il  vous  est  possible  ou  non 
d'adopter  un  règlement  uniforme  qui  serait  appliqué  à  Tavenir 
dans  la  conduite  des  procès  entre  Étrangers  el  Chinois.  Je  ciois 
devoir  prier  Votre  Excellence  de  vouloir  bien  s'entendre  an 
préalable  à  ce  sujet  avec  ses  collègues  ;  je  vous  prie  de  inc  Taire 
savoir  ([uand  vous  serez  tombés  d'accord  sur  un  règlement  satis- 
faisant ahn  que  nous  puissions  le  discuter  dans  des  conférences 
générales. 

Uecevez»  etc.,  etc. 

(Le  sceau  du  Tsoung-li  Yamen.)  * 


III 


Le  Prince  Kolng,  Président  du  Tsoung-li  Yamen,  à  M,  le  vicomle 
BnRMER  de  Mo.ntmorand,  Ministre  de  France, 

COMMUNICATION  OFFICIELLE 

Pé-Kiiig,  le  38  septembre  1876. 

Le  16  septembre  de  cette  année  le  Vice-Roi  du  Tclié-li,  Mi- 
nistre plénipotentiaire  de  S.  M.,  adressa  au  Trône  un  rapport  sur 
la  solution  de  l'afFaire  du  Yun-\an  :  il  lui  présenta  aussi  les  arti- 
cles composant  l'accord  intervenu  entre  sir  Thomas  Wade  et  lui» 

Je  reçus  de  S.  M.  l'ordre  impérial  suivant  : 

«  Qu'il  soit  fait  ainsi  qu'il  a  été  convem.  » 

Le  Tsoung-li  Yamen  a  déjà  envoyé  à  V.  Exe.  une  copie  res- 
pectueuse des  Décrets  et  celle  des  articles  (de  cet  accord)  :  Dans 
un  de  ces  articles,  il  est  dit  :  Par  rapport  à  l'étendue  en  dedans 
de  laquelle  conformément  aux  Traités  en   vigueur,  le  likin  ne 


I .  Pour  traduction  conforme  :  Signé  :  F.  Scherzbr. 


9' 

doit  |kas  ùlro  perçu  dans  les  jxii'ls  ouverts  sur  les  marchnndises 
élraii^èrcs.  fit  Thonias  1^'ade  corisont  à  cngaffcv  soit  (îniivertie- 
iTienl  à  jxTiiH.'tlri^  (pu?  le  lorrain  np|N<li'^  «  concesMnii  n  dans  les 
difliirciits  |»orls  soil  regardé  comir»!  la  zone  e\enipl<'  de  [.ikin. 

Il  csl  <lit  aussi  :  a  ....  (Suit  In  reproduction  du  [mrngraplic  3 
de  iHrtide  111  <le  l'aiconl  de  sir  Tlioinas  Uade)...  »  La  Chine 
n  ('■liiWi  li's  droits  iJils  de  «  I.i-kin  d  [lour  subvenir  aux  exigences 
(in  biidf^ct  dp  la  pncrrc.  A  ces  di-oils  sont  snjcts  non  sonleinent 
1rs  produits  chitiois  maïs  encore  les  marcha luiisus  étiangèrcs  ipii 
n'ont  (his  acfjuilté  le  1/3  droit  (de  transit). 

Mais  les  cninniervants  <'tran(>ers  disent  (juc  du  moment  nu'ds 
ont  acquitte  la  lotnlitL'  <ies  droits  qui  TrapiM-nt  les  inurchandises 
étrangères,  on  ne  peut  imposer  h  ces  dcrnicres  les  taxes  dites 
K  li-kin  a  avant  leur  arrivée  aux  liarrièros  locales  :  il  résultait  de 
la  diïcrucncp  des  deux  manières  de  voir,  des  discussions  conti- 
nuelles. Sir  Thomas  Madc  eoftagca  le  (!ouvcrnenieiit  chinois  à 
se  ((luctTter  a\ec  les  Couvcrncmciits  élrant;crs  [wur  prohiber  la 
|>e](vplion  du  li-kin  sur  les  concessions  étraugcies  et  ponr  éviter 
à  l'avenir  tout  sujet  de  reinanicnicnl  (des  l'èglemeiils). 

On  adoptera  nn  règlement  spécial  pour  rimpnriatiou  de  l'opium, 
en  verlii  duquel  les  droits  de  douane  cl  de  o  Li-kîn  »  seront 
perijus  en  même  temps:  quant  à  l'iniporlance  de  ces  droits,  elle 
sera  lixiT  dans  cha(|ue  province  après  étude  de  la  question  (par 
les  niilorités  provinciales).  Les  deux  |)nra^'ra plies  conccrnaitt  fa 
probihitioii  de  la  perception  du  e  li-kin  d  sur  les  marchandises 
étraiif^ères  dans  la  znncdes  concessions  et  la  perception  simultanée 
des  Droits  de  Dniiniic  et  ceux  dits  a  li-kin  »  ir  l'opium,  uc 
seront  définitirs.  qu'api-i's  vous  ftrc  concerté  avec  vos  collègues 
sur  les  deux  jiaragraphes  sus-niciitiounés,  vous  preniez  les 
inslrnctinns  de  votre  Gouvernrnienl. 

Lorsque  les  (jouvernemcnts  étrangers  se  seront  mis  d'accord  ii 
ce  sujet.  Votre  Kxcelleiice  voudra  hienavlM-r  le  Tsiiniig-li  Yamen 
qui  prendra  une  solution  délinilivc  de  concert  (avec  les  Puis- 
sances Ktrangcres).  Toiles  sont  les  alTaires  dont  je  voulais  vous 
entretenir  resfKH'tueii sèment. 

Agréez,  etc.,  etc. 

(Le  sceau  dn  Ts<.ung-li  Yamen.)  ' 

I.   Pour  Iriduclion   conrorme:   l.c  premier  irlerprtte  p.   (..   Signé; 


r)3  i/aFFVIRK    MAHGiRT 

MM.  dfî  liiilz<>\  et  >oii  hrandi  se  montrèrent  fort  niécon- 
leiils  «le  ce  c|iie  Sir  Tliomas  Wade  eut  introduit  clans  ?<on 
Irailé  des  questions  (réliqiietle  et  de  li-kin.  Les  taxes  de  li- 
kin  étaient  d'ailleurs  en  contradiction  avec  rartîcle  23  du 
troité  français  do  Tien  Tsin. 

Sir  Thomas  \\  ade.  après  les  Chinois,  fait  part  ù  ses  col- 
lègues de  la  signature  de  la  Convention  : 

LETTRE    DE    SIK    THOMAS    WAHE    AL     VICOMTE    BIIEMER    DE    MOM- 

MORAND 

Pe-King,  september  3o,  1876. 

MoNSlK!  It    LE    MiMSTKE    ET    CUER    CoLLÈMJLE, 

r  found  on  niv  return  to  IVking  last  week  that  tiie  Chînese 
Text  of  llie  agrecnient  between  Ihc  (irand  secretary  Li  Hung- 
changand  nnscif,  signed  al  Chefoo  on  the  i3^^  instant,  had  already 
l>een  coniinunicaled  lo  the  Représentatives  of  the  Trealy  Power^ 
and  thaï  copies  had  been  also  forwarded  to  the  Provincial  Govern- 
nienls.  As  1  havc»  had  ihe  hononr  lo  slale  lo  siich  of  inv  coUea- 
gués  as  are  wiliiiu  reach,  the  cnglish  text  is  being  printcd  al 
Shang-llaï  and,  as  soon  as  I  rweive  il  in  this  form,  it  is  mv 
purpose  similariy  to  coinmunicale  copies  to  ail. 

licfore  signing  ihe  Agreeinenl,  1  dcclared  iny  rcadiiiess  (if  on 
m  y  arrivai  the  mémorial  and  decrees  referred  to  in  the  Agree- 
ment  should  he  immedialely  published  and  the  circulars,  for 
the  e\()edilioii  of  >vhich  thcagreement  farlher  stipulated,  imme- 
dialely wrillcn)  lo  telegraph  lo  my  Government  Ihat  I  had  taken 
upon  me  to  close  the  Yun-Nan  Case.  The  engagements,  above 
referred  lo,  ha\ing  been  so  far  salished,  1  bcg  to  acquaint  vou. 
Monsieur  le  Ministre,  that  I  bave  ihis  dav  informed  tbc  Prince 
of  Rung  ihfit  I  bave  sent  the  promised  message  to  my  Governmenl. 
1  avail,  etc. 

Sij^né  :  Thomas-Francis  AVade. 

RÉPONSE    DU    CORPS    DIPLOMATIQUE 

A  une  réunion  des  Ministres  de  France,  de  Russie,  des 


RÉPONSE    DU    CORPS    DIPLOUATIQtlB  93 

Élals-Unia,  d'Espagne  et  d'Allemagne,  M.  de  Butzov  pré- 
senta lin  projet  de  lettre  au  Tsoiing-li  Yamen  qu'il  avait  ré- 
dig<'',  ^iii  après  quelques  nindifi  cation  s  proposées  par 
M.  Seward,  fut  adopté;  il  fut  convenu  que  cette  lettre  en 
v(née  jKir  chacun  des  ministres  étrangers  serait  communi- 
quée à  Sir  Thomas  \\'ade  par  M.  de  Butzov,  sous-doyen  du 
corps  diplomatique,  après  qu'elle  aurait  été  expédiée  au 
Tsoung-li  ^'amcn.  Sir  ïliomaa  trouva  la  lettre  tout  à  fait  de 
son  guiU  et  ne  nuisant  en  aucune  manière  à  son  arrangement. 

l*e-Kîng,  3°*  oclober  187O. 

Tlic  undcrsigDcd  lias  the  honour  to  aeknowlcdgc  tlie  receipt 
ol'  Your  Impérial  HîffhncitsandYour Exe. 's  despatclies  of  tlie  atitii 
and  aStli  scptpinbor.  in  A'iiîeh.  referring  lo  several  clauses 
o(  llie  ngreenient  signril  at  Cliefoo  by  tlie  l'ieni|)otentiarics  of 
(^liina  and  (ji'cal  Rrîlain.  you  invite  me  a?  well  as  niy  collca- 
giies  tlic  Représentatives  ol'  olliers  l'owers  tocotisidcr  coiijointly 
tlii'  <pieslion3  referred  toand  to  inforiu  vou  of  tlie  resuit  of  our 
délibérations. 

Wliilst  thanking  Y.  1.  II.  and  Y.  E.E.  for  tlie  abovc  commu- 
nications, I  beg  to  inform  you  ihat  it  is,  in  my  opinion,  advi- 
sablc  as  it  would  elso  be  conformable  witb  tbc  cstablislied  eus- 
loin  ofdiploniatlc  iiitercourse.  ihal  \\a  sliould  Crst  of  ail  consider 
and  décide  whal  <|ucslion  requirc  a  setllcnicnt  and  arc  therefore 
to  bc  brouglit  under  discussion.  I  hâve  consultcd  my  collcagues 
on  tliis  [loint  and.  as  a  complète  understanding  exisls  bolweeii 
us  regarding  thisnay  of  procédure.  I  beg  to  inform  Y.  1.  II.  and 
Y.  ¥..  E.  ibat  1  sliall  bc  ready  wbenever  you  roaj  lliid  convcnient 
lo  eonfer  wilh  you  in  view  of  tlic  object  abovc  sfated  and  baving 
once  detcrmined  tlic  points  to  bc  disciissed  to  coine  witb  you  to 
an  understanding  on  tbc  varions  questions  lliat  may  become  the 
.subject  of  onr  délibérations. 

In  regard,  bovvcvcr,  lo  Ukùi  taxes  and  tbe  proposée!  références 
lo  Ibc  scierai  (lovernmenls  I  iiiust  at  once  reniark  tbat  Ibe  nego- 
rialinn  slinuld  be  pursucd  in  thcusnal  maoner  and  tbat  pcndlng 
tbe  resuit  I  cannot  consent  to  ibc  abridgement  of  tbc  cxistîng 
treatv  stipulations. 
1  avail.  etc. 


g4  L^AFFAIRE    MARGARY 


CIRCULAIRE    DE    M.    nRENIER   DE    MO^JTMORAND     AUX     CONSULS 
ET   VICE-CONSULS    DE    FRANCE    EN    CHINE 

Pé-King,  le  t\  octobre  1876. 
Monsieur, 

L'article  11  de  la  section  III  de  Tarrangeincnl  intervenu  le  i3 
septembre  1876  entre  sir  Thomas  Wade  et  Li  Houng>tchang  est 
ainsi  conçu  : 

a  At  ail  ports  opened  to  trade  whether  by  carlîer  or  la  ter  agrre- 
ment,  at  which  no  settlemenl  arca  bas  bcen  previously  defined. 
it  will  be  tlie  duly  of  tbe  Britisb  Consul  acting  in  concert  wilh 
bis  colleagucs  tbe  Consuls  of  tbe  otber  Power»,  to  corne  to  an 
understanding  witli  tbe  autboritics  regardiiig  tbe  définition  of 
of  tbe  forcign  settlemcnt  area.  » 

Au  cas  où  votre  collègue  d'Angleterre  désirerait  vous  \oiriiier 
avec  lui  l'étendue  deTarcaen  question,  conformément  à  la  teneur 
de  l'article  ci-dessus,  vous  voudrez  bien  lui  répondre  que  vous 
n'avez  jkis  reçu  d'instruction  ii  ce  sujet.  L'accord  n'étant  pas 
encore  complètement  établi  à  cet  égard  entre  les  différents  Roprt»- 
sentants  des  Puissances  étrangères,  il  est  à  propos  que  vous  ne 
fassiez  rien  sans  m'en  avoir  préalablement  référé. 

Recevez,  etc. 

Signé  :  V*''  Buknikr  de  Montmorand. 


NOTE    DE    M.     VON    DUANDT 

'Le  Ministre  d'Allemagne  regrette  de  ne  pas  pouvoir  en- 
trer pour  le  inonient  dans  une  discussion  ayant  pour  but 
d'ainenor  des  pourparlers  avec  le  Gouvernement  chinois  au 
sujet  de  quelques  jx)ints  isolés  faisant  partie  du  projet  de  ré- 
vision communiqué  par  le  Cabinet  de  Berlin  aux  Cabinets 
des  puissances  signataires  avec  la  Chine,  avant  que  les  né- 
gociations qu'il  [X)ursuit  avec  le  Ïsoung-U  Yamcn  au  sujet 
de  la  revision  du  traité  allemand-chinois  ne  lui  aient  donne 
la  conviction  qu'une  base  satisfaisante  pour  la  revision  géné- 
rale du  traité  ait  été  obtenue. 


Le  Ministre  d' Allemagne  en  faisant  cctlc  déclaration  est 
convaincu  que  ses  collègues  ne  verront  en  elle  qiie  le  résul- 
tat inévilable  de  la  situation  donnée  et  ne  douteront  ni  du 
désir  de  son  fiouvcrncmcnl  ni  du  sien  propre  de  maintenir 
inl.-icl  le  princi]>c  de  l'identité  des  intérêts  et  de  l'action 
ccininiiino  que  le  Gouvernement  allemand  regarde  comme  le 
plus  ini[>ortant  pour  les  relations  entre  les  puissances  signa- 
taires et  la  Chine. 


Tixiis  points  de  la  convention  de  Tché-fou  appartenaient 
an  (JuniainGCommiindc  la  diplomatie  étrangère  àl'é-King:  le 
code  d'éti(juetle  (^/Hplomalir  inlerrourse),  pi-oci'-dure  judi- 
ciaire et  likin.  Le  rode  d'éliquolte  méritait  d"élrc  étudié  au 
triple  {Kiint  de  vue  de  In  question  de  l'audience,  des  rapports 
entre  les  représentants  étrangers  et  les  ministres  citinoîs,  les 
rapports  entre  les  Consuls  et  les  autorités  loc^ilcs.  Le  liliin  était 
contraire  au\  stipulations  de  notre  traité  de  Tien-Tsin  ;  l'Alle- 
magne qui  préparait  la  revision  de  son  traité  n'était  nulle- 
ment disposée  à  accepter  des  clauses  qu'elle  n'avait  pas 
discutées  cUe-nième.  Les  ministres  de  Russie,  d'Allemagne, 
des  Ëtals-Unis,  d'Espagne  et  de  France  s'étant  réunis  en 
novembre  1876,  décidèrent  que  pour  le  moment  il  n'y  avait 
l»as  lieu  de  s'occuper  de  l'audience  et  qu'ils  n'entreraient 
pas  en  [>ourparlGrs  avec  le  \amcn  sur  les  tnns  points  de  la 
Convention  de  TcIié-fou. 


CHAPITRE   V 

NOUVEL  AN  CHINOIS,  1876  -  PORTUGAL.  —  TRAITÉ  DE 
KANG-HOA.  -  WEN-SIANG.  —  M.  BRENIER  DE  MONTMO- 
RAND.  —  AFFAIRE  DE  NING-KOUO  FOU.  —  CHEMIN  D£ 
FER.  —  CORPS  DIPLOMATIQUE  CHINOIS. 

NOUVF.L    AN    CHINOIS,     1876 

Le  vendredi  4  février  1876,  c'est-à-dire  le  10^  jour  de  la 
i*""  lune  de  la  1^  année  Koiiang-Siu,  la  population  de  Pé- 
King,  à  sa  très  grande  stupéfaction,  fut  témoin  à  roccasion 
du  nouvel  an  chinois,  de  la  réception  solennelle  des  minis- 
tres étrangers  par  le  prince  Koung,  entouré  des  hauts  fonc- 
tionnaires de  l'Empire  :  Ying  Kouei,  grand  secrétaire  ad- 
joint, président  du  ministère  de  l'Intérieur  ;  Peng  Kouei-yù, 
vice-président  de  ce  même  ministère  ;  le  duc  Tsai  Ling, 
président  du  ministère  des  Finances  *  ;  Youen  Pao-hêng  cl 
King  Cheng,  vice-présidents  de  ce  môme  ministère  ;  Ling 
Kouei,  président,  Kouang-tcho,  Mien  I,  et  Siu  Toung, 
vice-présidents  du  ministère  des  Rites  ;  Kouang-cheou,  pré- 
sident, le  marquis  En  Sing  et  Hia  T'oung-chan,  vice-prési- 
dents du  ministère  de  la  Guerre  ;  Chou-Ki,  Houang-yii  et 
Weng  T'oung-ho,  vice-présidents  du  ministère  delà  Justice  ; 
Li  Houng-tsao,  président,  Ho  T'ing  Kieu,  Kouei-Ts'ing  et 
I-tchen,  vice-présidenls  du  ministère  des  Travaux  ;  Tsao- 
Pao,  président,  Té-Tchoung  et  Sin-Chou,  vice-présidents 

I.  Devint  18-19  février  1877,  président  du   ministère  de  rinlcrteur 
et  grand  secrétaire  adjoint,  à  la  place  de  Ying  Kouei. 


SOIVEL    *N    CHINOIS.     1876  97 

(lu  lïiircaii  CDionlal  ;  King  lir-n,  pi-éskloiil',  Tanft  ^èn-c^lèll, 
lliiiici-Siti  et  Toiinfî-lloim,  iiifiiiltrcfl  de  \a  C.niir  tics  Oii- 
snirs;  outro  ces  vinj<l  six  fuiiclîoimaiion.  il  fan!  ajinilci'  los 
iiW'Tiibt'i's  du  Tsmiiig  U  Vanicn  (pri^sidé  [>ai'  li'  imiirc 
KiiLiiii,')  :  k'B  ^'i-ands  sec lûl aires  Wen-Siang  el  l'ao-jini, 
rli;iiiit'lior  do  rAcadcniîc  Ituii  lin,  lo  grand  serrélain- 
ailjoiiil,  Konei-fèn.  pHisiilcnt  du  minislèrc  de  la  (luerrc, 
Ions  membres  du  (irand  (Innseil  ;  Tonng  Siuii,  pi-^sident  dn 
minisière  <les  Finances;  Mao  Tcli'ang-lii,  pi-^sident  du  mi- 
nislère  de  l'Intérieur  ;  Tdi'oung-Heou,  vice-pi^ésidenl  dn 
ministèie  de  rintérieiir;  KoiioSounfî-Lio,  Taisant  fimctions  de 
\i(i?-pn'sidenl  du  minisU're  de  rinlérieur,  el  Envoyé  c\lraiir- 
dînaire  en  (Jrande-Brelagne  ;  'IVliVng  lin,  ^ice  pn'sidoni  du 
ininisièi-e  des  Travaux,  ol  seciind  lieutenant-^'énéral  de  ilvn- 
darmerio  ;  Nia  Kialiao.  \ice-(nx''sid('nl  de  lu  Cmir  de  Iran;. 
mission  de  In  roiresjmndaïue'. 

Le('nrpsili|)lomalKpie  fui  ro(,'U  dans  l'ordre  suivant  :  1  ilieii- 
rc>du  matin,  Sir  TliomasWadc.tji'ande- Bretagne  ;  1 1  li.3o, 
M.deltnl-/ov,  Knssir;midi,  M.  Iiolenml>o,  KlalsUnis;  13 
II.  3(1,  \1.  ^(ln  Brandt,  Allemagne;  1  lieui'e,  M.  de  Scliat'fcr, 
.\iitriclie;  1  h.  3<>,  M.  Mori',  Japon  ;  a  lieures,  D'  Elimire, 
IVi-oii  ;  2  I»,  3o,  le  «tinte  de  Rochecliouarl,  l*'ranre'. 

Piinrquo!  cette  innovation?  Affaires  de  Coi-ée,  |)ent-(?tiv!' 
On  bien  comme  ccmsétpience  dn  méniuranduni  dn  a8  se|v 
lenibie  1S75  sur  les  relalions  enli-e  les  lianis  l'onctionnairos 
cliinois  et  les  ministres  élrangei-s  ? 


1.  Devint  à  la  m£nie  dalc.  iS-ig  fL-vrier  1S77.  pn'sideni  ilii  miiiislôrc 
<\<-s  Traiaii\  et  fui  mniplaci-  au  OnMiral  giar  Thiiien  K'lii>[q>ii  >l<!>lnl.  h 
li)  avril  i?<78.  |>n~.idcnl  du  lllinisl^^e  de  la  Juatire. 

■1.   T«u„g  reh^ngSr. 

'i.  M.  Mûri,  le  nouveau  ministre  jaiKmais,  était  arrivé  k  Ti^liéToii.  If 
II  dràemlirc  1875.  sur  le  navire  de  giiorrc  japonais  lliirudaï  ;  il  9e  remlil 
ï  l'i'-Kin[>.  par  Icrro, 

i.  yorikChina  Herald.  3  mars  187O.  p.  i8-;, 

CoHOiaa.  11.   -  7 


gS  ANNÉE    187G 

Les  fêles  du  nouvel  an  chinois,  écril  M.  de  Hochechouart ,  ont 
été  signalées  celte  année  par  une  innovation  ;  le  prince  Koiing, 
au  lieu  de  nous  recevoir,  comme  il  le  faisail  habit uellenienl  en 
petit  comité,  avait  convoqué  tous  les  ^ands  dignitaires  de  FEtat. 
les  Princ<*s  exceptés,  cl  il  nous  a  donné  une  sorte  de  réception 
de  gala.  L'Assemblée  se  composait  des  membres  du  Grand  Conseil, 
des  Présidents  et  Vice-Présidents  des  scpl  ministères,  di^  gou- 
verneurs de  l'Empereur,  des  Académiciens,  du  gouverneur 
militaire  de  la  ville,  des  censeurs  et  de  deux  chefs  de  bannière, 
en  toul\ingt-six,  sans  compter  les  membres  duTsoung-li  Yamen. 
Le  Prince  a  été  très  aimable,  et  comme  depuis  que  je  lui  ai 
donné  un  perrocpiet  que  j'a\ais  rapporté  de  Singaporc,  il  afTecte 
chaque  fois  que  je  le  vois  de  faire  à  propos  de  cet  oiseau  un  cours 
de  géographie  assez  fantaisiste,  il  n'a  pas  perdu  celte  occasion 
de  montrer  ses  connaissances  à  un  public  aussi  lettré. 

MIMSTKE    POKTIGAIS 

Au  commencement  de  1876  on  fil  courir  le  bruit  de  Ma- 
cao,  que  le  gouvernement  portugais  avait  nommé  Dom 
Lobo  d'Avila  ?,  ministre  plénipotentiaire,  avec  Tordre  de  se 
rendre  à  Pé-King  pour  faire  ratifier  le  traité  de  1862'.  Lne 
escorte  sulTisanle  devait  lui  être  envoyée,  en  cas  de  besoin. 
Kien  de  sérieux,  d'ailleurs*.  Déjà,  M.  de  S.  Januario  avait  eu 
cette  même  pensée,  mais,  à  la  suite  du  scandale  causé  par 
la  traite  des  coolies,  les  circt)nslances  avaient  paru  peu  fa- 
vorables. 

JAI»0>     ET     C0R^:E,     TK\IïÉ     de     KANG-IIOA,     2G    FÉVRIER      1876 

Nous  disions^  que  ce  que  n'avaient  pu  faire  en  Corée  ni 
les  Français,  ni  les  Américains,  les  Japonais  renlreprirent 
avec  succès  en  1876.  Après  le  règlement  des  aflaires  de  For- 


1.  I,  p.  i^G^ 

2.  NorthChina  Herald,  i3  janvier  187G. 

3.  I,  p.  394. 


MORT   DE   WEN-SUNG  ^ 

niosp  ot  rpiP  M,  Mon',  niinislrc  tlii  Japon  ù  IV-Kinp,  fut 
silr  (le  la  iioiitmlilô  de  In  Cliino,  une  os(?jidro  ji)|)Oti.iis(>  coiu- 
lu.iiiilfV  pur  lp  gi'nérnl  Kunxln  lui  cliai-pZ-o  de  frtiro  une  lU'-- 
iiiiiiiKtiMtinn  jhicifîcjiio  SUT  les  côlos  do  Coivo;  elle  nrriva  à 
Fou  siin  lo  i5  jjinvior  1876  ;  le  mois  suivant,  le  a(i  fi^vrîer', 
Kuroda-kiyot.ik.i  et  Inouyc-Knoru  '  pour  le  Japon,  pI  Siii- 
ll'in  H  In  Jî)  syng  j>our  In  ConV,  signi'rent  i\  Kang-lioa,  on 
chinois  et  en  ja|>onais,  un  Irailô'  en  douze  nilicles  o\- 
trt^meniont  imjiortanl  par  letpiel  l'indépendance  de  la  Corfc 
élail  affirmée  et  l'ouverture  de  deux  poris  au  commerre  ac- 
conléc  en  pins  de  Tcliorianp-liang  (Fou-san),  L'arliele  1" 
dit  en  effet  que  i<  la  Corw  ôlant  un  étal  indéjteiidanl  jouit  dfs 
méinea  droits  souverains  que  le  Ja{)on  u)'*. 


Le  grand  secrétaire  Won-Siang  mourut  à  Pé-King  Ip  26 
mai  iiS7f>''  ;  nwc  lui  disparaissait  une  grande  figure  de  l'ad- 
mtnislriilioii  L'Iiiuoise.  Il  avait  paW  sou  examen  de  docteur 
Isin-clif  à  iV-Kiufj  on  jH^îi  ;  h  l'époque  des  dilTicullés  avp<; 
la  France  et  FAngleleriv  (i85S-i8(>o),  il  élail  vire-président 
du  ininislèi'c  des  finances  et  fut  le  principal  conseiller  du 
prince  Koung.  I^  5  novembre  r8(»i,  après  le  coup  d'état 
qui  avait  coulé  la  vie  à  S^ui-Cliuuen  ~,  il  fui  replacé  au  (irund 


I.  Vii-umlp  Mori  Arinori,  aMassini;  le  1 1  fi-vricr  i88ij.  Voir  7he  t'nr 
Kttxt.  I.  p.  lit)  SI).  Il  itail  iiri)<iii»irc  de  katiiisliima. 

ï.   aO'  jour,  3'  mois,  ij"  année  Mei-dji. 

II.  Ministre  des  atTaires  lUrangiTCK  en  1871). 

'1,   llaliGp  lp  >a  maTK  187I).  sa*  jour.  3*  mois.  i\'  Biniéu  Mei-djL 

!).  China,  —  Inijioriil  Miritime  Cuitonis.  —  lit.  Miscelluncoiis  Séries: 
11"  l»|.  —  Treilties.  Re^ittiiliuiis.  etc.,  between  Coren  ami  utiier 
I-mvers.  1870-1889...  Shsiighaï,  iS;)!.  in-4. 

li.  I.  |>,  1 1 1.  noie  ;  c'est  |>aT  erreur  que  la  date  de  u  mort  est  inarqiiéi: 
187S.  d'ajirî-s  (liles. 

7     !■  P    'ï'J- 


lOO  AXNÉE    1876 

Conseil  dont  il  avait  été  chass«»  lors  de  la  fiiile  de  Hion-Foung: 
son  avancement  est  alors  rapide:  au  coniniencenient  de  1S62, 
il  est  nommé  président  de  la  Cour  des  Censeurs  ;  quelques 
mois,  plus  tard,  il  devient  Tiin  des  ministres  de  la  Miiisou 
Inip4*riale,  cl  président  du  ministère  de  la  (îuerre,  et  à  l'au- 
tomne, président  du  ministère  des  Travaux.  En  iS63,  il  est 
à  la  léle  du  Li-fan-youen,  bureau  de  Mongolie  ;  en  i8G4,  il 
re(;ul  le  litre  honorifique  de  Premier  Tuteur  de  riiéritier  du 
trône;  en  18C6,  il  devient  président  du  premier  des  ministè- 
res, celui  de  Tintérieur,  IJPon^  et  il  entre  en  1871,  au 
grand  secrétariat  conmie  Tun  des  deux  lliep  Pan  Ta-ifio 
(Ihe  (grand  secrétaire  adjoint)  ;  enfin  en  1872,  il  devenait 
(irand-Secrélaire  (Ta  llio  Clicy. 

Depuis  1870,  il  souiïrail  d'un  asthme  qui  augmentant  d*an 
née  en  année,  l'obligea  ù  demander  sa  retraite  le  i3  mars 
1874  ;  on  lui  enleva  le  fardeau  de  ses  princi|>ales  Tondions, 
ne  lui  laissant  que  celui  des  alTaires  étrangères.  La  mort  de 
\\  en-Siang  fut  rapide  et  inattendue;  il  était  moins  îigé,  il 
n'avait  |X)s  atteint  soixante  ans,  qiie  fatigué: 

«  Agé  et  surtout  infirme,  écrit  un  diplomate,  \\  en-Siang  était 
retiré  oiliciellemciit  dos  alfaires.  mais  ses  avis  étaient  toujours 
pris  et  suivis  dans  les  circonstances  graves  ;  ennemi  des  Euro|Mk»ns 
et  surtout  de  la  religion  chrétienne,  il  jouissait  d*uue  grande 
réputation  dans  le  parti  conservateur  chinois  et  sa  mort  est  une 
sorte  de  deuil  puhlic.  » 

Dès  le  début  de  sa  maladie,  Temperenr  envoya  à  Wen- 
Siang  du  gin-scng  pour  le  réconforter.  Le  lendemain  de  sa 
mort,  la  Gazette  de  Pé-Kinij  ('^7  mai)  renfermait  un  décret 
faisant  son  éloge  :  «  Il  avait  brillé  par  la  pureté  et  rinté^jri-jtj; 
de  sa  conduite,  non  moins  tpie  par  l'application  assidue  de 
son  intelligence  aux  intérêts  de  l'Etat.  »  En  vérité.  Ton  peut 

I.  I,  l>.  io4.  —  North-China  Herald^  17  juin  1876,  p.  585. 


;  NOiTMomj 


dire  (le  Wcn-Siaiip  qu'il  fui  le  hrn«  droit  do  rKmporeiir  et 
In  siigoiise  qui  inspirait  son  cœur*. 


M.  |p  viromlc  Bronirr  de  Monlinorand  '  qui  avait  élé 
rriNMil  gcnérni  ù  Oianf;-llaîfiit  nommé  ministre  A  IV-King, 
en  remplacement  de  M.  Loiiîs  de  Geofioy,  par  décret  du  34 
avril  1876.  Il  quitta  Paris,  le  3  juin,  et  se  rendit  en  Chine 
|iBr  le  Havre  el  rAmérique,  et  il  arriva  à  l*é-King,  le  i^ 
septembre  1876. 

Noire  cliarRÔ  d'aflaires,  M.  de  Hocliccliuuiirl  avait  quitté 
la  rapitale  le  au  juin  au  soir  après  avoir  remis  le  ser\icc  à 
M.  de  U<H'piet1c  ;  relui  ci,  à  son  tour,  remit  le  service  le  i5 
septembre  à  M.  Hreuier  de  Monlmnrnnd  ;  ce  dernier,  j^ur  le 
conseil  de  ses  ciilléf-Mtes,  ne  demanda  pas  à  présenter  ses  let~ 
ti-es  lie  créance  ;  il  se  Imnm  à  i-endre  visite  an  prince  Kunnp; 
el  aux  meiubres  ilu  Tsonng-lt  Vamcn  le    i((  septcndire  à  3 


[ .  Comme  coilHqiiencc  Af  la  mort  de  Vt'cn  Sisnp.  Pao  Viti 
granit  tccrilaire  (Tu  llio  Che')  •In  T'i  Jcn  Ko,  devint  ^raiiA  m 
U'oii  Yiiiji  Tien,  i  la  |ilR<-a  rlit  Wcn  Sisnf;.  lilutairc  ilvpuïs  te  i)  jsn- 
lier  i8-5;  cl  Ylng  K.iuei  r.'miilaçB  l'a»  Yiin  comme  T'i  Jen  Ko  Ta 
Util  che;  les  dcui  oulrrii  fcraiols  secrétaire*  cUieril  Tm>  Twiinglanfi  ri 
l.i  Hoiing-lctiang,  qui  \k  g  jamier  lI*7J.  ctail  devenu  K'e/i  lloua  Tirn 
Ta  /lin  Che.  k  la  |ilace  clo  Joni-I.in. 

1.  \ii  en  i8i3.  il  était  Rlii  cailet  dn  p<<nc'ral  Antoine- François  Brenirr; 
en  if^iS.  le  ponvcmemrnt  le  nrimma  commitsairo  général.  On  t'onvova 
rnsiiile  i  San  Renin.  puis  i  Scvilli?,  011  ra  conduite  jicnitant  i)ne  é|>itlrmio 
ili'  tliolrra  fut  remarquée.  Il  fut  nommé  «ucrcsaivempnt  roninl  général  i 
lUi»iig-IIai.  ministre  plénipotentiaire  de  n'  classe  au  CliiM.  consul  général 
en  bg^ple  l'n  tR-u.  En  1876.  il  est  nommé  miniulre  de  1''''  classe  k  Pé- 
king  nù  il  reFtc  jusqu'en  1879'.  il  prend  définitivement  f»  rctriile  l'année 
'^ni.aiile  (i88t>).  Il  est  mnrl  le  il)  lévrier  i8gt  k  Saint-Marccllin  (IsJ^^re), 


^ 


* 


102  AN.NKK    1876 


AFFVIRE    DE    MNG-KOUO-FOU  * 


En  arrivant  à(ihang-Haï  an  mois  d'aoïit  1876,  M.  Bre- 
nior  apprit  dn  snpérienr  des  Jésnites,  le  P.  Foiicanll  *,  les 
graves  événements  qui  sVlaienl  passés  le  i3  juillet  a  Nin^r- 
Kouo-fon,  dans  le  Ngan-lionei. 

La  résidence  de  >iing-kono  avail  été  détruite  le  33  février 
187G  à  rinsligation  du  général  Kang  Tong-liii,  mais  le  P. 
Seckinger^  avait  pu  faire  écrire  de  Chang-Haï,  le  i5  mai 
187G: 

«  L'alîaire  de  Ning-ko  fou  esl  à  [)en  prés  lerînini'»e.  Les 
mandarins  accordent  aux  missionnaires  une  indemnité  de 
I  800  piastres  (9000  fr.)  et  un  terrain  de  29  arponls  de 
lerre  dans  la  ville  de  Ning-ko  fou.  De  plus,  une  pnirlama 
tion  fa>oral)le  au  christianisme  sera  probableniciit  aflichée 
dans  les  bourgs  des  six  soiis-préfeclures*.  » 
\  Mais   le    i3     juillet   1876,    le  prêtre    indigène     François 

llouang  Tchc  clien,  originaire  de  llai-men,  et  son  caté- 
chiste ^ang  Che-fou,  furent  massacrés  au  village  de  Ngou- 
Ichen  wan  (Lou  tsen),  sous-préfecture  de  Kicn-j)'iiig  ; 
«  quarante  chapelles  furent  incendiées  ou  démolies,  el  les 
chrétiens  pillés,  puis  traqués,  conmiedes  bétes  fauves,  durent 
chercher  un  abri  au  fond  des  bois,  sur  les  montagnes  »'. 


1.  Missions  catholit/ues,  1876,  p.  a3a,  3'ii,  4it5,  5i8,  539,  5c)3. 
6oi.  —  Le  Pnys  de  Ai/ig-Ao,  par  le  I^.  Ravarv,  Ihid.^  pass. 

3.  Foucault,  Auguste,  ne  h  Sablé,  le  i'*"'  mai  i8a6;  arriva  en  Chine, 
le  8  dôceiiilno  1866;  supérieur  *lo  la  mission  du  Kiang-Nan  du  7  février 
1873  au  3<)  octobre  1876  ;  revint  en  Europe  en  1877  »  su|»érieurdc  Koucn 
cl  de  Nantes;  mort  à  Paris,  la  septembre  i88y. 

3.  Scckinpcr,  Joseph,  le  véritable  fondateur  de  la  mission  du  .N^n- 
Houei  ;  voir  1,  p.  3^1,  noie. 

/|.  Missions  catholiques,  iS'^O,  p.  3.^i. 

5.   La  Mission  du   Kiang-nan,   son  histoire,   ses   œuvres.    Paris, 


î  1000,  in-8,  p.   i33. 

1 


PROCUM.tTTON   nu   TAO-TAÎ  HE   nH4^<:-)IÛ  io3 

[rf*  p.  SccLinper  se  rendit  à  Nnii-Kiii^  |miui-  obtenir  jtis- 
tii-o  (les  àiilorités  provinrialea  cl  arriva  ù  VVoii-ltoii  avec  trois 
di'léffiiés  chinois  aprt'S  avoir  tr^rminé  ses  négociai  ion  t>.  D'nn- 
Ire  |iarl  le  uicrcreili,  3  noill,  le  1'.  Foiicaiilt  rendait  visite  à 
M.  Kronierqni,  le  diiiianrlie  suivant,  partit  pour  Nan-Kîng 
snr  le  Tn/inriifin  afin  d'appuyer  par  sa  présence  les  revendi- 
cations dos  missionnaires  auprès  du  vice-roiChen  Puo-lclienfr  ' 
qui  lui  fit  lion  accueil  ;  il  eut  Rvec  Clien  trois  entrevues  et  se 
laissa  «  circonvenirparles  roueries  niandnrinales  et  taxa  d'exa- 
f;ératiou  le  récit  fulclo  de  ces  exc^s  monstrueux.  I^s  autorités 
rlùnoises  le  constatèrent  vite  et  s'enhardirent  d'autant  »', 

D'aillcursLi  Iloung- Ichaug  écrivit  au  vice-roi  Chen,  chargé 
d'instruire  le  procès  :  «  La  l'rance  n'est  plus  qu'une  jiuis- 
sancc  de  second  ordre;  cette  alTairc  du  Ning  kouo  fou  peut 
être  traitée  Hhremeni  ;  il  n'y  a  rien  à  craindre  de  personne  ".  » 

«  Les  faits  ne  tartlèrent  point  à  démontrer  que  le  mot  li- 
hii-iiwnt  signifiait  «  sans  égard  pour  la  plus  vulgaire  é([uilé  o. 
Les  virliuies  furent  juridiquement  vilipendées,  des  innocents 
dfVapilés,  (les  scélérats  et  des  assassins  de  maïquo  .ibsou» 
;ivec  honneur.  .\  la  lin  de  janvier  1877,  eu  ])leine  ville  de 
^an  King,  l'é  llouei  tsing,  autre  catéchiste  du  P.  llouang, 
.   fut  décapité  pour  de  soi-disant  forfaits*.  » 

pnor.i,.A%iATio^  ni    tao-taÏ  de  cua^r-haï 
\  la  suite  des  affaires  de  Ning-Kouo  fou,  M.  Brenier  de 

I,  .\r  à  fou-tclicnu.  —  Ancien  coinroisiairo  do  l'srscMt  do  Fou- 
lclip.Mi  ;  il  fut  rnïOïé  i  Fornn«e  en  187^  (I.  p.  r.33);  en  1861.  it  avait 
élé  (.'Uiivcrnpiir  du  Kiang-Si  :  en  187^.  il  roni|ila<,-a  Licou  Koiicni,  comme 
lico  n>i  des  dcin  Kiang.  qu'il  eut  pour  ïucccueiir  à  >a  mort  à  Nan- Klng, 
le  18  diVemtirc  187(1. 

1.   ArinXin  Puiî  ouvert. ...  par  le  !■.  Louis  Gaillard,  p.  aflî. 

3.  Ckiniiix  el  .Vmsi  on  no  ircs.  t'ne  persécution  dans  la  provinee 
de  Xiiig-ktt  fou.  par  lo  P.  Bit™l.  Limuges.  Bartraii.  in  S,  p.  377. 

\.  P.  (iaillanl.  /.  c,  p.  t\-,. 


lO.'l  AXNKE    1876 

MoiilmoraiKhVrivil à  Chou  Pao-lclion<î,  v'uo-roi  de  \ankinp. 
Cihang-IIaï,  i5aonl  iS-jG,  pour  lui  rappeler  les  rlîs|N>sition> 
bienvcillanles  dont  il  Tavail  enlrelenu,  les  promesses  qu'il  lui 
avait  faites  de  lancer  une  proclamation  en  faveur  des  chré- 
tiens. Chen  s'exécula  de  bonne  grâce  et  lit  aflichcr  la  cir- 
culaire suivante  par  le  Tao-Taï  de  Chang-llaï  : 

1^  i.V  article  du  Traité  français  est  ainsi  conçu  :  <r  La  reli- 
gion chrétienne  a\aiit  pour  objet  essentiel  d'exhorter  les  hoinnit*s 
à  la  vertu,  les  mendires  des  couunniiions  chrélîeniies  jouiront 
d'une  entière  smirité  jxiur  leur  personne,  leurs  propriétés,  etc. 
Aucune  entrave  ne  sera  apportée  au  droit  cpii  est  reconnu  à  tout 
indi\idu  en  (Ihine  d'embrasser  la  religion  chrétienne  et  d'en 
suivre  les  pratic|ues. 

D'un  autre  coté,  un  édit  en  date  du  a*  jour  de  la  1  i*^  lune 
de  la  1 1**  année  du  règne  de  rEni|)ereur  Ilien-Foun«^  ordonne  : 
«  A  l'avenir,  dans  tontes  les  affaires  concernant  les  chrétiens  ou 
la  religion,  les  mandarins  locaux  devront  se  rendre  un  compte 
exact  de  la  question,  et  statuer  selon  la  justice.  Les  chrétiens  qui 
se  conduis<»nt  comme  il  convient,  c'cst-à-dirc  en  honnêtes  gens, 
étant  aussi  les  Fils  de  la  Chine,  ont  droit  à  la  même  protection 
(pie  ceux  «pii  n'ont  |X)int  embrassé  le  Christianisme,  et  ne  sau- 
raient être  molestés  parce  qu'ils  sont  chrétiens:  et,  dans  toutes 
leurs  décisions,  les  mandarins  locaux  devront  se  baser  sur  la 
justice,  afin  que  l'on  sache  que  la  protection  est  accordée  aux 
gens  vertueux  ». 

Respectez  ceci  » . 

Nous  nous  sommes  conformés  à  cet  énlit  depuis  lK>n  nombre 
d'années  déjà,  ainsi  que  le  prouvent  nos  archives.  Faire  le  bien 
est  le  fondement  de  la  religion  chrétienne;  remjïereur  K'ang-lli 
l'a  autorisée  et  depuis  lors,  elle  n'a  jamais  usé  de  moyens  diabo- 
liques pour  |)orlcr  préjudice  à  autrui. 

Aujounl'hui,  j'apprends  que  les  bruits  (pii  circulent  dans  les 
endroits  soumis  a  ma  juridiction  relativement  aux  hommes  en 
[lapier*,  aux  tresses  couples,  se  tourneraient  contre  les  Chrétiens 
qu'on  accuse,  et  donneraient  naissance  à  de  mauvais  projets 
contre  eux.  Si  je  me  reporte   au  temps  passé,  je  vois   que    les 

I .  On  prétondait  que  dos  lutins  do  |)apicr  coupaient  les  nattes  dos^ 
Chinois. 


membres  Hc  In  Snrirli:  du  Ni'niipliar  hlniin  ont  om|ilovc  rrs 
movi'iis  :  hommes  en  pnpier,  frosscs  et  |ilii[nc9  de  [>oidpls  cou- 
jH-es,  iiliii  (l'nmvcr  en  troublant  les  pspril!,  ù   s'cmiwrrr  des 

Depuis  qncli|iic  tcmp  des  gens  »ans  aveu  font  circuler  des 
Itrnils  sur  les  (restes  et  les  chevcut  coupés.  Tout  le  momie  en 
[lai'le.  ninis  |>crsonnc  ne  l'a  vn  d<<!  ses  yeux:  personne  ne  s'est 
assinv  du  fall.  IVnn  aiili-e  côté,  tous  ces  bruits  ridicules  n'ont 
i-ien  il  faire  avec  la  religion  rliréticnne.  Vous  devez  donc  rester 
calmes,  paisibles,  ne  |)oint  pri^ler  attention  ans  histoires  sans 
fondement,  ne  yiciinl  vous  efTraver,  ne  point  vous  exciter. 

Mninlenant.  si  vous  voulez  saisir  le  veni  ou  l'ombre,  c'est-à- 
dire  créer  du  désnrdre  [tour  des  motifs  qui  n'enîsteiit  (ws,  et 
soup(,-iiiiner  le  [x'uple  chrétien,  c'est  que  vous  êtes  des  gens  sans 
aven,  des  fauteurs  de  trouble.  L'autorité  locale  a  le  devoir  de 
faire  jouir  le  {H'uple  de  la  tranquillité  et  de  maintenir  en  cons<-- 
quence  les  lions  rap{K)rts  entre  la  Chine  et  l'Ëlran^'er  :  nous  ne 
saurions  donc  ne  |>as  jmnir  les  |MTturliateurs.  l'artoul.  depuis 
lon^'lriiips  déjà,  les  é^'lises  sont  en  pah.  et  on  n'a  jamais  appris 
qu'elles  nient  violé  la  loi.  ni  employé  des  malélices,  etc.  ;  elles 
n'en  ont  que  mérité  davantage  notre  protection.  On  ne  doit  ui 
s<)M|)voiuier  les  missions,  ni  les  accuser  injustement,  ni  les  com- 
promellrc,  ni  les  molester,  ni  les  attaquer,  ^ous  devez  donc 
olH-ir  à  l'édit  impérial  et  vous  conformer  au  Traité.  Si  vous  oscx 
faire  circuler  des  bruits,  attiser  les  craintes,  et  qu'on  vous 
découM'c,  vous  serez  saisis  et  punis  selon  la  rigueur  des  lois. 
Voire  reiwiilir  sera  tardif,  (ieux  qui  pour  un  motif  d'extorsion 
ou  autre  porteraient  de  fausses  accusations  contre  les  Cbrélicns, 
ceni-U  seront  punis  plus  sévèrement  encore. 

D'une  part,  j'ai  ordonné  qu'on  arrêtât  les  coquins  el  qu'on 
proté){eât  les  honnêtes  gens,  d'autre  part  je  fats  la  pn''sente  pro- 
clamation jMiir  que  le  peuple  et  les  soldats  soumis  à  mon  auto- 
rilé  aient  a  s'v  conformer. 

J'aime  le  peuple,  je  ne  crains  donc  pas  de  me  donner  la  peine 
de  lui  prodif-uer  ces  avcrtîssemenU.  Obéissez  avec  respeci,  ne 
désobéisse/  point  '. 


.   Pi>iir  trailiiclion  conforme  :  l'interprète  J.  A.rë:ii 


I06  A>>ÉE    1876 


CIRCILAIHF.    DE    M.     BREMEK    DE    MO>TMORA>'D 

En  prenant  |xissession  de  siin  [>osle,  M.  Brenier  de  Monl- 
niorand  envo\a  une  rirriilaire  aux  é\éqiies  el  aii\  sii|>érieurs 
(les  différentes  missions  callioliques  en  Chine. 

Pé-King,  le  1 5  septembre  1876. 

MoNSKIGNElR, 

h*  huis  aiTi\é  hier  à  IVsKing  et  mon  premier  soin  est  tl*i»n  in- 
former \  otre  Grandeur. 

Je  suis  heureux  de  revenir  dans  un  pavs  que  j'ai  déjà  habitt* 
pendant  cinq  ans  et  d'y  renouer  les  excellents  rapports  que  j'ai 
toujours  eus  a\ec  les  Missionnaires  dont  plusieurs  sont  pour  moi 
d'anciens  amis.  Je  mettrai  tous  mes  soins  à  les  prolé»rer  de  mon 
mieux;  c'est  |)our  moi  un  devoir  et  je  le  remplirai  a\ec 
plaisir:  je  m*enq)resse,  Monseigneur,  de  vous  en  donner  la  ferme 
assurance. 

Mais,  pour  (|ue  mes  efforts  soient  couronnés  de  succès,  j'ai 
besoin  du  précieux  concours  de  Voire  (irandeurel  je  dois  compter 
sur  l'eflicace  coopération  de  tous  \os  saints  missionnaires.  La 
Chine  traverse  en  ce  moment  une  crisi»  |Kditicpic  fomentée  jvir 
les  sociétés  secrètes  dont  le  principal  but  est  de  créer  des  embar- 
ras au  Gouvernement  chinois.  Notre  devoir  est  certainement  de 
nous  tenir  complètement  en  dehors  de  ces  luttes  intestines,  mais 
nous  devons  également  é\itertout  ce  qui  pourrait  fournir  l'occa- 
sion aux  fauteurs  de  désordres  de  susciter  des  troubles  dans 
l'F^mpire. 

Permettez-moi  donc.  Monseigneur,  de  compter  sur  votre  entier 
dévouement  aux  intérêts  généraux  de  la  France  et  de  votre  Mis- 
sion et  je  vous  prie,  en  même  temps,  de  recommander  à  tous 
vos  missionnaires  d'être  encore  plus  prudents  et  circonsj>ects  que 
[)ar  le  passé. 

Veuillez,  etc. 

Signé  :  V**  BRE>n:R  de  Montviorand. 

P.  S.  —  Par  une  lettre  en  date  du  i3  août  dernier  à  S.  E\c. 
Chen  Pao-lcheng.  j'avais  |)rié  le  Vice-Uoi  de  \anking  de  lancer 
une  proclamation  en  fa\cur  de  nos  missionnaires  : 


ti:mi 


g  (]<•■  sonl  dos  hommes  de  bien,  lui  disais-jc,  qui  neclierrhnit 
s  fiu'n  ami-lioror  le  prupic  et  à  fairu  triompher  les  vrais  priii- 
o  ripes  de  la  morale.  Que  V.  E.  daigne  le  faire  .savoir  à  Ions  ses 
«  nilmiiiislrésct  ix!  sera  un  moyen  si'irde  rnliner  l'irritation  (pie 
«  di'  fiiiix  bruits,  rol))orlés  par  des  gens  intérusM's,  répandent 
«   dans  le  peuple  chinois?  a 

l.v  \  iro-Uoi  Chen  l'no-lehenf;  vient  d'accomplir  une  [lartie  du 
mes  désirs  en  autorisant  le  Tao-Taï  de  Chang-llaï  à  afticher  la 
priK'hinialion  dont  j'ai  l'honneur  d'adresser  soùscc  pli  uneeopie 
il  \.  (!.  Je  crois  iju'après  en  uvoir  pris  connaÎMance,  elle  se 
convaincra  que  rien  d'aussi  favorable  à  nos  missions  n'est  sorti 
jiisipi'à  ce  jour  d'un  Yamen  chinois. 

CHEMIN    DE    FER    DP.    WOV-SOV>T, 

\  tii  suite  d'une  <<ina'ssion  de  ronle  rirdiiiniro,  la  mnisnn 
anî.'laisr<lr(;iian--llm,  J:.rdine.\lalhrsmi&(:'",é(ablitdnvil 
la;:e  de  \V(ni  Sniii-r  j'i  l'entrée  de  la  rivièiv  de  Chang-llaï, 
jitsrjn'i'i  cet  le  ville,  einimii  iti  kihiinèlres,  le  preiiiirr  chemin 
de  fer  qu'on  il  il  mi  diins  l'Eiiipirc  du  Milieu.  Le  'io  juin 
iS-0,  cin  en  inaugurait  le  premier  tronçon  de  Chang-liaï  à 
koii  Wang.  Mais  le  a-2  aoi^l,  Sir  T.  Wado  fit  arrêter  la  lir- 
ciilatiiin  des  Inuii-s  Niir  la  cleniamio  de  Li  Iloimg-tcliaii^'. 
Malgiv  le  sucrés  que  rencontra  auprès  des  Chinois  le  nou- 
veau mti)cn  de  tranN|>orl,  les  funelionnaires  qui  avaient  été 
joués  se  fâchèrent  et  d'é|iincuses  négociuliuiD:  furent  enla- 
luécs  ;  enfin  une  convention  signée  le  'j4  octobre  1876 
céda  In  nouvelle  ligne  ferrée  aux  Clûnnis  moyennant  une 
somme  d'arpent. 

coNVEiTio.^,  rï,')  fHJTmmF.  1876 
Kntre  FoLM(i',  Tao-Taide  S(iii-trbéau.Souiif;-Kiun{{  et  Taïlian, 


I.   Poiing    Kiim-Koiiang  était  originaire  du  Kouan^-Toiing ;  1 
Gazelle  de  Pé-Aiiig  du  i8  jtiillcl  c(  du  a  «oOil  1878. 


108  AWKE    1876 

intendant  de  la  Douane  de  Chan*;-Hai  ;  Tr.iioi\  bouton  bleu  clair, 
ïao-laïen  expectative  au  Hou-IM:  Ciiu.x;,  Tao-laï  en  expectative 
pour  la  première  [)lace  vacante  au  Tclié-li,  du  grade  de  Fou -lai, 
d'une  part  ; 

EtM.MAYRRs,  secrétaire-interprète  de  la  Légation  d'Angle- 
terre, d'autre  part; 

Ont  iHécon>enus  les  articles  suivants  au  sujet  du  chemin  de 
fer  de  Cliang-IIaï  à  Wou-Sounj;  : 

i"^  AiiTicLK.  —  Son  Excellence  Li  h  Tclié-fou  a  discuté  avé»c 
S.  E.  M.  Wadc  l'alTairedu  chemin  de  fer,  alin  de  sauvegarder  lo 
droit  (ju'a  la  (lliine  d'être  seule  juge  chez  elle  en  cerUiines  ma- 
tières. Des  deux  côtés  ont  été  désignés  des  délégués,  ce  sont  le* 
Tao-laï  Tchou  et  (]hung.  ([ui  conjointement  h  M.  Ma\ers  et  au 
Tao-taïde  r4hang-naï,  Foung,  ont  discuté  verbalement  la  solution 
adonner.  Les  articles  convenus  h  Nan-Kins:  ont  été  soumis  à 
l'approbation  de  S.  K.  le  \  ice-lloi  des  deux  Kiang  ;  des  deux 
cotés  on  a  aj)posé  les  signatures  et  chacpie  [>arlic  a  conserve  nti 
exemplaire  de  ladonvenlion  en  double;  les  Tao-laï  délégués  ont 
soumis  également  la  Ctinvention  à  Son  Exe.  Li  et  an  Fou-taîdii 
Kiang- Sou  ;  M.  Mayers  de  son  côté  a  soumis  ladite  convention  à 
M.  Wade. 

2*  AiiTicLE.  —  La  Chine  accjuiert  la  propriété  du  clieniin  de 
fer,  c'est-à-dire  des  terrains  cpi'il  occupe,  de  la  voie  ferrée,  do* 
wagons  et  des  machines,  etc.  La  vente  une  fois  o[R»rée,  la  Société 
qui  l'administrait  n'aura  plus  rien  à  voir  audit  chemin  de  fer. 

3*  Article.  —  Pour  fixer  le  prix  du  terrain,  de  la  voie  ferrée, 
des  wagons,  des  machines  et  des  remises,  etc.,  à  reinlmurser  à 
la  Compagnie  actuelle,  le  Tao-taï  de  Chang-Iïaï  et  le  Consul 
d'Angleterre  choisiront  chacun  deux  experts  (pii,  après  sérieux 
examens,  lixeront  écpiitablement  le  prix  à  paver  par  le  (iouxer- 
nement  chinois,  en  tenant  compte  de  la  dépréciation  du  matériel 
}K*ndant  un  an,  dépréciation  basée  sur  les  règlements  de  la  Com- 
))agnie  à  cet  elTet. 

Y  AAticlk.  —  Le  paiement  s'opérera  en  trois  versements.  ÏjC 
jour  où  le  prix  aura  été  convenu,  la  Chine  paiera  le  tiers  de  la 
sonnuc  totale  et  la  Compagnie  remettra  les  titres  de  j»ronriélé 
au  Tao-laï  de  Chang-Haï  ;  six  mois  après,  le  Ciouvernement 
chinois  paiera  le  second  tiers  et,  l'année  achevée,  il  versera  le 
dernier  tiers.  Le  Tao-taï  priera  le  Consul  d'Angleterre  d*inxiter 
la  (^.ompagnie  à  \enir  loucher  ces  trois  versements. 

5*^  AuTicLE.  —  Dans  le  cours  d'une  année,  du  i5°  jour  de  la 


CIIË\ll>i   liK  fFM   VE  wOl-soim:  IOI) 

CI*  Inn4>  de  la  3*  annéf  do  Kniiang-Siii  nu  i5'  jour  du  9*  nuiis 
(In  h  3'  niimV  ,\c  Koiian^-Si»,  le  (;oiivt>rii<>iii('iit  Cliiiiois 
aiirit  [lavi'  inli'-grnieiiipiit  le  |iriK  raiivpnu  ;  Il'h  lerraiiis.  la  voii- 
fcrm'.  Iv^  wagons,  clc,  soroiil  livn's  initiii'-diati'iucnt  ou  (iouvir- 
iM'iiiciil  (.lliiiuii.t  qui  sc-i'n  libri-  de  fuirr  marrlii'i'  ou  d'arrùler  !<■ 
dii'iiiii)  lie  in-  :  lu  ne  ici)  no  (loin)>a^nti-  ii'niiru  plus  ù  s'en  iiujuii'-- 
tiT.  Dans  l(>  rours  «le  raiiiii^-,  c'psl-à-tliri-  à  gmrlir  du  i5*  jour 
di'  la  ■)'  luiK'  di<  la  3'  ann(>i>  de  kouanfj-Sin.  la  (lom{)a^ni(t  sci'n 
libre  ilc  rHiif  marrlior  ou  do  !tu!i|irndro  lo  dioiniii  du  ft^  wloii 
son  bon  |)laiiiir  ;  (juVIk  fasw  dos  liôncticos  ou  subisse  dos  ]ierlos, 
poiitiaitl  <'o  lii|M  de  tcn)))s,  les  (Illinois  n'ont  |M)inl  à  s'en  iiiquiô- 
tec.  Pour  c('  qui  est  dfs  r^^lemciits  roncornant  la  sôciirilé 
pnbliqiio.  W  Tao-taî  de  Oiang-ilal  et  le  Coiisid  d'An(-l<>l<Trc  li>s 
doloi-niinoroiil  do  (Yiiicort  rt  l'on  s'y  rotiroriiiora  quand  ih  srroiil 

li'  .ViiTici.K.  —  Li  lon^iii'iir  do  la  loio  lornV  do  \\  ou-SolUll,■ 
il  (^haiiii-lliil  ost  d'environ  Irenlo  lis  ;  Jiisrprà  l'oxpiralion  do 
l'iiiinr-o.  la  Donijuignio  aoliiollo  iidininistrern  o'ito  voio;  ollo  Kora 
libiv  (II-  l'airo  lo  Iranspnrl  dos  vnvagrui's.  mais  ne  dot  ra  rion  faire 
do  ninlrniroanx  nYdoinonts  do  la  douane,  ni  arlioterde  nouveaux 
torraiiis  jtoiir  arrondir  la  viiio  arluelle. 

7''  \iiTii:i,i:,  —  Lno  indomnilô  sora  aronrdôo  îi  la  fainillo  do 
l'individu  cpii  a  ôlo  iVraso  yar  lo  (lassaf^e  d'un  train  '. 

iS'  Aiirii;LK.  — ■  On  s'en  lioridra  aux  prôsonls  articles  sans  lonr 
fairo  sutiir  d'autres  modilicalîons  :  loiilr  l'aiioioiine  (.'orres|ioii - 
danii-  oniro  lo  Taii-I'al  et  lo  Consul  d'Anftlctorrc  sera  ro({ard«- 
conuno  lollro  morte  et  l'on  ne  n'viondra  plus  sur   les  ancimini-s 

\f  Article.  —  t^  pnWnte  (^onvoiilion  outre  deux  nations 
ainii-s  a  |MHir  but  de  sauvo^tarilor  les  droilsdo  la  (ibino  cbn  ollo  : 
elle  o>l  avaiilH-^-use  [lour  la  (Ihine  ol  no  Tait  |)oint  de  tort  aux 
iiô^'cN'iaiitîi  olranfprs  :  o'ost  pourquoi  elle  a  oto  diri^^oe  dan»  un 
^rand  esprit  de  oonoiliatinn.  (^)nand  lo  (iiinvoriienionl  cliinoi» 
sera  .lovenn  |>ropri.'l^iin>  diidil  oboniin  do  l'or,  ol  si  l'on  voulait 
oojisrrniro  d'autros  li<;nos.  on  devrait  s'ontendro  d'nUiri)  avee  lu 
(ionvoniniiont  diiiiois;  lo  prosont  rôgb'nionl  ne  saurait,  dans 
l.oislosoas.  s.-rvirdo  proc'-<lont . 

ur  AiiriixK.  —  Les  ouvriers  étran^'ers  cl  riiijjéniourMuri'ison 


ÎIO  ANNÉE    1876 

soront,  apn»s  i'aclial  «lu  chcinin  do  fer,  conservés  ou  rcnvoM-^ 
chez  eux  par  les  (ùhiiiois,  d'après  les  clauses  stipulé<?s  dans  leur 
contrat  avec  la  présente  Compagnie.  Si  on  les  conserve,  iU  div 
dront  recevoir  leurs  ordres  de  l'autorité  chinoise  et  ne  |x>int  agir 
de  leur  propre  autorité. 

Les  articles  ci-dessus  ont  été  convenus  et  revùlus  de  U 
sifi^nature  des  parties  contractantes  à  Nan-King  :  à  Chang-Haï,  ih 
seront  revêtus  du  sceau  j)our  faire  foi. 

Le  8*  jour  de  la  9*  lune  de  la  2*  année  de  Rouang-Siu  (soit  le 
'2l\  octobre  187C). 

Ont  signé  :  Le  Ïao-Taï  de  Cliang-liaî. 

Le  Tao-Taï  en  expectative  au  Hou-IV, 

TCHOU. 

Le  Ïao-Taï  en  expectative  au  Tché-li  pour  la  première  vacance, 

CuUNG. 

Le  secrétaire-interprète, 
Mayehs. 

Le  prix  d'achat  du  chemin  de  fer  fut  fixé  à  !>85ooo  taeU. 
La  circulatit>n  fut  rétablie  le  i*^"""  décembre  1876,  mais  le> 
(Chinois  avaient  décidé  la  destruction  de  la  ligne  :  le  samedi, 
'jio  octobre  itS77,  un  |K»n  après  midi,  le  dernier  train  jwrtil 
de  Chang-llaï  pour  VVou-Souiig  avec  douze  wagons  et  'iw 
passagers,  et  le  lundi  suivant,  cliemin  de  fer  et  nialoriel  fii 
rent  remis  oiriciellemenl  aux  Chinois  par  Tingénieur  en  chef 
Morrison.  Pendant  sa  courte  existence,  le  clicniin  de  fer 
avait  porté  187  87G  passagers  et  produit  42  0i/|  piastres  03, 
sonmie  plus  cpie  suflisante  pour  couvrir  les  frais  '.  Le  che- 
min de  fer,  (lénK)nlé,  fut  transporté  à  Formose. 

COUPS    DIPI.OMATIQLE    CHINOIS 

Après   la  signature  de  la    conventii)n    de   Tché-fou,   rien 
I.  North'China  Herald,  25  octobre  1877,  P*  ^^7- 


COUPS    nlPI^MATIQl'R    CHIMIIB  I  I  I 

nVinp^iail  le  dî'|>avl  iIds  deu\  cnvoyi's  oxEraordinairc» 
Koiii»  et  Ijeoii.  K<mo  Soiinj(-lao,  originaiif  ilii  IKm-Nan, 
(-(iinpalriolc  pI  nnii  de  Ts'^np  Koiin  fan,  élait  un  li'lliV'  dis- 
liiiyiiô,  jouissant  d'une  grande  rq>ulalion  do  probilr  ;  au 
iiiiiiiienl  dr  sa  nimiinalion  cummc  envnyô  ii  Londres,  il  l'iutt, 
de|niis  niar»  1875,  jufîc  au  l*'oii-Kien  ;  un  décret  du  1"  dé- 
cembre 1S75  le  nnmnin,  h  la  place  de  Vin  Tcliao-yon^', 
|n>ur  remplir  les  rimclion»  de  vice-présidenl  dn  ministère  de 
lii  (inerre  el  rRp(>ella  nn  Tsoung-li  Vanion.  Le  19  septembre 
187(1,  il  fut  dôsigné  pour  faire  fonction  do  vJcc- président  du 
iiiinist(!i'c  des  Cérémonies  ^  la  place  de  ilouang-lcho,  nommé 
lliii  Tchvnif.  directeur  de  IV-ducalicn  (clmncelier  littéraire)  du 
Telle- Kiang. 

B  S.  K.  Kouo.  écrivait  un  do  nos  scrrélaires  d'ambassade  à 
M.  lireiiier  de  Mnntinorand.  le  3^  novembre  iS7fi,  est  accnin- 
|iiii;iié  d'un  second  envoyé.  Licou  Si-lioimj;,  cl  des  secrétaires  de 
Léi;alii'n  'IVIiaii^  Tse-iiioii  du  grade  de  Kan-t'aï  (Trésorier  pro- 
\iticiid),'l'n(i-t'Hïeri  ei;|>cctati\epour  la  province  do  Koueï-trlieou. 
el  l.i  Chon  Iclian.  de  grade  de  Tchc  Trlieou  en  expectative  p.iur 
la  |lrl>^iJU'e  de  kiaiig-Soii  (bouton  de  ô°  rang)  :  des  interprèles 
'!ï--\ling.  du  grade  de  Vouyn-AVei-lang  en  r\|>cclaliïe  au  minis- 
tère lie  la  (iuerre,  snil  bouton  de  5"  rang  et  Koung-Vi  du  même 
grade  an  ministère  des  Finances'  :  des  employés  h  la  ('liancel- 
lerie  Wang  Clinu-tnng  du  grade  de  Tcbou-cbe.  an  ministère  de 
lu  Jusiicc,  soit  boulJin  de  Ô'  rang,  Li  Tcbing-men,  Tclie-lucn  en 
e\|Mi'tnli\edans  la  province  de  Canton,  soit  bouton  du  7"  rang  et 
l.ouo  Clie-cnun,  aspirant  Tclie-hien.  soit  du  bouton  du  S'  rang. 

Ku  plus,  des  diK-teurs,  cuisiniers,  coiffeurs,  domcstiiiues  ;  eu 


I  M, 


nommé  le  aS  ao,'it  187:1 

^.   Kuvové  extraorili 

■  Saint-James,  est  origina 

ire  de  la"  provintv  di 

d'une  soixantaine  d'anmS 

its  el  s'est  Bci|uis  dan 

.   Il»  aiaiuiil  accompagni'  Bur]îii);Biiic  l'ii  Eurujieet  parlaient  l'aniçlaiit 

ranniu'iit. 

.   En  ri^aliU'.  seplemlirt'  iS-b. 


n'a  ^^NËE   r87t) 

Il  a  oi*rîi|i*'  «lilT»»r»MiLi  pii«i(«»s  .itlntinislr.'itifs  ea  Pro\încH  el  fut 
i»nvovi*  pn  iHt)7t  a  i .Anion  **n  ijnalit**  île  <-onnniîî*.T^ir»*  juiJiiiijiri': 
il  \':U  intime  l'Ii.ir:;/'  pemlanl  i|iiifli|iit»H  nuii?»  du  <  Miii^ern^niv^nt  dr 
rianhin.  Sa  rimiinih*  on  m*h  rHinontranrPH  avant  (it^plu.  il  fut 
i|f*<itit.iit'  f*f.  «w  rptini  lian.i  "«on  ^w-^  natal  pemijatemiroa  «iii  jn« 
\u  rnnmUMHvmiMjt  «11»  rSy.').  il  vint  à  Pé-kifiiT  ïï\*^  le  fn^rf  '  J*" 
T'*  i-nj- k  nui  vlan,  '♦on  anii  et  ^«^n  prot»?cteur.  ancien  v  10.*-^"*  <lii 
Pp  Trlu'-li  i*t  ili*  NanLini:  ;  fut  pMi  aprè»».  m^riiiiié  c:t>nimi?.'»airi' 
jinliriain*  à  F*(i«j-h:ht*i>n  pi  i|ui44{iies  mois  plus  tard,  di-^i^iir 
ftrnir  remplir  Ip:*  ronrli«»n«*  (Ip  premier  envi>\é  ri'inilier  du  <«mi- 
xpmempfifc  ïJiinoi-  à  l'Htranjrpf. 

Kom»  (fiii  est  vpufdppiji.s  nornbrp  <l'ann«v*.  emmène  cepi'^ndaiil 
a\pr  lui  i1pii\  pu*  h  tes  iVmniPs  on  ronoi  bines.  toiite>  den\  d'un 
cprfain  âi:P.  11  jouit  [Kirrni  ses  coni|>atrîo(es  d'une  réputjtioo 
fi'pxtfpmp  prohitp,  d'imp  uTandp  fermelpdpraracltTt»  pI  il  rPiraitJe 
la  :«irnplirih''  ilari*  la  manipfp  île  \i\re  comme  un  de^  preniipr* 
ripxiiirs  d'iHi  tVinciiivnnairp  piihlir. 

r>p  "i*  Kn\o>p.  Lipou  Si-honn^i:  t*sl  un  p^r-^uinaire  ciMnpIi-li^ 
Mipnt  inconnu  pt  qui.  ju^^iiTà  pn**M"'nl.  n"a  oiviip»»  i.|iie  des  i:raJ«s 
inl'pripuridp  la  rommi-sîon  (U^  Châtiments  à  Pé-Kini:.  Il  e>l  diMir 
fjp  rnanipres  |)pu  pn^aLceanlrs  pI.  bien  qu'on  le  diM»  f«»rl  instruit, 
rriniiti/*  quo  lui  |«>rtp  Ip  chef  «Ip  la  mi*^sion  paraît  être  sou  i>riii- 
rijjal  lilrp  à  l'emploi  «lorit  il  \ipnl  d'rtre  re\èli.i. 

^Jiiant  aux  «iern'laire»  ol  auln>  employa  complétant  le  |mt- 
vinnel  <1p  Tamlfassade.  je  ne  sai*  rien  à  leur  sujet 

F/ambassurle  clii noise  quitta  rihanir  Haï"  par  le  va|¥^iir  de 
l;i  IVnin'^ulaire.  le  Tnirtinrore,  le  2  déceinhiv  187IÎ  ;  Kouo 
était  fi(;ri»ni|iaf:né  du  l)*"  llalliday  Marartiiev,  qui  devait 
renqilir  les  rMnrliori>  de  secrélain*  an«:lais,  et  do  Mr.  \\  .  (\. 
Il  illier.  Le  Ministre  diin<ii<  arriva  h  Londn.^s,  le  '22  jaii 
\ier  1877. 

Sir  Thomas  Wade  avait  lui-même  quitté  Pé  Kin*?,  leOno 
\rmbre  iH~(\  et  élail  arri\é  à(!lian«i  Haï  le  iT»  |xnir  s'i'mlwr 
(|uer|K)ur  rKunqw  ;  les  résidents  et ranprers  du  frrand  port  ehi- 
iiois  lui  remirent  le  2.H  novembre  une  adn^sse  de  féliritation^- 

f.  T^'prig  Kouo-ts'iucn. 

a.   koijo  |>artit  le  18  <lo  la  10*^  lune  «le  la  •!*'  année  Kouang-Siii. 


COH^S    I)IPLOM*TI(jL'K    CHIKOI3  Il3 

Sir  Thomas  n'élail  |><is  rentré  en  Angleterre  depiii!)  sept  ans 
et  il  y  avait  Ircnlc-cinq  ans  qn'il  travaillait  en  Chine  :  il  avait 
bien  gagné  son  congé'. 

1^  D'  S.  WcUs  Williams,  secrélaîrc  Je  la  légation  des 
Ktals-Unis  quitta  Pé-King  le  30  octobre  1876;  il  était  ar- 
rive en  Chine  en  i833  :  quarunic-irois  années  de  résidence*! 

L'année  précétiente,  le  11  décembre  1875,  un  décret  im- 
périal nommait  Tcli'én  L::n-|)în  et  Ynnng  Wîng,  envoyés 
extraordinaires  en  mission  anx  l'Jtals-L'nis,  en  Espagne  et  an 
Pérou,  c'est-à-dire  dans  les  pays  d'émigration.  On  se  rap- 
(Mïllcra  que  Tcb'én  avait  été  commissaire  à  Cuba  en  1873- 
i87:'i'.  Young  Wing  était  im  fonctionnaire  provincial  que 
Ton  promut  tao  taï  et  qui  reçut  à  cette  occasion  le  Ixtiilon  de 


Les  |>reniiers  cléments  d'un  corps  diplomatique  chinois 
étiiient  constitués. 

Enfin  ])ar  un  décret  impérial  du  12  décembre  187O, 
Tch'onng-Meoxi'  étiiil  nommé  gouverneur  général  de  Mand- 
chouric,  à  la  place  de  son  frère  qni  venait  de  mourir;  par 
suite,  il  quittait  le  Tsoung-li  ^amen,  où  il  était  remplacé 
par  Ll  lloung-lsao,  président  du  ministère  des  Travaux. 


'a  i  T^ndn».  le  i  janvi 


CHAPITRE  VI 


NOUVEL  AN  CHINOIS,  1877.  -  NOUVEAUX  PORTS  OUVERTS.  - 
DEUIL  DE  T'OUNG-TGHÉ.  —  LETTRES  DE  CRÉANCE.  —  FA- 
MINE. -  CONVENTION  D'ÉMIGRATION.  —  M.  DE  ES- 
PANA. 


XOU\EL    AN    CHINOIS,     1877 

Le  nouvel  an  chinois,  en  1877,  fut  m«irqué  conmie  le  pré- 
cédent par  une  innovation  : 

Un  incident  d'une  certaine  im|)ortance  ici  s*cst  passe  celle  an- 
née à  Pé-King  à  roccasioii  des  visites  du  premier  jour  de  J*an. 
Jusqu'à  présent  S.  A.  I.  le  Prince  Koung  et  les  Membres  du 
Tsoung-li  Yameu  venaient  seuls  faire  visite  aux  Minisires  étran- 
gers et  les  titulaires  des  autres  ministères.  Secrétaires  d'Klc'it,  ou 
chefs  de  service,  s'ahstenaient  complètement  de  remplir  cel  acte 
de  courtoisie.  —  L'année  dernière,  cependant,  deux  d'entre  eux 
vinrent  en  personne  faire  leur  visite,  mais  on  apprit  plus  lartl 
que  c'était  par  suite  d'une  erreur  qu'ils  étaient  entrés  chez  les 
Minisires.  Les  autres  hauts  mandarins,  et  seulement  quatorze 
d'entre  eux,  —  déposèrent  simplement  leur  carie  à  la  |x>rte  des 
Légations  ;  quelques-uns  de  mes  collègues  en  firent  lo  sujet 
d'une  plainte  au  Prince  Koung. 

Cette  année,  l'innovation  est  complète  et  inattendue  î  Le 
Prince  Koung  s'est  fait  accompagner  des  Membres  du  Tsoung-li 
Yamen  et  de  vingt-six  grands  dignitaires  de  la  couronne,  trente- 
cinq  persomies  en  tout.  Pendant  trois  jours  nous  avons  été  en 
fête,  ces  mandarins  s'étant  divisés  en  trois  groupes...  Cet  cvéne- 


auriiil  aiii'uiic  xi^iiirication,  est  (Xiim- 
^•s  jwur  les  Ëlraiigcrs  ' , 

Il  sciiibk'r.-ill  (ruilleiii's  qu'un  clian^'cmnit  favorable  se  fût 
prtKliiil  (I.1US  les  ilis|iiisilions  <ks  liiiuts  fonctiomiaireH  h 
IV-^nnl  iliîs  ('■tiJHifîers  cl  iiiôiufî  des  clii-ûtieiis,  qu'un  décret 
rcconim.inde  do  traiter  avec  la  iiii^irie  justice  que  leurs  com- 
(latriotes  jtnleiis.  Il  esl  vrai  que  ce  d(''cret  peut  aussi  être  re- 
gtirdt- otiunie  la  récnuipenso  du  dcvououicnt  uionti'é  par  les 
rtrniif^rrs  lors  de  la  faniitie  du  Clian-Ttiung  duiit  nous  [>ar- 
IdiiA  plus  loin. 


Dk. 


iT.  r"  fi'v 


rS;- 


Lt's  MetiiWs  du  'r^oui]f--li  ^alu.'n  ap|iorl('ri-nt  ulUcivIlciuonl 
au  Minisiro  ilc  Krniice  le  ilécrel  siiivanl  |mi'i]  diuis  la  Oii:elle  de 
P;-Km-j.  <Iu  i-r.^ricr  1H77, 

((ionMdéi'ulioas  jiéiiéralcs  sur  les  inondulious  cl  k  s<'-clicrc9se 
qui  ont  rrapjH^  plusieurs  prn\iiiccs.  sur  le  devoir  qu'ujil  les  nian- 
ilariiis  (IVlre  lionntlcs  cl  de  rcudrc  le  peuple  lieureux,  selon  le 
d«;siidelE.n]KT(!ur)... 

...  Le  Peuple  et  les  Chrétiens  étant  également  les  fils  de  l'Em- 
pereur, je  ne  Iw  ai  jamais  traités  de  dcu\  manières.  J'ordonne 
aux  (iénêrHUï-fn-Clicf,  aux  Vice-Roi«,  aux  Gouvcnieura  de  pro- 
^ince,  aux  Gouverneurs  des  vîUeii  (Moukden  et  Pckiiig)  de  don- 
ner des  instructions  h  leurs  subordonnés  pour  que,  dans  les 
procès  entre  les  Chrétiens  et  le  peuple,  ils  se  confornicnl  à  la 
justice,  —  qu'Us  se  contentent  de  rechercher  de  quel  côté  est  le 
droit,  sans  établir  do  dUlinftion  entre  le  peuple  et  les  Chrétiens, 
qu'ils  donnent  une  prompte  sninlion  à  ces  procès,  qu'ils  ne 
montrent  pas  la  nioindre  pirtialilé  et  ne  mettent  point  de 
relard  prtjudidabic  aux  deux  parties.  Je  donne  ces  instructions 
à  Ions.  Respectez  ceci  *. 


.   M.  Bninior  de  Moiiliuornnil  au  iliic  Decaiei.   Féking,    l'i  jan 
.  Pour  IradiKtioD  cniirormc,   le  premier   inUrprtIe,   p.  i.,   «ig 


IlC  ANNÉE    1877 


OUVERTURE  DE  NOUVEAUX  PORTS  AU  COMMERCE,    l"''    AVRIL   1877 

Les  Chinois  tenaient  d'ailleurs  loyalement  la  prome&se 
qu'ils  avaient  faite  dans  la  Convention  de  ïclié-foii  d'ouvrir 
de  nouveaux  ports  : 

S.  A.  I.  le  Prince  Koung  à  S.  E.  M.  le  Ministre  de  France. 

Pé-King.  le  12  mars  1877. 

Nous  avons  riionneur  d(»  porter  à  la  connaissance  de  V.  E. 
cpic,  le  Tsoung-li  ^amen  avant,  dans  un  rapport  colkurtif  au 
Troue,  soumis  la  date  du  i*''  avril  1877,  |)Our  rouverture  des 
quatre  nouveaux  ports,  1-tciiang,  AVou-Hou,  Wen-tchêou, 
Pakuoï*,  cl  pro[K)sé  d'attendre  que  des  règlements  aient  été  con- 
venus a\ant  de  fixer  l'ouverture  des  six  points  intermédiaires  sur 
le  Yang-tseu,  Sa  Majesté,  par  un  rescrit  du  ii  de  ce  mois  «  ap- 
prouve ce  qui  a  été  discuté.  Respectez  ceci .  » 

El  c'est  ce  (pie  nous  croyons  devoir  transcrire  rosj>ectueuse- 
ment  pour  riiilormation  de  V.  E.  et  de  MM.  les  représentants 
des  Puissances  étrangères  -. 

DEUIL    DE    t'oUNG-TCHÉ 

Le  deuil  de  renqiereur  Ï'oung-Tché  devait  prendre  fin 
dans  le  courant  de  mai  1877  ;  les  impératrices  reniirenl  iwr 
décret  les  fêtes  à  plus  tard. 

La  Gazette  de  Pé-Ktn(j,  du  28  mars  1877,  contenait  le 
décret  suivant  des  deux  Impératrices  : 

Pé-Ring,  1/4*^  jour  de  la  a*'  lune  de  la  3*^  année  Kouang-Siu. 
Trois   années  se  sont  écoulées  connue  un  instant  depuis  que 

I.  Les  trois  premiers  ports  furtiil  ouverts  le  i*^""  avril  1877,  mais 
Paklioi  ne  fut  ouvert  que  le  2  avril  ;  le  consul  anglais  hissa  son  imvîlloii 
le  i'»"  mai  1877. 

a.  l^our  traduction  conforme,  le  premier  interprète,  p,  1.,  signé: 
J.  Arène. 


l.    DE    x'OUNK-TCnÉ 


117 


feu  rEiiipnrcur  T'oiing-Tcliô  wt  allô  sur  uii  draf^on  pronilrn  sa 
plan*  Cl)  liiiiit.  Ijf>i  aiinôcs  et  les  mois  sVcnulcnt  nvcr  la  rnpidilû 
(les  ilnls,  la  'A-'  lune  sera  In  dalc  de  IVxpirnlioii  du  deuil  et  noire 
trislesse  rsl  profonde  eiirore.  I.es  ri'^lex  étnl>lics  de  noire  dyiias- 
lir  M'idi'iil.  <|u'à  l'exjiir.-ition  d'un  deuil  tni|icrinl.  le.s  ct'-réiuoiiies 
nu  rr-llrilnliiius  <'i  Sa  nouvelle  MajesLé  se  priiliqiienl  dons  l'ordre 
normal.  Tnul.-fois.  I.'  cernieil  de  S.  \[.  Toung-Tdic  n'a  pas 
encoiv  élé  mis  eu  li-rre  pour  IVaeriiel  repos  et,  si  l'on  domiait 
cours  (DIX  rélieilatioii.i  d'usage,  nos  cieurs  eu  seraient  alTe-clés. 
I)e  plus.  S.  M.  Konauff-Stu  étnnl  rnenre  en  bas  âge.  certaines 
céréuionies  ne  sauraient  èlrc  priiliquées  :  il  faul  dune  diîlermi- 
ner  et  peser  ce  qui  convient. 

A  l'exceplion  dci  grands  lc\ers  on  n'-ceptions  générales  qui  .se 
liendroiit  coiuuie  ù  l'ordinaire,  les  ri'|>as  de  lin  d'année  oITerls 
aii\  Trinceset  Ducs  Mongols  dans  la  salle  Tchin  Irlion-i  lien,  le 
tliéon>rl  aux  laïuos  lors  des  exorcisn.es  daiis  la  salle  r-./.o.my 
tclwiifi  livn  '  el  les  re|»a!i  ofTerls  dans  la  snlle  Tue  K'-'inn/j  h'-<  '  — 
à  la  1"  lune,  aux  l'rinees  el  Ducs  Mongols  et  nni  Knvojés  des 
jwvs  élraiigers  seront  remis  à  plus  lord. 

Pour  les  autres  eémnonies,  les  ^  aniens  cjue  cela  concerne  au- 
ront respective  meut  à  se  conformer  aux  précédents  de  la  3'  année 
de  l'enToung-Tctié.  HesiK-ctcis  ceci  !  ^. 

[.'ein|>li)î  dons  le  déiTel  dos  e\|)ressiijns  Wiii  kimo  che 
Irhri)  étail  j>ro|irc  ;i  iV'pandre  l;i  l'onliision  el  a  il  .sondtk'rait 
résniler  C|u"iiii  dfs  motifs  (jui  mil  iliclé  l.i  dérision  des  Im- 
jw' rat  rues  lk'[îentes  u  étéirévilor,  sotis  des  prétextes  plausi- 
bles et  courtois,  louto  nnnvelli;  dcuianile  d'andionce,  à  celle 
(«•casion.  di;  la  pari  des  ministres  étrangers  ». 

A  pn>|ios  justement  de  ceitaincs  expressions  employées 
dans  l'Kdit  des  deux  I  m  jw' rat  ri  ces,  notre  premier  interprète 
II.  /..  M.  Jnies  Arène,  écrivail  : 

«  l/e\ pression    h  Euvovés   de  l'avs  Ëlrangcrs  ».   en   chinois 

I.  Palais  (tu  Juilo  Milieu,  dans  la  ville  r^rvcc. 

•^.   Pour  Iradiiclion  canform?,   te   premier  iiilcrprèlo.  p.   t..  signe; 


l i8  ANNÉE    1877 

«  Wai-kouo-che-lchen  »,  Ionien  ne  désignant  pas  absolument 
MM.  les  Minisires  Plcnipolenliaires  résidant  à  Pé-King,  doit  lou- 
lefois  faire  naître  des  doutes  dans  Tesprit  des  lecteurs  de  la 
Gazette  de  Pé-King. 

«  L'expression  «  Wai-Rouo  »,  «  Pays  Étrangers»,  s'applique 
ordinairement  aux  Puissances  Occidentales  ot  l'expression  «  Che- 
Iclien»,  a  Envoyé  »,  dans  les  documents  oHiciels  chinois,  sert 
aussi  bien  à  designer  le  Représentanl  d'une  Puissance  ayant 
un  traité  avec  la  Chine  que  l'Envoyé  d'un  pays  tributaire  quel- 
conque, Corée,  Birmanie,  ou  Annam.  D'un  autre  côté,  si  l'on 
considère  que  l'Audience  impériale  accordée  en  1878  à  MM.  les 
Ministres  étrangers  s'est  tenue  dans  celte  même  salle  Tue 
Kouang  Ko  où  sont  traités  d'habitude,  à  la  première  lune,  les 
Princes  et  Ducs  Mongols  et  les  envoyés  des  pays  tribulaires,  la 
confusion  devienl  d'aulanl  plus  facile  el  un  doute  regrettable 
subsiste.  » 

LETTRES    DE    CRÉANCE 

M.  de  Roquellc  quitta  Pc-King,  le  18  avril  1877  pour 
rentrer  en  Euro[)c  ;  il  fut  remplacé  par  le  vicomte  de  La- 
vaur  de  Saintc-Forlunadc,  secrélairc  de  3'  classe*. 

La  question  si  intéressante  de  la  remise  des  lettres  de 
créance  se  posa  lors  de  Parrivée  à  Pé-King  du  comte  Fe 
d'Osliani,  ministre  d'Italie  en  Chine  et  au  Japon,  qui  rési- 
dait liabituellcment  dans  ce  dernier  pays.  Une  réunion  des 
ministres  étrangers  eut  lieu  le  /j  juin,  et  le  comte  Vq  de- 
manda à  ses  collègues  a  leur  opinion  sur  la  conduite  qu'il 
devait  tenir  au  sujet  de  ses  lettres  de  créance?  ».  M.    von 

I.  Laveur  do  Saiiito-Fortiinade,  Ilenri-Frédriic-Marie,  vicomte  «le, 
né  le  a3  novembre  18.^9;  licencié  en  droit  ;  iiculcnanl  de  mobiles,  i87(^)- 
1871  ;  attaché  à  Buenos- Ayres,  7  mars  1N73;  à  Madrid,  1 5  décembre 
1875;  secrétaire  de  3*^  classe  à  Pc-King,  a3  août  1877;  à  Athènes,  1(1  dé- 
cembre 1880  ;  secrétaire  de  a<*cla>se  à  la  même  légation,  33  janvier  1881; 
otTicier  d'Académie,  5  juillet  i88'i  ;  secrétaire  de  i»"^'  classe  à  Tokyo  (non 
installé),  8  décembre  i885;  à  Rome  (Quiriual),  i""  mars  1 880  ;  envoyé 
extraordinaire  et  ministre  pléni|)otentiuiro  à  Rio-deJaneiro,  39 décembre 
1^975  *  négocie  et  signé  l'accord  commercial  entre  la  France  et  le  Brésil, 
relativement  aux  droits  d'entrée  sur  le  café,  juin-juillet  1900. 


».     *      1    •      f" 


FAMINK  IIQ 

Brandt  dtVlara  qu'il  avait  encr)re  on  sa  |X)sses>ion  les  lettres 
de  créance  de  son  prédécesseur,  M.  \on  Relifues,  ainsi  que 
les  siennes  propres  et  qu'il  les  garderait  jusqu'à  ce  qu'il 
puisse  les  présenter  personnellement  k  rEnipcreur.  Les  re- 
présentants de  Russie  et  d'Kspgne,  Butzov  et  de  Espana, 
furent  du  même  avis.  M.  Brenier  suggéra  d'envoyer  des  co- 
pies des  lettres  au  prince  Koung  et  de  réserver  les  originaux 
à  TEmpercur;  il  se  heurta  à  l'opposition  de  ses  collègues, 
quoique  sa  proposition  fut  fort  raisonnable. 


FAMINE 


L'année  1877  fut  marquée  par  une  terrible  famine  qui 
désola  le  Clian  Toung  ;  dans  le  vicariat  de  M*^*^  Cosi,  la  sé- 
cheresse s'ajouta  à  la  misère;  du  mois  de  septembre  1876 
au  mois  de  juillet  1876,  il  ne  tondra  pas  une  goutte  de 
pluie;  des  bandes  de  voleurs  détroussaient  les  passants,  pil- 
laient les  maisons  des  gens  riches,  assassinaient  les  fonc- 
tionnaires. L'hiver  de  1876-7  fut  le  plus  rigoureux  qu'on 
eiH  vu  en  Chine  depuis  i8()i-:>.  Euuis  des  soullrances  du 
peuple,  les  missionnaires  anglo  américains  firent  circuler  pour 
sc^courir  les  malheureux  des  listes  de  souscription  en  léle 
desquels  s'inscrivirent  les  minisires  étrangers.  Le  ïsoimg-li 
\amen  témoigna  sa  reconnaissance  par  la  lettre  suivante 
adressée  à  tous  les  ministres  souscrij)leurs. 

Pé-King,  le  a5  mai  1877(18  de  la  /j''  lune). 

Nous  venons  d'apprendre  piu-  les  journaux  que  les  Puissances 
Etrangères  se  sont  cotisées  |)our  subvenir  aux  besoins  des  locali- 
tés du  Ghan-Toung  éprouvées  par  la  l'arnine.  Nous  avons  été  tou- 
chés d'un  tel  acte  de  charité  accompli  en  dépit  des  distances  et 
nous  tenons  à  vous  en  exprimer  ici  noire  reconnaissance  *. 

Une  letlre  semblable  fut  écrite  plus  tard  pour  les  secours 

I.    Pour  tratlnclion  roiifonnr,  lo  i'*>*  inl<T[>rMc  :  (i.  Dkvkhîa. 


îaO  ANNÉE    1877 

apportés  par  les  étrangers  aux  malheureux,  du  Chan-Si  et  du 
Ho-Nan,  provinces  également  dévastées  par  la  famine  : 

Pé-King,  le  1 5  janvier  1879. 

Le  Prince  Koiing  et  les  Membres  du  Tsoung-li  Yaincn  au 
Ministre  de  France . 

Nos  provinces  du  Chan-Si  et  du  Ho-Nan  ont  été  désolées  par 
la  famine  pendant  plusieurs  années  consécutives,  ce  qui  a  été 
pour  Votre  Gouvernement  une  occasion  de  manifester  ses  senti- 
ments de  charité.  Grâce  à  cela  des  existences  ont  été  préservées 
et  des  appétits  satisfrits.  Votre  Gouvernement  nous  a  prouvé 
dans  ces  circonstances  qu'il  n'établit  pas  de  distinction  de  natio- 
nalité quand  il  s'agit  d'aider  le  prochain.  Nos  relr*ions  de  bonne 
amitié  en  profitent  en  s'afiermissant  davantage;  Nous,  Prince  et 
Ministres,  nous  ne  saurions  vous  remercier  avec  trop  d'effusion. 

Veuillez  agréer,  etc.  '. 

Des  milliers  de  malheureux  étaient  morts  [Mandant  cette 
famine  ;  Fincurie  du  gouvernement  chinois  fut  extrême.  Le 
22  juin  1876,  la  Gazette  de  Pé-kiiuj  renfermait  un  décret 
ordonnant  que  des  prières  fussent  dites,  pour  obtenir  de  la 
pluie,  dans  les  temples  de  FEtat  par  FEmpereur,  les  princes 
Toun  et  Koung. 

Les  sommes  d'argent  recueillies  par  les  étrangers  s'élevè- 
rent à  environ  36 000  taëls  sur  un  total  de  taëls  2G236/|4 
fournis  par  l'administration  indigène  :  à  Tché-fou,  MM.  Cor- 
nabé  ramassèrent  taëls  222^5,73  et  le  Ilév.  John  L.  Ne- 
vius,  taëls  7620,02  ;  à  Tien-Tsin,  le  Rév.  Jonathan  A.  Lees 
réunit  taëls  6  5i5,2o'. 

1.  Pour  traduction  conformo,  sigiic  :  G.  Devéria. 

2.  Chinay  n*>  2  (1878).  —  Report  on  the  Famine  in  the  Northern 
Provinces  of  China  —  Wilh  a  Map.  —  Prescnled...,  1878.  Lond.,  in- 
fol.  [G.  —  1957]. 

Renferme  un  rapport  intéressant  de  W.  F.  Maycrs,  Peking,  octobre  3o> 
1877. 

—  China t  n®  6  (1878).  —  Further  Papers  respecting  the  Famine 
in  China,  Presenlcd...,  1878.  Lond.,  in-fol.  [C.  —  2107]. 


t:o>\i:>TioN    i>  i:mi(;hati()\   amc   f.  i:>1'v<;nk  lui 


CONVENTION  d'kmiouation   wkc  i/kspvgm: 


Depuis  la  mission*  envoyer  par  les  (iliinois  a  (jiba  pour 
étudier  les  conditions  dans  lescjuelles  se  prodnisiiil  l'éinigra- 
lion  des  coolies,  des  néfi^ocia lions  avaient  été  engagées  entre 
l'Espagne  et  le  Céleste  Kmpire  j)onr  rtahlir  les  bases  cruiie 
convention  wp.I*able.  (irace  au  roiironrs  <les  ministres  étran- 
gers, une  ctinvention  fut  enlin  signée  à  Pé-King  par  cinc| 
membi,.^  du  Yamen,  le  n/mislre  (fKspagiie,  Don  Clarlos  de 
Es|wina',  le  17  novembre  iSj-y.  I/arlii  le  10  du  Irai  lé  espa- 
gnol de  iSG/i  était  abrogé;     il  était  ainsi  ronrii  : 

Les  autorités  lm[KTiales  pennoMront  (|iio  les  snjcis  cliinois  (|ui 
désirent  aller  et  vo\ager  aux  |K)sscssions  e.spa^noics  (rontre-iiicr, 
signent  des  contrats  à  cet  eirel  avec  les  sujets  espau^nols  vi  s*(»iri- 
barquent  seuls  ou  avec  leurs  fainilles,  dans  n'importe  (piel 
port  ouvert  de  Chine,  cl  les  autorités  locales  élabiiront  lesrèfî;le- 
inents  nécessaires  dans  chaque  [H)rl,  d'accord  avec  les  représen- 
tants de  S.  M.  Catholique  pour  la  protection  des  travailleurs 
susmentionnés. 

Ne  pourront  être  admis  les  déserteurs  ni  c<hi\  cpii  auront  été 
enlevés  contre  leur  gré:  si  un  tel  cas  se  produisait,  rantorité 
locale  préviendrait  le  Consul  Espagnol  pour  qu'ils  soient  ra- 
menés. 

Convention  relative  à  V émigration  chinoise  dans  l'île  de  Cuba, 

17  novembre  1877. 

Sa  Majesté  le  Roi  d'Espagne  et  Sa  Majesté  l'Empereur  de  la 
Cliine,  désirant  établir  sur  de  nouvelles  bases  l'émi^ralion  des 
sujets  chinois  à  Tile  de  Culm  et*  éviter  loule  conq)liralion  (pii 
pourrait  surgir  à  l'avenir,  ont  nonnné  pour  leurs  plénij)uten- 
tiaires  respectifs,  à  savoir  :  S.  M.  le  Roi  d'Espagne,   Ihm  Carlos 

I.  1,  |).  5o8. 

3.  M.  do  Ëspafla  mourut  le  1"^  oclol)nî  |S8<».  <l«*s  snilos  <riiiio  chulc 
de  cheval  qu*il  Ht  à  Pé-King  dans  la  Moirée  du  lil»  septembre  li^f^o. 


122  AKJIIGIS    1877 

Antonio  de  Espana,  son  ministre  pléni[)olcnliairc  en  Chine. 
Annam  el  Siam,  grand-croix  de  l'ordre  royal  d*Isabelle-la-Ca- 
tliolique,  chevalier  des  onJres  de  Saint-Jean  de  Jérusalem  et  du 
Lion  Néerlandais,  etc.. 

Et  S.  M.  rEmpereiu'  de  Chine  LL.  EE.  Shcn,  Mao,  Tung, 
Chéng  et  Ilshia,  membres  du  Tsoung-li  yamen. 

Lesquels  ont  convenu  de  ce  (jui  suit  : 

Article  r'.  —  Les  hautes  parties  contractantes  par  les  pré- 
sentes conviennent  ([u'îi  l'avenir  Fémigration  par  contrat  des 
sujets  chinois  dont  parle  l'article  X  du  traité  conclu  à  Tien-Tsin 
le  10  (Ktohre  i86/|  '  reste  et  demeure  abrogé. 

La  stipulation  du  susdit  article  relative  à  la  remise  aux  auto- 
rités de  tous  ceux  qui  seront  réclamés  comme  déserteurs,  crimi- 
nels et  prévenus  reste  seule  en  vigueur. 

Art.  a.  —  Lesdiflicultés  aux(|uelles  l'application  des  disjxisi- 
tions  du  dit  traité  de  Tien-Tsin,  relatives  à  l'émigration,  avait 
donné  Heu.  avant  été  écartées,  les  deux  gouvernements  renoncent 
de  part  et  d'autre  à  toute  indenmilé  pécuniaire. 

Art.  3.  —  11  est  convenu  entre  les  hautes  parties  contractantes 
que  l'émigration  de  leurs  sujets  res[>ectifs,  qu'ils  soient  ou  non 
accompagnés  de  leur  famille,  sera  h  l'avenir  libre  et  volontaire. 
Elles  désapprouxent  tout  acte  de  violence  ou  de  ruse  qui  serait 
commis  dans  les  ports  de  la  Chine  ou  partout  ailleurs  dans  le 
but  d'expatrier  des  sujets  chinois  contre  leur  gré.  Les  deux  gou- 
vernements s'engagent  l\  |X)ursui\re  avec  toute  la  rigueur  des 
lois  toute  contravention  à  la  stipulation  précédente  et  à  soumettre 
aux  peines  établies  par  leurs  législations  respectives  les  personnes 
et  les  na>ires  qui  violeraient  cette  stipulation. 

Le  gouvernement  de  S.  M.  le  Roi  d'Espagne  s'engage  envers 
celui  de  la  Chine  à  traiter  les  sujets  chinois  qui  se  trou>ent  à 
l'île  de  Cuba  ou  qui  s'y  rendront  à  l'avenir  à  l'égal  des  étrangers 
de  la  même  catégorie,  sujets  de  la  puissance  la  plus  favorisée. 

Art.  II.  —  Le  gouvernement  de  Sa  Majesté  l'Empereur  de  la 
Chine  autorisera  le  départ  à  leurs  frais  d'émigrants  des  deux 
sexes  |)our  l'île  de  Cuba,  de  tous  las  ports  de  l'Empire  ouverts  au 
connnerce  étranger  ;  il  s'engage  .1  n'apporter  aucune  entrave  a  la 
libre  émigration  de  ses  sujets  et  à  défendre  aux  autorités  des  dits 
ports  et  surtout  aux  Taotai  des  douanes  de  susciter  des  difllcultés 
soit  k   rafTrétugc  soit  à  la  habilitation  des  navires  destinés  au 

I.  I,  p.  i'i8. 


r.ONVF.MiDN    I)'KMir.|\ATIO>    WKC    [/r^pvr.NF  1^3 

lransj)orl  des  passaf^crs  cliinois,  soii^  i[uol(ju(*  p.'nillon  (|u'ils  na- 
vigiicnl,  soil  aux  opérai  ions  des  arniatcurs.  ron>i<^i)a(aii-os  el 
aij;enls,  |KHirYU  toutefois  qu'ils  seconfornicnl  aux  stipulations  de 
la  présente  convention. 

Aht.  5.  —  11  est  bien  entendu  cjue  les  Tao-laï  des  Douanes  el 
les  autres  autorités  chinoises  dans  Ji-s  |X)iis  ouverts  auront  le 
droit  de  s'informer  par  elles-niènies  si  rénii^ralion  s'elTectueeon- 
forménicnl  à  Fespril  et  aux  termes  de  la  présenic  ronventioii. 
Les  Taolaï  des  Douanes  pré|)«ueront  des  passe[)orls  imprimés 
dont  ils  nmniront  tout  émij^ranl  cpii  atn  a  décidé  de  s'endjarcpier. 
Ces  passeports,  dûment  visés  par  le  (loiistd  (rF]spa<^ne  dans  le 
port  du  départ,  seront  remis  aux  Considscliiiuns  par  les  autorités 
comj>clenles  de  Tilc  de  Cuba,  à  l'arrixée  des  navires  amenant  les 
émi^rants. 

Le  tao-laï  de  la  Douane  du  jx)rt  de  départ  du  navire  condui- 
sant des  émigranls  aura  en  outre  le  droit  de  nonuner  des  Délé- 
gués chinois  qui,  de  concerl  avec  ceux  désignés  par  le  Consul 
d'Espagne,  se  rendront  à  bord  des  navires  en  partance  pour 
s'enquérir  si  les  passagers  s'embar(|uent  de  leur  propre  gré. 

Les  passagers  qui,  au  moment  du  dépari,  ne  se  trouveraient 
pas  munis  des  documents  nécessaires,  devront  être  immédiate- 
ment débarqués. 

Toutefois,  si,  à  l'arrivée  du  na\ire  à  destination,  il  se  t  roux  ait 
quelque  |>assager  n*ayanl  aucun  document,  les  autorités  es|)«'i- 
gnoles  (X)urront,  d'accord  avec  les  Consuls  de  la  Chine,  fidopler 
à  son  égard  les  mesures  qu'elles  jugeront  coiixeuables. 

Afin  que  la  visite  des  délégués  susmentionnés  puisse  a\oir  lieu 
el  s'effectuer  d'une  manière  ellicace,  le  capitaine  et  l'armateur 
seront  tenus  de  déclarer  d'avance  l'heure  du  départ  du  naxire. 

Si  le  capitaine  d'mi  naxire  conduisant  des  émigrants  ne  se 
soumettait  [)as  à  celte  condition  et  s'il  déclarait  avoir  rinlention 
de  partir  avant  la  visite  des  délégués,  le  Consul  d'Kspagne.  après 
qu'une  communication  oUicielle  lui  aura  été  faite,  dora  lui 
refuser  ses  paj)iers  de  bord  et  le  na>ire  sera  détenu  et  traité  sui- 
vant les  lois  de  son  pavs  juscpi'à  a*  «pie  toutes  les  formaliiés 
prescrites  |)fU'  la  présente  convention  SdienI  dùinenl  aecomplies. 

Aht.  i).  —  Le  gou\ernemeiil  de  .S.  M.  l'Kniperenr  i\r  la  Chine 
nommera  un  Consul  général  à  la  Ihnane:  il  aura  aussi  le  droit 
de  nonuner  des  ai'ents  consulaires  dans  toutes  les  \illes  ou  \r 
gou\erneni»Mït  espagnol  admet  c«u\  des  autres  nalions. 

H  est  bien  entendu  (pie  ces  nominalions  se  leroul  dans  les 


134  ANNÉE    1877 

conditions  arrôlocs  d'nn  commun  accord  entre  les  hautes  parties 
contractantes. 

Le  gouvernement  espagnol  accordera  aux  Consuls  chinois  les 
mêmes  prérogalives  que  celles  dont  jouissent  les  Consids  des 
autres  nations  résidant  à  Cuba. 

Les  autorités  de  l'île  de  Cuba  accorderont  au  Consul  général, 
ainsi  (pi*aux  Consuls  et  Vice-Consuls  de  la  Chine,  toutes  les  faci- 
liiés  compatibles  avec  IVxercice  de  leurs  fonctions  pour  les  placer 
en  rapport  avec  leurs  nationaux  et  les  mettre  en  mesure  de 
donner  à  reux-ci  la  protection  à  laquelle  ils  ont  droit. 

AiiT.  7.  —  Les  sujets  chinois  pomront  quitter  à  leur  gré  l'île 
de  Cuba,  si  toutefois  ils  ne  se  trouvent  pas  sous  le  coup  de  pour- 
suites judiciaires. 

Kn  outre,  en  \ue  de  faciliter  la  circulation  et  l'établissement 
des  sujets  chinois  à  Cuba  et  alin  qu'ils  jouissent  des  droits  qui 
leur  sont  acquis  par  l'article  3  de  la  présente  con\ention.  le  gou- 
vernement es|\agnol,  conjointement  avec  le  représentant  chinois 
à  Madrid,  ou  les  autorités  de  la  Havane,  de  concert  avec  le 
Consul  (iénéral  de  Chine,  établiront  des  règlements  qui,  sans 
s'écarter  des  lois  d'ordre  public  existantes  ou  qui  seraient  décré- 
tées à  l'avenir,  assureront  aux  Chinois  le  traitement  égal  aux 
étrangers  de  la  même  catégorie,  sujets  de  la  puissance  la  plus 
favorisée.  Les  autorités  espagnoles  devront  en  outre  délivrer  aux 
sujets  chinois  un  bulletin  de  circulation  pareil  à  ceux  dont  sont 
munis  les  autres  étrangers. 

Art.  8.  —  Les  sujets  chinois  auront  la  facidté  de  recourir  aux 
tribunaux  espagnols  pour  défendre  ou  poursuivre  leurs  droits  et 
jouiront  l\  cet  égard  des  mêmes  droits  et  privilèges  <pie  les  sujets 
de  la  nation  la  plus  favorisée. 

Les  sujets  chinois  auront  la  faculté  de  se  faire  accompagner  aux 
tribunaux  par  des  avocats  et  par  des  interprètes  espagnols  ou 
étrangers  qui  auront,  selon  la  loi  espagnole,  qualité  suflisante 
pour  être  présents  aux  audiences  des  tribunaux  et  qui  pourront 
être  désignés  par  les  (Consuls  chinois  résidant  à  l'île  de  Cuba. 

Les  plaintes  que  les  sujets  chinois  résidant  actuellement  à  l'île 
de  Cuba  auraient  à  présenter  au  sujet  des  mauvais  traitements 
qu'ils  prétendraient  avoir  reçus  antérieurement  à  la  date  de 
l'échange  des  ratifications  de  la  présente  convention,  seront  exa- 
minées par  les  tribunaux  espagnols  el  jugées  équitablement  de  la 
même  manière  que  cela  se  pratique  pour  les  sujets  de  la  nation 
la  plus  favorisée. 


CONVENTION    D^KMKiK.VTION    A\  KC    L'KSPAr.NK  l'jT) 

Art.  9.  —  Les  autorités  compcUMilos  de  l'île  de  Cuba  el  le 
Consul  général  de  la  Chine  h  la  Havane  élahlironl  de  eonnnnn 
accord  cl  ie  plus  lût  [X)ssil)le  les  refiles  ([ue  les  éniiyrés  chinois 
réjiidant  actuel iemcnt  à  Cuba  el  ceux  qui  y  arriveront  à  l'avenir 
devront  observer  |)Our  obtenir  un  cerli(iealcon^latanl  leur  inscrip- 
tion sur  un  rejçislre  tenu  par  les  Consuls  chinois.  Ces  derni(MS 
]<*ur  délivreront  un  certificat  d*innnalriculation  qui  sera  \isé  par 
le  coinniissairc  de|>olice  ou  toute  autre  autorité  conqK'ten te  dans 
le  district,  ville  ou  plantation  de  Tarrondissenient  où  Témigré 
établira  sa  résidence. 

Les  autorités  cubaines  communiqueront  aux  Consuls  chinois 
des  renseignements  détaillés  concernant  \v  nombre  el  le  nom  des 
sujets  chinois  qui  se  trouvent  dans  les  dill'érenles  localités  de  Tile 
et  leur  faciliteront  les  mo>ens  de  s'assurer  per^onnelleinenl  de 
IVlat  des  Chinois  enf^agés  connue  Iraxailleurs  an\  planlations. 

Anr.  10.  —  Le  trans[K)rt  des  éinigranls  ne  pourra  s'ell'erluer 
que  par  les  navires  qui  se  conformeront  aux  stipulations  de  la 
présente  con\ention,  ainsi  qu'aux  conditions  d'aménagement, 
approvisionnement  el  salubrité  exigées  par  h's  lois  de  leur  pays. 

Anr.  II.  —  Le  gouvernement  de  S.  M.  le  Koi  d'Kspagne,  dé 
frîrant  donner  au  gouvernement  de  S.  M.  rLnq)erenr  de  la  Chine 
une  preuve  d'amitié  el  de  bon  \ouloir.  s'engage  à  ra[)atrier  à  ses 
frais,  aussitôt  que  la  présente  convention  sera  ratifiée,  les  per- 
sonnes qui  ont  l'ait  autrefois  en  Chine  leurs  études  littéraires 
ainsi  que  celles  d'un  rang  olliciel  et  les  indi>iduN  appartenant  à 
des  familles  de  cette  catégorie  (pii  pourraient  se  trouver  actuelle- 
niciit  a  nie  de  Cuba.  (aC  rapatri(*ment  s'ell'ectuera  sur  les  rensei- 
gneiiieiils  fournis  p<ir  les  agents  consulaires  chinois  et  dûment 
vérifiées  j>ar  les  autorités  espagnoles. 

Seront  également  rapatriés  les  \ieillards  empêchés  par  l'âge  de 
travailler  et  qui  demanderaient  à  rentrer  en  Chine,  ainsi  que  les 
orphelines  chinoises  non  mariées  qui  désireraient  retourner  dans 
leur  |>ays. 

Akt.  12.  —  Le  gouxernement  espagnol  obligera  les  patrons 
des  émigrés  chinois  dont  les  contrats  sont  échus  el  ()ui,  aux 
termes  de  ceux-ci,  ont  droit  au  ra[>atriement,  à  renq)lir  les  obli- 
gations cpi'ils  ont  contractées  en > ers  ces  émigrés. 

Quant  à  ceux  (|ui  auraient  rempli  tous  leurs  engagciiients 
mais  qui,  n*avant  [)as  droit  au  rapalriemenl  aux  frais  de  leurs 
patrons,  sont  dénués  des  moyens  d'y  subxenir  eux-mêmes,  les 
autorités  locales,  d'accord  avec  les  Consuls  chinois  à  Cuba,  adop- 


laf)  A>'NKF.    1877 

tcront    los   inesuros   ([ii'ils    jugeront    nocossalrcs    jKDur    les    ra- 
patrier. 

Les  éinigiés,  résidant  acluellenieiit  à  l'île  de  Cuba  et  dont  les 
contrats  seraient  expirés,  recevront  aussitôt  que  la  présente  coii- 
\enlion  sera  mise  en  >igueur  un  certificat  dans  leipiel  il  sera 
constaté  (pi'ils  ont  rempli  leurs  engagements  ;  ils  entreront  |)ar  le 
l'ait  dans  la  jouissance  de  tous  les  avaniages  assurés  aux  autres 
(Illinois  par  le  règlement  mentionné  dans  Tarlicle  7  dv  la  pré- 
sente convention  et  seront  libres,  soit  de  rester  dans  l'île  de  (iuba, 
soit  de  la  (juitler. 

,\uT.  i3.  —  Ia*s  autorités  de  l'île  de  (luba  poiuTont,  si  les 
circonstances  l'exigent  et  malgré  le  règlement  dont  il  a  élé  fait 
mention,  s'opposer  à  la  circulation  et  résidence  des  sujets  clii- 
nois  dans  toutes  localités  où  elles  le  jugeraient  coinenable,  si  par 
des  raisons  spéciales  elles  trouvaient  que  raccunudation  d'indi- 
vidus dans  les  susdites  localités  pouvait  être  nuisible  à  l'ordre 
public.  Dans  ce  cas,  les  autorités  locales  observeront  envers  les 
sujets  cliinois  les  mêmes  règles  qu'envers  les  autres  étrangers  i*l 
feront  part  au  Consul  de  Cbiiie  de  la  décision  qu'elles  auraient 
prises. 

Art.  i/|.  —  Les  jom'ualiers,  qui  ont  encore  des  obligations  à 
renq)lir  aux  termes  de  leur  contrat,  devront  en  tous  cas  remplir 
ces  obligations,  mais  jouiront  quant  aux  certificats,  etc.,  des 
a>antages  (pii  sont  accordés  à  leurs  compatriotes  nouvellement 
débanpiés  ou  qui  auront  terminé  leur  engagement. 

De  nu* me,  tous  les  sujets  cbinois.  (pii  pourraient  se  trouver 
détenus  dans  les  dépôts  du  gouvernement  dans  l'île  de  Cuba, 
seront  mis  (mi  liberté  aussitôt  que  la  présente  convention  sera  en 
>igueur  ;  ils  seront  munis  des  documents  que  le  règlement  aura 
établis  et  traités  à  l'égal  des  autres  Cbinois. 

Seront  exceptés  de  la  clause  qui  précède  tous  ceux  qui  se  trou- 
veraient dans  les  prisons  du  gouvernement  sous  le  coup  d'une 
condanmation  ou  d'une  accusation. 

Art.  iT).  —  Le  gouvernement  de  S.  M.  le  Roid'Espagne  et  le 
gouvernement  de  Sa  Majesté  TKnqxîreur  de  laCliine  conviennent 
que  si  Tua  d'eux  jugeait  [)ar  la  suite  convenable  d'apporter  des 
modifications  à  quelques-unes  des  clauses  de  la  présente  conven- 
tion ou  de  les  annuler,  des  négociations  ne  pourront  être  ouvertes 
à  cet  elFet  qu'au  moins  un  an  après  la  notification  par  Tune  des 
hautes  parties  contractantes  de  son  désir  d'y  procéder. 

Il  est  aussi  entendu  que,  si  à  l'avenir  le  gouvernement  cbinois 


CONVENTION    D  ÉMIGKATIOX    AVEC    L  ESPAliNK  1^7 

accordait  ù  toulc  autre  puissance  d<'s  a\nnla^M>s  non-ineiitioiiiiés 
dans  la  présenlc  convonlion  au  sujet  de  réinip^raliou  de  sujeU 
chinois,  ces  avantages  seront  de  fait  acquis  au  ^'ou\erneinent 
espagnol. 

Art.  i6.  —  La  présente  Convention  sera  ratiliée  et  les  ralili- 
calions  seront  échangées  à  Pé-King  dans  le  délai  de  huit  mois  ou 
plus  tôt,  si  faire  se  pourra. 

Fait  à  Pé-King  en  douhle  ex[)édilion  en  langues  espagnole, 
française  et  chinoise,  dont  les  copies  collationnécs  et  trouvées 
conformes,  les  Plénipotentiaires  respectifs  ont  signé  et  apjiosé  le 
sceau  de  leurs  armes  le  dix-sept  novembre  mil  huit  cent  soixante 
cl  dix-sept. 

Sceau  et  Signatures. 

Les  articles  3,  5,  7,  Sot  ii  do  la  Convention  semblaient 
justifier  la  joie  que  témoignèrent  les  Chinois  a[)ri;s  la  signa- 
ture ;  l'article  6  était  agréable  à  TEspagne.  <«  Il  est  vrai 
ainsi,  écrit  un  diplomate  an  sujet  do  la  Convention,  que  les 
hMes  habituels  de  ceux  qui  négocient  à  Pé-king  étaient  chan- 
gés, en  ce  sens  que  l'Espagne  n'a  point  d'intérêts  en  Chine 
et  que  la  Chine  en  a  de  très  importants  à  (Jnba.  » 

Le  prince  Koung  s'empressa  de  remercier  les  diplomates 
étrangers  de  leur  concours  : 

IV-Kiiig,  le  17  novembre  1877'. 

Grâce  au  concours  qu'ont  bien  voulu  nous  |>riHer  les  R(»pré-- 
scntants  étrangers  à  Pé-Ring  dans  l'alfaire  de  Cuba,  nous  >eii<)ns 
d'arnMer  définitivement  les  termes  d'une  Convention  (|ui  a  été 
signéi;  aujoui*d*hui  {mr  M.  d'Kspana  et  nous  pour  faire  foi. 

Nous  remercions  les  Ministres  étrangers  de  s'ètn^  intéressés  à 
cette  question  et  nousa\ons  riiomieur  de  \ons  faire  tenir  ci  joint 
une  copie  de  la  susdite  convention. 

J*esj)ère  que  V.  E.  voudra  bi(Mi  inibnner  le  (louvernement 
français  afin  qu'il  invite  son  (Consul  général  à  la  Havane  à  prêter 
assistance  dans  le  sens  de  cette  (iOnvention  au  (k)nsul  général 
que  nous  enverrons  résider  à  Cuba.  Nous  espérons  (pie   vou<i  le 

I.   Lettre  du  prince  Koung  au  uiinislro  de  l'Vance. 


laS  ANNÉE    1877 

ferez  pour  resserrer  encore  davantage  les  Jiens  d*amilié  qui  nous 
unissent. 

Veuillez  agréer,  etc.  *. 

Les  ratîQcalions  furent  écliangées  Tannée  suivante  et  le 
prince  Koung  en  fit  part  au  corps  diplomatique  auquel  fu- 
rent remis  des  exemplaires  imprimés  du  texte  chinois  de  la 
Convention. 

Le  Prince  Roung  au  Ministre  de  France.  12  décembre  1878. 

Grâce  il  Tassistance  (jue  nous  ont  prêtée  les  Légations  étran- 
gères à  l'occasion  de  Témigralion  chinoise  à  la  Havane,  nous 
avions  arrêté,  signé  et  scellé,  M.  de  Espana  et  nous,  les  termes 
d'une  convention  dont  nous  vous  avons  comnmniqué  le  texte  en 
date  du  17  novembre  1877.  Nous  avons  ensuite  soumis  cette 
Convention  à  nos  Gouvernements  respectifs  ;  elle  a  été  revêtue 
du  sanctionnement  de  l'Empereur. 

Le  C  décembre  1878,  notre  Yamen  a  reçu  ampliation  de  cette 
sanction  en  vertu  de  laquelle  le  texte  chinois  a  été  revêtu  du  sceau 
impérial. 

De  son  côté,  M.  de  Espana  avait  obtenu  ratification,  signature 
et  sceau  de  son  souverain  sur  les  textes  espagnol  et  français  de 
ladite  Convention. 

Nous  avons  donc  pu  procéder  à  l'échange  de  ces  ratifications, 
et,  dans  le  procès->erbal  rédigé  à  cette  occasion  en  chinois  et  en 
langue  étrangère,  il  a  été  bien  entendu  que  cette  convention  de 
1877  serait  perpétuellement  respectée. 

Nous  avons  l'honneur  de  transmettre  ci-joint  à  V.  Exe.  un 
exemplaire  imprimé  de  cette  Convention  (texte  chinois)  contenant 
le  procès-verbal  de  la  ratification  par  les  deux  Gouvernements. 

J'espère  que  V.  Exe.  voudra  bien  prier  le  Gouvernement  fran- 
çais d'inviter  son  Consul  à  Cuba  à  prendre  en  considération  les 
dits  règlements,  lorsqu'il  se  présentera  une  affaire  intéressant  l'émi- 
gration chinoise  et  à  aider  à  leur  exécution  ;  ce  sera  nous  donner 
une  marque  d'amitié.  Tel  est  ce  que  nous  espérons  vivement. 

Veuillez  agréer,  etc.  *. 

1.   Pour  traduction  conforme,  signé  :  G.  Devbria. 
'j.  Pour  traduction  conforme,  signé  :  G.  Devékia. 


rr*Tr=-  -■  ,, 


M.     BREMKH    A    M.    WADDIXÎTON  l^Ç) 


M.    DE    ESI»A>A 


M.  de  Espana  élnit  1111  homme  crime  activité  déhordanlc  ; 
|)erson nage  agité,  fébrile,  broniiloii  même,  s'alta(|iianljila  fois 
à  Ions  les  problèmes  sans  se  pi'é(M'on|jer  des  inconvénients  de 
ce  rôle  de  touchc-à-loul  ;  jamais  on  ne  vit  diplomate  pins 
mobile,  courant  les  mers  avec  phis  de  facilité,  nn  jour  à 
l*é-King,  quelque  temps  après  à  Une,  surgissant  de  manière 
imprévue  à  llong-kong  et  à  Cliang-llaï,  il  aurait  facilement 
bix»uillé  les  caries  entre  la  France  et  TEspagne,  sans  la 
sagesse  de  nos  agents  :  la  question  de  Témigration  réglée, 
c'est  TAnnam  qui  le  préoccupe  ainsi  qu'en  témoigne  la  let- 
tre très  intéressante  suixante  ;  nous  \errons  d'ailleurs  M.  de 
Ës|Kiria  se  montrer  Tun  des  diplomates  les  plus  acharnés  à 
contrecarrer  en  Indo-Cdiine  les  projets  de  cette  Franc<»  (pii  eut 
le  tort  de  i-endre,  à  Pé-King,  trop  de  services  àdes  ingrats,  aussi 
bien  étrangers  que  (chinois  :  témoin  M.  d'EuIenbourg  [xuir 
la  signature  du  traité  allemand,  M.  de  Esimna  pour  la  (pie^- 
lion  de  l'émigration,  le  marquis  TsV'Ug  pour  le  règlement 
de  Tattaire  de  kouldja,  pour  ne  citer  (pie  ceux  là.  «  ('diacun 
|M)urs4)i  et  Dieu  pour  tous  >»,  doit  être  la  devise  des  dipl<)- 
niates  dans  ce  pays  lointain  de  Chine  où  les  intérêts  se  ja- 
lousent les  uns  les  autres,  au  la  c<>urs<*  aux  concT>sions  est 
effrénée,  où  le  succès  de  Tun  est  considéré  connue  la  défaite 
de  l'autre,  où  l'appui  donné  à  un  allié,  qui  le  lendemain  se 
révélera  un  adversaire,  n'est  qu'une  arme  l'ournicr  à  un  concur- 
rent, parfois  à  un  ennemi. 

H.  DREMKR   A     M.    WADOINGTON,    MINlSTHE   DES    AKF\UIES 

ÉTIUNGKIIES 

Pé-Kiiig.  le  a  déreiiibre  187S. 

Monsieur  lk  Ministre. 
Monsieur  de  Espana  était  à  Honi^kong  depuis  (pn^IqiH'  temps 
GoRDiER.  It  —  y 


r3o  ANNÉE    1877 

et  s(»  dis|)Osnil  li  sVnibarqucr  pour  lliu'  sur  \\i\o  canouniiMV  ospa- 
gnolo  El  Mnrqnpsdel  Oi/rru,  lorsqu'il  a  reçu  un  Irlr^raunne  do  sou 
îi^ouvoruouiout,  riuvitant.  tous  soins  cessant,  à  se  rendre  à  IV- 
King.  |)our  ratifier  sa  convenlion  de  Tannée  dernière. 

Monsieur  de  Espaùa  est  arrivé  ici  avant-hier  et  en  repartira 
probablement  le  5  de  ce  mois,  afin  de])roriler  du  dernier  vajieur 
qui  doit  venir  à  Tien-Tsin,  avant  la  icrmeluro  conq)lèle  de  la 
rivière.  Je  ne  pense  pas  (ju'il  éprouve  le  moindre  retard,  car  le 
j^ouvernemenl  chinois  est  depuis  longtem])s  désireux  de  ratifier 
une  convention  qu'il  regarde  comme  lui  étant  favorable. 

J'ai  vu  déjà  deux  fois  Monsieur  de  Kspana  et  hier  encore  il  est 
venu  m'ap|)orler  un  volumineux  dossier,  relatif  à  TalTairc  du 
Znmlmnga.  Votre  Excellence  sait  déjà  (pie  le  capitaine  de  ce 
navire  espagnol,  avant  été  accusé  de  faire  de  la  coiil rebande  à 
llaî-phong,  s'est  vu  interdit  l'entrét»  de  tous  les  ports  du  Tong- 
King  et  de  l'Annam.  Si  j'en  crois  les  pièces  qui  ont  pass4»  sous 
mes  veux,  il  serait  actuellement  didicile  aux  autorités  annamites 
et  françaises  de  prouver  le  fait  de  contrebande  reproché  au  capi- 
taine du  Znmbixtga,  les  témoins  seraient  morts,  rapatriés  ou  dis- 
persés, et  je  crois  que  les  agents  français  occupant  la  douane  de 
ilaï-phong  euss(»nt  peut-être  mieux  fait  de  régler  celle  allai re. 
movennant  l'amende  de  cinq  cents  piastres  qu'ollVait  de  paver  la 
maison  consignalaire  du  Zamhongn. 

Quoi  ([u'il  en  soit,  mon  collègue  m'avant  exprimé  le  désir  de 
se  rendre  à  llué,  eu  (ptitlant  Pé-King  afin  de  demander  des  expli- 
cati(tns  au  roi  d'Annam,  au  sujet  du  traitement  inlligé  à  son 
navire,  et  in'a\ant,  h  cette  occasion,  demandé  mon  avis  sur  les 
faits  qui  s'étaient  passés  au  Tong-King,  je  ne  lui  ai  pas  caché 
(|ue,  selon  moi,  le  fait  de  contrebande  semblait  prouvé  par  le 
refus  du  capitaine,  refus  constaté,  de  subir  la  contre-\isite  or- 
donnée luir  la  douane.  Que,  d'un  autre  C(Mé,  la  maison  consi- 
gnataire  en  oUrant  de  payer  une  amende  de  cin(|  cents  piastres. 
<jui  est  la  plus  forte  somme  im|>osée  en  pareille  (KTurence,  me 
semblait  démontrer  également  (pi'elle  avouait  le  fait  reproché  à 
son  capitaine.  J'ai  ajouté  que  les  alTaires  de  (ioehinchine  et  du 
Tong-King  ne  me  regardaient  que  très  indirectement  ;  mais  que, 
puisqu'il  me  faisait  riioiineur  de  demander  mon  avis,  j'avouais 
franchement  que  je  préférerais,  à  sa  place,  aller  à  Hué,  avec  une 
entrée  en  matières  difFércntc  de  celle  d'un  cas  de  contrebande 
plus  ou  moins  prouvé, 

Monsieur  de  Espana  est  andalous  de  naissance  et  de  caractère. 


M.     IIHKMKU     \    M.     \VAhl>IN(;TO\  I  .'^ 

Il  aimo  \v  hniil  :  il  sait  d'ailloiirs  (|ii(*,  (Icxaiit  I(*n  c'Iiainhn's  (>s|)a- 
^»iu»l('S.  relit»  croisade  (Mil re|)ris<»  eu  favtMir  (1*1111  iia\in' de  roin- 
nicrco  et  du  pavillon  dv  sa  nation,  fora  hicn  dans  Ir  pavsa^^c 
|xuir  nio  servir  d'une  expression  triviale,  el  je  erois,  en  ronsé 
qiienro,  qu'il  [M*rsislcra  dans  son  intention  d'aller  faire  dn  tapa^^e 
il  Hué;  d  autant  plus  qu'il  est  appelé  à  se  rendre,  en  Mars  ou 
Avril,  il  Madrid.  j>oiireon l'ère r  a\ee  'IVirt^n  Lan-pin,  le  Ministre 
de  Chine  au\  Klals-Unis  el  en  Ks|)a^ne,  el  (pii  doit  se  trouver 
vers  celle  éjwxpie  dans  ce  dernier  pa>s. 

De  Hué,  Monsieur  de  Ks[>iina  a  l'intention  de  se  rendre  à 
Manille,  où  il  a,  dil-il,  ii  s'enlendre  avec  le  gouverneur  des  Phi- 
lippines, au  sujet  des  îles  So-lo,  etc.  Puis  il  re\iendra  en  (ihine 
pour  s'occuper  des  C(M>lies  el  c'esl  'IVIié-lou,  (pii  doit  être,  dil-il. 
le  ceiiire  des  o|M*ralions  de  réini<;ralion  des  coolies.  Il  sail  le 
\ico-roi  do  Canton  mal  disposé  et  les  hahitanis  du  Sud  plus  dil- 
licilosii  jLjouxerner  que  ceux  du  Noril.  Il  faut  d'ailleurs  n'con- 
nuilre  que  les  habitants  du  Chan-Touni;  s|)<Vialeinent  éini,i;reiit 
volontiers,  et  l'ont  de  meilleurs  travailleurs  (pie  les  Cantonais. 
l/(>ssoi  fait  |)ar  la  Hussie  à  Vladivostock  en  (»st  la  preuve  et  on 
assure  que  celle  année  seulement,  par  suite  de  la  famini*.  plus 
de  acx}rK>o  hahitanis  du  Chan-Tounf>:ont  émii^réen  Mandchourie. 
MonsitMir  de  Espana  ajoute  ipi'il  ne  |KM'm(»tlra  à  aucune  maison 
espaii;no]e  de  faire  de  rémi^ralion  el  (pie  le  seul  et  uni(pi<»  a*;eiil 
sera  celui  de  la  Coin|>agnie  (pii  s*(*st  fornii'e  à  la  Havane,  pour 
réiiii<;ratioii  des  coolies  (M  (pii,  sous  |hmi.  établira  une  li^ne  de 
va|»ours  faisant  le  service  dinvl  entre  la  Chine  et  Cuba.  Ce»» 
vapeurs  seront  ('^i^alement  charirés  de  porter  les  lettres  des  Chi- 
nois éini^runls  et  de  leurs  fainill(*s  et  de  rapatrier  immédiatement 
ceux  que  leur  santé  ou  tout  autre  motif  séri<Mi\  empêcheraient 
de  séjourner  davantai;e  dans  la  reine  des  Vnlilles.  Il  faut  es|)érer 
que  ces  projets  el  (M*s  proiness(»s  seront  lidMemeiit  tenus. 

Veuille/,  etc. 

Siirné  :  N  •*'  Rrk.mkk  ih:  MnNiMnKwi). 

P.  S.  —  J'oubliais  de  dire  à  Notre  Kxcellence  (pie  M.  d'Ks- 
|>ariadit  s\^tre  assuré  le(*oncours  du  liouverneur  anulais  de  llon»:- 
Kon*^.  Toutefois,  ji»  crois  savoir  (pie  ce  dernier  lui  a  senleiiKMil 
déclaré  (pie  si.  Lord  Salishm'v  apr('s  avoir  eu  cnimaissaiice  i\v  la 
(À)nvenlioii  Kspano  Chinoise,  lui  faisait  savoir  (piil  l'appron 
vuit,  il  se  conformerait  aux  oiuhvs  ([ue  son  •gouvernement  lui 
ferait  |>ar\euir.  Je  suis  d'autant  plus  porté  à  croire  à  r(>\a(litude 


l3a  ANNÉE    1877 

de  ce  renseignement  que  M.  d'Espaila  l'avoue  iui-môine  el  qu'il 
fait  en  même  temps  grand  bruit  d'une  leçon  qu'il  aurait  donnée 
au  Gouverneur  en  question,  qui,  dans  un  dîner  auquel  assistait 
M.  d'Espaiia  en  uniforme,  aurait  porté  la  sanlé  des  trois  grands 
Empereurs  de  l'Asie  :  l'Empereur  de  Russie.  l'Impératrice  des 
Indes  et  l'Empereur  de  la  Chine —  sans  y  ajouter  celle  de  S.  M. 
le  roi  d'Espagne.  M.  d'Espana  se  serait  levé  immédiatement  et 
aurait  porté  la  santé  de  son  souverain  et  de  la  Reine  d'Angle- 
terre. 

Signé  :  Bremer. 


CHAPITRE  Vil 

LE  MARQUIS  TSENG.  —  DISGRACE  DE  LIEOU.  —  LI  FOUNG- 
PAO.- VICARIAT  APOSTOLIQUE  DU  KAN-SOU.- AUGUSTINS 
ESPAGNOLS.  —  DÉPART  DE  M.  BRENIER  DE  MONTMORAND. 
-  M.  PATENOTRE.  —LÉGATION  D'ITALIE.  —  ARMEMENTS 
DE  LI  HOUNG-TCHANG.  ~  M.  BOURÉE. 

LE    MARQriS    TS^^.NG 

De  nombreux  clianfremenls  eurent  lieu  dans  le  corps  di- 
ploinatique  chinois  en  1878.  Le  '21  février  1878,  un  décret 
accrédita  le  ministre  de  Chine  en  Angleterre  égalemeni  au- 
près du  gouvernement  français.  Il  fut  reçu  le  (i  mai  1878 
|)ar  le  Président  de  la  République.  Mais  Kouo  ne  devait  pas 
occuper  longtemps  ses  nouvelles  fonctions:  il  assista  avec  toute 
sa  Légation  à  Tinauguralion  pluvieuse  de  l'Exposition 
universelle,  le  i**""  mai  1878.  Kouo,  esprit  éclairé,  était  d'une 
«rrande  courtoisie,  d'un  commerce  sur,  et  il  est  certainement 
Fun  des  hauts  fonctionnaires  chinois  rpie  j'ai  connus  a>ec 
lequel  j'ai  eu  les  plus  agréables  relations.  I)esser\i  par 
sou  collègue,  le  second  ministre,  Lieou,  il  fut  rappelé  quoi- 
que originaire  du  pays  de  Ts'éng,  le  Ilou-Nan.  Rentré  dans 
son  pays,  Kouo  subit  sa  disgrâce  avec  beaucoup  de  dignité, 
prit  sa  retraite  en  1879'  ^*  mourut  en  1887. 

Au  mois  d'août  1878,  le  (ils  aîné  du  célèbre  Ts'éng 
Kouo-fan',  Ts'éng    Ki-lseu  ^  remplaça    Kinio.   Le  nouveau 

I.  II  arriva  à  Chang-llaï,  par  Winad)!',  \v  3O  niarî»  187»). 

3.   I,  p.  3o5  et  Vi<>. 

3.   Son  p<>ro  était  mort  le  \'i  mars  187'^;  sa   mcTc  mourut  lo  a3  srp- 


ï3/l  DE    FÉVRIER     1 878    A    JUIN     1 880 

ministre,  né  dans  le  district  de  Siang-U'ian*?,  préfecliirp  {\o 
Tchang-Cha  [  lloii-Nan|,  avait  quarante  et  un  ans,  savait 
passablement  l'anglais,  él^iil  intelligent,  aimable  et  hospita- 
lier, et  sans  aucun  doute  il  eut  fait  une  excellente  carrière 
en  Europe,  si,  malheureusement,  il  n'avait  pas  écouté  les 
avis  de  conseillers  étrangers,  funestes  ix)ur  lui  aussi  bien 
que  pour  son  pays.  C'est  grâce  h  ces  conseils,  plus  encore 
qu'a  Tobstinalion  de'IVéng',  que  la  question  du  Tong-King 
a  conduit  à  une  guerre,  facilement  évitable,  avec  la  France. 

Le  Prince  Koung  au  Ministre  de  France. 

Pé-Ring,  le  36  août  1878. 

Le  20  de  ce  mois,  j*ai  reçu  respectueusement  le  décret  imptTial 
suivant  : 

«  Ts'ênc.  Ki-tseu,  Marquis  (de  i"classe)dc  Y-Yong,  directtMir 
surnuméraire  dequatrièmc  et  cinquième  classe,  décoré  de  la  plume 
de  paon  de  3**  classe,  est  envové  eu  Angleterre  et  en  France  eonmie 
Ministre  de  Chine.  Kouo  Soung-tao  revient  à  Pé-King  reprendre 
ses  fonctions.  Respectez  ceci.  » 

C'est  avec  respect  que  je  prends  copie  du  présent  décret  pour 
l'information  de  V.  E. 

Veuillez,  etc.,  etc.  '^. 

Ts'éng  était  accompagné  dans  son  ambassade  d'un  nom- 
breux personnel  ;  il  quittai  Chang-Haï  le  22  novembre  1878. 

LÉGATION    DE    Ts'ÊNG,     I9    >OVEMHRE     1878 

Secrétaires  : 

Tchen  Ynnn-ki,  secrétaire  d'ambassade  de  a®  classe  ;  secrcHaire 
honoraire  de  ministère,  tao-taï  honoraire. 

tcmbre  187I,  dans  la  capitale  du  Hou-Nan,  au  moment  où,  ajant  ter- 
miné la  période  du  deuil  paternel,  il  allait  se  mettre  en  route  pour 
PéKing. 

I .  Nous  le  dcsCgncrons  par  le  litre  de  Marquis,  réquivalent  du  second 
degré  do  la  noblesse  chinoise  qui  avait  été  accordé  à  son  père  [X>ur  ses 
actions  d'éclat. 

a.  Pour  traduction  conforme,  signé  :  Devêria. 


_V*T--V"T»7''^'e:    .-f 


Léon  Han-tsing,  secrtHairr  cianiha^HSiKlr  de  y  clause,  ins|x*cteiir 
honoraire  clos  canaux,  aspirant  lao-taj,  préirl  snp|)Irant. 

Interprètes  : 

Tso  Ping-long,  înlerprèle  de  3*  classe  pour  la  lanf^ue  anglaise, 
globuiéde  5*"  classe,  élève-assistant  à  la  Cour  des  Censeurs. 

Tcheng  Tche-ing,  interprèle  de  3'"  classe  pour  la  langue  an- 
glaise, sous-préfet  suppléant  de  la  province  du  Kiang-Sou. 

Lien-hing,  interprète  de  3^  classe  pour  la  langue  française, 
secrétaire  surnuméraire  du  Grand  Conseil. 

Attachés  à  TAmbassade  : 

Yang  Wen-houei,  attaché  surnuméraire  au  (irand  Conseil. 

Ts'ao  Kin-yong,  aspirant  sous-préfet. 

Li  Koiiei-tcWao.  aspirant  de  sous-préfecture. 

Sieou  Jen-k'u*,  aspirant  sous-préfet.  • 

Tseng  Aïen-teoii,  médecin,  sous-préfet  honoraire. 

Li  Pin-lin,  sous-préfet  honoraire  et  surmunéraire. 

Wang  Kouo-tclie,  attaché  à  la  direction  des  prisons. 

Attachés  militaires  : 

Ting  Houo-jong,  chef  de  bataillon  hors  cadre. 

\\  ang  Xan-lîm,  capitaine  hors  cadre. 

Wang  Chi-tchen,  sous-lieutenant  de  marine. 

Ma  Teng-tien  (sujet  anglais),  instructeur  d'artillerie. 

Divers  : 

Yang-lcheou,    élève-dessinateur,   sous-préfet    honoraire    de   3" 
classe. 

Siê  Sien-jt*n^  élève-ingénieur,  sous-préfet  honoraire. 
Wang  Che-cheon,  élève-ingénieur  *. 


DISGRACE    DE    LIEOU   SI-IIOINO 

Iji  collègue  de  Kouo  Soung-lao,  Li<'ou,  fonctionnaire  de 
3*  classe,  secrétaire  surnuméraire  de  5"  raii«r,  envové  en  An- 
glclerre  comme  ministre  adjoint,  avait  été,  par  dérTcl  du  3o 
avril  1877,  désigné  [)Our  remplir  les  fimctions  de  ministre  rie 

I .  Liste  rrmniic  par  le  i>riiicc  koung. 


(r 

n 


136  DK    FÉVniER     1878    A    Jl'IN     1 8S0 

Chine  on  Alloniagno  \  iM.  von  Brandi,  alors  0(  cu[)é  à  Po-Kin 
de  la  révision  du  Irailé  allemand,  mit  quo  celle  noniinaliun 
était  faite  pour  contrecarrer  ses  projets  à  Berlin;  il  n'en  élait 
rien  ;  on  voulait  tout  simplement  débarrasser  Kono  de  ce 
personnage  obtus,  jaloux  et  acariàlre.  L'année  suivante,  on 
le  rappela  en  môme  temps  que  Kouo  et  on  lui  doima  Li 
Foung-pao  comme  successeur. 

u    F0lNr,-P\0 

Le  Prince  Koung  au  Ministre  de  France. 

Pc-King.  le  ^7  août  1878. 

Le  aT)  courant,  j'ai  reçu  avec  respect  le  décret  impérial  sui- 
vant : 

«  Li  Fou.Nc.-PAO  est  décoré  du  globule  de  seconde  classe  et  chargé 
d'alTaires  de  la  Légation  de  (ihinc  en  Allemagne. 

Licou  Si-houng  revient  prendre  ses  fonctions  h  Pé-Ring. 

Uespectez  ceci.   » 

C'est  avec  respect  que  je  prends  copie  du  présent  décret  pour 
en  donner  connaissance  à  Votre  Excellence. 

Agréez,  etc.,  etc.  '. 

Li  Foung-pao  était  du  Kiang-Sou  et  une  créature  de  Li 
Houng-lchang.  il  avait  été  directeur  de  Tarsenal  de  Kao- 
tchang  Miao'*  et  il  était  venu  en  Europe  en  1877  comme 
Fun  des  directeurs  de  la  première  mission  envoyée  par  l'ar- 
senal de  Fou-tchéou,  poste  qu'il  occupait  lorsqu'il  fut  ap[x*lé 
à  Berlin.  C'était  le  type  du  Chinois  gras,  et  la  propreté  fut 
toujours  le  moindre  de  ses  soucis  ;  il  éUit  commun,  peu 
lettré  dans  le  sens  chinois  du  mot,  mais  il  était  avide  de 
s'instruire  et  connaissait  les  sciences  européennes  beaucoup 
mieux  que   la   plupart   de   ses  compatriotes  ;   en  outre,    il 

1.   Lieou  remit  ses  lettres  de  créance  à  Berlin  le  36  novembre  1^77. 
9.   Pour  traduction  conforme,  sign^  :  G.  Devéria. 
3.  L  p.  a'iS-ç).  —  Il  mourut  le  (>  août  1887,  dans  une  pelilc  île,  près 
Chang-Ilai,  où  il  s'était  retiré. 


Mr.AHiVT     APOSIOLK^IF.    lU      KVN-Snl.     'A  }     .IMN     iS-S  1^7 

étiiit  lorl  inlolligrni,  sans  v\vc  (Irjxmrvn  criin  bon  «rn»  sens 
praliqne  ;  il  fui  nomnio  tihilairo  do  ranihassaclo  rio.lierlin, 
on  mai  1879,  oX  les  f<randos  aiïairos  inchistriollr^s  ([iril 
traita  dans  celle  capilale  ne  fnrenl  pas  élrangries  à  sa  dis- 
grâce en  i8S5.  Il  commanda  en  Allemajjfnc  des  cuirassés,  et 
ses  «*n\ieu\  prélendirent  qu'il  n'éUul  pas  sorti  les  mains  nettes 
de  ses  marches.  Attaché  à  la  persoime  de  Li  à  son  relour  en 
Chine,  son  prolectcur,  menacé  lui-même  à  ré|>oque,  ne  put 
le  défendre  plus  longtemps  contre  les  censeurs,  et  le  décret 
suivant  |)anit  dans  la  Ga:cll(*  fie  Pé  hinff  du  '.12  novembre 
1880. 

Li  Foung-pao,  fond  ion iia ire  décoré  du  Innilon  de  deuxiriiie 
rang  et  dignitaire  du  troisième  degré  honoraire  dans  nne  des 
rriurs  .secondaires  de  Pé-King,  j)orté  snr  le  tabloan  des  futurs 
Tao-lai  de  la  douane  maritime,  étant  d'un  caractère  vil  et  cor- 
rompu, quoique  habile  à  se  |)OUsser  par  l'intrigur.  Nous  a  été 
dénoncé  à  ]>lusieurs  re[)rises.  Nous  ordonnons  (piil  soit  privé  de 
Ifuites  SCS  dignités  et  le  déclarons  impropre  ii  exercer  aucunes 
fonctions  ultérieures.  —  Ucspect  à  ceci  ! 

Les  nouveaux  agents  chinois  allaient  avoir  à  traiter  la  ((ues 
lion  délicate  de  la  revision  des  traités  avec  la  (ibine,  et  au 
mois  d'octobre  1878,  ils  reçurent  une  circulaire  du  Tsoung- 
ii  Yamen  ayant  pour  objet  de  préciser  le  j)oiut  de  vue  auipiel 
la  Chine  entendait  se  placer  pour  discuter  avec  les  puissan- 
ces intéressées. 

VlCililAT   APOSTOUQIK   Ul     K\N-SOr,    1>  1     .MIN     1878. 

Par  bref  du  ru  juin  187S,  Léon  \111  <*réa  au  Kan-Sou 
un  nouveau  vicariat  a[)ostolique  cpii  fut  coudé  au\  mission- 
naires Ixilges  de  la  Congrégation  de  Scheut\eld-lez  Ihuvel- 
les,  et  un  prêtre  hollandais  de  celte  société,  M.  Ferdinand 
Ilamer,  qui  résidait  en  Mongolie  de|)uis  i8()r),  en  fut 
chargé,  avec  le  titre  d'évéque  de  Tréiuithe  in  puriilms  in/i 


l38  DE  FÉVUIKU  1878  A  JUIN  1880 

delinm.  Lo  moment  élait  mal  choisi  pour  olahlir  une 
mission  au  Kan-Son,  avant  que  cette  proNincc^  reprise  par 
Tso,  ne  fut  complètement  pacifiée.  Mais  ce  qui  fu!  plus  sin- 
gulier encore,  c'est  que  la  Propa«^an(le  négligea  de  préve- 
nir de  cette  création  d'un  nouveau  vicariat  apostolique,  la 
France  dont  le  représenlant  à  Pé-King  devait  munir  de  pas 
seports  Pévéque  et  ses  compagnons. 

Pé-King,  le  i5  oclobre  1878. 

'    MoNsiEiR  LE  Ministre, 

La  mission  belgcde  Mongolie  m*a  député  ces  jours-ci.  Monsieur 
Ferdinand-Hubert  llainer.  \icaire  ajK)sloliquc,  chargé,  m'ii-t-il 
dit,  parle  Saint-Siège  de  rAdininistration  spirituelle  de  la  pro- 
vince du  Kan-Sou.  Il  venait  solliciter  de  moi  six  passeports  pour 
lui  et  les  cinq  missionnaires  désignés  |>our  aller  évangéliser  cetlt^ 
province  (|ui  est  loin,  cependant,  d'être  encore  pacifiée  et  où  les 
insurgés  existent  en  grand  nombre.  Je  me  suis  donc  vu  dans  la 
nécessité  de  différer  ma  réponse  juscju'à  ce  que  j'aie  consulté  le 
Tsoiing-li  Yamen  à  ce  sujet. 

En  effet,  l'article  8  de  notre  traité  de  18^8  s'exprime  ainsi  : 
«  fjcs  agents  français  en  Chine  ne  délivreront  de  passeports  à 
«  leurs  nationaux  que  pour  les  lieux  où  les  rebelles  ne  seront 
«  pas  établis,  dans  le  moment  où  le  passeport  sera  demandé.  » 
Or,  l<î  \ice-roi  Tso.  le  vaincpieur  du  Turkestan  et  qui  est  gou- 
verneur-général de  toutes  ces  provinces,  m'a  fait  prier  à  plusieurs 
reprises  de  ne  ]>as  délivrer  de  passeports  pour  la  province  du 
(^Jien-Si  où  cependant  les  rebelles  sont  bien  plus  nombreux  qm? 
dans  la  province  du  Kati-Sou. 

A  cette  occasion,  peut-être,  me  sera-l-il  jK*rinis  de  demander 
respectueusement  à  Votre  Excellence,  si  elle  ne  jugeait  pas  op- 
portun, de  prier  le  Saint-Siège  de  ne  pas  établir  de  nouvelles 
missions  en  Chine,  avant  de  s'être  entendu  préalablement  av(»c 
le  gouvernement  français.  Kome  n'est  pas  toujours  tenue  exacte- 
ment au  courant  de  ce  qui  se  passe  dans  certaines  parties  de  la 
Chine  et  les  missionnaires,  désirant  évangéliser  le  plus  [)ossihle, 
lui  cachent  parfois  les  dangers  (pi'il  peut  )  avoir  pour  leur  sécu- 
rité, à  aller  s'établir  dans  telle  ou  telle  province.  Mais  comme 
c*est  nous,  en  définitive,  qui  supporterons  la  res[K)nsabililé  de  cet 


i^'.i  1    •  t, 


vi:fi!siiMi.NS   i:si'\ci\oi.s  i3f) 

c\rr>  (II*  /Me.  il  m'a  srniblc»  (|iril   (*sl  dr  mon  devoir  (l'a<lre.ss«*r 
ivs  obspr\alioiis  à  Vofro  K\n'llt'n(T. 

\oiiiilez  agréer.  Monsieur  le  Minisire,  etc.,  etc. 

Signé  :  V^"  Biie.meii  dk  MoNTMoiiwn. 

Mi*'  llamer  arriva  an  Kan-S(»ii  on  février  1879  ;  il  ne  pa- 
raît pas  a\oir  reçu  bon  arcneil  si  j'en  jnj^e  par  une  lettre 
qu'il  adressa  an  Cliarj^é  crairairesde  Franre,  de  Lan-tcliéou, 
le  2'J  jnin  1879.  Le  malheureux  prélat  a  été  une  des  victi- 
mes des  événements  de  i9"0o'. 

Al  GUSTIMENS  ESPACiNOLS 

Le  même  fait  se  pnxluisil  Tannée  suixante  (1879)  lors((ue 
M.  l\Ttenotreétiiit  Chargé  d'Airaires.  Deux  pères  augustiniens 
espajfnols,  Elias  Siiarez  et  Augustin  Villanueva,  lurent  en 
Aovésde  Manille  pour  lon<ler  une  nouxelle  mission  dans  la 
partie  M^plentrionalc  du  llou-nan,  et  ils  demandèrent  par 
rinteriiiédiaire  du  P.  Vaudagna,  procureur  des  Franciscains 
iUiliens  à  Ilan-Kcou,  des  passejK»rts  à  M.  Hlancheton,  noirci 
consul.  M.  Blanchcton  fit  ressortir  le  danger  qu'il  y  avait 
[M)ur  eux  à  aller  dans  celte  province,  rel'usi  les  passeports  et 
en  référa  h  Pé-Ring.  Voyant  les  dillicullés  de  la  situation  au 
mois  d'août  1879,  les  Augustiniens  décidèrent  d'aller  s'établir 
dans  la  partie  du  Ilou-.Nan^,  administrée  par  M"""  Semprini, 
vicaire  a{)Ostolique  franciscain.  Ils  pensaient  que,  dans  ces 
conditions,  la  Légation  ne  refuserait  plus  de  leur  donner  des 
jKisseporls  «  en  s'abstenant  toutefois  d'y  mentionner  le  lieu 
de  leur  future  destination  [K)ur  ne  pas  éveiller  la  suspicion 


I.   Né  à  Niraèpur,  le  ru  aoùl   18  |o. 

1.  Le  vicariat  a|K>stoliquo  ilii  Ilon-Naii  avait  été  dntouhlé  lo  ii)  sep- 
tembre 1879;  lo  Sud  était  rcsl<^  aux  Fhtcs  mineurs  cl  le  Nord  ("ut  cnnlié 
aux  Augiislins. 


l/40  DE    FÊVniEU     1878    A    Jl  IN     1880 

des  autorités  chinoises  ».  M.  Pateiioire  ne  se  prêta  pas  à  ret 
arrangement  ;  le  Tsoung-li  ^  amen  ne  devait  pas  apposer  sa 
signature  sur  une  pièce  dont  il  ne  pouvait  soupçonner  IVm 
ploi. 

Les  augustiniens  espagnols,  découragés  par  MM .  Blanclielon 
et  Patenoire,  approuvés  par  le  Département,  s'adressèrent 
pour  les  passeports  à  la  Légation  d'Espagne  ;  le  Chargé  d'Af- 
faires, M.  Ossa,  les  leur  délivra,  mais  les  nouveaux  mission- 
naires furent  mal  accueillis  au  Ilou  Nan  et  obligés  de  s'en 
aller.  Sans  être  découragés,  ils  fcappèn^nt  à  la  porte  du  con 
sid  d'Angleterre  à  Han  Kéou,  M.  Chaloner  Alabaster,  qui  les 
renvoya  à  notre  agent,  M.  Fernand  Scherzer.  Celui-ci  ayant 
reçu  un  ap|:)el  fort  peu  convenable  du  pro-vicaire,  le  P. 
Cuadilla,  mort  depuis  à  Ta-Kou,  écrivit  à  F^é-King  et  notre 
ministre,  M.  Bouréc  (12  juillet  1880),  approuva  et  explicpia 
la  conduite  de  M.  Patenôtrc,  et  approuvé  par  le  Département, 
il  décida  qu'on  ne  s'occuperait  plus  des  augustiniens. 

Le  P.  Suarez,  rappelé  à  Manille,  était  mort;  la  province 
de  Hou-Nan  était  phis  calme;  après  la  paix  entre  la  France 
et  la  Chine,  le  P.  F.  S.  de  la  Torre  se  rendit  à  Pé-Ring,  et 
déclinant  la  protection  que  lui  offrait  le  ministre  d'Espagne, 
M.  de  Alba  Salcedo,  il  écrivit  le  i.'i  juillet  i885,  à  notre  mi 
nistre,  M.  Patenôtre,  pour  obtenir  des  passeports  pom*  lui, 
provicaire  apostoliipie,  et  cinq  conq)agnons.  Les  circons- 
tances étant  changées,  le  ministre  de  France  accéda  à  leur 
demande. 

DÉPART    DE   M.    BREMER    DE   MONTMORAND 

Cependant  M.  15 renier  songeait  à  prendre  une  retraite  bien 
gagnée  et  M.  Patenôtre  devait  venir  à  Pé-King comme  Chargé 
d'Affaires,  ayant  visité  l'Inde  avant  de  rejoindre  son  poste. 
M.  Brenier  de  Montmorand  se  décida  à  partir,  et,  désireux  de 
ne  pas  retarder  son  retour  en  France,  le  i***  avril  1879,   il 


M.     P\TKNOTHK  1^1 

reniil  le  service  à  M.  le   vironile   de   Pelite\ille  *,  dcuxiènie 
sciTelairo  d'ambassade. 

I^  déjMrlde  M.  Brenier  el  Kabsence  de  Sir  T.  Wade,  fai- 
Stiiciit  de  Don  Juan  Federiro  Ebnore,  ministre  dn  IVrou, 
le  doyen  du  corps  diplomatique  à  Pé  King. 


M.   PATENÔTHE 


M.  Palenotre'  s'était  embarqué  le  24  décembre  1878  et  ar- 
rivait à  Calcutta  le  29  janvier  suivant,  puis  il  lit  escale  à 
Rangoun,  Maulmein  et  Malacca,  touclia  à  Sin*:apour  le  '1 
mars,  d'où  il  se  rendit  h  Siam,  puis  à  llon^''-knni5  :  il  était  h 
Clian^-llaï  le  G  avril,  où  il  rencontra  M.  Brenier  (pii  sVm- 
barqua  le  12  sur  IMm/f/yr.  M.  PAtenùlre  quitta  Cban«r  Haï 


I.  Peliteville,  Charles-Guillaume  Gaultier,  vicomh*  do,  iic  \o  'S  mai 
iS'i";  altacluî  à  Saint-P<Herslioiirp.  10  niai  18G7;  à  VioniiP.  i.|  octobre 
1868;  M*cr^>tairc  (le  3*^  classe  à  ('onslantiiiople,  u  juin  iS~\\  à  Londres, 
3i  décembre  187')  :  secrétaire  de  -t'  classe  à  Pé-King,  3  mai  1878  ;  secré- 
taire de  a*  classe  à  Constantinople,  '.ut  uvril  i88u;  à  Londres.  iG  mars 
i88'Ji  ;  secrétaire  de  i»"«  classe,  i^**"  octobre  188*^1  ;  consul  général  à  Bev- 
routli,  3  février  1886. 

3.  Patenùtre,  Jules,  ne  le  »o  avril  18 '|5;  licencié  vu  lettres;  ancien 
élève  de  l'École  normale  su|)i''rieure  ;  professeur  de  1  l.'niversité.  i8(i7- 
187 1  ;  attaché  à  .Vlliènes,  ;«5  juin  i87'<  :  à  Téhéran,  -«5  octobre  187^; 
attaché  |>ayé  h  la  direction  politique,  i'*'*  septembre  187.')  ;  rédacteur 
adjoint,  faisant  fonctions  de  deuxième  secrétaire.  Ii  Buenos  .\)'re<,  1 5  sep- 
tembre 187H;  rédacteur  à  la  direction  politif|ue,  î»5  décembre  1877; 
•ecn'rtaire  de  première  clas*ie  à  Pé-King,  7  décembre  1878:  chargé  d'af- 
faires en  Chine,  3oa\ril  i87<j;  envoyé  extraordinaire  et  ministre  pléni- 
|»r>lentiaire  à  Stockholm,  lO  octobre  1880:  envoyé  extraordinain^  et 
ministre  pléiii|M>tentiaire  à  Pé-King,  r:i  s<>pteiiibre  i883:  chargé  d'une 
mission  s|iécialc  en  Annam  et  au  Tong-king,  a\ril  188 '1  ;  en  flis)K>iiibitité, 
lu  juin  i88();  chargé  «h*  travaux  particulier^,  i*^*"  no\embn;  i88();  pré- 
sident de  la  déléiration  françaist*  à  la  commission  internationale  des  t^vré- 
néi'S  et  délégué  du  Ciouvernemcnt  français  à  la  (louunission  franco- 
espagnole  des  chemins  de  fer  des  Pyrénées.  ?o  rlécembre  1887;  en\o\é 
Cl traord inaire  et  ministre  plénipotentiaire  à  Tanger,  i**^  décend)re  1888; 
à  Washington.  l'^aoùl  i8()i  ;  ambassadeur  à  ^^  asbingtori.  m.*)  mars  i8i)3  ; 
à  Madrid,  1 '1  octobre  181J7. 


l/|2  DE    FÉVRIER    1878    A    JUIN     1880 

le  i3  avTil  pour  Tion-Tsin  el,  \o  :>.(),  il  arriva  à  IV-Kiiifr  (»n 
M.  clo  IVlilovillo  lui  remit  losorvice. 

M.  Palonôtrc  avait  à  renicltro  la  Icllro  onirirlle  desliiiro  h 
notifiorà  i'Emporour  de  Chine  réiovation  de  M.  Jules  (irévy 
à  la  Présidence  de  la  Flépublique. 

Après    un   retard    involontaire,   dii   h  un  deuil    privé,    le 
prince  Koung  reçut  notre  chargé  d'affaires,  qui  décrit   ainsi 
une  audience  (7  mai)  dans  sa  lettre  à  M.  VVaddington,  mi 
nistre  des  Affaires  Étrangères,  8  mai  i^'Q. 

«  L'F^nvoyé  européen.  Ministre  ou  Chargé  d'affaires,  est  re(;u 
dans  une  sorte  de  kioscjue,  d'aspect  plus  ([uc  modeste;  h  peint» 
en  a-t-il  franchi  le  seuil,  ([ue  le  Prince  Koung  le  fait  asseoir  à  sa 
gauche,  devant  une  table  chargée  de  sucreries,  autour  de  la(|uelle 
prennent  place  les  membres  du  Tsoung-li  A  amen.  La  scène  a 
plutôt  le  caractère  d'un  lunch  (jue  d'une  réception  oITicielle.  Dans 
ces  conditions,  la  remise  de  la  lettre  Présidentielle  devait  éln» 
forcément  déjx)uillée  de  toute  espèce  de  solennité.  Le  Prince  s'est 
néanuioins  levé  pour  prendre  le  sachet  qui  la  renfermait  ;  il  en  a 
immédiatement  tiré  la  lettre,  dont  il  a  rompu  le  cachet  et  (pi'il 
a  fait  mine  de  parcourir  —  curiosité  quelque  {)eu  enfantine, 
puisque  Son  Altesse  ne  sait  pas  un  mot  de  français.  Une  traduc- 
tion apportée  jKir  M.  Devéria  circulait  en  même  temps  parmi  les 
membres  du  Tsoung-li  ^amen,  (|ui  en  prenaient  connaissance,  — 
sans  (|uilter  jkhu*  cela  leurs  bùtonnels  d'ivoire.  Le  Prince  Koung, 
après  s'être  décidé  à  replacer  dans  son  envelo[)|)e  la  lettre  adressée 
à  son  Sou>erain,  s'est  tourné  Acrs  moi,  en  médisant  qu'il  aurait 
l'honneur  de  la  transmettre  h  son  auguste  destinataire. 

Le  prince  koung  mit  peu  d'empressement  a  rendre*  la  \i 
site  de  notre  Chargé  d'AlTaires  ;  au  sujet  de  la  lettre  annon- 
(;ant  la  nomination  de  M.  Grévy  à  la  présidence  de  la  Hé- 
publiquc.  il  envoya  la  conmiunication  suivante  : 

Pé-King,  le  (5  juillet  1871). 

Le  7  mai  dernier,  V.  Kxc.  est  venue  au  Tsoung-li  \amen  nous 
remettre  une  lettre  du  Président  de  la  République  Française. 
L'ayant  fait  parvenir  à  la  Cour,  nous  eu  avons  reçu  la  réponse  ; 


■■n  ••■^•■" 


M.   PATKNoihr:  iii3 

tic»sirant  vous  la  faire  tenir,  je  eoinple  me  rendre  à    la  Légation 
de  France  avec  les  membres  dn  ^amen,  le  8.  à  'j  lienre>. 

JVs|M're  cjue  \  .  Exe.  pourra  nous  recevoir,  el  ]<•  la  prie 
d'agréer,  etc.  * . 

M.  Paleiiolre  écrivail  le  g  juillet  1879  :  «  J'ai  romercié 
Son  Allessi',  en  lui  faisant  savoir,  toutefois,  que  la  Chine 
avant  un  Ministre  i\  Paris,  il  était  conforme  aux  traditions 
diplomatiques  que  la  ré|K)nse  en  question  fût  remise  par  le 
Mar(juis  ïsVng  ». 

La  situation  élait  d'ailleurs  assez  délicate  pour  Al.  Pale- 
nolre,  car  les  cliar«rés  d'alTaires  ne  pouvaient  prétendre  à  une 
audience  iin[x*riale,  non  |)arce  qu'ils  étaient  en  Ciliine,  mais 
parce  que  c'est  la  re/irle  cou  un  une  de  tous  les  pnys.  Il  n'y 
avait  pas,  d'autre  pnrl,  de  [m'cédent  à  Pé  King. 

et  Je  n'ai  pu  retrouver,  dit-il,  dans  les  Arcliives  de  la  Léjjjalion 
trace  de  ce  qui  avait  été  l'ail  piir  M.  de  Rocliechouart,  lors  de  la 
nomination  de  M.  ïliiers.  Lors(pie  M.  le  Marérlial  de  Mac-Malion 
fut  appelé  ù  la  Présidence  d«»  la  Hépuhlicpie,  M.  de  Geofrov  — 
qui.  en  sa  qualité  <le  Ministre  Plénipotentiaire,  avait  le  droit  de 
reincllre  directement  au  Souverain  la  lettre  anto«:;raplie  dn  Clhef 
de  rËtat  —  prévoyant  des  dillicullés  de  la  part  du  (iouverne- 
ment  Chinois,  ju*;ea  préférable  d'éluder  la  question  et  se  contenta 
de  notifier  par  «Vrit  au  Tsomii^^li  ^amen  la  décision  de  TAssem- 
blée  Nationale.  Le  Prince  ivouni;  répondit  naturellement  dans 
la  nic^me  forme.  Aucun  des  Keprésenlanls  accrédités  à  Pé-King 
ii*a  eu  depuis  à  faire  de  notification  semblable.  » 

L<.»  Ministère  approuva  la  ct)nduite  de  notre  Chargé  d" Af- 
lîiii*es  el  la  ré|)onse  du  (louvernemenl  chinois  tut  nMuise  par 
le  Marquis  Ts'éng  au  Président  de  la  République,  suixant 
l'usage,  en  audience  prircc,  le  1 5  octobre  1^^791  Ts'éng 
s'était  embarqué  exprès  de  Londres  pauv  remettre  la  lettre. 

I.  Traduction  conrorinr.  sï^mk*  :  (î.  l)i  VKiti 


l/|4  DE    FKVBIER     1878    A    JUIN     1880 


LÉGATION    I)' ITALIE 


En  1879,  riUilio  qui  n'avail  alors  qu'un  soul  roprosonUnt 
pour  la  Cliinc  et  le  Japon,  accrédita  à  Pc  King  un  agoni 
s|3écial  avec  le  lilre  de  minislro  résidonl,  AI.  de  Luca,  (pii 
arriva  à  Chang-Haï,  peu  de  temps  avant  le  départ  de  Al.  Bre 
nier.  Il  descendit  h  Pé-King  à  la  Légation  dWllemagne  et 
s\»nquit  d'un  terrain  pour  s'y  établir.  11  s'adressa  dans  ce 
but  aux  Lazaristes,  ricbes  propriétaires  fonciers,  qui  avaient 
déjà  cédé  des  terrains  à  M.  Hart,  pour  l'botel  des  Douanes  el 
à  la  Belgique,  pour  l'installation  de  sa  légation. 

M.  de  Luca  se  beurta  à  un  refus  poli,  le  Pape  n'avail-il 
pas  déclaré  h  Rome  à  M^*''  Delaplace  :  ISullo  modo  debes  ar/cre 
cum  pseudo-rcyis  flaliae  minislro. 

Par  suite  de  la  Convention  de  Tcbé-fou  d'épineuses  né- 
gociations étaient  engagées  par  le  corps  diplomatique*  tout 
entier  au  sujet  des  réformes  à  apjxirter  dans  les  taxes  pré- 
levées à  l'intérieur  de  l'empire  (novend)re  1879)*. 

ARMEMENTS    DE    Ll   HOU?i(J-TCHANG 

En  décembre  1879,  Li  Houng-tcbang  avait  engagé  les 
services  de  M.  von  Hanneken**  connue  aide  de  camp,  el  lui 

1.  Il  ôlait  alors  com{M)sé  (Je  T.  F.  WaiJe  (Grande -Bretagne),  M.  von 
Brandt  (Allemagne),  (t.  F.  Seward  (filais-Unis),  J.  H.  FerguM)n  (l*a>s- 
Bas),  J.  F.  Elmore  (Pérou),  Fenl.  de  I^iica  (llali<>),  llofîer  de  llollonlels 
(Autriche- Hongrie)  et  des  chargés  d^alTaires  A.  Koyander  (Russie,  repré- 
sentant le  Danemark),  Ramon  Gulierrez  v  Ossa  (Espagne).  J.  Palenôlre 
(France),  Hub.  Serruvs  (Belgique). 

a.  China ^  n"  3  (i88r«).  —  Corrospondence  respfctinif  the  Af^rec- 
ment  belween  the  Ministers  Plenipotentiavy  of  the  Cos'ernmentsS  of 
Great  iiritain  and  China,  signed  at  Chefoo,  septemlier  i3,  i87r». 
[In  continuation  of  China,  n"  u  (1880).]  Presented...,  i88'«.  Lond..  in- 
fol.  (C.  —  SSi/)]. 

3.   Un  de  nos  olHciers  écrivait  au  sujcl  de  M.   v.  llannekcn,  âgé  alors 


•f^TTTTP?  -- ^ 


V- 


AUMi:\ii:>Ts   in:   i.i    moi  N(;-t(.ii  vx;  l 'ii» 

(Ifiiiaiula    do    lui     soiiniollro    un    plan     do     rcVir^rimisaiion 
«le    rarmro    rhinoise    sur    la    hase    du   s\st(*iuo  du    soniiv 
cïhli^aloiro.  A  la  fin  do  la  nirinc  annén,  Li  iii  \(Miir  <rAn»rlc*- 
lerre  quatre  canonnièros  qui  se  montrrronl  inférieures  à  ce 
qu'on  en  attendait,    quoiqu'elles  fussent   d'un  modèle  non 
veau  ;  d'autres  commandes,  d'au  moins   trente  millions  de 
francs,  doAaîenl  être  faites  à  la  maison  Armslronp:  en  iSSo. 
Kn  no\eml)i*e  1879,  le  cr)mmandant  Kournier,  venu  avec  le 
Lynx  \}onv  prendre  la  station  criiiver  à  Tien-Tsin,  lit  ^isite 
nu  vice-roî  avec  lequel  il  établit  des  relations  assez  conliales 
|Knir  que  Li  lui  offrit  le  commandement  en  chef  de  la  nia- 
riiie  chinoise.  Fournier  déclina  cette  otl're  flatteuse  pour  lui, 
aussi  bien  que  |K)ur  un   de   ses  ollicriers,  mais  il  pro|K)sa  les 
services  de  M.  Paul  Mignard,   lieutenant  de  vaisseau  démis 
sionnaire,  crumne  inspecteur  «général  de  la  marine  militaire 
IHiiir  les  ports  de  la  Chine  septentrionale,  cpii  furent  af^réés 
(mars  1880). 

Un  autre  lieutenant  de  vaisseau  français,  conmiandant 
d'un  [)aquolH)t  des  Messageries  depuis  quin/c  ans,  M.  (iaii- 
vaîn,  fui  engagé  l'année  suivante  (1S81)  pour  trois  ans  jwiur 
sVni ployer  à  créer  dans  le  golfe  du  IV  Tché-li  une  école 
navale  professionnelle  où  s'instruiraient  les  olliciers  et  les 
malclols  destinés  à  counuanderou  à  armer  les  hatiments  de 
la  flotte  chinoise  du  ^ord^ 


cl*i*nviron  a'i  ans  (i-^  d^'^ccuibro  '«^^TO)  :  «  iH  *^^^\  ''!?*  <t'>iii  lioiilciiunl- 
g^'uéral  rl(!  l'aniK'^o  allcmaiiclo,  ollicior  (li>liii^ii<'',  vi  raulcnr  il'iiii  ouvrage 
inililsim  mit  le  si('go  di*  Met/.  f|iii  n  S(>r\i  tU*.  ha^ic  an  |)lai(l«i>(>r  «le  \\^ 
Lacliaud,  «laii»  le  |>roc<>R  llu/aiiir.  Il  csl  sorti  Ao  rKcole  iniiilairc  coinnio 
«iflicicr  J*artîllcrin  el  a  fait  un  nUi^o  dans  rinraiili'ric  o{  ilans  la  ra\alori«*; 
c'est  à  Btïrlin  qu'il  a  élé  pn^rafrô  pur  l'auibussaili'  chinoise,  sans  dmilc  à 
la  (icmandr*  du  gouxcrncnionl  alItMnaihl.  d 

I.  M.  <iauvaiii  donna  >a  démission  on  avril  iiSiS't;  on  lui  drnnia  uni- 
întlumnîlé  d'une  annéo  do  Irailomcnl,  ({ui  étail  «lo  Tufls  jixi  par  iniis, 
el  TaeU  kmk»  |M»ur  ses  frai»»  de  vovafro.  —  Xurth-China  llrruld, 
April  3a,  1S82. 

CuRDIEH.  Il   —    10 


l/|4  DE    FÉVRIER     1878    A    JLÏX     1880 


LÉGAT10>'    d'iTALIE 


En  1879,  rilalio  qui  n'avait  alors  qu'un  seul  rcprc'sontanl 
pour  la  Chine  et  le  Japon,  accrédita  à  IV  Kin^»-  un  a^^ent 
spécial  avec  le  tilre  de  ministre  résidenl,  M.  de  Luca,  (pii 
arriva  à  Cliang-Haï,  peu  de  temps  avant  le  départ  de  M.  lire 
nier.  11  descendit  à  Pé-King  à  la  Légation  d'Allemagne  et 
s'enquit  d'un  terrain  pour  s'y  établir.  Il  s'adressa  dans  ce 
but  aux  Lazaristes,  riches  propriétaires  fonciers,  (pii  avaient 
d(!Jà  cédé  des  terrains  à  M.  Ilart,  pour  Tbotel  des  Douanes  et 
à  la  Belgique,  pour  Tinstallalion  de  sa  légation. 

M.  de  Luca  se  beurta  à  un  refus  poli,  le  Pape  n'avait-il 
pas  déclaré  à  Rome  h  M**""  Delaplace  :  ISulla  modo  dehes  nijcrc 
cum  pseudo-refjis  flaliae  ministro. 

Par  suite  de  la  Convention  de  Tcbé-fou  d'épineuses  né- 
gociations étaient  engagées  par  le  corps  di|)lomatique'  tout 
entier  au  sujet  des  réformes  à  apporter  dans  les  taxes  pré- 
levées à  Tintérieur  de  Tempire  (novembre  I879)^ 


ARMEMENTS    DE   U    HOUNG-TCHANG 

Kn  décembre  1879,  Li  Houng-tcbang  avait  engagé  les 
services  de  M.  von  llanneken*^  connue  aide  de  camp,  et  lui 

I.  Il  6tail  alors  coin{)osë  rjc  T.  F.  Wa«lc  (GRinde-Brelagnc),  M.  von 
Brandt  (Allemagne),  G.  F.  SewanI  (États-Unis),  J.  H.  Fer^iison  (l^a}**- 
Bas),  J.  F.  Elmore  (IVroii),  Fcnl.  de  Luca  (Italie),  llofîer  de  llollenfi'ls 
(Autriche- Hongrie)  et  des  chargés  d'affaires  A.  Koyander  (Russie,  repré- 
sentant le  Danemark).  Ramnn  Gnlierrez  v  Ossa  (Espagne).  J.  Palenolre 
(Franco),  Hub.  Serruvs  (Belgicpie). 

a.  CVi/wff,  n"  3  (188*»).  —  Corrpspondence  respectif! g  the  Agace- 
ment betiveen  the  Ministers  Plenipotentiary  of  the  Co\'erninents  of 
Great  Britain  and  China,  signed  at  Chefoo,  sopteniher  i3,  1870. 
[In  continuation  of  China,  n"  'à  (1880).]  Presented. . . ,  i88m.  Lond.,  in- 
fol.  (C.  —  3395]. 

3.   Un  de  nos  otBciers  écrivait  au  sujet  de  M.   v.  llannckcn,  âgé  alors 


AUMrMKNTS     HK     1,1     Il(»r\(;-T('ll  V  NT.  I  '\î} 

tlfiiKiiKlii    do    lui     soiiinoUro    un    plan     do     rénrganisatioii 
lit*    rarinoc    rliinoiso    sur    la    base    du   .svslrino  du   servh'o 
(ililiffatoiro.  \  la  fin  do  la  mémo  anuoo,  Li  fil  \onir  dWnglo- 
lorrc  quatre  canonnières  qui  se  nionlivrenl  inforiouros  à  ce 
qu'on  en  attendait,   quoiqu'elles  fussent  d'un  modèle  nou- 
\cau  :  d'autres  commandes,  d'au  moins   trente  millions  de 
francs,  devaîenl  èlre  faites  à  la  maison  Arinstronf;  en  iS8o. 
En  novembre  1879,  le  commandant  Fournier,  venu  avec  le 
A-v/Li;  pour  prendre  la  slatinn  d'bivor  à  Tien  Tsin,  fit  visile 
au  \ice-rr»i  avec  lequel  il  élablit  des   relations  assez  cordiab'S 
[»nur  que  Li  lui  olfrit  le  commandement  on  cbef  de  la  ma- 
rine cbinr»iso.  Fournier  déclina  cette  ollro  flatteuse  pour  lui, 
aussi  bien  que  pour   un   de   ses  (»fliciers,  mais  il  pro|x)sa  les 
services  de  M.  Paul  Mignard,  lieutenant  de  vaisseau  démis 
sionnnire,  conwnc  ins|)ectour  «rénéral  do  la  marine  militaire 
|>i>iir  les  ports  de  la  Chine  sej)lentri(malo,  (]ui  furent  agréés 
(mars  1880). 

L'n  autre  lieutenant  de  vaisseau  français,  conmiandant 
d'un  i>aquel)Ol  des  Messageries  depuis  quin/e  ans,  \T.  (iau- 
vain,  fut  engagé  Tannée  suivante  (iSSi)  pour  trois  ans  pom* 
sVniplojer  à  créer  dans  le  golfe  du  Pe  T<*lié  li  une  éccilc 
navale  professionnelle  ou  s'instruiraient  les  olliciors  et  les 
matelots  destinés  h  commander  ou  à  armer  les  bàlimonts  lU* 
la  flotte?  chinoise  du  Nord'. 


d*on'*iron  ti'i  ans  (im  drccinhrc  iS7())  :  a  |ll  cslj  fils  d'un  lioutciianl- 
gcnOral  de  l*ariu(«  atleiiiaiult*.  ntTicIcr  dislin^MÔ.  vi  l'niili-iir  d'un  ou\r.ig«' 
mîlîlaîrc  sur  le  siègo  de  Met/,  (|ni  a  :ii'r\i  do  hase  iiu  |ilald<i><T  di-  \\*' 
fiacliaud,  dans  le  [)roc4*s  l^i/.aiii(f.  Il  est  sorti  do  l'I^'ole  niilltain'  riirunic 
ullicier  d'artillerie  et  a  fait  un  sta^'(3  dans  l'infanltTio  ol  dans  la  cavalorio: 
cV"!  à  Berlin  qu'il  a  ôlé  t*tif:a^à  par  raiul)ass<ido  cliinoiso.  "«ans  doute  à 
la  tieniande  du  (j^ouvcrnenicnl  ailoniand.  » 

I.  M.  (îau\ain  donna  sa  diMuission  vw  avril  iiSSit  ;  on  lui  donna  uni; 
iiulcinnité  d'une  année  de  Irai  Ionien  t.  (|ui  otuil  cic  TaoU  Tioi)  par  mois. 
el  Tacl«  unx}  |M»ur  ses  fraU  do  voyago.  —  Xnrih-Cftifut  I/cntUi. 
April  aa,  1882. 

CuHDlER.  li    —     10 


CHAPITRE  Mil 


TRAITÉ  ALLEMAND.   -  TRAITÉS  AMÉRICAINS 


Dès  TrU'  (le  1872,  le  traité  négocié  î\  Tion-Tsin,  le  2  sop 
toTiibro  18G1  par  le  comie  d'Enlenhoiirg  avait  été  déiioneé  ; 
ce  n'était  qn'iine  simple  mesure  de  conservation.    Mais  en 
1876,  alors  cpie  la  Chine  n'avait  pas  encore  réglé  raffaire 
Margary,  les  circonstances  paruivnt  favorables  au  gouverne 
ment    impérial  pour  commencer  les  négociations,  et  après 
s'être  assuré   le   concours  de  la   plupart   des  grandes  puis 
sances,  rAllemagne  réclama  également  les  bons  ollices  de  la 
1^'rance  par   la  noie  suivante  du    prince  de  Hohenlolie,   son 
aud>assadeur  à  Paris  : 


AMIUSSAHE    IMPKUIAl.E    D'ALLEMAGNE    EN    FKANCE 


NOTE  VERBALE 

Depuis  nombre  d'années,  les  diverses  puissances  européennes 
(pii  ont  conclu  des  traités  de  comnierco  avec  la  Cliine,  onl  pris 
en  considération  la  révision  <le  ces  traités.  Des  l'été  1872,  le 
(îouverneuient  Allemand  a  informé  le  (îouvcrneiueiit  Chinois 
de  son  intention  de  se  prévaloir  du  droit  de  révision  prévu  par 
Tarliele  71  du  traité  du  2  septembre  18G1. 

L'ouverture  des  négociations  ayant  été  retardée  pour  diiïéren- 
les  causes,  le  ministre  dWlleniagne  à  Pé-king  n'a  revu  (pie  tout 
récennncnt  les  instructions  niVessaires  à  cet  effet.  Le  Couverne- 
menl  Allemand  se  place  au  point  de  vue  (pi'il  s'agit,  d'une  part 


v\iuv»vi)r,    iMi'iiUMi:   u' m.i.km  v»;m    r\    m\NM:  \ 'i\) 

(i'iiis|)irer  au  (îouvcrmMutMil  (lliinois  la  ronviction  (in'oii  lU' 
lui  (leiiiande  pas  dt»  nouxraux  sacriliccs,  cl  d'aulne  pari.  (1<*  In» 
(Iciiionlror  que,  malgré  la  diverf^iMicc  (IrcTrlaliisiiiIrrôls,  les  piils- 
sîuiccs  euro[)éenncs  sont  unies  eu  ce  cpii  coucerue  la  (pieslion 
principale. 

I^  Gouvcrncnienl  Allemand  fera  ahsiracliou  de  luule  récla- 
mation non  basée  sur  un  fait?  ainsi  cpie  de  celles  (|ui  u'niit 
aucune  chance  d'èlre  accueillies  par  le  (îouxeriienienl  (ihinnis. 
On  évitera  éj^aleuient  de  l'aire  des  [)r()|)Osi lions  de  nature  à  pro- 
v(K|ucr  des  demandes  de  réciprocité  ipii  |M)urraient  être  •lènanles 
soit  pour  rAllema^nu',  soit  pour  une  des  autres  puissances  con- 
tractanles.  Nous  nous  ahslieiidrons,  ]ku*  exemple,  de  Ibruuiier  des 
demandes  [>our  rabaissement  du  tarif,  ou  pour  un  droit  absolu 
d'établissement  des  élraui^ers  à  l'intérieur  ou  pour  re.\[)loitation 
dos  mines  par  des  étrangers. 

Kn  bornant  nos  réclamations  strictement  au  domaine  com- 
mercial, en  évitant  d'intnKluire  dès  à  préseid  des  (pieslions 
avant  une  |X>rtéc  politique  et  sur  les(pielle.s  l'identité  d'inléréls 
n'est  jKis  encore  établie  parmi  les  puissances,  nous  cro\ons  con- 
tribuer |)our  notre  part  à  une  ré\ision  plus  |)ronq)ie. 

Malgré  ce  projjjranune  restreint  nous  espérons  arriver  à  un  ré- 
sultat utile  |X)ur  toutes  les  puissances  contractantes,  si  nous 
réussissons  h  procurer  au  conunerce  étranger  (piebpies  ports 
nouveaux  et  (pieh|ues  \oies  iiavi«;ables  vers  l'intérieur,  à  assiner 
l'emploi  des  droits  de  tonnafj;e  pour  des  travaux  utiles  à  la  navi- 
gation, mais  surtout  si  nous  pou\ons  arriver  à  faire  mettre  lin  à 
l'arbitraire  qui  ré«;it  actuellement  la  percepliou  des  droits  dits 
Likin,  et  qni  sont  considérés  par  les  conunerçauts  connue  l'obs- 
lacle  princijial  contre  le  développiMuenl  tlu  commerce  extéri«'ur 
de  la  Chine. 

Nfuis  essaierons  é,!4:alemenl    d'obtenir  (pielqnes  une>  des  con 
cessions  faites  à  1' Anp»leterre  en  iSImj.  11  est  \rai  qnr  celle  con- 
vention additionnelle',  (|ui   ne  fui  pas  ratifiée.  sli|)nlail    pour  la 
Cihiiie  des  axantaires  considérables   par   rapport  à  la  j)erce[)lion 
des  droits  Likin. 

Ouehiue  mofle>le  cpie  puissr  être  \v  résultat  «le  nos  néi:oii.ilion<. 
il  constituerait  un  jiroirrès  réel,  parce  «pie  la  \«>i»'  >e  trouxrrail 
ainsi  ou>erte  |H»ur  la  ré\isioii  des  Traités  des  autres  piils>anres. 

I.  (]oiiveiiliuii  Alcuck.  —  \nir  I,  p.  Mti) 


I.)0  THVITK     \LLEM\ND     —     TIIMTICS     VMKKICAINS 

Nous  croyons  servir  les  inlérôls  solidaires  de  toutes  les  puis- 
sances contractantes,  en  traitant  isolément  aNcc  la  (Ihine.  Les 
autres  puissances,  pourront,  en  procédant  suhséqueniment  et 
cliacune  séparément  à  la  révision  des  traités  respeclifs,  obtenir 
|)etit  à  petit  des  avantages  que  leCîouvernement  (Chinois  ne  sera 
guère  disposé  à  accorder  en  première  instance.  Mais  nous  a>ons 
rcs[X)ir  que  toutes  Iva  puissances  intéressées  à  ce  résultat  ulté- 
rieur voudront  donner  expression  au  sentiment  de  solidarité,  en 
faisant  appuyer  a  Pé-king  le  négociateur  allemand  par  leurs  re- 
présentanls  respectifs. 

Après  avoir,  dans  une  phase  précédente  de  la  question,  acquis 
la  conviction  que  les  Gouvernements  de  la  (îrande  Bretagne,  de 
rAutriclie-Ilongric,  de  la  Russie  et  <les  Ktats-Unis  partagent  la 
manière  de  >oir  qui  vient  d'être  exposée,  le  Gouvernement  Alle- 
mand s'adresse  aujourd'hui  à  toutes  les  puissances  contractantes, 
en  les  priant  de  l'informer  si  elles  sont  dis]X)sées  h  faire  donner 
leur  appui  et  leurs  bons  conseils  au  Ministre  d'Allemagne  à 
Pé-king  dans  les  négociations  qu'il  va  entamer  en  vue  de  la  révi- 
sion du  traité  actuellement  existant  entre  rAlieinagne  et  la 
Chine. 

Le  Gouvernement  Impérial  ne  doute  pas  que  Pattitude  du 
Gouvernement  Français  correspondra  aux  bons  rapports  des 
deux  Gouvernements. 

Paris,  le  23  mars  187G. 

Rien  dans  le  projet  nllemnnd  n^étail  contraire  aux  idées 
générales  de  notre  politique  en  Chine,  il  est  d'ailleurs  de 
Pintérèl  des  puissances  étrangères  de  se  montrer  unies  autant 
que  j>ossiblc  dans  PExtrrme  Orient,  en  consécpuMire  d<'s 
instructions  furent  données  à  notre  Chargé  d'Allaircs  à 
Pé  King,  M.  de  Rochechouarl,  do  prêter  ses  bons  oIVrcs 
au  ministre  d'Allemagne,  M.  v.  Brandt.  L*aide  de  la  France 
était  d'ailleurs  presque  indispensable.  L'article  ^|0  de  notre 
traité  de  Ticn-Tsin  de  1808  *  a  une  importance  ca|)ilale  ;  il 
n'est  inséré  dans  aucun  aulre  traité,  et  il  empêchait  toute 
négociation  sans  le  concours  de  notre  paNs. 

I.  I,  p.  30 


i.i:    MiMMUi.   in>    AiiAiiiis    II  i;  vN«;i.i{i.>  i ,)  i 

I.K    MIMSTUE   1>KS    VIKAIUKS  ÉTUA.\(;Î:HES    A    M.    I)K   «oCHl-CHor  \UT 

Versailles,  le  7  avril  187O. 

MONSIELU, 

M.  rAinbassadeur  (rVIleinai^me  ii/a  aiinoiuv  riiitention  où  se 
trouverait  le  (jouveriicnieiil  impérial  (l*eiilanier  avec  la  (lliiiie 
lies  négociai  ions  dont  l'objet  serait  d'arriver  à  faire  nimlilier  dans 
un  sens  profitable  à  toutes  les  Puissances  Européennes  les  sti- 
pulations du  hailé  de  i8()i.  Se  fondant  sur  le  caractère  d'intérêt 
général  (pie  présenteraient  les  déinarclies  dont  M.  de  Brandtdoit 
être  char<^é  auprès  du  'J'sounf,'-li  Yanien,  le  Cabinet  de  lk*rlin 
désirerait  <pie  son  représent(uit  fut  appuvé  par  les  dillérenls 
chefs  de  Mission  .accrédités  à  Pé  kiiii;.  L(;  Prince  de  lloluMilolie 
m'a  remis  à  cet  ellet  une  note  Ncrbale  «pie  vous  trouverez  ci-an- 
nexéc  en  copie  et  où  vous  verrez  (pie  leCîouverneiuent  Allenuuid 
croit  pouvoir  compter  sur  le  concours  cpie  1' Vn;;Ielerre,  l'.Vutri- 
clic-IIonj;rie,  la  Kussie  et  1(îs  Etats-Lnis  seraient  disposés  à  lui 
fournir  eu  celte  occasion.  Je  n'ai  pour  ma  [>art  aucune  objection 
à  faire  aux  idées  f^énérales  exprimées  dans  ce  document  et  je  ne 
puis  (jue  vous  engager  à  prêtera  M.  de  Brandt  vos  bons  ollices 
pour  l'aider  à  réaliser  le  programme  tracé  ])ar  son  (iouverne- 
nient. 

La  clause  du  Traité  de  Tien-Tsin  (jui  nous  rés(îrvc  le  Iraite- 
iiient  de  la  nation  la  plus  favorisée  nous  assure  elfecliNeuKMit 
notre  [wrt  dans  le  bénéfice  des  conclussions  nouvelles  (pii  vien- 
draient à  être  accordées  par  le  (iouvernement  Chinois  et  la  mo- 
dération même  des  demandes  ipie  le  Ministre  d'AIIemairne  a 
mission  d(>  lui  soumettre  doit  écarter  j)Our  ni»u^  U)i\\o  (-niint«* 
de  comj)lications  embarrassantes,  .le  m:'  [)rop()s(>  t<)ul«'fois,  après 
a\oir  mùremeiil  examiné  li'  pr()j(4  (jui  nous  a  été  commuiiiipié 
dans  s*)n  ensemble,  de  \ous  adresser  nous  le  timbre  de  la  Direc- 
tion des  Consulats  et  ailaires  comuKM'ciales  des  indicalioiiN  |»liis 
précises  î>ur  1rs  p  lints  |):irliculiers  au  ^ujel  descpiels  nous  pour- 
rions avoir  d:»s  observatioiii  de  détail  à  présenter. 

llecevez... 

L)\-uitre  pari,  M.  v.  I^randl  rrrui,  au  ('nniuicnrenicnl 
d'iivril  1870,  l'ordre  de  se  Mietln*  en  ra]>pnrl  avec  le  (lliar«ré 
(l'An'airos  de  Tranœ  en  vue  de  la  révision  ilu  traité. 


l  ;')•;»  TRVITK    ALLEMAND    —    TH  VITES     WIKUICAI.NS 

La   note  fin  prince  de  llohenlolie  recul    la   répctnso    sni 
vante  : 

NOTE  VERBALE,  12  avril  187G 

Le  (îoiivernciiienl  français   reconnaît  l'avantage  <|ne  peuvent 
présenter  les  négociations  cpic  le  Gouvernement  Allemand  pro- 
pose d'ouvrir   a    Pé-king,  à  l'elTet  de  provocpier  la   révision   du 
traité  conclu  en  1861  entre  le  Représentant  du  Zollverein   et  le 
Céleste  Empire  et  d'obtenir  des  concessions  dont  toutes  les  jniis- 
sances  seraient  appelées  a  profiter.  Les  vues  exposées  dans  la  note 
verbale  de  Son  Altesse  le    Prince  de  ilolienlolie  sont   en  com- 
plète harmonie  avec  cet^sprit  de  solidarité  dont  la  France  s'est 
inspirée  toutes  les  l'ois  ([u'elle  a  eu  l'occasion  de  s'associer  à  des 
tentatives  ayant  pour  objet  d'étendre  en  Chine  et  au  Japon  la 
situation  faite  aux   Ltrangcrs.   Le   Gouvernement  français   est, 
par  suite,  tout  disposé,  en  ce  qui  le  concerne,  à  concourir  à  une 
œuvre  de  progrès  pacifique   dont  la    poursuite   est   le  principal 
objet  de  sa  politique  générale  en  Chine.  Le  Chargé  d'Affaires  de 
France  appuiera  donc  les  démarches  présentes  de  M.  de   !5rantlt 
et    recommandera   de  concert  avec   se^   collègues,  au  ïsoung-li 
Yamen,    l'adoption  du  programme  tracé  par  le  Gouvernement 
lm|)érial.  Des  instructions  conçues  dans  cet  esprit  ont  été  en- 
voyées par  le  courrier  du  7  Avril   à   M.  le    Comte  de   l\oche- 
chouart. 

Si  les  arrangements  projetés  doivent  avoir  pour  effet  d'accroî  - 
Ire  les  privilèges  dont  jouissent  les  étrangers  de  toute  nationalilé 
en  Chine  et  d'ajouter,  en  leur  faveur,  des  garanties  nou> elles  à 
celles  que  le  Traité  de  Tien  -Tsin  a  déjà  stipulées,  le  Goiiverne- 
ment  français  s'estimera  heureux  d'avoir  aidé,  pour  sa  part,  à 
atteindre  un  résultat  conforme  aux  intérêts  collectifs  de  toutes  les 
Puissances  maritimes. 

Paris,  le  13  avril  1876. 

M.   de  Brandt  adressa,   en  mai    187G,  au  Ciouverneiiient. 
chinois,  un  nieinorandnni  dans  lecpiel  il  exposait  ses  deside 
rata,  jmîu  nombreux  d'ailleurs  et  peu  inq)ortants  : 

«  Les  réformes  (pi'il  réclame,  écrit  un  diplomate,  poi't(Mit  sur 
les  droits  de  transit,  sur  la  juridiction  des  cours  mixtes,  sur  les 
délais  accordés  au  ciibolage  [)our  le  payement  des  droits  de  ton- 


MIMoliWDI  M  ir),S 

iit'ige,  sur  roi'i^^aiiisalion  dos  drawhacks  cl  des  dorks.  sur  lomor- 
lurc  d'un  plus  ^raiid  nombre  de  jmhIs,  soil  sur  la  rôle,  soil  sur 
Ui  Yang-tseu,  que,  nolauuiient  il  voudrait  voir  ouvert  jusqu'à 
l-trliaiig,  ville  située  sur  la  frontière  du  Ilou-Pé  et  au-desNUs 
de  lacjuelle  coiumcnccnl  ])res([ue  imniédiatenient  les  rapides 
iiifranehissubles.  » 


Kntro  tenq»s,  sir  T.  A\  ade  signai!  la  con  vent  ion  de  Trlir- 
fon  (l'y  sepL  iNyO)  (|ni  entraînait  des  pourparlers  difliriles 
a^ec  les  dilTérenles  |niissanr(»s,  en  particulier  sur  co  cpii  était 
œlulif  an  llh'n,  douanes  inléri<'ures.  V  co  sujet,  le  ])rinre 
Koniig  adressa  la  lettre  suivante  à  tons  les  ministres  élran- 
gei*s  : 

l'j  dérend)re  187G. 

Dans  un  prémient  entreliiui  avec  le  Tsf)unijf-Ii  ^aulen  soit  au 
sujet  de  la  non-perce|)tion  du  fJLin  sur  les  marchandises  dcr 
provenance  étrau'îere  vendues  par  des  néijjociants  étrangers  dans 
les  limites  des  Concessions  étran';ères  de  Cliang-llaï.  soil  au 
sujet  des  certificats  de  réexporlation  (Drawbacks)  >alables  pour 
une  p<Ti(Mle  de  trente-six  mois  et  de  la  date  où  ces  mesures 
seraient  mises  en  pratique,  S.  E.  M.  le  nûiustre  d'Allemagne 
nous  avait  déclaré  s'être  concerté  avec  N  otre  Kxcellent'e. 

AuT.  1*^^'.  —  Dans  les  limites  des  (concessions  Ktranj^ères  de 
Clianf|;-IIaï,  on  ne  perce>ra  plus  la  taxe  du  likin.  (Juaut  aux 
ports  autres  que  Clian^-llaï  anciennement  ou  récenun(?nt  ouverts 
au  Commerce  et  où  des  concessions  |>our  tous  les  étrangers  n'ont 
point  encore  été  établies,  on  attendra  qu'après  une  entente  préa- 
lable, des  limites  aient  été  déterminées  |K)ur  fixer  ré|)ocpie  à  la- 
quelle la  perception  du  likin  sur  les  marcliandiscs  étran^èrcrs  ces- 
sera d'avoir  lieu  dans  les  dites  limites. 

Dans  les  limites  établies  des  concessions  élraiip:ères  de  Cliau;:- 
llt'iï,  et  à  dater  du  i'"' jour  de  la  T"  lune  delà  troisième  année 
Kouan^  Siu,  la  taxe  du  likin  ne  sera  plus  perçue  sur  les  mar- 
chandises de  |)roxenance  étran-^ère  parraitemenl  aut lient iipie. 
soil  que  le  né|^ociant  étranj^er  les  vende  à  un  étraiii^er.  soil  cpi'il 
les  vende  à  un  né<^ociant  indifrène. 

AuT.  :i.  —  Période  penilant  la<pjelle  les  cerlilicals  de  réexpor- 
tation seront  valables. —  A  dater  du  premier  jour  de  la  i"  lune 


l')\  TU  VITE     \LLEMAM)    THAITKS    AMKUICAINS 

(le  la  Imisic'MHî  ann('o  Koiian*;  Siu,  tout  négociant  l'Iraniror  (|ni 
vondrail  ré-cxiu'dior  dos  Miarcliandis4.^s  de  provonaru-o  ('Irangrn' 
parraitcincnl  unllienllquc,  pourra,  à  la  condition  (|uc  l'cndjidlagc 
priniiliC  suhsislc,  ([ue  la  marchandise  |)riniilivc  soit  la  nirnic  cl 
(|uVlle  n*ail  subi  ni  modification,  ni  snhslitntion.  ponrra,  disons- 
nons,  pendant  une  période  de  trente-six  mois,  s'étcndant  du  jour 
d'enlrée  dans  1(»  j)orl  de  la  marcliandise  jiis(pi'au  jour  de  sa  ré- 
exportation, adresser  des  demandes  de  certilicals  de  ré-e\[)orla  - 
tinn  (drawhacks)  ou  encore  en  réclamer  le  montant  à  sa 
convenance. 

Toutelois,  les  certificats  de  ré-e\portation  délivrés  antérieure- 
ment au  r*^  'y)\iv  tl(?  la  première  lune  de  la  .Vannée  de  kouan*;- 
Siu  sans  limite  de  date,  ne  |M)urront  être  emj)lovés  (pie  connue 
verscnuMils  pour  droits  de  douane  ;  le  montant  n\m  sera  pas 
remboursé. 

Les  deux  artich^s  ci-d(»ssus  ont  été  connnuni(ju(;s  à  MM.  les 
Ministnvs  étrangers,  aux  Intendants  du  Commerce  du  Nord  et 
du  Sud  (Li  1louu,i<-tclian{^  et  (ihen  Pao-tclieuij).  pour  (pie  ce>. 
hautes  autorités  les  lassent  mettre  en  vigueur  et  j'ai  riioimeur 
de  les  |)orter  à  la  connaissance  de  V.  Excellence'. 

M.  le  viconito  hrenier  de  Moiitinoraïul  répondit  au 
Tsonng-li-Yauieii. 

P(>-King,   iSdtVembrc  i87(). 

J'ai  eu  Thonneur  de  rec(^>oir  la  I)é|K>che  de  V.  A.  I.et  de  V  .  V. 
K.  I*^  en  dat(;  du  I3  courant,  nrannonçant  (jue,  en  consé([U(Mi((' 
d'une  entente  sur\c-nue  entre  le  Ministre  d'Allemagne  et  vous,  vous 
a\ez  envoyé  des  instructions  aux  autorités  com|>étenles  |)ortant 
cpTà  partir  du  i3  févri(»r  |)rochain,  la  percepti(.>n  de  l'impôt  du 
Hkln  sur  les  importations  élrangen^s  à  Cliang-Ilaï  sera  discou- 
tinu(V  et  «pi'à  j)artir  delà  même  date  les  drawbacks  seront  rache- 
tables  comptant  et  pourront  être  obtenus  pendant  trois  ans  après 
l'importation  des  marchandises,  etc.,  etc. 

En  réponse,  j*ai  Tbonneur  d'informer  V.  A.  I.  et  V.  \.  E.  K. 
que  je  regarde  les  arrangenuMils  faits  comme  entièrement  satis- 
faisants en  ce  (jui  concerne  les  drawbacks.  Pour  ce  (|ui  est  de 
l'abandon  de  la  ])erception  du  droit  de  likin  sur  les  marchand i- 

I.  Pour  traduction  conforme,  le  i*""  inlorprctc/;.  i.  (signé)  :  Aiti-xt. 


I   II  IM  \  I  I   M  I  .).) 


si'N  rlraiigm's  à  (iliann-llaï,  jr  ne  [mis  (|ii(>  dr^Iarcr  «jnc  je  le 
roiisiilèn»  rniiiiiio  mu»  iiicMirc  n>nl\)rint.*  aux  t'Iaiiscs  drs  Trailrs 
i*\istanls.  Xraiiiiioins,  rrlativcniciil  aux  drnils  île  [jLin  ni  «^riir- 
ral,  il  est  de  mon  dovoir  dVxprimcr  rcs|K)ir  quo  \ous  j)ournv 
hioiitùl  almiulomior  colle  taxe  parloiil  et  donner  ainsi  pN'ine 
vijîucur  à  çvs  clauses. 

Si^né  :  V*'  BHKNn:ii  dk  Montmoiiand. 

Lv.  malin  dn   i''""  décemhn;   J«Sy(),  M.  de  l)raiult,  niinislre 
dWlioma^ne,  écrixail  an  Tstunif^  li  ^ameii  (|ue  : 

«  Si  dans  les  ([uaranle  liuil  heures,  le  (iou\erneinent  (Ihinois 

V  n'avait  pas  : 

«    I",    alTranclii    les    inarcliaiidis<>s   allemandes    importées    en 

V  Chine  de  la  taxe  dn  Li-hin  dans  le  ra\«»n  des  concessions 
a  étrangères  de  (Ihaiif^-llaï; 

a  a**,  le\é  l'inlerdiclion   de   lexporlalion    des    sa|)è(pie*>   dans 

V  l'inléi'ieur  du  pa>s,  décrélée  [)ar  le  Tao-taï  de  Tien-Tsin,  à  la 
«  demande  des  hancpies  chinoises: 

a   3",  cnlin,  accordéaux  né;^ociants  allemands  le  droit  dVchan- 

«  gor  contre  de  Targent  comptant  ou  contre  le  ])ai(Mnent  de  iiou- 

«  xeaux  droits  de   douane,    les  drawhacks  ou    certilicals  de    ré- 

cf  exportation,    —    après    trente    mois  de    la  date  de  leur  déli- 

«  vrancc  * , 

«  Il  chargerait    le    chef   des  l'orces  maritimes   allemandes  en 

«  Chine  du   soin  de  faire  respecter  le  traité  allemand;  el.  dans 

«  ce   hut,  une  lois    les  (piarante-hnit  heure>  expirées,  il    s«*  reii- 

«  (Irait  de  sa   personne  à  Oliang  Haï.  11  priait,  en  consétpience 

«  le  Tsoung-li   Yainen  de  lui  préparer  des  pa>s<'-|)<)rts  aiin  qu'il 

a  pût  st»  rendre  par  terre  de  Tien-Tsin  à  (Ihani;   llaï.^i.  cninmr 

0  c'était    ju'ohahle.   il  trouvait  la  ri\ière  l\'rmée  par  les  |.'lac«*s  à 

«  son  arrivée  dans  la  première  de  ces  villes.  » 


I  Le  Goiivorneiii<*nt  cliiiiois  avait  soiitcini.  liien  (pic  ce  «iniil  lui  <>ùl 
toujours  été  contesté,  (|iio  c'était  h  lui  dr  fixer  le  délai  apn^^  l«>(|iirl  lo 
dra\vl)ack<  ne  piMirrairiil  plus  être  réclamé*»  eu  I'u\eur  (le>  iiiarcliaMtlix's 
iiii[M>rlécs  cl  on  reuiplaceiuenl  jIo  cell«»s  ré-ex|M)rlé(îs  el  avant  |»!»}é  les 
droib.  Trente  mois  était  Tusii^^e  adopté  juHprulois.  l.a  Clonxenliou  de 
Tclié-fou  avait  tixé  un  tenue  de  irais  ans  après  leipul  cm  certilicals  de 
rc-ex|K>r talion,  uu  ilrawiiacks,  ne  |»ourraient  [tlus  être  réclainéii. 


!.")(»  TIWITK     \IJ.rM\M>    —    TIUITKS    AMKIU^.\I^S 

Il  fani  îiNoïKM*  ([uc  M.  v.  Brandi  avait  lion  <1(*  se  inonlnM* 
pou  salisfail  des  tergiversalkms  des  Cliiiiois  cl  surtoul  de 
rim|M)lilossc  du  prince  Koung  : 

«  Fatigué  de  cet  étal  de  choses,  dit  un  diploiuale,  M.  de 
Hraudt  écrivit  peu  de  temps  aupara>anl,  au  Prince  Kounj^  pour, 
lui  demander  une  entrevue.  Le  Prince  répondit  à  celle  demande 
sur  sa  C(uie  de  visite  et  sans  même  la  mcllre  sons  cnvohtppe.  : 
«  (pi'il  ne  trailait  pas  les  alFaires  chez  lui  et  (jue  si  le  Minisire 
(TMIemap^ne  a>ait  (piel(|ue  chose  de  pressé  à  lui  connnuni(pH*r, 
il  devait  s'adresser  au  Tsoung-li  Yamen,  rpii  lui  en  référerail.  » 

<'  Le  Minisire  d'Allemagne,  blessé  avec  raison  de  ce  procédé 
un  peu  trop  sans  gène.  |)rit  la  carie  du  Prince,  la  mit  sous  envc- 
lopj)e  avec  ces  simples  mots  écrits  sur  la  sienne  :  «  V.  A.  L 
ignore  sans  doule  ce  (jui  a  été  écrit  sur  sa  carte  et  j'ai  en  consé- 
quence l'honneur  de  la  lui  renvoyer.  » 

a  Le  même  soir,  M.  de  Brandi,  reçut  du  l*rince  une  lellre 
1res  polie  lui  disant  (pi'il  le  reccNrait  avec  plaisir  le  samedi 
•À  décembre  à  a  heures  de  l'après-midi  au  Tsoung-li  Yamen.  » 

\jV  I*'^  à  onze  heures  du  malin,  Koung  l'aisjiil  dire  au 
Ministre  tf Allemagne  qu'il  élail  malade  et  ne  pouvail  le 
recevoir.  D'où  ullimalum  de  M.  de  Brandi. 

W.  v.  Brandi  (il  ses  |)ré|>aralirîs  de  départ,  ne  croyant  pa> 
(pie  le  Yamen  céderait  ;  il  fut  retenu  j)ar  les  Chinois  au 
moment  do  j)artir  : 

/i  décembre  1870. 

M.  de  Brandt  est  revenu  hier  soir  à  (i  h.  du  Tsoung-li 
Yamen,  après  Irois  heures  et  demie  de  séance;  nous  l'attendions 
chez  M.  de  Butzov,  notre  doyen,  et  voici  ce  qu'il  noiis  a  ra- 
conté : 

V  A  mon  arrivw  au  Yamen,  où  je  m'étais  rendu  à  :i  heures 
|K>ur  faire  mes  adieux  h  Leurs  excellences,  on  m'a  reçu  avec  un 
déjeuner  meilleur  que  d'habitude.  Pendant  vingt-cin(|  minutes 
nous  avons  parlé  de  la  pluie  et  du  beau  temps,  sans  dire  un  mot 
de  PalTaire  qui  nous  préoccupait  tous.  Au  l)oul  de  ce  temps,  ne 
voyant  rien  venir,  je  dis  à  Leurs  Excellences  que  je  ne  voulais 
pas  occuper  leur   temps  davantage  cl  je   me  levai  pour  prendre 


N  ISITK     \l      ^  VMI.N  i;)7 


r»)ii«:r.  Tous  1rs  Moiiihrrs  du  Ts()Uiip:-li  ^;llll^ll  iiraccompamir- 
riMil  jiisqiru  la  |x>ii(*.  Là,  jo  nu»  nMonrnai,  cl,  m'adicssaiil  à 
(Ilioii,  ji»  le  priai  de  ne  jias  oublier  de  m'envoYer  mes  passeports 
le  soir  môme,  allendn  (pie  je  partais  le  lendemain  malin  pour 
Tien-Tsin  et  Chang-llaï.  A  ces  mots,  (.lien  devint  vert  |)omme 
(«iV)  et  me  dit  en  lrend>lant  :  «  Me  parle/  pas  do  partir  sans 
avoir  notre  réponse  et  ne  pourrions-nous  pas  causer  amicalement 
de  celle  alFaire?  n 

—  «  Nolonliers  I).  ré|>ondis-je.  Nous  rentrons  el  on  se  rassied 
autour  de  la  lable. 

tt  Clien  prend  alors  la  parole  et  dit  :  «  l^e  Prince  Koung  con- 
sent au  premier  |K)inl  de  vos  demandes,  le  Likin.  Quant  au  se- 
cond |X)inl,  nous  avons  déjà  donné  des  ordres  à  Tien-Tsin,  en 
onvovant  des  remontrances  au  Tao-laï.  Pour  le  troisième  |)oinl. 
nous  consentons  également.  Mais  pour  le  likin,  comme  il  faut 
que  nous  en  référions  au  Vice-Koi  de  Nanking,  cela  ne  {K)urra 
guère  être  mis  en  vigueur  avant  le  i"'  a\ril  prochain.  D'ailleurs 
nous  voulons  faire  ces  mêmes  avantages  à  toutes  les  Puissanc(»s 
qui  ont  des  traités  a\cc  la  (^liine  et,  comme  nous  comptons  en 
informer  vos  collègues,  nous  vous  demandons  un  |>cu  de 
temps.  » 

M.  de  Hrandl.  —  «Je  le  veux  bien,  mais  je  ne  puis  vous  don- 
ner que  jusqu'à  la  lin  de  l'annéfî  cbinoise,  c'est-à-<lire  juf^qu'en 
février  prochain,  cl,  si  vous  ne  consentez  pas,  rien  n'esl  arrangé, 
et  je  pars.  » 

Chen.  —  «  Ne  |)arlez  pas  de  |)artir:  vous  savez  bien  que  nous 
ne  \o  permettrions  pas.  a 

Ui-dessus,  on  se  si»para  et  M.  de  Brandt  reste  !  -—  ('/est  un 
»ucct»»  évidemment,  mais  le  jeu  est  dangereux  et  il  ne  serait. 
je  crois,  ni  sage  ni  prudent  de  le  reconuoencer  souvent'. 

Le  l 'i  décembre   iSyO,  le  Ministre  d' MIeniagne   présenta 
011    (louvernenient    chinois    un    nienioranduin    (mi    cpiator/.e 
articles  {Mnir  arriver  à  trouver  une  base  du  traité  allemand 
chinois. 

Au  mois  d'avril  i^^^yy,  M.  von  Brandt  ayant  en  vain  jus 
qu*alors  essayé  de  faire  iurepter  ses  articles  par  le  (jiouver 
nenient  chinois,  adopta  une  nouvelle  tarticpie  : 

I.   Lettre  do  M.  Ureiiier.  p'»"  déccinlirc*  iS-jti,  un  duc    l)eca/o». 


ir>S  XnvlTK     XM.r.MAM)     TUXITKS     XMKRH   VIN:^ 

V  H  ne  parle  plus  do  révinion,  écril  un  (li|)loinale,  l\  nM'il  1^77. 
et  refuse,  nu  rontraire,  loul  cnirelien  à  ce  sujet:  mais,  en  re- 
>anclie,  il  fait  connaître  les  instructions  qu'il  a  reçues  île  Berlin 
et  qui  rinvilent  à  exiger  la  stricte  exécution  du  traite  qui  existe 
déjà  entre  les  deux  Empires.  11  a  fait,  dans  ce  but.  des  recher- 
ches minutieuses  au  sujet  des  infractions  commises  par  les 
autorités  chinoises  de  Tintérieur  au  traité  en  (piestion  et  la  liste 
en  est  longue.  » 

I.e  Yanion  ré|>ond  au  sujet  du  li-hin  : 


LE   TSOl>'G-U  YAMEN    Ml    MINISTRE    d'aI.LEMAOE 


Pé-King,  le  8  juin  1877. 

Le  II  avril  de  cette  année  nous  avons  reçu  de  V.  E.  une 
dépèche  relative  au  mode  de  perception  des  droits  de  Douane 
sur  les  marchandises  étrangères. 

Votre  Gouvernement  désire,  d'accord  avec  les  autn^s  puissan- 
ces étrangères,  élaborer  un  règlement  dans  lequel  il  serait  ipies- 
tion  des  inconvénients  de  la  perception  du  Li-kin  (décimes 
extraordinaires).  V.  E.  nous  dit  la  satisfaction  qu'elle  éprouvera 
vraiment  d'une  entente  générale  sur  ce  |)oint. 

La  perception  des  droits  de  douanes  et  les  prélèvements  du 
ÏÂ'U'm  intéressent  le  budget  du  Gou>ernemcnt  de  la  Chine. 

(^uanl  au  projet  que  nous  ex|)rimc  V.  E.,  dans  sa  dépêche, 
d'entrer  en  conférence  avec  ses  collègues  et  le  (ioiivernement 
(Illinois  en  vue  de  régler  cette  question  des  |KM'ceplions  de  droits 
et  des  prélèvements  de  décimes  additionnels  (en  dehors  des  droits 
d'entrée  et  de  sortie)  sur  les  marchandises  entrant  dans  l'iulé 
rieur  sans  avoir  préalablement  acquitté  le  demi-droit  (de  tran- 
sit) ;  —  le  (jouvernement  Chinois  y  adhère  et  attend,  pour  en- 
trer en  conférence,  que  V.  E.  ait  fait  connaître  au  Tsoung-li 
Yamen  comment  et  sur  quelles  bases  il  sera  procédé  à  cette  dis- 


cussion ' 


Agréez,  etc. 

M.   V.   Brandi  rentrait  à  Pé-King  le  3  juillet,  après  nue 

1.   Pour  traduction  cou  forme,  signé:  G.  Dkvéria. 


i.i  riiii:   1)1.   M.    1)1    KKwm  i.xk 

al>M'!i(<',  1*1,   le  jour    nivMiM',    il  .idn'^s.iil    1,»    Idlrr  siii\;mlr  ly 
M.   hrcnuM-  (le  MoDlinoniiid  : 

IV  Kin-^:,  lo.*^  jnlIliM   1S77. 

M«).\SIKMV    I-K   MlMSTIlK    KT  CIIKIl  (loi.LKCIK, 

liPS  n(»«^<">rial ions,  qiio  d'ortlnMli»  mon  liant  (iouvornoinonl.  j'ai 
onlannVs  iwvc  le  (ion\crnoinont  (Ihinois  an  snjol  de  la  ré\ision 
du  Irailé  allemand  chinois  de  i8()i,  néf^oeiations  (|ni  continneni 
encore,  onl  porlé  nalnrellemenl  aussi  sur  In  question  du  /i-At/i. 
A  plus  d'une  reprise,  j'ai  élé  à  nu^me  de  déclarer  au  Tsounp-li 
^amen  que,  loul  en  protestant  de  la  manière  la  plus  formelle 
contre  l'étal  de  choses  actuel,  le  (îouvernemenl  Allemand  préfé- 
rorail  un  arrang(*ment  général,  conclu  entre  toutes  les  l^iissances 
signataires  des  traités  et  la  (Ihine,  à  une  (lonvenlion  entre  les 
deux  Puissances,  (pii  par  cette  raison  même  ne  serait  a|)|)licahle 
on  première  ligne  (pi'aux  administrés  ainsi  (pi'aux  marchandises 
allemandes. 

Le  Tsoung-li  ^amen,  après  une  résistance  assez  longU(\  fai- 
sant enlin  droit  à  mes  réclaïuations,  s'est  <léclaré  prêt  à  entrer 
l'u  |K)ur|)arIers  avec  les  représentants  d<»  toutes  les  puissances 
signataires  nu  sujet  d'un  règlement  général  de  la  question  de  la 
taxation  des  marchandises  étrangères,  les  droits  d'entrée  et  de 
si>rlic  exceptés. 

En  ayant  l'honneur  de  transmettre  ci-joint  à  Votre  Excellence 
une  copi(î  du  texte  chinois  de  la  note  par  la([uelle  le  Tsoung-li 
^amen  m'a  informé  de  cette  décision,  j'ose  esj)érer.  Monsieur  le 
Ministre  et  cher  (lollègue,  cpie  vos  instructions  vous  permel- 
Iroiit  de  vous  joindre  à  ces  négociatioiiN  dont  l'importance  ne 
saurait  échaj)|M»r  à  votre  haute  sagacité. 

Plusieurs  des  représentants  accrédités  à  Pé-king.  ainsi  (jue  le 
Directeur  général  des  Douanes,  dont  le  c«)ncours  serait  jiroha- 
hlement  nécessaire  au  gouvernement  chinois  étant  ahsents.  il 
est  prohahhf  que  les  négociations  au  sujet  de  cette  (piestion  ne 
|)Ourr(mt  être  rej)rises  utilement  <[ue  vers  h»  mois  de  Novend)re 
de  cotte  nmiée. 

(i'est  donc  vers  cette  épocpie  ipie  j*es|>4're  |xïu>oir  compter  sur 
le  concours  «pie  Votre  K\cell(»n<'e  n  hien  nouIu  m'olTrir  si  gra- 
cieus<»nient  il  y  a  (juelque  tenq>s. 

Je  saisis  ceitt»  occasion.  Monsieur  le  Ministre  et  cher  ('iOllègu<', 


l(>0  TUAITK    ALLEMAND     —    TRAITl'lS    AMKHI(:\I\S 

pour  renoiivol(»r  à   Votre  Excell(Mice,  r.issiiraiico  tlo  ma  liaulo 
considérai  ion. 

Sig^no  :   Non   nuANUT. 

Au  mois  (roclohre  1877,  nolro  ministro  osl  aiiloriso  à  par- 
lici[)or  h  la  conlrroiice  sur  le  Li  Lin,  sos  inslrudions  ^riié- 
ralns  olaiil  (rappuyor  les  nrf^ocialions  de  l'Envoyc'  allemand. 
Je  ne  suivrai  pas  celle  afl'aire  faslidieuse  dans  loules  ses 
|)liases  ;  re  cjue  j'en  dis  (»sl  suflisant  |)our  monlrer  le  lemps 
perdu,  (jualre  ans,  pour  loucher  à  un  hut  cpii  paraissait 
proche  en  mars  187(1. 


TIl.VITK    ALLEMAND,    3l     MAIVS     1 88o  ' 

Enfin  le  3i  mars  1880  (îti"  jour,  2*"  mois,  G**  année 
Konan^  Siu)  M.  Max  Auguste  Seipio  von  Brandi,  minislie 
de  Chine,  signa  avec  Chén  Kouei  fcMm  el  Tchinfr  Lien, 
membres  du  Tsoun«f-li  ^amen,  une  convention  suppléuien- 
laire  pour  assurer  Texéculion  plus  parfaite  du  traité  du 
VL  septembre  1861,  en  dix  articles  relatifs  au  commerce  et 
à  la  navigation  ;  la  coiivenlion  était  accompagnée  de  neuf 
stipulations  explicatives.  Je  ne  comprends  pas  qu'il  ait  fallu 
autant  de  ■  temps  et  d'aussi  épineuses  négociations  pour 
arriver  à  un  ré^sullal  facile  à  obtenir  en  apparence,  —  les  con- 
cessions accordées  par  les  Chinois  n'offrant  rien  de  [)arlicu- 
lierement  im|)ortant  : 

«  Les  pourparlers  engagés  depuis  plusieurs  années  entre  l(»s 
cabinets  de  Berlin  et  dePé-king.  écrit  un  diplomate  (avril  1880); 
pour  la  révision  du  traité  de  1861,  viennent  enfin  d'aboutir. 
Lne  convention  additiouiiclle.  dont  le  texte  n'est  pîis  encore 
connu,  mais  qui,  si  j'en  crois  M.  de  Brandt.  ne  porterait  que  sur 
les  questions  commerciales  d'une  importance   secondaire,  a  été 

I.  China,  n"  a  (1881).  —  Despatch  from  Sir  John  Walsham, 
fiart.,  lier  Majesty's  Chargé  d'affaires  at  Berlin,  inclosinf^  Copy 
of  a  supplementary  Convention  hetn'Ceti  Germnnyand  China,  signed 
at  Pekingy  March  3i,  1880;  with  Documents  relating  thereto.  Pro- 
sentcil...,  1881.  Loiid..  iii-f»)!..  pp.  7  fC.  —  ^q'iS]. 


TRAITKS    AMKUICAINS         ■     MI';M<  )U  \  NDT  M     ANT.I.AIS    (  1  8So)        I  ()  I 

si'j:nns  il  y  a  dciiv  ou  trois  jours,  |3ar  lo  Miuislro  d'AIleuiatî^no 
a\oc  le  Tsouug-li-Yamon.  Ce  docunicnl,  rodigo  ou  nUemand  v\  (mi 
chiuois,  est  en  ce  moment  à  l'impression  et  doit  être  1res  pro- 
chainement communique  aux  légations.  » 

Les  rcitifications  do  cette  Convention  supplémentaire 
furent  échangées  le  i6  septembre  1881. 

TRAITKS    AMERICAINS.    MKMORA?ÎDUM    ANGLAIS    (1880). 

Imitant  l'exemple  de  TEspagnc  pour  Cuba,  les  Ktats-Unis 
signèrent,  en  chinois  et  en  anglais,  avec  la  Chine,  à  Pé-King, 
un  traité  en  quatre  articles  pour  régler  l'émigration  des 
Chinois  dans  le  premier  de  ces  pays,  le  17  novembre  1880. 
Les  Ktats-Unis  étaient  représentés  par  James  B.  Angell,  de 
Michigan,  John  F.  Swill,  de  Californie  et  William  lïenry 
Trescol,  de  la  Caroline  du  Sud,  la  Chine  par  Pao  Tsiun  et 
Li  lloung-tsao,  membres  du  Conseil  Privé.  Le  mémo  jour, 
les  mêmes  plénipot^^ntiaires  signèrent  un  traité  supplémen- 
taire en  quatre  articles  relatif  aux  relations  commerciales  et 
à  la  procédure  judiciaire.  Ces  deux  traités  furent  ratifiés  à 
Pé-King  le  19  juillet  1881. 

Plus  tard,  le  17  mars  189^,  une  nouvelle  Convention, 
en  six  articles,  relative  à  l'émigration  fut  signée  à  Washing- 
ton, par  Yang  Yii,  Ministre  do  Chine,  et  Walter  Q.  Gres- 
ham.  Secrétaire  d'État  ;  les  ratifications  en  furent  échangées 
à  Washington,  le  7  décembre  189^1. 

Le  10  décembre  1880,  un  mémorandum  fut  rédigé  pour 
bien  établir  les  relations  personnelles  et  les  rapports  oHiciels 
entre  les  fonctionnaires  du  service  consulaire  anglais  v\  les 
autorités  provinciales  cbinoises  *. 

1.  Trefl /l'es,  etc.,  heUveen  Great  liritain  and  China;  and  beUvoen 
China  and  Foreign  Powers  ;  and  Orders  in  CounciL  Unies,  Hegn- 
lations^  Acts  of  Parliamcnty  Dficreos,  and  Notifications  affecting 
British  Inlerests  in  China,  —  in  force  on  the  isl  January,  i^<)<>.  — 
By  Sir  Edward  llcrtslel,  K.  C.  B.  Loiidoii,  Harrisoii,  189O.  Q  vol.iii-8. 
pp.  V-43I,  4^3  2i  7O8. 

COKDIER.  '    11.      ---    Il 


CHAPITRE  IX 


L'AFFAIRE  DE  KOULDJA 


Avant  que  les  cvéncmonls  actuels  n'aient  relégué  au  so- 
CDnd  plan  les  questions  qui  agitèrent  le  règne  de  Kouang- 
Siu,  quatre  grosses  alTaires,  depuis  vingt-cinq  ans,  ont  occupé 
Fattention  et  troublé  de  terrible  manière  la  quiétude  habi- 
tuelle des  boninies  d'Etat  chinois  ;  deux  fois  ceux  ci  évitèrent 
la  guerre  :  après  Tassassinai  de  Margary  et  lors  de  la  dénon- 
ciation du  traité  de  1879,  avec  la  Russie,  relatif  h  Kouldja  ; 
ils  eurent  la  guerre  avec  la  France  pour  la  possession  du 
Tong-King  et  avec  le  Japon  pour  l'influence  en  Corée. 
L'aflaire  Margary  fut  réglée  par  la  Convention  de  Tché-fou  ; 
l'occupation  de  kouldja  par  les  Russes  amena  de  longs  pour- 
parlers que  nous  allons  rappeler  cl  de  délicates  négociations 
que  nous  devons  retracer,  mais  il  nous  faut  auparavant  in 
diquer  la  cause  d'une  prise  de  possession  temporaire  par  les 
troupes  du  tsar  de  la  partie  de  l'Empire  chinois  située  au 
Nord  des  T'icn-Chan. 

CONQUÊTE  DES  t'iEN-CHAII 

Eu  175g,  l'empereur  K'ien-Loung  annexa  à  son  empire  le 
Non!  et  le  Sud  des  T'ien-Chan  et  le  nouveau  territoire,  Sin 
K'unuj,  fut  divisé  en  Tien  (]han  Pc  Loii  (route  Nord)  et 
Tien  Clian  IS'an  Lou  (roule  Sud);  dès  176a  (27*  année  K'ien 
Loung),  un  gouverneur  militaire  fui  chargé  d'administrer  la 


CONCLU  iViK  nr.s  T'ii:\-r.ii\N  i(».^ 

ir^^Mon  ;  une  nouvelle  villo  forlifiro,  Honeï  yuan,  fiil  oonslruile 
(1764)  pivsdc  rancieii  Kouldja  et  des  colons  mandchous  \ 
furent  ins(all(^s  ;  plus  lard  un  grand  nombre  de  (Chinois  du 
Kan-Sou  et  du  Chen-Si  voisins  vinrent  s'y  élablir.  La  popu- 
lation se  compose  de  Chinois  musulmans,  désignés  sous  le 
nom  de  Ilouei  Min  (sujets  musulmans)  ou,  par  leurs  voisins 
turks,  de  Dounganes  ou  Tounganes,  et  de  colons  musulmans 
de  Kachgarie,  apjKîIés  ïarantchis  *,  de  langue  lurke,  d'ori- 
gine lurkc  ou  ouïgour.  L*administration  est  confiée  h  im 
gouverneur  général,  ///  Tsiany  Klun,a\QC  trois  sous-gouver- 
neurs militaires,  Ts\in  tsan  Ta  Tchen,  à  lli,  Tarbagataï  et 
Yarkand  ;  les  chefs  locaux  sont  désignés  sous  le  nom  de  hetjs, 
répartis  en  cinq  classes  qui  varient  du  troisième  au  septième 
degré  de  la  hiérarchie  chinoise  ;  les  gouverneurs  locaux  sont 
désignés  sous  le  nom  de  Haklm  Dey,  et  les  sous  gouverneurs 
sous  celui  de  Ichhhan  Bcy, 

La  religion  musulmane,  qui  avait  |>énétré  dans  le  ïurkestan 
dès  l'époque  des  Souï  (58 1  618)  et  des  T'ang  (618-907) 
sous  le  nom  de  Secte  fleurie  (^llon  mon),  n'avait  pas  lardé  à 
y  remplacer  complètement  le  bouddhisme  mongol.  Aussi, 
dès  la  fin  de  la  dynastie  mongole,  dans  ce  pays  qui  avait  été 
attribué  au  second  fils  de  Tchinguiz-Khan,  Djagalaï,  vil-(»n 
détruire  les  chrétientés  florissantes  et  en  particulier  la  mis- 
sion d'Ili-bâliq  (i3/|2).  Vers  la  fin  des  Miny,  un  descendant 
du  Prophète  à  la  vingt-sixième  génération,  Mahmoud 
(Makhdoum),  vint  s'établir  à  fcachgar  et  fut  reconnu  comme 
chef  par  tous  les  princes  de  la  contrée.  Ce  fut  alors  que  les 
Eleuthcs  (Kalmouks  ou  Mongols  occidentaux)  commencèrent 
à  dominer  dans  les  T'ien-chan.  Les  tribus  mongoles  for- 
maient quatre  oïrats  ((1*011  nous  avons  fait  t^leuthe  par  l'in- 
termédiaire du  chinois)  :   dans  TUi,   les  Tchoros,  qui  sont 

1.    Taran,  millet,  qui  fait  croUrc  le  millet,  feranler. 


iG4  l'affaire   DK    KOLI.DJA 

les  Dzoungares  ;  les  Dourbot,  sur  rirlych  ;  les  Tourgoulcs, 
dans  le  Tarbagalaï  ;  les  Kochols,  dans  le  pays  d'Onrouuilsi. 
Sous  le  règne  de  K'ang  Hi,  un  chef  tel loro,  TErdcni  Baha- 
dour  K*()ng-Taïchi,  fds  d'Abouda  Ablaï  Taïchi,  fortement 
établi  au  ISord  des  T'ien-chan,  avait  essayé  de  reconstituer 
Taile  gauche  mongole  (Dzoungares)  en  attaquant  les  princ^es 
musulmans  :  le  khan  de  Kachgar,  Ism«aël,  fut  envoyé  pri- 
sonnier à  lii  et  l'administration  de  son  pays  fut  confiée,  sous 
la  suzeraineté  des  Kalmouks  (Eleuthes),  à  Hazral  Afak 
(lïidayat  Allah),  descendant  du  grand  prêtre  musulman 
Makhdoum  Azam,qui  créa  la  dynastie  des  Khodjas(iG78). 
fcVmg-Taïchi  étant  mort  en  i6G5,  son  second  fils,  Galdan 
Boushtou,  allait  continuer  son  œuvre  lorsque  K'ang-Hi 
réussit  à  arrêter  sa  puissance  naissante.  Les  Eleuthes  mena- 
çaient de  s'avancer  jusqu'au  Kou-kou  Nor,  mais  leur  route 
était  barrée  par  les  k'alkhas.  Les  K\alkhas  descendaient  de 
Geressandsa  Jclaïr  K*ong-Taï-chi,  fils  de  Dayan  Khan,  qui 
avait  été  Khakaan  de  1470  à  i5/i4  ot  qui,  lui-même,  avait 
pour  ancêtre  K'oubilaï.  Ces  k^alkhas  servaient  d'Etat-tiimpon 
entre  les  Eleuthes  et  la  Chine  ;  leur  écrasement  pouvait 
amener  l'envahissement  du  Céleste  Empire;  aussi  K'ang-lïi 
n'hésita-t-il  pas  à  se  porter  à  leur  secours  dès  qu'il  eut  ré- 
duit les  dernières  révoltes  intérieures. 

Galdan,  campé  sur  l'Orkhon  avec  son  armée,  chassait  les 
k'alkhas  devant  lui  ;  à  la  suite  de  quelques  succès  des  Chi- 
nois, il  fit  k  l'empereur  (en  1C90)  une  soumission  plus  appa- 
rente que  réelle.  La  guerre  recommença  en  1696  :  K'ang  Ili 
s'avança  jusqu'au  Keroulen  et  mit  Galdan  en  fuite.  L'année 
suivante,  l'empereur  reprit  la  campagne,  mais  les  ambassa- 
deurs ennemis  le  vinrent  trouver  sur  les  bords  du  Houang-ho 
dans  le  pays  des  Ordos.  fc'ang  lii  accordait  un  délai  de 
soixante  dix  jours  pour  la  soumission  de  Galdan,  lorsqu'il 
apprit  que  celui-ci  venait  de  mourir  (1697).  ^^  mort  de 
Galdan  avait  laissé  sans   grand  chef  effectif  la  nation  des 


(o.NQi  KTi;   i)i:s  t'ikn cnw  \(\') 

Elciilhes  ;  ses  neveux,  fils  de  son  frère  aiiié  Senj^lie,  Tsewnn*^^ 
Arablan  et  Chereng  Duruhik,  assuraienl  raveiiir  de  la  dy 
nnslic  ;  le  pouvoir  resta  dans  la  famille  du  premier  et  il  fui 
exercé  tour  à  tour  par  ses  petits  fils  Baïan  Adshanel  Dardslia, 
puis  par  le  petit-fils  de  Chereng  Donduk,  Tawatsi,  qui  fut 
le  dixième  souverain  des  Eleulhes.  En  lySii,  un  des  chefs 
éleuthes,  \moursana,  étant  entré  en  lutte  h  la  suite  des 
fautes  d'Adshan,  qui  avait  remplacé  comme  huitième  souve- 
rain son  père  Galdan  Chereng  (-{•  i7.V^>)?  fils  de  Tsewang 
Arabt^m  (j  1727),  un  lama  ncmimé  Torgui  essaya  de  s'emparer 
du  [Kuivoir,  mais  fut  tué.  Tawatsi  fit  appel  à  Tempereur  de 
la  Chine,  qui  intervint  en  sa  faveur,  mais  laivssa  la  vi<*  à  son 
adversaire.  Amoursana,  craignant  de  voir  Tawaisi  servir  un 
jour  d'instrument  contre  lui,  gêné  par  le  contrôle  des  fonc- 
tionnaires chinois,  leva  en  1705  Tétendard  de  la  révolle. 
Deux  frères  musulmans,  descendants  de  llazrat  A(ak,  qui 
avaient  longtemps  servi  d'otages  aux  (Chinois,  Bourhan  ed- 
Din  (Boronilou)  et  K'odzichân  (Houo-tsitchan),  désignés 
sous  les  noms  de  Grand  et  de  Petit  Khodja,  avaient  été  remis 
en  liberté  en  1705.  Tandis  que  Taîné  était  à  Kachgar,  le 
second  se  rendait  à  Yarkand.  Bourhàn  ed-Din  embrassa  le 
parti  d* Amoursana  qui,  battu  par  le  général  chinois  Tchao 
Houei,  fut  obligé  de  fuir  en  Sibérie,  011  il  mourut  de  la  petite 
vérole.  Bourhan  ed-Din  se  réfugia  chez  son  frère,  cpii  refusa 
de  le  li>rer  aux  Chinois.  C'était  recouuuc^ncer  une  nouvelle 
guerre.  Malgré  leur  bravoure  et  une  résislance  opiniâtre,  les 
Khcnlja,  défaits,  se  réfugièreni  dans  le  Badak'chan.  Lq  sultan 
de  ce  pays  lit  l'un  prisonnier  el  tua  l'autre  dans  une  bataille 
livrée  à  la  petite  armée  fidèle  qui  les  sui\aif.  Lorsque  Tchao - 
Houei  les  réclama,  on  lui  livra  la  tète  du  Pelil  Khodja  et  le 
cadavre  du  Grand  KluMlja'. 

C'est  alors  que  le  pays  fut  annexé. 

I.  Histoire  générale...  LavisscclIlambatiJ...  Henri Cordicr. /?rt.ç.sz/w. 


106  l/.\FFAIRE    l)K    KOlLnJA 


DJinANGUIR 


L*annoxion  des  T'ien-Chan  par  l'cmperoiir  K'ien-Loiing 
no  devait  pas  arrêter  les  rcvolt<»s  dans  ce  pays.  Le  choix  de 
mauvais  adminislraleurs  causa  un  nouveau  et  terrible  seule 
vement  ;  Pi-Tsing,  gouverneur  d'Ili,  crut  pouvoir  réprimer 
un  mouvement  h  la  tête  duquel  se  mit  Djihanghir,  fils  de 
Saadet  Ali  Sarimsak  (Sa  Mou  ko)  et  petit -fils  du  grand 
Khodja,  Bourhân  ed-Din.  D'abord  malheureux,  Djihanghir 
réussit  à  obtenir  un  grand  succès  en  octobre  i825.  Les  quatre 
grandes  villes  du  T'ien-Chan  Nan-Lou,  Kacligar,  Yangi 
llissar,  Yarkand  et  Khotan,  tombèrent  quelque  temps  après 
aux  mains  des  rebelles.  Tao-Kouang  s'aperçut  enfin  qu'il 
était  temps  d'agir  :  il  mit  Tch'ang-Ling  à  la  tète  de  ses 
troupes,  qu'il  concentra  avec  les  vivres  à  Aksou.  Cette  ville 
faillit  tomber  entre  les  mains  de  Djihanghir,  mais  en  1827, 
les  Chinois  reprennent  Toffensive  ;  à  la  suite  de  combats  heu- 
reux, Kachgar  retombe  entre  leurs  mains,  ainsi  que  les  trois 
autres  villes  de  rOuest  dont  nous  venons  de  parler.  Djihanghir, 
en  fuite,  se  décida  à  repasser  la  frontière  à  la  suite  d'une 
ruse  du  général  Tch'ang-Ling.  Attaqué  à  K'artié  Kai, 
Djihanghir  fut  hattu,  fait  prisonnier  (1828),  envoyé  à  Pé- 
King  et  mis  à  mort  ^  de  la  plus  barbare  manière. 

D'autre  part,  la  fondation  d'Orenbourg  par  les  Russes, 
l'exploration  du  Syr-Darîa  par  Batiakov,  la  fondation  près  de 
l'embouchure  de  ce  fleuve  de  Kazalinsk  (i8/|8),  les  en*orts 
de  Perovsky,  les  entreprises  des  Cosaques  contre  le  khanat 
de  Khokand,  devaient  forcément  entraîner  les  Russes  dans  la 
vallée  de  Tlli. 

Le  25  juillet  i85i,  les  Russes  s'implantaient  à  Kouldja  par 
un  traité  de  conunerce  signé  par  le  colonel  Kovaleski  : 

1.  Henri  Cordier,  dans  V Histoire  générale. 


iHvm':  (oMMLHci  M.   i)[:   koi  i,i).r\  iC?- 


TRAITÉ  COMMERCIAL    DE   KOL'LDJA,    25    JLII.LET    iS^I 

Le  plénipolcnliairc  (le  S.  M.  l'Empereur  de  toules  les  llnssies 
et  les  pléni|X)tentiaires  de  S.  M.  le  bogdoklian  du  Ta-Tsinj;, 
savoir  :  le  gouverneur  général  de  Tlli  et  d'autres  provinces,  ainsi 
que  son  adjoint,  ont,  après  avoir  conféré  ensemble,  conclu  dans 
la  ville  d'Ili  (Kouldja),  en  faveur  des  sujets  des  deux  empires, 
un  traité  de  commerce  cpii  établit  un  trafic  dar^s  les  villes  d'ili 
(Rouldja)  et  de  Tarbagalaï  (Tcbougoutcliak).  Ce  traité  se  com- 
pose des  articles  qui  suivent  : 

Art.  r*'.  —  Le  présent  traité  de  commerce,  conclu  dans  l'in- 
térêt des  deux  puissances,  en  (émoif;nant  de  leur  sollicitude  pour 
le  maintien  de  la  paix  ainsi  (jue  j)onrle  bion-élre  do  leurs  sujets, 
doit  resserrer  encore  davantage  les  liens  d'amitié  qui  unisstMil 
les  deux  puissances. 

Art.  2.  —  Les  marcbands  des  deux  empires  feront  entre  eux 
le  commerce  d*écbange  et  régleront  les  prix  librement  et  à  leur 
gré.  Il  sera  nommé,  pour  surveiller  les  affaires  des  suj(»ts  russes, 
un  consul  de  la  part  de  la  Ihissie,  et  pour  les  affaires  des  com- 
merçants chinois,  un  fonctionnaire  de  l'administration  supé- 
rieure de  rili.  En  cas  de  collision  entre  les  sujets  de  l'une  et  de 
l'autre  puissance,  chacun  de  ces  agents  décidera  selon  toule  jus- 
tice les  alTaires  de  ses  nationaux. 

Art.  3.  —  Ce  commerce  étant  ouvert  en  considération  (h* 
iamitic  mutuelle  des  deux  puissances,  ne  sera  passible  de  part 
ni  d'autre  d'aucun  droit  quelconcpie. 

Art.  /i.  —  Les  marchands  russes  allant  soit  h  lli  (Kouldja), 
soit  à  Tarbagalaï  (Tchou^outchak),  seront  accompniînés  d'un 
syndic  (Karavan-bascha).  Lorsiprune  caravane  allant  à  lli  arri- 
vera au  piquet  chinois  de  Horo-Khoudjir,  et  (pie  celle  destinée 
pour  ïarlwigataï  (Tchou';oulrhak)  atteindra  le  j)reinier  picjuet 
chinois,  le  syndic  |)résentera  à  l'officier  de  garde  le  billet  de  son 
gouvernement.  Ledit  officier,  après  a>oir  pris  note  du  nombre 
d'hommes,  de  b(»sliaux  et  de  charges  de  marcliandis(»s,  laissera 
|)as$er  la  caravane  en  la  faisant  escorter,  de  piquet  en  piipiel,  par 
un  officier  et  des  soldats.  Pendant  la  marche,  toute  >e\jitioii  ou 
offense  sera  interdite  aux  soldats  comme  aux  marchands. 

Art.  5.  —  Pour  faciliter  le  service  des  escortes  d'oniciers  et 
de  soldats,  les  marchands  russes  seront  obligés,  en  vertu  du  pré- 


lOS  l'aFKAIHE    T)K    KOrLDJV 

sent  traité,  de  suivre  la  route  des  corps  de  garde,  tant  en  allant 
qu'à  leur  retour. 

Art.  6.  —  Si,  pendant  que  les  caravanes  russes  suivront  leur 
route  en  dehors  de  la  ligne  des  corj)s  de  garde  chinois,  les  ban- 
des de  pillards  des  aoùls  extérieurs  (Kirghises)  commettaient  des 
actes  de  brigandage,  d'agression  ou  d'autres  crimes,  le  gouver- 
nement chinois  n'aura  point  à  intervenir  dans  l'enquête  à  la- 
quelle cela  donnerait  lieu.  Lorsque  la  caravane  sera  arrivée 
sur  territoire  chinois,  de  même  que  pendant  le  séjour  dans  les 
factoreries  où  les  marchandises  seront  dc|)Osées,  les  marchands 
russes  devront  garder  et  défendre  eux-mêmes  leur  propriété  ;  ils 
seront  tenus  de  surveiller  avec  encore  plus  de  soin  leur  bétail  au 
pAturage.  Si,  contre  toute  attente,  quelque  chose  venait  h  se 
perdre,  il  en  sera  iuimédiatement  donné  avis  au  fonctionnaire 
chinois,  qui,  conjointement  avec  le  consul  russe,  poursuivra 
avec  toute  la  diligence  possible  les  tracées  de  l'objet  perdu.  Si  ces 
traces  étaient  découvertes  dans  des  villages  de  sujets  chinois  et 
que  le  voleur  fût  saisi,  il  devra  être  jugé  sans  retard  et  sévè- 
rement. Si  l'on  retrouvait  quelques-unes  des  choses  volées,  elles 
seront  restituées  à  qui  il  appartient. 

Art.  7.  —  En  cas  de  brouillcrics,  de  contestations  ou  autres 
incidents  de  peu  d'importance  entre  les  sujets  respectifs,  le  con- 
sul russe  et  le  fonctionnaire  chinois  dont  il  a  été  fait  mention 
plus  haut,  apporteront  tous  leurs  soins  h  la  décision  de  l'affaire. 
Mais  si,  contre  toute  attente,  il  se  présentait  une  affaire  criminelle 
ou  un  cas  important  en  général,  il  sera  procédé  conformément 
aux  règles  actuellement  en  vigueur  sur  la  frontière  de  Riakhta. 

Art.  8.  —  Les  marchands  russes  arriveront  chaque  ann(»e 
avec  leurs  marchandises,  depuis  le  !i5  mars  jusqu'au  10  décem- 
bre (de  notre  st\le,  ou,  d'après  le  calendrier  chinois,  depuis  le 
jour  Tçing-ming  jusqu'au  jour  ïong-tchi);  passé  cette  dernière 
date,  l'arrivée  des  caravanes  cessera.  Si  toutefois  les  marchan- 
dises importées  pendant  cette  période  (huit  mois  et  demi) 
n'étaient  pas  vendues,  il  sera  loisible  aux  marchands  de  rester 
plus  longtemps  en  Chine  pour  achever  la  vente,  après  quoi  le 
consul  prendra  soin  de  leur  départ.  Il  est  entendu  de  plus  (|ue 
les  marchands  russes  n'obtiendront  une  escorte  d'ofliciers  et  de 
soldats,  ni  pour  aller  ni  pour  leur  retour,  s'ils  n'ont  j>our  le 
moins  vingt  chameaux  avec  des  marchandises.  Au  reste,  si  un 
marchand  ou  le  consul  russe  avait  besoin,  |)our  une  affaire  quel- 
conque, d'ex[)édier  un  exprès,  il  en  aura  la  faculté. 


TUAITK    (OMMKIU  I  M.    IH.     K(H  I  DJ  \  I  (><) 

Mais  pour  que  I(»  servicodrs  oKiciors  et  soldais  ioiiriiissanl  l'rs- 
corle  ne  devienne  pas  Irop  onéreux,  il  n'y  aura  cpie  deux  fois  |)ar 
mois  (le  ces  expéditions  extraordinaires  hors  de  la  ligne  des  corps 
de  garde. 

Art.  9.  —  Les  marcliands  russes  et  chinois  pourront  se  voir 
lihrement  |)our  alTaires  de  conunerce;  mais  les  sujets  russes  se 
trouvant  dans  la  factorerie  sous  la  surveillance  du  consul  russe, 
no  pourront  circuler  dans  les  fauhourgs  et  les  rues  (^ue  nnmis 
d*un  pfTmis  du  consul  ;  sans  ce  permis  ils  ne  pourront  ]>as  sortir 
de  Tenceinte.  Quiconque  sortira  sans  permis  sera  reconduit  chez, 
le  consul,  qui  procédera  contre  lui  connue  de  droit. 

Art.  10.  —  Si  un  criminel  appartenant  à  l'un  des  deux  em- 
pires se  réfugiait  dans  l'autre,  il  n'y  sera  pas  toléré;  mais  de  part 
cl  d'aulre  les  autorités  locahw  prendront  les  mesures  les  plus  sé- 
vères et  les  informations  les  plus  exactes  pour  rechercher  ses  traces. 
Il  y  aura  extradition  réciproque  de  transfuges  de  cette  espèce. 

Art.  II.  —  Comme  il  est  à  prévoir  que  les  marchands  russes 
qui  viendront  en  Chine  pour  ailaires  de  connnerce  auront  avec 
eux  des  montures  et  des  hôtes  de  somme,  il  sera  assigné  à  leur 
usage,  près  de  la  ville  d*lli,  des  places  sur  les  hords  de  la  rivière 
lli,  et  près  de  la  vil  h»  de  Tarhagataï,  des  lieux  où  il  y  a  de  l'eau 
et  de  l'herbe.  Dans  ces  pâturages,  les  marchands  russes  confie- 
ront leurs  bestiaux  h  la  garde  de  leurs  gens,  qui  veilleront  à  ce 
que  les  terres  labourées  et  les  cimetières  ne  puissent  dans  aucun 
cas  être  foulés.  Les  contrevenants  seront  amenés  devant  le  consul 
pour  être  punis. 

Art.  12.  —  Dans  rechange  de  marchandises  entre  les  com- 
merçante des  deux  empires  il  ne;  sera  rien  livré  à  crédit  de  |>«ut 
ni  d'autre.  Si,  malgré  cet  article,  quelqu'un  livrait  sa  marchan- 
dise à  crédit,  les  fonctionnaires  russes  et  chinois  n'auront  point 
à  intervenir  et  n'admettront  aucune  plainte,  quand  même  il  y 
en  aurait. 

Art.  i3,  —  Comme  les  marchands  russes  arrivant  en  Chine 
]X>ur  affaires  de  commerce  doivent  nécessairement  avoir  des  em- 
placements jK>ur  leurs  factoreries,  h»  gouvernement  chinois  leur 
assignera,  dans  les  deux  \illes  de  commerce  dlli  et  de  Tarha- 
gataï, des  terrains  près  des  bazars,  afin  (|ue  les  sujets  russes 
puissent  y  construire  à  leurs  frais  des  maisons  (riiahitation  et  des 
magasins  d'entrep<»t  jwur  leurs  marchandises. 

Art.  1^.  — Le  gouvernement  chinois  ne  s'inter|Kisera  en  aucun 
cas  lorsque  les  sujets  russes  célébreront  dans  leurs  factoreries  le 


l'O  L  AFF\mE    DE    ROULDJA 

service  divin  selon  le  rilc  de  leur  religion.  Pour  le  cas  où  quel- 
(lu'nndes  sujets  russes  en  Chine  viendrait  à  mourir  «H  lli  ou  h  Tar- 
bagataï,  le  gouvernement  chinois  assignera  hors  de  l'enceinte  de 
chacune  de  ces  villes  un  terrain  >ague  pour  servir  de  cimetière. 

Art.  i5.  —  Si  les  marchands  russes  amènent  à  lli  ou  à  Tar- 
bagataï  des  moutons  pour  les  y  échanger,  les  autorités  locales 
prendront  pour  compte  du  gouvernement  deux  moutons  sur  dix» 
et  livreront  en  échange  de  chaque  moulon  une  pièce  de  toile 
(da-ba,  de  la  mesure  légale)  ;  le  reste  du  bétail  et  toute  autre 
marchandise  seront  échangés  entre  les  marchands  des  deux  em- 
pires au  prix  convenu  de  gré  à  gré,  et  le  gouvernement  chinois 
ne  s'en  mêlera  d'aucune  façon. 

A  UT.  i6.  —  La  correspondance  oflicielle  ordinaire  entre  les 
deux  empires  se  fera,  de  la  part  du  gouvernement  russe,  |>ar 
l'entremise  de  l'administration  supérieure  de  la  Sibérie  occiden- 
tale et  sous  le  cachet  de  celte  administration,  et  de  la  part  du 
gou\crncment  chinois,  par  Tentrcmise  et  sous  le  cachet  de  l'admi- 
nistration supérieure  de  l'Ili. 

A  HT.  17.  —  Le  présent  traité  sera  revêtu  des  signatures  et 
cachets  des  pléni|X)tentiaires  respectifs,  il  en  sera  dressé,  du  côté 
de  la  l\ussie,  quatre  exemplaires  en  langue  russe,  signés  par  le 
pléni|x>lentiaire  de  la  Russie,  et  du  côté  de  la  Chine,  quatre 
exenq)laires  en  langue  mantchoue,  signés  par  le  plénipotentiaire 
chinois  et  son  adjoint.  Les  plénipotentiaires  res|K>ctif8  garderont 
chacun  un  exemplaire  en  langue  russe  et  un  exemplaire  en 
langue  manichoue,  pour  la  mise  à  exécution  du  traité  et  p<iur 
ser>ir  de  règle  constante.  Un  exemplaire  russe  et  un  exemplaire 
mantchou  seront  envoyés  au  Sénat  dirigeant  de  Russie,  et  un 
exemplaire  dans  l'une  et  Tautrc  langue  au  tribunal  chinois  des 
relations  extérieures,  pour  y  être  scellés  et  gardés  après  l'échange 
des  ratifications  du  traité. 

Tous  les  articles  ci-dessus  du  présent  traité  conclu  |>ar  lt3s  plé- 
nipotentiaires respectifs  de  la  Russie  et  de  la  Chine  sont  signés 
et  munis  de  cachets. 

Le  vingt-cinq  Juillet  de  Tan  mil  huit  cent  cinquante  et  un. 
vingt-sixième  année  du  règne  de  Sa  Majesté  Impériale  rEin[>e- 
reur  et  Autocrate  de  toutes  les  Russies. 

Signé  : 
(L.  S.)  Le  colonel  au  corps  des  ingénieurs  des  minas,  Rovalevskt. 

(L.  S.)  I-CUAN. 
BOUYAKTAI. 


Y  \K(H  It     Mi:<.  I  -  I 


Ce  Iraitcî  a  rie  présenté  au  Sénat  dirijrranl  de  Hnssir.  ol  par 
ordre  de  Sa  Majesté  THnipercur  il  y  a  été  apposé  le  sceau  de 
Tempirc  en  signe  de  confirmation. 

Saint-Pétersbourg,  le  i3  novembre  i85i. 

(L.  S.) 


\AKOLH    HEG 


La  mort  de  Djilinnghir  n'avait  donné  rpie  (pielqnos  années 
de  répit  an\  gouvornours  chinois  ;  en  i8/|G,  un  des  Khodja, 
Katti  Torah,  avec  ses  frères,  s'empara  do  Karligar,  mais  lut 
bientôt  battu  et  chassé  par  les  Chinois  à  Kok  Kohat  ;  eniS^y  , 
révolte  d'un  autre  kho^ja.  VVali  Khan,  et  de  Kichik  khan, 
son  frère,  mais  ce  n'est  cpic  deux  ans  [)his  tard  qu'il  réussit 
h  quitter  khokand  ;  il  s'empara  successivement  de  kachgar, 
d'Arloch  et  de  Yangi-Ilissar.  Profitant  de  h\  rébellion  des 
musulmans  dans  le  kan-Sou,  le  fils  de  Djihanghir,  Bou/.ourk 
khan,  se  révoh^i  contre  les  autorités  chinoises,  aidé  |mr  un 
soldat  de  fortune,  Yakoub  Beg. 

Mohammed  Yakoub,  fils  d'Ismet  Onlla,  naquit  vers  1820 
h  Pskcnt,  dans  le  khanat  de  khokand,  et  il  fut  élevé  chez. 
un  boucher  de  cette  ville  qui  avait  é|M)Usé  sa  more  en 
secondes  noces.  Ayant  perdu  ses  parents,  il  fut  mené  à 
khokand  et  patronné  par  leHak'im  beg  de  cette  ville,  karim 
kachka  ;  après  la  mort  de  celui-ci,  il  passa  au  servi(!e  du 
Ilak'im  de  Tachkcnt  qui  prit  sa  sœur  pour  feu  une.  Yakoub 
monta  en  grade  et  devint  capitaine,  puis  beg;  le  /|-i()  mars 
i852,  il  lutta  à  Ak-Gerik,  près  du  fort  d'Aral,  coiitre  le 
major  Engman  qui  le  mit  en  fuite  avec  ses  partisans.  Son 
chef  Bouzourk,  adonné  à  tous  les  vices,  ne  tarda  pas  a  être 
déposé  jKir  lui  (i86fi).  Les  Dounganes  avaient  pris  le  fort  de 
Yarkand,  à  Tautomne  de  i8G3.  (le  ne  fut  que  l'année  sui 
vante  que  commence  la  guerre;  d'année  en  année,  Yakoub, 
homme  intelligent  et  énergitpie,  remporte  de  nouveaux 
succès:  hiver  de  i864-i865,  prise  de  kachgar;  printemps 


I-JQ  L  AFFAIRE    DE    ROULDJA 


do  i8()5,  prise  de  Yarkand  ;  janvier  iSli-,  prise  de  Kliolan  ; 
été  et  aiilomne  de  1867,  prise  dWkson,  de  Kou  Iche,  etc.  : 
janvier  1869,  prise  de  Sarikol,  etc.  Les  Russes  ne  pouvaient 
voir  celle  puissance  nouvelle  s'établir  au  cœur  de  TAsie  cen- 
trale :  la  prise  (27  juin  i865)  de  la  seconde  ville  du  khanal 
de  Khokand,  ïaclikent,  par* le  col.  Tcliernaïev,  après  une 
première  attaque  malheureuse  (2  octobre  186/1)  et  malgré 
les  ordres  de  Fempereur  Alexandre  II,  et  la  création  du  Gou- 
vernement du  Turkeslan,  avec  cette  ville  pour  capitale,  leur 
créaient  des  intérêts  considérables. 

Pendant  quelque  temps,  Yakoub  fut  le  souverain  redouté 
d'un  véritable  empire  dont  la  capitale  était  Yarkand.  L^\n- 
gleterre  envoya  en  mission  spéciale  près  de  lui  en  1870  et 
1873,  Sir  Douglas  T.  Forsyth  ;  en  1872,  le  colonel  russe 
d'étal-major  Baron  Kaulbars  signait  avec  lui  un  traité  de 
commerce. 

Le  4  juillet  187 1,  la  Russie  occupait  Ili,  c'est-à-dire  le 
pays  nord  des  T'ien-Chan. 

Voici,  au  point  de  vue  chinois,  Thistorique  delà  question  : 

MÉMOmE    DU    TSOUiNG-Ll    Y  AMEN,     20    JUILLET     1880 

Le  Tsoung-Ii  Yamen,  le  20  juillet  1880,  remit  conliden- 
tiellement  à  Sir  Thomas  Wade  et  à  M.  Bourée,  un  résumé 
des  différentes  phases  par  lesquelles  avait  passé  la  question 
de  rili,  afin  que  ces  deux  ministres  puissent  se  rendre  compte 
de  la  situation  de  la  Chine  ;  en  voici  le  début  : 

Nous  avons  déjà  fait  savoir  à  V.  E.  par  une  dépêche  qu'en 
témoignage  des  bons  sentiments  dont  la  France  est  animée  envers 
la  Chine,  la  Cour  nous  avait  communiqué  le  texte  d'un  décret 
graciant  le  ministre  Tch'oung  [FleouJ. 

Voici  plus  de  300  ans  que  la  Russie  et  la  Chine  sont  liées 
d'amitié,  sans*  qu'il  y  ait  jamais  eu  le  moindre  désaccord  entre 
elles. 


MKMOFIU:    1)1     TS<U  nj;-m    >  amin  i-.S 

Trironniî-Heoii  cvsl  criminel,  car  les  néirocialious  ([u'il  a  du 
|x>iii'suivre  rolativenuMil  à  la  restitution  de  Tlli  ne  sont  rien 
moins  cjue  satisfaisantes  sur  ])eaucoup  de  points.  A  cette  occa- 
sion, des  appréciations  erronées  se  sont  dernièrement  donné 
carric>rc  au  dehors.  Oai^nant  les  conséquences  qui  |X)urraient 
s'en  suivre,  nous  croyons  devoir  faire  à  V.  E.  un  récit  détaillé  et 
complet  de  tout  ce  qui  se  rapporte  à  cette  aflairedejmis  son  origine. 

L*lli  constitue  un  de  nos  points  stratégiques  les  plus  inipor- 
lanls  au  INord-Ouest. 

Sous  le  règne  de  TEmpennir  T\)ung-Tclié,  la  rébellion  mu- 
sulmane s'emparait  de  la  nouvelle  frontière  (l)zoungarie)  ;  au 
mois  de  février  186G.  aucune  ville  de  l'Ili  n'était  plus  en  notre 
possession . 

Le  a8  Août  1871,  alors  que  la  (^liine  n'avait  [)as  encore  rectui- 
vré  ce  qu'elle  avait  ainsi  perdu,  l'interprète  russe  Len/.v  nous 
adressa  inopinément  une  note  disant  en  (piel(|ues  mots  ({ue  le 
Gouverneur  de  la  Pro\ince  des  Sept  lUnlèrcs  s'était  enq)aré  de  la 
ville  d'IIi,  le  /|  juillet.  M.  Vlangaly,  Ministre  de  Russie,  ajoutait 
que  la  (iliine  devait  envoyer  un  liant  fonctionnaire  à  lli  |)our  se 
la  faire  remettre. 

D'une  part,  notre  Yamen  remercia  (la  Légation  russe)  :  d'autre 
part  nous  inforniAmes  la  Cour,  (lelle-ci  rendit  un  décret  donnant 
Tordre  au  manVlial  Jong  d'aller  l\  lli  s'occuj)er  de  la  récu|H'ra- 
tion  de  ce  territoire.  Nous  avons  entreteiui  plusieurs  fois  de  ces 
faits  M.  Vlangaly.  Celui-ci  pensait  en  résumé  que,  vu  rinsufli- 
sancc  des  forces  militaires  chinoises,  il  était  didicile  de  ré[X)ndre 
que  la  ^élro^ession  de  l'Ili  ne  serait  pas  suivie  de  troubles  sur  la 
frontière.  Le  Ministre  de  Russie  nous  dit  aussi  qu'après  (|ue  le 
maréchal  Jong  serait  arrivé  au  but  de  sa  mission  et  ({u'il  aurait 
ivglé  d'une  manière  satisfaisante  avec  le  (îouverneur  Ko  (KauH- 
maun)  les  dilférents  |)oints  dont  il  avait  h  s'occuper,  ce  haut 
fonctionnaire  restituerait  l'Ili  et  retournerait  aussitôt  après  en 
Russie.  INous  reçûmes  en  outre  une  lettre  nous  entretenant  de  la 
désignation  du  haut  fonctionnaire  Bogolavsky  connue  second 
négociateur  russe  |K)ur  traiter  avec  le  maréchal  Jong  ;  cette 
missive  nous  [larlait  aussi  de  l'entente  toute  amical<>  qui  existait 
entre  eux . 

I*e  ao  juillet  1872,  notre  Yamen  remettait  ci  M.  Vlangaly  *  une 

I.  I,  p.  Sas.  —  Lo  fçrnéral  (it'orge  Vlangaly.  qui  avait  été  consul 
^néral  à  Belgrade  (1862),  a  été  niinistro  Ji;  Uussio  (en  reuiplaceuient  de 


I -j/j  L*AFFAIBK    DK    KOLLDJV 

note  dans  laquelle  nous  disions  ({ue  la  Chine  n'oublierait  jamais 
ce  qu'elle  devait  de  reconnaissance  h  la  Russie,  pour  n'avoir  pas 
cliercli^î  à  spéculer  sur  les  frais  d'expédition  cl  d'occupation  de 
son  armée,  ni  sur  les  perles  subies  parlout  par  son  commerce. 
Nous  ajoulions  que  rien  ne  s*bppo$ail  à  ce  que  tous  les  points 
reslés  en  suspens  fussent  réglés  équiiablemenl  de  telle  sorte  (|ue 
chacun  y  trouvât  avantage  sans  qu'il  en  résultat  d'inconvénient 
pour  |>ersonne. 

Peu  de  temps  après,  M.  Vlangaly  examinant  avec  nous  la  ma- 
nière dont  on  procéderait,  arrêta  que  d'une  [>arton  rétrocéderait 
1*1  li.  et  que  d'autre  part  on  préparerait  successivement  des  solu- 
tions |)Ossibles  |K)ur  toutes  les  autres  afl'aires.  Nous  en  instruisîmes 
le  maréchal  Jong  pour  sa  gouverne. 

Le  'JÔ  septembre  1872,  M.  Bogolavsky  *  étant  arrivé  h  Pé-king 

M.  Léon  do  Ballioiizck),  de  i863  &  1878  ;  à  la  retraite  pendant  plusieurs 
années,  il  a  été  succcssivomenl  adjoint  du  ministre  des  aflTaires  étrangères, 
1883;  ambassadeur  h  Rome.  1891-97;  ensuite  membre  du  Conseil  de 
TEmpiro. 

I.  Au  sujet  de  la  mis-sion  Bogolavsky,  un  diplomate  écrivait  de  Pc- 
Xing,  le  ai  octobre  187a  : 

«  Kacligar  et  la  Dzoungarie  étant  limitrophes  du  Khokand,  il  est  arrivé 
au  milieu*  do  ces  troubles  que  des  tribus  Kirghiz  campées  des  doux  côlés 
do  la  frontière  ont  fait  dos  incursions  les  unes  chez  les  autres,  co  qui  a 
obligé  les  Russes  à  entrer  dans  le  pays  révolté  cl  à  en  occuper  amicalo- 
menl  une  partie  en  attendant  que  le  Gouvernement  chinois  soit  en  état 
d'y  restaurer  son  autorité. 

«  Celui-ci,  il  y  a  huit  mois.  (Il  marcher  un  corps  de  a  000  hommes  on 
priant  les  Russes  de  mettre  lin  à  leur  occupation  et  de  la  laisser  faire  la 
^Ktlice  chez  lui.  Là-dessus,  on  a  envoyé  do  Saint- Pétersl)ourg  le  général 
Rogolavsky  pour  s'entendre  sur  les  lieux  avec  le  commandant  chinois  ot 
lui  faire  la  remise  des  territoires  en  question,  après  avoir  constata  «pril 
avait  dos  forces  sufiisantos  pour  s'y  maintenir  et  y  maintenir  Tordre. 
Naturellement,  il  a  constaté  lo  contraire,  ce  qui  d'ailleurs  est  assez  pro- 
bable, et  à  la  suite  de  son  inspection,  il  a  reçu  Tordre  de  pousser  jus({u*à 
Pé-king  [)our  y  exposer  l'état  des  choses. 

(c  Lo  général  Bogolavsky  a  été  présenté  au  prince  Roung  par  M.  Vlan- 
galy.  Après  quoi  ils  ont  eu  ensemble  une  conférence  avec  les  mandarins 
du  Tsoung-li  Yamon.  La  mauvaise  humeur  que  le  général  Rogolavsky 
n*a  pas  dissimulée  à  la  suite  do  cette  entrevue,  montre  qu'il  n'a  pas  réussi 
à  convaincre  ceux-ci  de  Tavantâge  qu'il  y  aurait  pour  la  Chine  à  laisser 
SOS  voisins  administrer  ses  intérêts  dans  TRi.  R  est  reparti  pour  Saint- 
Pétersbourg  par  Chang-llai,  TIsthme   et  Constanlinople,    laissant    à  M. 


MKMoini:   i)L    'i><uN(;-i,i   y\mkn  i-,) 


vint  avec  M.  Vlan*;al>  l'aire  une  \Wiio  an  ^alnen.  Nons  Inl  dîmes 
(jue  les  tron|K*s  russes,  depuis  si  lnn<>ten)[)s  f|n'elles  oernpaient 
rrii,  de\aieiil  èlre  bien  fatiguées  et  que»  leurs  Irais  d'enlrelieii 
avaient  dû  être  très  coiisidéraMes.  Les  deux  [)ersonna>;(\s  russes 
répliquèrent  que  la  d6|>onse  n'était  qu'une  chose  luut  à  fait  aeees- 
soirc  et  qu'ils  allaient  faire  savoir  à  leur  Gouvernement  qu'a|)rès 
la  rétrocession  de  l'Ili  entre  les  mains  du  niaréclial  Jong,  on 
pourrait  être  assuré  que  la  domination  de  la  Chine  sur  celte  pro- 
vince ne  serait  plus  ébranlée.  Nous  informâmes  la  (iOur  de  ces 
choses. 

Dans  un  entretien  que  nous  avons  eu  le  a3  octobre  avec  Son 
F]xrellcnce  M.  Vlangaly,  nous  lui  fîmes  remarquer  (pie  puisqu'on 
ne  devait  nous  livrer  l'Ili  que  dans  un  avenir  indéterminé,  celait 
a)mnie  si  on  ne  nous  le  rendait  [tas,  (ju'on  ])ouvait  dè.s  lors  et 
sans  plus  tarder  passer  à  l'examen  des  autres  ailaires  dont  nous 
avons  à  nous  occu[>er. 

S.  E.  M.  Vlangaly  nous  ré[K'ta  que  la  Russie  ne  voulait  pas 
s*emparer  indûment  d'un  territoire  chinois. 

Le  même  jour,  on  discuta  de  nouveau  la  manière  de  |)rocéder, 
quant  à  la  rétrcxression  de  l'Ili  d'une  part  et  l'examen  de  toutes 
les  autres  questions  d'autre  part. 

Un  proc4>s-verbaI  de  cette  conversation  fut  rédij^é  et  conunu- 
niqué  au  Général  Vlangalv  jxmr  qu'il  l'examinAt  :  le  3i  octobre, 
il  nous  envoya  h  son  tour  une  note  dans  laquelle  il  disait  qu'il 
fallait  s'occuper  de  la  rétrocession  de  l'Ili  parallMemeni  avec 
toules  les  autres  affaires. 

Plus  tard,  le  i4  janvier  1876,  nous  envoyâmes  à  M.  de  Butzov. 
Ministre  de  Russie,  une  dépêche  |K)ur  ré|K)ndre  à  la  demande 
qu'il  nous  adressait,  d'introduire  dans  la  révision  de  la  conven- 
tion du  commerce  par  terre,  un  article  relatif  au  transi)ort  du 
thé  [)ar  la  passe  de  Ria-\u-Kouan  ;  nous  lui  disions  qu'il  fallait 
attendre  que  nous  :  eussions  repris  Ouroumtsi  et  (|ue  l'Ili  nous 
eût  été  restitué  ;  que  c'était  d'ailleurs  au  \  ice-Roi  Tso  qu'il  appar- 
tenait dc5*occu|)cr  du  réfi^lenient  de  celte  allaire  et  qu'ainsi  il  n'y 

VUngaly  le  soin  de  continuer  ses  démonstrations.  C('iui-ci  a  encore  une 
fois  vu  WcnSiang  avant-hier.  «  Il  n'y  a  rien  à  tirer,  nra-l-il  dit,  de  ct's 
g»Mis-lù.  C*ost  pure  «piestion  (ramour-propre.  Ils  sa\(;nt  liien  qu'ils  ne 
seront  jamais  capables  de  reprendre  1  lli,  mais  ils  s'entêtent  à  repouss4T 
tout  arrangement,  alin,  comme  on  dit  en  chinois,  de  nv  pas  perdre  ta 
face.  » 


I-()  l/\FF\IUK    DK     KOIF.DJV 

avait  pas  à  la  ralUiclier  à  la  convention  ri'^issanl  le  transit  par 
terre  ' . 


Tso  tsoung-t'ang 


Copendanl  Ja  Cliino,  débarrassée  des  musulmans  du  Yun- 
Nan  par  la  prise  de  Ta-li,  avait  pu  diriger  toutes  ses  forces 
vers  le  Nord-Ouest.  Tso  Tsounjç  t'ang,  vice  roi  du  Kan-Sou  et 
du  Clien-Si  en  18(57,  fat  nommé  généralissime  des  troupes 
en\oyées  contre  Kacligar. 

Tso,  comme  Ts'éng  Kouo-fan  sous  les  ordres  duquel  il 
servit,  était  originaire  de  la  province  de  IIou-Nan,  où  il 
naquit  en  1812  à  Siang-yin.  En  i832,  il  passa  l'examen  de 
Kiu-jcn  (licencié),  mais  il  n'atteignit  jamais  au  grade  de 
docteur,  aussi  lorsqu'il  fut  plus  tard  nommé  Grand  Secré 
taire  (Ta-Hio  C/m?),  les  lettrés  firent-ils  la  remarque  qu'il 
était,  depuis  Tavènement  de  la  dynastie  actuelle,  le  seul 
homme  qui,  simple  licencié,  fût  arrivé  à  une  aussi  haute 
position.  Tso  prit  une  part  active  h  la  guerre  des  T'aï  Ping, 
et  devenu  en  mai  i863,  gouverneur-général  du  Tché  Kiang 
et  du  Fou-Kien,  il  fut  le  fondateur  de  Tarsenal  de  Fou- 
tchéou. 

Tso  était  un  petit  homme  gras  et  jovial,  aux  traits  gros- 
siers et  aux  petits  yeux  brillants  de  malice  toujours  en  mou- 
vement. 11  était  soldat  dans  Tâme,  sévère  jx)ur  ses  troupes, 
cruel,  voire  féroce  ;  honnête  d'ailleurs,  vivant  simplement  et 
employant  son  argent  à  acheter  des  canons  pour  son  armée». 
Tel  l'a  connu  le  comte  Bêla  Széchenyi  à  cette  époque  (1877 
1880). 

Tso  mit  le  siège,  en  187 1,  devant  Sou-tchéou,  dans  le 
Kan-Sou,  qui  tomba  entre  ses  mains  au  mois  d'octobre  1873  : 


I.  Voir  la  suite  do  ce  mémoire,  p.  187,  192,  3i4. 


lUPPORT    DE    TSO    TSOl  .\(i-T   \N(;     KT    DE     KI.N     ClIOUEN  I  "J^ 


RAPPORT    DE    TSO    TSOL'NOT^ANG    ET    OE    KIN    ClIOUEN  ' 

«  La  ville  de  doiixirme  classe  Son-Tclicou  osl  reprise. 

«  Los  principaux  chefs  rebelles  ont  élo  tués  jusqu'au  dernier. 

a  Nous  adressons  à  T Empereur  une  liste  de  propositions  ten- 
dant à  récompenser  ses  servileurs  qui  se  sont  distingués. 

a  Les  Mahométans  révoltés  après  avoir  été  débusqués  du  fau- 
bourg oriental  de  la  ville  se  retirèrent  au  cœur  de  la  place  où 
acculés  il  résistaient  encore. 

«  Au  mois  d'octobre,  Tso  Tsoung-l'ang  et  Sin  Tcban-piao,  à 
la  télé  de  leurs  troupes  arrivèrent  devant  Sou-lcbéou.  L'armée 
fut  divisée  en  plusieurs  colonnes.  Du  G  au  lo  octobre  beaucoup 
de  rebelles  périrent.  On  demanda  du  renfort  à  Licou  Kin-t'a*ig. 
Le  34  octobre,  Kin-Cbouen  lança  les  colonnes  d'assaut.  Filles 
bivouaquèrent  sur  les  rempart.s.  L'ennemi  subit  des  pertc^s 
sérieuses.  Un  de  leurs  chefs  nonuné  Masçcu  sachant  d'avance 
que  son  crime  le  destinait  à  une  mort  certaine  vint  demander 
merci.  Le  4  novembre  Tso  Tsoung-tang  le  fit  compiraître  devant 
lui  et  le  II  novembre  ses  crimes  lui  furent  émumcrés  ainsi  (|ue 
ceux  de  Ma  Young-fou  et  autres.  Masçeu  fut  ensuite  mis  à  mort 
avec  ses  complices. 

«  Kin-Chouen,  Soung-Teigne,  Sin  Tchan-piao,  Licou  Kin- 
t'ang  mirent  en  même  temps  h  mort  tous  les  prisonniers  (pi'ils 
avaient  faits  parmi  les  troupes  musulmanes  battant  la  campagne. 

«  Toutes  nos  colonnes  après  avoir  pénétré  dans  la  ville  pas- 
sèrent au  fil  de  Tépée  tous  les  musulmans  natifs  de  Sou-Tchéou. 
Leur  crime  était  impardonnable  car  la  ville  de  Sou-tchéou  n'a 
été  reprise  qu'après  être  restée  dix  ans  entre  leurs  mains. 

«  Tso  Tsoung-t'ang  et  Kin-Chouen  en  faisant  disparaître  les 
principaux  chefs  de  la  rébellion  ont  été  les  instruments  de  la 
vengeance  céleste  et  font  l'objet  de  l'admiration  des  hommes. 

«  Tso  Tsoung-t'ang  a  payé  de  sa  personne  et  donné  l'exemple 
h  ses  lieutenants.  Une  place  bien  fortifiée  et  bien  défendue  n'a 
pu  résister  à  sa  valeur  grAce  h  ses  moyens  lactiques  et  straté- 
giques. Tso  Tsoung-t'ang  a  bien  mérité  de  nous. 

a  Rin-Chouen  mérite  également  d'être  largement  récompensé. 

«  Tso  Tsoung-t'ang  est  nommé  Vice  Grand  Secrétaire  du  (îrand 

I.  Décret  delà  Gazette  de  Pé  Kinff,  du  i5  décembre  1873. 

CORDIEH.  II.    —    1!1 


17^  L*AKFA1UE    DK    KOlLDJi 

(ionscil  do    l'Kinpiro   et    pronui   nolilc    lirréditairo  do  Iroisic'nu» 
classe.  » 

Après  s'être  avancé  jusqu'à  Hanii(lin  de  187^),  le  manque 
d'argent  et  de  vivres  relarda  les  oi^ératlons  de  ïso  jusfju'en 
avril  iSyl),  époque  à  laquelle  il  s'axanra  au  delà  de  la  (jrandt> 
Muraille,  et  s\»ni|jara  d'Ourounilsi,  Ti-Hoa  et  Manas.  A  la 
prise  de  cette  dernière  \ill<»  assiégée  par  kin-Cliouen  depuis 
l(î  *x  septembre  1876  et  prise  le  lO  novenïbre  1876  après 
imc  héroïque  défense,  Tso  reninivela'  les  atrocités  commises 
à  \un-\an  f(»u,  et  s'attira  une  protestation  indignée  du 
général  kaufliuann,  gouvernein*  général  du  Turkeslan  russe. 

LETTRE    DU    Oi^îNÉllAL    KA1;FF!«A>N    A    TSO    TSOUNG-t'aNG 

En  ma  qualité  de  représentant  au  Turkcstan  d'un  Empereur 
grand,  juste  et  humain,  je  m'adresse  à  vous,  très  honorable  Tso 
Tsoung-l*ang.  à  votre  titre  de  général  en  chef  de  l'armée  d'une» 
grande  puissance  amie  et  je  crois  devoir  attirer  votre  attention 
sur  la  manière  dont  la  guerre  est  faite  [>ar  les  troupes  impériales 
du  lk>gdokhan  dans  le  territoire  situé  à  l'Ouest  de  (joutcliène 
dont  la  population  se  compose  principalement  de  Dounganes. 

Vous  savez,  très-honorable  Tso  Tsoung-t'ang,  que  le  détache 
ment  qui  est  commandé  par  le  tsiang-kiuu  Kin  a  assiégé  pendant 
deux  mois  fautomne  dernier  la  ville  de  Manas. 

Plusieurs  assauts  livrés  par  les  troupes  chinoises  ont  été  re- 
pousses et  la  population  de  celte  ville,  son  chef  à  la  léte,  n'ont 
caj/itulé  qu'à  la  suite  de  ia  promesse  faite  par  le  tsiang-kiun  qu'on 
leur  accorderait  une  amnistie  complète. 

Le  chef  du  détachement  en  question  n'a  pas  tenu  sa  ])aroI(* 
d'honnôte  guerrier  et  plus  de  i  000  Dounganes,  ainsi  ipie  des 
femmes  et  des  enfants,  ont  été  traîtreusement  massacrés  après 
l'occupation  de  Manas  par  les  trou|)es  chinoises. 

Pareille  manière  d'agir,  aussi  cruelle  que  j)oriide,  n'est  pas 
digne  du  chef  de  l'armée  d'mie  grande  puissance  et  ne  peut  que 
produire  une  impression  des  plus  désavantageuses  sur  l'esprit  des 
populations  que  le  gouvernement  chinois  se  propose  de  soumettre 

I.  Gazette  de  Pé-King^  a5  janvier  1^77. 


FIN     m:    I.\     HKHri.l.lnN     NilMI.MWi:  I-f) 

h  sa  loi  ;  des  cruaiilt's  aussi  torrihlcs  no  |)Ou\(miI  avoir  pour  résultat 
(lirpct  que  la  dépopulation  complMcdu  ])aYset  seront  certainement 
très-nuisibles  aux  inlérôts  du  f:;ouvernemcnl  chinois  lui-même. 

En  conséquence,  je  considère  comme  un  devoir  de  vous  prier, 
très-honorable  Tso  Tsoung-l'ang,  de  vouloir  bien  porter  une 
attention  sérieuse  sur  les  atrocités  que  se  permettent  d'accomplir 
vos  subordonnés  et  de  prendre  des  mesures  pour  qu'elles  ne  se 
renouvellent  pas.  car  jwireille  manière  d*agir  ne  |)cut  certaine- 
ment pas  entrer  dans  les  vues  du  gouvernement. 

Le  devoir  du  soldat  consiste  a  lutter  avec  Tenncmi  qui  le 
combat  les  armes  à  la  main  et  non  pas  à  tuer  des  habitants  dés- 
armés, des  femmes  et  des  enfants. 

Je  me  suis  adressé  directement  h  vous,  étant  |)ersuadé  que, 
partageant  mon  opinion,  vous  ne  permettrez  jias  à  des  chefs  de 
détachement  de  jeter  une  ombre  défavorable  sur  la  gloire  et  la 
célébrité  que  vous  avez  si  justement  ao{uises  parmi  les  généraux 
du  gouvernement  chinois. 

J'espère,  très-honorable  Tso  Tsoung-t'ang.  qu'en  votre  ({ualité 
de  haut  fonctionnaire  ayant  une  grande  autorité  et  jouissant  de 
la  pleine  confiance  de  votre  gouvernement,  vous  trouverez  les 
moyens  d'arrôter  un  mal  aussi  contraire  aux  lois  de  Dieu,  et  à 
celles  de  l'humanité. 


FIX    DE    lA    RÉnELLION    MUSULMANE 

Tso  marchait  contre  Yakoub  lorsque  celui-ci  mourut  h 
Korla,  miné  par  la  fatigue,  après  une  maladie  de  treize  jours, 
devenu  prcscjue  fou,  le  ag  mai  1877  *.  Son  corps  fut  trans- 
porté à  Kachgar  où  il  fut  inhumé.  L'œuvre  de  Yakoub  Unis- 
sait avec  lui  :  les  Chinois  contre  lesquels  ses  successeurs  ne 
|K>uvaient  lutter,  s'emparèrent  successivement  de  la  capitale 
de  Témir,  Aksou,le  19  octobre  iS77,de  Yarkand,  le  21  dé- 
cembre, de  Kachgar,  sans  combat,  le  26  décembre,  et  enfin 
de  khotan,  le  /|  janvier  1878. 

I.  Kashgaria...  by  A.  N.  Kuropatkin...  Translatrd  froni  tho  Riissian 
by  Walter  E.  Gowan...  Calcutta,  i88a,  in  8. 

—  The  Ufe  of  Yakoub  Beg...  by  D.  C.  Boulgcr...  Loiidon.  W.  11. 
AlIcD.  1878,  in-8. 


i8o 


h  AFK.VIIIR     l)K    KOI  LDJ\ 


Tso  tinnoiira  à  la  Cour  ses  >i('l()iros  cl  on  l'en  réeonipensail 
magnifiquement. 

Dkciœt  '  rendu  sur  un  ra|)|)orl  du  Vice -Roi  Tso,  de  Kin 
Cnoi  EN  et  de  Lieoi  Tikn  (envoyé  par  r(»urrier  de  i  5!00  lis 
par  jour  avec  drapeau  rouge)  -  relatif  à  la  prise»  de  ((uatre 
villes  dans  TOuesl  cl  h  la  suppression  de  la  rébellion  dans  le 
Turkestan  chinois. 

Dès  l'année  dcrnitTC,  quatre  des  places  rorlcs  du  Turkestan 
chinois  oriental  étaient  prises.  —  Aussit(H  après  ces  victoires 
Licou  Kin-t'ang  lit  ses  plans  pour  s'emparer  des  cpiatre  places 
l'orliliées  restant  à  prendre  dans  TOuesl  du  Turkestan. 

Il  envoya  d'aI)orcl  d*Aksou  le  général  Yu  llou-ngen  à  Barjouk 
Manarhash  avec  des  troupes  régulières,  marchant  h  découvert, 
il  lit  partir  en  même  temps  de  Oush,  le  général  llouang  Wan  - 
p*UDg  avec  des  troupes  dont  la  marche  devait  être  dissinndée 
jusqu'au  moment  fixé  pour  Tattaque  de  Ivachgar.  Lieou  Kin-t\ing 
s'établit  fortement  à  Barjouk  Manarhash.  Ses  troupes  qui  s'étaient 
mises  en  marche  rapidement  le  ig  décembre,  reprenaient  |x>sses- 
sion  de  Yarkand  le  ai  suivant.  Le  a^,  précipitant  davantage  leur 
marche,  elles  entraient  dans  Y'angi  llissar  cl  faisaient  rentrer 
ainsi  sous  notre  domination  les  musulmans  k  Turban. 

Poussant  plus  en  avant,  elles  arrivaient  le  aC  décend)re  de\aiit 
Kachgar.  Le  général  Yu  Ilou-ngen  se  trouvait  dans  le  voisinai^c 
de  cette  place  déjà  depuis  le  17.  On  attaqua  de  deux  cotés  à  la 
fois. 

Le  pseudo-général  rebelle  Wang  Yang  lin  et  ses  band(»s  furent 
exterminées.  Trois  ou  quatre  mille  honunes  de  cavalerie  et  d'in- 
fanterie musulmanes  venus  à  leur  secours  eurent  h  c(>nd)attre  le 
général  Yu  llou-ngen  :  ils  furent  dis[x>rsés  ;  la  ville  fut  ouverte. 
-  Yu  Hou  -ngen  disposa  une  partie  de  ses  troupes  de  nutnière 
à  cou|)er  la  retraite  à  l'ennemi,  puis  il  lança  des  colonnes  à  sa 
|X)ursuite.  Ces  rebelles  furent  mis  hors  de  combat. 

Le  chef  rebelle  Yu  Siao-hou  fut  fait  prisoimier  ;  un  aulrechef 

1.  Cazclte  de  Pé  Kifi*{,  «lu  iT»  mars  1878. 

2.  Le  (lra|>cau  ruiigc  désigne  les  courriers  aniionçanl  le  succès  définitif 
d'une  expédition  et  la  capture  du  cli<'f  d'une  insurrection. 

A  la  réce[»tion  de  ces  courriers,   rKm[>oreur,  <{uelle  que  soit  l'heure, 
doit  inimédiatenienl  réunir  >on  conseil. 


FIN     nr.    I,\     IIKHI.LMON     MISII.MVM:  \^\ 

iiomiiK*  Lan  Te-kiii  trouva  la  mort,  lui  cl  ses  handos  sur  K»  iliaiiij» 
de  bataille. 

L'infanterie  du  général  Siao  Yuan-Iiong  comhallil  conjointe 
nient  avec  les  troupes  du  général  Houang  Wan-p'ung  ;  le  [)scudo- 
général  en  chef  Ma-yuan  fut  fait  prisonnier  vivant  et  Je  pseudo- 
général  rebelle  Po  J en-long  fut  tué.  Toutes  leurs  bandes  sont 
anéanties.  Lieoii  Kin-t'ang  lilécorclicr  vifs  et  lentement  le  rebelle 
musulman  lvir\g  Siang-in  et  son  (ils,  Yu  Siao-liou,  Ma- Yuan  ; 
leur  tête  fut  ex|K)sée.En  dehors  de  ceux-ci.  onze  cents  prisonniers 
faits  à  Kachgar  furent  décapités.  Kachgar  est  donc  complètement 
délivrée  des  reb<îlles. 

T-iC  général  Toung  Fou-siang  conduisit  à  manilie  forcé(»  ses 
troupes  sur  Khotan  :  du  3  au  f\  janvier,  ce  fut  une  succession  de 
combats  et  de  soumissions,  Khotan  est  débarrassée  des  rebelles. 

Voici  dix  ans  que  les  Pourouths  s'élanl  révoltés,  le  nuisulman 
King  Siang-in  s'empara  [>ar  la  force  de  Ivachgar  :  il  rongea  pro- 
gressivement les  huft  villes  qui  constituent  le  Turkestan  cbinois, 
puis  Tourfan,  Ouroumtsi  furent  comprises  dans  ce  désastre. 
Voici  dix  ans  que  nous  sommes  les  instruments  célestes  de  la 
punition  de  ces  relxîlles.  —  Nous  avions  contié  au  Vice-I\oi  Tso. 
le  soin  d*agir  comme  commissaire  impérial  dans  les  limites  des 
nouvelles  frontières  (Turkestan  et  l)zomigarie).  (l'est  lui  (|ui 
conçut  le  plan  d'o[)érer  d'aboitl  en  Dzoungarie.  11  prit  donc  Ou- 
roumtsi comme  étant  le  point  le  plus  im|)ort<int  ;  de  là,  il  marcha 
sur  Manas.  Il  put  ensuite  avancer  sur  Tourfan  par  les  diverses 
roules  dont  ces  places  lui  )i\raient  la  clef  du  Turkestan.  Bientôt 
s*avançanl  dans  l'Ouest,  il  en  fut  de  Tinsurrection  comme  d'un 
bambou  qui,  une  fois  fendu,  éclate  et  se  brise  dans  toute  son 
étendue. 

Les  huit  villes  du  Turkestan  nous  sont  rendu<»s  et  nous  le 
(levons  à  la  protection  du  Ciel  et  à  la  sainte  intercession  de  nos 
aïeux. 

(Suivent  les  récompenses,  f\'\  pages.) 

I^  Vice-Roi  Tso  est  fait  duc  de  a'  classe;  Licou  Kin  t'iing  est 
fait  Iiaron  ' . 

IiC  Turkestan  (ihinois  élait  débarrassé   de   la   rébellion  : 
I.  Pour  traduction  conforme,  signé  :  (1.  1)lvi.iiia. 


i8a  i/affairk  de  koildjv 

le  chef  insiirgr  Po  Yon-hoii  cl  d'aiilrcs  rehelles  se  réfiigièreiil 
sur  le  lerriloire  russe. 

«  I^a  Cour  ordonna  immcdialement  au  Prince  Koung  et  aux 
membres  du  Tsoung-li  Yamen  de  rap|)eler  à  M.  de  Bulzov  que 
le  traité  ne  permettait  pas  de  donner  asile  aux  rebelles  et  de  le 
prier,  en  conséquence,  d'aviser  le  Gouvernement  russe,  afin  que 
Po  Yen-bou  et  les  autres  insurgés  fussent  livrés  à  la  Cliine  et  que 
Tamitié  qui  unit  les  deux  Gouvernements  reçut  par  là  une  nou- 
velle consécration.  Cette  question  donna  lieu  à  plusieurs  entre- 
tiens ^  » 

I.  Mémoire  du  Yamen  du  ao  juillet  1880. 


ri' 


CHAPn  KE  X 

L'AFFAIRE  DE  KOULDJA 

(.Suite). 

MISSlOxN      DE      TCU'OING-IIEOI; 

L'ancien  ambassiidour  en  France,  Tciroung-Hoou,  alors 
gouverneur-général  de  Féng-l'ien(Mandclioiirie)  fui  désigné, 
au  mois  de  juin  1878,  pour  aller  en  Russie  renii)lir  les 
fonctions  de  ministre  plénipolenliaire  et  traiter  de  la  reslifu- 
tion  de  Kouidja  à  son  gouvernement  ;  avis  de  celle  nomina- 
tion fut  donné  aux  légations  étrangères  par  le  priiice  Koung  : 

Pé-king,  le  34  août  1878. 

Le  19  de  ce  mois,  j'ai  reçu  avec  respect  le  décret  imj)érial 
suivant  : 

Tch'oung  IIeoi;,  décoré  de  la  phitne  de  paon  à  double  œil  et 
du  globule  iU*  prcniiÎTe  classe,  Tuteur  dv.  3**  classe  du  prince 
liérilier  du  Trône,  Membre  du  Cons<»il  des  AITaires  élranj^'ères, 
vice-présîdenl  de  gauche  du  Ministère  de  rinlérienr.déjà  nommé 
Ministre  de  Chine  près  la  Cour  de  Russie,  sera  notre  plénipo- 
tentiaire. 

Veuillez  agréer,  etc.  K 

Tch'oung-Heou  aurait  voulu  prendre  avec  lui  c<nume 
interprète  M.  Devéria  qui  lui  avait  rendu  de  grands  services 
lors  de  sa  première  mission  en  Europe,  mais  il  était  im|)os- 

1.  Pour  traduction  conforme,  signé:  (j.  Dlvékia. 


i8/|  i/afkaihk  i»k   koti.djv 

sible,    pour   dos    raisons   faciles   à   comprendre,    (|ue    notre 
uiinislre  se  séparai  du  principal  fonctionnaire  de  sa  lé«?ation. 
L'accueil    fait   h   Sainl-Pctersboiug   a    la   nouvelle   de  la 
nomination  de  Tch'oung-IIcou  ne  fui  pas  sans  réserve  : 

«  Aussitôt  que  le  Cabinet  de  St.  Pétcrsbourg  fui  informé  par 
son  Chargé  d*AlTaircs  h  Péking  de  la  nomination  d'un  ministre 
chinois,  avant  pour  mission  d'installer  dans  la  capitale  russe  une 
Légation  permanente,  il  s'empressa  de  faire  ressortir  les  anciennes 
relations  amicales  qui  unissent  les  deux  pays  ;  on  déclara  que 
l'on  considérait  la  présence  d'un  ministre  chinois  h  la  Cour  du 
Tsar  comme  une  nouvelle  manjue  de  ces  bonnes  relations. 

La  (chancellerie  impériale,  pourtant,  au  milieu  de  ces  paroles 
engageantes,  empreintes  de  l'esprit  le  plus  conciliant,  ne  manipia 
pas  de  faire  sentir  au  Gouvernement  chinois  que,  d'après   les. 
traitée,  il  n'avait  pas  le  droit  d'entretenir  une  Légation  en  Russie. 

Cette  restriction  inattendue,  sans  doute,  donna  h  réfléchir  <iux 
membres  du  Tsoung-H  Yamcn  et  ils  en  viennent  à  se  demander 
quel  était  le  ton  qu'il  convenait  de  prendre  devant  une  réponse 
011  perçait  si  peu  d'empressement.  Ce  fut  Tch'oung-IIeou,  celui-là 
même  dont  on  discutait  l'envoi  à  St.  Pétersbourg  qui  prit  la  ])ar()Ie 
et  déclara,  ce  qui  prouve  son  esprit  de  conciliation,  cpie  le  meil- 
leur côté  de  prendre  cette  réponse  était  de  la  regarder  comnu» 
une  acceptation  pure  et  simple.  11  eut  soin  toutefois  de  faire  Re- 
marquer qu'il  convenait  de  lui  conférer  le  titre  de  PiénipoliMv 
tiaire,  titre  qui  donnait  à  sa  mission  un  caractère  spécial  et  la 
rend  conforme  au  droit  qu'a  tout  Pays  d'envoyer  des  Ambassa- 
deurs s'occupanl  d'Alfaires...  La  principale  raison,...  qui  a  décidé 
le  gouvernement  chinois  h  envoyer  près  la  grande  Cour  du  iNord 
un  Plénipotentiaire  a  été  son  désir  de  régler  définitivement  la 
question  de  l'Ili*. 

Voici  quelles  furent  les  instructions  données  à  Tcb'oung- 
lleou  : 

Ce  hîiut  fonctionnaire  re(;ul  une  lettre  de  créance  aux  termes 
de  laquelle  il  devait  dans  l'intérêt  de  nos  relations  communes 

I.  Lettre  de  M.  Brcnicr  de  Montmorand  à  M.  Waddinglon,  Pé-King, 
9  septembre  1878. 


MISSION    i)K  Tciroi  Ni;  iii;oi  iSf) 

faire  un  Iraito  cl  nogocicr  la  rclrocessioii  de  l'ili.  ainni  que  la 
roniise  durel)olle  Po  Yen-liou  ;  desinslruclionslui  furent  ilonnées 
|)ar  la  Cour  lui  recommandant  d'user  de  la  plus  grande  pru- 
dence, de  ne  rien  faire  sans  consulter  le  Palais  ou  sans  prévenir 
le  Tsoung-li  Yamen.  Lors  des  audiences  de  con«j;é  (jui  furent 
accordées  à  Tch'oung-Ueou,  Leurs  Majestés  les  Impératrices  <^t 
TEnipcreur  lui  réitérèrent  les  mêmes  recommandations.  De  plus, 
enfm,  le  Prince  Ivoung  et  les  membres  du  Tsoimg-Ii  Yamen  lui 
dirent  que  Pairaire  qu'il  était  chargé  de  régler  était  de  la  plus 
haute  im[X)rlance,  et  qu'il  fallait  tenir  le  Tsoung-li  Yamen  au 
courant  de  ses  négociations. 

Le  3i  décembre  1878,  Tch'oung-lleou  arrivait  en  Russie.  Au 
mois  de  mars,  il  eut  une  conférence  sur  la  question  de  Tlli  avec 
le  Ministre  des  Affaires  étrangères  Ko  (Gortchakov).  Pour  ce  <pii 
est  du  remboursement  des  dépenses  occasionnées  par  l'occupation 
de  rili  en  notre  lieu  et  place,  la  Russie  en  admit  le  [)rincipe, 
seulement  avant  de  donner  une  ré[)ons(ï  défmitive,  elle  voulut 
qu'une  entente  s'établit  à  cet  égard  entre  le  Ministère  de  la 
(juerre  et  celui  des  Finances.  C'est  |)oslérieurem(Mit  à  cela  que 
nous  rcvùmes  de  Tch'oung-lleou  une  lettre  disant  que  la  Russie 
consentait  à  rendre  l'Ili.  Notre  représentant  nous  envoyait  du 
même  coup  un  a|>erçu  de  ce  qui  s'était  passé  enire  lui  et  MM. 
Gortchakov  et  JUitzov  au  cours  de  leurs  entretiens  qui  avaient 
[ïorté  sur  trois  points  principaux  : 

i**  Commerce.  —  a"  Frontière.  —  3"  Indenmités. 

Nous  nous  cmpressAmes  d'en  informer  la  Cour. 

Peu  de  jours  après,  une  nouvelle  lettre  de  Tch'oung-lleou  nous 
disant  que  comme  indenmité,  il  était  conveim  d'une  soimne  de 
cinq  millions  de  roubles. 

Qu'en  ce  qui  touche  le  commerce,  la  Russie  réclamait  l'ouver- 
ture d'un  débouché  commercial  à  kia-yu-kouan. 

Quant  aux  routes  commerciales,  la  Russie  désirait  ([ue  le  com- 
merce de  Han-kéou  put  se  faire  jwir  Lan-tchéou,  llau-lchong  et 
Tché-ta  et  qu'on  put  avoir  descomnumic^tionsà  travers  les  routes 
du  Sud  cl  du  Nord  des  Monts  (iélestes.  Elle  demandait  aussi 
qu'on  y  ajoutât  les  routes  de  Niplchou  et  de  Ivobdo. 

Enfm  pour  ce  qui  est  des  frontières,  la  Russie  en  désirait  la 
rectification  et  voulait  une  ligne  passant  par  ili,  Kachgar  et  Tar- 
bagalai;  elle  désirait  de  plus  retenir  une  enclave  de  la  partie  Sud 
de  rili. 

Les  6  et  a3  juillet,  les  i4,  18  et  27  Août,  nous  avons  télégra- 


l8()  L  AFFAIRE    DE    ROULDJA 

pliio  h  Tciroung-llcoii  pour  lui  dire  qu'il  fallait  s'en  Icnir  aux 
iiuiitcs  niarqucos  autrefois  en  rouge,  sur  Ja  carie,  vl  qu'il  était 
ou  ne  peut  plus  dinîcile  de  consentir  à  ce  que  l'ili  fut  réduit  dans 
sa  partie  méridionale,  car  l'enclave  désirée,  contenant  les  monts 
Ko-teng  et  la  rivière Tekkes,  ce  serait  réduire  l'Ui  de  sept  dixièmes 
et  rendre  illusoire  la  rétrocession  de  cette  province.  On  ne  pou- 
vait du  reste  moditier  arbitrairement  ainsi  un  tracé  qui  avait  été 
déterminé  en  i864»  à  la  suite  d'un  accord  que  l'on  s'était  solen- 
nollement  promis  de  respecter  h  l'avenir.  Nous  lui  disions  encore 
dans  ces  différents  télégranunes  qu'il  ne  fallait  pas  perdre  de  vue 
ce  ([ui  concernait  le  rebelle  Po  Ycn-hou  et  qu'en  matière  com- 
merciale, moins  il  concéderait  et  plus  facile  deviendrait  notre 
contrôle.  Nous  lui  avons  dit  ainsi  qu'il  fallait  faire  disparaître  le 
passage  suivant  :  «  à  moins  que  le  propriétaire  des  marcbandises 
n'ait  pas  été  mis  au  courant.  »  Le  8  juillet  enfm,  nous  avons 
écrit  à  Tcli'oung-IIcou  qu'il  ne  devait  pas  revenir  en  Chine,  sans 
en  avoir  demande  et  obtenu  la  permission  expresse  de  la  Cour. 

Le  aS  juillet  nous  avons  écrit  à  Tciroung-Heou  qu'on  ne  pou- 
vait absolument  pas  consentir  au  morcellement  de  l'Ili. 

Une  réponse  télégraphique  de  Tch'oung-Hcou  nous  parvint  le 
1 3  septembre  ;  elle  nous  disait  que  les  termes  de  la  Convention 
se  trouvant  arrêtas,  il  était  dilTicile  d*en  rouvrir  la  discussion  ; 
(|ue  pour  ce  qui  était  de  Po  Yen-hou,  il  n'y  avait  rien  à  tenter. 

Le  3o  septembre,  nouveau  télégramme,  dans  lequel  Tch'oung- 
Heou  nous  disait  que  le  aS  du  même  mois,  il  s'était  rendu  sur 
kîs  bords  de  la  Mer  Noire,  pour  procéder  à  la  signature  de  la 
Convention. 

Le  II  octobre  enfin,  Tch'oung-Hcou  nous  donnait  par  le  télé- 
graphe la  nouvelle  qu'en  date  du  a  octobre,  il  avait  conclu  une 
convention  sur  les  bords  de  la  Mer  Noire. 

Dans  un  télégramme  du  a  octobre  qu'il  nous  expédiait  des 
bords  de  la  Mer  Noire,  Tch*oung-Heou  nous  disait  qu'il  avait  fait 
deux  articles  séparés  de  la  clause  concernant  la  conservation  par 
les  Russes  de  leurs  propriétés  en  Ui,  après  la  rétrocession  de  cette 
province  ;  et  de  la  clause  accordant  aux  Russes  le  droit  de  navi- 
gation jusqu'à  Pctune. 

Tciroung-Heou  a  introduit  ces  deux  points  dans  la  Convention 
sans  prendre  l'avis  du  Yamen.  Il  en  fut  de  même  pour  ce  qui  a 
irait  au  commerce  ;  ne  pouvant  se  pénétrer  de  nos  instructions, 
il  n'a  pas  tenu  compte  des  modifications  que  nous  lui  recom- 
mandions. La  concession  de  la  roule  de  Niptchou  cl  rétablisse- 


ment  de  Consulats,  de  maisons  de  commerce  et  (l'enlrej)ôls  dans 
des  localités  non  ouvertes  au  counnerce,  constituent  des  clauses 
auxquelles  depuis  plusieurs  armées  notre  Yamen  avait  déclaré  m; 
pouvoir  pas  souscrire.  Tch'oung-IIcou  les  a  néanmoins  intro- 
duites dans  la  Convention.  De  même  aussi  pour  le  déplacement 
de  notre  ligne  de  frontière  du  côté  derili/rarbagataïet  Kacli^ar; 
à  maintes  reprises,  nous  avions  dit  h  Tciroung-lleou,  par  le  té- 
légraphe, qu'on  ne  pouvait  absolument  pas  l'accorder.  11  n'a  été 
tenu  aucun  compte  de  nos  recommandations. 

La  Cour  fut  ciactement  mise  au  courant  de  ces  choses  *. 

Tch'oung-Hcou  s'embarqua  a  Chang-Haï  sur  le  paquebot 
des  Messageries  VAva,  le  8  novenibrn  1878.  Kn  j)assant  h 
Paris  où  se  trouvait  Ts'êng,  il  y  eut  eniro  les  deux  diplo- 
mates quelques  ditlicullés  pour  la  [)réséance  qui  ilnaleinent 
fut  reconnue  à  Ïclfoung-Hcou. 

LES    FILS     DE    YAKOCJn 

Les  Russes  ne  connaissaient  pas  encore  h;  rap|)orl  dt^  Tso 
à  rEnîi>ercur  relatif  aux  quatre  (ils  de  Vakoub,  car  les  didî- 
cultcs  de  Tch'oung-Heou  eussent  été  plus  grandes  encore.  : 

Le  fils  d*un  homme  qui,  par  ses  actes  de  rébellion,  aura  mé- 
rité d'être  écorché  vif,  —  s* il  na  pris  aucune  part  au  crime  de  son 
père,  ne  sera  point  puni  de  mort  :  il  sera  remis  entre  les  mains 
du  Surintendant  du  Palais  et  condamné  à  la  castration  :  il  sera 
envoyé  ensuite  dans  la  province  de  Sakhalin  ou  autres  lieux  pour 
V  devenir  l'esclave  d\in  fonctionnaire  militaire. 

S'il  a  moins  de  onze  ans,  il  restera  en  prison  jusqu'au  jour  où 
il  sera  en  Age  de  subir  la  peine  édictée  par  la  loi. 

Ahmed  K.ouli  (lils  aîné  de  Yakoub)  ayant  quatorze  ans  révo- 
lus, sera  dirige  sur  Pé-king,  dès  que  le  Ministère  de  la  Justice 
aura  donne  des  ordres  à  cet  elTet.  Ses  frères  seront  soumis  au 
même  châtiment,  cpiand  ils  auront  atteint  leur  onzième  année  ^. 

1.  Mémorandum  du   Yamcn   du  20  juillet  1880,  suite,  voir  p.  176, 
19a,  aii. 
a.  Gazette  de  Pé-King,  17  juin  1879. 


iS8 


l.  VFF\IRE    DE    KOrM)J\ 


Los  roj)ivsonlalions  énergiques  de»  la  lliissie  amenèrent  nn«^ 
ronimiilalion  de  la  terrible  peine  el  les  enfants  de»  ^akonh 
furent  condamnes  à  l'emprisonnement  dans  une  province* 
éloignée. 

THAITK    DE    IJVADIA,    OCTOHHE     1879 

TcliVmng  Fleoii  fut  reçu  en  audience  le  8/20  janvier  1879 
poin*  remettre  ses  lettres  de  créance  ;  il  réclamait  le  rang 
(Tainhassadein*,  tandis  que  ses  lettres  ne  lui  donnaient  cpie 
celui  d'envoyé  extraordinaire  et  ministre  plénipotentiaire  ;  en 
conséquence,  il  fut  traité  en  «  l\eprésentant  »  de  l'empereur 
de  Chine. 

Un  traité  en  dix-huit  articles  fut  signé  à  Li\adia  |>ar 
Tch'oung  lleou,  d'une  part,  MM  de  (iiers  et  de  Butzov,  dr 
l'autre.  Voici  l'analyse  des  principales  causes:  1.  La  Russie 
rendra  l'Ili,  à  l'exception  de  la  portion  Sud  Ouest,  dans  la 
direction  de  la  rivière  Tckkes  ;  IL  Amnistie  aux  habitants 
d'ili,  maliométans  ou  non  ;  IIL  Les  habitants  d'Ili  sont  libres 
de  rester  dans  le  pays  ou  d'émigrer  en  territoire  russe  ri 
devenir  sujets  russes  ;  IV.  Les  sujets  russes  qui  pourraient 
avoir  acheté  des  propriétés  dans  l'Ili,  apivs  cpie  le  pays  aura 
été  rendu,  en  conserven)nt  le  contrôle  ;  V.  Les  fonctionnaires 
chargés  du  transfert  se  réuniront  dans  la  ville  d'Ili  et  agiront 
suivant  les  ordres  du  gouverneur  général  «lu  Chen-Si  et  du 
Kan-Sou  *  et  du  gouverneur  général  du  Turkestan*.  Quand 
le  traité  aura  été  approuvé  par  l'empereur  de  la  Chine,  le 
gouverneur  général  du  Clien-Si  et  du  Kan  Sou  enverra  un 
fonctionnaire  î\Tachkent  pour  prévenir  le  gouverneur  général 
du  Turkcstan  qui,  dans  une  période  de  deux  mois,  devra 
efleclucr  le  transfert  de  l'Ili  ;  VI.  L'empereur  de  la  Chine 
paiera  5  millions  de  roubles  à  la  Russie  dans  l'année  qui 
suivra  l'échange  du  traité  comme  frais  d'occupation  depuis 

I.  Tso  Tsoiingrang. 
a.  Général  Rautîmann. 


TiiAiTK   ru:   Livvniv  i8() 

1871  r(  indoinnitr  nu\  marrhands  russes  pour  leurs  porlos  : 
VU.  Après  rpio  l'Ili  aura  rlé  repris  par  la  ('Jiin(\  l'Oiiesl  «le 
rili  (îl  le  voisinage  do  la  rivière  Tekkes  ser(»iil  rendus  à  la 
*Kiissio,  afin  que  ceux  rpii  deviennenl  sujets  russes  puissent 
s'y  établir;  la  fronliore  séparant  les  deux  pa>s  est  ainsi 
délimitée  : 

La  fronlitTc  des  deux  pays  commencera  h  la  montfign(» 
Piehclicntao  '  et  suivra  la  rivière  Gorchos  juscprà  Tendroil 
où  elle  se  jette  dans  la  rivière  IJi.  Elle  suivra  alors  la  rivière  lli 
dans  une  direction  Sud jusrpi'au  mont  Wou  tsoung  tan,  à  TEst 
du  village  Kouo  li  clia-t'eli.  Elle  suivra  la  ligne  de  raîledes  mon 
lagncs  Akburtasli  juscpiVi  Tendrciit  où   la  rivière  lli  se  divise 
au  Nord,  et  de  là  a  TEsl.  Le  mont  lia  la  k'ai  et  l«»mont  (lli'a 
pu-cira-leii  appartiendront  à  la  lUissie.  Suivant  la  rivière  Tek- 
kes, la  fnmtière  suivra  de  nouveau  la  ligne  de»  laite  de  la  mon 
tagne  Akburtash  à  la  passe  kouo-keli  su  ta  vvan.  De  là  >ers  le 
Sud  au  mont  Ai  sb  ko  b^isb,  el  alors  dans  une  direction  Sud- 
Ouest   le  long  des  monts  suivants  des  T'ien  Clian  :  lia- Ici - 
Lo-tao,    Kban  lien  ka-li  *,    Sa  Ici  ya-seb  ka  cliierb  le-liu-kV>- 
kouo,  et  Kara  Tekke  à  la  passif*  du  mont  PanyokVb. 

La  frontière  de  Tancien  kbokand,  maintenant  la  province 
russe  de  Fcrganah,  est  limitro[)be  de  la  frontière  cbinoise  d(» 
kacligar,  etc.,  et  les  limites  sont  fixées  de  la  manière  suivante  : 

Du  sommet  de  la  montagne  Suyok  (dont  la  passe  appar 
tient  à  la  Rus.sie),  vers  le  Sud  le  long  de  In  a  la-kouo  leli  el 
le  pied  de  la  passe  Sa  00-yester  jus(piVi  mi  (*bemin  entre  les 
deux  stations  de  Yecbing  et  Nakola  Ciralal.  De  là  à  la  ri 
vière  Cb'i  ki  lo  pan  à  FEsl  de  la  station  Irkosbt'ang,  el  al(»rs 
au  Sud  au  mont  Malitarbar  ^. 

VIII.  Modification  de  la  frontière  de  Tarbagataï  fixée  par 
le  i*'  el  le  2' article  du  traité  de  iSO/i  ;  1\.  Des  l>ornes  fron- 

I.  Pinchcn,  carte  de  Scliu)-ler. 

3.   Khan-Tcngri  (Scliu)lcr). 

3.  Presque  tous  ces  noms  sont  méconnaissalilcs  on  chinois. 


IÇ)0  L  AFFAIRE    DE    ROL  LDJA 

lièrcs  seront    placc^cs  quand  les   limites   auront  été  fixées: 
X.    Suivant  Tancien   traité,   la  Russie  avait  des  consuls  A 
Ui,  Tarbagalai,  Kacligar  et  Kouroun.  Elle  aura  en  plus  de 
ceux-ci  la  liberté  de  placer  des  consuls  h  la  passe  de  Kia  vu, 
Kobdo,  Ouliasoutaï, Ilami,  Tourfan,  Ourounilsi  et  Kouchlen«r. 
Klle  pourra  nommer  deux  consuls  en  tout  pour  ces  quatre 
derniers  points.  Le  consul  nissc  de  Kia  yii  kouan  contrôlera 
le  commerce  russe  passant  par  le  Kan-Sou  et  le  Chen-Si, 
suivant  les  termes  du  traité  de  Pé-King  de  1860;  XI.  Traite- 
ment des  réciproques  ;  XII.  Les  sujets  russes  sont  autorisés 
à  faire  le  commerce  en  Mongolie   sans    payer   de   droits  ; 
XIII.  Des  boutiques  et  des  magasins  pourront  (Hre  construits 
par  les  Russes  dans  les  endroits  où  se  trouvent  des  consuls 
ainsi  qu'à  Kalgan  ;  XIV.  Les  marchands  russes  apportant  des 
marchandises  par  terre  de  Russie  en  Chine  sont  autorisés  à 
passer  par  kalgan  et  la  passe  de  Kia-yii  à  Tien-Tsin  et  à  Ilan- 
Kéou,  et  à  les  vendre  aussi  à  Kalgan,  Kia-yii,  Tang-tchéou,  Si- 
ngan  et  Han-tchong  fou;  ou  ils  peuvent  prendre  des  mar- 
chandises de  CCS  endroits  pour  les  vendre  k  Tintérieur,  comme 
ils  choisiront.  Les  négociants  russes  aciietant  des  marchan- 
dises dans  les  villes  et  ports  ci-dessus,  ou  ailleurs  dans  Tin- 
térieur,  ont  aussi  la  liberté  de  transporter  leurs  marchandises 
par  les  routes  ci-dessus  par  Kalgan  et  la  passe  de  Kia-yii  en 
Russie  ;   XV.  Ce  traité,  en  c^  qui  concerne  le  commerce, 
pourra  être  revisé  cinq  ans  après  rechange  des  ratifications: 
XVI.  Une  réduction  des  droits  sur  le  thé  de  qualité  inférieure 
sera  décidée  [>ar  le  Tsoung-li  Yamen,  de  concert  avec  le  plé- 
nipotentiaire russe  à  Pé-King,  dans  l'espace  d'un  an  après 
l'échange  des  ratifications;  XVIl.  Bétail  traversant  la  fron- 
tière ;   XVIII.   Les  ratifications  devront   être   échangées    {\ 
Saint-Pétersbourg  dans  l'espace  d'un  an.  Ce  traité  signé  à 
deux  exemplaires  en  mandchou,  chinois,  russe  et  français*. 

I.  Le  traité  de  Livadia  n'ajrant  |)as  été  promulgué,  j'ai  été  obligé  {KHir 
faire  ce  résumé  de  me  servir  d'une  traduction   anglaise,  inédite  je  crois. 


I)IS(;k\(:i'    I)i:   ii.ii  oi  ng-iikoi  Kii 

Il  faut  (|uo  T(*li'(Hinfr-llo()u  ail  rl<' IVapix*  (raliéiialion  nicii 
laie  pour  avoir  signé  un  traité  pareil  ;  même  vaincue,  apiès 
une  lutte  acharnée,  la  Chine  n'aurait  jamais  aerordé  à  la 
Russie  les  avantages  quVIleohtenait  par  le  traité  de  Livadia. 
Non  seulement  le  Pe  Lou  était  ahandonné  ii  la  Ilussic,  mais 
aussi  les  passes,  entre  autres  celle  de  Mouzarte,  par  laquelle 
traverse  la  route  militaire  de  K'ien-Loimg,  conduisant  de 
kouldja  h  Aksou,  qui  commandent  le  Nan-Lou.  Mais  ce  qui 
était  cependant  plus  grave  aux  yeux  des  Chinois,  c'étaient  les 
privilèges  commerciaux  et  la  liherté  de  circidation  en  Chine 
concédée  aux  Kusses. 

Après  avoir  expédié  son  télégramme  daté  de  la  Mer 
Noire,  Tch'oung-Ueou  n'attendit  pas  en  Russie  qu'un  décret 
vint  Tauloriser  à  se  mettre  en  route  pour  la  Chine.  Il  était 
extrêmement  superstitieux  et  on  raconte  qu'mie  sonnére  lui 
avait  pivdil  avant  son  dé|>arl  de  Chine  qu'il  mourrait  s'il 
restait  au  delà  d'un  certain  tenq)s  en  Kurope.  11  arriva  à 
Cliang-llaï  au  conmiencement  do  décend)re  1879  et  il  se 
rendit  par  terre  à  Pé  King,  où  il  parvint  le  3  janvier  1880. 
La  veille  paraissait  un  décret  le  destituant  et  déférant  son 
cas  au  jugement  du  ministre  du  Personnel. 


DISGRACE    DE    TCh'oUNG  MEOL 


DÉCHET  * 


Le  Président  de  gauche  de  la  Cour  des  Censeurs,  Tciroung- 
Ileou,  qui  avait  été  envo>é  |)ar  nous  en  mission  a  l'étranger. 
s'est  pt»rmis  de  se  mettre  en  roule  et  de  rentrer  à  Pé-King  sans 
avoir  attendu  nos  ordres.  Que  d'abord  un  hlAme  doublement 
sévère  lui  soit  infligé  au  Ministère  du  Personnel  aucpiel  est  dé- 
féré son  cas,  que  ses  euqilois  soient  en  même  temps  déclarés  \a- 
cants; — cl  qu'il  tittendc  le  verdict  dudit   Ministère;   ijue  les 

faite  par  sir  T.  Wado,  sur  le  texte  chinois.  Outre  le  traité,  des  règlenierils 
coocemant  le  commerce  par  terre  entre  la  Russie  et  la  Cliin(>  furent  signés. 
1.   Gazette  de  Pé-King^  a  janvier  1880. 


IQa  L  AFFAIRE    DE    ROULDJA 

Membres  de  la  Grande  Chancellerie  Impériale,  les  Six  Minis- 
tères, les  Neuf  Cours,  l'Académie  des  Han-l^in,  la  Direction  de 
rinstruction  Publicjue,  la  (!lour  Métropolitaine  des  Censeurs,  la 
Cour  Provinciale  des  Censeurs,  nous  adressent  un  rapport  col- 
lectif impartial  sur  les  articles  de  la  Convention  élaborée  et  sur 
les  Memorandn  que  nous  a  fait  parvenir,  à  différentes  reprises, 
le  ïsoung-li  Yamcn  ^ 

Le  Yamcn  '  prétondait  que  : 

Nombre  de  stipulations  de  ja  Convention  que  Tcli'oung-lleou 
avait  néfçociéc  étant  contraires  aux  instructions  qu'il  avait  re- 
çues de  la  Cour,  ce  document  fut  soiunis  à  l'examen  d'un  grand 
conseil  composé  des  Princes,  des  hauts  fonctionnaires,  des  grands 
chanceliers,  des  douze  ministres  et  des  neufs  présidents  de  Cour. 
Les  concessions  que  fait  cette  convention  —  quant  aux  frontiè- 
res, au  trans|K)rtdes  marchandises,  à  l'ouverture  du  Turkestan  el 
de  la  Dzoungaric  au  commerce,  au  transport  des  marchandises, 
à  travers  ces  régions  jusqu'à  llan-Kéou,  à  la  navigation  jusipi'à 
Petune  —  ont,  à  Tunanimitc,  été  reconnus  préjudiciables  et 
inadmissibles.  Quant  à  Tch'oung-Heou  qui  n'a  pas  su  se  confor- 
mer aux  instructions  de  la  Cour,  qui  n'a  tenu  dans  ces  négocia- 
lions  aucun  compte  des  télégrammes  cl  des  lettres  du  Tsoung-li 
Yamcn,  qui  n'a  agi  qu'à  sa  guise  et  qui  est  revenu  à  Pé-King  sans 
avoir  obtenu  préalablement  l'autorisation  qu'il  était  également 
tenu  de  demander,  il  a  été  reconnu  coupable  et  sur  la  demande 
du  Conseil,  privé  de  ses  emplois  par  le  Ministère  du  Personnel. 
En  outre,  un  décret  ordonna  au  Ministère  de  la  Justice  de  statuer 
sur  son  crime. 

Un  diplomate  faisait  la  remarque  suivante  : 

«  Le  Gouvernement  chinois  se  serait  montré  beaucoup  moins 
froissé  de  l'abandon  définitif  d'une  portion  de  l'IIi  que  du  refus 
qu'aurait  fait  le  Gouvernement  Russe  de  lui  livrer  l'ancien  chef 
Toungani,  Po  Yen-hou,  actuellement  réfugié  sur  son  territoire. 
L'es|KHX5  de  protection  dont  le  promoteur  de  l'insurrection  du 
Chen-Si  serait  l'objet  de  la  part  de  la   Russie,  aurait  fortement 

I.  Pour  traduction  conforme,  signé  :  G.  Dev^:ria. 

a.  Mémoire  du  ao  juillet  1880;  voir  p.  176,  187,  ai/|. 


-si-"'.-':' 


iiulisposr  In  (loiir  de  IV-Kin«^  vl  elle  ne  pardomierîlil  pas  l\  son 
né^^ocitilcur  de  n'avoir  pu  trion)|)lier  sur  ce  j>oinl  des  résista nces 
du  (.labinet  de  Sl.-lVlersboiirg.  » 

En  réalité,  les  [>oiirsiiilcs  dirigées  ronire  TchNning  Heoii 
éUiienl  le  triomphe  de  la  réaction  ;  elles  créaient  une  situa- 
tion qni  pouvait  donner  des  incpiiétudes  aux  agents  étran- 
gers accrédités  près  de  la  cour  de  Pé-King  et  devait  provo- 
quer une  démarche  en  fa\eur  du  malheureux  ambassadeur 
chinois. 

«Les  |)Oursuilcs  dirigées  aujourd'hui  contre  Tcb*oung-IIeou. 
écrit  M.  Palenôlre,  à  M.  VVaddington,  Pé-Ring.  8  Février  1880, 
peuvent  donc  être  considérées  comme  une  sorte  de  manifestalion 
du  jjarli  anti-européen,  contre  la  politique  du  Tsoung-Ii  Yanien. 
Celle  situation  devait  naturellement  éveiller  Tattention  du  Corps 
diplomatique  et  elle  a  provoc|ué  dans  ces  derniers  temps  un 
échange  de  pourparlers  assez  fréquent  entre  les  chefs  de  mission 
présents  à  Pé-King.  Dans  une  réunion  récente,  Sir  Thomas 
Wadc,  envisageant  les  consé<[uences  fAcheuses  que  pourrait  avoir 
la  condamnation  de  Tch'oung-lleou  et  l'impression  désastreuse 
qu'elle  ne  manquerait  pas  de  produire  en  Europe,  a  proposé  à 
ses  collègues  de  tenter,  en  sa  faveur,  ime  démarche  collective 
auprès  du  Gouvernement  Chinois.  Cette  ingérence,  plus  ou 
moins  directe  de  la  diplomatie  étrangère,  dans  les  ailaires  de  la 
Chine,  n'était  pas  sans  danger  dans  les  circonstances  actuelles  : 
elle  pouvait  achever  de  compromettre  celui  cpi'on  voulait  sauver 
cl  rendre  plus  difficile  encore  la  position  du  Prince  koung.  Le 
Ministre  d'Allemagne  en  lit  Tobservalion  et  j'avoue  (|ue  je 
n'étais  pas  éloigné  de  partager  ses  liésitations.  Sir  Thomas  ré- 
pliqua que  l'opinion  publique  en  Angleterre  lui  reprocherait  son 
abstention,  quelque  motivée  qu'elle  put  être  el  que,  de  toute 
façon,  il  était  résolu  à  intervenir.  Le  représentant  des  Etats-Lnis 
obéissant  h  des  préoccu))ations  du  même  ordre,  déclara  se  rallier 
à  Topinion  du  ministre  anglais.  Il  inqH>rtait,  avant  tout,  de  ne 
j>as  rompre  l'accord  unanime  (pii  est  ici  notre  seule  sau\egard(» 
vis-à-vis  du  Gouvernement  chinois,  —  nous  nous  décidâmes  donc 
M.  de  Brandi  et  moi  à  sni>re  rexenq)le  de  Sir  Tbomas  Wade 
el  de  M.  Seward,  —  le  chargé  d'alfaires  de  Hussie  restant  natu- 
rellement en  dehors  d'une  ué<j;ocialion  à  laquelle  il  ne   lui  était 

CoRDICK.  II.    —    lU 


I()4  L  AFFAIRE    DR    KOILDJA 

pas  possible  de  prendre  part,  sans  6lre  soupçonné  de  l'avoir  pro- 
voquée. Comme  nous  différions,  néanmoins,  d'avis  sur  l'argu- 
mentation ia  plus  propre  à  faire  impression  sur  le  Gou>crnemenl 
Chinois,  il  fut  convenu  que  chacun  de  nous  resterait  libre 
d'adopter  la  rédaction  qu'il  préférerait,  mais  que  nous  nous  com- 
muniquerions réciproquement  nos  notes,  avant  de  les  envoyer 
au  Tsoung-li  Yamcn... 

Dans  sa  note  : 

Le  Ministre  d'Angleterre,  après  avoir  posé  en  principe  qu'il 
n'entend  nullement  contester  à  la  Chine  le  droit  de  régler, 
comme  il  lui  plait,  les  questions  qui  touchent  à  son  administra- 
tion intérieure,  ajoute  qu'il  croit  néanmoins  de  son  devoir  de  la 
mettre  en  garde  contre  des  mesures  qui  auraient  pour  eflel  de 
blesser  le  sentiment  public  dans  les  pays  étrangers.  Faisant 
allusion  aux  rigueurs  draconiennes  déployées  en  i858  contre  un 
négociateur  chinois,  en  butte  aux  mêmes  accusalions  que 
Tciroung-Iïcou,  il  appelle  Tatlention  du  gouvernement  imi^érial 
sur  les  conséquences  d'une  condamnation  capitale,  dont  la  nou- 
velle ne  manquerait  pas  d'être  accueillie  avec  une  extrême  sévé- 
rité par  les  Cabinets  européens. 

M.  Sewarda  cru  pouvoir  aller  plus  loin  encore  ;  sa  note  est  un 
véritable  plaidoyer  en  faveur  de  l'Ambassadeur  chinois  ;  les  pour- 
suites, dirigées  contre  ce  mandarin,  y  sont  dénoncées  comme  ins- 
pirées par  le  parti  hostile  aux  étrangers  et  comme  pouvant  avoir 
les  plus  regrettables  conséquences,  au  |)oint  de  vue  des  relations 
internationales  du  Céleste  Empire. 

Le  Ministre  d'Allemagne  s'est  borné  h  signaler  au  Tsoung-li 
Y  amen  les  rumeurs  fâcheuses  qui  courent  en  ce  moment  dans 
le  public  et  qui  sembleraient  l'indice  de  tendances  peu  favorables 
au  maintien  de  la  politique  inaugurée  par  la  Chine  dans  ces  der- 
nières années  ;  il  a  exprimé  en  même  temps  l'espoir  que  les 
ImjK»ratrices  Régentes  aviseraient  aux  moyens  de  mettre  une 
prompte  un  aux  dilTicultés  de  la  situation  présente. 

Voici  la  note  *  de  notre  chargé  d'aflaires  au  prince  Koung 


1.   Les  notes  des  ministres  étrangers  furent   envoyées   au  Yanion  le 
6  février  1880. 


-*rv 


Disr.nAci:  DE  Tcii  ()i:n(J  -iiEoi  iq;) 

et  aux  monihros  du  Ts<>un«i[  li    Yaincri  ;  la   noir  est  coiiriK? 
dans  un  esprit  analogue  à  celle  de  M.  von  Brandt. 

Pé-Ring,  le  G  février  1880. 

Monseigneur, 
Messieurs, 

Depuis  que  des  relations  régulières  se  sont  établies  entre  nous 
et  la  Chine,  notre  constant  espoir  a  toujours  été  de  voir  se  res- 
serrer et  s*a(Termir  les  liens  d'amitié  qui  existent  actuellement 
entre  le  Céleste  Empire  et  les  Puissances  Occidentales.  En  admet- 
tant, comme  elle  Ta  fait  dans  ces  dernières  années,  le  princi|)e 
de  réciprixîité  en  matière  de  représentation  diplomatique,  la  Cour 
de  Pé-King  semblait  s'être  placée  au  rnômc  point  de  vue  et  avoir 
compris  les  avantages  d'une  entente  plus  intime  avec  des  gou- 
vernements qui,  tout  en  obéissant  aux  principes  d'une  ci>ilisa- 
tion  différente,  n'ont  jamais  manqué  de  témoigner  lems  synqw- 
thics  pour  la  dynastie  des  Tsing.  Nous  nous  étions  plu  de  notre 
côté,  h  considérer  la  présence  d'envoyés  chinois  dans  les  princi- 
pales capitales  de  l'Europe,  comme  un  gage  de  ces  dispositions 
favorables  et  l'accueil  empressé  fait  en  toutes  circonstances  aux 
ambassadeurs  de  S.  M.  I.  est  une  preuve  suflisante  que  les  Puis- 
sances ne  se  sont  point  montrées  insensibles  à  cette  marque  de 
bon  vouloir. 

Il  nous  était  permis  d'espérer  que  quehpics-uns  des  hauts 
fonctionnaires  que  la  Cour  Impériale  avait  jugés  dignes  d'assez 
de  conGance  pour  représenter  leur  pays  à  l'étranger,  [wurraient 
être  un  jour  appelés  à  faire  partie  des  conseils  de  l'Empire,  et 
qu'après  avoir  contribué  h  faire  mieux  connaître  la  Chine  aux 
Gouvernements  eurojMH?ns,  ils  pourraient  plus  lard  contribuer  à 
donner  au  Gouvernement  Chinois  une  notion  plus  complète  de 
l'Europe  et  travailler  dans  un  intérêt  commun  à  dissiper  de  re- 
grettables malentendus. 

Les  événements  paraissent  malheureusement  démentir  en  par- 
tic  ces  espérances.  Les  divers  personnages  que  la  Cour  de 
Pé-King  a  jusi|u*ici  accrédités  auprès  des  nations  étrangères,  sem- 
blent devoir,  à  leur  retour,  rester,  [X)ur  une  cause  ou  |)our  une 
autre,  en  dehors  des  allaires  publicpies  et  perdre  ainsi  l'occasion 
de  mettre  au  service  du  Trône,  l'expérience  ac(piise  par  leur 
séjour  au  dehors. 


\\\()  i/aFFAIUK    1)K    kolldjx 

Les  décrets  insérés  les  3  el  38  janvier  dans  la  Gazette  de  Pé- 
h'iiKjj  —  si  nous  en  avons  Lien  compris  la  ]X)rtée  el  s'il  faut  tenir 
compte  surtout  des  commentaires  dont  ils  sont  l'objet .  —  au- 
raient pour  ciTct  de  rendre  plus  précaire  que  janiais  la  situation 
des  représentants  de  la  Chine,  et  de  diminuer  par  suite  leiu- 
autorité  auprès  des  Gouvernements  étrangers,  au  grand  détri- 
ment des  intérêts  généraux  qu'ils  sont  appelés  h  sauvegarder. 
Convaincu  que  rien  n'est  plus  contraire  aux  intentions  du  Ciou- 
vernement  inq)érial,  j*ai  cru  de  mon  devoir  de  l'aviser  de  l'in- 
terprétation qui  pourrait,  peut-être,  être  donnée  en  Europe  à 
des  mesures,  dont  la  rumeur  publique  dénature  certainement 
la  signification,  mais  qui  méritent  néanmoins  de  fixer  notre 
attention. 

V.  A.  I.  ne  se  méprendra  pas  sur  la  pensée  tout  amicale  qui 
rn'a  dicté  cette  démarche  et  je  serais  heureux  qu'elle  voulut  bien 
y  voir  une  preuve  nouvelle  du  sincère  désir  dont  je  suis  animé, 
de  maintenir  intacts  les  bons  ra|)|K)rts  qui  unissent  nos  deux 
gouvernements. 

Veuillez... 

Signé  :  Patenôtke. 


Le  Vamcn  répondit  : 


Pé-King,  le  16  février  1880. 


Nous  avons  Thon  neuf  de  vous  accuser  réception  de  la  lettre 
que  nous  a  adressée  Votre  Excellence  h  l'occasion  des  affaires 
sino-russes  et  des  délibérations  qui  ont  eu  lieu  relativement  au 
haut  fonctionnaire  Tch'oung. 

Nous  sommejs  confus  des  marques  de  sollicitude  que  nous 
donne  V.  Exe.  dans  cette  circonstance,  sollicitude  qui  nous 
prouve  combien  vous  prenez  à  cœur  tout  ce  qui  serait  de  nature 
à  influer  en  bien  ou  en  mal  sur  la  prospérité  de  nos  relations 
d'amitié. 

Nous  ne  saurions  taire  combien  de  tels  sentiments  d'amitié 
nous  agréent. 

Quant  h  ce  dont  on  s'est  occupé  ces  derniers  temps,  bien  qu'on 
n'ait  encore  rien  décidé,  il  faut  espérer  que  la  solution  qu'on  at- 
tend sera  h  la  satisfaction  de  tous,  telle  (jue  les  temps  et  les  cir- 
constances la  comportent.  En  cela,  nous  sommes  du  môme  sen- 


rr.H\N«.     K.lM-l   ni  m.  Mi" 

tiiiiciil  que  \  .  Kxc,  ot  reconnaissants  dr  s«'s  inan|ues  crinUMÔl. 
nous  la  prions  d'aj^réor.  etc.  '. 


TCHAX;    TCIII  T  OUNC. 

Parmi  roux  qui  se  iiionlrrrcnt  \v  plus  acharnés  h  la  périr 
(le  ce  malheureux  TcIToiuifr  lleou,  se  trouvait  Tchang  Tclii 
l'oung^,  sous-lccleur  à  l'Académie  llan  Lin  (juin  1880),  né 
en  i835  ou  1887  a  Nan  |>'i,  dans  le  Tché  li.  Juge  au  Kouang 
Toung(mars  i8()5),  puis  trésorier  au  Kiang-Sou  (mai  i8(>S), 
Tchang,  homme  fort  intelligent  et  lettré  distingué,  sVsl  ton 
jours   montré  fort   hostile  aux  étrangers,  (pioi  «[u'on  en  ait 
dit.  On  pourra  juger  de  son   étal   d*es|)rit  par  la  supplicpie 
dont  voici  la  fin,  qu*il  adressa  au  Ironie  en  dtH3(;mbre  1870, 
quelques  mois  après  le  massacre  de  Tien  Tsin  : 

«  Nous  supplions  donc  le  gouvernement  de  montrer  une  re- 
crudescence de  vigueur.  Il  agira  ainsi  suivant  le  v(lmi  du  |)4Mq)le. 
Ou*on  rompe  toute  relation  avec  ces  démons  malfaisants  !  Ou*on 
cesse  de  pactiser  avec  ces  renards.  (^)u'on  se  débarrasse  d'abord 
des  Barbares  a  l'intérieur.  On  avisera  ensuite  aux  niovens  de  les 
arriMer  à  Textérieur.  Qu'on  forme  une  ligue  |)our  défendre  les 
approches  du  territoire,  qu'on  réjwre  les  forteresses  des  |)orts, 
qu'on  arriHe  la  circulation  des  navires  des  Barbares!  Nos  troujK\s 
sont  innombrables.  Ia»s  collines  et  les  lliuives  se  lèveront  contn» 
nos  ennemis  et  quand  ces  vils  ins<rtes,  (piand  ces  jeteurs  de 
maléfices  seront  exterminés,  le  Soleil  et  la  Lime  resplendiront 
de  nouveau  dans  tout  leur  éclat.  On  aura  la\é  la  tache  qui  pol- 
lue rRnq)ire;  satislacti<»n  sera  donnée  au  iVuA  et  à  l'indignation 
du  |)eu)>le.  Le  déshonneur  de  deux  KinjMMeurs  sera  vengé,  l'hu- 
miliation de  deux  règnes  réparée.  la  joie  éclatera  dans  rKnq)ire. 
1^»  Trùnc  .sera  glorifié  '? 

Mais  la  grande  fortune  politicpie   de  Tchang,  alors  sous 

1.  Pour  traduction  conforme,  sifrnè  ;  Di.xkkia. 

2.  Frcrc  de  Tchang  Tchi-wa II,  mort  juillet  iN<)«S;  l'oii-l'aï  clu  llo-Naii. 
piiiN  Min-Tclié  Tsong-lou. 

3.  Inédit. 


IQ'^  l'affaire  de  kouldja 

leclenrà  rAc^demic  des  Han-Lin',  date  du  rapport  violent 
qu'il  adressa  au  trône,  dénonçant  le  traite  signé  à  Livadia 
parTch'oung-IIeou  ;  ce  mémoire,  véritable  acte  d'accusation, 
est  écrit  avec  une  grande  éloquence  et  il  est  bon  de  recon- 
naître que  ses  réclamations,  au  point  de  vue  chinois,  étaient 
parfaitement  justes  *  : 

A  Tcxception  des  plus  étourdissantes  bévues  dans  les  dix-huit 
articles  du  nouveau  traité,  je  ne  parlerai  pas  du  traité  :  Par  une 
route  de  terre  commerciale  de  Kia  Yu  Kouan  directement  h  llan 
Keou.  via  les  villes  de  Si-ngan  et  Han-ichong,  les  points  vulné- 
rables du  Kan-Sou  et  du  Chen-Si  et  les  parties  en  amont  de 
Tching  et  Tch*ou  (Hou-Pé,  etc.)  sont  tous  menacés.  Des  lieux 
de  commerce,  augmentant  chaque  jour  de  nombre,  se  propage- 
ront comme  de  mauvaises  herbes,  les  nouvelles  circuleront  par- 
tout et  quoique  notre  frontière  sera  gardée,  nous  aurons  perdu 
le  vrai  cœur  de  la  nation.  Ceci  est  la  prcnifère  concession  à  re- 
fuser. 

Les  provinces  mandchoqriennes  sont  le  berceau  de  la  famille 
impériale  et  la  ville  de  Petuné  '  est  le  centre  de  la  province  de 
Kirin.  Si  Votre  Majesté  autorise  Tapproche  de  vaisseaux  russes, 
la  concession  équivaut  à  ouvrir  toute  la  Mandchourie  aux  Russes. 
Ils  seront  alors  tout  près  de  Pé-King,  notre  frontière  du  nord 
(littéralement  la  tête  et  les  épaules)  sera  sans  défense  et .  exposée 
et  nous  nous  serons  volontairement  retirés  à  3  000  li  h  l'ouest  de 
Soui  Fen  ^  sans  aucune  raison.  La  navigation  dans  nos  fleuves 
intérieurs  a  été  depuis  de  longues  années  recherchée  en  vain  par 
les  puissances  étranjçères,  et  si  nous  accordons  ce  privilège  à  la 
Russie,  les  autres  Etats  seront  guidés  dans  leurs  demandes  par 
cet  exemple.  Ceci  est  la  seconde  concession  à  refuser. 

Quand  notre  gouvernement  n'insiste  pas  sur  le  paiement  des 
droits,  c'est  comme  une  mesure  de  soulagement  pour  les  com- 
merçants. Mais  si  en  Dzoungarie,  en  Kachgarie,  et  dans  toute  la 

I.   Cke  Fou  ;  il  y  en  a  cinq  :  deux  mandchous  et  trois  chinois, 
a.  Traduit  de  l'anglais;  la  traduction  anglaise  du  rapport  entier  a  été 
publiée  dans  le  North-China  Herald,  18  mai  cl  i^*"*  juin  i88o. 

3.  N.-O.  de  Kirin. 

4.  Petite  rivière  se  jettant  dans  la  Baie  de  Pierre -le -Grand,  on  face  et 
&  l'Ouest  de  Vladivostock. 


KM  VN<;     TCin-T  ni  N<;  !()() 

Mongolie,  les  Russes  sont  aulorisésà  l'aire  lecoimneree  sans  j)aver 
aucun  droit,  les  marchands  chinois  seront  réduits  ii  la  mendicité 
avec  le  temps.  Ceci  est  une  petite  considération  en  com[)araison 
de  ce  qui  suivra.  Les  faibles  et  misérables  Mongols  existeront 
seulement  pour  être  les  victimes  des  évadions  russes  et  la  grande 
dépense  qui  Vésultcra  de  la  soumission  de  la  Nouvelle  Frontière^ 
aura  été  perdue  pour  le  seulbénélice  des  Russes.  El,  en  outre,  les 
établissements  de  commerce  ({u*ils  ont  ouverts  à  Ralgan  ^  et 
autres  villes  dans  l'intérieur  s'étendront  graduellement  de  tous 
côtés,  de  telle  façon  que,  au  début  des  hostilités,  leurs  comiiui- 
nications  seront  complètes  d'un  bout  à  l'autre,  loooolien 
dedans  de  nos  frontières.  Ceci  est  la  troisième  concession  à  re- 
fuser. 

Les  dépendances  de  la  Mongolie  intérieure  et  extérieure  sont 
les  boulevards  de  la  Chine.  Le  désert  de  (iobi ',  d'une  étendue 
de  loooo  H  est  une  barrière  mise  parle  (^iel  contre  les  Russes, 
et  s'ils  cherchent  à  envahir  nos  frontières,  ils  la  trouveront,  tout 
le  long  de  nos  limites  septentrionales,  diflicile  et  contrariante. 
Mais  si  les  Russes  sont  autorisés  à  sé<luire  par  des  avantages  pécu- 
niaires les  Mongols  qui  sont  déjîi  à  leur  servic<*  comme  courriers 
et  employés  dans  les  stations  postales  de  Mongolie,  et  qu(^  la 
guerre  vienne  à  éclater  un  jour,  les  Russes  auront  une  parfaite 
et  simple  communication  par  lettre,  leur  Conmiissariat  et  leur 
Trésorerie  ne  seront  pas  gênés;  par  leur  influence,  ils  souille- 
ront la  rébellion  dans  nos  Ëtals  tributaires,  et  nos  tribus  agiront 
comme  guides  russes.  Ceci  est  la  quatrième  concession  h  refusiT. 

Le  Traité  énumère  trente-six  barrières  par  les([uelles  les  Russes 
ont  le  droit  de  passer  la  frontière.  Klles  comprennent  une  ligne 
beaucoup  trop  longue:  nous  rendant  également  impossible  d'exa- 
miner les  caravanes  de  commerce  en  temps  de  paix  ou  de  r(*|)ousser 
une  armée  d'invasion  en  temps  de  guerre.  Ceci  est  la  cin^juième 
concession  à  refuser. 

Il  n'y  a  pas  de  loi  qui  permette  à  un  marchand,  de  quelque 
nationalité  qu'il  soit,  à  jKirler  des  armes.  Qu'est-ce  que  peut 
signilier  alors  une  déclaration  du  traité,  faite  sans  la  moindre 
raison,  qucf chaque  Russe  peut  porter  un  fusil?  A  l'entrée  sou- 
daine d'une  bande  d'une  centaine  ou  d'un  millier  de  Russes,  (pii 

I.  Sin-Kiang. 

a.  Trliang  kia  kVoii. 

3.  Cha  Mo. 


9.(H)  LAFFVIKE    UK    KOtLDJV 

sera  capable  de  distinguer  les  soldais  des  niarcliaiids  ?  Ceci  esl  la 
sixième  concession  à  refuser. 

Dans  toutes  les  clauses  visant  le  commerce  et  les  droits,  les 
Russes  obtiennent,  d'une  façon  délournée,  quelque  avanta«:e  ; 
les  autres  pays  espéreront  des  privilèges  semblables,  et  feront  des 
demandes  similaires  et  le  revenu  de  la  douane  de  Ilan-keou  mon- 
trera cliaquc  année  un  déficit  de  millions  de  taëls.  (^eci  est  la 
septième  concession  à  refuser. 

Quoique,  dans  la  troisième  année  T'oung-Tcbé  (i80/|-i^^'>). 
les  frontières  du  Nouvel  Etat  (^Sin-Kiang)  ont  été  définies  p«u* 
traité,  les  Russes  désirent  maintenant  annexer  du  terrain  dans 
l'intérieur  de  ces  limites  et  de  couper  nos  communications  avec 
la  plus  méridionale  des  huit  villes  du  Turkeslan'.  La  portion 
Nord  du  Territoire  Nouveau  (^Sin-Kiang^  est  stérile  et  aride,  mais 
les  villes  du  Sud  sont  riches  et  populeuses.  Nous  luttons  pour 
un  désert  pierreux,  et  abandonnons  un  sol  fertile.  Nous  luttons 
pour  une  fausse  gloire  et  nous  nous  heurtons  à  une  vraie  cala- 
mité. Ceci  est  la  huitièn^e  concession  h  refuser. 

Nous  allons  autoriser  les  Russes  à  installer  des  Consuls  à  Ili, 
Tarbagatai,  Robdo,  Ouliasout'aï,  Kachgar,  Ouroumtsi,  Koutché, 
Hami,  Tourfan,  Kia  Yu  Kouan,  etc.,  et  leur  donnons  ainsi  le 
contrôle  de  la  frontière  nord-ouest  et  de  la  totalité  du  Territoire 
Nouveau.  Avec  les  fonctionnaires  étrangers  viennent  les  commer- 
çants étrangers,  et  avec  les  commerçants  étrangers  viennent  les 
soldats  étrangers.  Ils  usurperont  notre  autorité  et  notre  influence 
pour  commencer,  et  avec  le  temps,  nos  invités  seront  devenus 
nos  hôtes.  Il  arrivera  que  les  fonctfonnaires  seront  Russes,  et  que 
nous  n'aurons  pas  de  fonctionnaires  ;  que  les  soldats  seront  russes 
et  que  nous  n'aurons  pas  de  soldats.  Par  ime  loi  reconnue  dans 
tout  j>ays,  les  côtes  et  les  frontières  de  Chine  sont  les  seuls  endroits 
où  les  consuls  des  États  Étrangers  sont  autorisés  à  résider.  Mais 
des  villes  comme  Ouliasout'aï,  Kobdo,  Ouroumtsi,  Routché. 
Hami  et  Kia  Yu  Rouan  sont  en  deçà  de  nos  frontières,  et  avec 
chaque  pays,  suivant  l'exemple  donné  par  la  Russie,  tout  l'inté- 
rieur des  dix-huit  provinces  de  la  Chine  sera  inondé  de  fonction- 
naires étrangers.  Ceci  est  la  neuvième  concession  a  réfuser. 

En  autorisant  les  Russes  à  nous  rendre  ili,  pendant  qu'ils  s'at- 
tachent encore  fièrement  à  trois  côtés  des  j>asses   montagneuses, 

1.  Kachgar,     K'arachar,    Koutché,    A.ksou.   Khotan,    Hami,   Och   et 
Yarkaiid. 


Mil  \\(;    iciii    r  oi  N(.  Hïi 


à  Inirs  barri«Tos  iiilrriciircs  cl  cxtérieun'^,  et  (ItMiitMircnl  sur  \vs 
liniiloiirs  (|ui  <loniliioiit  les  plaines,  nous  perdons  les  elel's  dn 
|>ays.  Hctrnnciiez  de  Tlli,  la  partie  à  Tonesl  de  la  rivière  Koksou 
et  au  nord  de  Kocrlnnanlou.  et  il  ne  restera  pas  dV*lendue  de 
terrain  pour  labourer,  pas  de  pâturage  pour  faire  |)aitn*  nos  trou- 
|)4*au\  et  il  ne  restera  ri<>n  de  la  richesse  du  pays.  Kin-lin^-se 
aussi,  qui  a  été  longtemps  un  niarclié  connnercial  russe  ne  doit 
|Vis  nous  revenir,  et  deviendra  (>ar  Irailé,  une  |)ossession  russe. 
Ainsi  la  longue  route  princijMile  de  TKst  (e'esl  à  dire  la  Chine 
propre)  h  l'IIi,  devra  |>asser  à  travers  un  nid  de  tinsses  et  le  pays 
sera  sans  un  dél)ouché.  Aussi  ]m*u  cpril  y  a  d'hahilants  laissés 
dans  celle  contrée,  eux  aussi  seront  chassés  jKir  les  llusses.  le 
pays  sera  abandonné  et  nous  aurons  jeté  3800000  Uiëls  d*argenl 
utile  |)Our  rentrer  en  jx)ssession  d'un  lli  sans  défenses  naturelh's. 
sans  ressources  nialérielles,  sans  |)opulation.  et  sans  un  délM>uché. 
El  pour  quel  bien  P  Ceci  est  la  dixième  concession  à  refuser. 

Devenu  gouverneur  du  Chan-Si  (^janvier  iiSS'.?),  puis  f:ou 
vcmcur  général  des  deux  Kouang  (août  iS<S'|)  et  enlin  des 
deux   Hou  (8  août   1889),   Tcliang   reslera    toujours  ullra- 
conservateur  ;  il  a  ét^rit  récennnent*: 

«  Dernièrement  une  revue  anglaise  se  nio<piail  des  Chinois  en 
disant  :  «  Ceux-ci  ne  veulent  pas  que  la  Chine  de\ienne  un  em- 
pire puissant  en  changeant  ses  vieilles  métluMles  »,  et  on  donnait 
connue  raison  de  cette  déraisonnable  conduite  leur  excessif  atta- 
chement à  la  doctrine  deConfucius.  Mais  en  disant  cela,  la  lUnne 
Si*  trompait;  car  nos  Quatre  Classi(|ues  (jue  les  Kuropéens  ont 
traduits  ne  contiennent  (pie  la  doctrine  t(*lle  «pielle  lein*  a  été 
expli(|uée  par  quehpie  lettré  vulgaire,  ou  par  <pi(*l(pie  maitre 
dV»cole  de  village  ;  en  S(»rle  <|ue  le  journaliste  anglais,  ne  connai^- 
sant  |)as  la  doctrine  deConfucius,  est  a|irèstoul  assez  excusabh*... 
Kn  xérité,  la  doctrine  de  Confucius  dévelopjM'  grandement  la 
culture  (intellectuelle  et  morale)  de  ses  adeptes  ;  elle  façonne  et 
reslreint  Forlemenl  leurs  imenrs  au  ino\en  des  rites:  elle  pres- 
crit de  re|)asser  les  connaissances  de  ranti(|uité  tout  en  apprenant 
les  choses  nouvelles;  elle  aide  le  ciel    (et  la  terre)  dans   la    [u-o- 

I.  K'iuon  Hio-plon  (Kxliortutioiis  à  l'Etude),  trudiiil  par  h;  P.  Jérùiiio 
Tobar.  Shanghaï,  1898.  p.  i3. 


:uri  L  VFFMHE    I)K    KOIJLDJ  V 


duel  ion  ol  le  développcnicnl  des  êtres  cl  pénètre  jnsciu'au  fond 
l*intime  nature  des  choses.  Quant  au  gou>erneinent  enseigné  par 
Confucius,  il  se  réduit  à  faire  respecter  ceux  cpii  sont  dignes  de 
respect  et  à  faire  aimer  ses  proches  :  il  enrichit  d'abord  le  peuple, 
puis  il  s'occupe  de  son  éducation  ;  il  cultive  les  vertus  propres  au 
temps  de  la  paix  et  fait  des  préparatifs  pour  la  guerre  ;  il  acco- 
mode  enfin  son  enseignement  aux  besoins  du  temps  présent. 
Kn  un  mot,  Confucius,  par  ses  vertus,  s'est  joint  aux  mille  saints, 
il  égale  les  cent  rois,  il  forme  une  troisième  puissance  avec  le 
Ciel  et  la  Terre  et  coopère  ainsi  à  la  transformation  de  toutes 
choses.  » 


MISE    EN    JUGEMENT    DE    TCn^OUNG-HEO!' 

Ordre  est  donné  à  la  Haute  Cour  constituée  de  fixer  la  peine 
méritée  par  Tch'oung-Heou  : 

Nous  ordonnons  au  Prince  Toun  de  prendre  part  aux  Conseils 
qui  se  réuniront  pour  statuer  sur  le  cas  de  Tch'oung-Heou  et  de 
nous  adresser  un  rapport. 

Respectez  ceci  '. 

Second  décret  du  même  jour  ^  : 

Tch'oung-Heou  ayant  pris  sur  lui  de  revenir  a  Pé-King  sans 
avoir  attendu  nos  ordres  a  été  dégradé,  arrêté  et  mis  en  juge- 
ment au  Ministore  de  la  Justice,  chargé  de  statuer  sur  son  crime. 

Ce  Ministère,  vu  la  gravité  du  cas  de  Tch'oung-Heou,  nous  a 
exprimé  le  désir  d'être  assisté  d'un  Conseil  composé  de  Princes 
et  de  hauts  fonctionnaires. 

Le  Ministère  de  la  Justice  et  le  (Conseil  assesseur  nous  ont  fait 
parvenir  chacun  un  rapport  établissant  que  Tch'oung-Heou, 
chargé  d'une  mission  à  l'étranger,  a,  dans  les  allaires  qu'il  a 
traitées,  enfreint  les  instructions  qu'il  avait  reçues  et  outrepassé 
ses  pouvoirs. 

Ge  cas  étant  très  grave,  nous  ordonnons  aux  Princes  de  i'"''  et 
de  2^  rang,  aux  grands  olliciers  de  la  Présence,  au  Prince  et  aux 

I 

I.  Gazette  de  Pé-King,  du  17  février  1880.  —  Décret  des  deux  Impé- 
ratrices. 

3.   Gazette  de  Pé-King,  du  17  février  1880. 


DKl.UHT    I)i:S     DF.l  \     IMPKHA  lUIClIS  rî()3 

Minislrcs  membres  du  Tsoim';-li    Yameîi.   à    la  grande  (lliancel- 
leric,  aux  six  Minislères,  à  la  (lour  des  (ienseiirs  de  se  réunir  en 
Conseil  pour    fixer   la   peine    à    laquelle    doit    èlre    condamné 
ïcli'onng-IIeoii. 
RcspecU»/  C4îci  * . 


NOMINATION    DU    MAligUlS    Ts'f^M;  " 

D'antre  pari  la  Chine  décrèlc  Tenvoi  en  Russie,  du  Mar 
c|uis  Ts'èng,  niinislrc  à  Paris,  pour  reniellrc  une  lettre  de 
rEmpercur  au  Tsar,  et  lui  expliquer,  dit  le  Mémoire  du 
Yamen  déjà  cité,  «  de  point  en  point,  en  vue  d'alTirnier  leurs 
bonnes  relations,  ce  qu'il  y  a  d'impraticable  et  de  fôcheux 
dans  les  différentes  clauses  du  traité  précédemment  négocié  ». 

DÉCRET    DES    DEl^X    IMPÉRATRICES 

Nous  avons  précédemment  ordonné  que  l'on  soumette  aux 
Princes  de  i"  et  de  2*  rang,  aux  Ministres  de  la  Présence,  an\ 
membres  du  Conseil  Privé,  au  Prince  et  Ministres  du  Tsoung-li 
Yamcn,  aux  Six  Ministères,  aux  Neufs  Cours,  aux  Grands  Chan- 
celiers, aux  Président  de  la  Cour  des  Censeurs,  ailn  qu'ils  les  exa- 
minent de  nouveau  : 

I*  Les  rapports  adressés  à  la  Cour  jmr  la  Grande  Cliancellerie, 
les  Six  Ministères,  les  Neul'CiOurs.  TAcadémie,  les  Censeurs  mé- 
tropolitains et  provinciaux,  et  dans  lesquels,  |K)ur  se  conformer 
cî  nos  ordres,  ces  administrations  ex|)osaient  leur  manière  devoir 
sur  les  articles  du  Traité  et  autres  affaires  négociées  parTciroung- 
Ileou. 

a"  Les  rap|X)rts  et  notes  que  nous  avaient  fait  parvenir  à  dif- 
férentes reprises  des  fonctionnaires  de  rang  supérieur  ou  infé- 
rieur. 

Nous  avons  aussi  ordonné  au  Prince  Toun  de  prendre  part 
aux  délibérations  du  (Conseil  (ainsi  formé). 

En  consécpience  de  ces  ordres,  les  Princes  et  liants  fondioii- 


I.  Pour  tradiiclion  conforme,  signe  :  Devêkia. 
a.   Gazette  de  Pé-Kîng,  du  17  février  1880. 


*.()'l  L   \KF\IRK    DE    ROI  LDJ  \ 

Maires  oui  délibéré  en  conseil  et  nous  ont  adressé  leur  rapport  : 
le  Prince  ïoun  nous  a  fait  tenir  une  note  séparée. 

Tous  ces  rapports  expriment  la  même  manière  de  voir  : 
Tciroung-lleou  avait  reçu  de  la  Cour  Tordre  de  se  rendre  à 
l'étranger  ;  dans  le  Traité  et  autres  afTaires  qu'il  a  négociées,  il 
a,  sur  certains  points,  enfreint  nos  instructions  et  outrepassé  ses 
|)Ouvoirs. 

Mais,  comme  d'autre  part,  il  y  a  beaucoup  de  clioses  imprati- 
cables dans  ce  dont  nous  entretiennent  les  rap|K)rls  à  nous 
adressés  par  les  fonctioimaires  de  la  capitale  et  des  provinces, 
nous  ordonnons  à  Tseng  Ki-tseu,  Manjuis  de  Y-Yong,  Vici»-lVé 
sident  de  la  Cour  de  (iassalion,  d'aller  négocier  de  nouveau  les 
))oints  à  trailcr  en  vue  d'un  accord  satisfaisant  et  pour  alTermir 
les  relations  internationales  K 


RAPPORT    DE    WEN-YU,    MINISTRE    OE    LA    JUSTICE* 

Tch'oung- Hcou  était  un  personnage  considcrablo,  et  le 
Ministre  de  la  justice,  Wen-yu,  n'était  jjps  sans  appréhen- 
sion sur  la  responsabilité  qu'il  courait  et  les  vengeances  qu'il 
pouvait  attirer  sur  lui,  aussi  cherclia-t-il  à  s'abriter  derrière 
quelques  collègues  : 

Le  recueil  de  nos  lois  ne  contenant  rien  d'applicable  au  cas 
très  grave  (de  Tcb'oung-Heou),  je  m'agenouille  et  prie  la  (^our 
de  déléguer  des  J^rinces  et  de  bauts  fonctionnaires  pour  s'ocxuper 
conjointement  avec  moi  de  ce  procès  et  donner  ainsi  à  la  procé- 
dure le  caractère  sérieux  qu'elle  com])orte. 

Conformément  à  un  décret,  en  date  du  iG  de  la  la*'  lune  de 
l'année  dernière,  ordonnant  de  statuer  sévèrement  dans  TalTairc 
de  Tcli'oung-IIeou,  coupable  d'avoir  enfreint  les  règlements,  le 
Ministère  du  Personnel  décida  sa  destitution.  La  Cour,  jugeant 
celte  pMiie  insulTisante,  ordonna  que  Tcb'oung-Ileou  fut  arrêté  et 
conduit  au  Ministère  de  la  Justice,  cliargé  de  statuer  sur  son  crime. 

Kn  vertu  de  ce  déîcret,  Tcb'oung-Heou  nous  a  été  amené  [>ar 
des  soldats  de  la  bannière  tartare  à  laquelle  il  appartient,  et  nous 
a\ons  aussitôt  désigné  des  fonctionnaires   ix)ur  procéder  à   son 

1.   Pour  tradiiclioii  conforme,  signé  :  Devéria. 
a.    (îazclte  de  Pé-King,  27  février  ii<8o. 


Il\r»l»OUT    I>K     WK>-Vl  ,     MIMSTIU:     hi:     I-\     .n  STICK  -^O.) 

inlcrro«;aloiro.  Il  a  n''|>on(ln  (\\n\  jus(|u'iri,  los  ronciionnaii-rs  cii- 
>o\r*s  iMi  mission  h  INHranfîor  s'rlaiciil  toujours  mis  m  roule  |x>iir 
Pr-Kîng  après  a\oir  simplomonl  salué  à  ^^[enoux  '  lo  rappori  (pi'ils 
o\[M*diaienl  en  ni^mc  temps  h  laCiOur  ([X)urrenilre  rompt (mIo  leur 
Mission  et  annoncer  leur  retour)  ;  qu(»  son  erreur  avait  été  de 
s'autoriser  de  ce  précédent  pour  partir  dans  les  mêmes  conditions. 

Tch*oung-Ilcou.  en  sa  qualité  de  haut  fonctionnaire,  avait  revu 
de  la  Cour  une  mission  importante  ;  au  Heu  d'attendre  respec- 
tueusement que  la  Cour  ait  fait  connaître  si  elle  approuvait  la 
manière  dont  il  s'en  était  ac(piitté,  il  prit  sur  lui  de  revenir  à 
Pé-King,  se  mettant  ainsi  dans  un  cas  très-grave. 

Pour  me  conformer  au  décret  dans  lequel  il  est  dit  cpie  sa  des- 
titution est  une  j>einc  trop  légère,  j'ai  recherché  dans  nos  lois 
quelleétait  celle  qui  s'approprierait  le  mieux  au  cas  de  Tch'oung- 
lleou.  Je  n'ai  rien  trouvé  qui  s'y  rapportât  spécialement. 

La  8"  année  du  règne  de  Ilien-Koung,  Ki-Yiug  avait  commis 
le  môme  crime  que  Ïch'oung-Ileou,  c'est-à-dire  (pie  lui  aussi 
avait  pris  sur  lui  seul  de  revenir  à  Pé-King  avant  d'en  avoir  reçu 
l'autorisation.  Un  décret  sj)écial  enjoignit  aux  Princes  et  aux 
liauts  fonctionnaires  de  se  réunir  en  Conseil  et  de  faire  connaître 
leur  verdict  h  la  Cour. 

En  plus  de  ce  précédent,  j'ai  pu  constater  que  toutes  les  fois 
qu'il  s'est  agi  d'un  crime  commis  par  de  hauts  fonctionnaires, 
leur  peine  a  toujours  été  déterminée  par  un  Conseil  conqx)sé  de 
IVînccs,  de  hauts  fonctionnaires,  de  grands (4hanceliers,  etc., etc. 

Or,  considérant  d'une  part,  <pie  le  cas  de  Tciroimg-lleou,  qui 
est  haut  fonctionnaire,  est  au  Ministère  de  la  Justice;  considé- 
rant, d'autre  part,  (|ue  le  cas  en  question  n'est  prévu  par  aucune 
do  nos  lois,  je  me  vois  obligé  de  prier  la  Cour  d'adjoindre  au 
Ministère  de  la  Justice  un  Conseil  composé  de  Princes  et  de  hauts 
fonctionnaires,  chargé  de  statuer  sur  le  sort  de  Tch'oung-Heou. 

Son  cas  étant  extrêmement  grave,  je  n'ai  pas  osé  prendre  sur 
moi  seul  de  le  jnger  ;  j'explique  resjMH'lueusemeiit  ici  pounpioi 
je  demande  l'assistance  d'un  (Conseil. 

Uéponsc  sera  faite  au  rapport  ci-dessus  '. 

1.  Tontes  les  fois  (|u*un  fonctionnaire  chinois  expédie  une  pièce  ofli- 
ciollo  H  la  Cour,  réliipicltc  exige  qu'il  fasse  le  simuincrc  ri'uno  remise 
|tcrsonnelle  à  rEnijicrenr  et  se  |)rostcrne  «lovant  le  dotunient destiné  h  son 
îioiiverain. 

2.  Pour  traduction  conforme,  signé:  (î.  Dkvkria. 


i 


.1.  f 


2oC)  l'affaiue  de  koildja 

La  Cliine  n'était  pas  sans  inquiétude  au  sujet  de  la  con- 
damnation probable  de  Tcb'oung-IIeou,  ainsi  quVn  témoi- 
gne le  décret  impérial  suivant^  dans  lequel  le  Gouverne- 
ment fait  appel  aux  capacités: 

Les  temps  étant  devenus  durs  et  les  circonstances  malheu- 
reuses, j'ai  le  plus  grand  besoin  du  concours  de  tous  les  talents 
supérieurs.  Maintes  fois  déjà,  j*ai  ordonné  aux  Vice-Rois  et  gou- 
verneurs provinciaux  de  me  faire  connaître  les  talents  de  cha- 
cun,  afin  de  pouvoir,   à  un   moment  donné,  recourir  à   leurs 
services.  Mais  j*ai  lieu  de  craindre  que  la  plus  grande  partie  des 
hommes  doués  de  capacités  extraordinaires  et  de  facultés  supé- 
rieures ne  soit  encore  dans  Tomhre.  Les  Vice-Rois  et  les  Gou- 
verneurs, ne  pouvant  qu'incomplètement  voir  et  s'informer,  n'ont 
pas  encore  été  à  même  de  me  les  désigner  d'une  façon  suflisante, 
et  comme  il  importé  que  des  recherches  soient  faites  sur  une  plus 
grande  échelle,  j'ordonne  aux  membres  de  la  Grande  Chancel- 
lerie, aux  Six  Ministères,  aux  Neuf  Cours,  aux  Maréchaux,  Vice- 
Rois  et  Gouverneurs  de  toutes  provinces,  aux  ex-généraux  P'éng 
Vû-lin  et  Yang  Pao-pin  de  redoubler  de  zelc  dans  les  mômes 
investigations.  Que  les  hommes  de  science  et  de  génie,  que  ceux 
qui  peuvent  répondre  aux   besoins  du   Gouvernement,  que  les 
hommes  dont  l'activité  égale  la  vigilance,  que  les  fonctionnaires 
expérimentés,  que  les  stratégistes  d'un  talent  supérieur,  que  ceux 
(|ui  sont  capables  de  commander  en   chef  des  troupes,  que   les 
gens  de  bravoure  propres  au  combat,  que  ceux  qui  peuvent  être 
employés  comme  lieutenants,  que  ceux  qui  sont  versés  dans  les 
choses  concernant  à  la  fois  la  Chine  et  les  étrangers,  que  ceux 
cpii  savent  parler  et  écrire  les  langues  étrangères,  qui  s'entendent 
en  matière  de  génie  maritime,  qui  sont  versés  en  mathématiques, 
qui  sont  capables  de  nous  approvisionner  d'armes,  que  ceux  qui 
ont  l'expérience  des  choses  navales;  que  tous,  civils  ou  militaires, 
anciens  fonctionnaires  ou  simples  particuliers,  que  tous  me  soient 
désignés  d'une  manière  précise  par  ceux  qui  les  auront  remar- 
qués. Je  veux  qu'on  y  mette  la  plus  grande  impartialité  et  qu'on 
se  garde  de  me  recommander,  pour  faire  nomhre,  des  hommes 
qui  ne  seraient  pas  tels  qu'on  me  les  aurait  annoncés  ;  qu'on  se 
garde  également  de  croire  qu'on  en  serait  quitte  en   me  répon- 

I.   Gazette  de  Pé-King,  a  mars  1880. 


-  *T  ^i,-^  -. 


'"i     »' 


f:OM)\ M  NATION     DK    TCII  <n  Nd-IIKOI 


').(}' 


(lanl  qu'on  n'a  personne  h  me  <J('sifi;nor.  De  la  sorte,  les  (jualiles 
(le  chncun  seront  mises  en  lumière  el  l'on  pourra  >  a\oir  recouis 
en  temps  ordinaire,  aussi  bien  que  dans  les  cas  urgents.  Ainsi  se 
trouvera  réalise  le  désir  cpi'a  la  Cour  d'être  (înlourée  d'hommes 
dç  lalenl. 

Que  le  présent  décret  soit  publié  dans  tout  l'Empire. 

Respectez  ceci. 

AUTRES    DÉCRETS 

I.  —  Lieou  kin-t'ang  *,  Président  de  la  (iOur  de  Transmission. 
est  nommé  administrateur  adjoint  des  atlaires  militaires  dans  le 
Turkestan  et  la  Dzoungaric. 

Respectez  ceci. 

II.  —  Le  Tao-taï  (Chef  de  Circuit)  VVouTa-lcireng,  Président 
de  Cour  honoraire,  a  l'ordre  de  se  rendre  dans  le  Kirin  pour 
assister  le  Général  el  Gouverneur  militaire  Ming-ngan  dans  toutes 
les  alTaires  dont  il  a  à  s'occuper. 

Respectez  ceci  *. 


CO?IDAMîîATION    DE    TCII  OUNG-HEOU 

Enfin  la  condamnation  à  mort  avec  sursis  fut  prononcée 
contre  rinfortuné  Tch'oung-Heou'  : 

Che-to,  Prince  de  Li,  et  autres  nous  rapportent  qu'après  s'être 
réunis  en  Conseil,  ils  ont  examiné  le  cas  de  Tch'oung-lleou,  ex- 
Président  de  la  Cour  des  Censeurs.  Ils  proposent,  en  vertu  des 
lois  naissant  la  matière,  que  ledit  Tch'oung- licou,  soit  condamné 
à  la  décapitation  avec  sursis. 

Nous  ordonnons  qu'il  soit  fait  ainsi  ({u'il  est  pro[)osé.  Le  Mi- 
nistère de  la  Justice  est  chargé  de  l'exécution  du  présent  décret. 

Respectez  ceci  *. 


I.  Ancion  lieutenant  du  Vice-Roi  Tso,  chargô  de  diriger  l'cxpédilioii 
qui,  en  1877,  a  abouti  à  la  reprise  du  Turkestan;  voir  p.  i8u. 
3.  Pour  traduction  conforme  :  signé:  G.  Dkvékia. 

3.  Gnzetle  de  Pé-King,  3  mars  1880.  —  Décret  des  Impératrices. 

4.  Pour  traduction  conforme,  signé  :  (>.  Dfv^kia. 


O.oH  l'affaire    de    KOliLDJA 

La  condamnalion  h  mort  de  Tch'oung-llooii  pouvait  oire 
considoréo  comme  une  >ictoire  du  parti  a titi -européen  et  des 
désordres  pouvaient  en  résulter;  une  rupture  entre  la  Russie 
et  la  Chine  était  à  craindre;  les  intérêts  étrangers  seraient 
peut-être  mis  en  péril;  il  était  nécessaire  de  parer  à  toute 
éventualité.  Les  légations  décidèrent  cpic  deux  canonnières 
resteraient  en  station  à  Tien-Tsin.  Comme  les  bâtiments 
anf^lais  et  russe  ancrés  dans  le  Pei-ho  devaient,  dès  la  dé- 
bâcle des  glaces,  rallier  Chang-Ilaï,  sur  la  demande  de  ses 
collègues,  notre  chargé  d'affaires  invita  le  commandant,  du 
Lynx,  mouillé  à  Tien-Tsin,  à  différer  son  départ  jusqu'à 
l'arrivée  de  la  canonnière  allemande  mouillée  à  Tché-fou. 
En  outre,  il  fut  décidé  que  les  forces  navales  de  France, 
d'Angleterre,  d'Allemagne  et  des  Ktats-Unis,  seraient  con- 
centrées î\  Chang-Uaï  pour  que  leur  présence  mette  la  cour 
de  Pé-King  en  garde  contre  des  insinuations  funestes  qui 
[)ourraient  lui  être  suggérées  par  l'ignorance  et  la  présomp- 
tion de  quelques-uns  de  ses  conseillers  et,  qu'en  cas  d'urgence, 
les  ministres  étrangers  puissent  s'entendre  avec  les  comman- 
dants des  escadres  pour  une  action  commune. 

Le  8  juin  1880,  le  ministre  des  affaires  étrangères  écri- 
vait de  Paris  à  notre  ministre  à  Pé-King,  M.  Bourée  : 

Le  Secrétaire  d'FUat  russe  a  récemment  donné  au  Chargé  d'Af- 
faires de  la  République  à  St.  Pétcrsbourg  des  indications  assez 
détaillées  sur  l'altitude  que  le  Cabinet  Impérial  entend  observer 
en  présence  des  dilïîcultés  auxquelles  a  donné  lieu  la  condamna- 
tion de  Tclfoung-lleou.  D'après  les  indications  fournies  par 
M.  de  Cicrs,  le  gouvernement  russe,  tout  en  considérant  comme 
injustifiables  la  rupture  du  traité  de  Livadia  et  le  chAtiuient  in- 
fligé à  son  négociateur,  n'a  pas  l'intention,  pour  le  moment  du 
moins,  de  relever  cette  provocation.  11  se  contentera  de  renforcer 
ses  garnisons  dans  le  territoire  contesté  de  Kouldja  et  de  garder 
la  défensive  sur  les  autres  points  de  la  frontière  asiatique  de 
TKmpirc  qu'il  regarderait  comme  menacés  en  cas  d'hostilités  avec 
la  Chine  ;  il  écoutera  les  propositions  qui  lui  seront  faites  par  le 


CONDAMWTION     DK    HIIOl   NC-IIKOl  2(>f) 

Mar(|iiis  Ts'cng  el  s'cIVorccra  de  prolonger  la  discussion.  M.  de 
Gicrs  paraît  compter  qno  le  temps  aj)aisera  les  passions  excitées 
par  les  derniers  événements  et  il  considère  l'arrivée  an  pouvoir 
d'un  cabinet  libéral  en  Angleterre,  connue  une  circonstance 
favorable  qui  permettra  à  raction  des  Puissances  européennes  de 
s'exercer  elTicac^mcnt  auprès  du  gouvernement  chinois  dans  le 
sens  du  maintien  de  la  paix. 


CORDIËII.  11.    —    l'i 


I 


CHAPITRE  \I 
L'AFFAIRE  DE  KOULDJA 

Les    Chinois  purent  se  rendre  compte  de   bonne  heure 
que,  seules,  la  France  et  TAnglelerre  étaient  sérieusement  en 
faveur  de  la  paix  et  disposées  à  les  aider  pour  la  maintenir,  en 
cherchant  à  modérer  les  exigences  des  ims,  en  j>crsuadant 
aux  autres  d'entrer  dans  la  voie  des  concessions.  La  France 
ne  pouvait  oublier  la  chaude  alerte  de  1870  et  craignait  de 
voir  la  Russie  se  lancer  dans  une  aventure  d'une  certaine 
durée  qui  pouvait  entraver  sa  liberté  d'action  sur  les  bords  de 
la  Baltique  ;  et  cependant,  la   France  pouvait  redouter,  et 
l'événement   a   prouvé    qu'elle    aurait   eu    raison,  de   voir 
la  Chine,  libre  du  coté  de  l'Asie  Centrale,  ingrate,  se  retour- 
ner contre  la  puissance  qui  l'avait  aidée  à  sortir  de  ses  diffi- 
cultés et  essayer  de  lui  arracher  le  Ïong-King.  L'Angleterre 
guettait  le  gros  morceau  qu'était  l'Egypte  et  préparant  de 
longue  date  une  occupation,  cpie  nous  ne  sûmes  empêcher, 
elle  pouvait  craindre  que  pendant  qu'elle  était  immobiUsée 
ailleurs,  la  Russie  eût  les  coudées  trop  franches  en  Chine  : 
en  cela,  elle  n'avait  pas  tort,  la    guerre  du  Transvaal  au 
moment  où  la  crise  de  l'année  dernière  éclatait,  a  certaine- 
ment empêché  l'Angleterre  de  prendre  dans  le  règlement  des 
affaires  d'Extrême-Orient  la  part  que  ses  antécédents  laissaient 
entrevoir    qu'elle  réclamerait  et  Ta  condamnée   à  ne  jouer 
dans  le  Céleste  Empire  qu'un  rôle  secondaire  alors  qu'elle 


T^"  -^"^^^i^''.'=l' i*"-'^'  "  ■  -  ■ 


i,\riMiu.   i»r.    KOI  i.Df  V  ')  i  î 


a>uit  tenu  jusqu'alors  la  preuilèro  place,  koung  el  Ll  étaient 
Irop  éclairés  pour  ne  pas  voir  le  danger  de  la  situation  et 
nVlre  pas  disposés  à  entrer  dans  la  voie  des  concessions, 
mais  ils  avaient  à  lutter  contre  le  parti  réactionnaire  dirigé 
par  le  victorieux  ïso  Tsoung-t'ang  et  par  la  bande  des  cen- 
seurs au  milieu  de  laquelle  se  distinguait  Tcliang  Tclii- 
toung.  Le  Japon  désirait  se  faire  payer  sa  neutralité.  Inouyé 
fut  envoyé  a  Pé-King  en  juin  1880.  D'après  un  journal 
japonais,  le  cabinet  du  Mikado  proposerait  au  ïsoung-li 
Yamen  le  partage  de  Tarchipel  des  Lieou  K'iéou,  et  pro- 
mettrait, en  échange  de  cette  combinaison,  sa  neutralité  bien- 
veillante à  la  Chine,  dans  le  cas  où  elle  viendrait  à  engager 
la  guerre  avec  la  Russie. 

M.  Von  Brandt,  non  content  des  lauriers  qu'il  avait  rem- 
portés avec  la  revision  du  traité  allemand,  poussait  ouverte- 
ment à  la  guerre  :  «  Eh  !  mon  Dieu,  nous  pécherons  bien 
quelque  chose  dans  Toau  trouble.  »  L'Allemagne,  au  fond, 
aurait  été  satisfaite  de  voir  la  Russie  aux  prises  avec  les  diffi- 
cultés. M.  Koyander,  chargé  d'affaires  de  la  Russie,  était 
d'humeur  non  moins  belliqueuse,  mais,  heureusement  pour 
la  paix,  son  gouvernement  ne  partageait  pas  ses  idées.  La 
Russie  prévoyant  des  éventualités  qui,  depuis,  lui  ont  fait 
chercher  une  alhance  à  l'Ouest  de  l'Europe,  désirait  non 
moins  que  la  France,  réserver  sa  liberté  d'action  dans  la 
Baltique,  elle  n'était  d'ailleurs  pas  prête  pour  une  guicrre 
asiatique.  En  octobre  1880,  lorsque  j'étais  à  Saint-Péters- 
bourg, on  donnait  les  chiffres  suivants  comme  étant  ceux  des 
forces  russes  en  Asie  : 

Sibérie  Orientale,  hommes  combattants,  12781,  c'est  à- 
dire  1 1  généraux,  62  officiers  supérieurs,  000  ofliciers  subal- 
ternes, 747  sous-officiers,  et  11  03 1  soldats,  phis  i()  pièces 
de  canon;  cosaques,  2  9^7,  c'est-à-dire  27  officiers  supé- 
rieurs, 118  ofliciers  subalternes,  199  sous-officiers  et  2093 
soldats,  plus  2  batteries  de  8  pièces  de  canon  ;  il  faut  ajouter 


212  L  AFFAlIir.    DE     KOILDJA 


encore  6008  cosaques  de  1* Amour  et  du  Transbaikal  dispo- 
nibles. 

Sibérie  occidentale,  Comballanls,  11 721,  c'esl-à-dire 
8  généraux,  ^7  officiers  su j>érieurs,  227  officiers  suballernes, 
760  sous-officiers  el  10  689 soldais,  plus  i  balleriedeS  pièces; 
cosaques,  i  3^7,  c'est  à-dire  8 officiers  supérieurs,  27  officiers 
suballernes,  84  sous-officiers,  et  1228  soldats;  il  faut  ajou- 
ter encore  5554  cosaques  sibériens  disponibles:  toutes  ces 
troupes  se  trouvaient  dans  la  province  de  Semipalatinsk,  à 
Texception  d'un  bataillon  en  garnison  à  Margliilan. 

Tarkestan,  Combattants  (artillerie,  infanterie,  génie), 
3o38o,  c'csl-à-dirc  i3  généraux,  1 35  officiers  supérieurs, 
810  officiers  subalternes,  2  /|53  sous-officiers  et  26  969  sol- 
dats, plus  70  pièces  de  canon  ;  cosaques,  7  823,  c'est-à-dire 
45  officiers  su|)érieurs,  217  officiers  subalternes,  467  sous- 
officiers  et  7  094  soldats  ;  ces  7  823  cosaques  comprenaient 
65oo  cavaliers  el  1  323  artilleurs  avec  2  batteries  à  cbcval 
de  6  pièces  ;  il  faut  ajouter  7  ii5  recrues  disponibles  et,  en 
cas  de  besoin,  10  000  cosaques  d'Orenbourg. 

Koaldja,  en  septembre  1880,  il  y  avait  à  Kouldja  7  à 
8000  bomnies  comprenant  une  brigade  de  4  bataillons  de 
tirailleurs,  3  bataillons  frontière,  la  2®  brigade  d'artillerie  du 
Turkestan,  la  5°  batterie  des  cosaques  d'Orcnbourg  et  un 
demi-  bataillon  du  génie. 

A  mon  liumble  avis,  ces  troupes,  munies  d'armes  d*un 
modèle  arriéré,  auraient  été  insuffisantes  pour  écraser  l'armée 
victorieuse  de  Tso,  ou  tout  au  moins  il  eût  fallu  des  ren- 
forts, des  troupes  mieux  outillées  et  un  assez  long  temps  pour 
obtenir  le  succès. 

Un  placet  avait  été  remis  le  1 5  juin  1880,  par  le  ministre 
d'Angleterre,  au  palais,  pour  solliciter,  au  nom  de  la  Reine, 
de  la  clémence  impériale,  la  grâce  de  Tcli'oung-IIeou  ;  le  mi- 
nistre de  France  fut  autorisé  à  faire  une  démarche  semblable 
au  nom  du  président  de  la  République  ;  en  conséquence,  le 


c.furK   l'UovisoiHK    m:   icn'oi  \(i-ni:<n  ru,S 

26  juin,  M.  Bonrée,  ministro  de  l^VaFicc,  rlall  invité  à  se 
rendre  au  Yamen  pour  y  rerevoir  ronfidenliolloiuent  commu- 
nication des  décrets  suivants,  rendus  par  les  impératrices,  en 
réponse  à  la  demande  officielle  de  grâce  dont  elles  ét^iient 
saisies.  Sur  la  demande  des  ministres  chinois,  M.  Bouréc 
télégraphiait  Paris  que  le  marquis  Ts'éng,  après  avoir  annoncé 
secrètement  aux  cabinets  français  et  anglais  la  grâce  provi- 
soire de  Tch'oung-lleou,  en  ratifierait  le  sens  à  Saint-Pé- 
tersbourg et  se  prévaudrait  de  cette  satisfaction  donnée  aux 
susceptibilités  russes  pour  demander  la  reprise  des  négocia- 
tions au  sujet  de  l'Ili. 

GRACE    PROVISOIRE    DE    TCh'oLNG-UEOU,     26    Jl  IN     1880 

Le  19'  jour  de  la  5"  luno  de  la  (V'  année  du  règne  de  Konang- 
Siu  (26  juin  1880)  le  (îrand  Conseil  de  FEnipirc  a  ou  rhonneur 
de  recevoir  le  décret  suivant  : 

Attendu  que  Tch*oung-neou  n'a  pas  agi  suivant  ses  instruc- 
tions et  qu*il  a  outrepassé  ses  pouvoirs  lors  de  sa  mission  en 
Russie  ;  attendu  d'autre  part  que  le  Traité  qu'il  a  négocié  con- 
tient beaucoup  de  points  qu'on  no  saurait  approuver  ;  vu  ces 
motifs,  Tch'oung-Iloou  a  mérité  la  scnttMice  qu'a  prononcée  la 
Haute-Cour  appelée  ^à  le  juger,  c'ost-à-<liro  lu  peine  do  la  déca- 
pitation avec  sursis. 

Or,  il  nous  revient  qu'une  opinion  prévaut  d'après  laquelle  la 
condamnation  de  Tcli'oung-lioou,  à  l'oncontre  do  nos  intentions, 
atteindrait  le  gouvenionient  russe.  Voici  plus  de  doux  cents  ans 
que  la  Chine  et  la  Russie  enlrotionnont  dos  relations  amicales. 
Notre  plus  sincère  désir  est  qu'elles  no  cessent  jamais  d'être  ce 
qu'elles  ont  été  dans  le  passé. 

Tch'oung-lleou  n'a  [ms  claironiont  ox|X)sé  an  (louvcrnonient 
russe  les  choses  dont  la  concession  était  incoinpatihlo  avec  les 
instructions  (pi'il  avait  reçues  do  nons  lors  d(^  son  envoi  à  l'étran- 
ger. S'étant  montré  trop  [30u  résor>é  dans  ses  négociations,  il  est 
seul  responsable  du  châtiment  qu'il  a  encouru  et  Son  Souverain 
Ta  puni  conformément  aux  statuts  do  l'Einjjiro. 

Ce  fait  d'un  sujet  chinois  jugé  conformément  aux  lois  de  son 
pays  ne  saurait  d'aucune  manière  affecter  le  Gouvornomont  Russe. 


2l:\  i/a11  AIlll      l)i;     KOM.DJA 

Cependant,  comme  il  se  pourrait  que  ceux  dont  les  rapports 
ont  circulé  ne  se  soient  pas  rendu  un  compte  exact  de  ce  qu'a 
fait  le  Gouvernement  chinois,  comme  d'autre  part  leur  méprise 
pourrait  faire  naître  des  suspicions  qui  ne  manqueraient  pas  de 
compromettre  les  relations  d'amitié  que  nous  entretenons  avec  la 
Russie,  Nous  décidons  que  la  sentence  qui  condamne  Tcli'oun^- 
Heou  à  la  peine  de  mort  avec  sursis  ne  sera  provisoirement  pas 
exécutée,  mais  que  toutefois  Tdi'ounfç-IIeou  sera  maintenu  en 
prison  jusqu'à  ce  qu'on  sache,  après  l'arrivée  de  Ts'éng  Ri-tseu. 
comment  les  choses  auront  tourné,  Nous  rendrons  alors  un 
nouveau  décret . 

Qiie  Ts'éng  Ki-lseu,  aussitôt  qu'il  aura  connaissance  du  présent 
document,  fasse  donc  savoir  au  (jouverncment  Russe  que  [)our 
le  moment  Tch'oung-lleou  ne  sera  pas  décapité  et  qu'en  cela  se 
trouve  la  preuve  des  sentiments  amicaux  qui  lient  la  Chine  à  la 
Russie. 

Quant  à  ces  négociations,  le  marquis  Ts'éng  devra  les  mener 
à  bonne  fin  dans  le  sens  de  nos  instructions  antérieures. 

Respectez  ceci. 

Le  vendredi  16  juillet,  M.  Devéria,  interprète  delà  léga- 
tion, fut  convoqué  au  Yamcn,  où  il  fut  reçu  par  Chen  cl 
Wang,  qui  lui  déclarèrent  qu'ils  enverraient  à  Sir  Thomas 
Wade  et  à  M.  Bouréc  seuls  un  historique  de  leurs  difficultés 
avec  la  Russie.  Le  Yamcn  remit  en  effet,  le  ao  juillet  1880, 
le  mémoire  dont  nous  avons  déjà  donné  le  commencement  et 
des  extraits  et  dont  voici  la  fin\- 

En  résumé,  l'ili  est  un  territoire  dépendant  du  Céleste  Em- 
pire, la  Russie  l'a  pris  et  gardé  au  lieu  et  [)lace  de  la  Chine. 
Dans  les  entretiens  fréquents  qu'eurent  avec  nous  MM.  Ylan- 
galy  et  de  Butzov,  il  ne  seuiblait  pas  que  la  Russie  eut  l'inten- 
tion de  s'en  emparer  indûment,  ni  ipie  la  Chine  eut  celle  de  ne 
pas  se  montrer  recoimaissante  de  ce  qui  s'était  passé. 

Dans  l'accomplissement  de  sa  mission,  Tch'oung-lleou  n'a 
fidèlement  exécuté  les  ordres  de  la  Cour  ni  dans  les  questions 
de  frontières,  ni  dans  les  questions  commerciales.  De  plus 
Tch'oung-lleou,    malgré    les    reconmiandations    réitérées    du 

I.   Noir  p.  17G,  187,  i(j2. 


<;(>nin).N  7  1,) 


Yamcn,  a  loiil  conrlii  sans  on  n'Irrrr  à  nous.  Kiiiin,  il  est 
revenu  à  IV-Kin;;  sans  v  être  autorisé.  D'une  pari,  la  (lonr  lui 
a  Icnioif^né  combien  elle  le  clésa])|)rouYail  ;  d'autre  part  elle  a 
envoyé  en  Russie  le  Marquis  de  Ts'èng  pour  reprendre  les  nép;o- 
ciations  du  Traité.  Telle  est  la  garantie  de  bonne  amitié  qu'ollrc 
à  la  Russie  le  (îouvernement  chinois. 

De  |>eur  que  les  fausses  interprétations  (pii  circulent  au  dehors 
sur  notre  conduite  ne  nous  rendent  suspects  h  la  Russie,  la  (^our 
a  voulu  prouver  (pi'elle  désirait  le  maintien,  comme  par  le 
pasMs  des  rap|>orls  (Pamitié  existant  entre  les  deux  (louvernc- 
ments.  A  cet  elTet  eUe  a  rendu  im  décret  Taisant  remise  à 
Tch'oun«;-lïeou  de  sa  peine.  Dans  ce  lait  se  trou\e  l'expression 
indubitablement  sincère  des  intentions  de  la  Cour  de  Chine ^ 

M.  kojaiuler,  rhar^ré  de  la  lé^^^ition  de  Russie,  on  Tabsencc 
de  M.  de  Rut/.()v,  ne  cessait  de  s'étendre  sur  les  arnuMiients 
de  la  Chine,  sur  les  accpiisitions  d'en*rins  perfectionnés  et 
de  munitions  de  toutes  sortes  en  quantité  considérable. 
D'ailleurs,  en  juillet  i8So,  les  Russes  réunissiiient  dans  les 
mers  d'Exlrème-Orient  nnc  xéri table  armée  navale,  comman- 
dée [)ar  im  amiral  ayant  deux  contre-amiraux  sous  ses  ordres, 
et  .«4C  rom[K)sant  de  :  quatre  vaisseaux  cuirassés,  trois  croi- 
seurs à  grande  vitesse,  trois  corvettes,  six  canonnières  et 
avisos,  quatre  grands  va[)eurs  de  la  marine  volontaire,  plus 
un  nombre  considérable  de  torpilleurs. 

c;ouno>' 

L*alarme  était  extrêmement  grande  en  Chine;  Li  Iloung- 
tcliang  nîsolut  de  faire  appel  aux  lumières  d'un  vieil  ami, 
conjpagnon  des  heures  difliciles,  (iordon,  le  héros  de  la 
guerre  des  T'ai  1^'ing. 

Gordon  était  en  route  pour  Calcutta  où  il  allait  remplir  des 
fonctions  auprès  du  vice  roi  de  l'Inde,  lorsqu'il  rocjut  l'invi- 
tation pressante  de  Li  llcmng-tchang  de  \enir  à  Tien-Tsin. 

i.  Pour  traduction  coiifonuo,  signé  :  (î.  Di.vékia. 


•il G  i/aff\iki:   di:   koii.djv 

Gordon  accourut  à  Tappel  de  Li,  qui  le  conjura  de  se  rendre 
à  Pé-King  pour  faire  entendre  à  la  cour  la  voix  de  la  vérité. 
Gordon,  se  faisant  précéder  par  de  nombreuses  lettres  por- 
tées par  des  courriers,  arriva  à  Pé-King  le  28  juillet  1880. 
Il  se  mit  immédiatement  en  rapports  directs  avec  les  mi- 
nistres chinois  et  voici  ce  qu'il  leur  dit  en  substance  : 

«  La  guerre  est  devenue  la  conséquence  fatale  des  fautes  que 
vous  avez  accumulées  depuis  plusieurs  mois.  Elle  est  désormais 
imminente  et  avant  cinq uanle-six  jours  les  Russes  seront  en  mar- 
che sur  Pé-King  ;  (ces  cinquante-six  jours  se  rapportent  à  la  pé- 
riode de  temps  utilisable  encore  par  des  troupes,  avant  que  les 
glaces  du  Péi  Ho  ne  soient  venues  rendre  les  opérations  mili- 
taires impossibles).  Il  faut  dés  aujourd'hui,  et  sans  perdre  une 
heure  se  préparer  à  cette  éventualité  en  évacuant  le  Trésor,  les 
archives,  tout  Tapparcil  gouvernemental  et  en  transportant 
l'Empereur  dans  une  résidence  de  l'intérieur  où  sa  sécurité  ne 
soit  pas  compromise.  En  même  temps,  aûn  de  ne  pas  encourir 
des  responsabilités  de  la  nature  la  plus  lourde  \is-a-vis  des 
Représentants  des  Puissances  amies,  il  convient  d'aviser  les 
Chefs  de  Missions  établies  à  Pé-King  que  vous  ne  pouvez  plus  ré- 
pondre de  leur  sécurité,  afin  qu'ils  aient  le  temps,  eux  et  leur  per- 
sonnel, aussi  bien  que  les  Agents  fixés  à  Tien-Tsin  de  se  replier 
sur  un  point  choisi,  de  telle  sorte  qu'ils  n'aient  pas  à  craindre  le 
contre-coup  des  désordres  que  la  guerre,  une  guerre  désastreuse, 
entraînera  à  sa  suite.  » 


Gordon  adressa  ensuite  aux  ministres  d'Angleterre  et  de 
France  la  lettre  «  très  confidentielle  »  suivante  : 

Pé-King,  le  29  juillet  1880. 
Excellences, 

Quoique  je  n'ai  aucun  locns  slandi  pour  vous  adresser,  j'ai 
l'honneur  de  vous  faire  savoir  que  j'ai  vu  trois  grands  officiers 
du  ïsoung-li  Yamen  aujourd'hui,  que  ces  ministres  savent  les 
dangers  auxquels  la  Chine  est  exposée  et  que  la  Chine  est  prèle 
à  faire  des  concessions  : 

1°  De  céder  11  i  complètement  à  la  Russie  : 


COIIDUN  'WJ 


T'  1)(;  soumet Iro  à  l'arliitragc  d'iino  [)uissaii(M*  amie  la  somme 
(|iii  doit  èlro  payée  |>our  les  |)i*é|)aralirs  de  guerre  de   la  Russie  ; 

3"  Do  satisfaire  aux  réclaïualiuus  de  la  Russie,  eu  taut  que  les 
négociants  dudit  pays  ont  soulVcrt  du  l'ait  des  autorités  chinoises; 

4'*  D*envo}er  Tciroung-IIcou  à  Tien-Tsin  pour  allaire  (un 
prclexte  seulement  pour  le  libérer). 

Serait-il  possible.  Excellences,  d'écrire  une  lettre  dans  tel  sens 
au  Gouvernement  chinois,  cpi'il  nous  reconnaîtrait  h»s  termes 
des  concessions  qu*il  est  prêta  olTrir,  et  (pie  V.V.  K.K.  au  reçu 
de  cette  communication,  soient  à  menu*  de  transmettre  les  con- 
cessions indiquées  au  Gouvernement  russe,  h  Saint-Pétersbourg. 

Signé  :  Gohdon. 

Gordon  s'embarqua  à  Tion-Tsin  le  1 1  août  1880,  son  rôle 
étant  terminé  ;  sa  présence,  toutefois,  n'avait  pas  été  inutile 
pour  ouvrir  les  yeux  aux  Chinois. 

Un  télégramme  du  marquis  Ts'éng  acheva  d'éclairer  le  gou- 
vernement im[)érial. 

I^es  membres  du  Tsoung-li  Yamen  au  ministre  dv  France  en 
Chine. 

IV-King,  l'A  août  1880. 

Nous  avons  reçu  du  M'"  Ts'éng  un  télégramme  daté  de  Saint- 
Pétersbourg,  dans  lequel  il  nous  dit  ce  qui  suit  : 

«  Je  m'occupe  en  ce  moment  de  ce  qui  est  relatif  aux  négo- 
ciations et  je  \ous  prie  criutercéder  auprès  de  la  Cour,  eu  faveur 
de  Tcb'oung-lleou.  » 

La  Grande  Chancellerie  de  TEnq^ire  a  reçu  aujourd'hui  com- 
munication d'un  décret  dont  nous  avons  Thonueur  de  >ous  en- 
voyer copie. 

Nous  comptons  aller  causer  avec  Votre  Excellence  le  l'i  à 
4  heures  ;  nous  espérons  que  vous  pourrez  nous  recevoir. 

Veuillez...  *. 


Le  décret,  envoyé  par  le  fanion,  ordonnait   la  mise  en 
>erlc  de  Tcli'oi 
rcment  obtenue. 


liberté  de  Tciroung-IIeou.  La  grâce  entière  élait  donc  enliè- 


I.  Pour  traduction  conforme,  signé  :  G.  Dl-véiua.. 


2i8  i/ah  viKi:   i)i:   koii.djv 


GKACE    DÉFIMTUE    HE    TClfoiNG   IIEOL,     I'2    AOLT     1 88o 

Le  13  août,  la  grande  Chancellerie  de  TEnipire  a  reçu  com- 
munication du  DÉCRET  suivant  : 

Par  un  décret  précédent,  Tch'oung-FIcou  condamné  â  la  peine 
capitale  avec  sursis,  était  provisoirement  grAcié,  mais  devait  être 
maintenu  en  prison  ;  ordre  était  donne  à  Ts'éng  Ri-tscu  de  s'oc- 
cuper activement  des  négociations  relatives  au  Traité. 

Le  Tsoung-li  Yamen  vient  de  nous  annoncer  qu'il  a  reçu  un 
télégramme  dans  lequel  le  M'*  Ts*ông  s'occupant  des  négociations, 
le  supplie  d'intercéder  en  faveur  de  Tch'oung-Heou. 

INous  ordonnons  que  par  un  eflel  extraordinaire  de  noire  clé- 
mence, Tch'oung-Heou  soit  mis  en  liberté  et  que  les  administra- 
lions  compétentes  soient  informées  de  la  présente  décision. 

Respectez  ceci  * .  ' 

Des  qu'ils  eurent  appris  la  grâc^î  définitive  de  Tch'oung 
Heou,  les  njinislrcs  russes  déclarèrent  à  renvoyé  chinois  que 
rien  ne  s'opposait  plus  à  la  remise  de  ses  lettres  de  créance. 
L'accueil  fait  au  marquis  Ts'êng  fut  courtois  et  aimable  et  le 
tsar  invita  le  diplomate  chinois  à  entamer  avec  le  ministre 
des  Aflaircs  étrangères  les  négociations  qu'il  avait  mission  de 
suivre  à  Saint-Pétersbourg.  Le  prince  (Jortschakov  désigna 
MM.  de  Jomini  et  de  Giers  pour  se  mettre  en  rapports  avec 
ranibassadeur  du  Céleste  Empire. 

A  la  grande  consternation  de  Ts'èng,  on  hii  déclara  tout 
d'abord  qu'on  ne  reviendrait  pas  sur  des  points  du  traité  de 
Livadia,  qui,  aux  yeux  des  Russes,  étaient  formellement  et 
définitivement  réglés  ;  qu'au  surplus,  c'était  à  Pé-King  que 
seraient  bientôt  tranchées  les  questions  pendantes  entre  les 
deux  gouvernements,  mais  les  sentiments  pacifiques  prédo- 
minèrent; M.  de  Bulzov,  cpii  allait  partir  pour  Pé-king,  fui 
retenu  à  Saint-Pétersbourg  et  la  Russie,  qui  avait  notifié  à 

i.  Pour  traduction  conforme,  signé  :  G.  Devékia. 


r;u\<i:  di:flmtim:  ih:    n  n  oi  \(;-m:<n  n  f) 

TsV'iif,'  que  les  TH^gorialions  devaient  èhe  doses  à  Sainl- 
Pétorsbour^  avant  le  9  novembre,  recula  ce  terme  jus(ju'à  la 
fin  de  décembre. 

La  situation  de  Ts'èng  était  d'ailleurs  rendue  plus  didicile 
encore  par  les  tiraillements  dont  il  était  l'objet:  Li  Iloung- 
tchang  rinvitait  à  se  hât^r  et  à  se  montrer  coulant  dans  les 
détails;  Chen  Kouei  feun  lui*  télégraphiait  le  contraire  et  lui 
mandait  qu'il  n'avait  à  tenir  compte  ([ue  de  ses  avis  à  lui, 
Chen.  CnicUe  énigme  que  ne  pouvaient  aider  Ts'éng  à  ré- 
soudre, (îiquel  et  Macarlnev  qui  se  trou\ aient  |)rès  de  lui. 

M.  Bouréc(Pé-King,  i3  août  i88o)écrivait  au  président  du 
Conseil,  Ministre  des  Affaires  étrangères,  M.  de  Freycinel  : 

«  Il  me  paraîtrait  très  souhaitable  que  les  bons  olTices  dv  notre 
ambassade  à  Pétersbourg  vinssent  en  aide  aux  efforts  du  M'"* 
T*sèng  dans  la  tùchc  de  conciliation  et  d'apaisement  qui  lui  a  été 
confiée. 

Le  conseil  avait  déjà  été  donné  ou  fut  suivi. 

On  ne  fut  pas  peu  surpris  dans  les  légations  de  voir  quel- 
ques jours  après  paraître  dans  la  Gazelle  de  Pékiinj  un 
décret*,  difficile  à  expliquer  dans  les  circonstances. 

Dans  la  situation  critique  où  nous  nous  trouvons,  nous  avions 
u  maintes  reprises  ordonné  aux  membres  du  (lonscil  privé  de 
nous  assister  et  d'employer  tons  leurs  efforts  à  prévenir  les  moin- 
dres retards  dans  l'expédition  des  atVaires.  Uécenunent,  les  mem- 
bres de  ce  Conseil  ont  fait  preuve  de  né«:li^ence  dans  la  ma- 
nière dont  il»  se  sont  accpiitlés  de  ce  devoir;  ils  sont  ^railn(Mlt 
dans  l'impossibilité  d'excuser  leur  conduite  ;  aussi  ordonnons - 
nous  aux  administrations  compétentes  de  statuer  sur  leur  cas. 

Ues[K*ctcz  ceci  '. 

I.  Chon  Kouci-fouii,  incnibro  «lu  grand  (loiisoil  ot  du  Tsouiig-li  Ya- 
mcn.  Ministre  de  la  guerre*  mort  le  3o  jan\ier  T(S8i,  \eille  du  prcniKT 
joiïT  de  la  nouvclto  année  chinoise. 

a.   19  août  1880. 

3.  Puur  traduction  coiiforuie,  ï>igué  :  (j.  Dkvéuia. 


'j'U)  I.  AFKAïui:  i»i:   KOI  r.i>j\ 

Quelle  pouvait  être  la  raison  de  ce  décret,  si  inconséquent 
en  apparence,  au  lendemain  de  la  grâce  de  Tch'oung-Heou  ? 
Pourquoi  ce  blâme  aux  membres  du  Conseil  privé  ?  Six  des 
membres  de  cette  assemblée  faisaient  partie  du  Tsoung-li 
Yamen.  Etait-ce  donc  une  revanche  du  septième  prince  cl  des 
censeurs,  c'est-à-dire  du  parti  ultra-réactionnaire,  contre  la 
politique  libérale  du  prince  Koung  et  de  ses  collègues  ?  Peul- 
elre  au  contraire  n'était-ce  qu'une  feinte  de  ce  même  Koung 
pour  se  dérober  de  la  sorte  à  des  négociations  impopulaires 
avec  la  Russie  ? 

Rien  ne  peut  donner  une  meilleure  idée  des  vues  de  TAl- 
lemagne  sur  la  question  que  la  lettre  suivante  adressée  à 
M.  Barthélémy  Saint-Hilaire,  ministre  desAJDTaires  étrangères, 
par  notre  ambassadeur  à  Berlin,  le  comte  de  Saint- Vallier 
(il  novembre  1880). 

Au  mois  de  juin  dernier,  votre  prédécesseur,  M.  de  Freycinel, 
m*avait  déjà  invité  à  l'instruire  des  vues  de  la  Chancellerie  im- 
périale sur  le  différend  russo-chinois  ;  j'en  avais  entretenu  le 
Prince  de  Hohcnlohe  et  le  Prince  de  Bismarck  lui-même  et 
j'avais  pu  constater  chez  eux  une  intention  arrêtée  de  se  tenir 
soigneusement  à  l'écart  de  tout  pourparler  relatif  à  cette  ques- 
tion ;  non  seulement  ils  avaient  formellement  décline  la  sug- 
gestion anglaise  d'olfrir  aux  deux  parties  les  bons  offices  de  l'Eu- 
rope, mais  ils  avaient  manifesté  la  pensée  que  toute  tentative 
d'immixtion  de  l'Europe  et  surtout  de  l'Empire  allemand  dans 
ce  débat  aurait  pour  cITct  de  blesser  l'orgueil  de  la  Russie,  d'ex- 
citer ses  déiiances  et  de  la  pousser  plus  encore  dans  la  voie  des 
résolutions  violentes. 

La  manière  de  voir  du  Cabinet  de  Berlin  est  demeurée  la 
même  depuis  cette  époque  et  le  Comte  de  Limburg-Slirum  m'a 
tenu  hier  un  langage  analogue  à  celui  que  les  Princes  de  Bis- 
marck cl  de  Hohenlohe  m'avaient  fait  entendre  il  y  a  cinq  mois. 
Le  Ministre  iiilériinaire  sait,  m'a-t-il  dit,  que.  dans  la  pensée 
du  Chancelier,  les  chances  de  solution  pacifique  seraient  fort 
amoindries  si  l'Allemagne  semblait  s'intéresser  à  la  question  ; 
la  Russie,  (jui  n'a  réclamé  les  bons  offices  de  personne,  entend 
traiter  cette  affaire  seule  à  seule  avec  son  voisin  asiatique  comme 


»  ■ 


f;TiA{:i:   dm  imtin  r.   in:    irii  m  n<;-iii or  vtctl 

un  débat  particulier  absolument  élran^er  à  tonte  conférenee 
européenne  ;  elle  a  fort  mal  aecueilli  une  olTre  timidement  l'aile 
par  l'Angleterre  ;  elle  accueillerait  plus  mal  encore  uiïe  su«;ges- 
lion  allemande  ;  une  complète  abstention  est  donc  regardée 
comme  indispensable  par  le  Cabinet  de  Berlin  (]ui  ne  sedissinude 
pas  cependant  les  fûcbeuses  conséquences  (praurait  [)our  le  com- 
merce européen  en  général,  pour  le  commerce  allemand  en  par- 
ticulier, une  guerre  entre  la  Russie  et  la  (Miine  ;  cette  dernière  a 
déjà  laissé  entendre  qu'elle  délivrerait  des  lettres  de  marque,  «î 
qui  serait  un  grand  danger,  car  des  corsaires  chinois  ne  seraient 
pas  autre  chose  que  des  pirates  (pii,  sous  le  prétexte  de  surveil- 
ler les  bâtiments  neutres,  les  pilleraient  et  les  brûleraient  ;  les 
Puissances  européennes,  en  cas  de  guerre  russo-chinoise,  seront 
donc  forcées  d'envoyer  de  nombreux  navires  de  guerre  dans 
rOccan  Pacifique  afin  d'y  protéger  par  eux-mêmes  leur  com- 
merce. Ce  sera  une  coûteuse  et  regrettable  extrémité,  mais  nous 
n'aurons  pas  d'autre  ressource  à  notre  disposition,  n'avant  aucun 
moyen  d'empêcher  la  rupture  si  elle  doit  se  produire  entre  les 
deux  plus  grandes  Puissances  de  l'Asie  ;  le  comte  de  Lindnug  a 
terminé  en  me  disant  qu'il  y  avait  encore  lieu  d'espérer  que  les 
choses  ne  prendront  pas  celle  tournure  et  (pi'il  voit  un  indice 
favorable  dans  la  prorogation  du  Traité  de  Livadia. 

Voici  d'autre  part  ce  qu'écrivait  à  I^iris,  le  général  Chanzy, 
notre  ambassadeur  à  Saint  Pélcrsbonrg  (i  i  nov.  1880): 

D'après  ce  que  [le  marquis  Ts'éng]  a  bien  voulu  me  dire,  le 
Tsoung-li  Yamen  voulant  affirmer  son  désir  de  conciliation,  ad- 
mettrait en  principe  la  notification  du  Traité  de  Livadia.  tout 
en  demandant  qu'on  tînt  compte  dans  un  article  additionnel  des 
objections  qu'il  avait  présentées  et  qui,  sans  rien  changer  h  l'es- 
prit ou  à  la  portée  du  Traité,  garantissaient  ce|)endant  des  inté- 
rêts qu'il  ne  pouvait  abandonner.  C'est  évidenunent  un  grand 
point  obtenu,  et  qui  ne  [X'ut  que  faciliter  l'arrangemenl  définitif 
que  les  deux  puissances  {)araissenl  également  désirer.  Il  send)le 
que  la  grande  difliculté  qui  subsiste  encore  soit  la  prétention  de 
la  Russie  de  se  faire  indemniser  d'une  façon  ou  d'une  autre  des 
frais  auxquels  l'ont  entraînée  ses  préparatifs  mililaires  aussi 
bien  sur  ses  frontières  que  dans  la  mer  du  Japon. 

Je  viens  de  voir  le  Baron  Joiuini  sortant  d'un   long  entretien 


^aa  LAFFAIHE    DE    KOL'LDJV 

avec  le  Marquis  Ts*eng.  On  y  avait  surloiil  discuté  cette  question 
des  indemnités.  «  Les  Puissances  euiopéennes,  aurait  dit  l'am- 
bassadeur chinois,  ne  réclameront  certainement  pas  à  la  Turquie 
les  frais  de  la  démonstration  navale  dans  l'Adriatique.  Ëtait-il 
plus  juste  pour  la  Russie  de  soulever  une  pareille  prétention  à 
l'endroit  de  la  Chine.  » 

«  L'Europe,  d'après  le  Baron  Jomini.  a  décidé  elle-même  cette 
démonstration  ;  elle  n'y  a  été  amenée  que  par  son  désir  de  hâter 
la  solution  de  l'afiaire  du  Monténégro,  et  d'établir  aux  yeux  de 
la  Turquie  sa  résolution  d'assurer  l'exécution  du  traité  de  Ber- 
lin. Elle  n'a  donc  à  demander  à  la  Porte  que  la  solution  des 
questions  encore  pendantes.  Il  n'en  est  pas  de  même  |K)ur  la 
Céline,  qui,  dans  un  conflit  personnel  avec  la  Russie,  a  élé  la  pre- 
mière à  provoquer  une  rupture  et  à  donnei^  l'exemple  d'arme- 
menls,  forçant  ainsi  cette  dernière  h  assurer  la  défense  de  ses 
droits  et  de  ses  intérêts,  aussi  bien  que  de  sa  sécurité,  par  des 
préparatifs  constituant  pour  elle  des  sacrifices  dont  elle  deman- 
dait aujourd'hui  à  être  indemnisée.  » 


CIIAIMTUK  XII 
L'AFFAIRE  DE  KOULDJA 

(/•m.) 

Eniln  le  marquis  Ts'cnfr  ronssissîiil  à  signer  à  Saint- 
Pétersbourg  le  12  février  1881  un  Irailé  qui  rendait  à  la 
Chine  la  plus  grande  partie  du  Pe  Lou,  >  compris  Kouidja 
et  la  passe  de  Mouzarte  et  modifiait  les  règlements  commer- 
ciaux : 

TRAITÉ  DE    SAlNT-PÉTEUSIïOl  RO,     12    (2^)    FÉVRIER    1881   * 

Sa  Majesté  l'Emporcur  ol  Autocrate  de  toutes  les  Uussies  et  Sa 
Majesté  TEnipereur  de  la  (Ihine.  désirant  régler  (pichpies  ques- 
tions de  frontière  cl  de  conuuorcc  louchant  aux  inlérèlsdes  dcu\ 
Empires,  afin  de  cimenter  les  rapports  dauiilié  entre  les  deuv 
|)ays,  ont  nommé  pour  leurs  plénijx)lentiaires,  à  relfet  d'établir 
un  accord  sur  ces  questions  : 

Sa  Majesté  rEmpercur  dv.  toutes  les  Russies  : 

Son  sc*crétaire  d'étal  Nicolas  de  (mers,  sénateur,  consoillrr 
privé  actuel,  dirigeant  le  Ministère  Impérial  des  AiVaires  Étran- 
gères, et 

Son  envoyé  extraordinaire  et  ministre   plénipotentiaire  près 

I.  China^  n*»  i  (1882).  —  Despaich  from  Mr.  Hyndham,  lier 
Majesiy's  charf^é  d'affaires  at  Sl-Petershurgfi,  inchsing  copy  of  a 
Treaty  heUveen  Russia  and  China ^  signed  at  St-Prlersburgh,  Fe- 
bruary  I3.  i88i  ;  with  Documents  reiatingtherelo,  l'rcscntctl...  i8Sa. 
Lond.,  in-fol.  [C.  —  3i3'j].  —  Traité  ij/3/4  février  1881.  —  Le  traité 
a  été  ratifié  à  Pc-king,  le  i5  mai  1881. 


3  24  i/aFFAIUE    DK    K()i:U)JA 

Sa  Majesté  rEinpcMcur  do  la  Cliine.  Euiiènc  de  Ikxzov,  conseil- 
ler d'étal  acluol  ; 

el  Sa  Majesté  rKmpereiir  de  la  Chine  : 

Ts'eng,  nianjuis  de  Neyoïiij:,  vice-président  de  la  haute  cour 
de  justice,  Son  envoyé  extraordinaire  el  ministre  plénipoten- 
tiaire j)rès  Sa  Majesté  TF^mpereur  de  toutes  les  Russies,  muni  de 
pouvoirs  spéciaux  pour  sif^ner  le  présent  Traité  en  qualité  d'am- 
ha  ssadeu  r  v.  \  t  raord  i  n  a  i  r(^ . 

Les  susdits  plénipotentiaires,  munis  de  pleins  pouvoirs  qui  ont 
été  lrou>és  sulïisants,  sont  convenus  des  stipulations  suivantes  : 

Article  premikh.  —  Sa  Majesté  l'Empereur  de  toutes  les 
Hussies  consent  au  rétahlissement  de  l'autorité  du  gouvernement 
chinois  dans  le  pays  d'ili,  temporairement  occupé,  depuis  187 1, 
par  les  armées  russes. 

La  Russie  reste  en  possession  de  la  partie  occidentale  de  ce 
pays,  dans  les  limites  indicpiées  à  l'article  7  du  présent  Traité. 

Art.  3.  —  Sa  Majesté  l'Empereur  de  la  Chine  s'engage  à 
décréter  les  mesures  propres  à  mettre  les  hahitants  du  pays  d'ili, 
ù  quelque  race  et  h  quelque  religion  qu'ils  appartiennent,  à 
l'abri  de  toute  poursuite,  dans  leurs  biens  ou  dans  leurs  per- 
sonnes, pour  actes  commis  durant  ou  après  les  troubles  qui  ont 
eu  lieu  dans  ce  pays. 

Une  proclamation  conforme  h  cet  engagement  sera  adressée 
par  les  autorités  chinoises,  au  nom  de  Sa  Majesté  l'Empereur  de 
la  Chine,  à  la  population  du  pays  d'Ui,  avant  la  remise  de  ce 
pays  aux  dites  autorités. 

Art.  3.  —  Les  habitants  du  pays  d'Ili  seront  libres  de  rester 
sur  les  lieux  de  leur  résidence  actuelle,  comme  sujets  chinois  ou 
d'émigHT  en  Russie  et  d'adopter  la  sujétion  ruSvSe.  Ils  seront 
appelés  à  se  prononcer  à  ce  sujet  avant  le  rétablissement  de  l'au- 
torité chinoise  dans  le  pays  d'Ili,  et  un  délai  d'un  an.  à  partir 
du  jour  de  la  remise  du  pays  aux  autorités  chinoises,  sera  accordé 
à  ceux  (|ui  témoigneront  le  désir  d'émigrer  en  Russie.  Les  auto- 
rités chinoises  n'opposeront  aucune  entrave  à  leur  émigration  et 
à  l'exportation  de  leur  propriété  mobilière. 

Art.  /|.  -  Les  sujets  russes  possédant  des  terrains  dans  le 
pavs  d'Ili  conserveront  leurs  droits  de  propriété,  même  après  le 
rétablissement  de  l'autorité  du  gouvernement  chinois  dans  cepiiys. 

(]etle  disposition  n'est  pas  applicable  aux  habituants  du  pays 
d'Ili  (pii  adopteront  la  sujétion  russe,  lors  du  rétablissement  de 
l'autorité  chinoise  dans  ce  pays. 


"    ■  »"#: 


Tii.viTi:  Di:   s\i>T-iM;ri:usi{()rr{r.  qij 


\jCs  sujets  russes  dont  les  terrains  sont  silui^n  en  dehors  des 
cnî[)Iacenienls  tilïectés  aux  factoreries  russes,  en  vertu  de  l'îu'- 
ticle  i3  du  traité  de  Kouldja  de  iSf)!,  devront  acquitter  les 
niî^mcs  impùts  et  contrihutions  (|uc  les  sujets  clnnois. 

AuT.  5.  —  Les  deux  gouvernements  délégueront  h  Roiddja 
des  commissaires  qui  procéderont  à  la  remise  d*une  part,  et  h  la 
reprise  de  Tautre,  de  Tadministration  de  la  province  d'Ili,  et  qui 
seront  chargés,  en  général,  de  l'exécution  des  stipulations  du 
présent  Traité  se  rapportant  au  rétablissement,  dans  ce  pays,  de 
l'autorité  du  gouvernement  chinois. 

Les  dits  commissiiires  rempliront  leur  mandat,  en  se  confor- 
mant à  Tentente  qui  sera  établie  quant  au  mode  de  remise  d'une 
|Mrt  et  de  reprise  de  l'autre,  de  l'administration  du  pays  d'Ili. 
entre  le  gouverneur-général  du  Turkestan  et  le  gouverneur-géné- 
ral des  provinces  du  Chen-si  et  du  Kan-Sou,  chargés  par  les 
deux  gouvernement<î  de  la  haute  direction  de  cette  allaire. 

La  remise  de  l'administration  du  pays  d'Ili  doit  être  terminée 
dans  un  délai  de  trois  mois  ou  plus  toi.  si  faire  se  peut,  à  dater 
du  jour  de  l'arrivée  à  Tachkent  du  fonctionnaire  qui  sera  délé- 
gué par  le  gouverneur-général  du  (Ihen-si  et  du  Kan-Sou 
auprès  du  gouverneur-général  du  Turkestan,  pour  lui  notifier  la 
ratification  et  la  promulgation  du  présent  Traité  par  Sa  Majesté 
l'Empereur  de  la  Chine. 

Art.  VL  —  Le  gouvernement  de  Sa  Majesté  rEmjx»reur  de 
la  Chine  ^iera  au  gouvernement  russe  la  souune  de  neuf  mil- 
lions de  roubles  mélalliques  destinée  :  à  couvrir  les  frais  occasion- 
Dcs  par  roccupation  du  pays  d'Ili  par  les  troupes  russes  depuis 
1871,  à  satisfaire  toutes  les  réclamations  |H»cuniaircs  auxquelles 
ont  donné  lieu,  jusqu'aujourd'hui,  les  perles  que  les  sujets 
russes  ont  subies  dans  leurs  biens  pillés  sur  territoire  chinois,  et 
à  fournir  des  secours  aux  familles  des  sujets  russes  tués  dans  les 
attaques  armées,  dont  ils  ont  été  victimes  sm-  territoire  chinois 
La  somme  sus-mentionnée  de  neuf  millions  de  roubles  métal- 
licpies  sera  versée,  dans  le  terme  de  deux  ans  à  partir  du  jour 
de  l'échange  des  ralilications  du  présent  Traité,  suivant  l'ordre 
et  les  conditions  convenus  entre  les  deux  gouvernements  dans  le 
Protocole  spécial  annexé  au  présent  Traité. 

Art.  7.  —  La  partie  occidentale  du  pays  d'Ili  est  incorporée 
à  la  Russie,  pour  servir  de  lieu  d'établissement  aux  habitants  de 
ce  pays  qui  adopteront  la  sujétion  russe,  et  ([ui,  par  ce  fait, 
auront  dû  abandonner  les  terrains  qu'ils  >  j)ossédaient. 

CORDIEK.  IL   —      i5 


QSïG  l'affaire  de  kouldja 

La  fronti(*re  entre  les  possessions  de  la  Russie  et  la  province 
cbinoisc*  d'Ili  suivra,  en  parlant  des  montagnes  B<^djin-taou,  le 
cours  de  la  rivière  Kliorgos,  jusqu'à  l'endroit  où  celle-ci  se  jette 
dans  la  rivière  Ili  et.  traversant  cette  dernière,  se  dirigera  au 
sud,  vers  les  montagnes  Ouzoun-laou,  en  laissant  à  l'ouest  le 
village  de  Koldjat.  A  partir  de  ce  point,  elle  suivra,  en  se  diri- 
geant au  sud,  le  tracé  fixé  par  le  protocole  signé  à  Tchougou- 
tchak  en  ï864. 

Aux.  8.  —  Une  partie  de  la  ligne  frontière,  fixée  par  le  pro- 
tocole signé  à  Tcliougoutcliak  en  i864,  à  l'est  du  lac  Zaïsan, 
ayant  été  trouvée  défcctueu84\  les  deux  gouvernements  nonnne- 
ront  des  commissaires  qui  modifieront,  d'un  connnun  accord, 
l'ancien  tracé,  de  manière  à  écarter  les  défectuosités  signalées  et 
à  établir  une  séparation  efficaces  entre  les  tribus  Kirghises  sou- 
mises aux  deux  Empires. 

Il  sera  donne  au  nouveau  tracé,  en  tant  que  possible,  une 
direction  intermédiaire  entre  l'ancienne  frontière  et  une  ligne 
droite  se  dirigeant  des  monts  kouïtoun  vers  les  monts  Saour. 
en  traversant  le  Tcherny-lrtycli. 

Art.  9.  —  Des  commissaires  seront  nonmiés  par  les  deux 
parties  contractantes,  pour  procéder  h  la  pose  de  poteaux  d<» 
démarcation,  tant  sur  le  tracé  i\\6  par  les  articles  précédents  7 
et  8,  que  sur  les  parties  de  la  frontière  où  il  n'a  pas  encore  été 
posé  de  jx)leaux.  L'époque  et  le  lieu  de  réunion  de  ces  commis- 
saires seront  fixés  par  une  entente  entre  les  deux  gouverne- 
ments. 

Les  deux  gouvernements  nommeront  également  des  commis- 
saires pour  examiner  la  frontière  et  pour  |K)ser  des  poteaux  de 
démarcation  entre  la  pro>ince  russe  de  Ferganah  et  la  partie 
occidentale  de  la  province  chinoise  de  Kacbgar.  Ces  commis- 
saires prendront  pour  base  de  leurs  travaux  la  frontière  existante. 

Art.  10.  —  Le  droit  reconnu  au  gouvernement  russe,  par 
les  traités,  de  nommer  des  consuls  à  Ili,  à  Tarbagataï,  à  Kachgar 
et  h  Ourga,  est  étendu,  dès  h  présent,  aux  villes  de  Sou-tchéoii 
(Kia-Yû-Rouan)  etde  Tourfan.  Dans  les  villes  suivantes  :  Kobdo, 
Ouliasoutaï,  Hami.  Ouroumlsi  et  Goutchen,  le  gouvernement 
russe  établira  des  consulats  au  fur  et  h  mesure  du  dévelopj>ement 
du  commerce  et  après  entente  avec  le  gouvernement  chinois. 

Les  consuls  de  Sou-tchéou  (fvia-\ il- Rouan)  et  de  Tourfan 
exerceront  les  fonctions  consulaires  dans  les  districts  voisins,  où 
les  intérêts  des  sujets  russes  réclameront  leur  présence. 


I. 


TU\iTi:  1)1  :  SAiNT-riiTHUsnoi  iir.  '>.-2'] 


Los  disjiosi lions  contenues  dans  les  articles  5  et  (i  du  traité 
conclu  à  Pé-Kin«^.  en  i8()o,  ol  relatives  à  la  concession  de  terrains 
pour  les  maisons  des  consulats,  pour  les  cimetières  et  pour  les 
pAlurages,  s'appliqueront  également  aux  villes  de  Sou-tcliéou 
(Kia-yû- Rouan)  et  de  Tourfan.  Les  autorités  locales  aideront 
les  consuls  à  trouver  des  habitations  provisoires  juscju'au  moment 
où  les  maisons  des  consulats  seront  construites.' 

Les  consuls  russes  en  Mongolie  et  dans  les  arrondissements 
situés  sur  les  deux  versants  du  Ti'en-Chan  se  serviront,  pour 
leurs  \oyages  et  pour  l'envoi  de  leur  correspondance,  des  insti- 
tutions postales  du  gouvernemcnl,  contormément  aux  stipula- 
lions  de  l'article  ii  du  traité  de  Tien-Tsin  et  de  l'article  la  du 
traite  de  Pé-Ring.  Les  autorités  chinoises,  auxquelles  ils  s'adres- 
seront h  ces  lins,  leur  prêteront  aide  et  assistance. 

La  ville  de  Tourfan  n'étant  pas  une  localité  ouverte  au  com- 
merce étranger,  le  droit  d'y  établir  un  consulat  ne  saurait  (Mre 
invoqué  comme  précédent  pour  obtenir  mi  droit  analogue  |)ar 
rapport  aux  ports  de  la  Chine,  aux  provinces  intérieures  et  à  la 
Mandchourie. 

Art.  II.  —  Les  consuls  russes  en  (Ihine  conmiuniqueront, 
pour  affaires  de  service,  soit  avec  les  autorités  locales  de  la 
ville  de  leur  ré.sidence,  soit  avec  les  autorités  supérieures  de 
rarrondisscmcut  ou  de  la  province,  suivant  que  les  intérêts  qui 
leur  sont  respectivement  confiés,  l'importance  des  affaires  a  traiter 
cl  leur  prompte  expédition  l'exigeront.  La  correspondance  entre 
eux  se  fera  sous  forme  de  lettres  oflicielles.  Quant  aux  règles 
d'étiquette  à  observer  lors  de  leurs  entrevues  et,  en  général, 
dans  leurs  relations,  elles  seront  basées  sur  les  égards  que  se 
doivent  réciproquement  les  fonctionnaires  de  deux  puissances 
amies. 

Toutes  les  affaires  qui  surgiront  sur  territoire  chinois,  au 
sujet  de  transactions  commerciales  ou  autres,  entre  les  ressortis- 
sants des  deux  états,  seront  examinées  et  réglées,  d'un  comnmn 
accord,  par  les  consuls  et  les  autorités  chinoises. 

Dans  les  litiges  en  matière  de  commerce,  les  deux  parties 
pourront  terminer  leurs  différends  a  l'amiable,  au  moyen  d'ar- 
bitres choisis  de  part  et  d'autre.  Si  l'entente  ne  s'établit  pas  par 
cette  voie,  l'affaire  sera  examinée  et  réglée  par  les  autorités  des 
deux  états. 

Les  engagements  contractés  par  écrit,  entre  sujets  russes  et 
chinois,   relativement    à  des   commandes  de   marchandises,    au 


3  38  i/affaiiik  dk  rouldja 

transport  de  celles-ci,  à  la  location  de  l)onti(jnes,  de  maisons  el 
(raulres  enjplacenients,  ou  relatifs  à  d'autres  transactions  du 
même  genre,  peuvent  être  présentés  h  la  légalisation  des  consulats 
et  des  administrations  supérieures  locales  cpii  sont  tenus  de 
légaliser  les  documents  qui  leur  sont  présentés.  En  cas  de  non- 
exécution  des  engagements  contractés,  le  consul  et  les  autorités 
chinoises  aviseront  aux  mesures  capables  d'assurer  l'exécution  de 
ces  obligations. 

Art.  13.  —  Les  sujets  russes  sont  autorisés  à  faire,  comme 
par  le  passe'*,  le  commerce  en  franchise  de;  droits  dans  la  Mongo- 
lie soumise  à  la  Chine,  tant  dans  les  localités  et  les  aïmaks  où  il 
SI»  trouve  une  administration  chinoise,  (pic  dans  ceux  où  il  n'en 
existe  point. 

Les  sujets  russes  jouiront  également  de  la  faculté  de  faire  le 
commerce  en  franchise  de  droits,  dans  les  villes  el  autres  loca- 
lités des  provinces  d'Ili,  de  Tarbagataï,  de  Kachgar,  d'Ouroumtsi 
et  autres,  situées  sur  les  versants  nord  et  sud  de  la  chaîne  des 
T'ien-Chan,  jusqu'à  la  Grande  Muraille.  Cette  imnuHiité  sera 
abrogée,  lors^jue  le  développement  du  commerce  nécessitera 
l'établissement  d'un  tarif  douanier,  conformément  a  une  entente 
à  survenir  entre  les  deux  gouvernements. 

IjCs  sujets  russes  pourront  importer  dans  les  susdites  provinces 
de  la  (ihine,  cl  en  exporter,  toute  espèce  de  produits,  de  quelque 
provenance»  qu'ils  soient.  Ils  pourront  faire  des  achats  et  des 
ventes,  soit  au  comptant,  soit  par  voie  d'échange  ;  ils  auront  le 
droit  d'elFecluer  leurs  |)aiemenl8  en  marchandises  de  toute  esptVc. 
AuT.  i3.  —  Dans  les  localités  où  le  gouvernement  russe  aura 
le  droit  d'établir  des  consulats,  ainsi  que  dans  la  ville  de  Ralgan. 
les  sujets  russes  pourront  construire  des  maisons,  des  boutiques, 
des  magasins  et  d'autres  bâtiments,  sur  les  terrains  (pi'ils 
acquerront  par  voie  d'achat,  ou  (|ui  leur  seront  concédés  par  les 
autorités  locales,  conformément  h  ce  qui  a  été  établi  j)our  l'Ili 
el  le  Tarbagataï,  par  l'article  i3  du  traité  de  Kouldja  de  1801. 
Le.s  privilèges  accordés  aux  sujets  russes,  dans  la  ville  de 
Kalgan,  où  il  n'y  aura  pas  de  consulat,  constituent  une  excc|>- 
tion  qui  ne  saurait  être  étendue  à  aucune  autre  localité  des  pro- 
>inces  intérieures. 

Art.  14.  —  Les  négociants  russes  qui  voudront  expédier  de 
Russie,  par  voie  de  terre,  des  marchandises  dans  les  pro>inces 
intérieures  de  la  Chine,  pourront,  connue  autrefois,  les  diriger 
par  h»s  >illes  de  Kalgan  el  de  Toung-tchéou,  sur  le  j>ort  de  Tien- 


THAITK    DK    SAINT    l'Kmir^HOlIK;  'V.U) 

Tsin,  et  de  là,   sur  danlrcs   porls  ol  marclirs  iiiloricurs.   ol   Ips 
vendre  dans  ces  dilTérenles  localités. 

Les  marchands  se  ser> iront  de  cette  même  voie  pour  e\[)orler 
on  Russie  des  marchandises  achetées,  t^mt  dans  les  villes  et  [)orts 
susnommés,  que  sur  les  marchés  intérieurs. 

Ils  auronl  également  le  droit  de  se  rendre,  |)our  affaires  dv 
commerce,  à  Sou-tchéou  (Ria-yu-Kouan).  [)oint  terminal  des 
caravanes  russes,  cl  ils  y  jouiront  de  tous  les  droits  accordés  au 
commerce  russe  h  Tien-ïsin. 

Aht.  i5.  —  Le  commerce  par  voi(^  de  terre,  exercé  par 
les  sujets  russes  dans  les  provinces  intérieures  et  exlériemes  de 
la  Chine,  sera  réj^ji  par  le  règlement  annexé  au  j)résenl  Traité. 

Les  stipulations  conunerciales  du  présent  Traité,  ainsi  (pie  le 
llèglemenl  qui  lui  sert  de  C()nq)lément,  pourront  èlre  revisés 
après  un  intervalle  de  dix  ans  révolus,  à  parlir  du  jour  de 
réchange  des  ratifications  du  Traité  ;  mais  si,  dans  le  conranl  dv 
six  mois  a>ant  l'expiration  de  ce  terme,  aucune  des  parties  con- 
tractantes ne  manifeste  le  désir  de  procéder  à  la  roision,  h's 
stipulations  commerciales,  ainsi  (jne  le  Règlement,  resteront  en 
vigueur  pour  un  nouveau  terme  de  dix  ans. 

Le  commerce  par  voie  de  mer  des  sujets  russi\s  en  (lliine  sera 
soumis  aux  règlements  généraux,  étahlis  pour  le  comment» 
maritime  étranger  en  CJiine. 

S'il  devient  néce^^saire  d'apporter  des  modilications  à  ces 
ri*glemcnts.  les  deux  gouvernements  étahliront  une  entenle  h  ce 
sujet. 

Aht.  i6.  —  Si  le  développement  du  commerce  russe  par  >oie 
de  terre  provocpie  la  nécessité  de  l'étahlissement,  pour  les  mar 
chundises  d*ex|K)rtation  et  d'inqx)rlation  en  Chine,  d'un  tarif 
douanier,  plus  en  rapport,  que  les  tarifs  actu(»llemenl  en  vigueur, 
avec  les  ncT^j^sités  de  ce  conunerce.  les  gouvernements  russe  el 
chinois  prociKieronl  à  une  entente  à  ce  sujet,  en  adoptant,  |)()ur 
base  de  la  fixation  des  droits  d'entrée  et  de  sortie,  le  taux  de 
cinq  pour  ctmt  de  la  valeur  des  marchandises. 

Jusc|u*à  l'établissement  de  ce  tarif,  les  droits  d'exporlation, 
prélevés  sur  qiiehpies  esjMVes  de  thés  de  qualités  inférieures, 
actuellement  imposés  au  taux  établi  pour  le  tiié  dv  (pialilé 
supérieure,  seront  diminués  proportionnellement  à  leur  valeur. 
H  .sera  procédé  h  la  fixation  de  ces  droits,  pour  chaipie  espèce  de 
thé,  par  une  entente  entre  le  gouvernement  chinois  et  l'envové 
de  Rus.sie  h   Pé-King,  dans   le  ternie  d'un  an.  au  plus  ta  ni.  à 


aSo  l'affaire  de  kouldja 

parlir  du  jour  de  l'échange  des  ratifications  du  présent  Traité. 

Art.  17.  —  Des  diverji^ences  d'opinion  s'élanl  produites  jus- 
qu'ici dans  l'application  de  l'article  10  du  traite  conclu  à  Pé- 
King,  en  1860,  il  est  établi  par  les  présentes,  que»  les  stipula- 
tions de  l'article  susdit,  relati>es  aux  répétitions  à  exercer,  en 
cas  de  vol  et  de  détournement  de  bétail  au  delà  de  la  frontière, 
seront,  à  l'avenir,  interprétées  dans  ce  sens,  que  lors  de  la 
découverte  d'individus  coupables  de  vol  ou  de  détournement  de 
bétail,  ils  seront  condamnés  à  payer  la  valeur  réelle  du  bétail 
qu'ils  n'auront  pas  restitué.  11  est  entendu  qu'en  cas  d'insolva- 
bilité des  individus  coupables  de  vol  de  bétail,  l'indemnité  à 
payer  ne  saurait  être  mise  à  la  charge  des  autorités  locales. 

Les  autorités  frontières  des  deux  états  poursuivront,  selon 
toute  la  rigueur  de^s  lois  de  leur  pays,  les  individus  coupables  de 
détournement  ou  de  vol  de  bétail,  et  devront  prendre  les 
mesures  qui  dépendront  d'elles  pour  la  restitution,  à  qui  de 
droit,  du  bétail  détourné  ou  qui  aurait  passé  la  frontière. 

Les  traces  du  bétail  détourné  ou  qui  aurait  passé  la  frontière 
peuvent  être  indiquées  non-seulement  aux  gardiens  des  postes 
frontières,  mais  aussi  aux  anciens  des  villages  les  plus  proches. 

Art.  18.  —  Les  stipidations  du  traité  conclu  à  Aïgoun  le 
16  mai  i858  concernant  les  droits  de  sujets  des  deux  empirer  de 
naviguer  sur  l'Amour,  sur  le  Soungari  et  sur  l'Ousouri,  et  de 
faire  le  commerce  avec  les  populations  des  localités  riveraines, 
sont  et  demeurent  confirmées. 

Les  deux  gouvernements  procéderont  à  l'établissement  d'une 
entente  concernant  le  mode  d'application  des  dites  stipulations. 

Art.  19.  —  Les  dispositions  des  anciens  traités  entre  la  Russie 
et  la  Chine,  non  modifiées  par  le  présent  Traité,  restent  en 
pleine  vigueur. 

Art.  20.  —  Le  présent  Traité,  après  avoir  été  ratifié  par  les 
deux  Empereurs,  sera  promulgué  dans  chaque  empire,  pour  la 
connaissance  et  la  gouverne  de  chacun.  L'échange  des  ratifica- 
tions aura  lieu  à  Saint-Pétersbourg,  dans  le  délai  de  six  mois  à 
compter  du  jour  de  la  signature  du  Traité. 

Ayant  arrêté  les  articles  ci-dessus,  les  plénipotentiaires  des 
deux  parties  contractantes  ont  signé  et  scellé  de  leurs  sceaux 
deux  exemplaires  du  |)résent  Traité,  en  langues  russe,  chinoist» 
et  française.  Des  trois  textes,  dûment  confrontés  et  trouvés  con- 
cordants, le  texte  français  fera  foi  pour  l'interprétation  du  pré- 
sent Traité. 


■**•  .».•■■    '• 


imioiocom:  '>,'^i 

Fait  à  Saiiit-IVlei>l)()ur«;,  le  douzo  l'ÔMicr  mil  Iniit-ctMil 
qnalre-vin«^l-un. 

(Signé  :)  Nicolas  do  (jieus. 

(L.  S.)  (Si^no  :)  Tskn(;. 

(Signé  :)  Kugène  Butzov  (L.  S.) 

(L.  S.) 

PKOTfMlOLE     ' 

En  vertu  do  l'articlo  (»  du  Trailo  signé  aujourd'hui  par  los 
plénipolonliairos  dos  gouvornciuonis  russo  ot  rliiuois.  le  gouvor- 
nemonl  chinois  paiera  au  gouxornouionl  russo  hi  souuno  do 
neuf  mittions  de  roubles  métallitjurs,  doslinoe  à  couvrir  hvs  frais  do 
l'occupation  d'IIi  par  \i)s  troupos  russes,  et  à  satisiain;  diverses 
réclamations  pécuniaires  des  sujets  russes,  (lotte  sounuedoit  être 
payée  dans  le  délai  de  deu\  ans  à  compter  du  jour  de  l'écliange 
des  ratifications  du  Traité. 

Désirant  préciser  le  mode  de  paiement  de  la  somme  précitée», 
les  soussignés  sont  convenus  d(»  ce  cpii  suit  : 

Le  gouvernement  chinois  \ersera  l'écpiivalenl  de  la  souuno  de 
neuf  millions  de  rouhles  métallirpios  en  livri's  sterling,  soit  un 
million  quatre  cent  trente  et  un  mille  six  cent  soixante  ijuatrc  lirres 
sterling  deux  shillings,  cliez  MM.  Baring  frères  et  (1'"  à  Lonthes. 
on  six  parts  égales  de  deux  cent  Irente-huit  mille  six  cent-dix 
li>res  sterling  treize  shillings  huit  [>ence  ciiacune,  moins  hs 
frais  de  banque  d* usage  qui  seront  occasionnés  par  le  transfert 
de  ces  paiements  à  Londres. 

Los  versements  s(Tont  échelonnes  à  (juatre  mois  de  distani:e 
l'un  de  fautre.  le  premier  do\ant  étreeiroctué  (piatre  mois  après 
l'échange  des  ratifications  du  Traité  signé  aujourd'hui,  et  le  der- 
nier au  terme  de  deux  ans  résolus  après  cet  ériiauge. 

Le  prenant  proUxrole  aura  la  morne  force  ot  \alourquo  s'il  était 
inséré  mol  à  mot  dans  le  Traite  signé  aujourd'hui. 

En  foi  de  «pioi  h*s  plénipotentiaires  dos  deux  gouvornemonts 
ont  signé  le  présent  Protocole  et  v  ont  apposé  leurs  sceaux. 

Fait  à  Sainl-Péterslx)urg.  le  douze  fé>rier  mil  huit  coul  (pialro- 
vingl-un. 

(Signé:)  Nicolas  doCiiKRs. 

(L.  S.)  (Signe  :)  Tsr.Nti. 

(Signé:)  Eugène  Brxzov.  (L.  S.) 

(L.  S.) 


32  L'AFF\inE    DE    KOLLDJA 


2.>2 


REGLEMENT  POIH  LE  COMMERCE  PAR  VOIE  DE  TERRE 

\rticle  i*^'.  —  In  coininerce  de  libre  écliaii'^e  el  en  fraii- 
cliis<î  de  droib,  entre  snjels  russes  et  chinois,  esl  autorisa''  sur  une 
zone  liinilrophc  s'élendant  des  deux  cotés  de  la  frontière  à  la 
dislance  de  cinquante  versles  (cent  //).  Chacun  des  deux  gou- 
vernements se  reserve  de  surveiller  ce  commerce  confonnénient 
à  ses  règlements  frontières. 

Art.  3.  —  Les  sujets  russes,  se  rendant  pour  afTairesde  com- 
merce en  Mongolie  et  dans  les  districts  situés  sur  les  versants 
nord  el  sud  des  T'ien-Chan,  j)euvent  franchir  la  frontière  seule- 
ment en  certains  point.s,  énumérés  dans  la  Liste  annexée  au  pré- 
sent Règlement. 

Ils  doivent  être  munis,  par  les  autorites  russes,  de  permis  en 
langue  russe  et  chinoise,  avec  traduction  mongole  et  tatare.  I^e 
nom  du  propriétaire  de  la  marchandise  ou  du  chef  de  la  cara- 
vane, la  spécification  des  marchandises,  le  nombre  des  colis  et 
celui  du  bétail  peuvent  être  indiqués,  en  langue  mongole  ou  la- 
lare,  dans  le  texte  chinois  de  ces  {Hormis. 

A  leur  entrée  sur  territoire  chinois,  les  marchands  sont  tenus 
de  présenter  leurs  permis  au  poste  chinois  le  plus  proche  de  la 
frontière,  où,  après  >érirication,  le  permis  devra  être  visé  par  le 
chef  du  poste. 

Les  autorités  chinoises  ont  le  droit  d'arrêter  les  marchands  qui 
auraient  franchi  la  frontière  sans  permis,  el  de  les  remettre  entre 
les  mains  des  autorités  russes  les  plus  proc^hes  de  la  frontière,  ou 
au  consul  russe  compétent,  pour  qu'une  pimition  sévère  leur  soit 
infligée. 

En  cas  de  perle  du  permis,  le  propriétaire  est  tenu  d'en  aviser 
le  consul  russe  le  plus  proche,  pour  s'en  faire  délivrer  un  nou- 
veau, et  d'en  informer  les  autorilés  locales  pour  obtenir  un  cer- 
tificat lcnq)oraire  lui  permettant  de  conlinuer  sa  route. 

Les  marchandises  importées  en  Mongolie  et  dans  les  arron- 
dissements situés  sur  les  versants  des  Tien-chan.  qui  n'y  auraient 
[K)inl  été  vendues,  peuvent  être  dirigées  sur  les  villes  de  T'ien- 
Tsin  et  de  Sou-tchéou  (Kia-yû-Kouan),  pour  y  être  vendues, 
ou  |M)ur  être  e\[)édiées  plus  loin  en  Chine. 

Pour  le  prélèvement  des  droits  sur  ces  marchandises,  pour  la 
délivrance  dca  permis  de  transport  et  j)our  les  autres  formalités 


RKGLEMKNT    POIR     LK    COMMEHCi:    PAU     VOIi:     Di:    TKRIIK  •iX\ 

de  douane,    il  sera   |)roc('d(3  conforiiiémonl  aux  disposilions  ci- 
dessous  détaillées. 

Art.  3.  —  Les  marchands  russes  (jui  cxjMVlienl  des  mar- 
chandises de  Kiakhta  el  du  pays  'de  \erlchinsk  à  Tien-Tsin, 
sonl  tenus  de  le^  faire  passtT  par  Kal^an,  l)ouid)a  el  Tounir- 
Ichéou.  I*a  mc^me  voie  sera  prise  par  les  marchandises  dirigées 
sur  Tien-Tsin.  de  la  frontière  russe,  par  Kohdo  el  Kouëi-houa- 
tclicn. 

Les  marchands  doivent  cire  munis  de  permis  d<î  transj>ort 
délivras  par  les  autorités  russes,  dûment  >isés  par  les  autorités 
chinoises  compétentes,  el  portant  indication,  en  lanj^ues  russe  et 
chinoise,  du  nom  du  propriétaire  (\q:^  marcliandises,  du  nomhre 
des  colis  et  du  f^enre  de  la  marcliandise  qu'ils  contiennent. 

Les  fonctionnaires  des  douanes  cliinoises  situées  sur  la  roule 
suivie  par  les  marchandises,  j)rocéderonl.  sans  retard,  à  la  vérili- 
cation  du  nombre  des  colis  et  à  la  Msite  des  marchandises  (pi'ils 
laisseront  passer,  après  avoir  apposé  le  >isa  sur  le  permis. 

Les  colis  ouverts  durant  la  visite  douanière  seront  refermés  par 
les  soins  do  la  douane,  qui  marcjuera  sur  le  [)ermis  le  nondire 
des  colis  ouvcrU. 

La  visite  douanière  ne  doit  pas  durer  plus  de  deux  heures. 

Les  permis  devront  être  présentés,  dans  un  délai  de  six  mois, 
à  la  douane  de  Tien-Tsin,  pour  être  annulée.  Si  le  [)ropriélaire 
des  marchandises  trouve  ce  délai  insuilisant.  il  est  tenu  d'en  in- 
forincr,  en  temps  et  lieu,  les  autorités  chinoises. 

En  cas  de  perte  du  permis,  le  marchand  est  tenu  d'en  aviser 
les  autorités  qui  le  lui  ont  délivré,  pour  obtenir  un  du[)ricata.  et 
de  déclarer  à  cet  effet  le  numéro  el  la  date;  du  permis  é^aré.  La 
douane  la  plus  proche,  située  sur  sî»  roule,  après  a\oir  conslalé 
l'exactitude  de  la  déclaration  du  marchand,  lui  délivre  un  certi- 
lîcai  provisoire,  avec  lequel  les  marchandises  peuvent  être  diri- 
gées plus  loin. 

Une  déclaration  inexacte  de  la  quantité  des  marchandises,  s'il 
est  prouvé  qu'elle  a  été  faite  a\ec  rinlenlion  de  dissinndiM-  des 
ventes  opérées  en  route,  ou  d'échapper  au  paiement  i\vs  droits. 
entraîne,  pour  le  marchand,  l'application  des  peines  étahlii's  dans 
Tarlicle  8  du  présent  Règlement. 

Art.  4'  —  Les  marchands  russes  qui  désireraient  rendre  à 
kalgan  une  jwirtie  quelconque  des  marchandises  importées  de 
Russie,  doi\ent  en  faire  la  déclaration  à  ranlorilé  locale  dans  \v. 
délai  de  cinq  jours.  Celle-ci.  après ac(]uittement  parle  marchand 


23^1  l'affaire  de  kouldja 

ck's  droits  cliinporlalion  enlicrs,  lui  délivre  un  permis  de  venle 
des  marchandises. 

Art.  5.  —  Les  marchandises  imporl43es  de  Russie  par  voie  de 
lerrc,  par  les  marchands  russes,  à  Tien-ïsin.  y  acquitteront  un 
droit  d'importation  équivalent  aux  deux  tiers  des  droits  établis 
par  le  tarif. 

Les  marchandises  importées  de  RuSvSie  h  Sou-tchéou  (Kia-Yû- 
Kouan)  paieront,  dans  cette  ville,  les  mêmes  droits  et  seront 
soumises  aux  mêmes  règlements  qu'à  Tieii-Tsin. 

Art.  6.  —  Si  les  marchandises  laissées  à  Kalgan  et  qui  y  ont 
acquitté  les  droits  d'entrée,  n'y  sont  point  vendues,  leur  proprié- 
taire pourra  les  expédier  à  Toung-tchéou,  ou  à  Tien-Tsin,  et  la 
douane,  sans  percevoir  de  nouveaux  droits,  restituera  au  mar- 
chand un  tiers  du  droit  d'entrée  payé  h  Kalgan,  en  faisant  une 
annotation  correspondante  sur  le  permis  délivré  en  ce  cas  par  la 
douane  de  Kalgan. 

Les  négociante  russes  peuvent  expédier  sur  les  marchés  de 
l'intérieur  les  marchandises  laissées  à  Kalgan  et  qui  y  ont  €ic([uitté 
les  droits  d'entrée,  en  se  conformant  aux  conditions  générales 
établies  pour  le  commerce  étranger  en  Chine,  après  acquittement 
d'un  droit  de  transit  (i.  e.  la  moitié  des  droits  spécitiés  dans  le 
tarif).  Il  sera  délivré  pour  ces  marchandises  un  permis  de  trans- 
port qui  doit  être  exhibé  à  toutes  les  douanes  et  barrières  siluc'*es 
sur  la  route.  Les  marchandises  non  accompagnées  de  ce  permis 
auront  a  accpiitter  les  droits  aux  douanes  qu'elles  traverseront  et 
\v  U  kin  aux  barrières. 

\rt.  7.  —  Les  marchandises  importées  de  Hussie  à  Sou-lchéon 
(Kia-yû-Kouan)  peuvent  être  expédiées  sur  les  marchés  de  l'in- 
térieur, aux  conditions  stipulées  dans  l'article  c)  du  présent  Rè- 
glement, pour  les  marchandises  expédiées  de  Tien-Tsin  en  desti- 
nation des  marchés  de  l'intérieur. 

Art.  8.  —  S'il  était  constaté,  lors  de  la  visite  douanière  des 
marchandises  importées  de  Russie  h  Tien-Tsin  que  les  marchan- 
dises spécifiées  tlans  le  permis  ont  été  retirées  des  colis  et  rem- 
plactKîs  par  d'autres,  ou  bien  que  leur  quantité  (déduction  faite 
de  ce  qui  en  aura  été  laissé  à  Kalgan)  est  inférieure  au  chiffre 
indicpié  dans  le  permis,  toutes  les  marchandises  présenté(îs  à  la 
\isite  seront  conliscpiées  par  la  douane. 

Il  est  entendu  que  les  colis  avariés  en  route  et  qui,  par  suite  de 
cela,  auront  subi  un  réemballage,  ne  seront  pas  sujets  à  confis- 
cation, si   toutefois  le  fait  d'avarie  a   été  dûment  déclaré  h  la 


RKC.LKMKNT    l'OlUl     lA'.    COMMKIU:!:     PVU     VOIK     I)i:    TKURK  '^S'i 

douane  Ja  plus  proche  el  si  colle  dernière,  après  conslalation  de 
IVlat  intact  de  la  marchandise  priinili\enienl  expédiée,  a  fa  il 
une  annotation  cx>rrcs[)ondanle  sur  Je  permis. 

Seront  sujettes  à  conliscalion  les  marchandises  doni  il  sera 
constaté  qu'une  partie  a  été  vendue  en  chemin. 

Si  les  marchandises  ont  élé  lransportéc»s  par  des  voies  délour- 
nécs,  afin  de  les  soustraire  aux  visitcîs  des  douanes  établies  sur  la 
route  indiquée  à  l'article  3,  le  propriétaire  en  s(Ta  passible  d'une 
amende  égale  au  droit  d'importalion  entier. 

Si  l'infraction  aux  règlements  susmentionnés  a  été  commise  à 
l'insu  et  sans  la  participation  du  propriétaire  de  la  marchandise, 
\vïT  les  voituricrs,  les  douanes,  en  fixant  l'amende,  prendront 
celle  circonstance  en  considération.  Coliv  dis|)osilion  se  rapporte 
excJusivement  aux  l(Kalilés  tra>ersées  par  le  connnerce  russe  par 
voie  de  terre,  et  ne  saurait  être  a[)pliquée  à  des  cas  analogues 
qui  se  produiraient  dans  les  ports  et  dans  l'intérieur  des  pro- 
vinces. 

En  cas  de  confiscation  des  marchandises,  le  négociant  a  ledr(»it 
de  libérer  celles-ci  moyennant  le  versement  d'une  somme  étpii- 
valentc  à  leur  valeur,  dûment  déterminée  par  une  entente  a>ec 
les  autorités  chinoises. 

AiiT.  9.  —  A  l'exportation  de  Tien-Tsin.  par  mer,  en  destina- 
tion de  quelque  autre  port  chinois,  ouvert  par  les  traités  au 
ronnnercc  étranger,  des  marchandises  importées  de  Kussie  par 
voie  de  terre,  la  douane  de  Tien-Tsin  [)rélève  sur  ces  marchan- 
dises un  tiers  des  droite)  entiers  iixés  par  le  tarif,  en  sus  des  deux 
tiers  déjà  perçus.  Aucun  droit  ne  sera  prélevé  sur  ces  marchan- 
<lLses  dans  les  autres  ports. 

Les  inarchandis<»s  exportées  de  Tien-Tsin,  ou  des  autres  ports, 
en  destination  des  marchés  intérieurs,  s<*ront  frappées  du  droit 
de  transit  (i.  e,  la  moitié  des  droits  spécifiés  dans  h;  tarif)  fl'après 
les  dis|)ositions  générales  établies  pour  le  connnerce  étranger. 

Anx.  10.  —  Les  marchandises  chinoises,  exportées  de  Tien-Tsin 
en  Russie  par  les  marchands  russt\s,  doivent  être  dirigées  sur 
Ralgan  par  la  voie  indiquée  à  l'article  3. 

Il  sera  prélevé  sur  ces  marchandises,  h  leur  sortie,  des  droits 
d'exportation  entiers.  Toutefois,  \c»  marchandises  de  réimporta- 
tion achetées  à  Tien-Tsin,  ainsi  que  celles  achetées  dans  un  autre 
|K)rt,  cl  ex|)édiées,  en  transit,  à  Tien-Tsin,  pour  exportation  «mi 
Russie,  étant  accom|>agn(H»s  d'un  reçu  de  la  douane  constatant  le 
paiement  des  droits  de  sortie,  nvn  seront  pas  frappées  une  seconde 


'2 


36  l'affaiue  de  kouldja 


l'ois,  el  lo  (leiTii-droiidc  roiiiiporlalion  (droit  côlicr)  versé  à  Ticn- 
Tsin,  sora  rcslilué  au  marcliand.  si  les  marchandises  qui  auront 
accjuitlc  ce  droit  sont  exporlées  en  Russie  dans  le  délai  d'un  an 
après  le  versement  de  ce  droit. 

Le  consul  de  lUissie  délivre,  pour  le  transport  des  marchan- 
dises en  Russie,  un  permis  portant  indication»  en  langues  russe 
el  chinoise,  du  nom  du  propriétaire  de  la  marchandise,  du 
nombre  des  colis  et  des  marchandises  qu'ils  contiennent.  Ces 
permis  seront  visés  par  la  douane  du  port  et  devront  accompa- 
gner les  marchandises,  |K)ur  être  exhibés  lors  de  la  visite  de 
celles-ci  aux  douanes  établies  sur  la  route. 

On  se  conformera  aux  règles  détaillées  à  l'article  3  quant  au 
délai  dans  lequel  le  |)ermis  doit  être  présenté  à  la  douane  |)our 
être  annulé,  el  ])our  les  cas  de  perte  du  permis. 

Les  marchandises  doivent  suivre  la  voie  indiquée  à  l'article  3 
el  ne  devront  pas  être  vendues  en  roule  :  l'infraction  à  celte  règle 
entraînera,  pour  le  marchand,  l'application  des  pénalilés  indi- 
(juées  à  l'article  8.  La  visite  des  marchandises  aux  douanes  situées 
sur  la  route  se  fera  conformément  aux  règles  indiquées  à  l'ar- 
ticle 3. 

Les  marchandises  chinoises  que  les  marchands  russes  achèteront 
à  Sou-tchéou  (Kia-vù-Kouan)  ou  qu'ils  y  amèneront  des  marchés 
de  J'inlérieur  en  destination  de  la  Russie,  auront  à  acquitter,  h 
leur  exportation  de  Sou-tchéou  en  Russie,  les  droits  fixés  |)our 
les  marchandises  exporlées  de  Tien-Tsin,  et  seront  soumises  aux 
règlements  établis  pour  ce  port. 

AriT.  II.  —  J^es  marchandises  achetées  à  Toung-tchéou  auront 
à  accpiitter,  à  leur  exportation  en  Russie  par  voie  de  terre,  les 
droits  de  sortie  entiers,  selon  le  tarif. 

Les  marchandises  achetées  à  Kalgan  accpiilleront  dans  cette 
ville,  à  leur  exportation  en  Russie,  un  droilé(piivalentà  la  moi- 
tié des  droits  s])écirié8  dans  le  tarif. 

Quant  aux  marchandises  achetées  par  les  négociant  russes  sur 
les  marchés  intérieurs  (»l  importées  à  Toung-tchéou  el  Kalgan. 
pour  être  exporlées  de  là  en  Russie,  elles  seront,  en  outre,  frap|HM\s 
tle  droits  de  transit,  conformément  aux  règles  générales  établies 
|)onr  le  commerce  étranger  sm-  les  marchés  intérieurs. 

Les  douanes  locales  des  villes  ci-de^ssus  énumérées,  après  avoir 
prélevé  les  droits,  délivreront  au  marchand  un  permis  pour  le 
transjKM't  des  marchandises.  P«)ur  les  marchandises  exporlées  de 
Toung-tchéou,  ce  permis  sera  délivré  jKir  la  douane  de  Douuba, 


H  KC.  LE  MU  NT    I»(M  H     l.\      COMMKIU.K.     I'\U     NOIK    DF.    TI.UnK  'J.l^": 


i 


i\  lnc|iiollo  so  l'oronl  la  (Iciii.'iihIc  do  (•(»  piMini^^,   îiinsi  (jiic  lo  vor 
s4Miioii1  dos  droits  (|n('   los    rnarcliaiidisos  aiinuil   à    a('(|iiiMrr.    Il 
s<Ta  ("ail  moiilion  dans  lo  porinis  do  la  dofonsodo  \oiidro  los  mar- 
chandises on  ronlo. 

Les  ri'j^Ies  délailloos  à  Tarticle  3.  rolati\os  aux  permis,  à  la 
\isilc  dc»s  marcliandis(*s.  elc  so  rap|)ortenl  oralement  aux  mar- 
cliandises  ex|X)rlét*s  des  localilés  onuniorées  dans  le  prosonl 
article. 

AiiT.  \'À.  —  ÏjOs  marcliaiidises  de  provenance  élranj^ore  ex- 
portcV»s  en  destination  de  la  Russie,  par  \oie  de  torix»,  de  Tien- 
Tsin,  de  Tounf^-lchoou,  de  kalf^an  et  do  Sou-tclioou  (Kia-v'ï- 
konan).  n'auront  pas  do  droits  à  acipiillor,  si  lo  marcliand 
profJuil  un  reçu  de  la  douane  accusant  paiement  dos  droits  d'im- 
|iorlalion  et  de  transit  sur  ces  marchandises.  Si  elles  n'ont  ao(piitto 
i(ue  les  droits  dVnlroe,  la  douane  compotonte  réclamera,  ov\ 
outre,  du  négociant,  le  \oi-s(Mnent  du  droit  do  transit  fixe  par  le 
tarif. 

Art.  i3.  —  Les  marchandises  im|)orloes  on  (Ihino  par  les 
marchands  russes,  ou  exportées  par  eux.  ac<piittoronl  los  <lroits 
de  douane,  selon  lo  tarif  f2;onéral  établi  pour  le  commerce  étran- 
^r  en  Chine,  et  s<»lon  le  tarif  additionnel  étahli  on  i8()3  pour 
le  commerce  russe. 

I^ics  marchandises  non  énumérées  dans  l'un  ou  Tautre  de  ces 
tarifs  .seront  iin|>osi''(*s  d'un  droit  de  ciiu|  [>our  cent  ad  \aIorem. 

.\rt.  i4-  —  Seront  admis,  en  franchise  de  droits,  à  rini|>or- 
lation  et  à  re\j)ortation.  les  articles  sui\ants  :  L*or  et  l'arf^ont  en 
lingots.  La  monnaie  étrangère,  l^es  farines  de  toute  es[KVo.  Le 
sagou.  Les  biscuits.  Les  \iandos  et  les  légumes  en  cons<*rves.  L<» 
fromage.  \a}.  beurre.  I-.es  pnxluits  de  confiserie.  Les  vêtements 
étrangers.  Les  objets  do  joaillerie.  L'arg<Milerie.  Los|)arfumsot  les 
savons  de  toute  espèce.  Le  charbon  do  bois.  Le  l)ois  de  chaulTage. 
Ia*s  bougies  de  fabrication  étrangère.  Lo  tabac  et  los  cigares 
étrangers.  Les  vins.  La  bière.  Lt»s  boissons  s|)irituousos.  Los  pro- 
visions cl  ustensiles  do  ménage,  omplovés  dans  les  maisons  et  sur 
les  navires.  Le  bagage  des  \o\ageurs.  Les  fournitures  iU^"  chan- 
cellerie. Les  articles  do  tapisserie.  Lacoulellorie.  Les  médicaments 
étrangers.  La  verroterie  et  los  objets  en  cristal. 

l-iOS  articles  ci-<h»ssus  énumérées  passeront  on  franchise  de  droits, 
à  leur  enlnV  et  à  leur  sortie  par  \oie  do  terre  ;  mais  s'ils  sont 
e\|HHliés,  d<»s  \ilh*s  et  dos  ports  mentioimés  dans  lo  pn'»sonl  Rè- 
glement, sur  los  marchés  intérieui*s,  ils  sc*ront  frappés  d'un  droit 


2  38  i/affaire  de  rouldja 

(le  transit  au  taux  de  deux  cl  demi  pour  cent  ad  valorem.  Seronl. 
toutefois,  exempts  du  paiement  de  ce  droit  :  le  bagage  des  voya- 
geurs, Tor  et  l'argent  en  lingots  et  la  monnaie  étrangère. 

Art.  i5.  —  Sont  prohibés  tant  pour  Timportation  que  pour 
l'exportation ,  et  sont  sujets  à  confiscation  dans  le  cas  de  trans|K)rt 
en  contrebande,  les  articles  suivants  : 

La  poudre.  Les  munitions  d'artillerie.  Les  canons.  Les  fusils, 
les  carabines,  les  pistolets  et  toutes  les  armes  k  feu.  Les  engins 
et  munitions  de  guerre.  Le  sel.  L'opium. 

Les  sujets  russes  se  rendant  en  Chine  pourront  avoir,  chacun 
pour  leur  défense  personnelle,  un  fusil  ou  un  pistolet,  ce  dont 
mention  devra  être  faite  dans  le  permis  dont  ils  seront  porteurs. 

L'importation,  par  les  sujets  russes,  du  sal[>etre,  du  soufre  et 
du  plomb,  n'est  admise  que  sur  une  autorisation  spéciale  des 
autorités  chinoises  et  ces  articles  ne  pourront  (>tre  vendus  qu'aux 
sujets  chinois  qui  auront  reçu  un  permis  d'achat  spécial. 

L'exportation  du  riz  et  de  la  monnaie  de  cuivre  chinoise  est 
prohibée.  Par  contre,  l'importation  du  riz  et  de  toutes  les  céréales 
est  autorisée  en  franchise  de  droits. 

Art.  i6.  —  Il  est  interdit  aux  négociants  russes  de  transporter 
les  marchandises  appartenant  à  des  commerçants  chinois,  en  les 
faissant  passer  pour  leur  propriété. 

Art.  17.  —  Les  autorités  chinoises  auront  le  droit  de  prendre 
telles  mesures  qui  seront  nécessaires,  contre  le  commerce  de 
contrebande. 

(Signé  :)  Nicolas  de  Giers. 

(L.  S.) 

(Signé  :)  Tseng. 
(L.  S.) 

(Signé:)  Eugène  Butzov*. 
(L.  S.) 


I.  Bulzov,  Eugène,  consul  à  Tion-Tsin,  i86a-i865;  à  tlakodalé, 
1866-1873  ;  chargé  d'aflaircs  cl  consul  général  au  Japon,  1878  ;  ministre 
à  Pé-King,  1874-1884;  à  Athènes,  1884-91;  à  Téhéran,  1891-96;  à 
Stockholm,  depuis  1896. 


ANNFAi:    A     \.  AUTICLK     J.     DL    HKGI.KMKNT 


'JM) 


Atinr.it'  i)  Idrllrli'  'J  (la  licfjli'fncnt  jjour  le  conuncrce  par  roic 

de  terre. 

I.ISTK    DI'.S   POINTS-FRONTIÈRES,    PAR   LESQLKLS    LES   SUJETS   RISSES,    SE 
RENDANT  EN  CHINE  POUR  AFFAIRES  DE  COMMERCE,  POURRONT  PASSER. 


Postes  russes. 

1.  Slaro-Tsouroukliaïlouïsky. 

2.  Tsagaii  Oloïovskv. 

3.  Klioutclievskv. 

4.  Kouloussoulaïcvsky. 

5.  Tchassoulclioïovsky. 

6.  DourouI«^ouï('vsky. 

7.  Tokhlorak}. 

f).  Achinginsky. 

10.  Menlzinsky. 

1 1 .  Charagolsky. 
la.  Roudarinskv. 
i3.  kiaklila. 

i/|.  BoLsiîsky. 

i5.  Jolloiirinsky. 

16.  Kharatsaïsky. 

17.  Khamneïsky. 
10.  Klioulclievskoï. 

19.  Kliaiis^hiiisk) . 

20.  Okinsky. 
ai. 

aa. 
a3. 


Postes  chinois, 
Kliouboltclijikhou. 
Tzorinlou. 
MookglK»tlz(»<Jîlic. 
Ouliaiilou. 
Dorolok. 

Kll0^i1l(^>narassoll. 
kliouraisa. 
Haïandar^a. 
Aciîinga. 
Mindxa. 
Ouïalga. 
koiidara. 
Kiakhla. 

Kliara-klioiitclijir. 
1VIijirg!i(*ley. 
Oriokho. 
Iroklchilain. 
Ouïonlel. 
Hyltys. 
T/aï-gooI . 
Tchjiiilclijilik. 
louslyl. 
Souok. 


a4.  Tsagan-obo. 

a5.  Bourgassoulaï. 

aC.  Khabar-oussou. 

37.  Bakhiy. 

a8.  Kaplagaï. 

29.  La  |)assc  Kok-sou. 

3o  Khorgos. 

3i.  La  passe  Uèdol. 

3a.  La  passe»  Tcrokly. 

33.  La  passe  Tourougarle. 

3/|.  La  passe  Souïok. 

35.  Irkccbtam. 

La  présente  Liste  des  |X)inls  do  passage  pourra  Htq  modifiée 
par  nue  entente  entre  lVn\oyéde  linssieà  IV'-Kinget  le  Ministère 
des  AlFaires  Etrangères  de  (ihine,  d'ap^^s  les  données  relatives 
aux  avantages  de   ces  points  qui  leur  seront   fournies  par  les 


a/io  l'affaire  de  rouloja 

consuls  do  Russie  ol   par  les  autorités   front ièros  cliinoiscs.  Ces 
ntodificalions  porteront  sur   Texclusion   de   certains    points   ciui 
seront  reconnus  superflus,  ou  sur  leur  remplacement  par  d'antres, 
plus  nécessaires  au  mouvement  du  commerce'. 
(Signé  :)  Nicolas  de  Gieus. 
(L.  S.) 

(Signé  :)  Tseng. 

(L.  S.) 
(Signé  :)  Eugène  Butzov. 

(L.  S.) 

Le  traité  signé  par  le  marquis  ï'seng  h  Saint-Pétersbourg 
eut  pour  résultat  de  rendre  la  Chine  arrogante  ;  elle  se  mil  h 
chercher  h  faire  naître  des  complic^itions  ;  le  revirement  des 
laisses  avait  étonné  les  Chinois;  ils  attribuèrent  à  rinlimi- 
dation  ce  qui  n'était  qu'intérêt  et  longanimité  et,  sans  tran- 
sition, ils  passèrent  de  Tcpouvante  et  de  la  panique  h  la 
jactance  la  plus  insensée.  Le  retour  du  bouillant  Tso  à  Pé- 
King,  à  la  fin  de  février  1881,  n'était  pas  fait  pour  calmer  les 
esprits  ;  il  fut  reçu  avec  une  grande  solennité.  On  faisait 
courir  le  bruit  que  Timpératrice  régente  allait  mourir  et  Ton 
disait  qu'un  décret  était  préparé  à  reflet  de  faire  de  Tso 
Tsoung-t'ang  un  vice-empereur  à  coté  du  7^  prince,  régent 
nominal.  Les  inquiétudes  de  Li  lloung-tchang,  toujours  en 
éveil,  furent  augmentées  en  voyant  grandir  Pinfluence  de  ce 
nouveau  et  formidable  rival. 

Tso  tenait  de  bruyants  propos  au  Tsoung-li  Yamen  : 

Si  on  voulait  tenir  compte  de  ses  avis,  il  serait  aisé  de  débar- 
rasser la  Chine  de  ces  intrus  malfaisants,  dont  la  pn'îsencc  cons- 
titue pour  TEnipirc  une  dilTiculté  capitale  et  un  danger.  Il  ne 
s'agirait  que  de  le  vouloir  et  de  s'aflrancliir  de  scrupules  pusilla- 
nimes... La  Chine  est  un  grand  pays  puissant  et  riche  ;  il  a  dt*s 
armes  en  quantité  et  des  liomme.s  plus  (pi'il  ne  lui  en  faut  ; 
l'arrangement  avec  la  Russie  a  été  une  lâcheté  ;  il  faut  prendre 
sa  revanche  contre  les  étrangers  d'où  qu'ils  soient  venus  cl  en 
finir  une  bonne  fois  avec  eux. 

1.  Voirie  recueil  de  Traités  avec  la  (iîhinc,  publié  en  i88i),  à  Saint- 
Pélorsbourg,  jwir  le  Minislrro  des  A.(Taires  élrangèr<fs. 


CHAPITRE  XIII 

L'AFFAIRE  DU  T0N6-KIN6  :  MARQUIS  TSENG.  -  LA 
FRANCE  AU  T0N6-KIN6.  -  L'ÉVÊQUE  D'ADRAN  ET  GIA- 
L0N6.  -  LA  RESTAURATION  ET  CHAI6NEAU.  —  CONQUÊTE 
DE  LA  BASSE-COCHINCHINE.  —  TRAITÉ  DE  SAIGON,  1862. 
—  EXPLORATION  DU  ME-KONG.  —  JEAN  DUPUIS.  — 
FRANCIS  GARNIER.  —  TRAITÉS  DE  SAIGON,  1874.  —  COM- 
MUNICATION DU  TRAITÉ  A  LA  CHINE. 

A  la  fin  de  1880,  la  France  employait  ses  bons  offices  h 
Pé-King  et  à  Saint-Pétersbourg  pour  aplanir  les  dinicultés  qui 
avaient  surgi,  par  suite  de  l'occupa tion  prolongée  de  kouldja 
par  les  troupes  du  tsar,  entre  la  Cbine  et  la  Russie,  lorsque 
le  plénipotentiaire  chinois,  le  marquis  Ts'êng,  rédigea  une 
lettre  qui  transformait  la  question  annamite  en  une  question 
chinoise,  longue,  fertile  en  incidents  et  qui  ne  fut  résolue 
qu'après  une  guerre,  coûteuse  à  la  fois  pour  la  bourse  des 
contribuables  et,  parfois,  pour  Tamour-propre  de  la  France. 
Après  de  nombreuses  péripéties,  des  fautes  faciles  à  éviter, 
Tavantage  nous  est  resté,  grâce  à  un  homme  politique,  dont 
la  ténacité  et  le  patriotisme  clairvoyant  eurent  raison  de  l'hos- 
tilité que  sa  |)ersonne  avait  soulevée  et  de  l'impopularité  avec 
laquelle  son  entreprise  était  regardée  par  la  grande  masse  de 
la  nation,  Jules  Ferry,  qui  a  donné  à  la  France  le  Tong-King 
ainsi  que  la  Tunisie,  joyaux  de  Tempire  colonial  que  la 
République  a  construit  en  un  quart  de  siècle. 

LETTRE    DU    MAHQUIS    Ts'ÊNG 

Le  10  novembre  1880,  le  marquis  Ts'êng  adressait  la  lettre 


■ ./ 


letthf:  du  marquis   tsV.nc  2^3 

suivante  îi  M.  Bartliclcinv  Saiiil  llilairc,  ininislrc  des  Aflaires 
étrangères  : 

Sainl-Pélersbourg,  le  lo  novembre  1880. 

Monsieur  le  Ministre, 

J'ai  l*honncur  d'informer  V.  E.  qu'à  la  suite  des  bruits  qui 
avaient  couru  sur  certaines  causes  de  nature  h  créer  un  conflit 
entre  le  Gouvernement  Français  et  le  Prince  du  Tong-King,  j'ai 
eu  le  a5  janvier  une  entrevue  avec  M.  de  Freycinet.  au  Minis- 
tère des  Aflaires  Étrangères.  Et.  après  avoir  fait  connaitre  à 
S.  E.,  lors  de  cet  entretien,  les  liens  de  vassalité  qui  unissent  le 
Tong-Ring  à  la  Chine,  je  lui  ai  demandé  s'il  y  avait  réellement 
des  causes  de  celte  nature.  S.  E.  a  déclaré  que  de  pareilles  causes 
n'existaient  point  et  cette  assurance  a  pu  calmer  mes  appréhen- 
sions sur  ce  sujet. 

Mais  d'après  des  informations  plus  récentes,  il  parait  que  le 
Gouvernement  Français  aurait  l'intention  d'envoyer  ou  déjà 
expédié  des  troupes  au  Ïong-King.  ce  qui  m'a  fait  renaître  des 
appréhensions.  J'ai  donc  l'honneur  de  prier  V.  E.  de  vouloir 
bien  m'informer  si  ces  informations  sont  authentiques  et  si, 
depuis  l'entretien  que  j'ai  eu  avec  M.  de  Freycinet,  les  intentions 
du  Gouvernement  français  ont  subi  quelque  changement. 

J'espère  que  V.  E.  voudra  bien  me  faire  connaître  comme 
son  prédécesseur  les  vues  de  votre  Gouvernement  relatives  à  la 
question  du  Tong-King,  car  je  n'ai  pas  besoin  de  déclarer  à 
V.  E.  que  le  Gouvernement  Chinois  ne  saurait  regarder  avec 
indiflérencc  des  opérations  qui  tendraient  à  changer  la  situation 
politique  d'un  pays  limitrophe  comme  le  royaume  du  Toii;;- 
king,  dont  le  prince  a  reçu  jusqu'à  présent  son  investiture  de 
l'Empereur  de  Chine. 

Comme  je  suis  occupé  à  des  négociations  avec  le  Gouverne- 
ment Russe,  je  n'ai  pu  à  mon  regret  présenter  mes  félicitations 
à  V.  E.  le  jour  de  votre  entrée  au  Ministère.  Dès  que  je  serai 
arrivé  à  un  arrangement  à  Pétersbourg,  je  m'empresserai  de 
venir  à  Paris  pour  présenter  mes  devoirs  à  V.  E.  ï'our  le  mo- 
ment, je  dois  prier  V.  E.  de  vouloir  bien  me  donner  une  ré- 
ponse à  la  note  que  j'ai  T honneur  de  lui  adresser. 


aVi  l'affaire    Dl     TONG-EINT. 


LA   FRANCE   AL    TO!«G-kI>G 


Il  nous  semble  que  Topinion  publique  avait  au  début  sin- 
gulièrenient  diminué  Timporlance  de  notre  action  au  Tong- 
king.  Il  ne  s'agissait  pas  d'une  aventure  surgissant  par  hasard  ; 
il  ne  s'agissait  pas  d'un  projet  appartenant  en  propre  à  un 
ministère,  voire  à  la  République,  mais  bien  d'une  grande 
pensée  conçue  il  y  a  plus  de  cent  ans,  dont  la  réalisation  avait 
été  retardée  |>ar  suite  d'événements  malheureux,  mais  qui  a 
été  reprise  par  tous  les  régimes  qui  ont  gouverné  la  France. 
L'idée  d'un  grand  établissement  colonial  sur  la  côte  de  Tlndo- 
Chine,  mise  en  avant  sous  Louis  XVI,  ajournée,  mais  non 
abandonnée  par  Napoléon  P*",  ressaisie  sous  Louis  XVIII,  a 
reçu  un  commencement  d'exécution  sous  le  règne  de  Napo- 
léon III.  La  troisième  République  a  complété  une  œuvre 
à  laquelle  ont  pris  part  aussi  bien  les  conservateurs,  puis- 
que le  traité  de  187^  a  été  négocié  par  les  agents  de 
M.  le  duc  de  Broglie,  que  les  républicains.  Nous  nous 
trouvons  donc  en  présence  d'une  grande  politique  colo- 
niale, propre  non  pas  h  un  groupe,  non  pas  à  un  parti,  mais 
à  la  France  entière:  nous  voudrions  essayer  de  retracer  les 
phases  principales  de  cette  politique  nationale  avant  d'abor- 
der le  récit  des  luttes  et  des  négociations  qui  en  ont  assuré  le 
triomphe. 


La  Compagnie  des  Indes  orientales,  créée  en  i664,  donna 
au  commerce  français,  dans  PExlrème-Orient,  un  débouché 
qu'il  n'avait  pas  eu  jusqu'alors.  Les  Portugais,  les  Hollandais 
et  les  Anglais  nous  avaient  d'ailleurs  devancés.  Dès  i684,  la 
Compagnie  des  Indes  orientales  envoyait  au  Tong-King  un 
agent  nommé  Le  Chappclier  qui  trouva  les  habitants  bien 


disposés  pour  les  EiiropiMMis  el  clablil  un  ronipl«)ir  dans  \o 
pays.  Deux  années  |>lus  lard,  un  autre  agent  de  la  Compa- 
gnie, nommé  Vcrrcl,  se  rendit  à  son  tour  en  (Jocliinchine 
pour  choisir  un  emplacement  favorable  à  la  création  d'un 
comptoir. 

Il  se  décida  pour  Pou lo-Condor.  Malheureusement,  la  série 
des  guerres  qui  affligèrent  la  fin  du  règne  de  Louis  XIV  arrêta 
tous  les  projets  d'établissement  qu'avaient  pu  avoir  les  Fran- 
çais. Plus  lard,  les  rapports  de  différents  «autres  agents  furent 
également  favorables  à  un  établissement,  soit  à  Poulo-Condor, 
soit  en  un  autre  point  de  la  Cochinchine,  mais  on  |)eut  con 
sidérer  le  voyage  de  Pierre  Poivre  à  la  Cochinchine  en  17/19 
et  1760  comme  le  vrai  point  de  départ  de  nos  relations  avec 
ce  pays. 

Son  voyage  à  bord  du  Mnchault  est  extrêmement  intéres- 
sant. Poivre  avait  pour  but  d'ouvrir  un  commerce  à  la  Cochin- 
chine, d'y  établir  un  comptoir  et  de  se  procurer,  par  la  voie 
de  Manille  ou  des  places  voisines,  des  plants  de  noix  muscade 
cl  de  girofle  qui  devaient  être  tous  portés  aux  îles  de  France 
et  de  Bourbon.  Vers  la  même  époque,  un  missionnaire  de  la 
Société  des  Missions  étrangères,  Charles  Thomas  de  Saint 
Phallc,  fournissait  à  Dupleix  les  renseignements  les  plus 
précis  sur  le  Tong-King. 

Deux  occasions  d'assurer  d'une  manière  sérieuse  l'influence 
françaisedansT Indo-Chine  nous  avaient  déjà  été  fournies  :  Tune 
sons  Louis  XIV,  par  le  ministre  du  roi  de  Siam,  Constance 
Phaulkon,  dont  la  chute  et  la  mort,  h  la  révolution  de  1688, 
amena  la  ruine  de  notre  crédit;  l'autre  nous  avait  été  indi- 
quée p«ir  Dupleix  qui,  en  1750-1752,  cherchait  par  une 
alliance  avec  le  roi  de  Pégou  a  nous  assurer  la  possession  des 
bouches  de  l'Irawadi.  Une  troisième  occasion  allait  nous  être 
fournie  par  une  révolution  qui  éclata  en  1 77/1  en  Cochinchine. 
Un  nommé  Nguyên  van-Nhac  et  ses  frères,  réfugiés  dans  les 
montagnes  Tay-So'n  à  la  suite  d'un  vol,  avaient  réuni  autour 


3^6  l'affaire  du  tong-ring 

d'eux  des  bandits  et  des  mécontents  à  l'aide  destjuels  ils 
levèrent  l'étendard  de  la  révolte. 


l'évêque  d'adran  et  gia-long 

Le  dernier  choua  (maire  du  Palais)  de  la  Cochinchine, 
Duê-Tong  ou  Hué-vu'o'ng,  avait  été  chassé  de  ses  Etats  et  mis  à 
mort  par  les  rebelles  Tay-son  en  1 776  ;  son  neveu  Nguyên-Ânh, 
plus  t^rd  Gia-long,  réfugié  à  Saigon,  s'était  décidé,  sur  le  con- 
seil d'un  missionnaire  français,  Pigneaude  Behaine*,  évêquc  in 
partihus  d'Xdran^  à  implorer  le  secours  de  la  France  pour  ren- 
trer dans  ses  Etats.  Il  envoya  le  prélat,  muni  de  pleins  pouvoirs 
et  accompagné  de  l'héritier  présomptif  du  trône,  le  prince  Canh , 
à  Pondichéry,  dont  le  gouverneur,  n'ayant  pas  à  sa  disposition 
de  troupes  pour  faire  une  expédition,  engagea  l'évêque  d'Adran 
à  passer  en  France.  Pigneau  de  Béhaine  fut  bicA  reçu  à  Ver- 
sailles. On  lui  promit  un  secours  de  i  65o  hommes,  de  l'ar- 
tillerie, des  armes,  quatre  frégates  et  deux  ou  trois  bâtiments 
de  transport  nécessaires  à  l'expédition.  Par  un  traité  signé  à 
Versailles,  le  28  novembre  1787,  le  roi  de  la  Cochinchine 
cédait  à  la  France  la  propriété  absolue  et  la  souveraineté  de 
l'île,  formant  le  port  principal  de  la  Cochinchine,  appelé 
«  Hoï-nan  »  et  par  les  Européens  «  Touron  »,  ainsi  que 
Poulo-Condor,  en  échange  des  secours  que  Louis  XVI  pro- 
mettait d'envoyer. 

TRAITÉ    ENTRE    LE    ROY    ET    LE    ROY    DE    LA    COCniTfCHIIfE 

Nguten-Anh,  Roy  de  la  Cochinchine,  ayant  été  dépouillé  de 
SCS  Étals,  cl  se  trouvant  dans  la  nécessité  d'employer  la  force 
des  armes  pour  les  recouvrer,  a  envoyé  en  France  le  Sieur 
Pierre- Joseph-Georges  Pigkeau  de  Beuaine,   évèque  d'Adran, 


1.  Pir.NF.Au  DE  Béhaiihe,  Pierre- Jospph-Gcorges^  ne  au  bourg  d'Ori 
gny  en  Thiérache  (Aisne),  le  a  novembre  1 74 1  • 


•-  .-r--  -1..-.'  T^ 


TIVAITK  KNTHK    Li:   UOY    KT    l.i:    \\n\    DK    I,  V   COClIINCmM:  'l!\-j 

dans  la  vuo  ilc  réclamer  le  secours  et  l'assislaiice  do  S.  M.  le 
Hoi  T.  C  ;  cl  Sadilo  Majesté  étant  convaincue  de  la  justice  de 
la  cause  de  ce  Prince,  et  voulant  lui  donner  une  nianjue  sifjna- 
lée  de  son  amitié  comme  de  son  amour  pour  la  justice,  s'est 
déterminée  à  accueillir  favorablement  la  demande  faite  en  son 
nom.  Kn  conséquence  Elle  a  aulorisé  le  sieur  Comte  de  Moid 
niorin,  Maréchal  de  ses  cam[>s  et  armées.  Chevalier  de  sc\s  ordres 
cl  de  la  Toison  d'or,  son  Conseiller  en  tous  ses  conseils.  Ministre 
et  Secrélaire  d'Klal  de  ses  commandements  et  finances,  aïant  le 
Département  des  alTain^s  étrangères,  à  discuter  et  arrêter  avec 
ledit  sieur  évècpie  d'  \dran  la  nature,  l'étendue  et  les  conditions 
des  secours  à  fournir,  et  les  deux  Plénipolentiaires,  après  s'èlre 
lé|Li;ilimés,  savoir  :  le  Comte  de  Monlmorin  en  conmiunicpianl 
son  plein  pouvoir,  et  Tévéque  d'Adran  en  pnKluisiuit  le  faraud 
sceau  du  royaume  de  la  C^ochinchine,  ainsi  cpiune  délibération  du 
grand  («onscil  dudit  rovaumc,  sont  convenus  des  points  et  arli 
des  suivants  : 

Article  phkmiku.  —  Le  Ro>  Très-cbrétien  promet  et  s'engage 
de  seconder  de  la  manière  la  plus  ellicace  les  efforts  tpie  le  Hov 
de  la  Cocliinchinc  est  résolu  de  faire  pour  rentrer  dans  la  pos.s(»s- 
sion  cl  jouissance  de  ses  filais. 

\ht.  3.  —  Pour  cet  elTct  Sa  Majesté  Très-chrétienne  en>erni 
incessamment  sur  les  cotes  de  la  Cochincliine  à  ses  frais  (pialre 
fré«i;ales  avec  un  corps  de  Iroujws  de  douze  cenls  hommes  d'in- 
fanterie, deux  cenls  hommes  d'artillerie  et  de  deux  cent  cin- 
quante CalTres.  Ces  troupes  seront  munies  de  tout  leur  attirail 
de  guerre  et  nommément  d'une  artillerie  compétente;  de  cam- 
pagne. 

Art.  3.  —  Le  Roy  de  la  Cm'hinchine,  dans  l'attente  du  ser- 
vice important  (|uo  le  Iloy  Très-cbrétien  est  disposé  à  lui  rendre;, 
lui  cwle  cvenluellement  ainsi  <pi'à  la  couronne  de  France,  la 
propriété  absolue  et  la  souveraineté  de  l'île  formant  le,  port  prin- 
cipal de  la  Cocbinchine  aj)pelé  liol-nwi  (»t  par  les  Kuro|)éens 
Toaron  ;  cl  celle  propriété  et  souveraineté  seront  immutabl(;ment 
acquises  dès  l'instant  où  les  troupes  françaises  auront  occupé  l'île 
susmentionnée. 

Art.  4.  —  Il  e^t  convenu  en  outre  <pie  le  Roy  Très-chré- 
lien  aura  concurremment  avec  celui  de  la  Cocbinchine  la  pro- 
priété du  port  susdit  et  (pie  les  Français  pourront  fain^  sui-  le 
continent  tous  les  établissements  cpi'ils  juv:er()iit  utiles  tant  pour 
leur  navigation  et  leur  conunerce,  (pie  pour  j^arder  et  caréner 


3^8  l'affaire  dl  tong-ring 

leurs  vaisseaux  et  pour  on  consiruîre.  Quant  à  la  police  du  port, 
elle  sera  réglée  sur  les  lieux  par  une  convention  particulière. 

Art.  5.  —  Le  Roy  Trcs-chrétien  aura  aussi  la  propriété  et  la 
souveraineté  de  Pulo-Condor. 

Art.  6.  —  Les  sujets  du  Roy  Très-chrétien  jouiront  d'une  en- 
tière liberté  de  commerce  dans  tous  les  États  du  Roy  de  la  Go- 
chinchine,  à  l'exclusion  de  toutes  les  autres  nations  européennes. 
Ils  pourront  pour  cet  effet  aller,  venir  et  séjourner  librement, 
sans  obstacle  et  sans  payer  aucun  droit  quelconque  pour  leurs 
personnes,  à  condition  toutefois  qu'ils  seront  munis  d'un  passe- 
port du  commandant  de  l'île  de  Hoi-nan.  Ils  pourront  importer 
toutes  les  marchandises  d'Europe  et  des  autres  parties  du  monde, 
à  l'exception  de  celles  qui  seront  défendues  par  les  lois  du  pays  ;  ils 
pourront  également  emporter  toutes  les  denrées  et  marchandises 
du  pais  et  des  pais  voisins  sans  aucune  exception  ;  ils  ne  paieront 
d'autres  droits  d* entrée  et  de  sortie  que  ceux  qu'acquittent  actuel- 
lement les  naturels  du  pais,  et  ces  droits  ne  pourront  être  haus- 
sés en  aucun  cas  et  sous  quelque  dénomination  que  ce  puisse 
être.  Il  est  convenu,  de  plus,  qu'aucun  bâtiment  étranger,  soit 
marchand,  soit  de  guerre,  ne  sera  admis  dans  les  États  du  Roy 
de  la  Cochinchine  que  sous  pavillon  français  et  avec  un  passe- 
port français. 

Art.  7.  —  Le  gouvernement  cochinchinois  accordera  aux  su- 
jets du  Roy  Très-chrétien  la  protection  la  plus  efficace  pour  la 
liberté  et  la  sûreté  tant  de  leurs  personnes  que  de  leurs  effets,  et 
en  cas  de  difficulté  ou  de  contestation,  il  leur  fera  rendre  la 
justice  la  plus  exacte  et  la  plus  prompte. 

Art.  8.  —  Dans  le  cas  où  le  Roy  Très-chrétien  serait  attaqué 
ou  menacé  par  quelque  puissance  que  ce  puisse  être,  relative- 
ment à  la  jouissance  des  îles  de  Hoi-nan  et  de  Pulo-Condor  et 
dans  le  cas  où  Sa  Majesté  Très-chrétienne  serait  en  guerre  avec 
quelque  puissance  soit  européenne,  soit  asiatique,  le  Roy  de  la 
Cochinchine  s'engage  à  lui  donner  des  ressources  en  soldats,'  ma- 
telots. vi\Tes,  vaisseaux  et  galères.  Ces  secours  seront  fournis 
trois  mois  après  la  réquisition  ;  mais  ils  ne  pourront  pas  être 
emploies  au  delà  des  îles  Moluques  et  de  la  Sonde  et  du  détroit 
de  Malacca.  Quant  à  leur  entretien,  il  sera  à  la  charge  du  Sou- 
verain qui  les  fournira. 

Art.  9.  —  En  échange  de  l'engagement  énoncé  dans  l'article 
précédent,  le  Roy  Très-chrétien  s'oblige  d'assister  le  Roy  de  la 
Cochinchine  lorsqu'il  sera  troublé  dans  la  possession  de  ses  États. 


TRAITK  ENTHE    LE   HOY   ET   LE    UOY   DK   L\    COCIIINCIIINE  3^|() 

Ces  secours  s<»ront  j)roporlioiinos  à  la  nrcossilé  des  circonsttinn^s, 
cependant  ils  ne  pourront  en  aucun  cas  excéder  ceux  énoncés 
dans  Tarticle  deuxième  du  présent  Ira  lié. 

Art.  io.  —  Le  présent  traité  sera  ratifié  par  les  deux  souve- 
rains contractants,  et  les  ratifications  seront  échangées  dans  l'es- 
pace d*un  an  ou  plus  tôt  si  faire  se  peut. 

En  foi  de  quoi,  Nous,  Plénipotentiaires,  avons  signé  le  présent 
traité  et  y  avons  fait  apposer  le  cachet  de  nos  armes. 

Fait  à  Versailles,  le  vingt-huit  novemhrc  mil  sept  cent  quatre- 
vingt-sept. 

Le  Comte  de  Montmohin. 

(L.  S.)  y  P.  J.  (î.,  évéque  d'Adran. 


Articlk  séparé 

Dans  la  vue  de  prévenir  toul<»s  difTicultés  et  mésenfendus  rela- 
tivement aux  établissements  que  le  Roy  Très-chrétien  est  aulo- 
risé  à  faire  sur  le  continent  pour  Futilité  de  la  navigation  et  du 
commerce,  il  est  convenu  avec  le  lloy  de  la  Cochinchine  que  ces 
mêmes  élablissement^s  seront  et  ap]>artiendronl  en  toute  pro- 
priété à  Sa  Majesté  Tres-chrétieime  et  que  la  juridiction,  la  ])0- 
licc,  la  garde  et  tous  aclrs  d'autorité  sans  exception  s*y  exerceront 
prîvalivement  en  son  nom. 

Pour  prévenir  les  abus  auxquels  les  établissements  mentionnés 
ci-dessus  pourraient  donner  lieu,  il  est  convenu  expressément 
que  l'on  n'y  recevra  aucun  Cochinchinois  poursuivi  pour  crime, 
et  que  ceux  qui  pourraient  s'y  être  introduits  seront  extradés  h 
la  première  réquisition  du  gouvernement.  Il  est  convenu  égale- 
ment que  tous  les  Français  transfuges  seront  extradés  à  la  pre- 
mière réquisition  du  commandant  de  lloi-nan  ou  de  celui  de 
Pulo-Condor. 

Le  présent  article  séparé  aura  la  même  force  et  valeur  que  s'il 
était  inséré  mot  à  mot  dans  le  présent  Traité. 

En  foi  de  quoi.  Nous,  Plénipotentiaires,  avons  signé  le  présent 
article  séparé  et  y  avons  fait  apposer  le  cachet  de  nos  armes. 

Fait  à  Versailles,  le  38  novembre  1787. 

Le  comte  de  Montmorin. 
(L.  S.)  j  P.  J.  G.,  évéque  d'Adran. 


25o  l'affaihk  du  to>g-ring 


Déclaration  de  l'kvèque  d'Adran 

Quoique  dans  la  convention  si^^née  aujourd'hui,  il  ne  soit  fait 
aucune  mention  des  frais  (ju'occasionneront  les  ctahlissenieiits 
que  Sa  Majesté  Tr^s-ch  rétien  ne  jwurra  former  soit  dans  les  îles 
de  Iloi-nan  et  Pulo-Condor,  soit  sur  le  continent  du  royaume 
de  Cochinchine,  le  soussigné,  en  vertu  de  Tautorisation  dont  il 
est  muni,  déclare  que  le  l\oy  de  la  Cocluncliine  prendra  à  s;i 
charge,  soit  par  fourniture  en  nature,  soit  en  argent,  d'après  les 
évaluations  qui  en  seront  faites,  les  premiers  frais  de  rétablisse- 
ment à  former  pour  la  sûreté  et  la  protection,  tels  que  fortifica- 
tions, casernes,  hôpitaux,  magasins,  bAtiments  militaires  et 
logement  de  Commandant. 

En  foi  de  quoi  j'ai  signé  la  présente;  déclaration  et  y  ai  ap|X>sé 
le  cachet  de  mes  armes,  avec  promesse  d'en  procurer  la  ratifica- 
tion de  la  part  du  Roy  de  la  Cochinchine. 

A  Versailles,  le  28  novembre  1787. 

(L.  S.)  •]-  P.  J.  G.,  cvèque  d'Adran. 

L'cvéquc  d'Adran  repassa  à  Pondichéry,  dont  le  gouver- 
neur, rirlandais  comte  de  Conway,  devait  connmandcr  l'cxpc- 
dition  projetée.  L'Anglais  John  Barrow  raconte  qu'à  l'arrivée 
du  prélat  dans  la  colonie,  Conway  avait  pour  maîtresse  M°*  de 
Vienne,  la  femme  d'un  de  ses  aides  de  camp.  L'cvèque  d'Adran 
fit  des  visites  aux  femmes  des  différents  fonctionnaires  de  Pon- 
dichéry à  Tcxceplion  de  M'"°  de  Vienne  qui,  fort  irrilcc  d'être 
traitée  de  la  sorte,  fit  retarder  l'envoi  des  troupes  en  Cochin- 
chine. D'autre  part,  ce  qui  est  plus  vraisemblable,  le  gouverneur 
était  peu  favorable  à  l'expédition  parce  qu'il  ne  la  considérait 
pas  comme  avantageuse  à  la  France  et  que  les  instructions 
qu'il  avait  reçues  directement  de  France  le  laissaient  juge  de 
la  situation.  Quoi  qu'il  en  soit,  le  traité  de  Versailles  ne  reçut 
pas  son  exécution  ;  les  projets  de  l'évêcpie  avortèrent  et,  au 
lieu  d'un  secours  important  qu'on  lui  avait  promis,  le  prélat 
n'obtint  que  l'escorte  de  la  frégate  la  Méduse,  pour  deux 
navires  de  commerce  armés  et  équipés  à  ses  frais.  Néanmoins, 


LA     HKSTALRATIO.N     KT    Cil  VH.N  KAl  T,li 


rovèquc  d'Adran  ôtail  accompagné  d'un  certain  ncmibrc  d'of 
ficiers  français,  dont  le  concours  no  contribua  pas  peu  à 
permettre  à  Nguyen-Anh  de  remonter  sur  le  trùne  de  ses 
pères.  Parmi  ces  officiers  se  trouvaient  quel(|ues  ingcnieius 
distingués  qui  construisirent  les  citadelles  de  Saigon  et  do 
Hanoï  et  fortifièrent  la  rivière  de  Hu^.  En  1801,  Ngu>en-Anli 
fil  la  conquête  du  Tong  King,  en  27  jours,  et  ayant  ainsi 
réuni  sous  son  sceptre  tonte  la  partie  orientale  de  TTndo 
Chine,  il  prit  le  nom  de  Gia-Long,  sous  lequel  il  est  plus 
connu  dans  l'histoire.  Ce  prince  témoigna  ti)ujours  la  plus 
grande  bienveillance  aux  Français,  mais  il  exprima  à  diffé 
rentes  reprises  la  satisfaction  que  Ini  causait  la  non-exécution 
du  traité  de  Versailles.  Il  redoutait  fort  les  Anglais,  et  il 
craignait  que,  s'il  eiH  accordé  à  la  France  les  possessions 
jadis  promises,  il  n'attirât  sur  lui  la  colère  de  la  nation 
puissante,  maîtresse  des  Indes,  qui  méditait  déjà  la  conquête 
de  la  Birmanie. 

La  chute  de  la  royauté,  les  événements  de  la  Révolution,  les 
guerres  de  l'empire  ne  permirent  pas  à  la  France  de  s'oc- 
cuper de  l'Annam.  Ce  n'est  pas  que,  parmi  les  innombrables 
projets  que  forma  Napoléon  il  ne  s'en  trouve  peut-être  pas 
un  relatif  à  ce  royaume,  car  un  mémoire  ayant  été  écrit  le 
2  frimaire  an  X  par  le  citoyen  Cossigny,  pour  faire  ressortir 
l'importance  du  choix  d'un  évêque  en  remplacement  de 
Pigneau  de  Behaine,  mort  le  9  octobre  1799,  Bonaparte, 
alors  premier  consul,  écrivit  en  marge  de  ce  document,  con- 
servé aux  archives  des  colonies  :  «  Renvové  au  ministre  de 
la  marine  pour  me  faire  connaître  son  opinion  sur  ce  mé- 
moire. Paris,  le  29  frimaire  an  X.  » 

LA    RESTAURATIO-N    ET    CHAIC.NEAÎI 

Le  gouvernement  de  la  Restauration  reprit  la  tradition 
de  Louis  XVI  et  chercha  à  renouveler  avec   les  pays   de 


303  L  AKFAIUE    DU    TONG-KING 

r Extrême-Orient  les  relations  brisées  brusquement  à  la  fin 
du  siècle  dernier. 

De  la  brillante  pléiade  d'officiers  français  qui,  appelés  par 
révoque  d'Adran,  avaient  aidé  Gia-long  k  remonter  sur  le 
trône  de  ses  pères,  deux  seulement,  au  commencement  de 
la  Restauration,  avaient, survécu  et  étaient  restés  à  la  cour  du 
souverain  qui  leur  devait  son  trône:  Philippe  Vanieret  Jean- 
Baptiste  Chaigneau. 

Chaigneau  «  appartenait,  dit  son  fils*,  à  une  honorable 
famille  de  la  Bretagne.  Son  père,  chevalier  de  Saint-Louis, 
avait  été  capitaine  de  brûlot  et  commandant  de  vaisseau  de 
la  Compagnie  des  Indes.  Un  de  ses  frères,  Etienne,  officier 
de  marine,  embarqué  sur  la  corvette  française  la  Bacchante, 
fut  tué,  le  6  messidor  an  II,  dans  un  combat  contre  la  fré- 
gate anglaise  VEndyrnion.  Il  avait  encore  en  France  deux 
frères,  qui  ont  occupé,  sous  le  premier  Empire,  des  grades 
élevés  dans  l'armée  de  terre;  un  beau-frère,  M.  de  Rosières, 
ancien  commissaire  général  ordonnateur  de  la  marine  sous 
l'empereur  Napoléon  I*"^  ;  tous  trois  étaient  décorés  de  la  croix 
de  la  Légion  d'honneur.  M.  Chaigneau  avait,  de  plus,  deux 
sœurs,  dont  l'une  était  veuve,  avec  une  fille.  Parmi  ses 
alliés,  il  avait  encore  le  vicomte  de  Chateaubriand,  l'une  des 
illustrations  du  siècle.  » 

Chaigneau  «  s'embarqua^,  à  l'âge  de  douze  ans,  comme 
volontaire,  dans  la  marine  royale,  sur  la  flûte  le  Necker,  qui 
fut  prise  par  le  vaisseau  anglais  le  Petit- Annibal.  Conduit  à 
Sainte-Hélène  comme  prisonnier  de  guerre,  M.  Chaigneau  y 
resta  quelques  mois,  et  fut  ramené  en  France  par  le  parle- 
mentaire le  Petit-Sévère  y  de  Nantes.  Il  s'embarqua  de  nouveau 
sur  la  frégate  YArielle,  puis  sur  la  frégate  la  Subtile,   avec 


I.  Souvenirs  de  Hué,  par  Michel  Dû'c  Chaigneau.  Paris,  1867,  in-8, 
p.  aa8. 

a.  L.  c,  p.  16. 


*'"«a  ^■'■ 


LA    UESTALRATION     ET    CIIAIGNEAL  253 

laquelle  il  fit  dans  Tlnde  une  station  de  plus  de  quarante-trois 

mois »   Au  retour  de  celte   station,  Chaigneau    «  élait 

parti  de  France,  en  1791,  sur  le  vaisseau  la  Flavie,  com- 
mandé par  M.  Magon  de  la  Villaumont,  qui  devait  faire  un 
voyage  autour  du  monde,  ayant  pour  but  principal  la  re- 
cherche de  La  Pérouse;  mais  par  suite  des  événements  poli 
tiques,  la  Flavie  n'ayant  pu  poursuivre  son  voyage,  fut 
désarmée  à  Macao.  » 

C'est  de  Macao  que  Chaigneau  se  rendit  en  Cochinchine 
et  offrit  ses  services  à  Gia-long  qui  les  accepta.  Lorsque 
ce  prince  eut  réuni  sous  un  môme  sceptre  la  Cochinchine  et 
le  Tong-king,  Chaigneau  acheta  à  un  kilomètre  de  Hué  une 
habitation:  il  s'était  marié,  avait  été  élevé  à  la  dignité  de 
grand  mandarin  et  il  paraissait  devoir  terminer  ses  jours 
dans  ce  pays  d'Annam  oii  s'était  passée  la  plus  grande  partie 
de  sa  vie.  quand  le  Duc  de  Richelieu,  ministre  des  Affaires 
étrangères,  lui  adressa  la  lettre  suivante  : 

Paris,  ce  17  septembre  1817. 

Monsieur,  M.  de  La  Bissachèrc  *  m*a  instruit  des  événcmenls 
qui  vous  ont  conduit  dans  les  Étals  de  TEmpercur  de  Cochin- 
chine ainsi  que  de  la  considération  que  vous  avez  obtenue  de  ce 
Prince  par  le  mérite  de  vos  qualités  personnelles:  je  sais  en  ou- 
Ire  que,  demeuré  conslaminenl  dévoué  à  votre  souverain  et  atta- 
ché à  votre  patrie,  vous  ne  désirez  rien  la  ni  que  l'occasion  de 
faire  preuve  de  ces  sentiments  honorables.  CVsl  dans  cette  per- 
suasion que  je  n'hésite  point  à  réclamer  le  concours  de  votre  zèle 
dans  une  conjoncture  où  il  peut  être  utile  à  la  France.  Quelques- 
uns  de  nos  armateurs  ont  fait  ou  se  proposent  de  faire  des  expé- 
ditions, pour  le  Tonquin  et  la  Cochinchine.  Le  gouvernement  a 
encouragé  ces  essais,  surtout  dans  respérance  qu'ils  pourraient 
nous  conduire  à  fonder  dans  ces  pays  un  connnerce  permanent. 

Vous  pouvez.  M.,  vous  associer  à  ces  vues  bienfaisantes  du  gou- 

I .  Pierre  Jacques  Lemonnicr  do  la  Bissachèrc,  missionnaire  au  Tong- 
K.ing,  des  missions  étrangères  de  Paris;  député  au  séminaire  de  Paris  par 
la  mission  de  Cochinchine  en  1807:  -|-  à  Paris,  le  i^r  mars  i83o. 


254  l'affaire  du  tong-king 

Ycrncmcnl,  d'al)ord  en  favorisanl  de  tous  les  moyens  que  vous 
donne  votre  position  actuelle  les  premières  entreprises  de  nos 
armateurs,  et  ensuite  en  m*adre,ssant  les  informations  propres 
à  m 'éclairer  sur  ce  qu'il  y  a  do  mieux  à  faire  pour  parvenir  au  Lut 
qu'il  voudrait  atteindre,  c'esi-à-dirc  l'établissement  d'un  com- 
merce régulier  et  permanent  avec  le  pays  où  vous  résidez. 

Ces  informations.  M.,  dcvroient  présenter  un  exposé  de  la 
situation  du  pays  considérée  spécialement  sous  les  trois  points  de 
vue  suivants  : 

1°  Quels  seroienl  les  moyens  de  protection  et  de  sûreté  pour 
notre  commerce  dans  ce  pays,  tels  que  son  gouvernement,  sa 
|)olice,  les  mœurs  des  habitants,  leurs  usages  en  fait  de  com- 
merce ? 

2"  Seroit-il  nécessaire  de  lui  donner  une  organisation  particu- 
lière, vu  les  circonstances  propres  au  pays  et  quelle  devroit  être 
cette  organisation  ? 

3°  Quels  sont  les  échanges  qui  peuvent  constituer  un  com- 
merce permanent  soit  en  le  supposant  direct,  soit  en  le  combinant 
avec  le  commerce  de  l'Inde  et  de  la  Chine? 

Les  notions  que  nous  avons  sur  ces  pays  sont  trop  incertaines 
pour  que  j'ajoute  aucun  développement  aux  deux  dernières 
questions.  Quant  à  la  première,  vous  n'ignorez  pas.  M.,  qu'il  a 
existé  entre  la  France  et  le  gouvernement  de  Cochinchine  des 
rapports  assez  intimes  dont  M.  l'évoque  d'Adran  a  été  l'inter- 
médiaire et  qui  dévoient  nous  procurer  les  moyens  de  faire  le 
commerce  de  cette  contrée  avec  avantage  et  sûreté.  Les  événe- 
ments survenus  depuis,  tant  en  Europe  qu'en  Asie,  ont  changé 
totalement  l'état  des  choses,  et  il  n'y  a  plus  à  penser  aux  arran- 
gements projetés  à  cette  époque,  mais  on  peut  supposer  que 
l'esprit  de  bienveillance  qui  avôit  rapproché  les  deux  gouver- 
nements, a  continué  de  subsister,  et  que  celui  de  Cochinchine 
nous  a  conservé  des  dispositions  favorables.  Il  y  auroit.  M.,  à 
pressentir  ces  dispositions  et  à  reconnoltre  jusqu'où  elles  pour- 
roient  s'étendre.  Rien  n'empêchera  que  vous  n'entriez  en  expli- 
cation à  ce  sujet  si  votre  position  vous  met  à  même  de  le  faire, 
mais  alors  il  faudrait  considérer  quelles  espèces  de  concessions 
sont  réellement  nécessaires  pour  l'établissement  de  notre  com- 
merce et  borner  les  explications  à  ces  points  en  écartant  toute  vue 
qui  aboutiroit  à  des  intentions  politiques,  attendu  que  le  gou- 
vernement de  S.  M.  ne  se  propose  rien  autre  chose  que  de  faci- 
liter au  commerce  la  nouvelle  voie  qu'il  paroit  vouloir  s'ouvrir. 


1  ■    «         ! 


LA     RESTAVRATION    ET    CIIAir.NKVl  'îGf) 

Cviic  dopoclio  VOUS  sera  iTiiiis(\  M.,  par  M.  Mcnlollo  (jui  di- 
rige une  expédition  Faite  par  la  maison  Uppcnnan  Mandrol.  Je 
le  recommande  Iv  votre  intérî^l  particulier. 

M.  Meniolle  est  neveu  de  M.  Tévôque  d*Adran  ;  les  souvenii-s 
honorables  que  son  oncle  a  laissés  en  Cocliincliine  doivent  lui 
procurer  dans  ce  pays  un  accueil  plus  favorable  qu'à  toute  autre  ; 
peut-être  cette  circonstance,  bien  ménagée,  esl-elle  propre  à 
assurer  le  succès  de  son  entreprise  et  par  suite  des  vues  du  gou- 
vernement. Vous  en  jugerez,  M.,  et  je  vous  invite  à  lui  donner 
dans  cette  intention  tous  les  avis  que  vous  croirez  convenables 
cl  qu'il  est  d'ailleurs  très  disposé  à  suivre. 

Recevez,  M.,  etc. 

C'était  le  début  de  nouvelles  relations  avec  TAnnam. 

En  1817,  deux  expéditions  faites  par  des  maisons  de  com- 
merce françaises  ne  furent  pas  très  heureuses,  mais  une  troi- 
sième, composée  des  deux  trois-mâls  le  Larose  et  le  Henri, 
réussit  complètement.  La  vue  de  ces  bâtiments  inspira  ou 
raviva  dans  Tàme  de  Chaigncau  le  désir  de  revoir  son  pays 
natal;  d'ailleurs  le  gouvernement  français  réclamait  son  con- 
cours; il  pensa  que  l'occasion  était  favorable  ix)ur  donner  à 
la  France  les  renseignements  qu'elle  demandait,  et  pour  re- 
voir sa  famille.  11  obtint,  non  sans  regret,  du  vieux  Gia-long 
un  congé  et  il  s'embarqua  au  mois  do  novembre  181 9.  Les 
documents  que  j'ai  pubhés  '  disent  quel  fut  le  résultat  de  ce 
voyage.  En  1820,  Chaigneau  était  nommé  consul. 

«  Louis,  par  la  grûce  de  Dieu,  roi  de  France  et  de  Navarre, 
à  tous  ceux  qui  ces  pn'»sentes  lettres  verront,  salut. 

«  Ayant  jugé  convenable  d'établir  un  consul  dans  les  États  de 
la  Cochinchine,  pour  veiller  à  la  sûreté  des  personnes  et  des  pro- 
priétés de  ceux  de  nos  sujets  qui  y  feront  le  commerce;  et  étant 
informé  de  l'intelligence,  probité,  zèle  et  fidélité  à  notre  service 
du  sieur  J.-B,  Chaigncau,  oflicier  de  la  marine  et  mandarin  co- 
chinchinois,  qui,  en  outre,  a  une  connaissance  exacte  des  nurui-s 


1.  Le    Consulat  de   France  à   Hué  sous  la  liesiauraiion...   par 
Henri  Gordier.  Paris.  i884>  in -8. 


256  l'affaire  du  tong-king 

et  usages  de  ces  pays,  par  la  longue  résidence  qu'il  y  a  faite, 
nous  avons  fait  choix  de  sa  personne,  et  nous  Tavons  nommé  et 
constitué,  et,  par  ces  présentes,  signées  de  notre  main,  nous  le 
nommons  et  constituons  notre  consul  dans  tous  les  États  de  la 
Gochinchine,  pour,  en  cette  qualité,  exercer  avec  l'autorité  né- 
cessaire les  fonctions  attachées  à  cet  olTice,  conformément  aux 
lois,  édits  et  ordonnances  du  royaume. 

«  Ordonnons  à  tous  navigateurs,  commerçants  et  autres,  nos 
sujets,  de  le  reconnaître  et  de  lui  ol)éir  en  tout  ce  qu'il  leur 
conmiandera  à  raison  de  ladite  charge  de  consul  dont  il  nous  a 
plu  de  le  revêtir. 

«  En  foi  de  quoi  nous  avons  fait  mettre  notre  sceau  à  ces  pré- 
sentes. 

«  Donné  à  Paris,  le  douzième  jour  du  mois  d'octobre  de  l'an 
de  grâce  mil  huit  cent  vingt,  et  de  notre  règne  le  vingt-sixième. 

«  Louis.  » 

Chaigneau,  à  son  retour  à  Hué,  trouva  Gia-long  mort  de- 
puis quelque  temps  (26  janvier  1820).  Son  fils,  Minh-mang, 
n'avait  pas  les  mêmes  idées.  Ghaigneau  ne  put  obtenir  de 
lui  aucun  avantage  pour  la  France  et  il  quitta  Hué  le  i5  no- 
vembre 1824  pour  Saigon  011  il  tomba  gravement  malade; 
il  partit  de  cette  ville  le  21  mars  1826  pour  aller  s'embar- 
quer à  Singapore  sur  le  brick  le  Courrier  de  la  Paix  qui  le 
ramena  en  France.  Le  vice-consulat  de  Eugène-Louis  Ghai- 
gneau, neveu  de  Ghaigneau,  fut  également  éphémère. 

La  révolution  de  Juillet  changea  d'ailleurs  le  cours  de 
notre  politique  coloniale,  et  le  gouvernement  de  Louis- 
Philippe  n'intervint  en  Gochinchine  qu'accidentellement. 
Les  massacres  de  missionnaires  ordonnés  par  Minh-Mang 
(mort  le  21  janvier  18^1),  remplacé  par  son  fils  Thiêu-Tri, 
forcèrent  le  commandant  Fa  vin-Lé  vêque,  de  VHéroïne  (26 
février  i843),  le  contre-amiral Gécille(i 844)  et  le  comman- 
dant Lapierre(i5  avril  18^7)  à  agir  vigoureusement  à  dif- 
férentes reprises;  mais  il  fallait  une  occasion  et  un  prétexte 
pour  nous  faire  prendre  pied  définitivement  dans  un  pays  où 
nos  efforts  presque  séculaires  étaient  restés  sans  succès. 


•  i  ^ 


TRMTK    DK    SAÏC.ON.     T)    JUIN     iSOî  'i.^y 

CONQlî^.TE    DE    LA    nASSE-COCIIÎNCIIINE 

Thieû-Tri,  furieux  do  la  dcslniction  de  sa  flotte  par  le 
commandant  Lapierre,  était  mort  de  Ip  fièvre  le  f\  novembre 
i8/i7  et  son  fils  Iloang  Nliàm  (Tu-Duc)  lui  succéda. 

Ce  fut  à  Napoléon  III  qu'incomba  la  mission  de  continuer 
l'œuvre  de  Louis  XVI.  Le  i6  septembre  1856,  le  comman- 
dant Lelieur  de  Ville-sur- Arec,  sur  le  Câlinât,  puis  notre 
consul  h  Chan^'-IIaï,  M.  de  Monti^ny,  envoyé  extraordinaire 
le  23  janvier  1857,  ne  purent  obtenir  d'être  reçus  h  Hué. 
Un  édit  fiât  rendu  le  21  mars  i8r>i,  pour  mettre  à  mort  les 
prêtres  européens  et  indigènes;  Augustin  Schœlïïcr,  le  i*"^  mai 
i85i;  Jean-Louis  Bonnard,  le  i^*"  mai  1862,  des  Missions 
étrangères  fiirent  martyrisés.  Le  20  juillet  1807,  Tévéque 
Jose-Maria  Diaz  étiiit  exécuté  ;  les  persécutions  redoublaient; 
le  prétexte  était  bon.  D'autre  part,  les  armements  pour  l'ex- 
pédition de  Chine  nous  fournissaient  Tocc^sion  et  nous  faci- 
litaient une  action  prompte  en  Cochinchine.  Les  victoires 
des  amiraux  Rigault  de  Cenouilly  (Tourane,  i*""  septembre 
i858;  Saigon,  18  février  1859),  Charner  (Ki-Hoa,  25  fé 
vrier  1861),  Page  (My-Tbo),  i3  avril  1861),  Bonard  (Bien 
Hoa,  9  décembre  186 1),  amenaient  la  conclusion  d'un  traité 
signé  à  Saigon  le  5  juin  1862  par  les  représentants  de  TAn 
nam,  de  la  I^Vance  et  de  FKspagne  notre  alliée,  traité  qui 
nous  assurait  la  [X)ssession  des  trois  provinces  méridionales 
de  Gia-Dinh  (Saigon),  Dinli  Tuong  (My-Tlio),  Bien-lloaet 
de  l'île  de  Poulo-Condor. 

TRAITÉ    DE    SAÏGON,    5    JlIN     18G2 

Traita  de  paix  et  d amitié  conclu  à  Saïtjon,  le  5  juin  ISO'2, 
entre  la  France  et  rEspatjne,  if  une  part,  et  le  royaume 
(VAnnam,  d'autre  part. 

Lourds  Majestés   Nai»olkon    III,   Eniporour   d(s    français.  Isv- 
CoRDiiiR.  11.  —  17 


358  L*AFFAIRK    DU    TONC-klNG 

nELLE  H,  Reine  d'Espagne,  el  Tu-Duc,  Roi  d'Annani.  désirant 
vivement  que  Taccord  le  plus  ])aiTait  règne  désormais  entre  les 
trois  nations  de  France,  d'Espagne  el  d'Annam  ;  voulant  aussi 
que  jamais  l'amitié  ni  la  paix  ne  soient  rompues  entre  elles;  h 
CCS  causes  : 

Nous,  Louis-Adolplie  BoNARD,  Contre-Amiral,  Commandant  en 
Chef  le  corps  expéditionnaire  Franco-Espagnol  en  Cochincliine, 
Ministre  Plénipotentiaire  de  S.  M.  l'Empereur  des  Français, 
commandeur  des  ordres  inqjériaux  de  la  Légion  d'honneur  et  de 
Saint-Stanislas  de  Russie,  commandeur  de  Saint-Grégoire-le- 
(irand,  de  Rome,  et  chevalier  de  l'ordre  royal  de  Charles  111 
d'Espagne; 

Don-Carlos  P\lanca-Gutieures,  Colonel  commandant  général 
du  corps  expéditionnaire  Espagnol  en  Cochinchinc,  commandeur 
de  l'ordre  royal  américain  d'ïsahelle  la  Catholique,  et  de  l'ordre 
impérial  de  la  I-iégion  d'honneur,  chevalier  des  ordres  royaux  et 
militaires  de  Saint-Ferdinand  et  Saint-Herménégilde,  Ministre 
Plénipotentiaire  de  S.  M.  C.  Dona-lsahelle  II,  Reine  des  Es- 
pagnes, 

Et  nous.  PiiANE  Tanh-Cian,  Vicc-Grand-Censcur  du  Royaume 
d'Annam,  Ministre  Président  du  Trihunal  des  Rites,  Envoyé 
Plénipotentiaire  de  S.  M.  Tu-Duc,  assisté  de  Lam  Gien-Tièp, 
Ministre  Président  du  trihunal  de  la  guerre.  Envoyé  Plénipo- 
ti'ntiaire  de  S.  M.  Tu-Duc; 

Tous  munis  de  pleins  et  entiers  pouvoirs  pour  traiter  de  la 
paix  et  agir  selon  notre  conscience»  et  volonté,  nous  sommes  réu- 
nis, et  après  avoir  échangé  nos  lettres  de  créance,  que  nous 
avons  trouvées  en  honnc  et  duc  forme,  nous  sonnnes  convenus, 
d'un  conmiun  accord,  de  chacun  des  articles  qui  suivent  et  qui 
comj)osent  le  présent  Traité  de  paix  et  d'amitié  : 

Article  premier.  —  Il  y  aura  dorénavant  paix  jMîrj>étuelle  en- 
tre l'Empereur  des  Français  et  la  Reine  d'Espagno,  d'une  part, 
et  le  Roi  d*Annam,  de  l'autre.  L'amitié  sera  complète  et  égale- 
ment perpétuelle  entre  les  sujet.s  des  trois  nations,  en  quelque 
lieu  qu'ils  se  trouvent. 

Art.  a.  —  Les  sujets  des  deux  nations  de  France  et  d'Espagne 
pourront  exercer  le  culte  chrétien  dans  le  Royaume  d'Annam, 
et  les  sujets  de  ce  Royaume,  sans  distinction,  qui  désireront 
emhrasser  la  religion  chrétienne,  le  pourront  lihrement  et  sans 
contrainte,  mais  on  ne  forcera  pas  à  se  faire  chrétiens  ceux  qui 
n'en  auront  pas  le  désir. 


,  /  .■ 


Tn\iTK    i)K   s\ï(;()N,    r>  JiiN    iHC)?.  'j'yç) 

Art.  3.  —  Les  trois  |)ro>iiicos  coniplèlcs  do  Bien-Iloa,  de 
Gin-Dlnh  el  de  Dinli-Tuong  (M\tlio),  ainsi  (|iie  Tile  de  Poulo- 
Condor,  sont  cédées  enlièremciit  par  ce  traité  en  loule  souverai- 
neté h  S.  M.  rEinpereur  des  Krançais.  En  outre,  les  commer- 
çants Français  pourront  librement  commercer  el  circuler  sur  des 
Mtimcnls  quels  qu'ils  soient,  dans  le  grand  fleu>e  du  Cambodge 
el  dans  tous  les  bras  de  ce  fleuve  ;  il  en  sera  de  même  pour  les 
bâtiments  de  guerre  français  envoyés  en  surveillance  dans  ce 
même  fleuve  ou  dans  ses  affluents. 

;\rt.  /|.  —  La  paix  étant  laite,  si  une  nation  étrangère  vou- 
lait, soil  en  usant  de  provocation,  soit  par  un  Traité,  se  faire 
céder  une  partie  du  territoire  annamite,  le  Uoi  d'Annam  pré- 
viendra par  un  Envoyé  l'Empereur  des  Franç^iis,  alîn  de  lui 
soumettre  le  cas  qui  se  pressente,  en  laissant  à  l'Empereur  j)leine 
liberté  de  venir  en  aide  ou  non  au  Rovaume  d'Annam  :  mais  si, 
dans  ledit  Traité  avec  la  nation  étrangère,  il  est  (piestion  de 
cession  de  territoire,  cette  cession  ne  pourra  être  sanctionnée 
qu'avec  le  consentement  de  l'Empereur  des  Français. 

Art.  5.  —  Les  sujets  de  l'Empire  de  France  et  du  Royîinme 
d'Espagne  pourront  librement  commercer  dans  les  trois  j)orts  de 
Tourane,  de  Balat  et  de  Quang-An.  Les  sujets  annamites  |)our- 
ronl  également  librement  commercer  dans  les  ports  de  France 
et  d'Espagne,  en  se  conformant  toutefois  à  la  règle  des  droits 
établis. 

Si  un  pays  étranger  fait  du  commerce  avec  le  Royaume  d'An- 
nam, les  sujets  de  ce  pays  étranger  ne  pourront  pas  jouir  d'une 
protection  plus  grande  que  ceux  de  France  ou  d'Espagne,  et  si 
cedit  pays  étranger  obtient  un  avantage  dans  le  Royaume  d'An- 
nam, ce  ne  pourra  jamais  être  un  avantage  plus  considérable 
que  ceux  accordés  à  la  France  ou  à  l'Espagne. 

Art.  g.  —  La  paix  étant  faite,  s'il  y  a  à  traiter  quelque  alTaire 
importante,  les  trois  Souverains  pourront  envoyer  des  représen- 
tants pour  traiter  ces  affaires  dans  une  des  trois  capital<»s.  Si, 
sans  affaire  im|)ortant<»,  l'un  des  trois  Souverains  désirait  en\oyer 
des  félicitations  aux  autres,  il  pourra  également  envoyer  un 
représentant.  Le  bâtiment  de  l'envoyé  français  ou  espagnol 
mouillera  dans  le  port  de  Tourane,  et  l'envové  ira  de  là  à  Hué, 
par  terre  où  il  sera  reçu  par  le  Roi  d'Annam. 

Art.  7.  —  La  |>aix  étant  faite,  l'inimitié  disparaît  entièrement  : 
c'est  j>ourquoi  l'Empereur  des  Français  accorde  ime  anmistie 
générale  aux  sujets,  soil  militaires,  soit  civils,  du  Royaume  d'An- 


•> 


>.C)0  L*AFFAIUK     I>L     TONC-KING 


iiaiii,  conjproinis  diuis  la  f^uorre,  cl  loiirs  proprirlrs  socjncstnVs 
leur  seront  rendues.  Le  Hoi  d'Annani  accorde  également  une 
anniistie  générale  à  ceux  de  ses  sujets  (|ui  se  sont  soumis  à  l'au- 
torité Française,  et  son  amnistie  s'étend  sur  eux  et  sur  leurs 
familles. 

Aux.  8.  —  Le  Roi  d'Annani  devra  payer  à  titre  d'indenuiité, 
dans  un  laps  de  dix  ans.  la  sonmie  de  quatre  millions  de  dollars. 
(^)uatre  cent  mille  dollars  seront,  en  conséquence,  remis  chaque 
année  au  représentant  de  l'Empereur  des  Français,  à  Saigon. 
Cette  sonuue  est  di»stinée  h  indemniser  la  France  et  l'Espagne 
de  leurs  dépenses  de  guerre.  Les  cent  mille  ligatures  déj«^  payées 
seront  déduites  de  cette  somme.  Le  Royaume  d'Aimam  n'ayant 
pas  de  dollars,  le  dollar  sera  représenté  par  une  valeur  de 
soixante  et  douze  centièmes  de  taél. 

AiiT.  9.  —  Si  quelque  brigand,  pirate  ou  fauteur  de  troubles, 
amiamite,  commet  quelque  brigandage  ou  désordre  sur  le  terri- 
toire franç^iis,  ou  si  quelque  sujet  européen,  coupable  de  quelque 
délit,  s'enfuit  sur  le  territoire  annamite,  aussitôt  que  l'autorité 
française  aura  donné  connaissance  du  fait  h  l'autorité  annamite, 
celle-ci  devra  faire  ses  edorts  pour  s'emparer  du  coupable,  afin 
de  le  li\rer  à  l'autorité  française.  Il  en  .sera  de  même  en  ce  qui 
concerne  les  brigands,  pirates  ou  fauteui's  de  troubles  annamites 
qui,  après  s'être  rendus  coupables  de  délit.s,  s'enfuiraient  sur  le 
territoire  français. 

AuT.  10.  —  Les  habitants  des  trois  provinces  de  Vinh-Long, 
dWn'Gian  et  de  Ha-Tien  [MDurront  librement  connnercer  dans  les 
trois  pro>iiices  françaises,  en  se  soumettant  aux  droits  en  vigueur; 
mais  les  convois  de  troupes,  d'armes,  de  munitions  ou  de  vivres 
entre  l(»s  trois  susdites  provinces  devront  se  faire  exclusivement 
par  mer.  («ependant  l'Empertnir  des  Français  permet  à  ces 
convois  d'entrer  dans  le  (Limb<Klge  par  la  passe  de  Mytho  dite 
(iua-Tieù,  à  la  condition  toutefois  (pie  les  autorités  annamites  eu 
préviendront  h  ravancc  le  représentai nt  d(î  rEm|KTeur,  qui  leur 
(era  délivrer  un  laisser-passer.  Si  ccîlte  formalité  était  négligée, 
et  qu'un  envoi  pareil  entrât  sans  un  ])ermis,  ledit  convoi  et  ce 
qui  le  compose  sera  de  bonne  prise,  et  les  objets  saisis  seront 
détruits. 

AiiT.  II.  —  La  citadelle  de  Vinh-Long  sera  gardée  juscju'à 
nouvel  ordre  par  les  trou])es  françaises,  sans  empêcher  pourtant 
en  aucune  façon  l'action  des  mandarins  annamites.  Cette  cita- 
delle sera  rendue  au  I\oi  d'Annani  aussitôt  (pi'il  aura  mis  iin  à 


i:\i»L<»u\TU>\   1)1    Mr>Ko>r.  'iC)i 

la  rébellion  qui  oxislc  aiijoiird'liui  par  ses  ordres  dans  les  pro- 
vinces de  Gia-l)inh  et  de  Dinli-Tnong,  et  lorsque  les  chefs  de  ces 
rébellions  seront  partis  et  le  pays  tranquille  et  soumis  comme  il 
convient  h  un  pays  en  paix. 

Art.  13.  —  Ce  Traité  étant  conclu  entre  les  trois  nations,  et 
les  ministres  plénipotentiaires  desdites  trois  nations  Tayant  sif^né 
et  revêtu  de  leurs  sceaux,  ils  en  rendront  compte,  chacun  à  son 
Souverain  ;  et,  h  partir  d'aujourd'hui,  jour  de  la  signature,  dans 
l'intervalle  d'un  an,  les  trois  Souverains  ayant  examiné  et  ratifié 
ledit  Traité,  l'échange  des  ratifications  aura  lieu  dans  la  capiUde 
du  l\oyaume  d'Annam. 

En  foi  de  quoi,  les  Plénipotentiaires  res|)ectifs  susnommés  ont 
signé  le  présent  Traité  et  y  ont  apposé  leurs  cachets. 

.\  Saigon,  l'an  i86q,  le  5  juin. 

Tu-Duc,  lo*"  année,  5''  mois,  f)'  jour. 
BoNARO.  Carlos  Pai.anca-Gutieures. 

(Cachet  et  signatures  des  plénipotentiaires  annamites.)' 

En  même  temps,  un  traité  signé  avec  le  Cambodge  (ratifié 
en  i864)  substituait  notre  protectorat  sur  ce  pays  à  Tin- 
(luence  qu'exerçaient  l'Annam  et  Siam.  Les  intrigues  et  la 
mauvaise  foi  de  Tu  Duc  obligèrent,  en  juin  1867,  l'amiral 
de  la  Grandière  à  annexer  à  nos  possessions  les  trois  provinces 
occidentales  de  la  Basse-Cochinchine  :  Vinli-Long  ('jo  juin), 
Chaudoc  (22  juin)  et  Ila-Tien  (2^  jnin).  Notre  colonie  de 
la  Basse  Cochinchine  était  définitivement  fondée. 


EXPLORATION    DU    ME-KONG 

La  possession  de  Saïgon  devait  fatalement  nous  conduire 
à  explorer  le  grand  lleuve  qui  arrose  la  péninsule  indo- 
chinoise sous  le  nom  de  Me-Kong  et  le  Sud  de  la  Chine  sous 
le  nom  de  Lan-tsan-kiang.  Francis  Garnier^,  sous  le  pseu- 

I.  Les  ratifications  ont  été  échangées  ti  Hué,  le  i '1  avril  i863. 
a.  Cîarnier,  Marie-Joseph- Francoiti,  dit  Fnincisy  né  à  Sainl-Kticnne, 
lo  a5  juillet  1839. 


aOn  l'affaire  du  tong-king 

donymc  de  G.  Francis,  avait  lanœ  une  brochure  faisant 
ressortir  l'importance  de  cette  grande  voie  déjà  explorée  par 
notre  compatriote  Henri  Mouhot*.  Dès  i865,  le  marquis  de 
Chasseloup-Laubat,  ministre  de  la  marine,  et  président  de 
la  Société  de  Géographie,  annonçait  son  intention  d'orga- 
niser une  mission  scientifique  en  Indo-Chine;  au  mois  de 
décembre  de  la  même  année,  Tamiral  de  la  Grandière  en 
offrait  le  commandement  au  capitaine  de  frégate  Doudart 
de  Lagrée^  La  commission  d'exploration  fut  définitivement 
constituéc'le  i'*"  juin  1866.  Le  lieutenant  de  vaisseau  Francis 
Garnier,  inspecteur  des  affaires  indigènes,  en  faisait  partie. 
L'expédition  quitta  Saigon  le  5  juin  1866;  elle  visita  les 
ruines  d'Angkor,  qu'elle  laissait  le  5  juillet  pour  se  rendre  h 
Siem-reap;  le  16  septembre,  elle  était  à  Bassac,  se  rendait 
dans  l'ancienne  capitale  Vieng-chan,  puis  à  Luang  Prabang; 
elle  répara  le  tombeau  de  Mouhot  et  pénétra  dans  le  Yun-Nan 
après  avoir  constaté  la  non-navigabilité  du  Me-Kong.  On 
sait  que  de  nouveaux  voyages  ont  fait  prévaloir  d'autres 
idées.  Garnier  à  deux  reprises  se  sépara  de  l'expédition 
principale,  descendit  le  Ho-ti  Kiang,  a  partir  de  Yucn- 
Kiang  en  novembre  1867,  jusqu'à  ce  qu'il  fut  arrête  par  les 
rapides;  il  devinait  la  future  route  du  Tong-King.  A  gauche, 
il  se  rendait  à  Ta-li,  capitale  du  sultan  musulman  Tou- 
Wen-sieou^,  où  Sladen*  l'avait  précédé,  mais  il  fut  obligé 
de  revenir  en  arrière.  La  mission  arrivait  le  16  janvier  1868 
à  Tong-tchouen  ;   c'est  là  que  Lagrée,   épuisé  par   son  long 

I.  Mouhot,  Alexandre-Henri,  ne  à  Montbéliard,  le  i5  mai  1826; 
mort  à  Luang  Prabang,  octobre  1861.  Quand  Doudart  de  Lagrcc  passa 
dans  celte  ville,  il  fît  élever  un  monument  à  notre  compatriote.  —  Tra- 
vels  in  the  Central  Paris  of  /ndo-China.,.  London,  Murray,  i864, 
2  vol.  in-8. 

a.  Doudart  de  Lagrée,  Ernest- Marc- Louis-de-Gonzague,  né  le  3i 
mars  i8a3,  à  Saint- Vincent-dc-Morcuze,  canton  de  Touvet  (Isère). 

3.  1,  p.  553. 

4.  I,  p.  55o-i. 


>4' 


■  *  "■•  r-""  ~  • 


JKAN     DM'IIS  aC)3 

séjour  au  Cauibodgc  et  on  Cochinchinc,  non  moins  que  par 
le  dur  voyage  qu'il  venait  d'accomplir,  mourut  le  12  mars. 
Oarnier  ramena  Texpédition  au  Kiang,  où  il  s'embarqua  ;  il 
arriva  à  Chang-Haï  le  12  juin  1868,  et  à  Saigon  le  29  du 
même  mois.  Ainsi  se  termina  ce  voyage  mémorable',  si  con 
sidérable  au  point  de  vue  géographique,  et  qui  devait  avoir 
une  importance  énorme  au  point  de  vue  politique  "*. 

JEAN    DUPUIS 

Si  la  voie  du  Me-Kong  ét«ût  momentanément  écartée,  h 
la  suite  de  Texploralion  de  Doudart  de  Lagrée,  le  projet 
d'établir  une  route  du  Yun-Nan  à  la  mer  n'était  pas  aban- 
donné, et  l'idée  de  Francis  Garnier  de  la  chercher  par  le 
fleuve  qu'il  avait  rencontré  à  Yuen-Kiang  était  venue  égale- 
ment à  un  autre  Français  qui  devait  le  premier  la  mettre  à 
exécution  :  Jean  Du  puis*. 

Dupuis,  en  186 1,  remonta  le  Yang-tseu  avec  l'expédition 
anglaise  chargée  d'ouvrir  au  commerce  étranger  les  trois 
ports  du  fleuve  désignés  par  les  traités  et  il  arriva  à  Han- 
Kcou  le  II  mars  1861,  où  il  s'établit.  Sur  un  rapport  de  Li 
llan-tchang,  il  fut  autorisé  à  établir  dans  cette  ville  un  déj>ot 
d'armes  sous  la  sauvegarde  du  vice-roi  des  deux  Hou;  il 
allait  partir  pour  le  Yun-Nan,  lorsque  la  mission  de  Lagrée, 
décapitée  de  son  chef,  passa  à  Ilan-Kéou.  Dupuis  partit  de 
ce  jK)rt  le  18  septembre  1868,  se  rendit  h  Si-ngan  et  à  llan- 
tchong,  dansleChen-Si,  àTchoung-King  dans  le  Se-tch'ouen, 
cl  enfin  à  Yun-Nan  fou,   alors  assiégé  par  les  rebelles  mu- 

I.  Voyage  d'exploration  en  Indo-Chine...  publié...  sous  la  direc- 
tion de,..  Francis  Garnior.  Paris,  Hachette,  1878,  a  vol.  iii-.'|. 

—  Explorations  et  missions  de  Doudart  de  /.agrée...  mis  en 
ordre  par  M.  A.-B.  de  Villcmercuil.  Paris,  i883,  iii-'i. 

a.  Henri  Cordior,  Histoire  générale  do  La  visse  et  Rambaud,  XI,  p. 
754-755. 

3.  Né  à  Saint- Just-la-Pcnduo  (Loire),  8  décembre  1839. 


u64  l'affaire  m    tong-king 

siilmans.  Dupiiis  obtint  des  liants  fonctionnaires  de  la  pro- 
vince des  conimandes  importantes  d'armes  el  rentra  à  Ilan- 
Kéou  le  21  mai  18G9. 

Le  10  octobre  1870,  Dnpuis  quittait  de  nouveau  son  port 
d'attacbe  et  arrivait  à  Yun-Nan-fou  le  3 1  janvier  1 87 1  avec 
l'intention  d'explorer  le  Tong-King.  11  se  rendit  5  Mong-tseu 
avec  une  escorte  fournie  par  le  marécbal  Ma,  continua  jusqu'à 
Man-hao,  s'y  embarqua  sur  le  Fleuve  Rouge,  passa  a  Lao- 
Kay,  où  il  vit  le  chef  des  Pavillons-Noirs,  Lieou  Yen-fou,  et 
descendit  jusqu'à  l'endroit  où  est  établi  aujourd'hui  le  pi»sle 
de  Yen-baï,  où  il  s'assura  que  la  navigation  n'offrait  plus  de 
difficultés  jusqu'à  la  mer.  11  retourna  ensuite  au  Yun-Nan, 
où  il  obtint  des  autorités  les  pouvoirs  pour  transporter  des 
armes  à  travers  le  Tong-King  jusqu'à  la  Chine,  pour  écraser 
l'insurrection  musulmane,  et  pour  ouvrir  la  nouvelle  voie 
commerciale,  en  la  protégeant  contre  les  bandits  et  les  pirates 
par  des  postes  établis  selon  la  nécessité  des  lieux,  moyennant  : 
1°  une  certaine  somme  d'argent;  2**  l'argent  étant  rare  dans 
la  province  épuisée  par  la  guerre,  10  000  piculs  d'étain  soit 
600000  kilogrammes*,  calculés  à  forfait,  sur  le  pied  de 
100  francs  lepicul.  Kn  outre,  il  avait  commission  de  vendre 
pour  le  compte  des  mandarins,  à  valoir  sur  les  frais  de  l'ex- 
pédition, 12000  piculs  de  cuivre.  Dupuis  quitta  Yun-Nan 
fou  le  9  octobre  1871,  et  rentra  à  Ilan-Kéou  le  i5  dé- 
cembre. 

En  réalité,  ni  Dupuis  ni  Garnicr  n'avaient  découvert  la 
route  du  Fleuve  Rouge,  car  elle  était  fort  bien  connue  des  Chi- 
nois et  des  missionnaires  d-aulrefois;  Si  l'on  jette  les  yeux 
sur  une  ancienne  carie  du  Tong-King,  on  remarquera  un  grand 
fleuve,  nommé  Fou-liang  Kiangquise  jette  dans  la  mer  par  des 
bouches  nombreuses  ;  en  remontant  vers  la  Chine,  le  cours 


I.  h's  oi'igines   d(*  la  question  du    Tong-Kin,   par  Jean  Dupuis. 
Paris,  Challamcl,  1896,  a  vol.  in-ia. 


(1*0011  prend  les  noms  (le  Li-liona  Kianj^,  Li  liona  l'an  et  Ilo  li- 
Kiang.  Le  Fou-liang  Kianj^  reçoit  plusieurs  alïlucnls  dont 
Tun  de  droite,  le  Li  sien  Kiang,  qui  prend  le  nom  de  He  ho, 
ou  Ilac-ho,  rivière  noire,  Tautre  de  gauche,  le  Tsin  ho,  ri- 
vière claire.  Le  fleuve  du  Tong-King  est  désigné  aujourd'hui 
sous  le  nom  chinois  de  lloung-Kiang,  rivière  rouge,  et 
annamite  de  S'ong-Koy.  Du  \un-Nan,  il  y  a  deux  roules 
j)Our  se  rendre  au  Tong-King,  Tune  par  la  rive  gauche,  Tautre 
par  la  rive  droite  du  fleuve,  celle  ci  grande  et  plate,  tandis 
que  la  première  est  diflicilc  à  cause  des  sentiers  étroits  de  la 
montagne.  Los  deux  routes  se  rejoignent  à  Hach-hac-huyon, 
entre  Houng  hoa  et  Ha-noï. 

FRANCIS    GARNIEU 

Au  commencement  de  187*2,  le  contre-amiral  Dupré,  nUns 
gouverneur  de  la  Basse  Cochinchine,  demanda  aux  autorités 
annamites  d'envoyer  des  ambassadeurs  h  Saigon,  pour 
donner  des  explications  au  sujet  dos  mauvais  traitements 
infligés  aux  chrétiens  et  il  les  menaça,  en  cas  de  refus,  do 
faire  lui-même  par  la  force,  exécuter  le  traité.  11  fut  avorli 
que  deux  ambassadeurs  seraient  bientôt  nommés,  mais  trois 
mois  après,  les  ministres  de  Tu- Duc  annoncèrent  à  l'amiral 
que  le  Surintendant  du  Conmiercc,  Tun  dos  envoyés  choisis, 
était  très  malade  et  que  l'ambassade  serait  reculée  à  caus(»  do 
ce  fait.  Pressé  de  nouveau  par  l'amiral  Dupré,  le  (iouvcrno- 
ment  annamite  répliqua  enfin  qu'il  avait  choisi  comme  re- 
présentant à  Saïgon  un  homme  qui  ne  pourrait  manquer  d'otro 
agréable  au  gouverneur,  car  il  n'était  autre  que  le  haut  com 
missaire  royal  Li,  de  Quang  Yen,  qui  avait  eu  déjà  des  rela- 
tions avec  les  autorités  françaises.  Naturellement,  le  dépari 
de  Li  fut  aussi  remis. 

D'iiutropart,  en  février  1873,  Dupuisel  son  associé,  Krnost 
Millot,  obtinrent  du  ministre  de  la  marine,  que  Taxiso  a  va- 


366 


L  AFFAIUE    DU    TO.NG-RING 


peur  Bouraync,  commandant  Sencz,  les  protégerait  pour  se 
rendre  au  Tong-King,  d'où  ils  devaient  passer  au  Yun-Nan, 
[)our  aller  exécuter  le  marché  qui  leur  avait  été  confié  par  les 
autorités  chinoises.  Dupuis  arriva  à  Yun-Nan  fou  le  16  mars 
1873,  deux  mois  après  que  Ta-li  s'était  rendu  aux  autorités 
impériales;  il  redescendit  à  Hanoï ^,  où  pendant  son  absence. 
Millot  avait  eu  des  difficultés  avec  les  Annamites.  Au  mois 
d'août  1873,  Tu-Duc  envoya  deux  agents  à  l'amiral  Dupré 
pour  lui  dire  que  Dupuis  refusait  de  quitter  le  Tong-King  ; 
il  priait  le  Gouverneur  de  la  Cochinchine  d'envoyer  un  na- 
\ire  de  guerre  pour  aider  les  Annamites  à  expulser  de  leur 
territoire  cet  audacieux  Français. 

11  est  évident  qu'alors  la  première  idée  de  l'expédition 
dirigée  ensuite  au  Ïong-King  avait  été  suggérée  à  l'amiral 
Dupré  et  qu'il  envoya  chercher  Garnier. 

Quel  qu'ait  été  alors  le  but  réel  du  Gouverneur  de  la 
Cochinchine,  le  résultat  semble  en  avoir  été  que,  par  le^ 
Annamites,  l'expédition  préparée  par  l'amiral  pouvait  être 
considérée  comme  étant  envoyée  à  leur  requête  pour  expulser 
Dupuis;  par  Dupuis,  elle  pouvait  être  regardée  comme  une 
aide  tardive  ])our  lui-mcme. 

L'amiral  Dupré  rappela  de  Chang-Haï,  où  il  revenait  d'une 
exploration  du  haut  Yang  tseu,  Francis  Garnier,  qui  quitta 
(lélinitivement  la  Chine  le  i5  septembre  1873.  L'expédition 
devait  rétablir  iordrc  au  Tong-King,  mais  de  quelle  manière, 
personne  ne  le  savait.  Dupuis  devait-il  être  expulsé  comme 
un  malfaiteur?  devait-on  soutenir  les  Annamites?  devait-on 
au  contraire  s'emparer  d'une  partie  de  leurs  possessions  ? 
chacun  l'ignorait.  L'ordre  devait  être  rétabli.  La  vérité  est 
que  l'amiral  Dupré,  sous  des  apparences  extrêmement  éner- 
giques, était  un  homme  d'un  caractère  irrésolu  et  il  ne  savait 
pas  exactement  ce  qu'il  voulait. 

I.  Il  arriva  le  3o  avril  1873. 


•--  ïj'-'; 


\ 


FRANCIS    (JAUMKU  :i(>7 

Nous  ne  raconterons  pas  encore  une  fois  Tépopée  de  celle 
poignée  d'hommes  qui  fil,  en  un  mois,  la  conquête  du  Délia 
du  Tong-King.  Carnier  arriva  a  Hanoï  le  5  novembre  1870, 
s'emparait  de  la  citadelle  le  20;  Hai-du'o'ng,  Ninh  biuli, 
Nam-dinh,  tombaient  entre  nos  mains  le  /|,  le  5,  le  10  dé- 
cembre. Mais  Torage  s'amoncelait  derrière  nos  braves  com- 
|ialriotcs  ;  les  Pavillons-Noirs,  appelés  par  les  Annamites, 
descendaient  le  Fleuve  Rouge,  et  Garnier  périssait  dans  une 
embuscade,  le  dimanche  21  décembre  1873.  Le  commandant 
Esme/,  qui  remplaçait  Garnier  dans  le  commandement, 
signait  avec  deux  envoyés  de  Tu  Duc,  Tran-dinh-tuc,  et 
Nguyén-trong-hiep,  une  convention  qui  sauvegardait  notre 
situation  et  stipulait  que  les  garnisons  françaises  seraient 
maintenues  dans  les  citadelles  jusqu'à  la  ratification  d'un 
traité  définitif.  Malheureusement,  un  commissaire,  M.  Phi 
lastre,  était  envoyé  au  Tong-King  ;  le  6  février  187/1,  il 
signait  une  nouvelle  convention,  qui  ordonnait  Tévacuation 
du  Fleuve  Rouge  :  le  drapeau  français,  arraché  et  mis  en 
pièces  à  Hanoï  rendu  aux  Annamites,  Dupuis  expulsé,  le 
seul  souvenir  laissé  des  efforts  de  Garnier  et  de  Dupuis  était 
des  villages  incendiés,  des  chrétiens  matyrisés  et  quarante 
hommes,  à  peine  en  sécuritt»,  tenant  garnison  à  Ilaï-phong, 
avec  M.  Rheinart*,  successeur  de  M.  Philastre*. 


I.  Rheinart,  Pierre- Paul ^  capitaine  d'iiifaiileric  de  marine,  inspecleur 
des  aflaires  indigènes,  no  le  i**''  novembre  i84o. 

a.  A  Narrative  of  the  Ilecent  Events  in  Tong-King,  by  Henri  Cor- 
dier...  Shanghaï,  1875.  gr.  in-8. 

—  Pétition  adressée  à  MM.  les  Députés.  Mémoire  et  Documents 
à  l'appui  de  la  pétition  présentée  à  l'Assemblée  nationale,  l^ar 
M.  J.  Dupuis.  Paris,  juin  1876,  br.  in-4. 

—  Histoire  de  l'Intervention  française  au  Tong-King  de  1872  à 
1874.  Par  F.  Romanet  du  Caillaud.  Paris,  Challanicl,  1880,  iii-8. 

—  Les  Français  au  Tonkin^  1787-1888,  par  llippol^lo  (îauticr. 
Paris,   1884 «  in-ia. 

—  Henri  Cordicr,  Bibliotheca  SinicOy  col.  157-161,  i^qi-i^qS. 


Le  ij  mars    i^'jfi,    rainiral  Kranlz  signait  à   Saigon  un 
Irai  le  dont  voici  le  texte  : 


TRAITÉ    DE    SAIGON,     l5    MARS     187/1 

Traite  de  paix  et  d  alliance  conclu  à  Saigon,  le  i5  mars  187 4? 
entre  la  France  et  le  lioyaume  d'Annani\ 

S.  Vj\i\  le  Président  de  la  République  Franyaisc  et  S.  M.  le 
Uoi  de  l'AiMiaui,  voulant  unir  leurs  deux  pays  par  les  liens  d'une 
amitié  durable,  ont  résolu  de  conclure  un  traité  de  paix  et  d'al- 
liance reniplaçiint  celui  du  5  juin  186a,  et  ils  ont  en  consé- 
(pience  nommé  leurs  plénipotentiaires  à  cet  effet,  savoir  : 

S.  Exe.  le  Président  de  la  République  Française;  le  Contre- 
Amiral  DupKK,  gouverneur  et  commandant  en  clief  de  la  Basse- 
("ochincliine,  Grand-OIFicier  de  l'ordre  national  de  la  Légion 
d'Honneur,  officier  de  l'Instruction  Publique,  etc.,  etc.; 

Et  S.  M.  le  Roi  de  l'Aimam  :  Le  Tuan,  Ministre  de  la  Justice, 
premier  Ambassadeur,  et  Nguyen  Van-Tuong,  premier  conseiller 
du  Ministre  des  Rites,  deuxième  Ambassadeur,  qui.  après  com- 
munication de  leurs  pouvoirs  respectifs,  trouvés  en  bonne  et  due 
l'orme,  sont  con\enus  des  articles  suivants  : 

VuTicLK  PHEMiER.  —  Il  y  aura  paix,  amitié  et  alliance  perpé- 
tuelles entre  la  France  et  le  royaume  d'Annam. 

Aht.  a.  —  S.  Exe.  le  Président  de  la  République  Franç«iise. 
recoimaissant  la  souveraineté  du  Roi  de  l'Annam  et  son  entière 
indépendance  \is-à-visde  toute  puissance  étrangère,  quelle  qu'elle 
soil,  lui  promet  aide  et  assistance  et  s'engage  à  lui  donner,  sur 
s«i  demande,  et  gratuitement,  rapj)ui  nécessaire  |)Our  maintenir 
dans  ses  États  l'ordre  et  la  tranquillité,  [)Our  le  défendre  contre 
toute  attaque,  et  pour  détruire  la  piraterie  qui  désole  une  partie 
des  côtes  du  royaume. 

Art.  3.  —  En  reconnaissance  de  cette  protection.  Sa  Majesté 
le  Roi  de  PAnnam  s'engage  à  conformer  sa  politique  extérieure 
à  celle  de  la  France  et  à  ne  rien  cbanger  h.  ses  relations  diplo- 
matiques actuelles. 

Cet  engagement  politique  ne  s'étend  pas  aux  traités  de  conn- 

I.  Les  ratifications  ont  clé  échangées  à  Hue-Saigon,   le  a6  août  1875. 


TUAITK     I)K     SAÏr.ON.      I  ,")     M  A  US     187^1  '^()() 

mrrco.  Mais,  dans  aucun  ras.  Sa  Majcsio  lo  Uoi  de  rViniani  no 
|M)urra  Faire  avec  une  nation,  (|iiell(»  (jn'elle  soif,  de  Irailé  d<' 
connnerce  en  désaccord  avec  celui  conclu  eidre  la  France  ef  le 
Rovaumo  d*Annam,  cl  sans  en  avoir  préalablement  înCoriné  le 
Gouvernenicnt  Français. 

AiiT.  4.  —  S.  Exe.  le  Président  de  la  République  Française 
s*engaf(e  h  faire  h  Sa  Majesté  le  Hoi  dWnnam  don  gratuit  : 

1°  De  cinq  bâtiments  à  vapeur  d'une  force  réunie  de  cin(| 
renU  chevaux,  en  parfait  état,  ainsi  que  leurs  chaudières  et  ma- 
chines, armés  et  é(piij)és,  conformément  aux  |)ri>scriptions  du 
rèfçlcment  d'armement; 

2°  De  cent  canons  de  sept  h  seize  centimètres  de  dianuire  ap- 
provisionnés à  deux  cents  coups  par  pièce; 

3"  De  mille  fusils  h  tabatière  et  de  cinq  cent  mille  carloii- 
clies; 

Ces  bâtiments  et  armes  seront  rendus  en  Cochinchine  et  livrés 
dans  le  délai  maximum  d'un  an  à  partir  de  la  date  de  l'échange 
des  ratifica lions. 

S.  Exe.  le  Président  de  la  Hé|)ublique  Française  promet  en 
outre  de  mettre  à  la  disposition  du  Uoi  des  instructeurs  militai- 
re et  marins  en  nombre  sulïisant  pour  reconstituer  son  armée  et 
sa  flotte;  3°  des  iufjjénieurs  et  chefs  d'ateliers  capables  de  dirig;er 
les  travaux  qu'il  plaira  à  Sa  Majesté  de  faire  entreprendre  ;  des 
hommes  ex[K»rls  en  matière  de  finances  ])our  organisiT  le  .service 
dos  îm[M)ls  et  des  douanes  dans  le  royaume  ;  des  profess(Mirs  |your 
fonder  un  collège  a  liiy».  11  promet  en  outre  de  fournir  au  Hoi 
les  bâtiments  de  guerre,  les  armes  et  les  munitions  ([ue  Sa  Ma- 
jesté jugera  nécessaires  à  son  ser>ice. 

La  réinunération  équil(^le  des  services  ainsi  rendus  sera  fixée 
d'un. commun  accord  entre  les  Hautes  Parties  (Contractantes. 

Aht.  5.  —  S.  M.  le  Hoi  de  l'Annam  recoimaît  la  |)leine  et 
entière  sou>eraineté  de  la  France  sur  tout  le  territoire  actuelle- 
ment occu|x^  par  elle  et  com|)ris  entre  les  frontières  sui\anles  : 

A  Test,  la  mer  de  Chine  et  le  Royaume  d'Annam  (|)ro>ince 
de  Hiiih-Tliûan)  ; 

A  l'ouest,  le  golfe  de  Si  a  m  ; 

Au  sud,  la  mer  de  Chine  ; 

Au  nord,  le  Royaume  du  Cand)odge  et  le  Royamne  d'Annam 
(province  de  Rinh-Thùan). 

I*es  onze  tombetiux  de  la  famille  Pham  situés  siu-  le  territoire 
des  villages  de  Tannien   Dong  et  de  Tanquan-Dong  (pro\ince 


p,-0  L  AFFAIRE    DU    TONG-KING 

(le  Saigon)  el  les  trois  lombes  de  la  iaiiiiih'  Hô,  situées  sur  les 
territoires  des  Nilla^ijes  de  Linli-Cliun  Ta>  et  de  Tan  Ma>  (pro- 
vince de  Bien-lioa)  ne  pourront  être  ouverts,  creus<»s,  violés  ni 
détruits. 

Il  sera  assigné  un  lot  de  terrain  de  cent  niaos  d'étendue  aux 
tombes  de  la  famille  Pbam  et  un  lot  d'égale  étendue  h  celloa  de 
la  famille  Ho.  Les  revenus  de  ces  terres  seront  consacrés  à  l'en- 
tretien des  toml)es  et  t^  la  subsistance  des  familles  chargées  de 
leur  conservation.  Les  terres  seront  exemptes  d'impôts  et  les 
boinmes  de  ces  familles  seront  également  exempts  des  iui|)ôls 
jK'rsonnels,  du  service  militaire  et  des  corvées. 

A  HT.  G.  —  Il  est  fait  remise  au  Uoi  par  la  France  de  tout  ce 
(pii  lui  reste  dû  de  l'ancienne  indemnité  de  guerre. 

Aht.  7.  —  S.  M.  s'engage  formellement  à  rembourser,  par 
l'entremise  du  (Jouvernement  Français  le  restant  de  l'indemnité 
due  à  l'Espagne  s'élevant  à  un  million  de  dollars  (à  0.72  de  taël 
l(»  dollar),  et  à  affecter  à  ce  remboursement  la  moitié  du  revenu 
n(»t  i\c^  douanes  des  ports  ouverts  au  commerce  Européen  el 
Américain,  (piel  (pi'en  soit  d'ailleurs  le  produit.  Le  montant  en 
sera  v(»i*sé  chaque  année  au  Trésor  public  de  Saigon,  chargé  d'eu 
faire  la  remise  au  (rouvernement  espagnol,  d'en  tirer  reçu  et  de 
transmettre  ce  reçu  au  Gouvernement  Annamite. 

Aht.  8.  —  S.  Exe.  le  Président  de  la  République  Française 
et  S.  M.  le  Roi  accordent  une  amnistie  générale,  pleine  et  entière, 
a\ec  levée  de  tous  séquestres  mis  sur  les  biens,  à  ceux  de  leurs 
sujets  r(»sj)cctifs  (pii,  juscpi'à  la  conclusion  du  traité  et  au])ara- 
Aant,  se  sont  compromis  pour  le  service  de  l'autre  Partie  Con- 
tractante. 

AuT.  9.  —  S.  M.  le  Roi  de  TAnnam,  reconnaissant  que  ^a 
religion  catholique  enseigne  aux  hommes  à  faire  le  bien,  révo- 
(pie  et  annule  toutes  les  prohibitions  portét^s  contre  cette  reli- 
gion et  accorde  à  tous  ses  sujets  la  |X*rmission  de  l'embrasser  et 
de  la  pratiquer  librement. 

En  conséquence,  les  chrétiens  du  Royaume  d'Annam  pourront 
se  réunir  dans  les  églises  en  nombre  illimité  pour  les  exercices 
de  leur  culte.  Ils  ne  seront  plus  obligés,  sous  aucun  prétexte,  h 
des  actes  contraires  à  leur  religion,  ni  soumis  à  des  recensements 
particuliers.  Ils  seront  admis  à  tous  les  concours  et  aux  emplois 
publics  sans  être  tenus  |X)ur  cela  à  aucun  acte  prohibé  [)ar  la 
religion . 

S.  M.  s'engage  à  faire  détruire  les  registres  de  dénombrement 


TIUITK     l)i:    SAUÎON,      iT)    M  MIS     I«S-'|  ^71 

dos  rlin'Iions  fails  <lo|)iiis  ((ninzo  ans  of  à  los  Irnilor,  (|iianl  an\ 
rorriist'inonls  ol  iinpôls,  cxacloinoiil  coiimio  Ions  sos  aniros  snjcis. 
Elle  sVn«(af^e  on  ontro  à  rononvolor  la  dolonso,  si  siii^oin^Mif  por- 
tée |>ar  elle,  (reniplovor  dans  le  lan<j[ago  ou  dans  los  ocrifs  dos 
termes  injurieux  pour  la  religion  of  à  faire  corri^'or  los  arlirlos 
du  Thap  Dieu  dans  lesquels  de  seudilablos  termes  sont  emplo>és. 

IjOs  évt^ques  et  missionnaires  pourront  librement  entrer  dans 
le  royaume  et  circider  dans  leurs  diocèses  avec  un  passeport  du 
gouverneur  de  la  Coeliinchine  visé  par  le  Minisire  des  Rites  ou 
par  le  fçou\erneur  de  la  province,  ils  pourront  prêcher  en  tous 
lieux  la  doctrine  catholique.  Ils  ne  seront  soumis  à  aucune  sin- 
veillance  particulière  et  l(»s  villages  ne  s<»ront  plus  tenus  de  di»- 
clarer  aux  mandarins  ni  leur  arrivée,  ni  leur  présence,  ni  leur 
dé|>art. 

Les  prêtres  annamites  exerceront  librement,  connue  les  mis- 
sionnaires, leur  ministère.  Si  leur  conduilc  est  reprohonsiblo,  ol 
sî,  aux  termes  de  la  loi,  la  faute  par  eux  commise  est  passible  do 
la  [)eine  du  bâton  ou  du  rotin»  cette  jMîine  sera  conmuiéo  en  une 
punition  équivalente. 

Les  évêcpies,  les  missiomiaîres  et  les  préIres  annamites  auront 
le  droit  d'acheler  et  de  louer  des  terres  et  dos  maisons,  de  bAlir 
des  églises,  hôpitaux,  écoles,  orphelinats  et  tous  auti*es  édifices 
destinés  au  service  de  leur  culte. 

Les  biens  enlevés  aux  chrétiens  pour  fait  de  religion,  qui  se 
trouvent  encore  sous  séquestre,  leur  seront  restitués. 

Toutes  les  dispositions  précédentes  .sans  exception  s*appliquont 
aux  missionnaires  espagnols  aussi  bien  qu'aux  français. 

Un  édit  royal,  publié  aussitôt  apr('»s  l'échange  des  ratifications, 
proclamera  dans  toutes  les  communes  la  liberté  accordée  pin* 
S.  M.  aux  chrétiens  de  sou  royaume. 

Art.  îo.  —  Le  gouvernement  annamite  aura  la  faculté  d'ou- 
vrir à  Saigon  un  collège  placé  sous  la  surveillance  du  directeur 
de  rintérieur  et  dans  lequel  rien  de  contraire  a  la  morale  et  à 
l'exercice  de  Tautorité  française  ne  jx)urra  être  enseigné.  Le  culte 
V  sera  entièrement  libre. 

En  cas  de  contravention,  le  professeur  qui  aura  enfreint  ces 
prescriptions  sera  renvoyé  dans  son  pays,  et  mémo,  si  la  gravité 
du  cas  l'exige,  le  collège  pourra  être  fermé. 

Art.  1 1.  —  Le  Gouvernement  Annamite  s'engage  h  ou>rir  nu 
commerce  les  ports  de  Thin-Naï  dans  la  province  dv  Binh-Dinh, 
de  Ninh-ila!.  dans  la  province  de  llaï-l)u'6ng,  la  ville  de  Hanoï 


rî-ySi  1.  AFFAIHE    DU    TONG-KINfi 

vl  le  ])assaf;o  par  le  ileiive  du  Miï-llà.  depuis  la  mer  jusqu'au 
Yun-Nau. 

Une  convention  additionnelle  au  traité,  ayant  même  force  que 
lui,  fixera  les  conditions  auxquelles  ce  connnerce  |)ourra  être  exercé. 

Le  port  de  Niidi-llaï,  celui  de  Hanoï  et  le  transit  par  le  fleuve 
seront  ouverts  aussiUH  après  l'échange  des  ratiiications  et  même 
plus  toi  si  faire  se  peut;  celui  de  Ïliin-Naï  un  an  après. 

D'autres  portas  ou  rivières  pourront  être  idlérieurement  ou- 
\erts  au  commerce,  si  le  nombre  et  l'importance  des  relations 
établies  montrent  l'utilité  de  celte  mesure. 

VuT.  13.  —  Les  sujets  Français  ou  Aimamiles  de  la  France  et 
les  Ktranf^ers  en  général  pourront,  en  respectant  les  lois  du  pavs, 
s'établir,  posséder,  et  se  li\rer  librement  à  tout(^  opérations 
commerciales  et  induslri(»lles  dans  les  villes  ci-dessus  désignées. 
Le  Gouvernemenl  de  S.  M.  mettra  à  leur  disposition  les  terrains 
nécessaires  à  leur  établissement. 

Ils  |>ourronl  de  même  naviguer  et  commercer  entre  la  mer  et 
la  province  du  Yun-Nan  et  par  la  voie  du  Nhi-llà,  moyennant 
l'acquiltemenl  des  droits  fixés,  et  à  la  condition  de  s'interdire 
toul  trafic  sur  les  rives  du  fleuve  entre  la  mer  et  Hanoï  et  eiitiv 
llîuioï  et  la  frontière  de  Chine. 

Ils  jx)urront  librement  choisir  et  engager  à  leur  service  des  coin- 
j>radors,  interprètes,  écrivains,  ouvriers,  bateliers  et  domestiquivs. 

AuT.  i3.  La  France  nommera  dans  chacun  des  ports  ou- 

verts au  commerce  un  Consul  ou  \gent  assisté  d'une  force  sulTi- 
sante  dont  le  chilTre  ne  devra  [kis  dépasser  le  nombre  de  cent 
hommes,  jH)ur  assurer  sa  sécurité  et  faire  respecter  son  autorité, 
jMMir  faire  la  police  des  étrangers  juscju'i\  ce  que  toute  crainte  à 
ce  sujet  soit  dissipée  par  l'établissement  des  bons  rapj>orts  (jue  ne 
p<Mil  maïupier  de  faire  naître  la  lo>ale  exécution  du  traité. 

\rt.  i4-  —  !-•<•»  sujets  du  Hoi  pourront,  de  leur  côté,  libnv 
ment  voyager,  résider,  posséder  et  commercer  en  France  et  dans 
les  colonies  françaises  en  se  conformant  aux  lois,  l'our  as.surer 
leur  protection,  S.  M.  aura  la  faculté  de  faire  résider  des  agents 
dans  les  ports  ou  villes  dont  elle  fera  choix. 

Art.  î5.  —  Lorsc[ue  des  sujets  Français,  Européens  ou  Co- 
chinchinoîs  ou  d'autres  étrangers  désireront  s'établir  dans  un 
d(\s  lieux  ci-dessus  spécifiés,  ils  devront  se  faire  inscrire  chez  le 
Hésident  français  qui  en  avisera  l'autorité  locale. 

Les  sujets  Annamites  voulant  s'ét<iblir  en  territoire  français 
seront  soumis  aux  mêmes  dis[)ositions. 


TRAiTi':   Di:  SAÏciON.    i5   MAiis    iH^J  2-3 

Los  Français  ou  Klran^M»rs  (jui  voiidroiil  >ovaj,'or  dans  l'iriU*- 
rirur  du  pays,  no  pourront  lo  fairo  que  s'ils  sont  munis  d'un 
passe-|X)rl  délivré  par  un  ap^ent  français  cl  avec  lo  conscnlenionl 
et  le  visa  des  autorités  annaniit^^s.  Tout  commerce  leur  sera  in- 
terdit sous  peine  de  confiscation  de  leurs  marchandises. 

Celle  faculté  de  voyager  pouvant  présenter  des  dangers  dans 
Tétai  actuel  du  pays,  les  Ktrangers  n'en  jouiront  qu'après  que 
le  Gouvernement  annamite,  d'accord  avec  le  représentant  de  la 
France  a  Hué,  jugera  le  pays  suilisamment  calmé. 

Si  des  voyageurs  français  doivent  parcourir  le  pays  en  qualité 
de  savants,  déclaration  en  sera  également  faite;  ils  jouiront  h  ce 
litre  de  la  protection  du  Gouvernement  qui  leur  délivrera  les 
passe-ports  nécessaires,  les  aidera  dans  Taccom plissement  de  leur 
mission  et  facilitera  leui*s  études. 

Art.  16.  —  Toutes  contestations  entre  Français  ou  entre 
Français  et  Etrangers  seront  jugées  par  lo  Résident  Français. 

Lorsque  des  sujets  Français  ou  Étrangers  auront  quelque  con- 
testation avec  des  Annamites  ou  quelque  plainte  ou  réclamation 
à  formuler,  ils  devronl  d'abord  exposer  l'airaire  au  llésident  qui 
s'efforcera  de  l'arranger  à  l'amiable. 

Si  Tarrangoment  est  impossible,  le  Résident  requerra  l'assis- 
tance d'un  juge  annamite  commissionné  à  cet  effet,  et  tous  doux, 
après  avoir  examiné  l'affaire  conjointement,  statueront  d'après 
les  règles  de  Téquité. 

Il  en  sera  de  même  en  cas  de  contestation  d'un  Aimamite  avec 
un  Français  ou  un  Étranger  :  le  premier  s'adressera  au  Magis- 
trat qui,  s'il  ne  peut  concilier  les  parties,  requerra  l'assistance 
du  Résident  Français  et  jugera  avec  lui. 

Mais  toutes  les  contestations  entre  Français  ou  enlre  Français 
et  Étrangers  .seront  jugétîs  par  le  Résident  Français  seul. 

Art,  17.  —  Les  crimes  et  délits  commis  par  des  Français  ou 
des  Étrangers  sur  le  territoire  de  l'Annam  seront  connus  et  jugés 
h  Saigon  par  les  tribunaux  compétents.  Sur  la  ré([uisition  du 
Résident  Français,  les  autorités  locales  feront  tous  leurs  efforts 
pour  arrêter  le  ou  les  coupables  et  les  lui  livrer. 

Si  uu  crime  ou  délit  est  commis  sur  le  territoire  Français 
par  un  sujet  de  Sa  Majesté,  le  Consul  ou  Agent  de  Sa  Majesté 
devra  être  ofTiciellcmenl  informé  des  |>oursuites  dirigées  contre 
l'accusé  et  mis  en  mesure  de  s'assurer  ([ue  toutes  les  formes  légabvs 
sont  bien  observées. 

Art.  18.  —  Si  quelque  malfaiteur  coupable  do  désordres  ou 

CORDIEK.  11    —    18 


Si'y/l  i/affaire  du  tong-kinc 

hrip^aiidap^os  sur  \o  territoire  Krançais  so  rrfuf^ic  sur  Ir  territoire 
Annamite,  l'aiitorilé  locale  s'elTorcera,  dès  qu'il  lui  en  aur.!  été 
donné  avis,  de  s'emparer  du  fugitif  et  de  le  rendre  aux  aulo- 
rit^^s  françaises. 

Il  en  sera  de  mt^me  si  des  voleurs,  pirates  ou  criminels  quel- 
conques sujets  du  lloi  se  réfugient  sur  le  territoire  Français  :  ils 
devront  être  poursuivis  aussitôt  qu'avis  en  sera  donné,  ol,  si  faire 
se  |)eut,  arrêtés  et  livres  aux  autorités  de  leur  Pays. 

Art.  19.  —  En  cas  de  décès  d'un  sujet  français  ou  étranger 
sur  le  territoire  annamite,  ou  d'un  sujet  annamite  sur  le  terri- 
toire franç^iis,  les  biens  du  décédé  seront  remis  a  ses  héritiers; 
en  leur  absence  ou  à  leur  défaut,  au  Résident  qui  sera  chargé  de 
les  faire  parvenir  aux  ayants-droit. 

Art.  30.  —  Pour  assurer  et  faciliter  l'exécution  des  clauses  cl 
sti])ulations  du  présent  traité,  un  an  après  sa  signature,  S.  Exe. 
le  Président  de  la  République  Française  nommera  un  Résident 
ayant  le  rang  de  Ministre  auprès  de  Sa  Majesté  le  Roi  de  l'An- 
nam.  Le  Résident  sera  chargé  de  maintenir  les  relations  ami- 
cales entre  les  Hautes  Parties  Contractantes  et  de  veiller  h  la 
consciencieuse  exécution  des  articles  du  traité. 

Le  rang  de  cet  Envoyé,  les  hoimeurs  et  prérogatives  auxquels 
il  a  droit  seront  ultérieurement  réglés  d'un  commun  accord  et 
sur  le  pied  d'une  parfaite  réciprocité  entre  les  Hautes  Parties 
Contractantes. 

S.  M.  le  Roi  de  l'Annam  aura  la  faculté  de  nommer  des  Ré^ 
sidents  h  Paris  et  à  Saigon. 

Les  dépenses  de  toute  espèce,  occasionnées  par  le  st'jour  de  ces 
Résidents  auprès  du  (ionvernemenl  allié,  seront  supportées  |>ar 
le  Gouvernement  de  chacun  d'eux. 

Art.  31.  —  Ce  traité  remplace  le  traité  de  1862  et  le  Gou- 
vernement Français  se  charge  d'obtenir  l'assentiment  du  Gou- 
vernement Espagnol.  Dans  le  cas  où  l'Espagne  n'accepterait  j>as 
ces  modifications  au  traité  de  i80^,  le  présent  traité  n'aurait 
d'elfet  qu'entre  la  France  et  l'Annam,  et  les  ancieni)es  stipula- 
tions concernant  l'Espagne  continueraient  à  être  exécutoires.  I^ 
France,  dans  ce  cas,  se  chargerait  du  remboursement  de  l'in- 
demnité espagnole  et  se  substituerait  à  l'Espagne,  comme  créan- 
cière de  l'Annam,  pour  être  remboursée  conformément  aux  dis- 
|)ositions  de  l'article  7  du  présent  traité. 

Art.  m.  —  Le  présent  traité  est  fait  h  perpétuité.  Il  sera 
ratifié  et  les  rat iiicat ions  en  seront  écliangé<»s  à  Hué  dans  le  délai 


TUAITK    DE    COMMERCE.    3l     AOl.  T     l8-/| 


'â~'J 


(1*1111  ail  (*l   moins,  si  fairo  sr   pnil.   11   s(Ma  public*  o(  mis  on  vi- 
f^iienr  aussitôt  que  cet  échan'ço  aura  on  lion. 

Eu  foi  de  quoi  les  Pléni|)olculiairos  rospocliCs  oui  sif^iic  lo  piv- 
seut  traité  et  y  ont  apposé  leurs  cachets. 

Fait  à  Saigon,  au  palais  du  Gouvernement  de  la  Cochincliine 
française,  en  quatre  expéditions,  le  Dimanche,  quinzième  jour 
du  mois  de  Mars  de  Tan  de  grûce  187/1,  correspondant  nu  ^iugl- 
scplièmc  jour  du  premier  mois  de  la  >ingt-septiènic  année  de 
Tu-Duc. 

C.  Am''  Dupré.Le  Tuan  et  Nguyen-van  TijVng. 

Le  traite  de  187/1  n'était  pas  un  point  de  départ;  il  n'était 
que  le  résultat  d'opinions  contradictoires;  il  ne  marquait  pas 
nettement  notre  suzeraineté;  il  nous  apportait  toutes  les  dif 
ficultés  d'un  protectorat  qui  n'était  pas  clairement  stipulé, 
sans  nous  en  donner  les  avantages;  nous  acceptions  les  res- 
ponsabilités, sans  obtenir  le  bénéfice  de  la  situation  acquise. 
Ce  traité  {X)rtait  en  lui  les  germes  de  toutes  nos  dillicultés 
futures  et  il  ne  fait  guère  honneur  h  la  clairvoyance  de  notre 
ministre  des  affaires  étrangères,  le  duc  de  lîroglie,  qui  sVst, 
dans  la  circonstance,  montré  aussi  pusillanime  que  le  marquis 
de  Mouslier  lors  du  traité  avec  le  Siam  en  1867. 

TRAITÉ    DE    COMMERCE,    3l     AOUT     187/1 

Comme  complément  «au  traité  du  i5  mars  1874,  un  traité 
de   commerce*  fut  conclu  à  Saigon   le  3i   août    187/1    par 
Tamiral  Kranlzet  Nguyen  van  TuVng  et  Nguyen  UmgDoan; 
il  comprend  29  articles  avec  les  clauses  additionnelles   sui 
vantes  : 

Afin  d*évilcr  les  dillicultés  dans  rinterprélalion  de  quel([ues 
passages  des  nouveaux  Iraités,  les  |)léni|)otenliair(?s  des  deux 
hautes  parties  contractantes  sont  convenus  d'ajouler  au  préseul 

I,  Voir  le  texte  dans  le  Recueil  de  M.  de  Clcrcq,  \l,  p.  327. 


a 7^  l'affaire  du  TONr.-KiNr. 

Irailé  un  arliclo  addilioiniol  (jni  sera  coiisidrré  roiniiio  on  faisant 
parlio  inlégranlo. 

Arlicle  additionnel.  —  11  esl  en  tondu  que  la  ville  inenio  de 
Hanoï  esl  ouverte  au  commerce  étranger  et  qu'il  ^  aura  dans 
cetle  ville  un  consul  avec  son  escorte,  une  douane,  et  <jue  les 
Européens  pourront  y  avoir  des  magasins  et  des  maisons  d'Iiabi- 
lalion  aussi  bien  qu'à  Ninli-Haï  et  a  Thi-Naï. 

Si  par  la  suite  on  reconnaissait  (jue  la  douane  de  Hanoï  est 
inutile  et  que  celle  de  Ninli-Haï  suflit,  la  douane  de  Hanoï  |X)ur- 
rait  être  supprimée,  mais  il  y  aurait  toujours  dans  cette  ville 
un  consul  et  son  escorte,  et  les  Européens  continueraient  à  > 
a>oir  des  magasins  et  des  maisons  d'habitation. 

Li*s  terrains  nécessaires  pour  bi\tir  les  habitations  des  consuls 
et  de  leurs  escortes  seront  cédés  gratuitement  au  (iou> ornement 
Français  par  le  gouvernement  annamite. 

L'étendue  de  ces  terrains  sera  dans  chacune  des  >illes  ou  j)orls 
ouverts,  de  5  maus,  mesure  Annamite  (environ  3  hectares  et 
demi).  Les  terrains  nécessaires  aux  Européens  pour  élever  leurs 
maisons  d'habitation  ou  leurs  magasins  s(TOiit  achetés  par  eux 
aux  propriétaires;  les  consuls  et  les  autorités  annamites  inter- 
>i(»ndront  dans  ces  achats,  de  façon  à  ce  que  tout  se  passe  avec 
é(|uité.  Les  magasins  et  les  habitations  des  conmierçants  seront 
aussi  rapprochés  que  j)ossible  de  la  demeure  des  consuls. 

A  Niidi-Haï,  le  consul  et  son  escorte  coiUinueront  à  occuper 
les  forts,  tant  que  cela  sera  jugé  nécessaire  |x>ur  assurer  la  police 
et  la  sécurité  du  commerce.  11  habitera  plus  tard  sur  le  terrain 
de  5  maus  qui  lui  aura  été  concédé. 

On  respectera  les  pagodes  et  les  sépultures,  et  les  Européens 
ne  pourront  acheter  h»s  terrains  sur  lesquels  il  existe  des  habita- 
tions, qu'avec  le  consentement  des  propriétaires  et  en  payant 
une  juste  indenuiité.  •  ^  * 

l-.es  commerçants  Européens  payeront  l'impôt  foncier  d'apriîs 
les  tarifs  en  usage  dans  la  localité  où  ils  habiteront,  mais  ils  ne 
payeront  aucun  autre  impôt. 

A  Saigon,  le  trente  et  un  août  mil  huit  cent  soixante-qua- 
torze. 

Signé  :  Kiiantz,  etc.,  etc. 

Convention  annexe  au  traité  de  commerce  du  3i  août  1874- 
Le  contre-amiral  krant/,  commandant  en  chef  la  division  na- 


TUVITK     I>r,    COMMK.KCi:,     3l      \Ol    1      l«S7'|  3 


/  •  '  /  y 


\alr  dos  iiiits  iIc  (lliinc  et  du  .I;ij)()ii,  i^oiixtMMUMir  |».'ir  intérim  ri 
coiniii«tn<lant  ou  clirf  en  CiOrliiiirliine.  coiiiiiuiiidciir  d(*  l'ordre 
national  do  la  Lrgion  d'iionncnr,  etc.,  muni  dos  pleins  pouNoirs 
de  S>ii  Kxcollonco  le  Président  de  la  Képublique  iVanvaise. 

El  le  haut  fonctionnaire  \«(uven  Van  Tu'o'n»;,  niinislre  de  la 
justice,  décoré  du  titre  <le  Ki  \i  Bu,  nnuii  des  pleins  |M)u>oirs 
de  Sa  Majesté  le  roi  <rAnnani,  sont  conveiuis  d*a|)|M)rler  au 
traité  de  commerce,  signé  le  3i  aoùl  187^,  les  modifications 
suivantes  : 

«  Est  et  demeure  supprimé  le  dernier  paragraphe  de  l'article  m 
du  susdit  traité  ainsi  con<;u  : 

«  Il  est  entendu  (pie  les  marchandises  im|)ortées  ou  exjKirlées 
par  les  hAtimenls  (lliinois  ou  appartenant  à  TAnnam,  seront  sou- 
misi*»  aux  mêmes  interdictions,  et  (pie  celles  importé(»s  ou  expor- 
teurs sous  pavillon  (ihinois  s(*ront  soumis(»s  au  mêmes  droits  «pie 
les  marchandisi*s  imjM")rté(»s  ou  exj)ort(Vs  sous  pa\illon  Kur«»|>éen 
ou  Américain  (ce  (pie  l'on  entend,  dans  ces  deux  traités,  |)ar 
pavillon  iMrangiT).  Mais  ces  droits  s(»ront  |)er(;us  séparément  par 
les  mandarins  Annamites  du  s(»rvice  de  la  douane,  et  versés  dan^ 
une  caisse  spéciale,  à  Tentièrc  dis|)ositioii  du  gouvernement  An- 
namite.  » 

Ledit  |)aragraphc  supprimé  est  remplacé  j)ar  le  texte  suivant  : 

«  H  est  entendu  que  les  marchandises  importcVs  de  TétrangiM- 
dans  les  ports  ouverts,  ou  exportées  des  jwrts  ouverts  h  l'étranger 
par  des  bâtiments  Chinois  ou  apjiart^'nant  à  TAnnam,  seront  sou- 
mises aux  mêmes  interdictions  et  aux  mém(»s  droits  que  celles 
im|)ortces  de  l'étranger  ou  exjiorté(îs  à  l'étranger  sous  tout  autn» 
|>avillon;  et  cpie  ces  droits  seront  jxtçus  [hw  les  mémc^  emplové^ 
et  versés  dans  les  mêmes  caisses  ([ue  ceux  [H»rçus  sur  l(»s  mar- 
chandises importées  de  l'étranger  ou  exportéi*s  à  l'étranger  sous 
*  leç.  pavillons  dits  étrangers.   » 

La  présente  convention  siTa  raltfichée  au  traité  du  lU  août  187'!, 
lors  de  réchang(;  di\s  act(\s  de  ratiiication  et  en  fera  partie  inté- 
grante. 

En  foi  de  quoi  les  pléni[)otentiaires  ont  signé  aujourd'hui 
33  novembre  187/i,  c()rr(»spondant  au  i5''  jour  du  lo*'  mois  de  la 
27*  année  de  Tu  Duc. 

Signé  :  (^ontrc^-amiral  Kiuntz,  etc.,  etc. 
Ce  traité  de  coinnierce  fut    sanctionné  par   une   loi    du 


378  i/aKFAIRE    du    TONG-KINT. 

6  juillet  1875,  cl  lV<?hange  des  riilificalions  eut  lieu  h  11  né, 
le  26  août  1875  avec  rainiral  Victor  Duperré,  nommé  gou- 
verneur et  commandant  en  chef  de  la  Cocliinchine  le  3o  sej)- 
tembre  1874,  en  remplacement  de  Tamiral  Kranlz. 

Communication  du  traité  fut  faite  immédiatement  au  Con- 
sulat Général  de  France  à  Chang-llaï  : 

a   Saigon,  le  3  septembre  1875. 

«  Monsieur  le  Consli^jénér al,  —  J'ai  l'Iionneur  de  vous  în- 
(f  former  que  Técliangc  des  ralifications  du  traité  de  commerce 
«  conclu  entre  la  France  et  le  Royaume  d'Annani,  leSi  août  1874. 
i<  a  eu  lieu  à  Hué  le  36  du  mois  dernier,  et  que,  de  concert  avec 
«  le  Gouvernement  annamite,  nous  avons  fixé  au  i5  Septembre 
«  courant  Fouverturc  au  commerce  étranger  des  ports  de  llai- 
«  Phonget  de  Hanoï,  dans  le  Tong-Ring.  Je  vous  prie  de  vouloir 
«  bien  porter  c<îlte  nouvelle  importante  h  la  connaissance  des 
a  négociants  de  la  place  de  Chang^lai  ;  et  veuillez,  en  môme  temps, 
«  M.  le  Consid-Général,  annoncer  que  vous  tiendrez  à  la  dispo- 
«  sition  des  navires  marchands  qui  se  rendront  au  Tong-King,  des 
«  cartes  récemment  exécutées  dont  je  vous  addresse  un  certain 
«  nombre.  Ces  cartes  devront  être  délivrées  gratuitement. 

a  Vous  recevrez  également  quelques  exemplaires  d'un  règle- 
ment qui  a  été  préparé  pour  le  port  de  llaï-Phong. 
«  Agréez,  etc. 

«  Le  C.  Amiral,  Gouverneur  Gommandanl-en-Chef, 

«  (Signé)  Duperré.   » 


COMMUIflCATIOÎI    DU    TRAITE    A    LA    CHINE 

D'autre  part,  notre  chargé  d'affaires  à  Pé-king,  M.  de 
Rochechouart,  communiquait  en  1875  au  gouverhement 
chinois  le  texte  du  traité  de  187^  et  faisait  ressortir  qu'à  la 
France  désormais  incombait  le  soin  de  sauvegarder  les  in- 
térêts  de  TAn-Nam;  il  entamait  également  des  négociations 
pour  rouverlure  du  Fleuve  Rouge  au  commerce  français  : 


COMMUMCATK»     IH      TIl  \  H  É    A     I.  V    (IIINK  :*-,{) 

Ij'Ure  de  M.  de  Rochechmarl  au  Prince  lùmtnj. 

MoXSKIGNKlIl, 

J'ai  rhoniiciir  de  vous  adresser  ci-joinl  une  co|)ie  du  Irailé 
conclu  entre  le  (îouvern^Mueul  fraiirais  el  S.  M.  le  Roi  de  TAn- 
nain  le  i5  mars  187/i.  (le  Irailé,  après  avoir  été  approuvé  par 
r.\ssend>lée  a  été  déflnili>enienl  ratifié  à  Hué  le  i4  avril  der- 
nier. 

Voire  Altesse  Impériale  verra  fpie  dorénavant  c'est  à  la  France 
qu'il  appartient  de  >eiller  à  la  sécurité  el  à  l'indépendance  de 
S.  M.  Tu-Duc  et  le  ji^ouvernement  cliinois  comprendra,  je  n'en 
doute  pas,  combien  il  est  nécessaire»  pour  le  maintien  des  hoimes 
relations  qui  existent  entre  la  Krance  et  la  (Ihine  de  donner  les 
ordres  les  plus  sé>eres  aux  autorités  du  Ynn-Nan  pour  les  en;;a- 
fçer,  non  s(ndemenl  à  enq)éclier  de  nou>elles  bandes  cbinoisi»^ 
d'entrer  dans  le  royaume  d'Aimam,  mais  même  à  rap[)eler  celles 
cjui  s'y  livrent  actuellement  à  toutes  sortes  de  sé>ices. 

l^e  Ciouvernement  Français  est  décidé  h  r(»m[)lir  les  eiip;ag(»- 
ments  qu'il  a  contractés  \is-a-vis  du  roi  Tu-Duc  et  à  assurer  la 
tranquillité  dans  les  états  de  ce  souverain.  Son  premier  soin  sera 
donc  de  disperser  cl  de  détruire  ces  bandes  cpii  entretiennent  le 
trouble  el  la  guerre  civile,  et  il  serait  à  désirer,  je  le  réj)ète,  cjue 
V  olre  Altesse  Impériale  prît  les  mesures  nécessaires  pour  faciliter 
celle  lâche  dont  la  province  du  Yun-Nan,  si  troublée  elle  aussi, 
ne  peul  que  profiler. 

Il  est  un  second  point  sur  lequel  je  désire  également  appeler 
l'allenlion  de  Votre  Altesse  Impériale,  je  veux  parler  de  l'ouver- 
ture à  la  "Navigation  du  Fleuve  Rouge  ou  So'ng-Koy  depuis  son 
embouchure  jusqu'îiux  frontières  de  la  Chine.  Il  n'existe  dans  les 
traités  de  Tien-Tsin  el  de  Pé-King  aucune  clause  relative  à  cette 
évenlualitc  qu'on  ne  pouvait  pas  prévoir  h  l'épocpie  où  ils  furent 
conclus,  mais  aujourd'hui  qu'elle  se  présente  elle  doit  être  réglée 
et  il  faut  le  faire  de  suite  afin  d'empêcher  des  complications  qui 
ne  manqueraient  pas  de  s<»  produire  dès  le  début.  Le  GouveriK^ 
nient  français  a  longtenq)s  réfléchi  avant  de  conclure  ce  traité  <»t 
s'esl  parfaitement  rendu  conq)te  et  de  ses  charges  et  de  ses  avan- 
tages el  il  est  aussi  décidé  à  remplir  ses  engagements  (ju'à  us(m- 
de  ses  privilèges,  aussi  ai-je  été  chargé  de  m'entendre  avec  Votre 
Ailcssc  Impériale  sur  ces  deux  questions  :    r'  la  suppression  i\v:r> 


aSo  l'affaire  nu  tonc.-king 

bandos  chinoises  qui  désolonl  l'Annam;  ^^  romorliirc  (Vwn  point 
du  Yun-Nan  où  nos  bîîtinionts  puissoni  atlorrir  cl  se  livrer  aux 
transactions  commerciales  régulières.  Je  ne  doule  pas  que  A Olre 
Altesse  Impériale  ne  comprenne  elle  aussi  la  nécessité  de  régler 
d'une  façon  pratique  œs  deux  questions  et  ne  préfère  l'établisse- 
ment de  rapporb  réguliers  à  un  état  de  troidrle  qui  pourrait  avoir 
les  conséquences  les  plus  graves  en  forçant  le  roi  d'Annam  h 
prendre  des  résolutions  énergiques  pour  sauvegarder  la  sécurité 
de  ses  étals  et  la  pros|)crité  de  son  commerce. 

Je  saisis,  etc.,  etc. 

Signé  :  Rociiecuol  art. 

Pé-King,  le  34*  mai  1875. 

Le  Prince  Koiing,  dans  sa  réponse  an  Comte  de  Roche- 
chouart,  constate  qu'en  elTet  rien  ne  marque  dans  les  traités 
que  le  Yun-Nan  doive  être  ouvert  au  commerce  étranger; 
que  les  troupes  chinoises  entrées  au  Tong-King  ont  été  a[)- 
pelées  par  le  gouvernement  de  ce  pays,  depuis  longtemps 
vassal  de  la  Chine,  [K)ur  supprimer  le  brigandage;  aucune 
protestation  d'ailleurs  contre  le  traité  de  187/1. 

Pé-King,  le  i5  juin  iSyS. 

J'ai  reçu  la  lettre  que  vous  m'avez  fait  l'honneur  de  m*écrire 
à  la  date  du  26  mai,  et  dans  laquelle  vous  me  faisiez  [>art  de  la 
ratification  du  traité  entre  l'Annam  et  la  France.  En  me  don- 
nant communication  de  ce  traité,  vous  exprimiez  le  désir  de  voir 
le  gouvernement  chinois  envoyer  des  ordres  précis  aux  autorilés 
du  Yun-Nan,  leur  enjoignant  d'empêcher  les  bandes  chinoises 
d'entrer  sur  le  territoire  annamite,  et  de  rappeler  les  bandes  qui 
s'y  sont  introduites,  a  De  cette  façon,  dites- vous,  nos  bonnes 
relations  seront  maintenues  et  aflcrmies.  » 

Vous  m'entretenez  également  de  la  communication  qui  existe 
entre  TAnnam  et  la  Chine  par  le  moyen  du  So'ng-Roy,  qui, 
après  avoir  traversé  le  Tong-Ring,  pénètre  dans  la  province  du 
Yun-Nan.  Ce  point,  me  dites-vous,  ne  se  trouve  pas  indiqué 
dans  le  traité  parce  qu'on  ne  pouvait  prévoir  alors  la  situation 

I.  Lire  a5. 


COMMUNICATION     DU    TRMTl':    A     I.  V     CHINK  îS  I 

artiM'Ih»;  niais  inalntoiinnt  cjiu*  rollo  qncslioii  sp  pnVsriitr  il  iin- 
porto  qu'elle  soil  réglée  dans  le  plus  bref  délai.  Le  j;ou\ernenienl 
français  vous  a  cliarfçé  de  vous  entendre  avec  nous  sur  ces  deux 
questions  :  ï"  ranéanlisseiuent  des  bandes  cliinoises  qui  désolent 
i'Annam  :  a"  l'ouverture  d'un  port  du  Yun-Nan  où  vos  steamers 
puissent  atterrir  et  se  livrer  à  des  transactions  commerciales  ré- 
gulières. 

Dans  la  ii*  lune  de  la  la*  année  du  rej^ne  de  T*oung-ïclié. 
j'ai  reçu  une  lettre  de  M.  de  Geofroy  contenant  la  copie  d'une 
lettre  adressée  par  ce  dernier  au  gouverneur  du  Yun-i\an,  dans 
laquelle  il  était  question  des  avantages  que  recueillerait  le  com- 
merce de  l'ouverture  de  cette  province.  J'ai  répondu  h  M.  de 
Geofroy  que  le  Yun-Nan  n*élail  pas  ouvert  au  commerce*  étran- 
ger, et  j'ai  écrit  au  gouverneur  de  cette  province  de  conlornuT 
sa  conduite  aux  stipulations  du  traité.  Maintenant  que  votre 
gouvernement  réclame  l'ouverture  d'un  port  sur  le  So'ng-Koy, 
je  suis  obligé  de  répondre  également  que  le  Yun-Nan  est.  fermé 
au  commerce  étranger,  et  que  dès  lors,  dans  votre  traité,  ni  dans 
celui  d'aucune  autre  nation,  il  ne  saurait  y  avoir  de  stipulation 
relative  à  Touverturc  d'un  port  de  commerce  dans  le  Yun-Nan. 

L'Annam  est  la  contrée  appelée  également  Yué-Nan  ;  elle  a 
été*  tributaire  de  la  Cliine,  et  les  liabitants  de  la  frontière  cbi- 
noîsc  ont  eu  de  tout  temps  avec  les  habitants  des  états  tributaires 
voisins  des  rapports  commerciaux  dont  la  nature  varie  suivant 
les  provinces.  Il  est  nécessaire  que  j'envoie  une  dépêche  pour 
ordonner  une  enquête  au  Y^un-Nan  à  ce  sujet  ;  dès  que  la  réponse 
me  sera  parvenue,  nous  nous  occuperons  de  délibérer  sur  cette 
aiïaire. 

D'un  autre  coté.  l'Annam  était  jadis  infesté  de  brigands,  et 
son  gouvernement  a,  à  plusieurs  reprises,  demandé  du  secours 
à  la  Chine.  La  Chine  ne  pouvait  refuser  aide  et  protection  à  un 
pays  tributaire,  aussi  envoya-l-elle  des  trouj>es  pour  poursui>re 
ces  brigands;  les  troupes  qui  se  trouvent  dans  l'Annam  y  sont 
donc  sur  la  demande  du  gouvernement  annamite,  et  dans  \v  but 
de  protéger  la  frontière;  ce  but,  une  fois  atteint,  leur  présence 
sur  le  territoire  annamite  n'avait  plus  de  raison  d'être  et  on  les 
a  rappelées. 

Dans  le  douzième  mois  de  la   la"  année  du  règne  de  T'oung- 


I.  C'est  une  erreur  de  traduction  ;  lire  :  «  elle  est  depuis  longtemps.  » 


:j82  l'affaiui:  du  xoNfi-KiNc; 

Tché,  et  dans  le  troisième  mois  de  l'année  dernière,  j'ai  écrit  à 
M.  de  Geofroy  que,  dans  un  rapport  présenté  par  le  gouverneur 
du  Yun-Nan,  il  était  dit  que,  sur  la  frontière  qui  sépare  le  Yun- 
Nan  de  TAnnain,  le  chef  de  brip^ands  Ilouanf^  Tsoung-yn  *  et 
plusieurs  autres  troublaient  profondément  l'Annam  qu'ils  vou- 
laient bouleverser  de  fond  en  comble,  (ju'il  avait  envoyé  des 
troupes  pour  s'op|)oser  a  celte  dévastation,  et  que  le  plan  de 
campafîne  avait  été  très  bien  exécuté;  il  priait  le  Tsoung-li 
Yamen  d'écrire  aux  Consuls  français  résidant  dans  l'Annam  pour 
leur  dire  que  les  troupes  du  Yun-.Nan  qui  ont  passé  la  frontière 
n'ont  j>as  d'autre  destination  que  d'arrêter  les  dévastations  de^ 
brigands,  et  qu'ils  n'ont  rien  à  voir  avec  les  troupes  françaises. 

L'Empereur  donna  l'ordre  au  Tsoung-li  Yamen  de  se  confor- 
mer à  ce  rapport. 

La  Chine  a  envoyé  des  trou|)es  dans  l'Annam,  sur  la  demande 
du  gouvernement  de  ce  pays,  et  dans  le  but  de  détruire  le  bri- 
gandage. Les  soldâtes  chinois,  qui  se  trouvent  sur  la  frontière  du 
Yu.n-Nan,  sont  là  dans  le  but  de  protéger  l'Aimam  contre  les 
attaques  des  brigands,  et,  en  même  temps,  d'assurer  la  sécurit<'î 
du  Yun-Nan.  Quant  aux  bandes  qui  passent  la  frontière,  les 
autorités  provinciales  ne  jxîuvent  les  laisser  faire  sans  manquer 
à  leur  devoir  :  elles  doivent  les  |)Oursuivre  et  les  punir.^  Après  ce 
que  vous  nous  avez  dit,  nous  nous  croyons  tenu  d'écrire  de  nou- 
vefiu  au  Gouverneur  du  Yun-Nan  pour  l'engager  à  arrêter  sévè- 
rement les  bandes  qui  tenteraient  de  pénétrer  dans  l'Annam. 

Tel  est  le  but  de  la  présente  communication  spéciale*. 

En  réponse  à  une  demande  que  fit  M.  de  Rochechouart,  le 
'l  août  1875,  pour  obtenir  Touverturc  au  commerce  de  Man- 
ILio,  sur  le  Fleuve  Rouge,  au  Yun-Nan,  notre  Chargé  d'Af- 
faires reçut  la  réponse  suivante  du  Prince  Koung  : 

Pé^King,  le  6  septembre  1875. 

J'ai  reçH  la  dépVhe  que  vous  m'avez  écrite  à  la  date  du  [\  août 
et  dans  laquelle  vous  me  disiez  : 

«  Je  viens  de  recevoir  Tordre  de  mon  Gouvernement  de  de- 


1.  Voir  L  p.  a35-a3(). 

2.  Pour  traduction  conforme:  le  i*'''  interprète  p.  j. ,  F.  Scherzeb. 


'♦>-«*jVJ".-«:7.S^t-  \- 


COMMIMCATION     Dl      TUVIIK     \     I,  \     (IIINK  u8.'^ 

V  iunui\vr  r<)UNortnn'  dans  la  pioviiiro  du  Vnii-\aii  d'iiii  iioii- 
«  veau  |X)rl  do  coininorn;  à  Man-Hao  sur  les  bords  du  So'u';- 
«  Kov.   » 

Dans  le  courant  du  mois  do  mai,  j'ai  reçu  la  dé|)eclie  dans 
laquelle  vous  nronlrcleniez  de  rélablissemenl  dans  le  Yun-Nan 
d'un  port  sur  les  bords  du  fleuve,  où  les  bateaux  puissent  al- 
lerrir. 

J'ai  répondu  à  cette  déptVbe  que  le  Yun-Nan  n*élaif  pas  ouvert 
au  commerce,  que,  devant  voire  désir,  je  crovais  devoir  écrire 
aux  autorités  du  Yun-Nan  h  ce  sujet  et  que  dès  l'arrivée  de  leur 
réponse,  je  m'empress<Tais  de  refiler  celle  affaire. 

Maintenant  ([ue  voire  (îouvernement  veut  l'ouverture  d'un 
nou\eau  port  de  commerce,  je  dois  vous  faire  observer  ([ue  la 
province  du  Yun-INan  est  très  éloignée  de  Pé-King,  qu'il  est  ur- 
^nt  d'aviser  aux  moyens  de  régler  tout  ce  (pii  toucbe  aux  fron- 
tières de  cette  j)rovincc  et  que  dès  lors  je  ne  puis  rien  préjuger 
ni  décider. 

S.  Exe.  Li  [Han-tchang]  ayant  été  envoyé  par  S.  M.  pour  pro- 
céder à  une  enquête  sur  l'affaire  Margary  et  la  régler,  il  lui  sera 
possible  dès  que  ce  règlement  aura  eu  lieu,  de  faire  une  en(|uèle 
sur  la  situation  des  dillerenls  [K)ints  de  la  province  et  des  fron- 
tières, d'étudier  et  de  régler  cette  question.  J'écris  à  S.  Exe.  Li 
de  faire  immédiatement  après  le  règl(Mnent  de  l'aflaire  Margary 
une  enquête  minutieuse  sur  la  possibilité  de  donner  suite  (à  votre 
projet).  Dès  que  j'aurai  feçu  la  ré|K)ns(î  de  ce  fonctionnaire,  je 
m'empresserai  de  vous  la  communiquer. 

Telle  est  la  communication  que  j'ai  cru  devoir  vous  envoyer 
en  ré[X)nsc. 

(Le  sceau  du  Tsoung-li  Y'amen  ^) 

La  réponse  était   dilatoire;  la  Chine  était  dans  la  période 
aiguë  de  ses  négociations  avec  T  Angleterre  au  sujet  du  meurtre 
(le  Margary.   M.  de  Rochechouart  [)()uvait  écrire  le   lo  sep 
lembre  1876,  au  Duc  Decazes  : 

;V  mon  avis,  le  gouvernement  chinois  attend  le  résultat  de  ses 
négociations  avec   M.   Wade  |K)ur  prendre    un(»   décision,  et  je 

1.  Traduction  certifiée  conforme  :  le  i*"""  interprète />.  i.,  F.  Sciierzek. 


a 84  i/affaiuk  du  tong-ring 

ne  doute  pas  un  instant  que  s'il  accorde  rouverlure  de  la  roule 
de  Bliamo,  il  n'ouvre  également  le  Son^-Roy. 

M.  Harl  est  venu  nie  voir  hier,  el,  dans  la  conversation,  il 
m'a  demandé  si,  le  cas  échéant,  le  gouvernement  français  accor- 
derait aux  croisières  de  la  Douane  le  droit  de  passage  dans  les 
eaux  annamites,  c'est-à-dire  si  le  gouvernement  chinois  pourrait 
faire  venir  de  Canton  dans  le  So'ng-Koy  chinois  ses  petites  ca- 
nonnières. 


(yét^iit  se  bercer  d'illusions;  la  Chine  ne  cherchait  qu'à 
gagner  du  temps;  elle  avait  assez  d'une  affaire  à  la  fois.  On 
n'a  pas  remarque  et  admire  avec  quelle  rare  habileté,  elle  a 
joué  les  hommes  d'Etat  d'Occident  ;  elle  a  pris  son  temps 
pour  régler  successivement  ses  différends  avec  l'Angleterre 
(Margary),  la  Russie  (Kouidja)  et  la  France  (Tong-King)  et 
les  diplomates  européens  ont,  sans  s'en  douter,  attendu  qu(» 
la  Chine,  malgré  les  menaces  ou  l'emploi  des  armes,  ait 
choisi  son  heure  pour  mettre  fin  à  des  difficultés  qu'elle  a  fait 
durer  tout  le  temps  qu'elle  a  désiré. 


CHAPITRE  XIV 
L'AFFAIRE  DU  T0N6-KIN6  (Suite). 

MISSION    DE    M.    DE    KEHGARADEG,     1 876- 1 877 

Le  ï8  juillet  1876,  Tamiral  Viclor  I)u|>orré  adressait  au 
Ministre  de  France  à  Pé-king  une  demande  de  renseigne- 
ments sur  le  sud  du  Yun-Nan  et  le  priait  de  solliciter  du 
Tsoung-li  Yamendes  lettres  de  recommandation  et  des  passe 
ports  pour  M.  de  Kergaradec,  consul  à  Ila-noï',  et  quinze 
soldats  -ou  marins  (pii  devaient  l'accompagner  dans  une  mis- 
sion d'exploration  dans  le  So'ng-Koy  et  le  Yun-Nan  méri- 
dional cpic  l'amiral  désirait  confier  a  ce  fonctionnaire. 
M.  Brenier  en  référa  à  Paris,  car  il  craignait  d'essuyer  un 
refus  :  la  Chine  sachant  que  sa  responsabilité  était  engagée 
dès  qu'elle  avait  remis  des  passeports,  —  l'aflaire  Margary 
lui  avait  servi  de  leçon,  —  et  que  son  autorité  dans  le  Sud 


I.  Kergaradec.  AUxnndrc-CamiUe-Jnles- Marie  Le  Jumeau,  comte 
de,  n<5  le  i*""  janvier  i84i;  ^l*'ve  à  l'École  navale,  i*"""  octobre  1857; 
aspirant  de  a'  classe,  i""  août  1859  ;  de  i""*"  classe,  i''»"  septembre  i8(îi  ; 
enseigne  do  vaisseau,  i*''*  septembre  i8()3  ;  lieutenant  de  vaisseau,  7  mars 
1868;  attaché  &  Tétat-major  du  ministre  de  la  marine,  a  juin  187/1  ; 
chargé  du  consulat  de  France  à  Hanoï,  16  mai  1875*,  administrateur 
principal  des  affairos  indig6nes,  i^r  janvier  i88a  ;  capitaine  do  frégate, 
i3  avril  i883;  en  mission  à  ilué,  i3  avril  i883  ;  consul  de  i''^'  classe  et 
commissaire  du  gouvernement  è  Hang-Kok,  5  juillet  i883  ;  consul  général 
et  chargé  d'affaires,  5  août  1887;  consul  général  &  Moscou,  5  janvier 
1891  ;  mort  a  octobre  189^1,  à  Berlin,  où  il  était  de  passage. 


286  l'affaire  du  tong-kinc 

tlu  Yun-iSan  n'était  que  nominale;  ollo  avait  roconimenl  re- 
fusé il  M.  Butzov  des  passeports  pour  des  voyageurs  russes 
se  rendant  au  Tibet  avec  sept  cosaques  en  mission  scien- 
tiFique. 

M.  Brcnier  ayant  néanmoins  fait  une  demande,  il  arriva 
ce  qu'il  avait  prévu;  le  Yamen  refusa  les  passeports  de  M.  de 
Kergaradec;  sur  Tinsistancc  de  notre  ministre,  ils  finirent 
toutefois  par  Hrc  accordés. 

LE    PRINCE     KOUNG     ET    LES     MEMBRES    DU     TSOLNGLl    YAMEN    AU 

VICE-ROI    DU    YUN-TSAN 

LfC  i4*  jour  de  la  g*'  lune,  nous  avons  reçu  une  lettre  de  M.  le 
V^  Brenicr  de  Montmorand,  ministre  de  France,  nous  annon- 
çant que  M.  le  Capitaine  de  Kergaradec,  consul  par  intérim  a 
lla-noî,  au  Sud  du  Yun-Nan,  se  proposait  d'aller  par  eau  exa- 
miner les  conditions  de  navigabilité  de  la  Rivière  l\ouge,  de 
Lao-Kay  à  Man-bao  et  à  Mong-tseu,  la  lettre  ajoutait  :  Lao-Ka> 
est  sur  la  frontière  de  TAnnam  et  de  la  Chine  ;  le  capitaine  de 
Kergaradec  doit  avoir  une  escorte  de  quinze  matelots,  et  je  prie 
Vos  Excellences  de  donner  des  lettres  de  recommandation,  si 
l'état  troublé  des  lieux  ne  vous  permet  pas  d'accorder  des  passe- 
ports, etc. 

Nous,  Prince  cl  Grands  Dignitaires,  considérant  que  M.  le  Ca- 
pitaine de  Kergaradec,  qui  se  rend  au  Yun-Nan,  ne  connaît  ni 
la  contrée  ni  les  habitants  ;  que  M.  Brcnier  de  Montmorand  a 
insisté  vivement  auprès  de  nous,  nous  donnons  la  présente  lettre 
qui  vous  sera  remise  par  M.  de  Kergaradec  en  personne.  Nous 
désirons  que  Votre  Excellence,  quand  M.  de  Kergaradec  sera 
arrivé  au  Yun-Nan,  ordonne  aux  autorités  sous  ses  ordres  de  lui 
acx^order,  selon  notre  désir,  leur  bienveillante  protection,  et  V.  E. 
nous  sera  agréable  ;  C'est  très  important.  Nous  présentons  nos 
complimentas  à  Votre  Excellence. 

(Suivent  les  noms  du  Prince  et  des  Membres  du  Tsoung-li 
Yamen.) 

19*  jour  de  la  9*"  lune  (4  novembre  1876)  *. 

1.   Pour  traduction  conforme  :  le  i»""  interprète  p.  1.,  signé  :  J.  Arène. 


«j:  i  ^■:r~\nv*r- 


TUIBl  T    .W.NAMITK  'jS'J 

M.  (le  Korgaradoc  sr  mil  on  roiilr  dr  Hanoï,  lo  9.1\  im 
venihrc  1876,  accoinj)a<2^né  de  douze  soldats  d'infanUM'io  de 
marine,  coniniandos  par  un  sorgonl,  el  il  arriva  à  Lao-kav, 
le  i"*"  janvier  après  un  voyage  de  quarante  jours  ;  revenu  à 
Ila-noï,  sans  avoir  pénétré  au  Yun-Nan,  il  en  reparlil  le 
18  février,  et  plus  heureux  que  la  première  fois,  il  entra  eu 
Chine,  passa  à  Man-hao,  remonta  h  Mong-lseu,  et  visita  les 
mines  de  Ko-kieou.  M.  de  Kergaradec  était  de  retour  à  Ila-noï 
le  18  avril,  après  un  vojagc  de  deux  mois.  11  résumait  ainsi 
son  rapport  : 

Au  point  de  vue  politique,  la  paix  est  partout  rétablie.  Le 
Yun-Nan  est  parfaitement  tranquille,  l^es  pro\inces  annamites 
du  haut  du  fleuve  le  sont  également  ;  seulement,  la  présence  des 
drapeaux  noirs,  formant  à  Lao-Kfiv  un  |)etil  Rtat,  indépendant 
de  fait,  rend  le  passîige  incertain  et  dangereux.  Diui  autre  coté, 
la  navigation,  facile  juscpi'au  pied  des  rapides,  est  possible  juscpi'à 
la  frontière  de  (]hine,  c'est-à-dire  jusiju'à  Lao-Kay  pour  dos  ba- 
teaux h  va[M»ur  d*un  trt»s  faible  tirant  d*eau  et  d'une  construction 
s[M?ciale.  Mais  au-dessus  de  ce  |)oint,  les  rapides  deviennent  troj) 
difliciles  |H>ur  qu'on  puisse  espérer  de  les  faire  jamais  franchir  h 
des  bateaux  h  vapeur.  A  Man-Hao  s'arrête  toute  navigation  du 
fleuve.  Quant  au  conmierce,  il  sendile  qu'on  se  soit  singulière- 
ment exagéré,  non  pas  certes  les  ressources  naturelles  du  Yun- 
Nan,  mais  le  mouvement  auquel  elles  pourraient  actuellement 
«lonner  lieu...  *. 

TniBUT    ANWAMITF,     1877 

Les  Annamites  dans  leurs  relations  avec  la  Chine  tenaient 
le  traité  de  1874  comme  non  avenu.  Kn  1877,  ils  envoyèrent 
PVi  Wen  i,  avec  une  mission,  porter  le  tribut  ordinaire*  à 
Pé-king.  La  mission  annamite  passa  la  frontière  le  18  sep- 

1.  Rapport  sur  la  reconnaissance  du  fleuve  du  Tonkiuy  par  M.  do 
Kergaradec...  Paris,  1877,  in-8.  —  (Exl.  de  la  Revue  mari  finie  et 
coloniale.) 

a.  Eu  1873,  le  tribut  annamite  avait  passé  la  frontière  le  U7  avril. 


388  l'affaire    du    TOXG-KING 

lombrc;  elle  qui It^  la  capitale  de  la  Chine  au  mois  craoûl, 
et  à  son  passage  à  Kouei-lin,  le  19  janvier  1878,  son  chef 
fil  la  déclaration  suivante  à  To'u  Tsoung-ing,  gouverneur  du 
Kouang-Si  : 

Il  nous  a  fait  savoir  qu'ayant  eu  la  faveur  d'ôlrc  reçu  à  la 
Cour,  Votre  Majesté  a  daigné  accorder,  connue  une  faveur  à 
son  roi  une  lettre  patente,  du  satin,  de  la  pelleterie  et  d'autres 
objets  qu'il  était  chargé  d'emporter  respectueusement  dans  son 
pays  pour  les  remettre  à  son  maître,  conune  la  marque  d'une 
faveur  dont  un  petit  Ktat  n'est  pas  ordinairement  l'objet.  Il  a 
ajouté  qu'il  avait  fait  bon  voyage,  et  il  remercie  du  fond  du 
cœur  la  Cour  Céleste  de  la  miséricorde  avec  laquelle  elle  traite 
les  hommes  venus  de  loin  * . 

M.  Deschancl  remarque*:  «  En  1877,  M.  de  Kcrgaradec 
avait  eu  soin  de  demander  aux  ambassadeurs  annamites, 
avant  leur  départ,  si,  une  fois  arrivés  à  Pé-king,  ils  iraient 
voir  le  ministre  de  France.  Ils  répondirent  qu'ils  avaient 
reçu  des  instructions  à  cet  égard;  qu'une  fois  leur  mission 
remplie,  ils  feraient  celle  visite,  mais  seulement  après  avoir 
obtenu  l'agrément  des  mandarins  chinois  chargés  de  les 
recevoir.   » 

Les  envoyés  annamites  ne  mirent  pas  le  pied  à  la  légation 
(le  France  h  Pé-king  :  la  conclusion  est  facile  h  tirer. 

RÉVOLTE    DE    LI    VAÎ^G-Ts'aÏ    (1878) 

Plus  grave  encore  fut  de  laisser  TAnnam  demander  Tinter- 
venlion  de  la  Chine  pour  supprimer  les  rébellions  de  sa 
frontière.  Vers  la  fin  de  seplembre  1878,  un  général  de  bri- 
gade chinois,  Li  Yang-ts'aï  (Ly   Yung-lchoï),  originaire  de 


1.  Gazette  de  Pé-King,  20  mars  1878,  Irad.  G.  Devéria,  p.  7^, 
iielations  de  la  Chine  avec  l'Anna  m.  —  Livre  jaune ,  1874»  décembre 
187a,  p.  76. 

2.  Revue  pol.  et  litt.,  2  juin  i883,  p.  680. 


«  «~ 


RÉVOLTK    DE    LI    YANG-Ts'aÏ  qS() 

Lin-Clian  irieii,  mc^conlenl  tic  iio  pas  obtenir  l'avaiicoinenl 
auquel  il  avait  droit,  réalisa  sa  fortune,  qui  était  considérable, 
leva  des  troupes,  et  envabit  IWnnam  avec  quelques  milliers 
d'Iiommes.  De  Tsin-tchéou,  duKouâng-Toung,  il  passa  dans 
la  province  du  Kouang-Si,  puis  sur  le  Icrritoirc  des  tribus 
autochtones  semi-indépendantes  et  pénétra  dans  le  Tong- 
King;  il  s'empara  d'une  place  appelée  Tsieou-Lô,  et  de 
là,  attaqua  le  chef- lieu  de  la  province  tongkinoisc  de  Lang- 
S'on.  Le  8  octobre,  les  troupes  auxiliaires  cbinoises  ayant 
repris  de  force  Tsieou-Lô,  obligèrent  Li  Yang-ts'aï  à  battre 
en  retraite.  Ln  décret  impérial  qui  avait  destitué  Li  \ang- 
Is'ai,  ordonnait  en  même  temps  à  Lieou  Kouen-I,  gouverneur 
des  deux  Kouang  et  à  Vang  Tcliong-ya,  ancien  gouverneur 
du  Kouang-Si,  d'envoyer  des  troupes  pour  barrer  le  passage 
au  rebelle.  Le  général  Fcung  Tseu-ts'aï  recevait  également 
l'ordre  spécial  de  passer  la  frontière  avec  un  corps  d'armée 
pour  aller  lui  livrer  bataille.  Le  chef  rebelle  fut  cerné  et  pris 
sur  la  montagne  Long-leng,  près  de  la  préfecture  de  Tcbo- 
yén.  Un  décret  impérial  du  1 1  décembre  1879,  parlant  des 
troupes  chinoises,  dit  «  qu'elles  s'acquittèrent  promptemenl 
et  avec  succès  de  la  tâche  qui  leur  était  dévolue;  elles  s'em- 
parèrent du  coupable  vivant,  force  reste  donc  ainsi  aux  lois 
de  la  Chine;  de  plus,  le  calme  est  du  même  coup  rétabli 
chez  ceux  que  notre  investiture  rend  nos  vassaux  » .  Li  Yang- 
ts'aï  fut  amené  à  Kouei-lin,  capitale  du  Rouang-Si,  où  il  fut 
interrogé  le  ï3  novembre  :  un  décret  du  19  décembre  1879 
le  condamna  à  être  décapité  dans  cette  ville  le  27  de  la 
II®  lune  (8  janvier  1880)  et  décida  «  que  sa  tète  sera  en- 
voyée en  Annam  (Viêt-nam)  pour  y  être  ex[)osée  aux  veux 
de  tous  et  montrer  de  quelle  peine  est  puni  un  crime  pareil 
au  sien  ». 

Dans  son  rapport  au  Trône  (/|  janvier  1880)  le  gouverneur 
du  Kouang-Si,   Tchang  Chou-cheun,  faisait  cette  remar(|ue* 

très  caractéristique  :   «  Son  crime  n'est  digne  d'aucune  in- 
GoRoiER.  II  —  19 


390  i/affaire  du  tong-king 

(Inlgoncc,  mats,  considrranl  fjiio  lA  ^ang-ls'al  a  ou  pour 
llicAlre  (le  sa  révollo,  le  lonitoire  d'un  vassal  inresli  par 
nous,  son  cas  est  difîérenl  de  celui  de  rebelles  qui  auraienl 
I rouble  le  territoire  cbinois.  » 

Le  ministre  de  la  Marine,  au  sujet  de  l'envoi  de  la  tête  de 
Li  Yang-ls'aiau  Tong-King  (!^crivait  à  M.  Le  Myre  de  Vilers, 
gouverneur  de  la  Cochincbine  (21  fcWrier  1880): 

L'événement  est  sans  doute  fort  regrettable,  mais  il  n'est  pas 
plus  grave  que  l'inlervenlion  militaire  chinoise  que  nous  avons 
tolérée  et  dont  il  n'est,  à  vrai  dire,  que  la  conséquence... 

Je  crois  toutefois  que  vous  pou>ez  saisir  cette  occasion  pour 
l'aire  remarquer  au  Gouvernement  d'Annam  que  l'intervention 
chinoise  sollicitée  par  lui  a  porté  une  atteinte  grave  aux  droits 
qui  résultent  pour  nous  des  traités  de  1874  et  constitue  de  sa  part 
une  violation  des  engagements  qu'il  avait  pris  vis-à-vis  de  nous. 

GOUVERNEURS    DE    LA    COCIIlNCHrNE 

L'amiral  Victor  Duperré,  gouverneur  de  la  Cochincbine, 
avait  sur  les  aflaires  du  Tong-King  des  idées  personnelles; 
il  aurait  volontiers  abandonné  le  pays  et  l'aurait  replace  sous 
la  suzeraineté  de  Pé-King;  il  ne  considérait  Tenvoi  du  tribut 
au  Fils  du  Ciel  que  comme  un  simple  acte  de  courtoisie, 
n'ayant,  pour  ainsi  dire,  qu'une  importance  purement  bisto- 
rif|ue.  Cette ])olitiquedevîiit  naturellement  trouver  de  la  résis- 
tance de  la  part  de  la  Marine  où  l'on  méditait  des  entreprises  ra- 
dicales. 11  y  a  toujours  eu  malheureusement  pour  nous  dualité 
dans  la  politique  des  amiraux  gouverneurs  de  la  Cochincbine 
et  celle  de  nos  ministres  en  Chine;  les  premiers  faisaient  à 
r  Anna  m  des  concessions  impoli  tiques,  telle  que  la  licence 
d'envoyer  un  ambassadeur  à  Pé-King,  ce  qui  contrecarrait 
singuli^remcnt  notre  Légation  dans  la  c^ipitale  de  l'Empire 
chinois.  Il  serait  injuste  de  ne  pas  reconnaître  que  semblable 
rivalité  avec  le  gouvernement  de  l'Inde  britannique  a  gêné 
Sir  Thomas  Wade  pour  le  règlement  de  Taffaire  Margary. 


■•fn-    4^.cr  •*-'•■.•-  -■ 


(iOrVERNELIlS    DE    LV    COCU  IN  CHINE  301 

Le  conlro-amiral  LafonI  \  nomnir  fronvoriiour  ol  coin 
mandant  en  chef  de  la  Cocliincliine  le  5  juillet  1877,  entré 
en  fonctions  le  16  octobre  suivant,  pas  plus  que  son  prédé- 
cesseur, ne  paraît  avoir  eu  un  sentiment  exact  du  pays  qu'il 
était  appelé  à  administrer;  et,  pas  plus  que  Dupcrrc  ne  s'in- 
quiétait des  rapports  de  Hué  avec  Pé-King,  il  ne  parut  se 
troubler  des  efforts  de  Tu-Duc  pour  renouer  des  relations 
avec  le  Siam. 

Le  i3  mai  1879,  M.  Le  Myre  de  Vilers*  était  nommé 
gouverneur  de  la  Cochincbine;  la  nomination  d'un  fonction- 
naire civil  marquait  la  fin  de  la  politique  préconisée  par  les 
derniers  amiraux  dont  Tignorance  des  affaires  chinoises  au- 
rait pu  porter  un  coup  fatal  à  notre  influence  dans  TAnnam. 
M.  Le  Myre  de  Vilers  arriva  à  Saigon,  le  5  juillet  1879,  et 
il  prenait  le  service  le  surlendemain.  Le  gouverneur  de  la 
Cochinchine  était  accompagné  d'un  fonctionnaire  des  Affaires 
Étrangères,  M.  Raindre,  second  secrétaire  d'ambassade,  dont 
les  talents  de  diplomate  devaient  lui  être  fort  utiles  pour  les 
relations  de  son  chef  avec  la  Légation  de  Pé-King. 

I.  Lafont,  Louis- Charles-GeorgeS'Jules,  né  lo  a5  avril  i8a5,  à  Fori- 
,  de-France  (Martinique). 

a.  Le  Myre  do  Vilers»  Charles- Marie,  né  le  17  février  i833  ;  élève 
à  rÉcole  navale,  i^^  octobre  1849;  aspirant  do  a*  classe,  i^''  août  i85i  ; 
aspirant  de  i**^  classe,  i'^''  septembre  i853  ;  enseigne  de  vaisseau,  3  fé- 
vrier i855  ;  chevalier  de  la  Légion  d*honncur,  i3  août  1869  ;  démission- 
naire, 8  mai  1861  ;  sous-préfet  do  Joigny,  !<'■*  mars  i863  ;  de  Bergerac. 
3o  octobre  1867  *  préfot  d'Alger,  11  novembre  1869  ;  admis  à  servir  avec 
son  ancien  grade,  i3  septembre  1870  ;  lieutenant  de  vaisseau,  8  décembre 
1870;  officier  do  la  Légion  d'honneur,  a6  janvier  1871  ;  licencié,  16  fé- 
vrier 1871  ;  préfet  do  la  Haute- Vienne,  a6  mai  1873  ;  directeur  général 
des  affaires  civiles  et  fînanciëres  de  l'Algérie,  conseiller  d'État,  a  a  février 
1877;  gouverneur  de  la  Cochinchine,  ministre  plénipotentiaire  près  la 
cour  de  Hué,  i3  mai  1879;  commandeur  de  la  Légion  d'honneur,  i4 
juillet  i88a  ;  admis  à  faire  valoir  ses  droits  à  la  retraite,  a5  mai  i883  ; 
ministre  plénipotentiaire  de  i'*''  classe,  chargé  des  fonctions  do  résident 
général  à  Madagascar,  9  mars  1886  ;  grand  officier  do  la  Légion  d'hon- 
neur, aa  août  1888;  député  de  la  Cochinchine,  la  décembre  1889;  en 
disponibilité,  la  décembre  1889;  ^inhassadeur  honoraire,  la  fév.  1896. 


3f)a  L  AFFAIRK    DU    TONG-KINH 

RAPPORT    DE    M,     RAINDRE,     1879 

M.  Raindrc*  fut  envoyé  on  mission  près  de  M.  Rheinîirt  à 
Hué,  par  M.  Le  Myrc  de  Vilers  à  la  fin  de  juillet  1879.  A. 
son  retour  h  Saïg^on  il  rédigea  (19  août  1879)  un  rap[X)rl 
qui,  écrit  le  gouvernc^ur  de  la  Cochincliine',  «  fait  ressortir 
rim]>ortance  de  deux  questions  sur  lesquelles  mon  attention 
s'était  déjà  portée  :  l'absence  de  communications  directes 
entre  le  Koi  et  notre  (chargé  dWflaires  et  la  tendance  de  la 
(^our  de  Hué  à  chercher  dans  ses  anciennes  relations  avec 
la  Chine  un  moyen  dYchap[)er  h  notre  prépondérance  ex- 
clusive ». 

M.  Raindrc  se  mettait  en  rapport  a\ec  notre  Légation  de 
Chine  et  y  adressait  à  notre  Chargé  d'Affaires,  M.  Pate- 
notre,  un  véritable  mémoire  dans  lequel  il  marquait  claire- 
ment la  situation  au  Tong-King: 

Saigon,  le        novembre  1879. 

Monsieur  le  Chargé  d'Affaires. 

Permettez-moi,  comme  entrée  en  matières,  de  vous  présenter 
h  grands  traits  notre  situation  en  Indo-Chinc,  telle  qu'elle  mVst 

I.  Uaindrc.  (iaston^  né  le  10  janvier  i848;  licencié  en  droit,  élève  à 
l'Ecole  navale,  du  i''"*  octobre  186/1  au  7  décembre  i865;  attaché  à  la 
direction  des  coiisiilals,  ^  juin  1870;  élève-consul,  i***"  avril  1876;  à  Bu- 
carest, 3o  septembre  1875  :  gérant  du  consulat  de  France  au  Caire,  puis 
de  l'agence  et  consulat  général  en  Egypte,  i3  novembre  1 876-1  a  décembre 
1878  ;  attoché  payé  à  la  direction  politique  h  la  disposition  de  l'agent  et 
consul  général  en  Egypte,  ai  novembre  1877;  secrétaire  de  3 <>  classe 
(hors  cadre)  à  la  disposition  du  gouverneur  général  de  la  Cochinchine, 
U7  mai  1879  ;  chevalier  de  la  Légion  d'honneur,  ta  juillet  1880;  rédac- 
teur à  la  direction  politique,  18  septembre  1880;  chargé  par  intérim  de 
l'agence  et  consulat  général  en  Egypte  du  a5  septembre  i88a  au  5  no- 
vembre i883;  conseiller  d'aml>assade  &  Berlin,  l\  novembre  i883  ;  secré- 
taire  de  la  conférence  africaine  de  Berlin,  1 884 -85  ;  officier  de  la  Légion 
d'honneur,  3  janvier  1888;  chargé  des  fonctions  de  ministre  résident  de 
France  à  Luxembourg.  10  décembre  1890;  etc..,  directeur  des  Affaires 
politiques,  a3  dcc.,  1898. 

a.   Lettre  de  Saigon,  a4  août  1879,  ^"  ministre  de  la  marine. 


llVPPOUT    IH:     M.     HVINDUK  'J\)'^ 

ajjpariio  depuis  mon  arrivcV  à  Saigon,  (lola  ni'rnl rainera  pour 
aiijourd'lnii  à  èlrc  un  peu  lonf^,  mais  je  n'aurai  plus  ainsi  à  re- 
venir sur  tout  ce  cpii  concerne  le  passé. 

Ainsi  cpie  vous  le  savez,  nos  relations  avec  l' Annani  soni  ré- 
glées par  deux  Traités,  Tun  [xilitique,  du  i5  mars  i8-/|,  l'autre 
commercial,  du  3i  août  de  la  même  aimée.  Kiil-on  pu  obtenir 
à  cette  épcKpie  des  conditions  plus  favorables  cpic  celles  inscrites 
dans  ces  con\enlions?  Au  commencement  de  187^1,  à  la  suite  de 
rex|xVlilion  de  M.  (jarnier,  les  Annamites  étaient  épouvantés 
d(»s  résultats  inouïs  obtenus  par  une  poij;née  de  Français,  et  ce 
coup  de  force  a\ait  ravivé  le  souvenir  de  notre  supériorité  qui, 
depuis  la  conquête  des  protinces  méridionales,  était  allé  s'alî'ai- 
blissant.  L'iieure  semblait  donc  propice  pour  demander  iM'aucoup 
et  assurer  délinitivemenl  notre  position  en  ExtrémcvOrient  ; 
bien  des  gens  allirment  (pi'on  pouvait  le  faire  et  (pie  l'amiral 
Dupré  a  été  conduit,  par  un  trop  vif  désir  de  conclure,  à  concé- 
der plus  qu'il  n'était  nécessaire.  Je  n'ai  point  qualité  pour  me 
prononcer  à  cet  égard,  mais  ce  qui  est  certain,  c'est  (pi'une  lois 
la  convention  signée,  il  .semble  que  tout  le  monde  se  soit  donné 
le  mot  jMMir  en  abandonner,  sous  un  prétexte  et  sous  une  forme 
quelconque,  ce  qu'elle  contenait  de  meilleur,  et  j'ajouterai  que 
c'ivt  parfois  dans  les  milieux  mêmes  où  on  a  abandonné  le  plus 
que  j*ai  entendu  critiquer  comme  insuHisant  l'acte  de  187/1. 

Dès  1875,  on  entrait  dans  la  voie  des  concessions  :  l'Angleterre 
réclamait  :  1°  contre  la  clause  du  traité  qui  a  pour  objet  de  con- 
sacrer la  juridiction  de  nos  consuls  sur  tous  les  Kuropéens  vi\ 
Annam  ;  3°  contre  les  droits  dilTérentiels  prévus  à  l'avantage  des 
produits  inqK>rlés  du  j)ort  de  Saigon  dans  les  ports  Armamites. 
On  a  voulu  alors  donner  une  satisfaction  au  Gouvernement  Bri- 
tannique et  on  a  cbercbé  un  terrain  de  conciliation.  (]onuTient 
les  cboses  se  sont -elles  passées  à  Paris,  h  cette  époque,  je  l'ignore  ; 
mais  je  ne  puis  oublier  que,  d'une  part,  le  Ministère  des  Alfaires 
Étrangères  a  dii  se  sentir  moins  attaclié  à  un  Traité  ])olitique 
conclu  en  debors  de  son  action  par  un  Gouverneur  de  Cocbin- 
cliine,  et  que,  d'autre  part,  les  sentiments  coloniaux  du  Ministère 
de  la  Marine  ont  dû  lui  rendre  bien  s<^nsible  celle  de.s  réclama- 
tions qui  visait  le  port  de  Saigon.  Quoi  qu'il  en  soit,  on  a  tenu 
ferme  |)0ur  les  droits  dilTérentiels,  et  on  a  abandonné,  par  voie 
d'interprétation,  ce  droit  exclusif  de  juridiction  (pii  était  la  ca- 
ractiTistique  du  protectorat  plus  ou  moins  déguisé  conféré  à  la 
France  par  le  Traité  du  i5  mars.  Les  Anglais,  après  avoir  forcé 


aQ/i  l'affaire  du  tong-ring 

la  porte,  n'ont  rien  fait  pour  )  passer,  mais  d'autres  onl  aussitôt 
marqué  leur  désir  de  profiter  de  la  brèche.  Ce  sont,  d'abord,  les 
Allemands  qui  ont  annoncé  leur  intention  d'établir  des  Consuls 
au  Tong-King,  ensuite  les  Espagnols  qui  ont  entendu  conclure 
une  Convention  consulaire  et  commerciale  avec  l'Annam.  Ces 
derniers  sont  les  plus  avanc43s  ;  leur  plénipotentiaire  est,  à  l'heure 
qu'il  est,  h  Hué,  où  il  négocie  son  Traité.  Nous  attendons  de  ses 
nouvelles,  et,  s'il  réussit,  nous  verrons  dans  un  avenir  prochain 
(lotter  un  pavillon  consulaire  étranger  là  où  le  pavillon  français 
seul  a  eu  jusqu'à  présent  droit  de  cité. 

En  môme  temps  qu'à  Paris,  nous  renoncions  à  exercer  en 
Annam  toute  influence  exclusive,  ici,  l'Amiral-Gouverneur  aban- 
donnait provisoirement  le  droit  de  naviguer  sous  pavillon  mar- 
chand sur  le  Fleuve  Rouge,  en  attendant  le  jour  où  le  Yun-i\an 
serait  ouvert.  Il  laissait,  ensuite,  entamer  le  principe  posé  par 
l'art,  a  du  Traité  du  3i  août,  relativement  à  l'interdiction  des 
droits  accessoires  ou  supplémentaires  sur  le  commerce  et  la  navi- 
gation. 

Enfin,  ce  qui  est  plus  grave,  les  Gouverneurs  se  laissaient  arra- 
cher, au  moins  dans  la  pratique,  une  interprétation  abusive  des 
art.  II  et  III  du  Traité  du  i5  mars  et  s'écartaient  gravement  de 
la  ligne  de  conduite  si  nettement  indiquée  et  d'après  laquelle 
nous  dcvionstendre  à  isoler  l'Annam  de  tous  ses  voisins,  médiate 
ou  immédiats,  c'est-à-dire  Siam  et  la  Chine.  On  ne  sait  trop 
comment  expliquer  la  complaisance  des  Amiraux  à  laisser  renouer 
les  rapports  entre  la  Cour  de  Hué  et  la  Cour  de  Bangkok  et  à 
[permettre  que  le  Gouvernement  Annamite  se  fasse  contre  nous 
une  arme  de  ses  anciennes  relations  avec  le  Gouvernement 
chinois. 

En  ce  qui  concerne  le  royaume  de  Siam,  il  me  suffira  de  si- 
gnaler la  faute  commise  l'année  dernière  par  le  Gouverneur, 
—  avec  une  précipitation  singulière  et  sur  la  foi  d'une  supercherie 
annamite,  —  en  autorisant  le  roi  Tu-Duc  à  envoyer  une  am- 
bassadc  à  Bang-kok.  Heureusement,  la  Cour  de  Siam  a  demandé 
notre  avis  avant  de  répondre  à  cette  démarche,  et  peut-être  les 
Annamites,  dont  nous  n'a>ons  guère  à  nous  louer  en  ce  moment, 
en  seront-ils  pour  leurs  frais  d'ambassade  et  recevront-ils  à  cette 
occai^ion  une  leçon  très  méritée. 

La  question  se  pose  plus  grave  du  côté  de  la  Chine  :  l'art.  H 
du  Traité  du  i5  mars  établit  en  principe  l'indépendance  de 
l'Annam.  Cette  clause  a-t-ellc  été  insérée  au  Traité  au  seul  profit 


;.-.    ..  i»,   ^^ 


■  '"•.'r"    ■»    .'■"  - 


UVriH)UT    DK    M.     UAINDUi:  'ÀiJ'ô 

dos  Aimaiinlps?  Pour  ma  part,  je  serais  peu  disposé  à  le  croire 
et  telle  semble  avoir  élé,  cfailleiirs,  tout  d'abord  ro])inioii  du 
Gouvernement  Français.  Nous  a>ons,  en  eflel,  notifié  les  traités 
de  187/1  h  Pé-Kinf^,  et  nous  avons  insisté  |)our  que  la  (*our  de 
Hué  lasse  une  notilîcatîon  semblable,  impliquant  la  rupture  <les 
liens  de  vassalité  qui  la  rattacbaient  à  la  Chine.  Je  n'ai  rien 
trouvé  dans  nos  Archives  qui  me  fasse  suj)])oser  que  nous  avons 
réussi  à  cette  é|KKpie.  Depuis,  les  (îouverneurs  de  la  Cochinchine 
|>araissent  avoir  abandonné  ce  point  de  \ue  et  s*élre  laissé  per- 
suader de  comprendre  le  Traité  comme  suit  :  l'art.  3  ne  procla- 
merait rindé|)endance  de  l'Annam  qu'au  profit  du  seul  (îouver- 
nement  de  Hué  qui  resterait  libre  de  donner  sur  ce  |X)int  au 
Traité  le  sens  qu'il  considérerait  comme  le  plus  conforme  à  ses 
intérêts.  D'autre  part,  le  55  1®'  de  l'art.  Hl.  malgré  sa  forme  iui- 
pérative.  aurait  le  caractère  d'un  enfçagement  bilatéral  et  devrait 
être  entendu  en  ce  sens,  qu'en  nous  donnant  le  droit  d'interdire 
à  l'Annam  de  rien  changer  à  ses  relations,  il  aurait  en  même 
temps  consacré  implicitement  l'état  de  choses  existant  a>ant  187^1 
et  permis  h  la  Cour  de  Hué  de  nous  opposer,  comme  autant  de 
droits  acquis,  tous  ses  précédents  diplomatiques. 

On  a  trouvé  bon  dès  lors  que  la  Cour  de  Hué  continuât  à  se 
considérer  comme  vassale  de  la  Chine  et  à  lui  envover  des  A  m- 
bassadeurs,  de  sorte  qu'un  beau  jour,  quand  des  troubles  ont 
éclaté  au  Tonp-King,  c'est  une  armée  chinoise  qui  est  entrée 
dans  la  province  pour  battre  les  rebelles  sous  les  yeux  de  nos 
garnisons  de  Ha-\oï  et  de  Haï-Phong,  j)endant  que  les  canon- 
nières chinoises  faisaient  la  police  des  côtes  et  brûlaient  des 
villages  et  dc»s  jonques  en  vue  des  navires  de  notre  station  du 
Tong-King. 

Un  semblable  état  de  choses  est  ruineux  pour  notre  influence: 
doit-on  et  [>eut-on  v  remédier  ?  Je  crois  (pie  oui.  Le  (îouverneur 
semble  disposé  à  accepter  cette  opinion,  mais  s(»ra-t-elle  aussi 
facile  à  faire  partager  à  Paris  et  à  Pé-King  ?  Sur  ce  dernier 
|>oînt,  je  serais  très  heureux  d'avoir  votre  avis.  La  prise  de  Li 
Yung-tchoy  va  probablement  faire  rentrer  en  Chine  les  trouj>es 
impériales  ;  le  terrain  sera  ainsi  déblayé  ;  ne  jugerez- vous  pas 
opportun  que  nous  prissions  nos  mesures  pour  qu'il  ne  nous  fût 
plus  jamais  disputé  ? 

Je  ne  saurais,  d'ailleurs,  niercpi'il  faut  s'attendre  à  trouver  le 
Gouvernement  Annamite  peu  dis|)Osé  à  nous  doimer  des  garan- 
ties de  ce  coté.  On  a  fort  bien  compris  à  Hué  que  le  voisin  du 


3f)C  l'affaihe  du  tonc-king 

Sud  csl  aujonrcl'lnii  \c  srnl  vraimon!  rodonlablo  :  c'osi,  do  plus, 
relui  dont  l'action  est  la  plus  désastreuse  au  |X)inl  de  vue  des 
lettrés  et  des  classes  dirigeantes,  dont  les  prévarications  et  les 
abus  seraient  tout  au  moins  fort  menacé*»  par  le  triomphe  de 
notre  influence.  Aussi  la  Cour  et  les  Mandarins  s'attachent-ils  à 
conserver  au  dehors  un  point  d'appui  contre  nous,  et.  en  l'état 
présent  des  choses,  ce  n'est  guère  que  sur  la  (]hine  cpi*ils  peuvent 
tenter  d'étayer  quelque  résistance. 

Je  pasvse  h  une  question  sur  laquelle  j'aurai  peut-être  l'occa- 
sion de  revenir  dans  mes  conversations  épistolaires  avec  vous. 
L'ouverture  du  Yun-Nan  donnerait  aux  ports  du  Tong-King  un 
développement  incalculable  ;  elle  ferait  dévier  une  partie  impor- 
tante du  conmierce  de  la  Chine  vers  des  établissements  qui, 
malgré  nos  fautes,  garderont  encore,  pendant  quelque  temps  du 
moins,  comme  une  attache  française.  Croiricz-vous  le  moment 
propice  pour  reprendre  des  négociations  c'i  Pé-Ring,  eh  vue  d'ol>- 
tenir  l'ouverture  au  commerce  européen  d'un  point  de  la  fron- 
tière situé  sur  le  Fleuve  Rouge?  Si  des  pourparlers  devaient 
avoir  aujourd'hui  quelque  chance  d'aboutir,  le  Gouverneur  de  la 
Cochinchine  serait  certainement  disposé  à  réveiller  la  question, 
et  une  action  combinée  entraînerait  peut-être,  de  ce  côté,  des 
résultats  importants.  Ces  résultats  eussent  été  sans  doute  plus 
désirables  encore  à  une  autre  époque,  ne  fut-ce  que  |>our  nous 
amener  h  ne  rien  abandonner  dans  ces  pays  des  avantages  poli- 
tiques si  péniblement  conquis  ;  mais  à  quoi  bon  des  regrets  ré- 
trosf>ectifs  ? 

Peut-être,  en  obligeant  l'Annam  à  se  dégager  de  la  suzeraineté 
chinoise,  rendrions-nous  plus  diflficile  le  succès  de  négociations 
pour  l'ouverture  du  Yun-Nan.  Dans  rallernative.  la  question 
politique  ne  serait-elle  pas  la  plus  urgente  ?  L'autre  viendra  fata- 
lement h  maturité  dans  un  avenir  quelconcjue,  alors  surtout  que 
nous  ne  serons  pas  les  seuls  intéressés. 

Signé  :  Raindre. 


ATTITUDE    DE    l'aNNAM 


L'Annam  cherchait  par  tous  les  moyens  possibles  h 
échappera  la  Franco  et,  dans  ce  but,  il  s'efTorçait  de  nouer 
des  relations  avec  ses  voisins  et  avec    les  puissances   euro- 


r y»»  «r^Tlfi -■ ',*?.•■"  ■•'■■: 


ATTITlDi:     I)K     LAN.WM  2C)'J 

péonnos.  Nous  a>oiis  vu  que  Tu  Dik*  ii\ail  onv(>>r  en  1S77 
lo  tribut  a  Pé-King;  il  fit  ensuite  clos  avances  au  Siani.  Le 
Siain,  lri\s  correctenicnl,  exprima  à  Taniiral  Lafout,  alors  gou- 
verneur de  la  Codiincliine,  le  désir  de  savoir  si  à  raison  des 
conventions  qui  liaient  rAnnaiu  vis-à-\is  de  la  France,  nous 
nVlèverions  pas  d'objections  h  ce  que  le  gouverneintMil  de 
Bang-Kok  envoyAl  une  and}assade  à  Ilué  pour  répondre  à 
une  démarcbc  analogue  dont  le  roi  Tu-Duc  avait  pris  ré- 
cemment Tiniliative.  L'amiral  Lafont,  tout  en  demandant  les 
instructions  au  gouvernement  iVanijais  au  sujet  de  Tinterpré- 
lalion  à  donner  à  l'article  .3  du  traité  de  187^1  déclarait  cju'il 
ne  voyait  personnellement  aucun  inconvénient  au  rélablis- 
semenl  des  relations  directes  enire  le  Siam  et  TAnnam.  M.  Le 
Myre  de  Vilers  se  montra  d'un  avis  totalement  opposé  et, 
sans  redouter  un  danger  (pielconque,  pour  la  sécurité  de  noire 
colonie  par  suite  d'un  ra})prochementenlre  les  deux  royaumes 
asiatiques,  il  trouvait  nécessaire  d'arrêter  l(»s  \elléilésd'éman 
cipation  de  Tu-Duc  désireux  de  restreindre  aulant  (pfil 
était  en  son  pouvoir  les  eflcts  d'un  traité  que  lui  avaient 
im|K)sé  SCS  défaites. 

Le  ministre  de  la  Marine  écrivait  au  gouverneur  le  9  sep- 
tembre 1879: 

M.  Waddington  |)onse,  coininc  moi,  qu'il  n*\  a  ])as  lien  de 
prendre  ombrage  d'un  fait  qui  ne  porle  pas  direclenieiil  atteinte 
à  l'influence  prépondérante  <pie  les  traités  de  187/i  nous  ont 
assurée.  Toutefois,  il  est  d'avis  qu'il  >  a  lieu  d'écarter  par  avance 
toute  occasion  d'intervention  du  gouvernement  siamois  dans  les 
AlTaires  de  l'Annani  dont,  seuls,  nous  devons  connaître,  et  pour 
Icscpielles  notre  compétence  exclusive  a  été  consacrée  par  la  Con- 
vention précitée. 

En  réponse  à  la  lettre  que  lui  adressait  M.  Le  Myre  de 
Vilers  le  20  septend>re,  et  dans  laquelle  le  gouverneur  ex- 
posait les  vues  que  j'indique  plus  liant,  le  ministre  de  la 
Marine  répondait  le  5  novendjre  1879: 


'J[)H  l'affaire  du  toisg-king 

La  politique  annamite,  enserrée  par  le  traité  de  1874.  clierelie 
à  éeliapper  auv  conséquences  de  sa  situation  dépendante  vis-à-vLs 
de  nous,  en  renouant  les  liens  qui  l'unissaient  aux  autres  puis- 
sances de  rExtrénie-Orient.  11  ne  peut  entrer  dans  nos  vues  el 
nos  intérêts  d'encourager  ces  tentatives  par  noire  laisser-aller  et, 
puisque  le  Gouvernement  Siamois  nous  a  demandé  si  nous  voyons 
des  objections  à  celte  reprise  de  rap|)orLs,  je  pense  que  nous 
devons  en  profiler  j)our  allirmer  de  nouveau  notre  situation  pré- 
pondérante sur  l'Annam  en  déconseillant  au  cabinet  de  Bangkok 
l'envoi  d'une  Ambassade  Siamoise  à  Hué. 


[/attitude  correcte  du  gouvernement  siamois  évita  toute 
dilTicullé;  r/esl  par  notre  intennédiairc  qu'il  envoie  ses  ca- 
deaux au  roi  d'Annain  : 

Paris,  le  38  février  188a. 

Monsieur  le  Gouveriseur  *, 

Par  lettre  en  date  du  /|  janvier  dernier,  vous  m'avez  fait 
connaître  que  le  Gouvernement  de  Siam,  désireux  de  se  délier 
des  obligations  qu'il  a  conlraclces  vis-à-vis  du  gouvernement 
annamite  par  la  réception  des  présents  portés  par  l'ambassade  de 
1879,  sollicite  notre  concours  pour  faire  parvenir  à  son  tour,  à 
Sa  Majesté  Tu-Duc  par  notre  intermédiaire  et  à  ses  frais,  st»s 
présents  el  une  lettre  autographe  du  Uoi. 

Kn  nous  choisissant  pour  intermédiaire,  le  gouvernement  sia- 
mois se  conforme  aux  traités  conclus  en  1874,  qui  interdisent 
à  l'Annam  d'entretenir  des  relations  directes  avec  toute  autre 
puissance  que  la  France. 

Je  ne  puis  que  vous  féliciter  d'avoir  réussi  à  amener  la  Cour 
de  Bangkok  à  employer  notre  intermédiaire  auprès  du  Gouver- 
nement de  Hué,  et  à  renoncer  définitivement  h  la  reprise  de  re- 
lations interrompues  entre  les  deux  pays  depuis  i83o. 

Ainsi  que  voiis  le  dites,  cette  solution  vient  terminer  très  favo- 
rablement pour  nos  intérêts  la  ligne  de  conduite  que  vous  vous 
étiez  vous-même  tracée  dans  la  lettre  adressée  par  vous  au  Dé- 
jiartement  le  19  mai  1880. 

I.  Lettre  du  minibtrc  de  la  marine  k  M.  Le  Myre  de  \  ilers. 


•ff  j(^^^»ti«r7»-T  ^v 


L  esi'A(;nk  a()() 


LES    I»lISSA?if:ES    ErROPEE>\ES 

La  qneslion   était  [)his  grave   avec    les  puissances    euro 
péennes. 

Nous  eûmes  le  plus  grand  tort  h  la  suite  du  traité  du 
i5  mai  187/1  d'écouter  les  criailleries  du  gouvernement  an- 
glais et,  en  cédant  aux  réclamations  de  ce  pays,  en  ce  qui 
concerne  rinlerdiclion  au  gouvernement  annamite  de  rien 
changer  h  Félat  de  ses  relations  avec  les  puissances  étrangères 
(Article  16  du  traité),  nous  amoindrissions  encore  les  eflels 
d'une  convention  déjà  défectueuse,  et  nous  renoncions  taci- 
tement au  principe  du  protectorat. 

Vers  le  mois  d'août  1878,  le  Chargé  d'Affaires  d'Alle- 
magne faisait  part  à  la  France  de  l'intention  de  son  gouver- 
nement d'établir  des  consuls  au  Tong-King,  à  Ilaï-phong 
notamment.  Le  précédent  créé  pour  TAnglelerre  ne  nous 
permettait  pas  de  refuser  la  demande  de  l'Allemagne. 

l'espagne 

Avec  l'Espagne,  l'affaire  se  compliqua.  L'Kspagne  envoya 
une  mission  spéciale,  dirigée  par  le  colonel  Ordonez,  chargée 
de  signer  un  traité  avec  l'Annam  : 

Le  Colonel  Ordoîïcz,  écrit  M.  Le  Mvrc  de  Vilers',  s'est  em- 
barque  à  Singa|)ore  sur  l'aviso  espagnol  Marque:  del  Dnero  qui 
est  venu  mouiller  le  19  août  en  rade  de  Saigon.  Le  personnel  de 
la  mission  de  M.  Ordonez  se  compose  d'un  attaché  an  Ministère 
des  Affaires  Ktrangères  et  de  deux  officiers  de  Marine.  J'ai  fait  le 
meilleur  accueil  à  l'envoyé,  à  son  persoimel  et  à  l'Klat-inajor  dr 
l'aviso.  M.  Ordoîiez  a  témoigné  d'ailleurs  très  visiblement  do  son 
désir  de  se  faire  bien  venir,  non  seulemonl  au  palais  du  (jou- 
vernement,  mais  encore  dans  la  colonie.  C'est  ainsi  que,  dès  le 

I.  Au  ministre  de  la  marine,  Saigon,  a'i  août  1879. 


3oO  l/\FFAmE    DU    T()\G-K!NG 

l(Mi(lomain  de  sou  arri>oe,  il  a   fuit  des  visites  à  tous  les  prinei- 
paiiv  fonction iiaires  de  Saigon. 

Los  intentions  que  le  plénipotentiaire  espagnol  m'a  exprimées 
sont  les  suivantes  :  il  comptait  passer  quatre  mois  en  Indo-C^liine, 
el  prendre,  [x»ndant  ce  temps,  la  direction  provisoire  du  Consulat 
d'Ksj)agne  à  Saigon,  conliéc  en  ce  moment  au  consul  d'Italie  en 
l'absence  d'un  titulaire.  De  Saigon  considéré  conmie  son  j)oinl 
d'allache,  l'agent  espagnol  voulait  se  rendre  successivement  à 
îlué  pour  négocier  le  traité  de  conunerce  qui  forme  l'objet  prin- 
cipal de  sa  mission,  à  Bangkok  el  à  Pbnom-Penli  j)our  saluer  les 
souverains  de  Siam  et  du  Cambodge  el  leur  |>orler  des  préiK»nt.s. 

On  déclara  à  M.  Ordoncz  qu'il  trouverait  auprès  des  auto 
rilés  le  concours  nécessaire  pour  signer  un  traité  avec  r\n- 
naui.  M.  Ordoncz  expliquait  ainsi  les  motifs  de  sa  mission 
et  les  raisons  pour  lesquelles  TEspagnc  désirait  conclure  une 
convention  commerciale  avec  TAnnam  :  «  Le  jeune  roi 
Alphonse  aurait  été  flatté  de  la  visite  des  ambassadeurs  de 
Tu-Duc  à  Madrid  et  il  Ta  témoigne,  paraît-il,  en  leur  faisant 
un  accueil  hors  de  })roportion  avec  leur  importance  cl  celle 
d(r  leur  souverain,  il  com|)lc  le  reconnaître  encore  par  d(» 
riches  présents  dont  M.  Ordonez  est  porteur  pour  la  cour  de 
Ilué.  D'autre  part,  M.  Martinez  Campos  a  été  vivement  sol- 
li<'ilé  par  les  Cubains,  ses  anciens  administrés,  de  trouver 
des  travailleurs  asiatiques  pour  remplacer  les  nègres  (jui  font 
maintenant  défaut  à  Cuba,  et  le  président  du  Conseil  aurait 
cru  que  la  conclusion  d'un  traité  autorisant  les  Annamites  à 
s'expatrier,  donnerait  à  la  colonie  les  coolies  qu'elle  réclame; 
ce  résultat  paraît  toutefois  fort  douteux  quand  on  connaît  le 
caractère  des  indigènes.  » 

Mais  à  CCS  motifs  s\ijoutait  peut-être  le  souvenir  de  la 
campagne  de  1860  faite  avec  la  France  el  le  désir  de  ne  pas 
laisser  entièrement  prescrire  l'influence  acquise  alors. 

Le  27  janvier  1880,  un  traite  était  signé  à  Hué  entre 
l'Espagne  et  l'Annam. 

En  ce  qui  concernait  le  voyage  au  Cambodge,  on  fil  ob- 


l'kspa(;m:  3oi 

server  à  M.  Ordonez  qu'il  présenlerail  de  grands  incon\é- 
nienls  cl  qu'il  élail  diilicile  à  la  France  de  Tauloriser.  D'aulre 
pari,  en  juin  1880,  M.  de  Freyci net  chargea  noire  ambassa- 
deur à  Madrid  d'appeler  l'atlenlion  du  gouvernemeni  espagnol 
sur  les  objections  que  devaient  nécessairernenl  rencontrer  les 
dém.archcs  de  M.  Ordonez.  Le  2  juillet,  le  ministre  de  la 
Marine  pouvait  écrire  au  gouverneur  de  la  Cochinchine  que 
le  Marquis  del  Pazzo  de  la  Merced  avait  accepté  la  déclara- 
tion de  noire  ambassadeur  el  la  décision  du  gouvernement 
de  la  Cochinchine. 

La  lettre  suivante  clol  Fincidenl,  qui  n'a  été  rendu  im- 
portant que  par  l'excès  de  zèle  de  l'envoyé  espagnol. 

En  effet  le  vicomte  de  Bresson,  Chargé  d'Affaires  de  France 
h  Madrid,  écrivait  (Madrid,  i/|  août  i88o)au  Président  du 
Consôil,  Ministre  des  Affaires  étrangères  : 

J'ai  rappelé  à  M.  le  Ministre  d'Ktal  que»  dans  son  entretien 
avec  M.  rAniiral  Jaurès*  au  commencenieiit  de  juin,  il  a\ail  paru 
adnicttre  complètement  la  légitimité  des  motifs  in\o(piés  par 
M.  le  Gouverneur  de  la  Cochinchine  [K)ur  s'opposer  au  voyage 
do  M.  le  Colonel  Ordofiez  à  la  Cour  du  lloi  du  (Cambodge,  el 
qu'en  conséquence  le  (îouvernement  de  la  République  avait  lieu 
d'espérer  que  des  instructions  avaient  été  envoyées  dans  ce  sens 
au  plénipotentiaire  espagnol. 

M.  Elduayen  m'a  répondu  qu'il  n'avait  rien  h  retirer  des  assu- 
rances qu'il  avait  données  à  ce  sujet  h  M.  l'Amiral  Jaurès,  et 
qu'en  effet,  [)eu  de  jours  après  avoir  traité  la  question  avec  lui, 
il  avait  adressé  lui-même  une  lettre  particulière  à  M.  le  Colonel 
Oitloriez,  jK)ur  l'inviter  à  renoncera  son  projet.  11  avait  dit  que, 
pour  sa  part,  il  n'avait  jamais  attaché  d'inqx>rtance  à  cette  vi- 
site qui,  en  tout  étal  de  cause,  ne  doail  avoir  d'autre  caractère 
que  celui  d'une  démarche  de  pure  courtoisie  vis-à-vis  du  roi 
Norodom,  el  (pie  par  suite,  il  n'avait  éprouvé  aucune  diilicullé  à 
acquiescer  à  notre  désir  de  ne  pas  la  voir  se  réaliser.  Enfin  M.  le 
Ministre  d'État  a  ajouté  que  la  mission  du  Colonel  Ordonez  se 
trouvant  terminée  par  la  signature  du  Traité  avec  l'Annam,  il 

I.  Ambassadeur  de  France  à  Madrid,  depuis  le  12  d<?cembre  1878. 


303  l'affaire    du    TONG-RINfi 

avait  reçu  l'ordre  do  revenir  en  Espagne  dès  qu'il  aurait  échangé 
les  ralilications  et  que,  selon  toute  apparence,  il  devait  ôlre 
actuellement  en  route  pour  rentrer  en  Europe. 

PROJET    d'ambassade    ANIIÏAMITE 

A  la  fin  do  1877,  le  roi  Tu-Duc  avait  envoyé  une  ambas- 
sade en  France  qui  fut  bien  accueillie  et  dont  les  membres, 
revenus  de  Paris  à  Saïgon,  sur  VAveyron,  le  2  septembre 
1878,  témoignèrent  de  la  satisfaction  qu'ils  avaient  éprouvée 
de  la  réception  qui  leur  avait  été  faite  dans  la  capitale  de  la 
France. 

Syus  le  prétexte  de  complimenter  M.  Grévy  de  l'élection 
qui  l'avait  placé  à  la  lèl<î  du  Gouvernement  français,  Tu-Duc 
fit  prévenir  le  gouverneur  de  la  Cochinchinc  par  son  mi- 
nistre des  Aflaires  étrangères  de  son  désir  d'envoyer  une 
nouvelle  ambassade  en  France.  Le  prétexte  indiqué  ne  ca- 
cliait-il  pas  l'intention  d'échapper  aussi  souvent  que  possible 

* 

à  la  tutelle  de  nos  Agents  ? 

Ces  entrevues  solennelles  '  conviennent,  en  effet,  aux  hommes 
politiques  de  l'Annam  à  divers  points  de  vue.  Us  espèrent  y 
trouver  un  moyen  de  régler  en  une  fois  certaines  questions  gé- 
nérales touchant  à  leurs  relations  avec  nous,  et  cela  en  prenant 
tout  au  plus  de  ces  engagements  de  principe  sur  lesquels  ils  excel- 
lent a  revenir  dans  la  pratique;  ils  croient  également  être,  sur 
ce  terrain,  h  l'abri  des  discussions  précises  sur  des  faits  particuliers 
où  leurs  torts  sont  trop  visibles  ;  ils  sup|)osent  enfin  qu'ils  trou- 
veront plus  faciles  et  plus  confiants  des  hommes  qui  n'ont  pas 
toujoui's  sous  les  yeux  le  s[)ectaclc  de  leur  politique  tortueuse 
et  décevante. 

LETTRE    DU    MINISTRE    ANNAMITE    DES    AFFAIRES    ÉTRANGÈRES 

Ilné,  le  5  octobre  1879. 
Le  Ministre  des  Affaires  Étrangères  du  nom  de  famille  Nguyèn, 

I.  Lettre  de  M.  Le  Myre  do  Vilors,  h  Tamiral  Janréguibcrry,  iniiiieire 
de  la  marine,  Saïgon,  ai  octobre  1^79.  —  Livre  jaune ^  p.  ia5. 


-%^m*  ^^iWfthS  ?-^  £  r  ' 


LETTRE   DU   MIMSTUE   ANNAMITE  DES   AFFAIUES  ÉTRANfiKRES      '^o'S 

a  riioimour  d'adresser  la  présente  lelln*  res|)erlneuse  \\  Son  K\- 
cellence  M.  le  Gou>eriieur  de  la  (loeliiiK'hiiie  Française. 

Alors  que  Monsieur  Philastre,  chargé  d'affaires  de  France  a 
Hué,  était  encore  ici,  il  m*a  informé  de  l'abdication  de  Tex-eni- 
pereur  des  Français*  et  de  raveneinent  de  son  successeur:  celte 
nouvelle  m'a  été  confirmée  par  M.  Uhcinart,  Chargé  d'affaires 
actuel. 

J'ai  fait  part  de  cet  avènement  à  mon  Souverain  qui,  pour 
témoigner  manifestement  ses  senliments  de  cordialité,  a  décidé 
qu'une  ambassade  partirait  pour  Paris  l'année  prochaine,  afin  de 
pn»senler  ses  félicitations  au  nouveau  souverain  et  donner  ainsi 
un  éclatant  témoignage  de  sincère  amitié. 

Sa  Majesté  fait  parvenir  \  ce  sujet  une  lettre  à  Sa  Majesté 
l'Kmpereur  des  Français^. 

J'ai  l'honneur  de  prier  votre  Excellence,  aussitôt  qu'il  aura 
été  statué  sur  la  date  à  laquelle  l'Ambassade  |)ourra  se  mettre  en 
route,  de  vouloir  bien  m'en  informer. 

Conformément  aux  ordres  de  mon  Souverain,  la  Dépêche  de 
Sa  Majesté  est  scellée  et  recouverte  d'une  cnveIop|)e  sur  la(|uelle 
une  adresse  très  lisible  a  été  écrite,  la  dite  dépêche  est  en  outre 
renfermée  dans  une  boîte  et  elle  parviendra  h  votre  Excellence 
[jar  l'interimnliaire  du  Couverneur  du  Binh-Thuan  à  qui  elle  a 
été  envoyée. 

J'ai  adressé  une  lettre  à  Monsieur  le  Chargé  d'affaires  de  France 
h  Hué,  jK)ur  lui  faire  part  de  l'envoi  de  la  iy*|H^clie  de  Sa  Ma- 
jesté. 

C'est  aussi  j)our  faire  part  de  cet  envoi  h  Votre  Excellence  que 

^*'ai  riionneur  de  lui  adresser  la  présente  lettre,  La  priant  de  vou- 
oir  bien  se  charger  de  faire  parvenir  avec  sûreté  à  son  adresse  la 
dé|>êche  précitée»,  et  l'envoi  terminé,  de  m'honorer  d'une  réj)onse, 
afin  d'être  fixé. 

Tel  est  mon  désir. 
30*  jour  8'  mois,  33*  année  de  Tt-Dic 
(5  octobre  1879). 


I.  Le  Président  do  la  République,  maréchal  de  Mac-Mahon,  qui  donna 
sa  démission,  le  3o  janvier  1879. 
a.  M.  Jules  Grév). 


3o4  i/affaire  du  to.ng-king 


LETTRE    DU    ROI    TU-DUC    AU    PRESIDENT    DE    LA    REPUBLIQUE 

Ilué,  le  5  octobre  1879. 

Sa  Majeslo  l'Empereur  d'Anna  m  a  l'honneur  d'adresser  la 
présente  dépêche  à  Sa  Majesté  l'Empereur  des  Français,  La  priant 
de  l'examiner  de  son  Palais. 

Notre  Ministre  des  AITaires  étrangères  nous  a  informé  que 
Monsieur  Philaslre,  ex-chargé  d'alTaires  de  France  à  Hué,  lui 
avait  annoncé  l'abdication  de  l'ex-Emjwreur  et  l'avènement  de 
Votre  Majestc  :  celte  nouvelle  nous  a  été  confirmée  par  Monsieur 
Uheinart,  Chargé  d'affaires  actuel. 

L'intimité  réciproque  des  deux  Gouvernements  étant  une  chose 
sacrée  (religion)  il  faut  pour  la  maintenir  être  pénétre  de  sincé- 
rité et  de  confiance  en  se  faisant  parfois  des  visites  de  réciprocité 
pour  donner  plus  de  témoignage  aux  bons  rapports. 

Un  traité  de  paix  a  été  conclu  entre  les  deux  nations  il  n'y  a 
guère  plus  de  dix  années,  mais  des  liens  d'amitié  dataient  déjà 
depuis  près  d'un  siècle.  Des  navires,  des  armes  nous  ont  été  gra- 
cieusement donnés.  Tout  cela  prouve  indubitablement  de  l'amitié 
et  le  désir  de  nous  être  utile  (nous  secourir). 

Indépendamment  décela,  les  récentes  nouvelles  que  nous  ont 
ap|X)rtées  nos  Ambassadeurs  (l'échange  des  présents)  n'ont  fait 
qu'ajouter  aux  senliments  d'intimité  ;  aussi,  quoique  séparé  par 
les  inei-s  de  plusieurs  milliers  de  lieues,  notre  souvenir  d'un  seul 
jour  est  égal  h  trois  automnes. 

Maintenant  que  votre  Majesté  est  sur  le  trône,  nous  ne  dou- 
tons pas  un  seul  instant  qu'Elle  fera,  en  toutes  circonstances, 
tous  ses  efforts  pour  maintenir  une  cordiale  amitié,  en  la  rendant 
plus  vivifiante  encore. 

Nous  venons  de  décider  qu'une  ambassade  de  courtoisie  se 
rendrait  Tannée  prochaine  à  Paris  pour  féliciter  votre  Majesté, 
afin  de  manifester  les  sentiments  de  cordialité  dont  nous  sommes 
animés  et  témoigner  de  notre  éternel  attachement. 

Nous  ne  cessons  de  former  des  vœux  pour  la  prospérité  et  la 
jouissance  de  la  France,  de  même  que  nous  comptons  sur  l'irré- 
vocable bonté  de  cœur  de  Votre  Majesté  pour  la  prospérité  et  le 
bonheur  commun  des  deux  nations. 

Les  elTorts  de  \  otre  Majesté  en  ces  diverses  circonstances  cou- 


M.     PATKNOTRE    A    PK-KING  3o5 

Iribueronl  h  la  porptHuollo  harinonir  dos  deux  nations,  co  qui  est 
do  la  plus  haute  importance. 

Tel  est  mon  fervent  désir. 

Nous  adressons  les  présentes  dépèches  à  Votre  Maj(*sté  La  priant 
de  vouloir  bien  en  prendre  clairement  connaissance. 

Pour  ce  qui  concerne  le  départ  de  l'ambassade,  je  prie  Votre 
Majesté  de  vouloir  bien  me  faire  connaître  l'époque  convenable 
à  laquelle  elle  pourra  partir  d'ici. 

33*  année  de  Tu-Duc,  8*  mois,  20*  jour 
(5  octobre  1879). 

M.  Le  Myre  de  Vilers,  dans  sa  lettre  au  Ministre  Anna- 
mite, évita  de  préjuger  Taccueil  qui  serait  fait  par  le  Gou- 
vernement de  la  République  au  projet  du  roi  Tu-Duc. 

M.    PATENÔTRE    A    PÉ-KING 

Pendant  ce  temps,  la  Légation  de  France  à  Pé-King  restait 
dans  rignorancc  la  plus  complète  de  ce  qui  se  passait  dans 
TAnnam.  Les  journaux  de  Chang-Haï  annonçaient  comme 
imminentes  l'occupation  du  Tong-King  par  les  Français  et 
la  nomination  de  Tamiral  Charles  Duperré  comme  futur 
commandant  en  chef  chargé  de  s'entendre  avec  M.  Le  Myre 
de  Vilers. 

M.  Patenôtrc  se  plaint  amèrement  de  la  situation  qui  lui 
est  faite  à  Pé-King,  à  M.  Waddington,  ministre  de^  Affaires 
Étrangères  (28  février  1880)  : 

J'ai  déjà  pris  la  liberté  de  signaler  à  plusieurs  reprises  les  sérieux 
inconvénients,  résultant  de  l'ignorance  où  Ton  est  presque  toujours 
à  Pé-King  de  la  ligne  |X)litique  suivie  par  le  Département  des  Co- 
lonies, vis-à-vis  de  l'A nnam.  J'ai  montré  les  contradictions  inévi- 
tables qui  en  sont  la  cons('îquence,  —  l'envoi  en  Chine,  par  exemple., 
d'une  ambassade  annamite,  considérée  à  Saigon  comme  sans  im- 
portance, alors  que  la  Légation  la  dénonçait  comme  un  acte  de 
vassalité  parfaitement  caractérisé.  —  les  trou[)es  impériales,  laissiVs 
libres  de  faire  la  police  du  Tong-King,  alors  que  M.  de  Ro- 
chechouart  était  invité  par  le  Département  à  notifier  au  Tsoung-li 

CoRDiRR.  II.  —  ao 


3o0  i/aFFAIRE    DL    TOXG-RING 

Yamcn  notre  forme  résolnlioii  «  de  ne  pas  reconnaître  à  d'autres 
(juW  nous-mcnies  le  droit  de  rétablir  i ordre  »  dans  les  états  de  Tu 
Duc.  J'ai  rappelé  à  ce  propos  que  M.  Brenîer  de  Monlmorand, 
tout  en  constatant  l 'opportun iU'î  qu'il  y  aurait  à  demander  des 
explications  catégoriques  au  Cabinet  de  Pé-King  pour  la  viola- 
tion de  la  frontière  annamite,  avait  cru  devoir  s'abstenir  de  toute 
démarche  de  ce  genre,  vu  la  presque  certitude  où  il  était  de 
n'être  point  soutenu  dans  ses  réclamations  par  rx\dministration 
Coloniale.  J'ai  dû,  pour  les  mêmes  raisons,  —  ainsi  que  je  l'ai 
écrit  à  Votre  Excellence,  laisser  passer  sans  protestations  les  dilTé- 
rents  décrets,  insérés  récenmient  à  la  Gazette  de  Pé-King  et 
destinés  à  réveiller  le  souvenir  d'une  suzeraineté,  dont  le  traité 
du  i5  mars  187/1.  avait  précisément  pour  objet  d'eflacer  les  der- 
niers vestiges. 

J'ajoutais  que  notre  inaction  prolongée  ne  pouvait  manquer 
d'encourager  la  Chine  dans  une  voie  de  revendic<ition  où  elle  no 
rencontrait  aucun  obsliicle  et  qu'il  était  assez  naturel  qu'elle  eût 
quelque  peine  à  croire  à  la  réalité  d'un  protectorat  qui,  jusipi'ici, 
ne  s'était  alTirmé  que  dans  des  protocoles.  Un  incident,  qu'il 
convient  de  réduire  à  de  justes  proportions,  mais  sur  lequel  je 
crois  néanmoins  utile  d'appeler  l'attention  de  Votre  Excellence, 
semblerait  prouver  que,  dans  cet  ordre  d'idées,  les  illusions  du 
Ciouvernement  Impérial  sont  peut-être  plus  grandes  encore  qu'on 
ne  le  suppose. 

Le  19  février,  le  coi*ps  diplomatique  s'était  rendu  au  Tsoung-li 
Vamen,  j>oin'  présenter  ses  compliments  au  Prince  Koung,  à 
l'occasion  du  jour  de  Tan  chinois.  Au  moment  où  nous  prenions 
congé  de  Son  Altesse,  un  des  membres  du  Yamen  s'approcha  de 
M.  Devéria  et  le  pria  de  différer  son  départ  de  quelques  instants, 
en  ajoutant  qu'on  avait  une  communication  à  lui  faire  ;  la  même 
prière  fut  adressée  à  M.  Arendt,  premier  interprète  de  la  Léga- 
tion d'Allemagne.  M.  Arendt  et  M.  Devéria  ayant  été  conduits  à 
la  salle  ordinaire  des  Conférences,  un  des  Secrétaires  du  Yamen 
(ils  étaient  alors  au  nombre  de  quatre)  remit  à  l'interprète  alle- 
mand un  pli  sans  suscription  en  lui  disant  :  <c  Voici  la  note 
Yçrbale  que  vous  nous  avez  demandée.  »  M.  Arendt  semblait 
ignorer  ce  dont  il  s'agissait  :  il  prit  la  pièce  qu'on  lui  tendait  et 
se  mit  en  devoir  de  la  parcourir.  Un  des  autres  mandarins,  se 
tournant  alors  vers  M.  Devéria,  lui  dit  à  haute  voix  :  «  Les 
journaux  parlent  de  vos  projets  sur  le  Tong-King.  Avez-vous  lu 
l'article  qui  a  paru  récemment  dans  le  Chen-Pao  ?»  H  lui  pré- 


M.     PATKNÔTRE    A     PK-MNG  807 

sentait  on  m<>nie  loinps  un  papior  sur  locpiol  étaient  Iranscrilos 
quelques  lignes,  dont  je  donne  ci-après  la  traduction  : 

«  Le  Chen-Pao  du  2*  jour  de  la  13"  lune  (i3  janvier  1880) 
public  les  détails  suivante,  extraits  d'un  journal  français  : 

«  La  France  désire  l'ouverlurc  du  Song-Koy  à  la  navigation  ; 
ce  fleuve  est  en  communication  avec  le  Yun-Nan. 

a  Le  Gouvernement  Annamite  n*y  a  pas  encore  consenti,  mais 
la  France  l'y  contraindra  certainement.  Si  la  France  n'obtenait 
pas  ce  qu'elle  désire,  les  deux  Etats  cesseraient  d'être  d'accord  et 
une  guerre  ne  manquerait  pas  de  s'ensuivre.   » 

M.  Devéria,  assez  surpris  de  voir  la  conversation  s'engager  sur 
ce  terrain,  en  présence  de  l'interprète  allemand,  répondit  qu'il 
ignorait  ce  qui  avait  pu  motiver  l'article  mentionné  par  le 
Chen  Pao,  que  le  rédacteur  de  cette  note  était  vraisemblablement 
assez  mal  renseigné,  puisqu'il  paraissait  ne  pas  savoir  que  la  libre 
navigation  du  Song-Kov  était  sjx^ciiiée  dans  notre  traité  avec 
TAnnam,  que  l'acte  de  1874  ayant  été  communiqué  olïiciellemenl 
au  gouvernement  chinois,  le  Tsoung-li  Yamen  devait,  d'ailleurs, 
être  depuis  longtemps  fixé  à  cet  égard,  et  qu'il  ne  comprenait 
pas  trop  pourquoi  une  semblable  question  lui  était  posée.  » 

Le  Secrétaire  chinois  répondit  d'un  ton  assez  embarrassé  «  que 
«  cet  article  avait  été  signalé  à  l'attention  du  Yamen  par  le 
«  D'  Martin  (Directeur  du  Collège  de  Pé-King)  et  qu'en  raison 
a  des  liens  de  vassalité  qui  rattachaient  l'Annam  à  la  Chine,  le 
«  Grouvemement  Impérial  ne  pouvait  manquer  de  s'intéresser  à 
«  ce  qui  concernait  le  Tong-King.  » 

Le  premier  Interprète  de  la  Légation  jugea  prudent  de  couper 
court  à  vine  discussion  qui  s'ouvrait  dans  des  conditions  aussi 
délicates  et  se  contenta  de  renvoyer  encore  une  fois  son  interlo- 
cuteur au  traité  de  1874.  L'entretien  en  resta  là  et  M.  Devéria 
partit  avec  M.  Arendt  sans  qu'un  seul  mot  fût  échangé  entre  eux 
au  sujet  de  cet  incident. 

Mais  le  fardeau  des  affaires  de  Chine  allait  passer  sur  les 
épaules  de  M.  Bourée  qui  arrivait  avec  un  plan  arrôlé  <\ 
Paris. 


CHAPITRE  XV 

L'AFFAIRE  DU  T0N6-KIN6 

(Suite.) 

M.  Bourée  était  arrivé  à  Pé-King  le  12  juin  1880*;  avant 
son  départ,  à  la  fin  du  ministère  Waddington,  un  plan  de 
conduite  lui  avait  été  tracé  par  la  direction  politique.  Il 
était  convenu  que,  dès  que  les  circonstances  le  permettraient, 
une  démonstration  aurait  lieu  à  l'entrée  de  la  rivière  de 
Hué,  au  moment  où  la  Chine  était  occupée  ailleurs  (affaire 
de  Kouldja),  qu'un  envoyé  se  rerrdrait  à  la  cour  de  Tu-Duc 
et  que  par  un  coup  de  main,  la  vallée  du  Fleuve-Rouge 
serait  occupée  par  nos  troupes  au  nom  de  TAnnam.  L'ordre, 
rétabli  par  la  France,  au  Tong-King,  rendrait  dorénavant 
inutile  le  recours  du  souverain  de  Hué  à  la  Chine  :  c'était  le 
plan  de  Tamiral  Jaurcguiberry,  ministre  de  la  Marine. 
iM.  Waddington  se  retirait  le  27  décembre  1879  et  était 
remplacé  par  M.  de  Freycinct. 

M.    DE    FREYCINET. 

Le  nouveau  ministre  des  affaires  étrangères,  M.  de  Frey- 
cinet,  écrivait  en  janvier  1880  à  M.  Patenôtre  : 

a  11  faut  surtout,  disait-il  en  substance,  ne  rien  faire  qui  puisse 
nous  exposer  à  un  conflit  avec  lo  Céleste  Empire,  car  si  le  fait 

I .  Voir  p.  i46. 


»  «■ 


(lovait  se  produire,  la  somme  des  dangers  el  des  sacrifices  aux- 
quels nous  pourrions  être  entraînés,  dépasserait  tellement  les 
avantages  qu*il  y  aurait  h  attendre  de  notre  entreprise,  au  Tong- 
King,  que  le  plus  sage  serait  peut-être  d*y  renoncer  tout  à  fait.  » 

Cependant,  M.  de  Freycinet  ne  tardait  pas  à  se  rallier 
aux  idées  de  l^amiral  Jaiiréguiberry  auquel  il  écrivait  : 

Paris,  le  26  juillet  1880. 

D'après  l'étude  de  nouveaux  documents  sur  le  Tong-Ring,  je 
crois  que  votre  première  idée  d'occupation  de  ce  pays  était  plus 
juste  que  c^lle  d'une  simple  police  des  embouchures  du  fleuve, 
à  laquelle  s'est  rallié  le  Conseil  des  Ministres.  A  mon  sens,  il 
faudrait  en  revenir  à  la  pensée  d'une  véritable  expédition  al>ou- 
tissant  à  une  solide  occupation  du  fleuve  jusque  dans  sa  partie 
supérieure.  D'après  les  derniers  témoignages  qui  m'ont  été  four- 
nis, 3  000  hommes  suiïiraient,  et  l'on  serait  largement  rémunéré 
des  frais  par  le  produit  de  la  douane  sur  les  ports  de  commerc*» 
sur  le  fleuve.  Il  n'y  aurait  aucune  complication  à  redouter  du 
côté  de  la  Chine,  qui  peut-être  même  verrait  volontiers  qu'on  la 
soulageât  de  la  police  intermittente  qu'elle  fait  actuellement  aux 
embouchures  pour  protég^er  son  commerce  de  Canton  *. 

M.  Bourée,  en  passant  à  Saigon,  vit  M.  Le  Myrc  de  Vi- 
lers,  qui  avait  d'ailleurs  ses  idées  personnelles  sur  la  poli- 
tique à  suivre  au  Tong-King  ;  il  était  partisan  de  l'annexion 
de  portions  successives  de  territoire,  mais  non  d'une  conquête 
en  bloc.  Ce  plan  a  admirablement  réussi  aux  Russes  en 
Transcaspie,  mais  dans  cette  région,  rien  ne  pouvait  contre- 
carrer les  projets  de  Tenvahisseur,  tandis  que  dans  TAnnam, 
nous  avions  à  craindre,  nous  avions  même  subi,  l'ingérence 
de  puissances  étrangères. 

NOUVEAU    TRIBUT    ANNAMITE,     1880-I 

Le  roi  Tu-Duc  continuait  à  resserrer  de  plus  en  plus  ses 
I.  Livre  jaune.  Affaire  du  Tonkin,  187!,  décembre  i88a,  p.  i56. 


3lO  L  AFFAIUE    DU    TONG-KI.NG 

liens  de  vassalité  envers  la  Chine  et  nous  avons  vu  que 
malgré  nos  efforts,  il  avait  envoyé  le  tribut  en  1877;  en 
1880,  il  écrit  au  Gouverneur  du  Kouang-Si  pour  savoir  à 
quelle  époque  le  tribut  devra  franchir  la  frontière. 

Tchang  Chou-Cheng*,  gouverneur  de  la  province  du  Kouang- 
Si  (récemment  nommé  Vice-roi  du  Kounng-Si  et  du  Kouang- 
Toung),  s'agenouille  pour  rapporter  à  la  Cour  que  le  roi  de  Viet- 
nam (Cochinchine),  devait  faire  parvenir  son  tribut  l'année  du 
cycle  Iling-se',  demande  qu'on  lui  fasse  savoir  à  quelle  époque 
ce  tribut  devra  franchir  la  frontière.  En  conséquence  de  cette 
démarche,  Tchang  Chou-Cheng  lève  les  yeux  vers  Leurs  Majestés 
en  leur  demandant  des  instructions  : 

Moi,  Tchang  Chou-Cheng,  j'ai  reçu  du  roi  Nguyén-phuoc-thi  ' 
(Tu-Duc)  une  missive*,  dans  laquelle  ce  prince  me  dit  qu'à 
l'époque  à  laquelle  il  doit  faire  parvenir  (à  Pé-King)  le  tribut 
réglementaire  tombe  la  septième  année  du  règne  de  l'Empereur 
Kouang-Siu,  c'est-à-dire  l'année  du  cycle  Iling-se,  que  les  règle- 
ments lui  imposent  de  choisir  des  fonctionnaires  assistanls  ^ ,  i^ur 
apporter  respectueusement  les  objets  déterminés  par  l'Etiquette  ; 
désireux  de  savoir  en  quel  mois  et  quel  jour,  il  leur  sera  permis 
de  franchir  la  frontière,  il  me  demande  une  réponse  à  la  teneur 
de  laquelle  il  se  conformera. 

Telle  est  la  communication  que  m'a  faite  ce  prince. 

Les  règlements  établissent  que  tous  les  quatre  ans,  le  Viet- 
Nam  (la  Cochinchine)  doit  apporter  son  tribut  ;  c'est  l'année 
prochaine  que  tombe  cette  échéance,  aussi  le  roi  attend-il  des 
instructions.  Je  me  fais  un  devoir  de  rapporter  ces  faits  à  la  Cour 
en  lui  demandant  h  quelle  époque,  l'année  prochaine,  elle  vou- 

I.  Gazette  de  Pé-King,  5  mai  1880. 

3.  L*année  du  cycle  Hing-so  ne  commencera  que  le  3o  janvier  1881. 

3.  Nom  sous  lequel  Tu  Duc  a  reçu  de  la  Chine  son  investiture  h  Hue 
en  i849' 

4.  La  forme  de  correspondance  dont  s'est  servi  le  roi  Tu-Duc,  en  écri- 
vant au  gouverneur  du  Kouang-Si,  est  employée  en  Chine  par  un  inférieur 
vis-à-vis  de  son  supérieur.  La  communication  que  doit  lui  adresser  le 
gouverneur  et  à  laquelle  il  est  fait  allusion  plus  loin,  Tchao  //ouei,  est 
usitée  dans  la  correspondance  d'égal  à  égal. 

5.  Terme  sous  lequel  le  gouvernement  chinois  désigne  d'une  manière 
générale  les  ministres  dos  États  vassaux. 


.m)i;m:\l    tuiiu  t    xnnvmitk  .'^ii 

cira  bien  perincltre  auv  ronctioiuiairc^  do  ce  roNaiiinc  d'rntror  à 
Pc-King.  Do  la  sorte  je  pourrai  délermiiicr  la  date  h  laquelle  ils 
devront  passer  la  frontière  et  en  donner  communication  *  au 
roi,  pour  sa  gouverne. 

C'est  conjointement  avec  Yu-Kouan,  vice-roi  intérimaire  des 
deux  Kôuang,  que  nous  venons  nous  adresser  respectueusement 
à  la  Cour  et  conformément  aux  Rites  le  présent  rapport  auquel 
nous  annexons  la  copie  de  la  lettre  originale  que  m'a  écrite  le 
dit  roi,  afin  que  Vos  Majestés  daignent  y  jeter  les  yeux. 

Nous  supplions  Leurs  Majestés  les  Impératrices  etTEmpercur  d(î 
vouloir  bien  prendre  en  considération  notre  respectueuse  requête. 

Les  Membres  du  Conseil  Privé  ont  reçu  le  décret  suivant  : 
«  Nous  ordonnons  qu'il  soit  adressé  une  communication  au  dit 
roi,  en  lui  enjoignant  d'observer  ce  qui  s'est  pratiqué  jusqu'ici  ^, 
quant  à  l'époque  fixée  pour  le  passage  de  la  frontière. 

Respectez  ceci  '. 

Le  ministre  de  la  marine  et  des  colonies,  se  rendant  compte 
do  rimportance  de  cette  démarche,  écrivait  (5  juin  1880) 
au  gouverneur  de  la  Cochinchine  : 

«  J'estime  que  nous  devons  faire  tous  nos  efforb  pour  détour- 
ner indirectement  le  Gouvernement  annamite  de  son  projet  : 
dans  ce  but,  vous  inviterez  M.  Rheinart  à  représenter  à  la  Cour 
de  Hue  que  la  France,  sans  y  opposer  d'objection  formelle,  ver- 
rait d'un  mauvais  œil  l'envoi  d'une  mission  à  Pé-King.  11  est  très 
probable  que  si  notre  Chargé  d'Affaires  s'exprime  en  ce  sens  avec 
l'énergie  et  la  prudence  nécessaires,  les  Ministres  de  Tu-Duc 
réfléchiront  plus  mûrement  à  la  démarche  qu'ils  méditent  et 
mettront,  dans  son  exécution,  des  lenteurs  et  des  délais  qui  ne 
peuvent  que  tourner  à  notre  avantage,  en  nous  permettant  de 
gagner  le  moment  où  nous  pourrons  nous  occuper  sérieusement 
de  la  revision  des  traités  de  1874-  » 

M.  Le  Myre  de  Vilcrs  se  procurait  les  lettres  que  les  cn- 

I.   Tchao  Iloueit  forme  de  correspondance  usitée  d'égal  à  égal. 

a.  En  1873,  le  tribut  annamite  a  passe  la  frontière  le  37  avril;  en 
1877,  >^  ^*^  passée  le  18  septembre. 

3.  Pour  traduction  certifiée  conforme  :  le  i^c  interprète  de  la  légation, 
signé  :  G.  Devéria. 


3 


12  L  AFFAIRE    DU    TONG-MNG 


voyes  annamites  étaient  chargés  de  porter  à  TEmpereur  de 
Chine  : 

Saigon,  le  i5  Octobre  1880. 

J'ai  rhonneiirde  vous  adresser  ci-joint,  copie  de  deux  lettres 
écrites  par  le  Roi  d*Annam  à  TEmpereiir  de  Chine,  à  qui  elles 
doivent  être  présentées  par  une  ambassade  en  route  pour  Pé-King. 

INous  pouvons  constater  en  lisant  ces  pièces  que  la  cour  de 
Hué  tourne  ses  regards  et  ses  espérances  du  côté  de  la  Chine  et 
que  le  Roi  Tu-Duc  attend  de  son  suzerain,  le  Céleste  Empereur, 
la  baute  protection  demandée  par  les  ci rscon stances  pour  le  pré- 
sent et  dans  Tavenir.  Je  crois  devoir  signaler  ce  fait  h  l'attention 
spéciale  du  Département. 

Par  Tarticle  III  du  traité  du  i5  Mars  1874.  le  Roi  d'Annani 
s'est  engagé  à  ne  rien  changer  aux  relations  diplomatiques  exis- 
tantes. L'envoi  des  ambassades  triennales  étant  un  usage  ancien, 
nous  n'avions  pas  eu  à  nous  occuper  d'un  acte  politique,  qui 
n'avait  rien  d'inquiétant  pour  nous. 

Mais  dans  l'article  II  du  même  traité,  en  prometliint  notre  pro- 
tection, nous  avons  reconnu  l'entière  indépendance  de  notre 
protégé  vis-à-vis  de  toute  Puissance  étrangère.  Tout  acte  de  vas- 
salité est  une  violation  de  cet  article,  qui  lie  le  souverain  d'An- 
nam  envers  nous. 

Les  lettres  otTicielles  portées  par  les  ambassadeurs  me  semblent 
porter  atteinte  au  traité,  car  elles  présentent  un  caractère  de 
reconnaissance  de  la  suzeraineté  de  la  Chine;  de  plus,  l'interven- 
tion à  laquelle  elles  font  appel,  pourrait  nous  créer  de  graves 
difficultés.  Une  armée  chinoise  a  été  chargée  l'année  dernière  de 
réprimer  une  insurrection  au  Tong-R'ing  et  je  vous  ai  rendu 
compte,  dans  mes  dépèches  antérieures,  des  complications  qui 
pouvaient  en  résulter. 

Il  me  parait  donc  nécessaire,  M.  le  Ministre,  de  soumettre  ces 
considérations  et  ces  documents  à  votre  haute  appréciation,  afin 
que  le  gouvernement  français  puisse  faire  connaître  ses  intentions. 

Peut-être  y  aurait-il  lieu  de  prévoir  les  mesures  qu'il  faudrait 
prendre  pour  éviter  l'envoi  futur  de  semblables  ambassades  qui 
sont  la  négation  de  notre  Protectorat. 

Voici  le  texte  du  Mémoire  adressé  par  le  roi  d'Annam  à 
PEmpereur  de  Chine  : 


I"^." 


(iVZKTTE    1)K    IM:M>«;,     'iJ    DKr.r.MllU!:     i8So  ^I.*^ 

GAZETTE    DE    PERING,     25    DÉCEMBRE     1880 

JouAN  Fou-cheii*,  roi  d'Annam,  se  prosterne  humblement  ol 
adresse  le  mcmoirc  suivant  à  l'Empereur  au  sujet  de  IVinoi 
prochain  du  Tribut  et  des  préparatifs  qui  sont  respectueusement 
faits  pour  réunir  les  caisses  qui  doivent  les  contenir, 

V.  M.  a  toujours  daigné  accorder  rinvestitûre  des  grâces  par- 
ticulières aux  souverains  de  mon  pays  qui  depuis  longtemps  fait 
partie  des  royaumes  tributaires  de  la  Chine,  ^ous  avons  reçu  autre- 
fois Tordre  impérial  d'apjwrter  le  tribut,  une  fois  tous  les  quatre 
ans  :  c'est  une  règle  établie  pour  T  éternité:  aussi  lorsque  l'époque 
d'offrir  ce  tribut  arrive  nous  devons  respectueusement  nous  con- 
former aux  règlements. 

Comme  Tannée  prochaine  est  Tépoque  fixée  pour  offrir  le  tri- 
but, j'ai  écrit  le  8  du  i*""  mois  de  la  6'"  année  de  kouang-Siu 
(17  février  1880)  au  Gouverneur  de  la  province  du  Rouang-Si,  en 
le  priant  de  vouloir  bien  faire  part  h  V.  M.  de  ma  comnumicalion. 

J'ai  reçu  dans  la  suite  l'avis  que  les  passes  de  la  frontière  (chi- 
noise) seraient  ouvertes  le  i"  du  9*^  mois  de  celte  année  (4  octo- 
bre 1880). 

Ayant  appris  la  volonté  de  V.  M.  je  me  suis  respectueusement 
inclinée. 

Les  montagnes  et  les  cours  d'eau  de  TAnnam  sont  immobiles 
et  reçoivent  les  ordres  de  Votre  Dynastie;  tous  les  royaumes  tribu- 
taires ne  demandent  qu'à  aller  vous  offrir  tribut  continuellement. 

L'époque  du  tribut  étant  arrivée,  j'éprouve  le  plus  vif  désir  de 
me  conformer  aux  règlements  et  d'aller  >ous  l'offrir,  afin  que 
V.  M.  daigne  s'ajjercevoir  de  la  sincérité  de  mon  respect  et  de  mon 
obéissance t  et  pour  que  mon  humble  pays  puisse  mettre  au  jour 
les  sentiments  de  respectueuse  amitié  qu'il  a  pour  elle. 

Je  me  suis  conformé  avec  respect  aux  régies  que  doivent  suivre 
les  princes  vassaux  et,  de  loin,  j'ai  les  yeux  fixés  sur  Votre  Cour. 
Je  remets  diligemment  les  objets  du  tribut  de  1881  âmes  minis- 
tres Jouan-chou  et  autres  qui  iront  les  offrir  et  j'attends  hum- 
blement que  V.  M.  daigne  les  recevoir. 

Outre  que  j'adresse  ce  mémoire  à  V.  M.  je  premls  la  lil3erté 
de  lui  présenter  un  placet.  J'attends  avec  respect  les  ordres  de 
V.  M.  et  espère  qu'elle  voudra  bien  y  jeter  les  regards. 

I.  Nom  chinois  de  Tu-Duc. 


?nf\  r/AFFMRK    DU     TONC-KINC. 

J'envoie  trois  de  mes  Ofliciers,  les  nommés  Joiian-chou,  ïclien 
Tcliing-lien  et  Jouan-lchouan,  cl  présente  la  liste  suivante  des 
objets  composant  le  tribut  : 

2  dents  d*éléphant. 

2  cornes  de  rhinocéros. 

45  livres  de  noix  d'arec. 

45  livres  de  graines  de  Paradis. 

600  onces  de  Sou-cliiang  (parfum  provenant  d'un  arbre  rési- 
neux). 

3oo  onc«s  de  bois  d'aloès. 

100  pièces  de  satin  indigène. 

100  pièces  de  soie  indigène. 

100  pièces  de  taffetas  indigène. 

100  pièces  de  toile  indigène. 

Les  Membres  du  Conseil  Privé  ont  reçu  un  Décret  acquiesçant 
à  ce  Mémoire  * . 

Le  ministre  de  France  écrivait  (Pé-King,  27  décembre 
1880)  : 

«  Des  renseignements  que  je  tiens  d'ime  source  confidentielle 
mais  sûre,  m'autorisent  d'ailleurs  à  penser  que  le  roi  Tu-Duc  ne 
s'est  pas  borné  à  des  démonstrations  purement  platoniques  et  que 
la  mission  de  ses  ambassadeurs  ne  se  rapporte  pas  uniquement  h 
des  questions  de  cérémonial  et  d'étiquette.  Il  me  revient,  on 
effet,  qu'outre  le  mémoire  publié  dans  les  journaux  officiels,  il 
en  existe  un  autre  d'une  nature  très-confidentielle,  destiné  à  sol- 
liciter l'appui  matériel  de  la  Chine  contre  les  vues  envahissantes 
que  l'on  nous  attribue,  dont  ferait  foi  la  campagne  ouverte 
depuis  plusieurs  mois  dans  la  presse  française,  et  qui  mettrait  en 
péril  l'intégrité  de  l'Annam.  » 

Le  ministre  de  la  Marine  et  des  Colonies  télégraphiait 
tardivement  le  28  décembre  1880  au  Gouvernement  de  la 
Cochinchine  : 

Exercer  pression  sur  cour  Ilué  pour  empêcher  départ  ambas- 
sade pour  Chine. 

I.  Pour  traduction  conforme  :  le  i*"*  interprète/?,  i.,  P.  Ristblhueber. 
—  Livre  jaune f  p.  180-181. 


Uien  ne  put  arrêter  Tambassade  annamite.  M.  Ikuin'e 
(Pé-King,  12  juillet  1881)  en  annonça  l'arrivée  dans  la 
capitale  de  la  Chine  «  sans  grand  bruit  »  le  3ojuin  1881. 
Elle  avait  franchi  la  frontière  du  Kouang-Si  le  [\  octobre 
1880,  mettant  neuf  mois  pour  faire  le  voyage  ;  elle  se  com- 
posait de  Jouan-chou,  Jouan-tchouan,  Tchen  Tching-lien, 
de  huit  officiers  subalternes  et  neuf  gens  de  service. 

LE    MARQUIS    TS'ÊNG 

Nous  avons  lu  au  commencement  du  récit  de  cette  affaire' 
la  lettre  adressée,  le  10  novembre  1880,  par  le  marquis 
Ts'êng  à  M.  Barthélémy  Saint-Hilaire*,  ministre  des  Affaires 
étrangères. 

Le  ministre  des  Affaires  étrangères  écrivit  (Paris,  26  no- 
vembre 1880)  à  M.  Bourée  : 

J*ai  reçu  du  M'*Ts'éng  une  communication  dont  je  crois  devoir 
vous  adresser  la  copie  sous  ce  pli.  Elle  est  relative  aux  rapports 
de  la  France  avec  le  royaume  d'Annam  et  annonce,  au  sujet  des 
prétentions  de  la  Chine  à  la  suzeraineté  de  ce  dernier  état,  une 
théorie  qu'il  nous  est  impossible  d'admettre,  vous  le  savez. 

Notre  traité  du  i5  mars  1874  avec  le  Roi  d'Annam,  en  pro- 
mettant à  ce  souverain  notre  Protection,  a  reconnu  son  entière 
indépendance  vis-à-vis  de  toute  Puissance  étrangère.  Tout  acte 
de  vassalité  de  sa  part,  toute  prétention  à  la  suzeraineté  de  TAn- 
nam  de  la  part  d'une  tierce  Puissance  serait  donc  en  contradic- 
tion directe  avec  notre  Traité,  et,  par  conséquent,  avec  les  droits 
en  découlant  pour  nous. 

Cette  observation  me  parait  d'autant  plus  opportune  que  le 
Ministre  de  la  Marine  vient  de  recevoir  du  Gouverneur  de  la 
Cochinchine  le  texte  de  deux  lettres  adressées  à  l'Empereur  de  la 
Chine  par  le  roi  Tu-Duc,  destinées  à  être  présentées  à  la  Cour 
de  Pé-King  par  une  solennelle  ambassade  annamite,  et  contenant 

I.  Voir  p.  242. 

a.  M.  Barthélémy- Saint  Ililairo  avait  remplacé  M.  do  Freycinel,  le 
a3  septembre  1880,  comme  minisire  des  aflaircs  étrangères. 


3i()  l'affaiui:  du  tong-mnc. 

dos  expressions  qui  impliquent  de  la  part  du  Roi,  noire  protégé, 
en  dépit  de  ses  obligations  formelles  envers  nous,  la  reconnais- 
sance des  prétendues  prérogatives  du  Céleste  Empire...  *. 

D'accord  avec  Tamiral  Cloué,  ministre  de  la  Marine, 
M.  Barthélémy  Saint-IIilairc  fit  celte  réponse  au  marquis 
Ts'êng. 

Paris,  le  27  décembre  1880. 

Monsieur  le  Ministre,  vous  m'avez  fait  rhonneur  de  ni*écriro 
de  St.  Pétersbourg  sous  la  date  du  10  Novembre  pour  me 
demander  des  renseignements  sur  l'état  actuel  des  rapports  de 
la  France  avec  le  Ïong-King  et  vous  avez  bien  voulu  me  rappeler 
les  termes  d'une  conversation  qui  a  eu  lieu,  sur  le  même  sujet, 
entre  mon  prédécesseur  et  vous  dans  les  premiers  jours  de  Tan- 
née courante, 

Nos  rapports  avec  le  Tong-King  sont  réglés  par  le  Traité  conclu 
le  i5  Mars  1874,  entre  la  République  Française  et  l'empire 
d'Annam,  dont  le  Tong-King,  vous  ne  l'ignorez  pas  est  une  dépen- 
dance. 

En  vertu  de  l'art.  3  de  cet  acte  solennel,  la  France  a  reconnu 
l'entière  indépendance  du  souverain  de  l'Annam  vis-à-vis  de 
toute  puissance  étrangère,  quelle  qu'elle  soit,  lui  a  promis  aide 
et  assistance  et  s'est  engagée  à  lui  donner  tout  l'appui  nécessaire 
pour  maintenir  dans  ses  états  l'ordre  et  la  tranquillité;  enfin 
pour  le  défendre  contre  toute  attaque.  Je  dois  ajouter  que  le 
même  traité  a  placé  sous  la  protection  de  la  France  les  intérêts 
européens  en  Annam. 

L'acte  dont  je  viens  d'indiquer  les  principales  clauses  a  été 
communiqué  en  son  temps  aux  différents  Gouvernements  qu'il 
pouvait  intéresser.  La  Cour  de  Chine  en  particulier  en  a  reçu 
notification  par  l'entremise  de  la  Légation  de  France  à  Pé-Ring  ; 
les  relations  du  Gouvernement  de  la  République  avec  l'Annam 
et  ses  différentes  provinces  se  trouvent  depuis  lors  définies  avec 
une  précision  suffisante  et  je  ne  doute  pas  que  M.  de  Freycinel  à 
l'entretien  amical  de  qui  vous  vous  êtes  référé,  ne  vous  ait  donné 
avant  moi,  des  explications  parfaitement  concordantes  avec  le 
texte  du  traité  qui  détermine  les  droits  et  les  obligations  de  la 

I.  Livre  jaune^  p.  161. 


"♦; 


l.V.    MARQUIS    TS  l':N(i  'Air 

France.  Je  ne  fais  pas  dillicullé  de  vous  assurera  mon  tour  ((ue 
le  (jouvernement  de  la  République  a  l'inlenlion  de  se  conlbr- 
mer  aux  stipulations  du  Traité  de  1874  et  de  remplir  les  obli- 
gations qui  peuvent  en  découler  pour  lui. 

Il  comprend  sans  peine  Tintérètque  la  Cour  de  Pé-Ring  attaclie, 
comme  nous-mêmes,  au  maintien  du  bon  ordre  dans  une  con- 
trée voisine  de  la  frontière  du  Céleste  Empire,  et  il  appliquera 
tous  ses  eiîorts  à  empêcher  qu'aucune  difiiculté  ou  aucun  malen- 
tendu ne  s'élève  de  ce  chef  entre  la  France  et  le  Gouvernement 
Impérial  Chinois  ' . 

A  la  suite  d'une  conversation  du  marquis  Ts'êng  avec  le 
général  Chanzy,  ambassadeur  de  France  à  Saint-Pétersbourg, 
M.  Barthélémy  Saint  Hilaire,  ministre  des  Aflaires  étran- 
gères, écrivait  (Paris,  21  janvier  1881)  à  ce  dernier  : 

Je  constate,  d'ailleurs,  avec  satisfaction  que  le  Manjuis Ts'èng 
est  convenu  des  avantages  que  doit  assurer  à  la  Chine  elle-niême 
le  maintien  du  bon  ordre  sur  sa  frontière  méridionale,  grâce  k 
la  sécurité  que  l'exercice  du  Protectorat  français  est  destiné  à 
garantir  dans  la  péninsule  annamite. 

L'heure  des  résolutions  énergiques  est  proche,  l'amiral 
Cloué,  ministre  de  la  Marine  et  des  Colonies,  adresse  la  lettre 
suivante  à  M.  le  Myre  de  Vilers,  gouverneur  de  la  Cochin- 
chine  : 

Paris.  3i  avril  1881. 

Monsieur  le  Gouverneur, 

Le  moment  est  venu,  vous  le  savez,  d'introduire  dans  nos  re- 
lations avec  la  cour  de  Hué  les  modifications  importantes  qu'a 
eues  en  vue  le  Parlement  lorsqu'il  a  mis  à  la  dis|)osition  du 
Département  les  crédits  nécessaires  à  cette  intervention. 

Les  récentes  corresjK)ndances  de  M.  le  Gouverneur  p.  i.  de  la 
Cochinchine  apportent  chaque  jour  de  nouvelles  preuves  de  la 
mauvaise  volonté  avec  laquelle  le  Gouvernement  annamite  ac- 
cueille sans  cesse  nos  nTÏamations  justifiées  et  basées  sur  les 
termes  des  traités  de  1874.  Il  convient  donc  de  couper  court  au\ 

I.  Livre  jaune t  p.  i64-i65 


3i8  l'affaire  du  toxg-king 

(lifTicullés  nouvelles  qui  poinraient  surgir  de  ce  chef,  en  plaçant 
la  cour  de  Hué  plus  directement  et  plus  complètement  sous 
notre  influence. 

I/établissement  d'un  protectorat  nettement  défmi  me  parait 
devoir  être  l'objectif  principal  que  nous  devons  nous  efforcer 
d'atteindre  :  le  règlement  définitif  de  la  question  des  relations 
extérieures  de  la  cour  de  Hué  en  sera  la  conséquence  naturelle, 
c'est-à-dire  qu'à  l'avenir  ces  relations  devront  être  exclusivement 
et  expressément  soumises  à  notre  contrôle  et  à  notre  intermé- 
diaire. Il  est  nécessaire,  en  effet,  d'éviter  le  retour  des  incidents 
qui  se  sont  produits  lors  de  l'envoi  à  Pé-King  d'une  ambassade 
annamite,  de  la  tentative  qui  a  été  faite  par  le  cabinet  de  Ma- 
drid pour  accréditer  auprès  du  roi  Tu-Duc  un  représentant,  etc. 
De  plus,  le  Gouvernement  Espagnol  étant  complètement  désin- 
téressé par  suite  du  paiement  par  anticipation  des  dettes  de 
l'Annam,  le  produit  des  Douanes  pourra  nous  être  totalement 
acquis  au  Tong-King.  Il  y  aura  également  lieu  de  se  préoccuper 
de  la  mesure  dans  laquelle  l'administration  générale  du  pays 
j)Ourra  ôtre  placée  sous  le  haut  contrôle  d'agents  commissionnés 
par  le  gouvernement  français.  En  un  mot  il  conviendra  que  la 
cour  de  Hué  soit  tenue  de  remplir  vis-à-vis  de  nous  toutes  les 
obligations  d'une  puissance  vassale  envers  son  Suzerain. 

Je  vous  communique  ci-joint  une  lettre  dans  laquelle  M.  le 
Ministre  des  Affaires  Étrangères  exprime  le  désir  de  connaître 
votre  avis  sur  la  marche  générale  à  suivre  pour  arriver  plus 
facilement  au  but  que  nous  poursuivons.  Je  ne  puis,  par  suite, 
que  vous  prier  de  me  faire  parvenir  un  plan  ex(X)sant  les  modi- 
iications  que  vous  croirez  utiles  d'introduire  dans  nos  relations 
avec  l'Annam. 

Je  m'empresserai  de  m'entendrc  avec  M.  le  Ministre  des 
Affaires  étrangères  sur  la  ligne  de  conduite  qu'il  conviendra 
d'adopter,  de  manière  à  préparer  des  instructions  précises  qui 
vous  permettront  d'appliquer  en  toute  connaissance  de  cause  les 
nouveaux  principes  qui  régiront  notre  protectorat. 

LE    MINISTRE    D^ESPAGNE 

Un  nouvel  incident  espagnol  surgit  tout  à  coup.  Don  Ti- 
burcio  Rodriguez  notifie  à  M.  Bourcc  qu'il  est  nommé 
ministre  plénipotentiaire  en  Chine,  Siam  et  Amiam. 


Li:  MiMSTiiK   I)*i:spa(;m:  .Ski 

LKGACION  DE  KSI>A5i\ 

CHINA,   8IAM    Y  ANNAM 

Sliang-liaï,  le  9  juillel  1881. 

Monsieur  le  Ministre, 

J'ai  rhonneur  d'informer  Votre  Excellence  que  Sa  Majesté  le 
roi  d'Espagne,  mon  Auguste  Souverain,  ayant  daigne  me  nom- 
mer son  Ministre  plénipotentiaire  en  (lliine,  Siam  et  Annam,  je 
viens  de  prendre,  à  mon  arrivée  d'Europe,  la  gestion  de  la  Lé- 
gation d'Espagne,  M.  Agar  ayant  pour  tant  cesse  dans  ses  fonc- 
tions de  Chargé  d'Affaires. 

Je  me  félicite  des  excellents  rapports  olTiciels  qui  heureuse- 
ment existent  entre  nos  deux  pa}s,  et  dans  l'espoir  que  Votre 
Excellence  voudra  me  prêter  sa  hienveillante  coojXTation  pour 
ceux  que  j'aurai  à  entretenir  avec  Elle,  je  saisis  avec  empresse- 
ment cette  occasion  [X)ur  vous  offrir.  Monsieur  le  Ministre,  les 
assurances  de  ma  considération  la  plus  distinguée. 

Signé  :  Tihurcio  Rodriglez. 

Son  Excellence  M.  A.  Bourée, 
Ministre  plénipotentiaire  de  France. 

M.  Bourée  n'élève  pas  d'objection,  mais  il  prévient  du 
fait  le  gouverneur  intérimaire  de  la  Cochinchine*. 

Notre  ambassade  à  Madrid  fut  chargée  d'interroger  le 
gouvernement  espagnol  au  sujet  de  la  mission  de  M.  Rodri- 
guez  en  Annam. 

Notre  Chargé  d'Affaires  à  Madrid,  le  vicomte  de  Bresson, 
écrivait  à  M.  Barthélémy  Saint-Hilaire,  ministre  des  Affaires 
étrangères  de  Madrid,  le  il\  octobre  1881  : 

a  M.  le  Ministre  d'État  [Marquis  de  la  Vega  de  Armijo]  s'est 
trouvé  en  mesure  de  m'autoriser  à  adresser  le  \l\  de  ce  mois  à 
Votre  Excellence  le  télégramme  dans  Iwjuelje  lui  annonçais  (]ue 

I.  M.  Le  Mjre  de  Vilers  était  parti  le  4  mars  1881  pour  la  France, 
en  mission  ;  rintérim  du  gouvernement  avait  été  fait  par  le  général  de 
brigade  d*infanterie  de  marine,  de  Trentinian,  jusqu'au  3i  octobre  1881, 
époque  du  retour  de  M.  Le  Myre  de  Vilem. 


3^0  l'affaire  du  tong-king 

le  rcpivsenlant  espagnol  on  Chine  n'avait  ni  la  mission,  ni  Tin- 
lenlion  de  se  rendre  à  Iliié.  —  Je  sais  en  outre  que  des  ordres 
ont  été  donnés  au  môme  moment  à  M.  Rodriguez  pour  le  con- 
firmer dans  le  projet  de  limiter  son  voyage  à  une  visite  à 
Bangkok.  Il  n*y  a  donc  plus  à  redouter  aujourd'hui  aucune  des 
ditïicultés  auxquelles  aurait  pu  donner  lieu  l'arrivée  inopinée 
du  Ministre  d'Espagne  k  la  Cour  du  roi  Tu-Duc.  Mais  la  ques- 
tion se  trouvant  posée  par  suite  de  notre  intervention,  M.  le 
Ministre  d'État  n'a  pas  cru  pouvoir  abandonner  tout-à-coup  la 
thèse  qu'il  avait  précédemment  soutenue  avec  moi,  à  savoir  qu'il 
ne  voit  dans  le  traité  de  1874  aucun  article  qui  interdise  à  l'Es- 
pagne de  se  faire  représenter  à  Hué,  et  qu'il  ne  peut  de  son 
propre  mouvement  aliéner  un  droit  qui  lui  parait  exister  pour 
son  Gouvernement,  bien  qu'il  n'ait* pas  été  exercé  depuis  1874. 
Quant  à  l'assentiment  de  son  prédécesseur,  M.  Ulloa,  au  traité 
de  1874.  formulé  dans  une  lettre  du  i*"*  juin  de  la  même  année 
à  M.  de  Yernouillet.  M.  de  la  Vega  de  Armijo  soutient  qu'il 
n'a  été  précisément  accordé  (jue  parce  que  la  renonciation  de 
l'Espagne  au  droit  d'avoir  une  représentation  diplomatique  en 
Annam  ne  résultait  nullement  des  dispositions  de  cet  acte  inter- 
national. Il  a  ajouté  d'ailleurs  que  M.  Ulloa  avait  donné  cette 
approbation  sans  consulter  les  Gortès,  ce  qui  constituait  une 
irrégularité  qui  pourrait  avoir  des  conséquences  graves  jwur  cet 
homme  d'Étal  s'il  vivait  encore.  J'ai  fait  observer  à  M.  Vega  do 
Armijo  que  c'était  là  un  détail  d'ordre  intérieur  dans  lecjuel 
nous  n'avions  pas  à  entrer  et  qui  ne  pouvait  avoir  aucun  poids 
à  nos  yeux  pour  infirmer  la  signature  de  M.  Ulloa.  —  M.  le 
Ministre  d'État  a  répété  aussi  que  le  fait  relevé  par  M.  Bourée  à 
l'égard  de  M.  Rodriguez  n'était  pas  une  innovation,  car  de  tout 
temps  les  Ministres  d'Espagne  en  Chine  avaient  été  nmnis  do 
lettres  de  créance  qui  les  accréditaient  à  la  fois  à  Siam  et  en 
Annam,  môme  depuis  1874.  Tel  était,  parait-il,  le  cas  des  deux 
agents  qui  ont  précédé  M.  Rodriguez  à  Péking,  MM.  Faraldo  et 
Espana,  à  l'égard  desquels  nous  n'avions  élevé  cependant  aucune 
réclamation. 

En  résumé,  malgré  les  réserves  que  M.  le  Ministre  d'État  a 
cru  de  son  devoir  de  formuler  |K)ur  dégager  sa  responsabilité, 
je  ne  \w.nso  pas  qu'en  prestance  de  l'espiVe  de  vélo  que  j'ai  nette- 
ment prononcé  au  nom  du  Gouvernement  français,  il  puisse 
sérieusement  entrer  dans  les  intentions  du  cabinet  de  Madrid  de 
revendiquer  au  sujet  de   sa   représentation   en  Annam  un  pré- 


)  . 


DÉCLARATION     UK    LA     CHINE  32  1 

tondu    droit    qui    restera   sans    doute  |)our    l'avenir  à    l'étal  de 
Icltre-morle,  ainsi  que  cela  a  eu  lieu  depuis  1874. 

L'effet  de  notre  démarche  ne  tarda  pas  à  se  faire  sentir  à 
Pé-King  et  le  28  novembre  1881,  M.  Bourée,  alors  k  Chang- 
Haï,  put  écrire  au  ministre  des  Affaires  étrangères  : 

Depuis  huit  jours,  M.  Rodrigucz  est  en  possession  d*un  télé- 
gramme de  son  gouvernement  qui  lui  défend  de  se  rendre  à 
Hué  jusqu'à  nouvel  ordre.  Ce  fait  seul  m*a  prouvé  très  claire- 
ment que  le  Cabinet  de  Madrid  avait  été  saisi  de  notre  réclama- 
tion. Je  n'en  ai  pas  moins  demandé  h  M.  Rodrigucz  s'il  savait 
à  quoi  attribuer  un  aussi  étrange  malentendu.  Son  explication 
a  été  fort  simple  et  je  la  crois  parfaitement  sincère.  Bien  avant 
nos  traités  de  1874  avec  l'Annam  et  depuis  l'installation  môme 
d'un  agent  diplomatique  espagnol  en  Chine,  le  représentant  de 
Sa  Majesté  Catholique  près  la  Cour  de  Péking,  a  toujours  porté 
le  titre  de  «  Ministre  en  Chine,  en  Annam  et  à  Siam  ».  Celte 
désignation  a  été  conservée  par  une  pure  inadvertance,  quand 
la  Direction  du  Protocole  à  Madrid  a  préparé  les  lettres  de 
créance  de  M.  Rodrigucz  :  on  aurait  recopié,  dans  un  bureau 
mal  renseigné,  de  vieilles  formules  qui  n'étaient  plus  de  saison. 
De  là  l'imbroglio  que  Votre  Excellence  connaît  et  qui  évidem- 
ment n'aura  pas  d'autre  suite. 


DéCLARATION    DE    LA    CHINE 


Le  29  septembre  1881,  le  ministre  des  Affaires  étran- 
gères transmettait  à  M.  Bourée  la  lettre  du  marquis  Ts'èng 
(24  sept.)  dont  l'objet  était  de  faire  savoir  que  le  gouverne- 
ment chinois  ne  reconnaissait  pas  le  traité  conclu  en  18'] li 
entre  la  République  française  et  le  roi  d' Annam. 

Dans  la  séance  du  21  juillet  1881,  fut  discuté  à  la  Cham- 
bre des  Députés  le  projet  de  loi  portant  ouverture  d'un 
crédit  supplémentaire  de  2  ijoo  000  francs  au  ministre  de  la 
Marine  et  des  Colonies,  sur  l'exercice  1881,  pour  le  ren- 
forcement des  forces  navales  au  Tong-King,  qui,  malgré  une 
vive  opposition  de  M.  George  Périn,  fut  adopté  par  Sgo  vo- 
tants contre  82. 

GoRDiBR.  II.  —  ai 


CHAPITRE  XVI 

MORT  DE  LIMPÉAATRICE  DE  L'EST  (1881).  -  TRAITÉ  BRÉ- 
SILIEN. —  DISGRÂCE  DE  TSO.  —  LE  P.  6RIMÂUD 


MORT    DE  L^IMPÉRATRICE    DE    L^EST 


L'impératrice  de  TEst,  Ts'eii-ngan  * ,  mourut  le  9  avril 
1881,  presque  subitement,  dans  sa  quarante-cinquième 
année  ;  cette  mort  était  due  sans  doute  à  une  maladie  de 
cœur,  mais  l'amour  du  scandale  fit  courir  le  bruit  de  la 
nialadie  et  de  la  grossesse  de  l'impératrice  de  TOuest,  d'où 
émotion  mortelle  chez  l'impératrice  de  l'Est;  le  mot  de 
|>oison  l'ut  même  prononcé;  il  n'avait  rien  de  surprenant 
dans  cette  cour  qui  rappelait  Byzance  par  beaucoup  de 
cotés*. 

Le  Prince  Koung  fit  part  de  la  mort  de  Ts'eu-ngan  à 
M.  Bourée  par  la  lettre  suivante: 

Le  II  avril  1881. 

(i3  de  la  3*  lune  de  la  7*  année  Kouang  Siu). 

Le  9  avril  (11  de  la  3*  lune)  la  Chancellerie  Impériale  a  eu 
riionneur  de  recevoir  le  Décret  suivant  dont  nous  crevons  de- 
voir  donner  communication  à  Votre  Excellence  : 

I.  I,  p.  i3o;  IL  p'  9- 

9.  Sur  le  titre  canonique  de  Timpératrice,  voir  la  Gazette  de  Pé-King, 
19  avril  1881. 


'."■   *"  ■  - 


MOUT    DE    1/ IMPÉRATRICE    DE     l'eST  3a3 

«  Depuis  que  nous  avons    recuoilli   riiéritago    do   lEmpiiv, 
l'Impératrice   défiiiilc   Nous  a   Irailr  comme  si  nous  avions  été 
son  propre   fils  ;   aussi   notre   reconnaissance   pour   Elle   est   si 
grande  cpie  nous   ne  pouvons   l'exprimer  avec  assez  de    force. 
Voilà  sept  années  que  nous  sommes  sur  le  Trône  :  nous  nous 
sommes  toujours  efforcé  d*élre  agréable  et  d'obéir  à  notre  Mère 
et  nous  aimons  h  croire  que  nous  ne  lui   avons  jamais  donné 
que  de  la  satisfaction.  Elle  paraissait  jouir  d'une  parfaite  santé 
et  s'occupait  activement  des  Affaires  de  l'État  :    nous  nous  en 
réjouissions  dans  notre  cœur  et  espérions  qu'Elle  parviendrait  à 
im  âge  fort  avancé.  Tout  à  coup,  le  7  avril  elle  fut  prise  d'une 
légère  indisposition.  Nous  lui  donnâmes  aussitôt  les  soins  que 
nécessitait  son  état  et  nous  n'avions  aucun  doute  quant  h  son 
prompt  rétablissement.    Malheureusement,   le   8,    le  mal   s'ag- 
grava, les  humeurs    remontèrent  à  la  gorge,  la  roijpiration  fut 
obstruée  et  le  danger   apparût.  Vers  onze  heures  du  soir.  Elle 
expira  (^mol  à  moi  elle  fut  transportée  vers  la  contrée  lointaine 
dans  le  char  du  Génie).  Nous  sommes  plongé  dans  la  plus  pro- 
fonde désolation  :  quel  plus  grand  malheur  pouvait  nous  ar- 
river ! 

Nous  avons  reçu  avec  respect  les  dernières  volontés  de  l'Im- 
pératrice défunte  :  Elle  veut  que  nous  ne  portions  que  pendant 
vingt-sept  jours  les  vêtements  de  deuil.  Mais  il  nous  serait  par 
trop  pénible  de  nous  rendre  à  un  tel  désir.  Nous  porterons  les 
habits  de  grand  deuil  pendant  cent  jours  et  les  habits  de  demi- 
deuil  pendant  vingt-sept  mois,  et  en  agissant  ainsi  nous  ne  ma- 
nifestons que  bien  faiblement  tout  le  chagrin  que  nous  éprou- 
vons. 

Notre  mère  nous  recommande  de  surmonter  notre  douleur 
afin  de  ne  pas  laisser  péricliter  les  affaires  de  l'Ëtat,  tout  en 
continuant  h  l'Impératrice  qui  nous  élève  et  prend  soin  de  nous 
les  égards  qui  lui  sont  dus. 

Nous  ne  pouvons  pas  ne  pas  nous  conformer  à  ces  volontés 
dernières  et  nous  tâcherons  de  prendre  sur  nous  afin  de  ne  pas 
nous  laisser  abattre  par  le  chagrin. 

Pour  tout  ce  qui  est  relatif  aux  funérailles,  nous  chargeons 
les  princes  Toun  Ts'ing-wang,  et  Koung  Ts'ing-wang,  le  lieilô 
Yi-kouang,  le  Grand  Chambellan  Ting-tcho,  le  Grand  Chance- 
lier Pao-tiun,  le  Président  et  Vice-Chancelier  Ling-Kouei,  les 
Présidents  Ngcn-tchang  et  Wang  T'oung-ho  de  prendre  avec  dili- 
gence et  le  plus  grand  soin   les  dispositions   nécessaires   en   se 


33^  MOUT    DE    l'impératrice    DK    i/eST 

conformant  aux  coulumcs  (Hal)lios  et  en  recliercliant  les  précé- 
dents. Apr(îs  s'être  consultés,  ils  devront  sans  relard  nous  adres- 
ser un  rapport. 

Que  ceci  soit  connu  de  tous  dans  la  capitale  et  dans  les  pro- 
vinces. 

Respectez  ceci  * . 

L'Impératrice  de  TEstqui  était  morte  au  mois  d'avril  1881 
fut  transférée  au  Mausolée  impérial  le  19  de  la  9*^  lune  (3i  oc- 
tobre). M.  Bourée  écrivait  (Pé-King,  16  novembre  188 1)  : 

La  8(»niaine  dernière,  un  décret  impérial  en  a  prescrit  la 
translation  dans  la  sépulture  ordinaire  des  souverains  de  la  dy- 
nastie des  Tsing.  —  Des  que  cet  ordre  eut  été  rendu,  les  Léga- 
tions furent  olîiciellement  informées  du  jour  où  la  cérémonie 
aurait  lieu  et  les  chefs  de  mission  furent  priés  d'inviter  les 
membres  de  leur  personnel,  aussi  bien  que  leurs  nationaux 
respectifs,  h  ne  point  se  trouver  sur  le  parcours  du  cortège, 
quand  le  catafalque  sortirait  du  Palais  pour  traverser  la  ville. 


LE    BRESIL 


Le  Brésil  qui  n'avait  pas  encore  de  traité  avec  la  Chine 
envoya  comme  plénipotentiaire  M.  Eduardo  Callado  qui 
arrriva  à  Hong-Kong  le  28  mai  1880,  avec  l'amiral  daMota, 
sur  la  corvette  brésilienne  Vital  cVOUveira\  de  IIong-Kong, 
il  remontait  à  Chang-IIaY  sur  l'/lra,  accompagné,  comme 
interprète,  de  M.  Arnold  Vissière',  aujourd'hui    mon    col- 


1.  Pour  traduction  conforme:   le  i^^  interprète  p.  i.  de  la  légation, 
signé  :  P.  RisTKLnuFBF.R. 

2.  Vissière,  Arnold^Jacques-Antoine,  no  le  a  août  i858;  élève  di- 
plômé de  rÉcolo  des  langues  orientales,  25  novembre  1879  ;  élève-inler- 
prMe  (hors  cadres)  détaché  à  la  mission  hréailienne  en  Chine,  16  janvier 
1880;  interprète-adjoint  à  Pé-King,  ai  février  i88a  ;  second  interprète. 
10  mars  i883;  interprète  de  seconde  classe,  le»"  mai  i884  ;  premier  in- 
terprète de  la  légation,  a8  mai  1886  ;  interprète  de  première  classe,  9 
novembre   1887;   consul  de   seconde  classe,    la  mars  189^1;    gérant  du 


TUAITK    IJnr.SlI.IKN,     ;)    MF'TrMUlU:     iSSo  '^»^) 

lègue    à   rKcole    clos   Langues    Orientales,   dont   cVuit    les 
débuis  en  Chine. 


TRAITÉ    BRÉSILIEN,    5    SEPTEMBRE     1 88o 

Le  5  septembre  1880,  sans  avoir  voulu  demander  de  con- 
seils, M.  Callado  signait  en  chinois  et  en  français  avec  Li 
Iloung-lchang,  un  traité  d'amitié,  de  commerce  et  de  na- 
vigation, en  quinze  articles,  trahissant  une  rare  inexpérience 
des  afTaires  de  Chine  et  plaçant  les  consuls  ou  les  agents 
consulaires  dans  une  situation  d'infériorité  des  plus  marquées. 

Je  note  quelques-uns  des  articles  avec  les  remarques  qu'ils 
suggérèrent  à  un  diplomate  de  Pé-King: 

Art.  IH.  —  Chacune  des  Hautes  Parties  conlraclanlos  pourra 
nommer  dans  les  ports  et  villes  de  l'intérieur  ouverts  au  com- 
merce, où  ses  inlérôLs  rexigeronl,  un  Consul  Général,  des  (ion- 
suls,  Vice-Consuls  et  Agents  Consulaires. 

(iCux-çi  ireutreront  pas  en  fonctions  avant  davoir  reçu  Vexe- 
qualnr  du  gouvernement  du  pays  où  ils  devront  résider. 

Ces  consuls  ne  pourront  être  choisis  parmi  les  commerçants  ;  ils 
devront  être  de  véritables  fonctionnaires  et  il  leur  sera  défendu 
de  faire  le  Commerce. 

Dans  les  ports  où  il  n*aura  pas  été  nonnné  de  Consul,  on 
pourra  charger  un  consul  étranger  d'en  remplir  les  fonctions, 
pourvu  que  celui-ci  ne  soit  pas  un  commerçante  Les  autorités  lo- 


consulat  deXion-Tsin,  5  avril  1897-33  mai  1898  ;  consul  de  première  classe 
h  Canton  (non  installé),  10  février  1899;  secrétaire- interprète  h  Paris, 
16  octobre  1899;  professeur  à  TËcolc  des  langues  orienlalos  vivantes. 

I.  Ceci  constitue  une  innovation  des  plus  regrettables.  Pourquoi  avoir 
reconnu  ainsi  au  gouvernement  chinois  la  faculté  très  dangereuse  de  re- 
pousser des  agents  que  le  Brésil  aurait  juge  dignes  do  le  représenter  ?  Et 
pourquoi  avoir  admis  cette  distinction  entre  les  agents  de  carrière  et  les 
négociants  commissionnés  ?  C'est  avoir  limité  ses  choix  d'une  façon  cm- 
l>arrassante  et  n'estil  pas  à  craindre  d'autre  part  que  le  gouvernement 
chinois  n'jf  trouve  un  motif  tout  au  moins  un  prétexte  |>our  créer  plus 
tard  des  tracasseries  aux  agents  dos  autres  puissances  qui  auraient  été 
désignés  parmi  des  commerçants  ? 


3a6 


l'impédatdice  I 


calps  il   défaut  do  consuls,  avisernnl  an   moyen  d'assur 
sujets  des  deux  Ëtats  le  bénéfice  du  présent  traité... 

Lei  Consuls  ne  devront  pas  soutenir  les  prétentions  des  c 
i;<mis  quand  elles  sont  vexatoires  et  offensantes  pour  les  aaloriU»  ou 
kabilanls  de  la  localité  ' . 

Si  le  Consul  se  conduit  d'une  façon  illégale,  texequatur  peut 
lai  être  retiré^  suivant  l'usage  général. 

Art.  IV.  —  Il  sera  permis  aux  sujets  Brésiliens  de  se  rendre 
dans  l'inlcrieiir  de  k  Chine  et  d'y  voyager  pourvu  qu'ils  soient 
munis  d'un  passe-porl  délivré,  sur  la  demande  du  Consul,  par  le 
Tao-tatde  la  Douane'... 

Abt.  IX,  —  ]a»  Brésiliens  en  Clnnc  qm  auront  quelque 
sujet  de  plainte  contre  des  Chinois  devront  exposer  leurs  griefs 
au  Consul  Brésilien  qui.  après  s'être  rendu  compte  de  l'afTaîrc. 
s'efforcera  de  l'arranger  i  l'amiable. 

De  même,  si  des  Chinois  ont  quelque  sujet  de  plainlc  contre 
des  Brésiliens,  en  Chine,  le  Consul  Brésilien  devra  les  écouter 
et  s'efforcer  d'arriver  h  un  arrangemcnl  amiable.  Si  le  Consul 
ne  peut  les  concilier,  le  différend  devra  être  jugé,  en  toute  équité, 
L'-ciQVEMEKT  par  [autorité  dont  dépendra  l'acci;së,  sans  considérer 
si  Caccusaleur  est  Brésilien  ou  Chinois  '. 


t .  Qui  donc  >era  le  jugo  du  caracltre  vctatoiro  ou  offensant  des  pré- 
tentions indignes  d'élre  ippu^fcs  f 

a.  Ceci  csl  on  ne  peut  plus  dangereux  ;  comment  rBul-il  entendre  le 
mot  illégal  ?  Est-ce  suivant  la  loi  chinoise  ou  suivant  U  loi  brésiljennt^  ? 
et  \k  encore  quel  sera  le  juge  P  11  est  d'ailleurs  intolérable  en  viirilri  qu'un 
gouvernement  tel  que  le  gouvernement  chinois  puisse  iSlre  admis  i  pro- 
noncer, sous  le  prétexte  le  plus  futile  s'il  lo  juge  bon.  la  déchi'ance  d'un 
agent  étranger  réf^u librement  institué  par  les  autorites  de  son  pajis. 

3.  En  vertu  do  l'art.  7  de  notre  Traité  (Tirn-Tsin),  les  Français  qui 
voyagent  dans  l'intérieur  doivenl  bien  ausil  èlrc  munis  de  passeports. 
Mais  les  titres  qui  leur  sont  délivrés  sont  fioiirais  :  ils  émanent  de  nos 
■gcnla  et  sont  seulement  fisèx  par  les  autorités  chinoises.  Ici,  il  s'agît 
pour  loi  Brésiliens  d'élro  nanlis  de  titres  chinois, 

!t .  Ceci  constitue  encore  une  concession  imprudente,  si  l'on  tient 
compte  surtout  de  ce  fait  que  lo  défendeur  sera  presque  toujours  un 
Chinois  de  la  mauvaise  Toi  duquel  l'étranger  aura  eu  k  se  plaindre.  La 
présente  clause  met  donc  la  Brcnilicn  i  la  discrétion  des  tribunaux  chi- 
nois dont  on  cnnnail  Tesprit,  11  eût  Fallu  se  ménager  les  garanties  que 
nous  lions  eu  lo  soin  Aa  stipuler  en  Faveur  de  nos  nationaux  deman- 
deurs, par  lo  dernier  paragraphe  de  notre  art.  i5. 


TIIAITK     hUKSII.lM.N,     ',\    OCTOHIlK     1 88 1  ^'2'J 

Co  traité  ne  fut  pas  ratifié  par  le  gouvernement  brésilien. 
M.  Callado  revint  brusquement  à  Tien-Tsin  au  mois  d'avril 
1881,  sous  le  prétexte  d'ajouter  à  son  traité  une  clause  ana- 
logue à  celle  du  dernier  traité  américain  sur  Topium. 

TRAITÉ    BRÉSILIEN,    3   OCTOBRE    1881 

Un  nouveau  traité  en  17  articles  fut  signé  au  Tai-Wang- 
Miao,  à  Tien-Tsin,  le  3  octobre  1881  (11®  jour,  8**  lune, 
7*  année  Kouang-Siu)  par  M.  Ëduardo  Callado  et  Li  lloung- 
tchang. 

«  La  résistance  opposée  par  le  Cabinet  de  Rio  en  cette  ocoi- 
sion  aux  vues  de  son  représentant  en  Chine,  les  changements 
cpi*il  a  fait  introduire  dans  celles  des  clauses  qui  avaient  soulevé 
de  justes  critiques,  prouvent  que  Ton  a  tenu  compte  des  obser- 
vations qui  s'étaient  attachées  à  l'œuvre  des  négocialeurs  brési- 
liens et,  dans  l'instrument  défmitif,  plusieurs  des  concessions 
qu'on  devait  regretter  de  voir  faites  aux  Chinois  ont  été  sensi- 
blement atténuées.  Quelques  passages  ont  également  reçu  une 
nouvelle  rédaction  plus  favorable  aux  intérêts  brésiliens. 

«  L'article  I  a  subi  une  modificiition  de  forme  qui  substitue 
h  «  tous  les  droits,  avantages  et  privilèges  concédés  aux  sujets 
de  toutes  les  autres  nations  »,  la  garantie  de  «  tous  les  droits, 
avantages  et  privilèges  concédés  aux  sujets  de  la  nation  la  plus 
favorisée  ». 

«  L'excquatur  est  toujours  nécessaire  pour  qu'un  Consul  de 
l'une  des  deux  Parties  Contractantes  puisse  exercer  ses  fonctions 
sur  un  point  du  territoire  de  l'autre,  mais  il  e^t  spécifié  désor- 
mais que  la  délivrance  de  cet  Exequatur  se  fera  gratuitement 
(Art.  III). 

«  Le  mode  «de  juridiction  qui  soumet  tout  procès,  civil  ou 
criminel,  entre  Chinois  et  Brésiliens  en  Chine  a  la  décision  des 
autorités  dont  dépend  le  défendeur  ou  l'accusé,  demeure  con- 
sacré dans  le  nouveau  Traité  ;  toutefois,  —  et  c'est  en  cela  que 
consiste  la  modiGcation  la  plus  importante  qui  y  ait  été  intro- 
duite, —  les  arrestations  de  sujets  chinois  coupables,  dans  les 
résidences,  les  magasins  ou  les  navires  de  Commerce  des  sujets 
brésiliens  en  Chine  ne  pourront  plus  se  faire  sans  que  le  Consul 


SaS  MORT    DE    l'impératrice    DE    l'eST 

du  Brésil  en  ail  olo  prévenu  officiellemenl  par  les  autorités  lo- 
cales et  sans  rintervenlion  de  sa  police,  qui  devra  agir  de  con- 
cert avec  la  police  chinoise  (Art.  X)*. 

En  échange  des  changements  apportés  au  Traité  à  la  de- 
mande du  Gouvernement  du  Brésil,  celui-ci  à  l'exemple  des 
États-Unis,  quelques  mois. auparavant,  consentit  à  la  prohi- 
bition absolue  du  transport  et  du  commerce  de  l'opium  par 
les  sujets  de  l'un  des  deux  pays  sur  tout  le  territoire  de 
l'autre;  les  Anglais  se  montrèrent  ennuyés  de  cette  clause 
des  traités  qui  paraissait  un  bMme  à  leur  adresse  : 

Art.  XIV.  —  Les  Hautes  Parties  contractantes  sont  convenues 
d'interdire  aux  sujets  de  chacune  d'elles  l'importation  de  l'opium 
dans  les  ports  de  l'autre  ouverts  au  commerce,  cl  le  transport 
de  l'opium  d'un  port  à  l'autre  de  l'autre  pays,  soit  pour  leur 
propre  compte,  soit  pour  le  compte  de  sujets  ou  citoyens  de 
toute  autre  nation,  aussi  bien  dans  les  navires  appartenant  aux 
sujeU  des  deux  Hautes  Parties  Contractantes,  que  dans  des  na- 
vires appartenant  à  sujets  ou  citoyens  d'une  tierce  nation. 

11  ne  sera  pas  permis  non  plus  aux  sujets  de  l'une  des  Hautes 
Parties  Contractantes  de  se  livrer  au  commerce  de  l'opium,  dans 
les  ports  de  l'autre  ouverts  au  commerce. 

La  clause  de  la  nation  la  plus  favorisée  ne  pourra  être  invo- 
quée contre  les  dispositions  de  cet  article. 

L'ancien  article  XIV  devient  l'article  XV  ;  et  l'article  XV 
ancien  devient  l'article  XVL 

Art.  XVI.  —  Si,  par  la  suite,  les  ^Hautes  Parties  Contrac- 
tantes désirent  apporter  quelques  modifications  aux  stipulations 
de  ce  Traité,  elles  auront,  après  un  laps  de  temps  de  dix  an- 
nées, à  dater  du  jour  de  l'échange  des  ratifications,  h  ouvrir  des 
négociations  dans  ce  but. 

La  notification  ofTiciellc  des  modifications  qu'on  désirera  pro- 
poser sera  toujours  faite  six  mois  à  l'avance. 

Si  pareille  notification  n'est  point  faite,  le  Traite  restera  en 
vigueur. 

1.  Lettre  de  M.  Bource  au  Dcpartemenl,  Pc-King,  35  juin  i88a. 


,^    ■ 


1)IS(;h\(:e  de  tso  3n() 

Enfin  le  dernier  aiiicle  (Wll)  est  relatif  aux  ratifications 
qui  devront  être  échangées  dans  le  plus  bref  délai  possible 
soit  à  Chang-Haï,  soit  àTien-tsin. 

Les  ratifications  furent  échangées  a  Chang-IIaï  le  3  juin 
1882  (18*  jour,  ii^lune,  8*^  année  Kouang-Siu)  par  M.  Eduardo 
Callado  et  Tang,  Comniissaire  et  Trésorier  du  Kiang-Sou  et 
un  procès-verbal  fut  dressé  en  six  exemplaires,  3ont  deux  en 
Portugais,  deux  en  Chinois  et  deux  en  Français. 

Le  traité  brésilien  est  malgré  tout,  même  avec  ses  atté- 
nuations, le  plus  mauvais  qu'on  eût  signé  jusqu'alors  avec 
la  Chine;  l'expérience  de  ses  prédécesseurs  n'avait  nulle- 
ment servi  à  M.  Callado,  personnage  infatué  de  son  mérite, 
qui  devait  tristement  terminer  à  Rome  sa  carrière  diplo- 
matique. 


DISGRACE   DE    TSO 


En  novembre  1881,  Tso  Tsoung-t'ang,  qui  avait  fatigué 
tout  le  monde  à  la  Cour  par  ses  violences,  fut  disgracié,  mais 
au  lieu  de  le  faire  rentrer  dans  la  vie  privée,  on  l'envoya  à 
Nan-King  remplacer  Lieou  Kouen-i  dont  Li  Houng-lchang, 
plus  puissant  que  jamais,  avait  deux  mois  auparavant  ré- 
clamé la  destitution  pour  le  punir  d'avoir  manqué  aux  enga- 
gements pris  envers  lui,  quand  il  s'était  agi  de  recommander 
à  la  Cour  la  constniction  de  chemins  de  fer  en  Chine.  En 
effet,  le  général  Lieou  Ming-tchouan  ayant  adressé  au  Trône 
un  mémoire  pour  demander  Tinstallalion  des  chemins  de 
fer,  un  décret  impérial  avait,  le  3  décembre  1880,  chargé 
Li  de  faire  un  rapport  à  ce  sujet.  Li  s'était  réconcilié  avec 
Tso  et  c'est  lui  qui  avait  fait  nommer  ce  dernier  à  Nan-King. 
Le  nouveau  vice-roi  des  deux  Kiang  quitta  Pé-king,  le  9  dé- 
cembre 188 1,  pour  se  rendre  par  terre  au  IIou-Man  puis  à 
Nan-King  où  il  arriva  le  22®  jour  de  la  12^  lune.  On  avait 
d'abord  offert  la   vice-royauté  des   Liang-Kiang  à  Ts'êng 


33o  MORT    DE    l'impératrice    DE    l'eST 

Kouo-ls'iuaen,  successeur  de  Tso  dans  le  gouvernement  du 
Chen-Kan,  qui  avait  donné  sa  démission  à  cause  de  sa  mau- 
vaise santé  et  avait  été  remplacé  dans  ce  dernier  poste  par 
T'an  Tchoung-lin  (i5  octobre),  fou-taï  de  Tché-Kiang.  La 
mauvaise  santé  de  Ts'êng  persistant,  celui-ci  obtint  sa  re- 
traite (décret,  i6  octobre  1881)  et  Ton  fit  appel  aux  services 
de  Tso.  Le  conquérant  de  la  Kachgarie  qui,  depuis  quelque 
temps  demandait  des  congés,  qui  lui  étaient  d'ailleurs  accor- 
dés, pour  rétablir  ses  forces,  se  trouva  guéri  instantanément 
lorsqu'on  Teût  nommé  à  Nan-King. 

LE    p.    GRIMAUD 

Il  se  passa  une  histoire  singulière  dans  le  Kouang-Toung  : 
une  rixe  éclata  dans  un  village  de  celte  province  entre  païens 
et  chrétiens  et  l'on  s'empressa  d'accuser  à  Canton  le  mission- 
naire du  pays,  le  P.  Grimaud*,  d'avoir  pris  part  à  la  lutte 
et  même  d'avoir  fourni  un  canon  à  ses  ouailles  !  Malgré  les 
poursuites  dont  le  P.  Grimaud  fut  l'objet,  le  vice  roi  des 
Deux  Kouang  fut  obligé  de  reconnaître  la  fausseté  des  accu- 
sations dirigées  contre  lui. 

I.  Grimaud,  As^it-AdolpheAimé^  du  diocèse  de  Gap  ;  Missions  étr. 
de  Paris;  part  le  i5  février  1870. 


ft> 


CHAPITRE  XVII 

L'AFFAIRE  DU  T0N6-KIN6 

(Suite.) 

M.  Gambctta  avait  été  nommé  le  i4  novembre  1881,  mi- 
nistre des  Affaires  étrangères,  en  remplacement  de  M.  Bar- 
thélémy Saint-IIilaire  ;  pendant  son  court  passage  aux  af- 
faires*, il  eut  k  reprendre  les  négociations  '  avec  le  marquis 
Ts'êng  : 

Paris,  i"  janvier  1882. 

Je  me  suis  fait  représenter  dernièrement  une  lettre  que  vous 
avez  adressée,  sous  la  date  du  34  septembre  1881,  à  M.  Barthé- 
lémy Saint-Hilaire ,  mon  prédécesseur  au  Département  des 
Affaires  étrangères,  en  réponse  à  sa  communication  du  37  Dé- 
cembre 1880,  concernant  les  affaires  de  la  Colonie  française  de 
Cochinchine.  Vous  développiez  dans  cette  lettre  différentes  con- 
sidérations relatives  à  la  situation  internationale  de  TEmpire 
d'Annam,  et  j*ai  regretté  de  constater  une  certaine  différence 
entre  vos  appréciations  à  cet  égard  et  celles  que  M.  Barthélémy 
Saint-Hilaire  vous  avait  exposées  au  nom  du  Gouvernement  de 
la  République.  Je  croirais  inopportun  d'engager  ici  une  discus- 
sion de  principe;  je  préRîre  me  borner  à  mentionner  que  la 
communication  qui  vous  a  été  transmise  à  la  date  du  27  dé- 

1.  11  fui  remplace  le  3o  janvier  1882,  par  M.  de  Freycinel. 

a.  Ministère  des  affaires  étrangères.  —  Documenls  diplomatiques.  — ^ 
Affaires  du  To.nkin.  Première  partie,  i874'décembre  i88a.  Paris,  i883, 
in-fol. 

—  Deuxième  partie,  décembre  i883-i883.  Paris,  i883,  in-fol. 


33 n  l'affaiue  du  tong-king 

ceinbre  1880,  contient  l'indication  exacte  des  faits  auxquels  le 
Gouvernement  français  a  le  devoir  de  se  tenir. 

Il  est  toutefois  un  point  dans  votre  lettre  que  je  ne  saurais 
laisser  passer  sans  une  observation  particulière.  Le  Gouverne- 
ncinent  Impérial  cbinois,  écriviez-vous,  ne  peut  pas  reconnaître 
le  traité  de  1874  conclu  entre  la  France  et  TÂnnam.  Or,  ce 
traité  qui  règle  précisément  nos  rapjK)rts  avec  TAnnani,  a  été 
olïiciellement  comrtiuniquc  au  Gouvernement  Chinois,  le  35  Mai 
1870,  par  le  Comte  de  Rocliechouart,  Chargé  d'aflairesdc  Franco 
à  Pé-King,  et  dans  la  réponse  en  date  du  i5  juin  suivant,  que  le 
Prince  Koung  a  envoyée  à  M.  de  Rocliechouart.  il  n*a  été  élevé 
aucune  objection  contre  la  conclusion  du  traité,  ni  contre  aucune 
de  ses  clauses;  TAnnam  est  mentionné  simplement  comme 
ayant  été  autrefois'  un  pays  tributaire  de  la  Chine,  ce  qui  ne 
présente,  à  vrai  dire,  qu'un  intérêt  historique. 

Vous  comprendrez  sans  peine  que,  dans  ces  conditions,  il 
nous  soit  malaisé  d'admettre  que  le  Gouvernement  chinois 
vienne  contester  aujourd'hui  un  traité  existant  et  déjà  entré 
dans  la  période  d'application  ^epuis  près  de  huit  années;  nous 
ne  saurions  nous  arrêter  en  tout  cas  h  une  réclamation  aussi 
tardive,  et  le  Gouvernement  de  la  République  hésite  d'autant 
moins  à  revendiquer  l'entière  liberté  de  se^  actevS  en  ce  qui  con- 
cerne l'exécution  de  ses  conventions  avec  l'Annam,  qu'il  ne 
nourrit,  ainsi  que  M.  de  Freycinet  et  M.  Barthélémy  Saint- 
Flilairc  vous  en  ont  successivement  donné  l'assurance,  aucun 
dessein  qui  puisse  porter  ombrage  à  la  Chine  ou  qui  soit  préju- 
diciable à  ses  intérêts  *. 

Copie  de  cette  lettre  fut  envoyée  à  Pé-King  à  M.  Bourée 
(/i  janvier  1882). 

LA    CIIl>'E    ET    l'aNNAM 

En  réalit-é,  quels  étaient  les  droits  de  la  Chine  sur  TAn- 
nam? 

La  légende  annamite  fait  remonter  Porigine  de  ses  rois  à 
im  parent  de  Pempereur  de  la  Chine.  Placés  Pun  à  côté  de 

1.  Voir  p.  a8i,  l'erreur  d'un  traducteur. 
3.  Livre  jaune,  p.  195-6. 


,;   •■i-i,^-'  ■..  :    .y:  .    ;■ 


LA    CIMNK    KT     i/aNNAM  33S 

Taiilre,  le  Célcstc-Einpire  cl  son  voisin  moins  puissant, 
TAnnam,  ont  élc  en  relations  constantes  depuis  un  temps 
immémorial.  Ces  relations  ont  été  de  natures  diverses.  Nous 
voyons  les  deux  pays,  tantôt  s'en  voyant  des  ambassades 
réciproques,  tantôt  en  guerre  ;  parfois  l'Annam,  victorieux 
de  la  Chine,  repousse  l'envahisseur  dans  son  pays,  tantôt 
lui-même,  vaincu,  est  réduit  en  province  chinoise.  Finale- 
ment, l'Annam  accepte  une  sorte  d'investiture  de  son  for- 
midable voisin  cjui  donne  à  ce  dernier  une  supériorité  hono- 
rifique sur  son  faible  adversaire. 

Voici  en  quelques  lignes  Thistoire  des  principales  relations 
de  la  Chine  avec  l'Annam,  dont  les  limites  n'ont  pas  tou- 
jours été  aussi  nettement  définies  qu'elles  le  sont  aujourd'hui. 
Il  est  convenu,  en  effet,  actuellement  que  l'empire  d'An- 
nam  se  compose  de  trois  parties  :  le  Tong-King  au  nord,  Pé- 
ky,  ou  Bac-ky;  la  Cochinchine  ou  Annam  proprement  dit  au 
centre,  Hué-ky  ;  et,  au  sud,  la  basse  Cochinchine  ou  Cochin- 
chine française,  Nam-ky.  En  réalité,  l'Annam  était  jadis  le 
pays  que  nous  appelons  aujourd'hui  le  Tong-King,  qui  s*est 
étendu  à  certaines  époques  de  l'histoire  jusqu'à  Canton. 

L'Annam  s'est  trouvé  cinq  fois  réduit  en  province  chi- 
noise :  de  m  avant  J.-C.  à  Sg  après  J.-C.  ;  de  4^  à  i86  ; 
pour  la  troisième  fois,  de  226  à  54o,  pendant  une  période 
de  trois  cent  quatorze  années  ;  une  quatrième  fois,  pendant 
trois  cent  trente-six  ans,  de  6o3  à  989  ;  la  Chine  s'empare 
une  dernière  fois  de  l'Annam  en  i/joy,  et  cette  occu{)ation 
dure  une  vingtaine  d'années. 

Ces  différentes  conquêtes  de  l'Annam  par  la  Chine  n'ont 
pas  été  sans  laisser  dans  le  pays  une  trace  profonde.  Dès 
l'année  186  de  notre  ère,  la  littérature  chinoise  était  intro- 
duite dans  l'Annam  et  les  préceptes  de  Confucius  y  étaient 
enseignés,  mais  c'est  surtout  à  ré|)oque  de  leur  dernière  do- 
mination que  les  Chinois,  sur  lesquels  régnait  alors  la  dy- 
nastie des  Ming,  imposèrent  aux  vaincus  un  grand  nombre 


33&  l'affaire  du  TO^G-(l^G 

de  leurs  coutumes  :  le  tatouage,  en  usage  dans  l'Annam,  fut 
défendu  ;  les  femmes  furent  obligées  de  porter  des  vêtements 
courts  k  manches  larges  et  les  hommes  de  porter  les  che- 
veux longs.  On  n'ignore  pas  que  l'usage  de  se  raser  le  haut 
de  la  tête  et  de  réunir  les  clieveuï  en  une  longue  tresse  qui 
tombe  dans  le  dos  ne  date,  chez  les  Chinois,  que  de  la  con- 
quête tartarc  au  milieu  du  xvii'  siùcle. 

Les  Chinois  établirent  une  nouvelle  administration,  intro- 
duisirent les  cinq  livres  canoniques  et  les  quatre  livres  classi- 
ques de  Confucius  et  de  ses  disciples,  el  construisirent  des 
écoles  dans  lesquelles  on  enseigna  les  caractères  chinais. 

A  différentes  reprises,  des  aventuriers  ou  des  descendants 
d'anciennes  familles  régnantes  secouÈrenl  le  joug  chinois  et 
régnèrent  sur  TAnnam,  tantôt  sous  le  nom  de  princes,  tan- 
Uil  sous  le  nom  de  rois  ou  d'empereurs.  Depuis  le  x'  siècle 
de  notre  ère,  on  ne  compte  pas  moins  de  six  dynasties  qui 
ont  gouverné  ce  pays  :  i'  les  Dinli  (968);  2°  les  Le  anté- 
rieurs (980);  3"  les  Ly  postérieurs  (loio);  li"  les  TrAn 
(1225);  i>°  les -Lé  postérieurs  (1428),  et  6°  les  'Ngiiyen 
(1802).  Celte  dernière  dynastie  est  celle  qui  a  été  fondée  par 
Gia-Long  après  qu'il  eut  réuni  le  Tong-King  à  l'Annam. 
Elle  a  donne  depuis  lui  les  souverains  :  Ming-Mang,  Tliiëu- 
Tri,  Tu-Duc,  jusqu'à  leur  successeur  actuel,  Thanh  Thaï. 

Les  différentes  dynasties  chinoises  ont  accordé  aux  princes 
annamites,  depuis  plusieurs  siècles,  une  investiture  qui  n'a 
d'ailleurs  jamais  eu  un  effet  pratique  sérieux,  car  elle  n'im- 
pliquait pas  de  concessions  mutuelles,  d'alliance  offensive  ou 
défensive,  mais  simplement  la  remise  d'un  sceau  au  chef  de 
la  dynastie,  sceau  dont  le  souverain  de  l'Annam  ne  faisait 
usage  que  dans  sa  correspondance  avec  le  Fils  du  Cict,  l'en-, 
voi  d'ambassades,  et  le  payement  d'un  tribut  de  médiocre 
importance. 

Cette  investiture  et  ce  tribut  laissent  subsister  entièrement 
la  souveraineté  de  l'Annam,  ainsi  que  nous  avons  déjà  eu 


-^  -  r-  •^^j-h»:t'    •    I" 


LA    rilINK    ET    i/aNNAM  333 

ailleurs  Toccasion  de  le  démonlrcrV  En  ofîel,  «  dans  une 
alliance  enlre  deux  pays  de  force  inégale,  quand  rallié  infé- 
rieur se  réserve  la  souveraineté  ou  le  droit  de  gouverner  lui- 
même,  il  doit  être,  dit  Vatlel,  regardé  comme  indépendant. 
Le  payement  d'un  tribut,  qui  enlève  de  la  dignité  au  pays 
qui  le  paye,  n'enlève  rien  à  la  souveraineté  de  ce  pays  ». 
Dans  le  cas  présent,  l'Annam  rentre  bien  dans  la  catégorie 
des  États  souverains;  car  depuis  i^oy,  c'est-à-dire  depuis 
l'occupation  des  Ming,  la  Chine  n'est  jamais  intervenue  dans 
les  affaires  intérieures  du  royaume  :  la  succession  au  trône, 
l'administration,  la  promulgation  des  lois,  se  sont  faites  sans 
que  la  Chine  fût  consultée. 

Quand  la  Chine  a  été  en  guerre  avec  des  puissances  euro- 
péennes, en  184 2  et  en  1860,  nous  ne  Tavons  pas  vue  re- 
quérir l'aide  des  troupes  de  son  soi-disant  vassal.  Si,  à  des 
reprises  différentes,  dans  les  dernières  années,  les  Chinois 
ont  fait  passer  à  leurs  troupes  la  frontière  annamite,  moins 
à  la  suite  d'un  appel  de  Tu-Duc  que  dans  leur  intérêt  pro- 
pre :  en  i86/|,  ils  poursuivaient  les  débris  des  rebelles  Taï- 
pings,  devenus  Pavillons  jaunes  et  Pavillons  noirs  pour  les 
écraser;  en  1879,  ils  pourchassaient  Li  Yang-ts'sai,  qui  avait 
levé  l'étendard  de  la  révolte  dans  le  Kouang-Si.  Admettons 
qu'il  y  avait  là  l'acte  d'un  suzerain  appelé  par  un  vassal  à 
son  secours,  et  non  le  fait  d'une  puissance  qui,  sachant 
qu'on  n'aura  pas  la  force  de  la  repousser,  pénètre  chez  son 
voisin  pour  se  faire  justice  elle-même. 

Cet  argument  que  prétendait  fournir  la  Chine  à  l'appui  de 
ses  prétentions  retourne  contre  elle,  car,  si  le  simple  fait 
d'une  invasion  d'un  territoire  constitue  une  suzeraineté  ou 
une  prise  de  possession  de  ce  territoire,  l'histoire  nous  four- 
nit plusieurs  exemples  de  l'invasion  du  territoire  chinois  par 
les  Annamites  et,  pour  n'en  citer  qu'un  :  au  xv"  siècle,  nous 

I.  Cercle  Saint-Simon,  décembre  i88a. 


336  l'affaire  du  tong-king 

rappellerons  que  le  roi  d'Annani,  Le  Thanh-Tong,  fil  une 
campagne  contre  les  Bat-Ba-Tuc-Phu,  tribus  sauvages  tribu- 
taires de  la  Chine,  qui  furent  plus  tard  incorporées  à  la  Bir- 
manie, et  que  le  Céleste-Empire  ne  put  empêcher  la  cam- 
pagne du  souverain  annamite. 

D'ailleurs,  il  est  impossible  de  traiter  de  la  soi-disant  sou- 
veraineté de  la  Chine  sur  TAnnam  sans  traiter  également 
des  prétendus  droits  qu'elle  a  sur  les  autres  pays  de  Tlndo- 
Chine,  pays  qui,  comme  TAnnam,  ont  reçu  du  Céleste-Em- 
pire l'investiture  et  le  sceau.  Ainsi  Siam  a  reçu  l'investiture 
trois  fois  sous  les  empereurs  Kang-Hi,  K'ien-Loung  et  Kia- 
K'ing,  en  1678,  1786  et  1810.  En  1780,  le  Laos  eut  à 
payer  le  tribut  tous  les  cinq  ans  ;  le  tribut  fut  renouvelé  avec 
l'investiture  et  le  sceau  en  1790.  Quant  à  la  Birmanie, 
elle  paya  le  tribut  en  1751  ;  en  1790,  le  sceau  cl  Tin- 
vestilure  lui  ayant  été  accordés,  elle  eut  à  payer  le  tribut 
tous  les  dix  ans.  Quelle  a  été  la  politique  de  la  Chine 
vis-à-vis  de  ces  puissances  et  en  particulier  vis-à-vis  de 
la  Birmanie,  sa  voisine,  comme  l'Annam  ?  Elle  a  laissé 
l'Angleterre  s'emparer  successivement  de  l'Assam,  de  l'Ara- 
kan,  du  Pégou,  du  Tenasserim,  la  Birmanie  restant  de  la 
sorte  isolée  du  reste  du  monde,  sans  qu'une  protestation  se 
soit  fait  entendre  de  la  cour  de  Pé-King.  Bien  plus,  les  Chinois 
laissant  sans  secours  les  Birmans,  qui,  depuis  1875,  récla- 
maient leur  aide  contre  les  Anglais,  ont  laissé  ceux-ci  détrôner 
le  roi  Thibau  en  1886  !  Si  de  la  Birmanie  nous  passons  au 
Ltios,  nous  verrons  que  la  Chine,  malgré  l'investiture  qu'elle 
lui  avait  accordée,  ne  s'est  nullement  préoccupée  du  partage 
de  ce  pays,  jadis  indépendant,  en  1829,  entre  la  Birmanie, 
le  Siam  et  l'Annam.  Enfin,  en  1879,  puis  en  1882,  le 
royaume  de  Siam  a  refusé  catégoriquement  de  répondre  aux 


LA    CHINE    KT    i/aNNAM  SSy 

avances  des  envoyés  du  Fils  du  Ciel.  Ainsi  donc  une  poli- 
tique bonne  pour  TAnnam  ne  Test  plus  ni  pour  le  Siam  ni 
pour  la  Birmanie  :  deux  poids,  deux  mesures  ;  absence  com- 
plète de  logique. 


♦  * 


Nous  avons  vu  que  la  Chine  n^était  jamais  intervenue  en- 
tre les  différents  pays  de  Tlndo-Chine,  ni  dans  leurs  rela- 
tions entre  eux,  ni  dans  leurs  relations  avec  l'Angleterre. 
Nous  pouvons  ajouter  que  jusqu'en  1880  la  Chine  n'avait 
nullement  songé  à  protester  contre  notre  action  diplomatique 
ou  militaire  en  Annam.  Ni  le  traité  de  1787  avec  Gia-Long, 
ni  la  nomination  d'un  consul  de  France  à  Hué  sous 
Louis  XVIII,  ni  les  divers  exploits  de  nos  marins  sous  le 
règne  de  Louis-Philippe  pour  punir  les  autorités  annamites 
du  massacre  des  missionnaires  espagnols,  n'ont  amené  l'in- 
tervention de  la  Chine.  Enfm,  l'occupation  de  la  basse  Co- 
chinchine,  résultant  de  la  guerre  de  1860  et  du  traité  de 
Saïgon  de  1862,  n'est-elle  pas  aujourd'hui  un  fait  acquis  ? 
Enfin,  le  dernier  traité  de  18714,  conséquence  de  l'expédi- 
tion de  Garnier,  n'avait  été  à  aucune  époque  l'objet  d'une 
réclamation  de  la  cour  de  Péking  à  la  cour  de  Hué.  Tu-Duc 
lui-même  n'a  songé  à  faire  part  de  ce  traité  à  la  Chine  que 
six  ans  plus  tard,  lorsque,  se  sentant  trop  faible  pour  résister 
à  la  France,  il  demanda  du  secours  à  son  puissant  voisin. 


Il  ne  nous  suffit  pas  de  montrer  l'inanité  des  prétentions 
delà  Chine  au  point  de  vue  chinois  même  et  au  point  de 
vue  du  droit  des  gens  :  l'attitude  même  de  son  prétendu 
vassal  montre  que  la  Chine  n'a  jamais  eu  de  véritable  suze- 
raineté, qu'il  n'y  a  jamais  eu  entre  les  deux  pays  que  des 
relations  traditionnelles. 

CoRDiKR.  II.  —  a  a 


En  clFet,  tioiis  avons  drjà  v«  que  Tii-Diic  avait  attendu 
six  ans  pour  faire  part  du  traité  do  iHyi  h  la  Chine,  et  cela, 
non  pas  par  devoir,  mai»  simplement  pour  demander  du 
secniirs.  Le  droit  de  suzerainet<^  implique  voix  délih^ralive 
dans  le  choix  du  prince,  et  dans  aucun  temps  la  Chine  n'a 
(■té  consultée  lorsqu'il  s'est  agi  do  i;égler  la  succession  au 
trône  d'Aniiam.  L'investiture  même  (^tail  considérée  comme 
rliose  si  {H'u  importante,  que  les  princes  cochînchinois  ne  la 
demandaient  souvent  qu'au  hout  de  trois  ans,  de  cinq  ans 
et  même  |)lus,  de  règne. 

Tu'Duc,  qui  a  rw^u  l'investiture  à  Hué  au  lieu  de  Hanoï, 
était  disposé  à  s'en  passer  si  les  envoyés  chinois  ne  venaient 
pas  jusqu'à  sa  capitale. 

Ce  fameux  sceau  que  ta  Chine  remettait  au  clief  de  cha- 
que nouvelle  dynastie,  quel  usage  en  faisait  le  souverain 
annamite  PII  s'en  servait  par  courtoisie,  dans  sa  correspon- 
dance avec  la  Chine  exclusivement  ;  mais  pour  tous  ses  au- 
tres actes,  et  en  particulier  pour  ses  actes  avec  les  puissances 
étrangères,  il  se  servait  du  grand  sceau  dont  nous  donnons 
la  reproduction  ci-contre,  dans  lequel  il  prenait  un  titre 
égal  h  celui  de  l'empereur  de  la  Chine.  Le  sceau  porte  en 
ell'et  les  cJiractères  :  Ta  nam  lloang  ti  Tclie  si,  c"est-à-din?  : 
n  Le  grand  sceau  des  einpcreui's  du  Grand-Sud,  »  Les 
commissaires  imjiértaux  annamites  ne  se  considèrent  pas 
non  plus  comme  inférieur.^  i^  leurs  collègues  de  Chine,  ainsi 
qu'on  en  pourra  juger  par  le  sceau  que  nous  reproduisons 
également  ci-contre  et  qui  porte  les  caractères  :  Kin  che  la 
lelien  Knuan  fang,  qui  veulent  dire  ;  «  Sceau  du  ministre 
envoyé  impérial.  » 

Enfin,  les  Annamites  se  sont  eux-mêmes  chargés  de  dis- 
siper nos  derniers  doutes  sur  la  nature  de  leurs  relations  avec 
la  Chine.  Dans  le  cours  d'une  conversation  entre  l'amiral 
Dupré  et  les  ambassadeurs  annamites  en  1874,  à  Saigon, 
l'amiral  remarqua  que,   suivant   les  annales  de  leur  pays, 


,.K     ,:»INK     Kl-     r.\NN,M  33(1 

TAnnam  avait  éti-  [vm^iiit  lr)iiglom|is  sniis  la  |ir()tc<lif'ii  do 
1.1  Chine,  le  mol  prùlevliun  iiiipiiquiiiil,  siii>ant  l'interpréta- 
tion annamite  du  terme,  le  droit  absolument  despotique  d'un 
père  sur  son  fds.  Los  ambassadeurs  annamites  protestèrent 
6ncrgiqnemcnt  contre  cette  inlcrprélation  et  déclarèrent  que 
la  cour  de  Hué  n'avait  jamaiti  reconnu  la  suzeraineté  de  la 


Chine.  L'amiral  leur  rappela  les  tributs  envoyés  à  Pé-King  ; 
les  ambassadeurs  répondirent  que  l'Annam,  étant  beaucoup 
plus  petit  que  la  Chine,  sa  voisine,  avait  été  envahi  fréquem- 
ment par  les  armées  chinoises  et  obligé  de  ae  soumettre  con- 
tre sa  volonté  ;  qu'à  des  intervalles  irréguliers  et  éloignés, 
les  Annamites  avaient  envoyé  des  présents  à  Pé-kïng  pour 
s'éviter  des  ennuis,   mais  qu'ils   n'avaient  jamais   commis 


34o  l'affaiiik   liv  T^)^^.-l.l^Il 

d'acte  qui  pût  être  inlprj)rctô  cfiniinc  une  reconnaissance  de 

leur  soumission. 

C'est  exaclcnient  la  d<Tinitinn  que  donne  Vottel  de  l'filal 
tributaire  :  «  Il  n\  a  [>as  plus  de  difliciilté  à  l'égard  des 
l'^tats  triliulitircs,  car,  bien  qii'un  tribut  payé  h  une  puissance 


Sceau  J'un  tafoyi  Impérial  anaimitc. 


étrangère  diminue  quelque  chose  de  la  dignité  de  ces  États, 
élaiit  un  aveu  de  leur  faiblesse,  il  laisse  subsister  entière- 
ment leur  souveraineté.  L'usage  de  payer  li-ibut  était  autre- 
fois très  fréquent  ;  les  plus  faibles  se  rachetaient  par  là  des 
\exations  du  plus  fort,  en  se  ménageant  à  ce  prix  sa  ]»ro- 
leclion,  sans  cesser  d'être  souverains.  » 


\.\     (  IIINR     II      I.    \NN  \M  .'V|  I 

Mais,  nous  dirai  on,  puisque  celle  soi  disant  suzeraineté 
n'esl  qiie  platonique,  qu'elle  n'est  qu'une  tradition  sans  im- 
portance pratique,  pourquoi  tout  en  traitant  directement 
avec  TAnnani  et  en  lui  imposant  notre  protectorat,  ne  pas 
laisser  à  la  Chine  la  légère  satisfaction  de  voir  reconnaître 
la  coutume?  Simplement  parce  que  d'un  privilège  purement 
honorifique,  la  Chine  prétendait  faire  un  droit  absolu  et  que, 
s'appuyant  sur  une  fiction,  elle  aurait  voulu  obtenir  une 
suzeraineté  réelle.  Comme  Ta  fort  bien  dit  le  marquis  Tseng, 
dans  une  conversation  reproduite  par  le  Temps,  du  28  juin 
t883  :  «  La  question  à  débattre  à  Chang-Haï  comme  h  Paris 
est  celle  des  droits  de  suzeraineté  de  la  Chine  sur  TAnnam, 
et  c'est  de  l'accord  qui  interviendra  entre  les  deux  gouver- 
nements sur  ce  premier  point  que  dépendra  l'issue  de  toutes 
les  négociations  ultérieures.  » 

Or,  nous  venons  d'examiner  quelle  était  la  valeur  de  la 
soi-disant  suzeraineté  de  la  Chine,  quelles  étaient  les  pré- 
tentions chimériques  du  Céleste-Empire.  La  base  même  des 
négociations  du  marquis  Ts'éng  n'existait  pas.  C'est  ce  que 
nous  voulions  démontrer  ^ 

La  lettre  de  Ts'éng  était  son  œuvre  personnelle,  moins 
toutefois  que  celle  de  conseillers  étrangers  qu'il  avait  près  de 
lui.  Au  mois  de  janvier  1882,  ni  FAngleterre,  ni  l'Alle- 
magne ne  poussaient  le  diplomate  chinois.  M.  de  Brandt  ré- 
pétait à  satiété  à  M.  Bourée  que  non  seulement  son  gouver- 
nement verrait  sans  déplaisir  la  France  aller  au  Tong-King, 
mais  qu'il  apjielait  même  de  tous  ses  vœux  une  expédition 
destinée  à  ouvrir  au  commerce  allemand  de  nouveaux  et 
précieux  débouchés,  en  laissant  à  d'autres  les  difficidlés  et 
les  frais  d'une  entreprise  profitable  pour  tous.  Li  Iloung- 
tchang  lui-même  n'apportait  pas  dans  les  négociations,  l'âpreté 


I.  Le  conflit  entre   la  France  et   la  Chine...  par  Henri  Cordier. 
Paris,  i883,  br.  in-8. 


de  Ts'ông  en  qui,  il  rodniitnit  avec  raison  un  rival.  Toule- 
iois,  il  ne  Tallait  plus  se  l>erccr  d'illusions  :  l'cntcnto  était 
nouée  entre  la  cour  de  liné  et  celle  de  Pé-King  dans  une 
pensée  de  résistance  contre  nous  ;  toute  la  contrée  oii  nous 
voulions  nous  établir  élait  envahie  par  les  forces  chinoises. 

LES    fAVlLI.ONS    NOIRS 

Deux  Français,  MM.  Gourtin  et  Villcroi,  en  route  ponr  le 
\un-Nan,  insultés  an  sortir  de  Bao-lul,  le  8  octobre,  furent 
attaqués  [wr  les  Pavillons  Noirs  le  lîi  octobre  au  petit  fort 
de  Lu,  situé  sur  la  rive  gauche  du  fleuve  en  face  de  Ngoi 
Nu,  à  4o  milles  environ  de  Lao-kay,  et  un  Matai.-^  à  leur 
service  fut  blessé  ;  obligés  de  redescendre  le  fleuve,  les 
voyageurs  arrivèrent  le  17  h  Iloung  Iloa,  où  précisément  le 
Chef  des  Pavillons  Noirs  venait  d'arriver  avec  une  trou[)c 
assez  nombreuse  pour  assister  à  une  fôle  en  l'honneur  du 
roi  ;  insultés  là  encore,  ils  furent  obligés  de  fuir  Jusqu'à 
l'emboucbure  de  la  Rivière  Noire  d'où  ils  expédièrent  leur 
blessé  h  lia  noï. 

J'ai  demandé  au  Tliuonjt-Bac,  r-crivait  nu  (Joiivernenr  notre 
cliargi'^  d'allaires  o  Ibié,  le  'i\  dér.  i88i,...  quelle  diVision  avait 
été  prise  iTlallvetiient  aux  «  Pavillons  Noirs  ».  Il  m'a  ré|>ondu 
qu'on  fiUnit  éerire,  [tour  dire  de  les  renvover.  mais  que  le  délai 
lixn  [lar  nous  était  trop  court,  qu'il  fiillait  deux  mois,  au 
moins,  pour  régler  a'tte  niïaîi'e.  11  a  l'dli-epris  ensuiti;  de  justi- 
fier In  pn'-sence  de  ces  bandes  au  Ton^'-King.  di.snnl  que  depuis 
lon;{lemp.s  bien  avant  le  traité,  il  v  avait  des  rebelles  dans  eelte 
région.  Ses  explications  furent  aussi  vagues,  aussi  confuses 
qu'ininlellifjiblcs. 

Plus  tard,   M.    Rbcinart  disait  encore  (Hue,   ^  janvier 


Les  stalistiqui-s  de  la  Douane,  et  la  ci 
des  tarifs  douaniers  de  Luu   Viidi-phuor.   nous  permettraient 


.^•:.:=*^  V  —iF. ..-, 


IIS    l'WIM.oNs    NOIhS 


Vi?^ 


rl\'>tal)lir  à  pou  prrs  \v  relovt»  dos  sommos  indùnion!  porçiios  |>ar 
co  chof  do  hando.  avec  los  noms  dos  coinincrçanls  qui  ont  ï)a>ô. 
Si  nous  desirons  oniharrassor  lo  Gouvernement  annamite,  nous 
pourrions  le  mcllre  en  demeure  de  rembourser  ces  sonimes.  on 
faisant  valoir  que  Luu  Vinh-phuoc  était  fonctionnaire  anna- 
mite. 

Dans  une  entrevue  de  M.  Rheinarl  avec  le  Thuong  Bâo, 
celui-ci  vient  à  prendre  ouvertement  la  défense  des  Pavillons 
Noirs  *  : 

Le  Thuonf;-Bi\c  «  représenle  d'abord  Luu  Vinli-pbuoc  et  sa 
Ihinde  connue  étani  de  trop  mince  valeur  pour  que  nous  nous 
imafi^inions  devoir  inlervenir  :  l'autorité  annamite  saurait  vik*. 
si  nous  lo  soidiaifious,  les  faire  disparaître.  H  contesta  ensuite 
qu'il  V  oui  jamais  eu  de  droits  perçus  sur  les  marchandises  par  ces 
pens  :  ce  sont  les  commerçants,  prétend-on,  qui  ont  imafçinécos 
fables  auxquelles  on  ne  doit  pas  ajouter  foi.  Peu  hj>ou  le  discours 
changea.  Luu  Vinh-phuoc  ayant  rendu  des  services  et  fait  sa 
soumission  avait  été  chargé  de  garder  le  haut  du  fleuve  sans  cesse 
ex|K)sé,  sans  s(»cours,  aux  incursions  de  bandes  de  brigands.  Si 
on  le  chassait,  le  pays  serait  sans  défense  contre  eux  :  que  devien- 
draient aussi  c(«  «  Pavillons  Noirs»  débandés  et  pourchassés  ;  ils 
susciteraient  des  désordres  dont  nous  serions  la  cause  première, 
dont  nous  aurions  en  quelque  sorte  la  responsabilité.  Luu  Vinh- 
phuoc  n'a  jamais  pu  se  permettre  de  nous  insulter,  et,  enfin, 
pourquoi  nous  im|)oser  inutilement  de  grosses  déj>enses.  Le 
traité  nous  oblige  à  secourir  l'A nnam  en  cas  de  besoin,  et  ce|M»n- 
dant  on  no  nous  a  jamais  adressé  aucune  demande  pour  nous 
causer  de  dérangements  que  Ton  peut  éviter. 

Vu  mois  de  février  1882,  il  est  question  d'envoyer  en 
France  une  ambassade  dont  le  chef  serait  le  Tong-Doc  de 
Binli-Dinh,  ancien  Tham-Bien  du  Thuong  Bac,  puis  Tuan 
Phn,  au  Quang-Binh  ;  le  second  ambassadeur  serait  le  bien 
Ly  trân.  A  ce  sujet,  M.  Hheinart  écrivait  au  Gouverneur 
(Hue,  18  février  1882):  «  J'espère  que  l'on  demeurera 
rigoureusement  fidèle  à  la  résolution  adoptée,  de  ne  laisser 

I.  M.  Rhoinart  an  Gouvcrnour,  12  avril  1883. 


344  I^FKArBE   W   T<.>.;-M>r. 

partir  une  ambassade,  qu'après  que  le  Chargé  d'AHaircs  au- 
rait été  reçu  en  audience  privée,  et  que  Ton  se  serait  en- 
gagé à  en  accorder  désormais,  quand  il  serait  nécessaire.  » 

Il  n'y  avait  pas  qu'en  Chine  que  se  débattait  la  question  de 
l'audience. 

Au  sujet  de  cette  ambassade,  notre  chargé  d'Aflaires  à  Hué 
écrivait  au  gouverneur  (Hué,  i3  avril  i88a): 

D'npnV  les  bruits  que  j'ai  pu  recueillir,  un  évôcjue  espagnol, 
des  missions  du  Tong-Klng.  aurait  vivement  conseillé,  il  v  a 
quelque  temps,  cet  en^oi  d'une  ambassade  avec  mission  de  se 
rendre  à  Madrid:  il  aurait  ofTert  un  de  ses  missionnaires  pour 
accompagner  les  .\nibas3adeurs  en  Espagne,  et  leur  servir  d'in- 
forprète.  Nous  savions,  depuis  longtemps,  que  les  missionnaires 
espagnols  sont  hostiles  au  développement  de  notre  influence  au 
Tong-King,  nous  devons  donc  nous  attendre  à  les  voir  se  ranger 
contre  nous  ot  prendre  parti  pour  l'Annam.  Ils  disposent  d  un 
peu  plus  de  moitié  des  Chrétiens  tonkinois.  On  m'a  dit  que  l'am- 
bassade se  rendrait  au  Japon  et  dans  presque  foute.s  les  capitales 
de  l'Europe;  je  doute  que  l'on  ait  récllemenlce  projet.  Lelrailé, 
en  tout  cas,  nous  permet  de  nous  opposer  à  des  démarches  de  ce 
genre,  et  j'espère  que  nous  ne  tolérerions  pas  un  tel  mépris  de 
nos  droits. 

LB  COMMASDAMT     RIVIKHE    A    HA-BOÏ 

Dans  la  lettre  suivante,  M.  le  Mjredc  Vilers  indique  les 
raisons  qui  l'obligent  à  doubler  la  garnison  de  Hanoï  et  il 
donne  au  commandant  Rivière',  chef  de  la  division  navale, 
les  instructions  nécessaires  pour  la  mission  qui  lui  est  con- 
fiée, n  Le  i8  janvier,  k  une  heure  de  l'apiès-niidi,  une  circu- 
laire du  gouverneur  prévient  le  commandant  Rivière  que 
son  départ  est  contremandé  par  une  dépêche  de  M.  Gou- 
geard,  ministre  de  la  marine,  qui  prescrit  de  ne  rien  entre- 

1.  Riviôre,  Henri- /.aurent.  né  h  Parie,  le  li  juillet  1837;  enlr^  i 
l'Écde  ntvalo  en  i8A3  ;  ■«pîrint.  i8t5:  (>nscigne  do  vaiMeiii.  i8^  ; 
lieutenant  do  vaitseiu,  i856;  capitaine  de  frcgalo.  1870;  CB|ntaine  de 
vaiMoau,  1880.  —  11  avait  quitlti  la  t'rmncc  le  16  octobre  1881. 


LE    nOMMWDKNT    lUVII.RK     V     II  \-\OÏ  S'jÔ 

prendre  avant  Farrivéc  de  l'amiral  Pierre,  nommé  comman- 
dant supérieur  des  forces  de  terre  et  de  mer.  Le  i"*"  février, 
on  apprend  à  Saigon  la  chute  du  ministère  Gambetta, 
M.  Gougeard  suit  le  premier  ministre  dans  sa  retraite  V  » 

Saigon,  17  janvier  1882*. 

A  la  suite  de  Tattaque  dont  ont  été  victimes  MM.  Courtin  et  Vil- 
leroi,  voyageurs  Français  munis  de  passeports  régidicrs,  j*ai  du 
faire  des  représentations  au  Gouvernement  Annamite  et  l'engager 
à  expulser  de  son  territoire  le^  mercenaires  chinois  à  sa  solde 
connus  sous  le  nom  de  «  Pavillons  Noirs  ».  Sans  repousser  ma 
demande,  la  Cour  de  Hué,  sous  le  prétexte  que  ces  irréguliers  lui 
avaient  rendu  des  services,  mais  en  réalité  par  impuissance,  n'a 
pu  me  donner  satisfaction  ;  elle  s'est  contentée  de  me  répondre 
qu'elle  éloignerait  ces  bandes. 

D'un  autre  côté,  j'apprends  que  Luu  Vinh-phuoc  vient  de  se 
rendre  en  Chine,  salué  sur  son  passage  comme  un  chef  d'ar- 
mée, et  emportant  des  sommes  considérables  destinées  sans  aucun 
doute,  à  recruter  de  nouveaux  soldats.  En  même  temps,  des 
saisies  opérées  par  les  Douanes  ont  prouvé  qu'il  se  faisait  un 
approvisionnement  considérable  d'armes  h  tir  rapide  et  de  nui- 
nitions  de  guerre. 

Dans  ces  conditions,  il  me  parait  nécessaire  de  mettre  nos 
troupes  à  l'abri  d'une  surprise  et  j'ai  décidé  que  la  garnison 
de  Hanoï  serait  doublée. 

Vous  voudrez  bien  donner  des  instructions  pour  que  le  «  Drac  » 
appareille  Jeudi  soir  et  porte  au  Tong-King  deux  compagnies  de 
renfort. 

Je  désire  que  vous  présidiez  à  cette  opération.  Vous  connaissez, 
mon  cher  Commandant,  les  vues  du  Gouvernement  de  la  Répu- 
blique, il  ne  veut  à  aucun  prix  faire,  à  4  mille  lieues  de  la 
France,  une  guerre  de  conquête  qui  entraînerait  le  pays  dans  de 
graves  complications. 

C'est  politiquement,   pacifiquement,  administrait vement  que 

I.  fsC  commandant  Rivière  et  Vexpédition  du  Tonkin,  par  Charles 
Bande  de  Maurcetcj,  avec  une  proface  de  Alexandre  Dumas  Bis.  Paris, 
Paul  Ollendorff,  i884.  gr.  in-i8;  voir  p.  107. 

a.  M.  Le  Myre  de  Vilers  au  commandant  Rivière.  —  Livre  jaune ^ 
p.  aoa. 


w* 


isdcvo 


(•tendre  ri  a 


r  nnlro  iiiHiii 


s  pn-nons.  aiiji 


I  Ton^-kiiift  et 


n  cas  d'obso- 
r  ùïiler  celle 


r loger 


on  Annam  :  aussi  la  iii<rsiirp  c 
elle  eflson tic llo ment  |)rt:\enliv 

Vous  devrcï  donc  n'avoir  recours  ù  la  frtr< 
hie  ncccsaîté.  cl  je  compte  sur  ^otre  priidcn 
éventualité  peu  prniinblc  d'ailleurs. 

Nous  n'avons  pas  à  Ilunol  le  casernement  n 
4*10  hommes.  Vous  aurez  à  créer  une  installation  provisoire:  je 
vous  ixt^inniandc  de  la  faire  aussi  salubrc  <]uc  j»ossiblc,  car 
avant  tout  il  Faut  ména^'cr  la  vie  et  la  sanU-  de  nos  soldats, 

C^omme  vous  le  savez,  des  Douanes  intérieures  ont  été  placi'-e» 
|wir  les  Pavillons  Noirs  sur  le  cours  du  Snng-Koy  et  de  sesamuenis. 
rorilrairemenl  ann  traili'-s.  Vous  aiu-e/ à  surveiller  le  Fleu^e,  et  je 
ccinsidére  ooiume  très  utile  d'établir  lui  poste  fortilié  à  l'emlMiu- 
cliurc  de  la  Rivière  Claire.  Vous  fereu  étudier  le  projet  |>ar  l'olli- 
cier  du  génie  que  je  mets  à  votre  disposition  et  vous  conimeii 
cerez  les  travaux  lnr$(|ue  vous  jugerez  pouvoir  le  faire  sans  sortir 
du  programme  |>acifique  que  je  vous  ai  inditpié. 

incontestable  ment  les  autorités  annamites  auxquelles  nous 
nous  adresserons  pour  obtenir  la  cession  du  terrain,  feront  de» 
oWrvations .  demanderont  à  en  référer  h  liué  et  cherclierout  à 
f-nf^ner  du  temps  ;  von»  |>assi*rez  outre,  torsqut 
jKiraltra  venu.  J'ai,  du  l'esté,  tout  lieu  de  c 
renconlriTcz  aucune  opjiosition  sérieuse.  Vm 
aucun  rapport  direct  ou  indirect  avec  les  l'nv 
nous  ce  sont  des  pirates  et  vous  les  traiterez  t 
mettent  sur  votre  mute:  seulement  comme 
montrer  uiéuuger  de  la  vie  humaine,  au  liei 
les  armes,  vous  les  e\pédierîeï  à  Saïgor 
l'nulo-Condnr. 

Dans  le  cas  peu  |)robablc  où  vous 
imjKViales  chinoises,  vous  éviterez  soif{neusein 

il  est  possible  que  votre  présence  seule  provoque  un  mouve- 
ment insurrectiomiet  de  la  |»arl  de  la  population  :  vous  aurez 
^'rand  soin  de  ne  pas  vous  y  as.socier  sans  m'en  avoir  référé. 

L(-s  fonds  nécessaires  à  ta  première  installation  seront  mis  à 
votre  disposition  par  M.  le  Chef  du  st!r\ice  adminisiratir;  ulté- 
rieurement, je  prendrai  les  mesures  m'ces.saires  pour  que  les  Ira- 
vaux  d'établissement  soicrit  payés  sur  les  Douanes. 

Si  vous  aviez  lM\soin  de  forces  supplémentaires,  votis  m'en 
ferlez  la  demande  et  j'y  satisferais  Immédiatcmeut. 


;   le   moment  v 


10US  devons  umis 
au  lieu  de  It-s  pas.ser  ]>ar 
I  et  je  les  ferais  interner  à 

rencontrericE  des  troupes 


••T?'n?r?' 


J-F.    COMMVM)\>T    UIVIKUK     V     II  \-\OÏ  3^|7 

Jr  no  crois  pas  dovoir  vous  cloiincr  dinslruclions  plus  dolail- 
Ires,  elles  ne  feraient  que  vous  entraver»  car  probablenienl  il  se 
produira  des  incidents  cl  des  nc^cessités  que  je  ne  puis  prévoir, 
mais  je  compte  sur  votre  patriotisme  et  votre  sa^^esse  pour  ne 
pas  engager  le  Gouvernement  de  la  République  dans  une  voie 
qu'il  ne  veut  pas  suivre. 

Toute  ma  pensée  peut  se  résumer  en  cette  phrase  :  évitez  les 
coups  de  fusil,  ils  ne  serviraient  à  rien  qu'à  nous  créer  des 
embarras. 

L^amiral  Jaurégiiiberry,  ministre  de  la  Marine,  donna 
son  approbation  à  ces  instructions  (Paris,  /j  mars  1882)  et 
ajoutait  dans  sa  lettre  au  gouverneur  de  la  Cochincliine  : 
«  J'ai  tout  lieu  d'espérer  que  M.  Rivière  saura  faire  face  à 
la  situation  délicate  que  nous  crée  au  Ïong-King  la  présence 
de  nombreuses  bandes  armées  qui  occupent  ce  pays  sous 
divers  pavillons.  »  De  son  côté,  M.  de  Freycinet,  ministre 
des  Affaires  étrangères,  écrivait  à  son  collègue  de  la  Marine 
(16  mars  1882)  qu'il  ne  pouvait  qu'approuver  les  ordres 
écrits  de  M.  Le  Myrc  de  Vilcrs.  D'ailleurs,  le  gouvernement 
français  était  déterminé  à  donner  un  caractère  plus  accentué 
h  notre  protectorat  sur  le  royaume  d'Annam. 

Enfin,  Rivière  quitte  Ha-noï  le  25  mars  en  qualité  de 
commandant  supérieur  avec  le  Drac  et  le  Vrimaaguet,  por- 
tant deux  compagnies  d'infanterie  de  marine,  commandées 
par  le  chef  de  bataillon  Chanu,  vingt  tirailleurs  annamites, 
M.  Dupommier,  capitaine  du  génie,  trente  marins  du  Tilsill 
sous  les  ordres  du  lieutenant  de  vaisseau  Thesmar,  quelques 
artilleurs  et  le  D"^  Maget.  En  arrivant,  Rivière  trouvait 
M.  Berthe  de  Villers,  deux  compagnies  et  trois  canons'. 

Notre  consul,  à  Ila-noï,  écrivait  le  16  avril  au  gouver- 
neur : 

L'arrivée  de  nos  troupes  a  produit  un  grand  effet  dans  le 
pays.    Les   mand(^rins    de  Hanoï    surtout    ont    été  très   émus. 

1.   Baudo  de  Maurcelej,  p.  isi. 


3.^8  l'akf*ire  Dr   TOic-iiNr. 

Malji^''  Ira  asrtiiranrcs  loiilr»  pac)lH|iies  ((lie  leur  a  <lniiiiéi>(  div 
iton  arrivée  M.  le  Commandaol  Rivîùrt?,  iln  ont  commeiicé  aus- 
sîlàt  à  mellrc  U  cilailelle  en  état  (If  défcniic  ot  nous  en  odI 
interdit  l'entrée,  sauf  pour  les  ^iKites  oUicielles.  qui  doivent  t^tre 
clia([uc  fois  l'objet  d'un  aerord  spécial  :  encore  le  l'ong-Uoc. 
Gouverneur  général  de  tia-noî  el  Ninii-Binli.  rcluse-t'il  de  les 
rendre  en  personne,  ne  voulant  plus  sortir  un  seul  instant  de  la 
place  qui  lui  est  conltée.  Tous  les  soldats  en  eon^é  ont  été  rap- 
[lelés;  d'autres  arrivent  dw  provinces  voisini-s  et  on  ortlonnc 
jiarloul  de  nouvelles  le>éi'S.  Entiu.  sauf  rap])el  aux  Chinois,  qui 
serait  luie  pi'ovocalion  trop  directe  à  notre  endroit,  le»  autorilt'-s 
de  lla-nol  rassemblent  toutes  les  forces  à  leur  dîs|)Osition.  Quant 
h  la  population,  rlli-  n'a  pas  cessé  de  nous  téinoi'cner  de  la  bien- 
veillance, mais,  eu  général,  on  croit  peu  n  la  pix.  Il  ne  m'est 
pas  possible  de  vous  le  cacher.  M.  le  Gouverneur,  je  pense  moi- 
mémo  que  les  circonstances  amèneront  fatalement  la  rupture 
que  nous  aurions  voulu  éviter. 

De  Hué,  le  m^mc  jour,  i6  avril,  notre  chargé  d'Aflaires 
écrivait  au  gouverneur  : 

Cet  envoi  de  troupes  a  causé  ici  une  grande  émotion  :  on  se 
demande  <|uels  sont  nos  projets,  on  rrnint  que  nous  reprelttons 
d'avoir  rendu  les  quatre  provinces  dont  les  citadelles  avaient  été 
enlevées  en  1873  par  M.  Garnier,  et  que  nous  nous  disposions 
à  les  reprendre-  S.  M.  est,  dit-on,  en  proie  à  une  ^ande  agita- 
tion, qui  se  traduit  |>ar  de  généreuses  distributions  de  coups  de 
rotins  à  ses  femmes  innocentes,  victimes  de  la  |Kiiitique. 

Les  mandarins  (le  Ha-n<)ï  accumulant  soldats  et  munitions 
dans  la  citadelle  qu'ils  entouraient  de  nouvelles  fort ifK») lions, 
le  danger  pouvait  devenir  grand  pour  la  petite  armée  fran- 
(;a'tsc.  Les  mêmes  causes  engendrent  les  mêmes  effets,  ol  ce 
qui  provoqna  la  prise  de  la  citadelle  do  Ha-noï  par  Francis 
Garnier  en  iSyS,  devait  forcer  Kivière  à  l'action  en  1S83. 
Voyant  ses  remontrances  restées  sans  effet,  liivière  se  décide 
à  adresser  l'ultimatum  suivant  au  Tong-Doc'  : 

1.   Livre  jaune,  f.  ija. 


>;.  i'    'r^  ^f^'^TT-T  .*- 


LE    COMMANDANT    IIIVJKUK    A     II  \-\OÏ  3^0 

Hanoï,  le  tô  OMil  i88:j. 
Monsieur  le  Gouverneur, 

D^s  mon  arrivée,  je  vous  ai  fait  dire  ot  je  vous  ai  écrit  dans 
quelles  intentions  la  France  envoyait  des  troupes  à  Hanoï.  Elle 
voulait  être  en  situation  meilleure  |)our  protéger  ses  nationaux 
et  SCS  voyageurs  contre  les  Drapeaux  Noirs.  Il  n*y  avait  dans  cet 
acte  rien  que  d*amical  et  de  conforme  avec  son  alliance  avec  le 
Gouvernement  Annamite. 

Comment  avez-vous  répondu  h  mes  communications?  Par  la 
défiance  et  par  l'hostilité. 

Le  lendemain  môme  de  notre  arrivée,  vous  faisiez  fermer 
devant  nos  ofiiciers,  qui  la  traversaient  librement  la  veille,  les 
portes  de  la  citadelle.  Dans  la  visite  que  je  vous  ai  faite,  je  récla- 
mais avec  courtoisie  contre  cette  mesure  et  néanmoins  vous  y 
persévériez. 

Vous  ne  m*avez  pas  rendu  la  visite  que  je  vous  ai  faite. 

Vous  avez  commencé  immédiatement  des  travaux  de  défense 
et  vous  les  avez  poussés  plus  vivement  chaque  jour  de  la  façon  la 
moins  déguisée  et  la  plus  apparente  à  nos  yeux. 

\  deux  reprises  et  a  quelques  jours  de  distance,  quand  le 
Quan-an  et  le  Tuan-Phu  m*ont  fait  visite,  je  les  ai  priés  de  vous 
dire  que  je  ne  voyais  pas  avec  satisfaction  ces  travaux  de  la  cita- 
delle. 

C'était  un  avertissement  amical  que  je  vous  donnais.  Vous 
n'en  avez  pas  tenu  compté  et  les  travaux  ont  été  continués  avec 
plus  d'activité  que  jamais. 

Cet  étal  de  choses.  Monsieur  le  Gouverneur,  ne  peut  pas  se 
prolonger.  La  citadelle  serait  désormais  pour  nos  troupes  un 
danger  qui  doit  disparaître. 

Or,  écoutez  maintenant  ce  que  je  vais  vous  dire. 

La  proposition  que  je  vais  vous  faire  est  un  moyen  de  conci- 
liation pour  que  le  différend  actuel  ne  s'aggrave  pas  entre  les 
deux  gouvernements. 

Je  vous  propose,  aux  conditions  que  je  vais  dire,  de  me  rendre 
la  citadelle. 

Dans  ce  but,  aujourd'hui,  et  aussitôt  avoir  reçu  cette  lettre, 
vous  donnerez  à  vos  trou|)es  l'ordre  d'évacuer  la  citadelle  après 
y  avoir  déposé  leurs  armes  et  d'en  ouvrir  les  portes  :  et  [x)ur 
gage  que  ces  ordres  seront  exécutés,  vous  vous  remettrez  de 
votre  personne  entre   mes  mains,  ainsi   que  le  Tuan-Phu ,  le 


35o  l'affaike  dv  tung-king 

Qiian-bo.  le-  Quan-an.  le  Dl-Doc,  le  ChAnli  Unh-binli  et  le 
Plio  Lànli-binli  à  huit  lieures  pr^ises  du  malin. 

Le  délai  oat  court,  mais  il  y  a  aKsoz  longtemps  que  vous  pouVFi 
prï'Yoir  toutes  les  conséquences  de  ce  qui  se  passe  pour  que  vous 
n'en  soyez  pas  l'tonnc. 

Je  vous  attendrai  donc  chez  moi  à  huit  heures  du  matin.  Mes 
soldais  prendront  alors,  de  voire  aveu  et  sans]  qu'aucune  r^is- 
taiicc  leur  soit  opposée,  possession  do  la  citadelle. 

Je  me  réserve  de  prendre  dans  la  citadelle  les  dispositions  qui 
me  parallroiit  convenables  pour  la  rendre  désormais  hors  d'état 
de  nuire  à  nos  troupes. 

Mais  api-fy  avoir  pris  ces  dÎ3|>osilioiis,  ce  qui  nécessitera  u» 
espace  de  trois  jours,  je  m'engage  h  vous  remettre  la  citadelle 
avec  ses  ma^'asins,  établissements  et  logements,  ainsi  que  la  [>Jus 
grande  |)artie  de  son  enceinte. 

Itien  ne  sera  changé  dan.i  l'administration  intérieure  de  la 
province,  qui  continuera  à  appartenir  au  gouvernement  de 
S.  M.  ic  Koi  d'Annam. 

La.  citadelle  seule  sans  ces.ser  de  vous  appartenir,  aura  cessé 
d'être  pour  nous  un  sujet  de  défiance. 

Si  vous  accepte!  ces  conditions,  la  bonne  harmonie  sera  réta- 
blie enli-e  nous  et  votre  arrivée  à  huit  lieui'es  au  Consulat  prou- 
vera que  vous  voulez  la  paix  et  )a  concorde. 

Mais  si  à  huit  heures  précises  vous  n'êtes  pas  venu  vous-même 
au  Consulat  avec  tous  les  niandarins  ci-di<ssu3  déitommés  pour 
me  l'aire  savoir  que  vous  avez  accepté  mes  conditions,  l'attaque 
de  la  citadelle  par  mes  trou|)es  commencera  immédiatement. 

Le  Tong-Doc  n'ayant  rien  répondu  h  cet  ultimatum,  Tat- 
laque  de  la  citadelle  par  les  troupes  françaises  commença  : 

PRISE    DE   LA    CITADELLE   DE    HA-\OÏ 

Hanoï,  le  35  avril  iSSi'. 
Monsieur  le  Gouvehneuh. 
Ainsi  que  ma  lettre  du  10-18  avril  vous  le  Taisait  pressentir, 

I.  Lollrp  i)u  ommindaiit  Rivière  i  M.  Le  Mjmde  Mlors.  —  Livre 
jnune.  p   a^i.  —  Voir  le  TB|)porl  ik-  Riiif-rc  au  ministre  He  la  marine. 


PRISE    DE    I.V    CITVDELI.K     DE    II  \-N()ï  35 1 

j*ai  dû  prendre  la  citadelle  de  Hanoï,  delà  ne  pouvait  pas  dnrei-. 
Je  vous  envoie  ma  lettre  au  Tong-Dor,  cpii  nous  mettra  provi- 
s<ii rement  au  courant. 

A  8  heures  i5,  la  «  Fanfare  »,  la  «  Massue  »  et  la  «  Cara- 
bine »  ont  commencé  lo  bombardement.  A  lo  heures  ^5,  on  a 
donné  l'assaut  par  escalade  et  en  attaquant  directement  les  port(\s 
Nord  cl  Est  et  à  1 1  heures  i5  la  citadelle  était  prise.  Nous  avons 
quatre  blessés,  non  grièvement,  dont  Monsieur  le  Chef  de  Ba- 
taillon de  Villers  (contusion  d'un  biscaïen  au  genou).  J'ai  fait 
aussitôt  prendre  les  douanes  à  Kergaradec. 

Je  pense  que  nous  pourrons  laisser  l'administration  civile  auv 
mandarins.  J'ai  négocié  et  négocié  [X)ur  cela.  Il  y  aura  tout 
profit  pour  nous  et  aucune  peine.  Je  crois  que  notre  occupation 
au  Tong-king  doit  se  résumer  en  une  occupation  militaire.  On 
tourne  doucement  la  vis  et  l'argent,  comme  l'innuence,  nous 
restent  acquis.  Je  m'empresse  de  rendre  la  citadelle  inoffensive 
à  l'avenir.  J'ai  fait  jeter  dès  aujourd'hui  la  moitié  de  ses  canons 
dans  les  foss<'»s.  Demain  on  fera  le  reste,  sauter  les  portes,  et  des 
brèches.  Notre  concession  fortifiée,  et  je  vais  y  aviser,  en  com- 
nninication  par  eau,  avec  Haï-Phong,  est  notre  seul  |)oint  d'oc- 
cu[)atioii  vrai.  Tout  au  plus  un  l>on  petit  blockhaus  dans  la  cita- 
delle, avec  un  cliemin  libre  qui  la  relie  à  la  concession.  Av<»c 
un  poste  sur  la  rivière  Claire,  la  navigation  du  lieu ve  Rouge  est 
déjà  assurée.  On  verra  après.  J'attends  vos  ordres. 

Quand  Rivière  entra  dans  la  citadelle,  le  Tong-Doc  s'était 
•  pendu.  Les  mesures  prises  par  le  Commandant  furent  com- 
plètement approuvées  par  le  gouverneur  de  la  Cochinchine 
et  le  Ministre  de  la  Marine. 

Paris,  le  30  juin  1883. 

Monsieur  le  Gouverneur, 

Votre  lettre  du  37  Avril  dernier  concernant  l'étal  de  nos  rela- 
tions avec  r  Anna  m  faisait  prévoir  les  événements  qui  se  sont 
produits  depuis  lors  au  Tong-king  et  dont  m'informe  votre  dé- 
|KVhe  du  2  Mai,  conlirmative  du  télégramme  du  i*'  du  même 
mois.  La  facilité  du  succès  m'était  démontrée  par  les  événements 
précédents  et  j'applaudis  à  la  vigueur  et  à  l'entrain  avec  lequel 
cette  affaire  a  été  menée. 


353 

Ce  qui  me  prrâccupc  est  la  ficiiaéc  au  devant  de  laquelle, 
d'ailleurs,  *ou3  allez  vous-in^nic  :  la  nécessite  de  rendre  no* 
SUCCÈS  efTicBce»  en  bornant  notre  occupation. 

Comme  vous  le  dites  :  o  La  seule  éventualité  qui  me  paraît  a 
redouter  serait  de  trop  nous  étendre;  en  disséminant  noa  forces, 
nous  les  rendrions  inedicaces  et  nous  nous  exposerions  à  des 
échecs  de  détail  qui  ruineraient  notre  prestige,  s 

Votre  préoccupation  est  sage  et  je  donne  ma  pleine  adhésion 
il  l'intention  que  vous  manifestez  de  faire  administrer  provisoi- 
rement la  province  de  Hanoï  au  nom  du  roi  Tu-Duc.  eu  ne 
conservant  en  nos  mains  que  la  haute  jiolice  et  la  gestion  de» 
Douanes.  Cette  attitude  est  d'ailleurs  conforme  au  Traité  de  r  874- 

Vous  vous  pro|)osez  d'assurer  la  libre  navigation  du  Song-Koy 
cl  de  Icnir  en  res|M!ct  les  «  Pavillons  Noirs  »  en  créant  un  poste 
fortifié  au  confluent  de  la  rivière  Claire.  L'rmplaccmcnL  est  bien 
choisi  :  en  nous  établissant  sur  quelques  {raints  où  nous  con- 
centrerons nos  ressources  militaires  et  où  nous  pourrons  faire 
rayonner  notre  action,  nous  arriverons  au  but  sans  exagérer  nos 
elTcctifs.  Vous  pensez  que  les  fonds  trouvés  dans  la  citadelle  suf- 
firont &  payer  les  frais  de  cet  établissement. 

Vous  prévoyez,  en  outre,  que  l'ouverture  du  port  de  Nam- 
Diub  vous  procurera  une  augmentation  de  droits  d'environ 
100000  piastres  et  qu'aucun  crédit  ne  vous  sera  nécessaire.  Je 
prends  acte  avec  plaisir  de  cette  double  déclaration. 

Le  Couvernemcnt  de  Hué  peut  se  convaincre  à  cette  heure 
que  nous  sommes  décidés  à  faire  respecter  les  traités  et  à  em- 
ployer les  moyens  nécessaires  pour  les  exécuter;  en  un  mol  k 
assurer  la  libre  navigation  du  Song-Koy  que  ce  gouvernement  se 
montrait  impuissante  garantir,  si,  toutefois,  il  Icdésirait.  Main- 
tenant il  s'a|)crvoit  que  les  mesures  dilatoires  ne  sauraient  pré- 
valoir contre  notre  ferme  volonté. 

Je  donne  donc  mon  approbation  aux  premières  mesures  que 

J'approu^e  également  les  nouvelles  instructions  (lar  vous 
données  le  3  Mai  h  M.  le  (îonimandant  Rivière  et  la  recomman- 
dation que  vous  lui  adresKez  d'éviter  des  complications  inutiles, 
l'état  de  l'Rluropu  '  ne  permettant  pas  a  la  Krancc  de  s'engager 
dans  des  entreprises  longues  et  coùteus)*». 


1.  Alexandrie  fui  bombarda  en  juiMel  i88a. 


"^T^Z  ^r-*»''./' 


■V         >>i 


PUISE    DE    L\    r.lTVDEI.LE    DE     IIA-NOÏ  353 

Je  conslalc  avec  plaisir  que  sagenieul  vous  ne  voulez  rien 
laisser  h  l'aventure  cl  à  l'enlraînemenl  du  succès,  et  que  votre 
politique  tracée  par  votre  dépi^che  du  5  Mai  est  conforme  à 
celle  du  Déparlcincnl  :  a  Profiter  du  terrain  acquis  par  notre 
acte  de  vigueur  pour  asseoir  d'une  manière  plus  complète  notre 
autorité  et  notre  influence  dans  le  bassin  du  Song-Koy,  sans 
avoir  recours  à  l'occupation  cfliDctive  du  pays.  » 

Nos  relations  avec  la  cour  de  Hué,  pouvait  écrire  M.  Le 
Myre  de  Vilcrs  au  ministre  de  la  Marine,  le  ii  juin  1882, 
trop  tendues  à  la  suite  de  la  prise  de  la  citadelle,  ont  été 
maintenues  grâce  à  la  modération  dans  le  succès  de  M.  le 
commandant  de  la  station  navale,  à  la  prudence  de  notre 
chargé  d^Vflaires  et  au  désir  de  S.  M.  le  roi  Tu -Duc  de  con- 
server la  paix  pendant  la  fin  de  son  règne. 

Le  marquis  Ts'êng  s'émut  de  la  nouvelle,  parvenue  h 
Paris,  de  la  prise  de  la  citadelle  de  Hanoï,  et  présenta  par 
écrit  et  de  vive  voix  à  M.  de  Freycinet  des  observations 
fondées  sur  le  prétendu  droit  de  suzeraineté  de  la  Chine  sur 
TAnnam  ;  il  demandait  même  le  rappel  de  nos  troupes  du 
Tong-King  (6  mai  1882).  M.  de  Freycinet  lui  ré|)ondit 
(3i  mai)  «  que  le  gouvernement  de  la  République,  soucieux 
de  faire  respecter  un  acte  qu'il  a  signé,  avait  donné  aux 
autorités  coloniales  en  Cochinchine  l'ordre  d'assurer  l'exé- 
cution du  traité  conclu  entre  la  France  et  Fempire  annamite 
en  1874  ». 

Le  9  mai,  les  ministres  du  Tsoung-li  Yamen  se  rendirent 
a  Pé-King  à  notre  légation,  pour  avoir  des  renseignements 
sur  ce  qui  se  passait  au  Tong-King,  et  demander  à  notre 
ministre  d'aviser  le  gouvernement  français  pour  «  rappeler 
que  l'Annam  est  placé  sous  la  suzeraineté  de  la  Chine  el 
pour  demander  que  le  fait  soit  ainsi  constaté  ». 

Suivant  une  habitude  trop  répandue  dans  notre  pays,  les 
diverses  administrations  ne  se  concertaient  pas  entre  elles, 
aussi  l'action  manquait  elle  d'unité. 

CORDIER.  II.   —   u3 


M.  Bouriîc,  ministre  de  Franco  en  Chine,  écrivait  à  M,  de 
Freycinet,  président  du  conseil,  ministre  des  AiTaircs  étran- 
gères h  Paris. 

P(^-King.  le  a6juin  i88a. 

Je  continue  d'tHre  sons  nouvelle  aucune  de  ce  qui  se  passe  au 
Tnnfî-King  aulrenienl  que  jtar  quelques  rares  eDrres|ion<lances 
jiu])liiVs  dans  les  journaux  de  Cliang-llo!.  Le  Ion  nous  en  est  d'ail- 
Irurs.  tri'n  s\iniialliiqiie.  J'ai  écrit  la  semaine  dernière  k  M.  Le 
M\re  dcVilers  pour  faire  ressortir  à  ses  veux  les  évidents  incon- 
vénients qu'il  )  a  à  laisser  ainsi  la  Lé^^ation  démunie  de  toute 
informalion  sur  les  (événements  qui  l'iniércsscnt  à  un  si  haut 
di'frré,  et  au  sujet  des(|uels  je  puis,  d'un  instant  à  l'autre,  avoir 
à  n'pondre,  comme  je  me  suis  trouvé  dans  le  cas  de  le  faire,  il  des 
inter|)ellations  qui  ne  devraient  jamais  me  prendre  au  dépourvu. 
Je  serais  reconnaissant  k  votre  Excellence  de  vouloir  bien  insister 
auprès  de  son  collègue.  M.  l'amiral  Jauréj^iberry  pour  que 
.M.  le  Gouverneur  de  la  Cocliincliine  reçoive  des  instructions 
dans  ce  sens.  De  mon  càté  je  ne  manquerai  pas  de  faire  tenir  à 
M.  Le  Mvrc  de  Vîlers.  tous  les  renseignements  se  rapportant  aux 
aiïaircs  de  l'Annam  que  je  parviendrais  à  recueillir  et  qui  me 
paraîtraient  de  nature  à  l'intéresser. 

J'ai  reçu  hier  de  M.  l'amiral  Mejer.  acluellement  au  JB|K>n, 
un  télégramme  m'annongant  qu'il  venait  d'être  invité  à  envoyer 
deux  des  navires  de  sa  division  à  Ilalphong.  Le  Commandant 
de  noire  station  navale  n'est  pas  plus  nu  courant  que  moi-même 
de  ce  qui  a  pu  provoquer  celte  décision  et  il  me  demande  si  j'ai 
entendu  jiarler  de  v  l'apiiarition  d'une  escadrille  de  canonnières 
chinoises  dans  le  golfe  du  Tong-King  ».  Les  journaux  chinois 
aiaient  il  y  a  trois  semaines,  [>arlé  de  quelque  chose  de  sembla- 
hle.  mais  je  n'y  avais  attaché  aucune  importance.  La  commu- 
uiealioii  de  l'Amiral  me  lit  supposer  que  nous  nous  trouvions 
en  pr<''sencc  d'une  manifestation  plus  sérieuse  que  je  ne  t'avais 
]H'nsé.  Je  me  suis  hâté  de  demander  des  éclairci.sseuients  au 
Yamcn.  Les  Minbtrcs  m'ont  donné  l'assurance  formelle  ■  que 
«  cette  nouvelle  était  dénuée  de  tout  fondement  et  qu'aucun 
«  ofiicier  général,  ni  aucun  bâtiment  de  guerre  chinois,  n'avait 
d  été  envoyé  dans  cette  direction  ». 

Par  contre,  des  troupes  [nipériales  en  assez  grand  nombre, 
auraient  été  échelumiées  tout  le  long  de  k  frontière  sur  If  terri- 
toire annamiU. 


PRISE    DE    LA    CITADELLE    DE    IIA-NOÏ  355 

«  Ces  dispositions  ont  éié  prisos,  a-l-il  (Ho  cJil  à  mon  proniier 
«  inlcrprète,  uniquement  en  \ue  d'interdire  J'accès  du  lerri- 
«  toire  chinois  aux  bandes  des  insurgés  qui  parcourent  les  dis- 
«  Iricls  seplenlrionaux  du  Tonkin  et  que  vous  poursuivez  vous- 
«  même  :  mais  elles  ne  sauraient  avoir  aucune  influence  sur 
a  rien  de  ce  qui  a  trait  à  notre  police  fluviale  du  Song-RoY- 

«  Du  reste,  ont  ajouté  en  terminant,  les  membres  du  Yamen, 
nous  avons  chargé  le  Marquis  Tseng  de  traiter  cette  aflaire  à 
Paris,  et  c'est  pourquoi  nous  avons  évité  d'y  revenir  dans  nos 
entretiens  avec  M.  Bourée.  » 


Voici  la  réponse  du  gouverneur  de  la  Cochinchinc  à  la 
lettre  de  notre  ministre  à  Pé-King  : 

Saigon,  le  8  juillet  1882. 

Monsieur  le  Mlmstre, 

J*ai  rhonneur  de  vous  accuser  réception  de  votre  dépêche, 
en  date  du  9  juin,  et  de  la  lettre  particulière  que  vous  avez  bien 
voulu  me  comnniniquer. 

Notre  situation  au  Tong-King  est  aqssi  bonne  que  possible  et 
nos  relations  avec  la  Cour  de  Hué  sont  devenues  plus  cordiales 
qu'elles  ne  l'ont  jamais  ét^. 

La  prise  de  la  citadelle  d'Hanoï  n'a  été  qu'un  incident  fA- 
chcux  causé  par  la  maladresse  et  le  zèle  intempestif  du  Tong 
Doc  ;  le  Gouvernement  Annamite  l'a  reconnu  lui-même  et  a, 
depuis,  par  de  judicieuses  instructions  données  à  des  gouver- 
neurs de  province,  prévenu  le  retour  de  semblables  nécessités. 

Mes  instructions  du  1  et  i4  Janvier  sont  tellement  catégori- 
ques que  je  ne  crois  pas  avoir  h  me  préoccuper  des  observations 
que  peut  présenter  la  Cour  de  Pé-king  ;  M.  le  Ministre  des  Af- 
faires étrangères  a  d'ailleurs  prévenu  M.  le  Marquis  de  Ts'êng 
que  les  réclamations  de  Son  Gouvernement  ne  |X)urraient  être 
accueillies  et  que  nous  gardions  notre  liberté  d'action. 

Veuillez  agréer.  Monsieur  le  Ministre,  les  assurances  de  ma 
haute  considération. 

Le  Gouverneur  : 

Le  Myke  de  Vilers. 


Le  Minisirc  do  In  Alurlnc  sfrnl)lc  parlager  la  manière  de 
\ftir  de  M.  Boui-éc  : 

l'aris.  le  G  Septembre  i88a. 
Monsieur  le  GouveuNEun. 

M.  Ip  Miliisirc  di's  AITnircs  Ëlrangères  m'ayanl  fait  pari  dor- 
iiUTeiiirnt  d'une  dé|ii'clii'  de  iioire  con<iul  k  Canton,  qui  si|;na- 
l.iit  li<  hruit  île  l'eiMoi  de  caiioimii'res  chinoises  dans  les  eaux 
du  Tonkiti.  j'ai  fuit  coniinilre  il  mon  collègue  les  doutes  que 
ririns])ii'nil  n-  reiisei finement. 

Sur  res  l'iilrol'uites.  M.  Diiclerc'  recevait  de  notre  Ministre  en 
Cliine  la  lettre  du  a(i  Jnin,  dnnt  une  copie  est  d-joînte,  et  de 
laquelle  il  résulte  que  In  nouvelle  en  question  a  ^té  efToctive- 
iiieiil  répandue  dans  l'Exlréme-Urieiit.  \\aa,  lonK[ue  M.  Ilourée. 
avisi'  par  M.  le  (Îonlre-Aiiiirnl  Mevei-,  a  inlerrO'^'é  à  ce  sujet  le 
Tso»g-li  Vainen,  les  membres  du  Conseil  des  AtTaires  étranp'Te» 
lui  ont  formel lenie ni  d/rlaré  (|u 'aucun  bAlimenl  de  ftiierre  eliiuois 
n'aiait  reçu  l'onlre  de  se  rendre  diuis  le  f,'olfe  du  Tonkin. 

Comme  vous  le  verren.  notre  ministre  en  Chine  signale  les 
a\aiila^es  qu'il  y  aurait  h  ce  que  la  légation  fût  tenue,  par 
vous,  .tu  courant  des  principinis  événements  du  Tonquin.  IX* 
son  cAlé.  M.  liourée  si-  pro|K)se  de  vous  faire  parvenir  toul(-s  les 
inliirinations  si'  rapportant  an\  aiïaires  de  l'.Vmiam  et  qui  se- 
raient de  nature  à  vous  intéresser. 

I,e  aiTvîce  ne  |ieul,  en  elTel,  cpie  pagner  à  l'échange  de  ces 
ccimminiications  réciproi]ues,  entre  le  (iouvenieur  de  Cocliin- 
ctiine  d'une  pari,  et  le  Ministre  de  France,  ainsi  que  le  Contre- 
\niiral,  Conunandunt  en  Chef  de  la  Division  des  Mers  de 
Cliitie.  d'autre  pari. 

J'ai  l'hoiHieur  de  vous  prier,  en  con »!'■<( nenee  de  vouloir  bien 
éclian^'cr.  avec  M.  lîourée  el  avec  M.  le  Conlre-.\niiral  Mever. 
des  eoMununiralîons  aussi  fréquentes  que  les  circonstances  vous 
|t:u'nitr(>nt  l'eviger,  |K)ur  les  tenir  au  eonrant  des  faits  les  pins 
inqiortnnts  qui  se  produlsenl  au  Tong-kin);.  J'i'-cris.  en  m^me 
tenq».  à  M.  le  Contre- Amiral  Commaiidanl  en  (Uief  la  division 
de  Chine,  pour  qu'il  ne  manque  |ias  non  pins  de  vous  fournir, 
dans  le  mf^me  ordre  d'idtVs.  les  indications  qu'il  pourrait  re- 
cueillir el  qu'il  croirait  devoir  vous  intéresser. 

I.  M.  DiKlcrcnvail  reniptacé  \t.  do  Frejcinet.  le  7  août  188a. 


'^  », 


PRisi:   i>i:   L\    Cl  r\i)i:ij,i:   i>i;   iix-noï  l\:)-j 

Il  y  avait  une  grande  ditTérence  entre  le  langage  tc^nu  par 
Ts'èng  à  Paris,  cl  celui  du  Tscmng-li  Yamen  à  Pé-king.  Le 
Ministre  de  la  Marine  écrivait  à  M.  Le  Myrc  de  Vilers  : 

Paris,  le  29  Scplenibrc  1883. 

MONSIKUR    LE    (ÎOUVERNKUR, 

J'allais  saisir  M.  le  Ministre  des  Affaires  Elrangères  du  projet 
de  conveiilion  additionnelle  au  traité  de  187^1  a\ec  TAnninn 
joint  à  votre  coniniunication  du  vt  Juillet  dernier,  lors(pi(»  m'est 
parvenu  \olre  télégramme  ainsi  conçu  : 

a  Ne  déposez  |>as  convention  au  Parlement,  situation  chan- 
gée. » 

Depuis  lors,  vos  deux  lettres  des  6,  7  et  i3  Août  dernier, 
m'ont  fait  connaître  le  revirement  complet  qui  s'est  produit 
dans  votre  esprit  au  sujet  des  AITaires  du  Tong-King  et  de  la 
politique  h  suivre  avec  la  Cour  de  Hué.  J'ai  peine  à  m'expliquer, 
je  l'avoue,  en  m'en  tenant  aux  termes  de  vos  dernières  corres- 
pondances, les  causes  qui  ont  pu  produire  une  modiiicalion 
aussi  complète  de  votre  attitude.  De  vos  comnuuiications  anté- 
rieures, de  celles  de  notre  chargé  d'alTaircs  h  Hué,  il  résultait  ce 
fait  que  la  prise  de  la  citadelle  d'Hanoï  avait  produit  sur  S.  M. 
Tu-Duc  et  sur  son  entourage  un  effet  considérable  et  dont  il 
était  important  de  profiter  immédiatement.  Se  soumettant  au 
fait  accompli,  le  Gouvernement  annamite  avait  désavoué  ceux 
de  ses  agents  dont  la  résistance  avait  motivé  de  notre  part  cet 
acte  d'énergie  et  les  avait  remplacés  par  des  (iionnuissaires  plus 
raisonnables  et  manifestement  sympathiques  à  notre  iiiHuence. 
Tout  en  prévoyant  la  nécessité  d'un(î  action  plus  énergique  de 
notre  [>arl  contre  les  chinois  du  pavillon  noir  et  en  manifestant 
quelque  doute  sur  les  ouvertures  de  soumission  laites  par  leur 
chef,  vous  considériez  comme  possible  d'asseoir  d'une  manière 
plus  complète  notre  autorité  cl  notre  influence  sur  le  bassin  du 
Song  Roy  sans  avoir  recours  à  l'occupation  elTective.  \jO  soin  de 
Fadministration  et  de  la  distribution  de  la  Justice  devait  rester 
contié  aux  mandarins  annamites  :  nous  ne  nous  réservions  que 
la  haute  jwlice  sur  toute  la  région  et  la  gérance  directe  des 
Douanes  en  tenant  le^  autorités  annamites  au  courant  de  nos 
0|)érations.  Vous  estimiez  que,  pour  prendre  dans  le  pays  celle 
altitude  plus  accentuée  et  plus  conforme  à  nos  intérêts  et  à  notre 


tlignitâ.  vous  possédîo/  dos  ressources  siifIJsnnips  en  hoiiinies  et 
<Mi  argent. 

Enfin,  vous  exprimiez  l'avis  qu'il  convenait  de  profiler  de 
l'émotion  profonde  produite  sur  la  cour  de  IKiî'  pour  obtenir 
ih  S.  M,  Tu-Diic  la  signature  d'un  traité  additionnel  plaçant 
netlement  l'Aniiani  sons  notre  protectorat.  Cette  disposition  me 
paraissait  enipninler  un  caractère  particulier  d'urgence  à  l'inci- 
dent fâcheux  qui  a  eu  pour  dénouement  l'exécution  du  fermier 
d'optutn.  Nai  Dxonf;.  tïe  chinois  étant  un  sujet  anglais  do  Sin- 
pa[>ore.  le  Gouvernement  Lrilanniquc  pouvait  prollter  de  l'in- 
suflisann;  du  traité  de  1874  ]«>ur  demander  directement  salis- 
faction  au  Gouvernement  de  Hué  et  nieltre  ainsi  <>ii  érliec  noire 
situation  vis-à-vis  de  t'Annani. 

dette  politique,  si  nettement  nccusi'-o  et  il  laquelle  j'avais 
nilliéré  en  donnant  mon  approbation  aux  instructions  par  Toa« 
adressées  en  ce  sons  à  M.  Riieinart  el  h  M.  le  Commandant 
RivitVe,  se  trouve  aujourd'hui  presque  complèlement  infirmée. 
D'une  pari,  prenant  texU;  des  événements  survenus  en  Ègvpte 
et  de  mes  recommandations  de  ne  nous  engager  dans  aucune 
complication  nouvelle,  vous  limitez  noire  action  au  Tonkin  à 
l'occupation  de  la  pagode  rovale  d'ilnnol  et  à  la  gérance  directe 
des  i>oiiane5  ;  de  l'autre,  vous  êtes  d'avis  de  n'ap]>orfer  aucune 
amélioration  au  traité  de  1874  dont  l'insumsance  vous  paraissait 
si  nettement  démontrée. 

Quels  sont  les  incidents  locanx  qui  ont  molivé  ces  cliange- 
menls  i"  J'en  cherche  en  vain  la  trace  dans  votre  correspondance. 
Je  ne  saurais,  en  cITet,  considérer  (.■omuie  sérieusement  menaçant 
l'article  du  Chen  pao,  Gaxelte  de  Chang-llal.  (|uc  vous  a  adressé 
noire  consul  général  et  dans  lequel  on  jirélc  à  la  Chine  des  in- 
tentions hostiles  à  notre  endroit.  Déjà,  on  avait  fait  courir  le 
hrnit  que  le  Céleste  Kmpirc  avait  envoyé  ou  se  disposait  à  en- 
voyer des  caîlonni^res  dans  le  Tong-King  pour  nous  en  expulser, 
vérification  faite,  ces  nouvelles  ont  l'Ié  reconnues  dénuées  de 
fondement.  Nous  .sommes  bien  n^ohis,  d'autre  part,  à  re|Xiuss<T 
énergique  ment,  le  traité  de  187^  on  main,  l'intervention  de  la 
Chine  dans  les  alTaires  de  r.\nnam,  el  j'ai  lieu  de  penser  cpie 
cette  attitude  bien  nette  de  noire  |»art,  sulTira  à  faire  disparaître 
toute  démonstration  sérieuse  de  ce  cAté.  Quant  aux  affaires 
d'Kgvpte,  elles  sont  maintenant  entrées  dans  une  phase  qui  ne 
|)rut  avoir  nucuiie  lulluencc  directe  sur  notre  jmlilique  au  Tong- 
K.ing  et  vis-à-vis  de  l'.^unam.  A  moins  de  diflicultés  que  je  ne 


connais  pas,  je  no  vois  fj^uorc,  je  le  répète,  les  raisons  qui  ont 
pu  vous  conduire  à  modilier  la  ligne  politique  par  vous-nn^nie 
tracée  cl  que  j*avais  acceptée  dans  la  mesure  de  prudence  et  de 
réserve  dont  vous  ne  devez  jamais  vous  départir. 

J'aime  à  penser  que  vous  trouverez  l'occasion  de  renouer  a\ec 
l'Annam  les  négociations  nécessaires  pour  apporter  au  traité  du 
i5  mars  1874  des  modifications  qui  nous  assurent,  sans  con- 
teste, le  protectorat  de  ce  pays  et  une  action  prépondérante  dans 
le  Tong-Ring. 

P.  S.  La  Oé|)éche  télégraphique  que  vous  m'avez  adressi»e  le 
24  de  ce  mois  et  à  laquelle  je  réponds  spécialement  ne  me  [)a  - 
raît  pas  de  nature  à  modifier  la  ligne  de  conduite  que  j'ai  tracée 
plus  haut. 

Un  revirement,  en  cflct,  s'était  produit  dans  l'esprit  des 
conseillers  de  Tu-Duc,  probablement  sous  l'influence  des 
nouvelles  de  Chine  :  on  faisait  courir  le  bruit  que  5oo  hom- 
mes de  Tarmée  chinoise  avaient  débarqué  à  Pak-hoi  et  qu'un 
vice-roi  hostile  était  nommé  à  Canton.  Il  fallait  absolument 
mettre  un  terme  à  la  situation  qui  nous  était  faite  au  Tong- 
King,  aussi  M.  Duclerc,  ministre  des  Aflaires  étrangères, 
écrivait-il  le  i4  novembre  1882  à  Tamiral  Jauréguiberry  : 

Le  résultat  que  voua  avez  en  vue  n'est  pas.  quant  à  présent, 
l'exercice  de  la  souveraineté  sur  cette  province,  mais  rétablisse- 
ment d'un  protectorat  complet,  avec  prélèvement  d'une  partie 
des  impôts  en  vue  de  diminuer  les  charges  de  notre  occupa- 
tion. 

Vous  proposez  à  cet  elTet  d'envoyer  à  Hué  un  Envoyé  extraor- 
dinaire qui  recevrait  pour  mission  de  représenter  au  Gouverne- 
ment annamite  l'impossibilité  où  il  se  trouve  de  maintenir 
l'ordre  dans  le  Tong-Ring,  et  qui  s'efibrccrait  de  lui  faire  ac- 
cepter formellement  notre  protectorat.  Nous  nous  engagerions, 
de  notre  côté,  à  rétablir  l'ordre  dans  la  province  vassale  sur 
laquelle  l'Annam  n'exerce  en  ce  moment  qu'une  souveraineté 
nominale. 

Une  double  démonstration  militaire  appuierait,  h  Hué  et 
même  au  Tong-Ring,   les  démarches   de    notre   Représentant, 


3Co  LAKF.UI.K    DU    T.INU-KISC 

laiiflis  ((lie  noire  Miiiislrc  «  Pt'-King  s'nppliqiirrait  n  tli'-sinlcres- 
scr  le  Tsoung-li  Yamen  de  la  question. 

Je  donne,  en  ce  qui  inc  cnnccrno,  ma  pleine  approbation  au 
projet  que  vohs  avez  bien  voulu  in'exposer.  Je  désirerais  toute- 
lois  connajtre.  en  temps,  utile,  la  teneur  des  dispositions  fon- 
teiitionuelles  ([uc  vous  proposez  d'ajouter  au  traité  de  i8yA, 
atin  d'en  examiner  les  termes  de  concert  avec  vous. 

Je  suis  tout  pr<>l  à  me  joindre  h  vous  h  l'eirct  de  demander 
aux  Clianilires  les  crédits  nécessaires  pour  subvenir  aux  frais 
d'expédition  el  d'occHpalion,  et  je  ne  doute  pas  »|iic  le  Parle- 
ment ne  rnnsenle  nist-meut  !i  U[ie  déiH-nM'  annuelle  de  lo  niil- 
lioiis.  qui  |)arail  irnilleurs  detoir  être  couverte,  dans  un  avenir 
prncliain,  par  les  ressources  des  contrées  sur  lesquelles  nous  au- 
rons étendu  notre  protectorat. 

Mais  «ne  dépôchc  de  M.  liouréc  annonce  le  rappel  des 
troupes  chinoises  du  T<ing-Kin(<  : 

Cliang-IIaî.  5  Décembre  i88a. 

La  puerre  avec  la  Chine  semblait  inévitable  ;  je  crois  niaînle- 
nnnl  ipic  le  danger  est  écartt^  :  après  une  résistance  opiniAtrr.  le 
GonverneiDenl  ciiinois  consent  à  rappeler  ses  troupes  du  Tong- 
King,  L'ordre  de  reirailc  a  élé  expédié  par  courrier  rapide  au 
Kouang-Si  et  an  Yun-Nan.  En  allemtanf.  il  est  urgent  de  télt-- 
griipbier  en  Codiinchïne,  afin  de  prévenir  l'ouverture  des  liostï- 
lités  conti-e  les  lroiq>es  im|M''riales.  Nous  sommes  convenus  que 
jM'ndatil  le  liélai  nécessaire  pour  exéciiler  les  instructions  de  l'é- 
Kiug.  la  res[mnsabililé  d'aucun  des  deux  Gouvernements  ne 
serait  engagt'C  par  une  collision. 

Je  discute  et  je  lous  soumetirai  hienlàt  les  bases  d'un  arran- 
gement pour  l'ouverture  du  Yun-Nan. 

M.  Ducicrc  s'empreasc  d'annoncer  à  notre  agent  qu'il 
donne  l'ordre  d'éviter  tout  conflit  armé  ; 

Paris,  le  6  Décembre  i88a. 
\)m  le  reçu  de   voire   télégramme  d'hier,  le  Ministre  de  In 


r  de  la  Cochinchine  h  domu 

s  d'attaque  k  repousser,  on 

gage  au  Tong-King  aucune  action  contre  les  troupes  chin 


ivilé  le  r.<i 
s  pour  qu< 


puisi;   in:   i,v   (  i r\i)i  i,i,i:   di:   iiv-\oï  []C)i 

M.  Le  M)re  de  Vilors  vicnl  de  répoiidn»  (juc  cellivs-d  paraisNont 
s'être  retirées  sur  la  frontière,  el  <nraiiciin  eii^a«^'emeiil  iw  sem- 
ble possible.  Il  envoie  néanmoins  des  inslructions  au  conitnan- 
danl  des  forces  françaises  au  Tong-King. 

Enfin  un  nouveau  léicgramme  de  noire  agent  à  Pé-Kiiig 
annonçait  l'envoi  d'un  projet  de  Convention  : 

Cliang-llaï,  le  39  Décembre  1883. 

Le  prochain  courrier  portera  un  projet  de  convention  com- 
biné avec  le  Vice-l\oi  du  IV  Tclié-li  el  agréé  par  le  Tsoung-li 
Yamen  ;  ouverture  du  Yun-Nan  ;  reconnaissance  de  la  protec- 
tion française  au  Tong-King  sauf  sur  une  zone  à  délimiter  sui- 
vant la  frontière  chinoise  ;  garantie  réciproque  de  cet  état  de 
choses  contre  toute  entreprise  extérieure.  Des  télégrammes  re- 
présentent nos  préparatifs  pour  le  Tong-King  comme  hostiles  à 
la  Chine.  Si  vous  ne  m'aidez  pas  à  les  démentir,  Taccord  paci- 
fique sur  les  bases  indiquées  pourrait  être  conqjromis.  L(»s  forces 
militaires  chinoises  dépassent  beaucoup  les  appréciations  du 
Ministre  de  la  Marine,  Détails  par  la  poste. 

Les  bases  de  rarrangemcnt  négocié  à  Chang-IIaï  étaient 
formulées  dans  un  acte  que  M.  Bouréc  qualifie  lui-même  de 
mémorandum  (Chang-Haï  du  20  décembre  1882)*  : 

1°  Il  est  stipulé,  en  premier  lieu,  que  les  troupes  chinoises 
évacueront  le  Tong-King,  a  condition  que  M.  Bourée  écrive 
au  Tsoung-li  \amen  imc  lettre  dans  laquelle  il  déclarera 
que  la  France  ne  poursuit  aucun  projet  de  conquête,  aucune 
entreprise  contre  la  souveraineté  territoriale  de  rAnnam. 
Cette  lettre  a  été  remise  par  M,  Bourée  (môme  dépèche)  ; 

2"  En  second  lieu,  il  est  convenu  que  la  ville  de  Lao- 
Kay  sera  cédée  à  la  Chine,  qui  y  établira  un  poste  de  douane, 
«  do  telle  sorte  que  les  produits  étrangers  ayant  franchi 
«  celte  barrière  se  trouveraient  placés  au  delà  sous  le  régime 
«  ordinaire  de  tous  les  produits  qui  ont  pénétre  dans  Pinté- 

I.  Livre  jaune,  p.  3o-i. 


«  rieur  de  la  Chine  jMr  les  |x>rLs  ouverts  w.  —  Dans  la  pen- 
sée de  M.  liourcc,  cette  clause  iinjiliqueraît  à  noire  avantage 
l'ouverture  du  Yun-Nan  (télégramme  de  Cliang-Haï  dii 
39  décembre)  ; 

3°  Enfin,  une  dernière  clame  divise  leTong-Kiiig  en  deux 
zones  placées  sous  la  surveillance  resi)ective  de  la  Chine  et 
de  la  France,  et  consacre  pour  les  deux  États  l'obligation  do 
garantir  te  Tong-King  ainsi  organisé. 

Des  trois  clauses  qui  constituent  l'arrangement,  l'une,  la 
première,  a  été  immédiatement  exécutée  par  les  parties  ; 
quant  aux  deux  dernières,  elles  ne  pouvaient  naturellement 
ôErc  acceptées  que  ad  referemlam. 

M.  Duclerc  donna  son  adhésion  au  principe  de  ces  né- 
gociations ;  il  ne  se  rendait  peut-être  pas  compte  de  leur 
portée. 

Aussi  bien  la  question  du  Tong-King  était  alors  reléguée 
au  second  plan  :  les  yeux  étaient  fixés  sur  l'Egypte  que 
l'Angleterre  avait  occupée  grâce  à  la  faiblesse  de  nos  gou- 
vernants. Sans  adopter  un  plan  grandiose  proposé  par 
Tamiral  Jauréguibcrry,  qui  était  d'ailleui-s  le  seul  qui  vit 
juste,  on  envoyait  au  Tong-King  la  Corrèze  avec  700  hom- 
mes pour  soutenir  le  commandant  Uivièrc  dont  la  position 
pouvait  être  difficile  sans  renforts. 

DISGRACE    DE    M.    BOURÉE 

Le  21  février  iSS3,  un  cabinet  était  constitué  sous  la 
présidence  de  M.  Jules  Ferry  qui  prenait  Tinstruction  pu- 
blique ;  M.  Challemcl-Lacour  assumait  la  direction  des 
Affaires  étrangères'. 

Le  a3  février  i8S3,  M.  Bourée  télégraphiait  h  M.  Chal- 
lemel-Lacour: 

1.  M.  Ducbrc  ùUnl  tombé  malndc.  M.  Fallières  avait  ëlë  chargé  do 
l'inlérim  dci  alTairo  litrangi^ras,  du  3g  janvier  au  11  février  i883. 


7»\- 


r)is(;uA(:K   dk  m.    hoi  ui.k  303 

Le  \ice-roi  de  Tclu^-li  est  très  iinpalieiil  de  comiallre  J'acmeil 
fait  aux  propositions  que  vous  savez.  L'ajournenieiil  de  notre 
réponse  nous  expose  à  perdre  le  bcnéiice  de  circonstances  favo- 
rables, et  à  laisser  surgir  des  complications  nouvelles  ;  je  vous 
prie  de  me  télégraphier  le  plus  tôt  possible. 

On  lui  répondit  par  un  télégramme  le  rappelant  en  France 
et  mettant  fin  à  sa  mission. 

«  Le  4  mars,  M.  Challemel-Lacour,  d'accord  avec  M.  Jules 
Ferrv.  arrêtait  ses  vues.  Le  5,  à  midi,  il  rapportait  de  l'Elysée 
un  plan  délibéré  en  Conseil.  Le  Gouvernement  était  d'avis  que 
M.  Bourée  avait  fait  fausse  roule,  en  se  laissant  entraîner  dans 
la  voie  de  négociations  avec  la  Chine  ;  qu'il  n'avait  pas  obtenu 
l'adhésion  du  Gouvernement  chinois  aux  propositions  combinées 
avec  Li  Houng-tchang  ;  que  ces  propositions  mêmes  n'étaient 
pas  acceptables,  qu'enfin  les  pour[>arlers  suivis  à  Tien-Tsin  et  à 
Chang-Haï  avaient  le  grave  inconvénient  de  nous  faire  perdre  la 
position  acquise  depuis  187/1,  en  reconnaissant  à  la  Chine  le 
droit  de  s'ingérer  dans  le  règlement  de  nos  rapports  avec  TAn- 
nam.  Il  fallait  revenir  sur  celte  tentative  malheureuse  et  réta- 
blir les  choses  en  l'état  où  elles  se  trouvaient  antérieuremenl. 
Le  seul  moyen  était  de  faire  connaître  à  la  Chine  que  le  Gou- 
vernement de  la  République  ne  pouvait  acquiescer  à  des  combi- 
naisons impliquant  un  partage  d'influence  au  Tong-King,  mais 
qu'il  restait  prêt,  comme  auparavant,  à  traiter  amicalement 
|)Our  le  règlement  des  relations  de  couunerce  et  de  bon  voisi- 
nage entre  les  deux  pays. 

Une  pareille  décision  impliquait  un  désaveu  de  l'agent  fran- 
çais, qui  avait  pris  l'initiative  des  pourparlers;  elle  devait,  en 
même  temps,  lui  enlever,  au  regard  du  Gouvernement  chinois, 
l'autorité  convenable  pour  relever  des  droits  dont  il  avail  fait 
bon  marché,  et  pour  négocier  utilement  sur  d'autres  bases.  La 
conclusion  nécessaire  était  donc  le  rappel  de  M.  Bourée'.  » 

I.  Billot,  p.  35.  —  Nous  citerons  do  ce  nom  qui  est  celui  do  l'ancien 
directeur  des  affaires  politiques  Touvrage  suivant  qui  est  son  œuvre  : 
//affaire  du  Tonkin,  —  Histoire  diplomatique  de  l'établissement 
de  notre  protectorat  sur  l'Annam  et  de  notre  conflit  avec  la  Chine, 
1882-1885,  par  un  diplomate.  Paris,  J.  Uctzel,  s.  d.,  in-8. 


Le  lendemain,  5  mais,  le  l«k'graii)mc  suivant  élaît  exjiédié 
à  Ctiang-Ilaï  : 


Il  n'est  pas  lonu.  dans  l'arrangement  dont  vous  avez  pris 
initiative  au  sujet  du  Tong-King,  un  compte  suflisant  de  notre 


situation  conventionnelle.  Cet  arrangement  consacrerait,  au 
protil  do  la  Chine,  des  concessions  auxquelles  il  ne  nous  appar- 
licnt  pns  do  souscrire.  Pour  bien  marquer  notre  sentiment  à  cet 
i''f:ard,  jp  me  vois,  à  regret,  dan*  la  nécessitù  de  mettre  lin  à 
volri'  mission.  Pîn  alteiidnut  vos  lettres  de  rapptri,  vons  vous  n[v 
pliquere/  à  l'tablir  que  notre  décision  n'inipliquc  aucune  ])eusii> 
il'liostilid'^  contre  la  CInne.  notiy;  seul  bul  ^lant  d'assurer  l'ordre 
au  Tong-King  dans  1«  conditions  du  traité  de  1874  '. 

M,  iîouréc  répondit  le  7  mars*: 

Votre  refus  do  souscrire  aut  arran^menls  dont  le  l>é|Kirle- 
ment  avait,  è  deux  reprises,  admis  le  principe,  nous  rejette  dans 
l'iNconnu  le  plus  inquiétant  ;  votre  éclatant  désaveu  rMuil. 
d'ailleurs,  ici  mon  ràlc  h  néant,  je  doute  que  l'on  ait  pu  peser 
h  Paris  toutes  les  consi'-quences  de  la  détenninalion  que  vous  me 
noiijiex  el  dans  laquelle  je  fais  abstraction  des  considérations  qui 
me  sont  personnelles. 


.    DISURACB    VE    1 


J'ai  quelque  raison  de  |)cnser  que  le  rappel  de  M.  IJourm- 
ne  fut  [VIS  dû  eiitièreiucnt  à  la  politique  qu'il  avait  suivie 
dans  les  aiïaircs  du  Tong-King.  .Vntant  [Kut-i'lrc  que  les 
négociations  avec  la  Chine,  l'Iiostitité  d'une  clique  locale 
causa  la  disgrâce  de  M.  Bource. 

La  concession  frani^aisc  de  Ghang-llal  est  régie  par  un 
règlement  d'organisation  munict[)alc  établi  le  i^  avril  i8()<S 
par  M.  U renier  de  Monlmorand,  alors  Consul  général.  Quel- 
ques Français,  cl  a  leur  tète,  M.  Ernest  Millot,  ancien  pré- 

1.   Livre  jaune,  \>.  70. 


CAL'SKS    I)K    L\     DISr.nvCE     DR    M.     HOIHKK  3i\?) 

sidonl  du  Conseil  d'adininislralion  nuinicij)alo  do  la  conces- 
sion française,  second  de  Texpédilion  de  Jean  Dnpuis, 
Irouvaicnl  que  rinflucnee  élrangèrc  était  trop  grande  dans 
un  Conseil  municipal,  composé  de  huit  membres  dont  la 
moitié  étaient  étrangers*.  Ils  oubliaient  que  la  concession 
n'est  pas  une  colonie  et  cpie,  outre  M.  Millot  dont  le  com- 
merce était  insignifiant,  mais  qui  représentait  les  intérêts  de 
MM.  Rémi  de  Montigny,  J.  S.  Baron  et  A.  Grenot,  pro- 
priétaires fonciers,  il  y  avait  d'autres  Français  et  des  étran- 
gers possédant  des  intérêts  autrement  considérables  que  les 
siens.  Le  21  mars  1879,  M.  Brenier  de  Montmorand,  au 
milieu  de  ses  préparatifs  de  départ,  reçut  une  lettre  de 
M.  Millot,  président  du  Conseil  municipal  de  Cliang-IIaï 
(Chang-Haï,  12  mars  1879)  pour  le  «  prier  de  vouloir  bien 
demeurer  quelques  jours  parmi  nous,  pour  donner  votre 
attention  à  des  questions  de  la  plus  haute  importance  pour 
l'avenir  de  notre  concession  et  sur  lesquelles  le  Conseil  désire 
vous  consultera  votre  passage  ii  Chang-Uaï  n. 

M.  Brenier,  pressé  de  rentrer*,  laissa  la  gérance  de  la  lé- 
gation à  M.  Patenotre  avec  le  soin  de  s'occuper  de  la  ques- 
tion niunici^yale.  M.  Patenotre,  qui  sentait  fort  bien  que  le 
but  de  la  Municipalité  était  apparemment  de  s'affranchir  du 
contrôle  du  consul  de  France,  déclara  que  la  discussion  ne 
pouvait  être  mieux  ainduite  qu'à  Paris,  par  M.  Millot,  qui 
rentrait  avec  M.  Brenier. 

M.  Bourée  hérita  de  la  situation.  A  une  lettre  de  M.  Millot, 
il  répondait  (Pé-King,  17  juillet  1882): 

Vous  insistez  de  nouveau  auprès  de  moi  sur  In  nécessité  d'in- 
triKlnire  des  luodilicntions  dans  nos  rogleinents  nHniici[)au\  à 
Cliang-llaï.  Je  suis  tout  prêt  à  admettre  (ju'il  )- aurait  beaucoup 

I.  La  France  dans  V Extrême-Orient  et  la  concession  française 
de  Chang'Ilaï.  Conierciicc  faite  à  la  Société  académique  indo-chinoise, 
le  3i  mars  1881,  par  Erncsl  Millot.  Paris,  Cliallamcl,  br.  in-8. 

a.  Voir  p.  l'io. 


> 


V 


3fj()  i.'affaire  du  tong-cing 

ù  critiquer  dans  IV'Ut  de  choses  existant.  Mais  cst-il  aussi  simple 
de  l'améliorer  que  vous  paraissez  le  croire!'  N'oubliez  pas  qu'à 
Chang-Haî,  sur  les  concessions,  nous  ne  sommes  pas  dans  une 
colonie  française,  dont  nous  puissions  à  noire  seul  gré  modiGer 
la  législation.  Nous  avons  à  y  compter  avec  les  gouvcrnenienls 
étrangers,  qui  ne  se  prâlcroul  à  aucune  innovation  défavorable 
aux  intérêts  de  leurs  nationaux.  Or,  mallioureuseinent.  nos  na- 
tionaux, si  nous  en  défalquons  surtout  les  missionnaires,  ne 
contribuent  <[ue  d'une  manière  très-niédiocro.  i  remplir  In 
caisse  municipale.  Les  agents  (t'AlIcmagne,  d'Angleterre  et 
d'Amérique  admettront  dËs  lors  didicilement  que  la  prépondé- 
rance dans  l'administration  soit  attribuée,  plus  qu'elle  ne  l'est 
déj.T,  k  l'élément  le  moins  imposé,  i  celui  qui  se  compose  de  ce 
qu'on  peut  appeler  la  menue  monnaie  des  électeurs.  Or.  ces 
•^uvernemcnls  re[>oussant  nos  rè<;lements  nouveaux,  comnieni 
sorions-nous  en  état  de  les  faire  admettre,  appliquer?  et  que  de- 
viendrait alors  notre  situation  à  Cbang-IIaï  '  } 

D'ailleurs,  il  y  avait  une  manière  très  simple  de  savoir 
l'opinion  des  intéressés,  c'est-à-dire  les  contribuables  de  la 
concession  française,  c'était  de  la  leur  demander.  M.  Bou- 
rée  et  M.  FIcscli,  consul  général  à  Cltang-Haï,  s'y  décidèrent; 
un  refcrendimi  donna  cent  dix  voix  pour  le  rejet  du  projet 
de  revision  du  règlement,  contre  une,  celle  de  M.  Tcillot, 
associé  de  M.  Millot.  Le  projet  était  enterré.  Il  y  avait  encore 
quelques  petits  griefs  locaux  contre  M.  Bourée,  par  exemple, 
la  propriété  du  foreshorc  de  la  concession  française,  question 
qui  causa  en  [wrtie  la  révocation  du  consul  général,  M.  Be 
noît  Garnicr,  et  son  remplacement  (i6  mars  1882}  par 
M.  Flescli.  M.  Miilot  comptait  des  appuis  puissants  dans  le 
l'arlcmcnl  et  ce  fut  par  eux  qu'il  arraclia  de  M.  Cliallemel- 
"Lacour  le  rappel  de  M.  Uourée,  sans  doute  déjà  arrêté  en 
principe.  Il  est  surprenant  de  voir  quelle  importance  pren- 
nent à  Paris  certaines  personnes  qui  n'occu[>ent  ù  l'étranger 
qu'une  médiocre  position  dans  l'échelle  sociale. 

I     Document  |>arliculicr. 


rj^t^ffTiajefS^WS"  ^ 


RÉIIAHILITATIO.N    DK    M.     BOURKK  3^^ 


RKllAmLlTATIO>'    DE    M.     BOLRÉE 


Les  attaques  dont  M.  Bourée  fut  l'objet  lui  firent  réclamer 
de  M.  de  Freycinet  la  réunion  d'une  commission  pour  que 
les  actes  dont  il  était  incriminé  fussent  soumis  à  son  appré- 
ciation. La  commission,  composée  du  comte  de  Chaudordy, 
de  M.  Henri  Fournier,  tous  les  deux  anciens  ambassadeurs, 
et  du  baron  de  Ring,  ministre  plénipotentiaire,  directeur  des 
Affaires  politiques,  après  s'être  réunie  et  avoir  entendu 
M.  Bourée,  délivra  l'attestation  suivante  (22  avril  i885)  : 

Après  avoir  pris  connaissance  des  pièces  et  documents  qui 
nous  ont  été  communiqués  par  le  Ministre,  et  nous  référant  aux 
considérations  confidentielles  que  nous  avons  consignées  dans  les 
notes  annexées  à  la  présente  déclaration. 

Attestons  que  M.  Bourée  n'a  manqué  dans  le  cours  de  sa 
mission  en  Chine,  ni  aux  devoirs  qu'impose  le  patriotisme,  ni 
aux  règles  professionnelles  et  qu'il  n'y  a  pas  lieu,  par  conséquent, 
de  s'arrêter  aux  accusations  dirigées  contre  lui*. 

Trois  jours  après,  M.  de  Freycinet  faisait  un  rappel  du 
traitement  en  disponibilité  de  M.  Bourée,  qui  était  nommé 
ministre  plénipotentiaire  de  i'®  classe  le  6  juin  et  envoyé 
extraordinaire  et  ministre  plénipotentiaire  de  France  auprès 
du  roi  de  Danemark,  le  7  juillet.  En  annonçant  à  M.  Bou- 
rée cette  dernière  nomination,  M.  de  Freycinet  lui  écrivait 
(8  juillet  i885): 

«  Je  me  félicite  d'avoir  pu  provo<|ucr  une  décision  qui  vous 
témoignera  du  prix  que  le  Département  des  Aflaires  Étrangères 
attache  à  vos  services  et  de  sa  reconnaissance  pour  ceux  que  vous 
lui  avez  déjà  rendus*.  » 

1 .  Document  particulier. 

2.  Document  particulier. 


CHAPITRE  ^xvirr 

L'AFFAIRE  DU  TOHG-KING  i-Suiit).  -  DÉPART  DE  M.  BODRÉE 
(1883) 


M.   lloiirci?  rcslait   on   Cliinc,  attendant   un   : 
iflinoranl  Icscaiisos  oracles  de  son  rappol,  il  rhercliait  i^  cx- 
plifUier  sa  conduite  ;  il  écrivait  à  M.  Cita  Item  el-Lacour  : 

Cliang-IIat,  le  3r  mars  i883. 

MoNSIEUn    LE    MlMSTHE, 

Je  reçois  h  l'instant,  avec  la  dépêche  |H>lil:qiie  du  Départe- 
ment, en  date  du  3i  Janvier  dernier  ("S"  3).  des  lettres  parli- 
rulièrns  de  France  qui  me  donnent  lieu  do  croire  à  l'evistenre 
do  bien  des  malentendus  entre  le  Département  et  la  I/}(alion. 
Ou  j'ai  été  inliabileîi  expliquer  clairement  toutes  les  phasesqu'a 
traversées  cette  mallieureiise  question  du  Tonp-Kiug,  ou  Votre 
Excellence  n'a  |)as  eu  sous  les  veux  toutes  les  indications  <pie 
j'ai  adressées  ii  la  Direction  Politique  cl  qui  me  paraissent  de 
nature  à  retracer  avec  une  sutlisante  précision  le  véritable  état 
des  choses.  On  nie  reprocherait,  parall-il,  d'avoir  dans  me» 
|Murparlcrs  été  amené  à  reconnaître  on  à  tolérer  la  sazrrainelé  de 
la  Chine  gur  t'Annam  ;  c'est  exactement  le  contraire  qui  est  arrivé, 
puisque  je  n'ai  pas  voulu  admettre  que  le  >icc-mi  Li  Houng- 
Icbang  piit  m'en  parler  :  n  iNous  clierclions.  lui  ai-je  dit  à  la 
B  preniitTe  insinuation  qu'il  m'a  finie  h  cri  é^ard.  s  un  arrau- 
«  ^ment  pratique,  un  terrain  de  conciliation  qui  rende  pos- 
'I  sible  entre  nous  l'acconl  évidcmmcnl  conseillé  par  nos  intérêts 
«  communs.  Laissons  donc  de  (^lé  les  questions  de  principe  qui 
«  nous  diviseraient  ;  votii'  suzeraineté  est  incompatible  avec 
«  noire  protectorat  ;  mais  je  ne  lois  aucune  utilité  à  entrer  dans 


DKPAUT    DE    M.     HOl RKE  SCq 

«  uno  discussion  qui  porterait  sur  un  (cl  objet.  »  (Voir  le  procès- 
\erbal  de  ma  conversation  avec  le  vice-roi  Li  Houng-tcliang.  l)ép. 
Pol.,  N«  III.) 

C'est  alors  que  nous  avons  cherché  les  élémenls  d'une  entente 
dans  la  combinaison  que  vous  connaissez,  laquelle  n'impliquait, 
à  aucun  degré,  de  notre  part,  la  reconnaissance  des  prétentions 
de  la  Chine  et  eut  laissé  subsister,  dans  son  intégralité,  notre 
droit  de  les  combattre,  le  jour  où  elles  nous  auraient  troublés 
dans  le  libre  exercice  de  nos  droits  conventionnels.  Mais  cette 
éventualité  n'eût  guères  été  à  redouter,  après  que  nous  nous 
serions  mis  en  possession  dans  toute  la  partie  du  Tong-Kingque 
nous  avions  intérêt  à  dominer.  La  Chine  n'aurait  eu  garde  de 
venir  nous  y  troubler,  une  fois  que  nous  nous  serions  cantonnés 
solidement  dans  les  positions  militaires  que  nous  n'aurions  pas 
manqué  d'occuper. 

D'ailleurs,  l'Annam,  une  fois  séparé  de  la  Chine  par  les  ter- 
ritoires placés  sous  notre  autorité,  aurait  été  facilement  amené  à 
renoncer  à  ses  ambassades  à  Pé-King  qui  ont,  jusqu'ici,  constitué 
pour  nous  un  danger  permanent.  Les  liens  entre  les  deux  pays 
se  fussent  relâchés  par  la  force  même  des  choses,  sans  secousse, 
sans  éclat  inquiétant  pour  l'amour  propre  chinois  ;  et,  de  plus 
en  plus  absorbée  dans  notre  sphère  d'action,  la  royauté  anna- 
mite en  eût  vite  été  réduite  à  ne  vivre  que  de  la  vie  que  nous 
lui  eussions  mesurée.  En  attendant,  nous  avions  gain  de  cause 
dans  tout  ce  qui  touchait  à  nos  intérêts  et  à  nos  desiderata 
actuels  et  nous  recueillions  les  fruits  de  notre  attitude  modérée 
et  conciliante,  en  obtenant  du  Gouvernement  Impérial  qu'il 
nous  laissât  nos  contrées  entièrement  franches,  dans  la  presque 
totalité  du  Tong-king  et  qu'il  nous  accordât,  avec  l'ouverture  du 
Yun-Nan,  les  facilités  dont  nous  avons  besoin  pour  utiliser  la 
nouvelle  route  fluviale  que  nous  entendons  ouvrir  au  commerce. 

Aujourd'hui,  tous  ces  résultats  vont  se  trouver  remis  en 
question.  Nous  les  obtenions  sans  coup  férir  et  en  échange  de 
concessions  illusoires.  Désormais,  il  va  s'agir  de  les  conquérir  les 
armes  à  la  main.  En  admettant  que  nous  sortions  à  notre  hon- 
neur des  embarras  que  nous  prenons  ainsi  à  notre  compte,  ne 
reste-t-il  pas  vrai  que,  dans  les  relations  entre  les  Gouverne- 
ments, comme  dans  les  rapports  entre  individus,  une  bonne 
transaction  vaut  mieux  qu'un  procès,  surtout  quand  ce  procès 
doit  se  plaider  au  bout  du  monde,  à  coups  de  canon  et  dans  un 
pays  à  peine  connu  P... 

CORDIKR.  IL   —  a  4 


â'JO  l'aFFAIIIE    Dlj    TONG-KING 

M.  Bouréc  se  défendit  également  sur  un  autre  [Kiinl  qui 
lui  avait  élé  amèrement  reproche  : 

a  Je  vous  parli^rai.  t'crivail-il,  de  la  :one  neutre  que  je  préco- 
nisais dons  mon  arrangonirut  de  Tien-Tstn  et  que  je  reprochais 
comme  mauvais,  quelques  semaines  auparavant  à  Pc-Kiug,  dans 
un  r9p}K>i't  dont  un  passaf^  a  même  élé  lu  à  la  Iribime  par 
M.-  Clialleuiel-Lacnur  et  dont  on  m'a  opposé  les  tenues.  C'est, 
qu'eu  écrivant  ma  lettre  du  A  novembre,  on  a  afFecté  de  l'i^tuo- 
rer,  je  raisoimais  dans  riivpollièsc  où  lout  [tourrail  se  réfjler 
sans  qu'il  v  ei'il  n  craindre  une  fjuerreavec  la  Chine;  landisque, 
plus  tard,  la  queslinii  qui  s'est  [Misée  Tut  celle  de  savoir  si  l'in- 
lérèt  qui  s'attachait  a  ne  pas  a\oir  de  /oue  neutre  valait  ce  que 
nous  coulerait  une  pierre  avec  In  Chine  I  La  question  ainsi 
posée  changeait  rousidérahl émeut  d'as|M-ct,  on  en  conviendra. 
A  ce  Miomeut,  les  inconvénients  de  la  lont-ueutre,  si  réels  qu'ils 
fussent,  dr.vcnaient  minimes  quand  on  les  com|Kirait  à  ceux  d'un 
conflit  avec  le  (déleste  Ruqtire.  C'est  ce  qui  explique  conuueni  la 
combinaison  qui  me  jinraissait  détestable  le  !t  novembre,  a  pu 
me  sembler  désirable  le  ô  décembre.  » 

Les  nouvelles  qu'envojait  M.  Itour^'C  devenaient  de  plus 
en  plus  inquiét;intcs  : 

Dans  imo  lettre  du  30  mars,  adressée  au  Ministre  des 
AITaires  étrangères,  il  rapjiorlail  l'entretien  ipi'il  venait  d'avoir 
avec  l,i  Uoung  Uli.ing  cl  dont  il  se  dégageait,  d'après  noire 
ministre,  dcu\  choses  saillantes  : 

1°  Que  la  Chine  est  décidée  j\  [ic  pas  admettre  qu'on  la 
laisse  de  côté  et  (jne  nous  fassions  nos  affaires  sans  tenir 
coinple  de  sa  volonté  ou  de  ses  désirs;  2°  que  dans  le  cas  oîi 
nous  voudrions  reprendre  les  pourjKirlers  interrompus,  on 
ne  consentirait  plus  à  traiter  sur  les  mêmes  bases  qu'autre- 
fois, et  qu'enfin  le  projet  d'arrangement  formulé  à  'l'ien-Tsin 
avait  failli  échouer  devant  les  résistances  du  Conseil  privé  et 
des  hauts  fonctionnaires  provinciaux,  lorsque  nous  avons 
pris  soin  de  le  déchirer  de  nos  propres  mains. 

Aussi  bien,  écrit  M.  Itourée.  ce  qu'il  vous  importe  de  connaitre 


l  twni^WJ\,IIF7-'T^j?"- 


DKPAHT    DE    M.     HOl HKK  87! 

dcsoniiais,  c'est  non  pas  ce  qiK»  je  puis  dire,  mais  ce  que  Von  m'a 
dit. 

Le  Vice-Roi  |)Oursuivil  :  a  Mais  ce  Traité  savez-vous  ce  que 
a  l'Annam  en  pense  et  ce  qu'il  nous  répèle  sur  lous  les  tous  ? 
«  11  déclare  qu'il  l'a  signé  sous  le  couteau  et  qu'il  proteste  contre 
«  le  parti  qu'on  prétend  tirer  contre  lui  d'engagements  arrachés 
«  par  la  violence.  Dans  ce  inoment-çi  môme,  il  y  a  ici  le  mi- 
ce  nistre  des  Finances  du  roi  Tu-Duc,  qui  est  venu  tout  expres- 
«  sèment  après  bien  d'aulres,  pour  nous  tenir  le  même  langage 
«  et  pour  revendiquer  auprès  de  nous  et  contre  vous  l'appui 
V  inhérent  à  la  vassalité  dont  il  n'a  jamais  répudié  les  devoirs 
«  et  dont  il  réclame  le  bénéfice!  Ainsi,  repril-il,  après  une 
«  pause,  vous  ne  voulez  pas  reconnaître  noire  suzeraineté  et  le 
a  droit  qu'elle  nous  constitue  de  nous  mêler  des  alTaires  du 
a  Tong-Ki ng  ?  » 

Je  me  bornai  h  répondre  par  un  gesie  d'incrédulité. 

Alors  le  Vice-Roi  agitant  ses  [)<)ings,  connue  pour  rendre  la 
mimique  d'un  boxeur  anglais,  me  dit:  —  «  En  ce  cas,  c'est 
«  comme  cela  qu'il  faudra  faire  î...  » 

Je  repoussai  celte  supposition,  je  dis  qu'une  guern;  entre  nos 
deux  [)ays  me  paraissait  une  extrémité  déplorable  et  absurde  ; 
que  nous  arriverions  d'une  façon  ou  d'une  autre  h  nous  accor- 
der, a  Ainsi,  lui  fis-jc  observer,  dans  l'arrangement  que  nous 
«  avions  combiné,  nous  n'a\ions  pas  parlé  de  votre  droit  de  suze- 
«  rainelé  ce  qui  ne  nous  avait  pas  enqxVhé  de  trouver  une  for- 
«  mule  qui  vous  avait  paru  acceptable...  » 

—  «  C'est  vrai,  il  n'a\ait  pas  été  fait  mention  de  notre  droit 
«  de  suzeraineté,  mais  de  votre  côté,  vous  ne  deviez  rien  dire  qui 
«  en  impliquât  la  méconnaissance  formelle.  Nous  arrivions  à  une 
«  entente  sur  le  terrain  des  choses  pratiques  et  les  questions  de 
«  principe  étaient  soigneusement  écartées.  —  La  situation  devient 
«  tout  autre  aujourd'hui.  —  Au  surplus,  continua-t-il,  notez 
«  bien  ce  que  je  vais  vous  dire  :  Mon  (jouvernement  était,  au 
«  fond,  très-défavorable  au  projet  d'arrangeuKMil  que  nous  avions 
«  préparé  et  quoi  qu'il  puisse  arriver  désormais,  pénétrez-vous 
«  bien  de  ceci,  c'est  que  nous  n'accepterons  plus  les  mômes 
«  termes.   » 

Comme  je  marquais  mon  étonnement  et  que  je  repoussais 
l'idée  que  des  exigences  nouvelles  pussent  être  présentées  à  l'ave- 
nir, par  le  Vice-Roi  lui-môme,  qui  se  d(»jugerait  s'il  voulait 
revenir   sur  des  propositions  dont,   en   (in   de  compte,    il   était 


beaucoup  jilus  que  moi  l'aulcur,  il  répliqua  :  o  D'abord,  je  ne 
a  sais  pas  si  en  ras  de  pourparlers  noiiteaux,  c'est  moi  que  mon 
s  Gouvernement  choisirait  pour  né(;orler.  Mais,  si  même  cela 
«  ^lait,  j'aurais,  non  pas  à  faire  pn' va  loir  mes  vues  personnelles, 
o  mais  il  les  combiner  avec  ccdles  des  membres  du  Consetl  Privé, 
«  comme  des  Vice-Roiîi  des  provinces  méridionales.  Or  ceux-ci 
0  ont  réclamé  avec  la  plus  grande  énergie  contre  ce  que  j'avais 
«  fall.  Tenez  donc  pour  certain  qu'il  faudra  trouver  autre 
o  chose...  a  ,'\  ce  propos,  le  Vice-Hoi  me  fit  quelques  réflexions 
Irt's  améres  sur  ce  que  la  Chine  avait  élé  mal  récoinj>ensée  de  la 
modération  el  du  bon  vouloir  dont  elle  avait  fait  preuve  en  re- 
tirant ses  troupes  du  Ton;;-K.ing... 

Comme  je  demandai  si  le  (iouvernemeni  avait  ré<^llement  fait 
l'entrer  ses  soldats  dans  l'Annam,  ainsi  qu'on  me  l'avait  donné  à 
entendre,...  il  parut  embarrassé  et  me  dit  en  homme  qui  ne 
veut  pas  s'expliquer...  —  «  Je  le  crois,  a  —  S'il  le  croit,  c'est 
que  c'est  certain,  bien  évidemment . 

La  lettre  de  M.  Boiirée  finissait  par  ce  renseignement  que 
venait  de  lui  donner  l'un  des  familiers  de  Li,  sans  doute 
Mn  Kien-tcliong: 

Quand  je  pris  confré  du  Vice-Roi,  un  des  mandarins  présents, 
qui  n'est  autre  que  le  Dii-ecteur  de  la  puissante  Compagnie  des 
a  China  Merchanls  b  m'a  pris  à  part  et  me  dit  :  a  Le  Vice-Roi 
a  n'a  pas  voulu  vous  donner  une  informatiot)  que  je  ]>ui3,  mol, 
a  vous  livrer  confident  iellemcnl.  Le  Gouvernement  est  décidé  à 
t  agir  très  vigoureusement  et  le  W'  Ts'éng,  faisant  allusion, 
a  dans  un  de  ses  derniers  lélégrannnes,  à  la  nécessité  de  réoc- 
0  cuijer  les  jiarlies  évacuées  du  Tong-King,  a  écrit  :  a  Surtout 
c  n'envoj'ez  pas  des  foules  mal  organisées,  il  faut  diriger  de  ce 
n  côté  des  soldats  bien  armés,  Inen  instruits,  bien  conduits,  pour 
a  ne  pas  s'exposer  à  des  échecs...  Le  conseil  sera  pris  en  sérieuse 
a  considération,  n 


QUESTION    DU    MARQUIS    TS'ÉKG 

Les  Cliinoîs,  dont  la  convention  avait  été   acceptée  par 


"  7  T'.'^   ■'"■  •  "■  — '  ' 


QUESTION     DU    MAUQUIS    TSI^NG  S^S 

M.  Duclcrc  et  qui  en  avaient  exécute  la  première  partie,  se 
montraient  étonnés  du  rappel  de  M.  Bourée. 

Le  télégramme  suivant,  dont  voici  la  traduction,  fut  adressé 
le  2  avril  i883  par  le  Gouvernement  de  Pé-king  au  marquis 
Ts'êng  qui  le  communiqua  à  M.  Tissot,  notre  ambassadeur 
à  Londres,  le  7  ou  le  8  avril  suivant  : 

L'année  dernière,  où  la  situation  qui  existait  entre  vous  et  les 
ministres  Gambetta  et  do  Freycinet  au  sujet  du  Ïong-King, 
Monsieur  Duclerc  a  cru  mieux  de  transférer  la  venue  des  négo- 
ciations de  Paris  .1  Pé-King,  et  le  Gouvernement  Impérial, 
répondant  à  l'invitation  que  Monsieur  Bourée  était  chargé  de  faire 
auprès  de  lui,  donna  son  assentiment  à  cet  arrangement.  Nous 
avions  plusieurs  entretiens  avec  Monsieur  Bourée  que  nous  avons 
espéré  ne  seraient  pas  infructueux. 

Maintenant  Monsieur  Bourée  nous  a  fait  connaître  qu'il  a  reçu 
des  ordres  de  son  Gouvernement  de  retourner  en  France,  et 
comme  il  court  des  bruits  de  préparatifs  que  venait  faire  le  Gou- 
vernement français  de  renforcer  ses  troupes  en  Cocliinchine,  le 
Gouvernement  impérial  s'inquiète. 

Le  Yamen  vous  charge  donc  de  vous  rendre  chez  l'Ambassa- 
deur de  France  h  Londres  pour  prier  qu'il  demande  à  son  Gou- 
vernement s'il  peut  nous  donner  des  renseignements  sur  la  cause 
du  rappel  de  son  ministre,  ainsi,  s'il  y  a  de  fondement  pour  les 
bruits  sus-mention  nés. 

Vous  exprimerez,  à  Son  Excellence,  l'espoir  du  Gouvernement 
Impérial  que  la  réponse  de  son  Gouvernement  serait  d'une  na- 
ture rassurante,  car  après  la  preuve  de  conciliation  qu'il  a  donnée 
en  consentant  de  faire  retirer  ses  troupes,  tandis  que  les  négo- 
ciations de  M.  Bourée  avaient  lieu,  il  éprouverait  de  la  mortifi- 
cation, si  au  lieu  de  retirer  ses  troupes,  le  (jouvcrnement  de  la 
République  leur  enverrait  des  renforts.  Vous  dc\ez  lire  cette 
dépêche  à  Monsieur  l'Ambassadeur,  et,  s'il  le  veut,  lui  en  donner 
une  copie. 

En  conséquence,  M.  Challemel-Lacour  télégraphia  à 
M.  Bourée,  le  11  avril  i883: 

Conformément  aux  instructions  contenues  dans  un  télégramme 
de  Pé-King  du  2  avril,  le  M'*  Ts'eng  a  prié  M.  Tissot  de  s'en- 


renmgnciiieiils 


au  Goincniciiicnt  diinnis  des 
volro  rappel   cl  sur  l'intention 


Hia  attribue  ilc  ronfoiTer  nos  troupes  en  Corliiiiclitnc. 


Mon  lél^'ra 
ronl  Ips  éléments  {l'uni 


1  lettre  du  i/i  vous  fourni- 
réponse  précise  sur  ees  deux  jniuts. 


ai  ((ne.  depuis  lors,  les  acles  de  ({neltjucs  mandai 
es  mit  ohli^'é  lediiuimanilant  lUvière  à  occuper  certaines 
nonvelles  an  Tou<;-Ktng.  pour  maintenir  s(-s  coinnin- 
:  a\ee  lu  luer.  Mais  lous  pouvez  ulVirmer  de  noutcan 
nesures  prises  |)our  consolider  la  situation  ronsacive  par 
iiilé  lie  iS^^  n'impliquent  aucune  j>enséc  d'Iioslilité 
1  Cliinc. 


ngilKTIBES    DE    M.    ItOtKKK 

M.  liouréc  craint  de  plus  m  i»lus  (pic  l'on  ne  se  rende 
{Kis  un  compte  cxiict  de  ta  situation  à  Pari^  et  il  jcllc  un  cri 
d'alarme  : 

Chans-Haï.  le  iti  avril  î883. 

Je  crains  que  l'on  ne  comprenne  pas  la  {gravité de  la  situation 
îi  Paris.  Je  me  suis  elToreé  |>ar  nin  correspondance,  d'expliquer 
«pic  si  nous  n'ar^i^i<>us  jias  a  une  entente  avec  la  Chine  nusnjel 
(tu  Tong-Kiiifî  elle  nous  v  devancerait,  et  nous  en  disputerait  la 
jMissession  par  les  armes.  t)n  a  jugé  devoir  passer  outre. 

1^-  retrait  di<s  li-niipes  n'atail  en  lieu  cpie  dilTicileinent.  I^> 
Couvei-neineiil  de  rKni|)erenr  erovail  h  la  pos^^ibilité  d'un  arran- 
fjeiin'iil  :  niais  tnainlenanl  f|iie  nous  refusons  de  Irailer,  les 
tron|H's  repa>siiil  la  frontière.  (In  ne  s'arrête  |ias  aux  jimtesla- 
lious  pnciliipies  ipie  je  proiiitrnc,  non  plus  ipi'ji  ni)s  droits  eon- 
venlintinels  atec  l'Annam  ipie  la  Chine  n'a  Jamais  reconnus. 
On  leut  des  piranlies  effectives,  et  pour  se  les  ,nssnrer,  plus  de 
loooo  hommes  du  Yun-San  comprenant  le  délaelienienl  des 
ti'oupcs  de  Li  lloung-lehan^  sont  déjà  n'nirées  au  Toii(,'-Kin;î. 
C'est  l'avant-garde  d'une  autre  armée  d'inva.sion.el  rions  aurons 
hientùt  devant  nous  des  masses  considérai jli<s  axée  un  fortnpiKHiit 
de  soldats  exercés,  bien  armés  el  d'ollie'iers  élranf,'ers. 

On  assure  que  la  mise  sur  le  pied  de  pnene  de  toutes  les 
forces  de  l'Empire  ^ient  d'élrc  ordonnée  |iar  la  Cour.  Si  vmis 
persiste!  dans  la  li^'uc  adopti'v,   préparez  -vous  à   \mc  lutte  des 


T-"^  V-  ■T'.'-'    ■. 


i>oriKTri)i:s   di:   m.    n()i:ui:i:  3-5 

plus  sérieuses  qu'aucune  assurance  amicale  n(»  saurait  plus  con- 
jurer. Je  serais  un  agent  déloyal,  si  je  ne  vous  tenais  ce  lan- 
gage 

Le  Gouvernement  chinois  intriguait  auprès  des  ministres 
étrangers  à  Pé-king;  toutefois  M.  von  Brandt  était  en  congé 
en  Europe  et  le  service  de  la  Légation  d'\]leniagne  était  entre 
les  mains  du  comte  de  Tatlcnbach,  ce  qui  enlevait  beaucoup 
d'importance  aux  agissements  du  Vamen. 

Une  dernière  dépêche  de  M.  Bourée,  accompagnant  deux 
lettres  que  lui  adressait  M.  Frandin,  premier  interprète  de  la 
Légation,  chargé  provisoirement  du  Considat  de  Tien-Tsin, 
peignait  la  situation  sous  les  couleurs  les  plus  sombres  : 

Pé-King,  le  i8  mai  i883. 

Monsieur  lk  Mimsthe, 

Je  viens  de  vous  expédier  la  valise  hier  soir  et  je  reçois  ce 
matin,  par  un  exprès  de  Tien-Tsin,  une  lettre  que  je  vous 
envoie  ci-joinlc  iiumédialement  et  qui  pourra,  je  Fcspèrc,  re- 
joindre encore  la  malle.  La  lecture  vous  en  apprendra  plus  long 
que  tout  ce  que  je  pourrais  vous  en  dire  sur  la  gravité  de  la 
crise  et  sur  l'état  d'intensité  au(piel  elle  est  parvenue. 

M.  Frandin  m'avait  adressé  la  veille  une  autre  communica- 
tion, dont  je  vous  transmets  également  copie  et  qu'il  est  néces- 
saire de  placer  sous  vos  yeux  pour  éclairer  et  compléter  le  sens 
des  nouvelles  de  ce  matin.  Au  point  où  nous  en  sommes,  je  crois 
qu'il  n'y  a  plus  aucune  illusion  à  se  Hiire  :  nous  n'avons  pas 
d'autre  alternative  que  d'enlrer  en  hostilité  avec  la  Chine  ou  de 
négocier.  Si  le  Gouvern(»ment  de  la  République  est  décidé  à  s'en 
tenir  strictement  aux  termes  du  traité  de  187/1,  je  crois  que  le 
moment  serait  venu  de  le  notifier  à  la  Cour  de  Pé-King,  dans 
la  forme  d'un  ultimatum.  Si,  comme  j'ai  tout  lieu  de  le  sup- 
poser, le  Gouvernement  Iuq)érial  se  refusait  à  tenir  compte  de 
notre  intimation,  mon  départ  pourrait  alors  alfecler  un  autre 
caractère  et  impliquer  le  retrait  de  la  Légation  tout  entière.  Les 
événements  m'amèneront  bientôt  sans  doute  h  vous  soumettre 
cette  suggestion  par  le  télégraphe.  Mais  si,  par  inqwssible,  aucun 
incident  nouveau  ne  survenait  d'ici  au  moment  où  \otre  Ex- 
cellence   recevra   ces   lignes,  je  lui    serais  reconnaissant  de  me 


376  l'akfaihe  du  tonh-king 

tracer  par  celle  voie  la  conduile  que  j'aurais  à  lenir,  le  cas 
échéant  :  car  ce  ne  sont  pas  là  des  circonstances  ordinaires,  dans 
lesquelles  un  agent  puisse  rien  prendre  sur  lui  et  s'arrcler  à  un 
parti  quelconque,  sans  avoir  reçu  les  orJres  positifs  de  son  Gou- 
vernement. 

I 

Tien-Tsin,  le  16  mai  i883. 

Li  Iloung-lchang  a  envoyé  dans  le  Sud,  le  général  Pan  Ting- 
sin,  celui  qui  a  déjà  commandé  les  armées  chinoises  dans  Je 
Turkestan,  lors  du  conflit  russe.  Je  liens  ce  renseignement  du 
Consul  Japonais. 

Une  grande  adivilé  règne  depuis  quelque  lempsdans  les  arse- 
naux qui  a  voisinent  Tien-Tsin  ;  les  heures  de  travail  qui  étaient 
autrefois  de  8  h.  du  malin  à  ^  h.  du  soir,  sont  actuellement  de 
7  h.  du  malin  à  7  h.  et  demie  du  soir.  Les  travaux  ne  sont 
jamais  suspendus,  pas  même  les  jours  de  fêle. 

Le  Vice-Roi  Li  Houng-lchang  a  télégraphié  à  la  Cour  pour  lui 
dire  ce  cpii  suit  :  a  Je  suis  opposé  à  la  guerre;  si  vous  voulez  m'en- 
voyer  dans  le  Sud,  donnez-moi  des  ordres  formels  pour  que  je  com- 
mence les  opérations.  »  —  Paroles  textuelles  de  Ma  Kicn-lchong. 

Le  Vice-Roi  croyant  ce  dernier  à  Chang-Haï,  lui  avait  télé- 
graphié de  venir  le  recevoir.  Ma  Kien-tchong  a  répondu  qu'il 
était  à  Tien-Tsin  et  a  ajouté  que  si  le  Vice-Roi  ne  lui  ré|x>ndait 
pas,  il  s*embarquerait  aujourd'hui  même  à  1 1  heure^s  du  soir. 
Dans  ce  cas,  il  faudrait  en  conclure,  d*après  mes  autres  renseigne- 
ments que  vous  connaissez,  que  le  Vice-Roi  aurait  reçu  tordre  de  se 
rendre  dans  le  Sud. 

La  situation  est  très-critique. 

Ma  Rien-tchong,  pour  sa  part,  est  partisan  de  la  guerre.  Le 
général  Lieou,  et  non  le  général  Pan  Ting-sin,  sera  à  la  léte  de 
l'armée.  C'est  un  ami  du  Vic<î-Roi  qui  a  combattu  avec  lui 
contre  les  rebelles  Nien-fei  et  quand  Li  Houng-tchang  a  été 
dégradé  par  la  Cour,  il  a  pro|K)sé  de  marcher  sur  Pé-Ring. 
C'est  donc  une  créature  du  Vice-Roi... 

Il 

Tien-Tsin,  le  17  mai  i883  (2  h.  du  matin). 

Les  hostilités  vont  commencer  ;  c'est  un  fait  certain  actuelle- 
ment, à  moins  que  l'on  ne  prenne  des  mesures  immédiates. 


UUPLlCIÏt:    DKS    CHINOIS  ^77 

Ma  Kicn-ichong  pari  pour  Chang-Ilaï,  à  dix  lieiires.  Il  m'a 
dit  que  les  Onsours  >oiilaienl  la  guerre  el  que  Li  lloung- 
Icliang  avait  reçu  l'ordre  de  se  rendre  dans  le  Sud.  Je  lui  ai 
demandé  si  le  Commissaire  Impérial  reviendrait  à  Tiên-Tsin, 
avant  de  partir  pour  Canton  ;  il  m'a  ré[)ondu  que  c'était  pini 
probable,  dans  l'étal  actuel  des  choses.  Il  m*a  expli(pié  que 
«  l'intention  de  la  Chine  était  de  nous  tenir  en  échec  pendant 
«  trois  ans,  comme  nous  Tavons  été  au  Mexique,  et  qu'elle  attcn- 
«  drait  patiemment  que  les  Allemands  nous  tombent  sur  le  dos; 
«  que,  du  reste,  nous  ne  pouvions,  pour  le  moment,  disposer 
«  ni  de  toute  notre  flotte,  ni  de  notre  armée  ;  que  Li  Houng- 
«  tchang  disposait  d'un  corps  de  troupes  parfaitement  exercé  et 
«  solide  de  soixante  mille  hommes  ;  (lue  nos  soldats  seraient 
«  décimés  par  les  maladies  avant  même  de  |X)uvoir  livrer  cum- 
«  bat  ;  que,  pendant  le  temps  des  hostilités,  on  construirait  des 
«  chemins  de  fer  slratégi(|ues  pour  le  transport  raj)ide  des  sol- 
«  dais,  du  matériel  de  guerre  et  des  approvisionnenienls.  Eufm 
«  décompte,  —  nie  dit-il,  —  que  pouvez-vous  conire  nous? 
«  Du  reste,  h  en  juger  par  les  appan^nces,  c'est  vous  qui  désirez 
«  la  guerre.  Si  vous  ne  la  vouliez  pas,  M.  Bourée  aurait  déjà 
«  parlé,  se  rendrait  maintenant  à  Canton  et  irait  traiter  avec 
«  S.  E.  Li.  Si  M.  Bourée  n'entre  pas  en  pourparlers,  c'est  qn'il 
a  se  lrou>e  dans  une  fausse  position,  contraire  aux  intérêts  des 
«  deux  pays,  etc.,  etc.  » 

Vous  voyez.  Monsieur  le  Ministre,  que  la  situation  est  arrivée 
à  son  état  le  plus  aigu.  Il  serait  tenqw  que  le  Gouvernement 
prit  une  décision,  car  nous  riscpions  fort  d'être  jetés  à  la  mer, 
lorscpie  Li  et  son  armée  seront  entrés  en  ligne  au  Tong-King. 

J'ai  vu  Feindel  *  qui  m'a  dit  que  la  guerre  était  maintenant 
un  fait  inévitable.  J'ai  vu  également  Schnell  -,  commandant- 
instructeur  des  troupes  chinoises  qui  m'a  allirnié  la  même  chose. 
Ce  dernier  est,  conune  vous  le  savez,  payé  pour  savoir  à  ([uoi 
s'en  tenir. 


DUPLICITE    DES    CHINOIS 

La  duplicité  des  (?ihinois  et  leur  mauvaise  volonté  ne  pou- 

1.  IntcrprMc  du  Consulat  d'Allemagne  à  Ticn-Tsin. 

2.  De  nationalité  allemande. 


378  i/aKFAIRE    du    TONG-MXr. 

vaicnt  faire  Tonibrc  (rnn  doule.  La  publication,  le  16  juin 
i883,  dans  le  Slandarrl,  crunc  leltrc  du  roi  d'Annam  au 
vice-roi  de  Canton  nous  apprenait  en  effet  les  choses  sui- 
vantes : 

!*•  C'est  à  la  date  du  3o  novennbrc  1882,  c'est-à-dire  deux 
jours  après  rentrée  en  négociation  de  M.  Bourée  avec  le 
Tsoung-li  Yamen,  que  le  gouvernement  chinois,  par  Tinlcr- 
médiaire  du  vice-roi  de  Canton,  a  songé  à  demander  à  la  cour 
de  Hué  quelle  était  la  cause  du  différend  qui  divisait  TAnnam 
et  la  France,  point  sur  lequel  le  cabinet  de  Pé-King  n'avait 
trouvé  jusqu'alors  aucun  renseignement  dans  les  communi- 
cations du  souverain  annamite. 

2**  Une  ambassade  chinoise  se  rendait  à  Hué  au  mois  de 
janvier  i883  pour  reprochera  l'empereur  d'Annam  d'avoir 
totalement  négligé  de  faire  appel  aux  bons  offices  de  la  Chine 
et  d'avoir  ainsi  contribué  par  cette  abstention  peu  amicale  à 
faire  douter  des  droits  que  le  Céleste  Empire  prétend  avoir  de 
s'immiscer  dans  les  affaires  annamites,  (llette  mission  était  en 
même  temps  chargée  de  mettre  le  roi  d'Annam  au  courant 
de  la  conduite  du  gouvernement  chinois  dans  les  affaires  ja- 
ponaises en  Corée,  et  de  faire  briller  à  ses  yeux  les  avan- 
tages qui  résulteraient  pour  lui  d'une  intervention  analogue 
et  pacifique  de  la  part  de  la  Chine,  ainsi  que  de  l'ouverture  de 
l'Annam  à  toutes  les  nationaUtés  indistinctement  et  au  même 
litre.  Celte  mission  ét^it  en  même  temps  chargée  d'obtenir 
de  la  cour  de  Hué  non  pas  une  demande  explicite  d'interven- 
tion armée,  ce  qui  eût  embarrassé  la  Chine,  mais  des  décla- 
rations de  telle  nature,  qu'elles  puissent  suppléer  aux  titres 
que  la  Chine  n'a  pu  produire,  vu  leur  absence,  k  l'appui  de 
ses  prétentions  de  puissance  suzeraine. 

Les  envoyés  chinois  étaient  également  chargés  de  protester 
à  Hué  (neuf  ans  trop  tard)  contre  le  traité  de  187/1  et  de 
reprocher  h  l'empereur  d'Annam  d'avoir,  dans  l'article  2  de 
cet  acte  diplomatique,  fait  reconnaître  son  entière  indépen- 


MORT    in      COMMANDANT     lUVli.HF:  879 

(lance  vis-a-vis  tic  toute  puissance  étran^rère,  quelle  qu'elle 
soit,  cl  de  s'être  engage  clans  l'article  3  du  même  traité  à 
conformer  sa  politique  extérieure  cxclusivcTnent  à  celle  de  la 
France.  Ces  mêmes  envoyés  devaient  enfin,  soit  par  des  pro- 
messes, soit  par  des  menaces,  obtenir  de  la  cour  de  lluc 
renvoi  à  Pé-King  d'un  fonctionnaire  annamite,  mannequin 
que  la  cour  de  Chine  avait  besoin  d'habiller  h  ses  couleurs 
pour  le  faire  parader  aux  yeux  des  étrangers. 

«V  Le  i()  janvier  i883,  Tempereur  dWnnam  écrivait  une 
lettre  au  vice- roi  de  Canton  (c'est  celle  qui  fut  publiée  par  le 
Standard)  dans  laquelle  il  s'excuse  avec  aussi  peu  de  spon- 
tanéité que  possible  de  ne  pas  avoir  plus  tôt  exposé  ses  plaintes 
au  gouvernement  chinois  et  annonce  que  le  fonctionnaire  de- 
mandé allait  se  mettre  en  route,  enunené  ou  plutôt  traîné  a 
Pé-King  par  la  mission  que  la  Chine  avait  envoyée  à  Hué. 

MORT    DU    COMMANDANT   JimÈRE,     I9    MAI    l883 

In  triste  événement  allait  redoubler  Tanxiété  du  ministère 
fran(;ais. 

Le  26  avril  i883,  le  Gouvernement  déposait  sur  le  bu- 
reau de  la  Chambre  un  projet  de  loi  portant  ouverture  d'un 
crédit  supplémentaire  de  cinq  millions  et  demi  de  francs, 
destiné  au  Ministre  de  la  Marine,  pour  le  service  du  Tong- 
King;  il  fut  voté  le  i5mai  par  3.")!  voix  contre  iH.  Onze  jours 
plus  tard  on  recevait  la  nouvelle  de  la  mort  du  coumiandant 
Rivière. 

La  fin  de  ce  brillant  oITlcier  rappelle  celle  de  Francis  Garnier 
dix  années  auparavant:  les  Pavillons  Noirs,  aidés  de  troupes 
régulières  annamites,  menaçaient  les  communications  de 
Ha  noï:  le  19  mai,  Rivière  fit  une  sortie;  blessé  d'une  balle  à 
Tépaule  gauche,  il  tomba  ;  les  Chinois  se  précipitèrent  sur  leur 
proie  dont  ils  coupèrent  la  tète;  avec  lui  périrent  le  comman- 
dant Rerthc  do  Yillers,   le  capitaine  Jacquin,  le  lieutenant 


38o  l'affaire  di    tong-kinc. 

Héral  de  Brisis,  Faspirant  Moulun  ;  le  lieutenant  de  vaisseau 
de  Marolles*,  chef  d'élat-major,  que  nous  retrouverons  en 
1900  à  bord  du  dC Entrecasteaux.  fut  blessé  au  bras  gauche. 

Immédiatennent,  le  projet  de  crédit  qui  revenait  amende 
du  Sénat  était  voté.  M.  Jules  Harmand,  ancien  compagnon 
de  Francis  Garnier,  consul  à  Bang-kok,  était  nommé  Com- 
missaire général  civil  (7  juin  i883)  et  le  général  Bouct, 
commandant  militaire  de  la  Cochinchine,  prenait  la  direction 
des  troupes  au  Tong-King. 

Un  successeur,  quelques  jours  auparavant,  avait  été  donné 
h  M.  Bourée,  en  la  personne  de  M.  Tricou,  ministre  do 
France  au  Japon.  M.  Bourée  remit  le  service  de  la  Légation 
de  Pé  Ring  le  i'"'"  juin  à  M.  le  vicomte  de  Semallé,  secré- 
taire d'ambassade,  suivant  les  instructions  de  M.  Challcmel- 
Lacour  du  16  mai  : 

Pour  éviter,  disait  1(»  Ministre,  les  suppositions  erronées  aux- 
quelles le  départ  du  Ministre  de  France  pourrait  donner  lieu, 
et  |)our  bien  marquer  notre  dessein  de  continuer  régulièrement 
nos  relations  amicales  avec  la  Chine,  j'ai  invité  M.  Tricou  k  se 
rendre  inunédiatement  h  Pé-King  comme  Envové  extraordinaire, 
en  attendant  votre  successeur.  Prévenez  le  Gouvernement  chi- 
nois de  l'arrivée  prochaine  de  votre  collègue,  en  insistant  sur  le 
caractère  et  le  motif  de  sa  mission  temporaire. 

Le  tort  de  M.  Bourée,  surtout  à  la  fin  de  son  séjour  en 
Chine,  était  d'avoir  voulu  faire  de  la  politique  personnelle  ; 
il  ne  se  rendait  pas  compte  que  le  plan  primitif  arrêté  à 
Paris  avant  son  départ  se  trouvait  faussé  et  que  la  situation 
n'avait  plus  rien  de  commun  avec  celle  que  nous  devions 
créer  et  prévoir.  Il  était  en  retard  sur  les  événements  ;  il  ne 
s'aperçut  qu'en  1882,  à  Tien-Tsin,  du  changement  de  front 

I.  Marolles,  Louis- Roger- Gérard  de.  né  lo  5  mai  i85i  ;  aspirant, 
9  octobre  1869;  enseigne  de  vaisseau,  a5  octobre  1871  ;  lieutenant  de 
vaisseau,  ao  décembre  1879;  (capitaine  do  frégate,  19  septembre  1891  ; 
capitaine  do  vaisseau,  29  octobre  1898. 


H»J»W^',     -^-W-T-.^v.  .-•■■■ 


-  rj-r-- 


MORT    I)L    COMMANDANT    RIVIKH!:  38! 

des  aiilorilés  chinoises,  et  ce  ne  fut  que  le  21  octobre  de  cette 
année  qu'il  connut  tardivement  la  situation  de  la  Cochinchine. 
11  s'exagérait  la  puissance  militaire  de  la  Chine,  et  la  direction 
qu'il  voulait  donner  aux  affaires  pendant  les  derniers  temps 
de  son  séjour  dans  TExlrême-Orient  permit  à  ses  nombreux 
ennemis  de  dire  qu'il  était  l'auxiliaire  de  notre  adversaire. 
Il  montra  de  l'intelligence,  alors  qu'il  fallait  surtout  du  juge- 
ment. Il  pensait  que  personne  ne  comprenait  la  question  à 
Paris,  que  lorsqu'on  le  verrait,  les  choses  s'éclairciraient  et 
que  d'ailleurs  lui  seul  pouvait  régler  l'affaire . 


CHAPITRE  \tX 


L'AFFAIRE  DU  TOHG-KING  (Suit,-).  ~  TRAITE  DE  HUÉ 
(HARHAKD),  25  AOOT  1883 


LE   GESKBAL    ItOliF.T 

En  même  temps  que  le  général  Boiiëi'  prenait  le  comman- 
dement en  cher  des  tronpes  h  llanoT,  où  il  arrivait  le  1 6  juin, 
—  pour  rendre  libre  l'escadre  de  Chine,  commandée  par 
Tamiral  Meyor,  une  nouvelle  escadre,  dite  du  Tong-King, 
fut  placée  sons  les  ordres  de  l'umiral  Courbet^  ancien  direc- 
teur de  rKcolc  des  torpilles  de  Boyardville,  et  gouverneur 
de  la  nouvelle  Calédonic.  L'amiral  Courbet  commandait  en 
ce  moment  la  division  navale  d'essais  qui  venait  d'êti-e  con- 
stiluw  II  CherlKiurg  et  il  avait  arboré  son  pavillon  sur  le 
Hayard  (sS  avril),  commandé  jtar  le  capitaine  de  vaisseau 
Parrajon,  avec  un  élal-inajor  composé  du  capitaine  de  fré- 
gate de  Maigret,  cher,  et  des  lieutenants  de  vaisseau  Ravel  et 
de  Jonquièrcs.  La  division  du  Tong-Kîng  se  composait  des 

I.  Mé  lo  0  dpcembro  l833;  entré  i  Sainl-Cjir,  iG  novembre  iSâl  : 
danf  rinfanlerio  de  marine.  0  octoliro  i851  ;  colonel.  i6  oclobro  1875  ; 
général  de  brigido,  iq  juin  i8Sa. 

j.  Couiiet.  Amédëf  -  Anatole- Prosper.  aé  b  Abbeville,  le  aC  juin 
1837  ;  <?ntr£  i  l'Ecole  l'olylcchnique  en  18^7;  octobro  1849,  aspirant  de 
i«  claiSD  (ur  VOcéan  ;  enseigne,  19  oiril  i85/i  ;  lieutenant  do  vaisseau, 
3g  novembre  i85r>  ;  capitaine  de  Trégale.  1  j  août  1S6G  ;  1 1  août  1878, 
capitaine  de  vaissoau  :  a(i  mai  18S0,  gouverneur  do  la  Nouvelle-Calé- 
donie; 18  seiitcmbrc  18S0.  conlre-amirai. 


LV.    GKiNÉRAL    HOL  KT  383 

cuirassés  Bayard  gV  Atalante;  des  avisos  le  Châteaii-Ihnaud 
le  Kersai'nt,  VHamelin,  le  ParsevaL  le  Drac,  des  deux  canon- 
nières la  Vipère  cl  le  Lynx  et  de  deux  loi-pilleurs.  Le  liayard, 
avec  Tamiral,  arriva  le  20  juillel  à  la  baie  d'Ilalong. 

Le  5  juillel,  uneallaque  des  Annamites  avait  été  repoussée 
à  llaï-phong;  le  19,  à  INam-dinh,  où  le  P.  Béchet*  avait  été 
misa  mort  le  20  mai,  le  lieutenant-colonel  Pierre  Badens^ 
faisait  une  sortie  victorieuse'. 

M.  llarmand^  arrivait  le  25  juin  à  Saïgon,  s'y  arrêtait 
pour  conférer  avec  le  gouverneur,  M.  Thomson,  et  l'amiral 
Courbet  avec  lequel  il  se  rencontrait  le  i5  juillet.  Le  com- 
missaire français  partait  le  19  pour  Hanoï  et  il  lançait  une 
proclamation  aux  Tongkinois. 

Le  i5  aoi^t,  le  général  Bouët,  pour  dégager  la  roule  de 
So'n-tay,  livrait  à  Vong,  prés  de  Hanoï,  un  combat  inutile  où 
nous  eûmes  81  blessés  ou  tués.  Les  Chinois  perdirent  plus 
de  I  200  des  leurs.  Haï-du'o'ng  tombait  entre  nos  mains  le 
19  août;  le  i*""  elle  2  septembre,  nos  troupes  enlevaient  la 
position  de  Palan,  au  confluent  du  Fleuve  Rouge  et  du  Day. 


I .  Bcchct,  Gaspard -Claude,  né  en  i85()  ;  de  Lyon  ;  des  Missions  étran- 
gères (le  Paris;  parti  {K>urla  Chine,  ^  mai  1881. 

a.  LicutcnantcoloncI,  8  juin  i883. 

3.  L'/ndo-Chine  française  contemporaine... ^  par  A.  Bouinais  et  A. 
Paulns.  II.  Tonkin-Annam.  Paris,  Challamel,  août  i885,  in-8. 

fi.  Harmand,  François-Jules^  né  à  Saiimur,  le  :i3  octobre  i845  ; 
élève  du  service  de  sanlé  militaire,  39  octobre  i8G3;  aide-médecin, 
ao  octobre  i80();  médecin  auxiliaire  de  2*^  classe,  3  aoiU  1870;  médecin 
de  iî«  classe,  'i  novembre  187^  ;  cliargc  d'une  mission  scientifique  en 
Indo-Cliine,  1875-1877;  conservateur-adjoint  de  l'exposition  des  colo- 
nies, janvier  1881  ;  consul  de  a«  classe  à  Bang-Kok,  7  octobre  1881  ; 
commissaire  général  du  Gouvernement  au  Tong-King,  7  juin  i883  ; 
consul  général,  /|  août  i884  ;  h  Calcutta,  20  juin  i885  ;  ministre  pléni- 
potentiaire de  2^  classe,  hors  cadres,  chargé  du  consulat  général,  3i  dé- 
cembre 1887;  gérant  la  légation  do  Santiago,  uG  juillet  189(1-30  dé- 
cembre 1890  ;  à  la  disposition,  i5  mars  1893  ;  eu  mission,  l'i  mars  1894  ; 
envoyé  extraordinaire  et  ministre  pléni|K>tentiaire  àTokio,  19  avril  1894  ; 
ministre  de  î^*  classe,  i4  août  189G. 


384  i/affaiue  du  tong-ki.ng 

MOUT    DE    Tl -1)1  C    (.IllLLET     l8S3) 

Sur  ces  enlrefaitcs,  noire  ennemi  acliarné  Tu-Duc inourail, 
17  juillet  i883.  Il  n'avait  pas  d'enfanls,  mais  il  avait  trois 
neveux:  N^uyèn  ung  Dieu,  Agé  de  3'i  ans,  Nguyèn  ung  Thi, 
3o  ans,  et  Nguyên  ung  Lich,  i^ans.  Thi,  fils  du  frère  préféré 
de  Tu-Duc,  Nguyén  hong  C4ai,  fut  choisi  par  le  roi  pour  être 
élevé  au  palais  royal,  mais  ce  n'élail  pas  une  véritable  adop- 
tion dont  Thi  put  concevoir  aucune  prétention  au  Tronc. 
Celait  une  marque  de  préférence  du  monarque  pour  un  neveu 
qui  pouvait  néanmoins  faire  supposer  qu'il  eut  désiré  le 
voir  hii  succéder,  mais  qui  n'engageait  en  rien  son  gouverne- 
ment s'il  fût  mort  intestat'. 

Après  la  prise  des  trois  provinces  de  l'Ouest  (1867)  le  Roi. 
toujours  dirigé  par  la  superstition  la  plus  obstinée. -songea  à  faire 
Téducation  d'un  nouveau  neveu  qui  n'eût  point  clé  auprès  de 
lui  au  moment  du  malheur  qui  venait  de  le  frapper. 

11  choisit  Nguyén  ung  Ai  ou  Dieu,  fds  de  iVguyên  Hofig-y.  son 
quatrième  frère,  et  le  combla  de  toutes  les  faveurs  relatées  dans 
le  décret  ci-joint. 

La  rein(»-mère  dont  l'influence  est  1res  grande  sur  le  Hoi  et 
pour  laquelle  la  Cour  a  infiniment  plus  de  resj>ect  (pie  pour  Sa 
Alajeslé,  ignorait  encore  en  1870  la  prise  de  la  liasse-Cochin- 
chine  j)ar  les  Français.  Pour  excuser  son  nouveau  choix,  le  Roi 
ne  pouvait  donc  mettre  en  avant  le  sentiment  superstitieux  qui 
l'y  avait  jx)ussé.  Il  prélexta  son  grand  Age,  sa  faiblesse,  la  crainte 
de  sa  mort  et  la  nécessité  de  donner  à  son  pays  un  successeur 
en  Age  de  gouverner.  C'est  ainsi  qu'il  y  eut  deux  neveux  du  Roi, 
élevés  au  Palais.  Le  dernier  adopté,  Nguyén  ung  Ai  ou  Dieu, 
ne  sut  pas  se  rendre  digne  de  la  faveur  dont  il  était  l'objet  et  se 
jeta  dans  la  vie  de  débauches  et  de  crimes  assez  habituelle  aux 
proches  parents  de  Tu-Duc.  Dans  un  moment  de  colère,  il  alla 
jusqu'à  frapper  la  femme  que  son  oncle  lui  avait  donnée  et  lui 
crever  un  œil. 

1.  Lettre  de  M.  Rheinart,  à  M.  Le  Myro  de  Vilers,  Hué,  6  février 
1881. 


MOUT     DK    Tl  -DlC  ,'^85 

11  tomba  cil  (ll.s<^ràrc.  11  y  est  depuis  sans  cepoiulanf  avoir 
pordii  son  litre    ((juip   Duc)    ni    aucun  de    ses   privilèges.  Mais 

{)our  tout  le  monde  il  n'entre  plus  dans  l'idcMî  du  monarque  de 
'appeler  à  lui  succéder. 

Son  préféré  redevint  momentanément  Thi.  Mais  en  1878, 
Nfçuyen  hoiig  Gai,  père  de  Thi,  frère  préféré  de  Tu-Duc,  se 
coupa  la  gorge  dans  un  accès  de  fièvre  chaude.  Le  Roi,  fort  im- 
pressionné de  cette  mort,  adopta  le  ii*^  fds  de  son  malheureux 
frère,  Nguyen  Vaiî  Lich.  11  chargea  de  leur  éducation  le  Lai  Bo 
Thuong  Thô,  ministre  de  l'intérieur,  et  leur  fait  construire  en 
ce  moment  un  petit  palais  dans  l'enceinte  Royale.  Ibid. 

Voici  la  traduction  d'un  décret  royal  en  date  du  9®  mois 
de  la  2'jî®  année  du  règne  (1870)  qui  mentionne  ces  faveurs: 

Liant  de  peu  de  vertu  et  d'années  nous  avons  été  éle>és  de 
bonne  heure  au  trône  :  faibles  depuis  naissance  et  malade,  au 
milieu  des  nombreuses  affaires  qui  nous  entourent,  nous  ne  sa- 
vons 011  trouver  de  bon  remède  pour  nous  guérir.  C'est  pour  ce 
motif,  nous  sommes  lent  pour  avoir  un  enfant  successem*,  ce 
qui  ne  nous  contente  pas  et  ne  fait  pas  de  plaisir  à  notre  mère  ; 
et  c'est  une  grande  ingratitude  j)our  nous,  une  énorme  inquié- 
tude et  honte.  Le  temps  passe  vile  <»t  la  vieillesse  approche,  et 
les  affaires  de  l'Ltat  sont  importantes,  nous  n'osons  pas  y  mettre 
des  négligences  ;  il  faut  d'un  autre  côté  suivre  les  anciens  règle- 
ments. 

A  la  18*  année  de  notre  règne  (i8()5)  nous  avons  choisi 
Nguyèn  ung  Thi,  enfant  de  Mguyén  hông  Gai  de  Kien  quaï 
Gong,  notre  aG"  frère.  Get  enfant  était  âgé  de  2  ans  ;  il  est  élevé 
au  palais  ro>al  même,  il  a  aujourd'hui  G  ans  et  continue  son 
éducation.  —  Plus  notre  Age  s'avance,  plus  notre  santé  s'alTai- 
blit,  quoique  ce  soit  un  bonheur  pour  le  gouvernement,  quand 
le  souverain  est  avancé  en  Age. 

L'année  dernière  nous  avons  choisi  encore  Nguyén  ung  Ai, 
3*^  enfant  de  notre  4*^  frère  Nguyèn  Hong-y  de  Kien  Thoai  Gong. 
Nous  le  logeons  à  gauche  du  Palais  roval  et  nous  lui  faisons 
donner  de  l'éducation  ;  cette  année  il  a  18  ans,  fait  des  progrès 
dans  les  études,  jouit  des  audiences  royales  et  reçoit  beaucoup  de 
récompenses  honorifiques.  —  Nous  lui  avons  fait  construire  un 
palais  appelé  Duc-Duc  à  côté  de  la  porte  gauche  de  la  2*  enceinte, 
et  nous  avons  mis  des  mandarins  et  des  soldats  |>our  sa  garde, 

CoRDiER.  II  —  2b 


386  l/\FF.\lUK    DU    TON(;-KINC. 

espérant  qu'il  deviendra  un  homme  parfait.  Qu'il  ne  soit  pas 
ingrat  envers  nos  grAces  d'élection  et  d'éducation.  De  plus,  nous 
avons  fait  choisir  pour  sa  concubine  une  lille  d'une  famille  noble 
afui  qu'il  puisse  en  avoir  de  bonne  heure  des  postérités.  Qu'il 
persiste  donc  dans  la  voie  de  gratitude  et  de  destination,  il  est 
haut  placé,  il  doit  se  faire  du  nom. 

Nous  avons  rapporté  tout  cela  h  notre  mère  et  elle  y  a  con- 
senti. De  plus,  suivant  l'habitude  de  nos  ancêtres,  nous  avons 
désigné  un  nom  propre  à  lui  et  à  ses  parents,  et  lui  avons  donné 
le  nom  de  Nguyôn  uîïg  Dieu  :  c'est  pour  affirmer  son  nom  et  sa 
destination  et  pom*  tranquilliser  le  cœin*  du  peuple. 

Quant  il  Nguyén  ung  ïhi,  nous  verrons  de  hii,  quand  il 
grandira. 

Par  la  grâce  du  Ciel  et  de  la  Terre,  ainsi  que  par  les  bien- 
faits de  notre  mère,  si  plus  tard  nous  avons  un  gîirçon  j)our 
nous  succéder,  nous  donnerons  de  grandes  dignités  et  de  grands 
appointements  à  nos  d<'ux  présents  neveux  qui  seront  remis  au 
nombre  de  Kim  chi  ngoc  Diep  (princes). 

Le  présent  décret  est  promidgué,  etc.,  etc. 

Ce  fut  Duc- Duc  (Dieu)  qui  fut  choisi  comme  successeur 
de  Tu-Duc,  mais  ce  malheureux  prince,  père  du  roi  actuel, 
Thành  Thâi,  fut  dépossédé  au  bout  de  quelques  jours  par 
les  intrigues  du  premier  ministre,  Nguyén  van  Tu'o'ng,  et 
remplacé  par  Hiép  Hoà,  frère  cadet  utérin  de  Tu-Duc. 

PRISE    DE    THUAK-A>i 

Cependant  Tamiral  Courbet,  accompagné  de  M.  Ilarmand, 
quittait  la  baie  d'ila-long  le  ï4  août,  se  présentait  deux 
jours  plus  lard  à  Tentréc  de  la  rivière  de  Hué.  devant  les 
forts  de  Thuan-An.  Le  commissaire  français  était  porteur 
d'un  ultimatum  et  d'un  projet  de  traité;  les  forts  ayant  re- 
fusé de  se  rendre,  l'escadre  ouvrait  le  feu  le  i8  à  cinq  heures 
du  soir;  le  transport  Annamite  arrivait  de  Saigon,  amenant 
600  hommes  d'infanterie  de  marine,  100  tirailleurs  anna- 
mites, 100  coolies  et  une  batterie  d'artillerie.  Le  19,  le  feu 


TUAITK     I)K    IIUK  38" 

recommença;  le  20,  les  troupes  élaienl  débarquées  et  les  forts 
tombaient  entre  nos  mains.  Immédiatement  le  Lynx  et  la 
Vipbrc  franchissaient  la  barre  \  Le  ministre  annamite  des 
affaires  étrangères  arrivait  en  toute  hûte  en  parlementaire  et 
M.  Harmand,  avec  M.  de  Champeaux,  ancien  chargé  d'af- 
faires de  France,  remontait  avec  lui,  à  Hué,  le  22,  sur  une 
chaloupe  à  vapeur.  Après  avoir  stipulé  l'évacuation  des  douze 
forts  défendant  la  capitale,  l'enlèvement  des  barages,  la  des- 
truction des  munitions,  etc.,  M.  Harmand  signait  le  25 août 
le  traité  suivant. 

TRAITÉ    DE    HUÉ,     25    AOUT     l883 

Entre  les  soussignés, 
D'une  part, 
J.  T.  Hahmand,  Commissaire  général  et  Plénijx)tciitiaire  de  la 
République  française,  agissant  au  nom  de  la  France, 
Assisté  de  : 
MM.  Palasne  de  Champeaux,  Administrateur  général  des  affaires 
indigènes  de  Cocliincliine,  ex-chargé  d^affaires  de  France  à  Hué  ; 
Ory,  chef  de  cabinet  du  Commissaire  général;   De  la  Bastide, 
capitaine  du  génie,   aide  de   camp   du   Commissaire   général  ; 
Masse,  Administrateur  des  Affaires  Indigènes  de  Cochincbine  ; 
Haitce,  interprète  du  Gouvernement  français  en  Chine,  secré- 
taire particulier  du  Commissaire  général  ; 
D*autrc  part. 
Leurs  Excellences  Tran-Dinu-ïuc,   premier  Plénij)otentiaire 
(Hiep-Bien-Dai-Hoc-Si)    grand    censeur  ;    Nguyên-Trong-Hiep, 
deuxième  Plénipotentiaire  (Lai-I^Thuong-Tho),   Ministre   de 
rintérieur  et  des  AlTaires  étrangères  de  S.  M.  le  Roi  d'Annam, 
agissant  au  nom  du  Gouvernement  annamite. 
Assistées  de  : 
Huinh-Kien-Thuong  (Song-Bien-Noi-Cac).  membre  du  Conseil 
privé, 

I.  f^* amiral  Courbet  d'après  les  papiers  de  la  Af urine  et  de  la 
famille  y  par  Emile  Ganneron,  secrétaire -rédacteur  au  Sénat.  Paris,  L. 
Cerf,  i885,  in-iS. 


388 

Il  a  èlÉ  convenu  rc  qti)  suit  : 

AnTici.K  MtKMiKH.  —  li'Antiani  rpconnatt  et  accppic  le  prolpc- 
loral  de  la  France,  aiec  les  conw'quenccs  tic  ce  mode  de  rapport» 
au  point  de  vue  du  droit  diplomatique  euro)>éen,  c'esl-à-dire 
(|ue  la  France  présidera  aux  relations  de  toutes  Ica  Puissanees 
étrnnftères.  v  compris  la  Cliinc.  avec  le  {.innveriiemont  amiamilc. 
(|ui  ne  |H»urra  connnniiiipier  diplomuliqncmeiit  avec  lesdilrs 
l'nîssances  ijiie  par  rinlerniédiairr  de  la  France  M-ulenient. 

Art.  3.  —  l.a  province  de  Binh-Tiiuan  est  annexiV  aux  pos- 
«efsioiis  l'rançaises  de  la  Itasse-Cochincliiiie. 

Aht.  s.  —  Une  fonv  militaire  française  occupera  d'une  faç<m 
{M-nntinenle  la  chaîne  île  mniita^'iies  l>eo-N}{an^'.  qui  aboutit  au 
cap  Vin^-kuiu.  ainsi  que  les  loris  tie  Thnan-An.  cleeuxdcreii- 
trée  de  la  liviJ'n'  de  Hué.  qui  seront  reconstruits  au  f;ré  des 
autorités  françaises. 

L('s  forts  s'appellent  en  )an(>ue  annamite  :  ila-duoii.  Tran-llat, 
Thaj-Duonft.  'l'raug-Lanf,-.  Hap-Chau.  Lo-Tliau  et  Luj-Moï. 

Art.  4.  ^  l.e  (îouvernemenl  amiamite  rappellera  ininiédia- 
lenient  les  troupes  envovées  au  Tong-king.  dont  les  fiarnisoiis 
seront  remises  sur  le  pied  de  pai\. 

.\iiT.  5.  —  Le  (iouvernement  annamile  donnera  l'ordre  aux 
uiandurins  du  Tnn^-Kinp;  d'aller  reprendn-  leurs  postes,  nommera 
de  uon\eau\  tonel ionTiaire>i,  aux  posles  ^acants.  et  confii-mera 
é\enluelleuienl.  après  entente  cnminune.  les  nominations  faites 
par  les  autorités  Ironçaises. 

AitT.  (1.  —  Les  funclinnnaii'cs  provinciaux  depuis  la  frontière 
Nord  du  Iliiili-Thunii  juEtpr.j  celle  du  Ton^-king  —  et  par  cette 
dernière  nous  entendons  ta  rliaine  l>eo-\gang  qui  servira  de 
limite  —  administreront,  comme  |)ar  le  passé,  sans  aucun  con- 
ti'Ale  de  la  France,  sauf  en  co  qui  concerne  les  douanes  ou  Lieu 
les  travaux  pnblii-s,  et  en  général,  tout  ce  qui  exige  une  direction 
unique  et  la  com[M'lencc  de  tivimirieiis  européens. 

Art.  7.  —  Dans  lesliuiiles  ci-des.sus.  le  Gouvernement  anna- 
juite  déclarera  ouverts  an  commerce  de  foutes  les  nations  — 
outre  le  port  de  Quin-Mion  —  cens  de  Tourane  etde  \uanday. 
On  discutera  ultérieun-menl  s'il  u'esl  pas  avantageux  nu\  deux 
Fltats  d'en  ouvrir  d'autres,  et  l'on  lïxera  également  les  limites 
des  concessions  françaises  dans  les  |>orts  ouverts.  La  France  y 
entretiendra  des  agents,  sous  les  ordres  du  Itcsidcnt  de  France 
à  Hué. 

Adt.  8.  —  La  France  |Mmrra  élever  un  phare,  soit  su  cap 


THAlTl":    DE    lirÉ  389 

Varela,  soit  au  cap  Padaran  ou  à  Poulo-dcrir  do  rncr,  suivant 
les  conclusions  d'un  rapport  (pii  sera  l'ait  par  des  ollicicrs  et 
inp[énieurs  français. 

Art.  9.  —  Le  (Gouvernement  de  S.  M.  le  Roi  d'Annani  s'en- 
gage à  réparer,  h  frais  communs  et  après  entente,  entre  les  deux 
Hautes  Parties  contractantes,  la  grande  route  d'IIanoï  à  Saigon, 
et  à  Tentretenir  en  bon  état,  de  façon  à  y  |)ermettre  le  passage 
des  voitures.  La  France  fournira  des  ingénieurs  pour  faire  exé- 
cuter les  travaux  d'art,  tels  que  ponts  et  tunnels. 

Art.  10.  —  Une  ligne  télégraphique  sera  établie  sur  ce  trajet 
et  exploitée  par  des  employés  français.  Une  partie  des  taxes  sera 
attribuée  au  Gouvernement  annamite  qui  concédera,  en  outre, 
le  terrain  nécessaire  aux  stations. 

Art.  II.  —  11  y  aura  à  Hué  un  Résident,  fonctionnaire  d'un 
rang  très  élevé.  Il  ne  s'immiscera  pas  dans  les  alTaires  intérieures 
de  la  province  de  Hué,  mais  il  sera  le  représentant  du  protec- 
torat français,  sous  le  contrôle  du  Commissaire  général  du  Gou- 
vernement de  la  Républi(jue  française,  lequel  présidera  aux  rela- 
tions extérieures  du  royamue  d'Annam,  mais  pourra  déléguer 
son  autorité  et  tout  ou  j)artie  de  ses  pou\oirsau  rtVsidenl  de  Hué. 

Le  Résident  de  France  à  Hué  aura  droit  d'audience  privée  et 
personnelle  auprès  de  S.  M.  le  Roi  d'Annam,  qui  ne  pourra 
refuser  de  le  recevoir,  sans  motif  valable. 

Art.  13.  —  Auïong-King,  il  y  aura  un  Résident  à  Hanoï,  un  à 
Haïpliong,  im  dans  les  villes  maritimes  ([ui  pourraient  ultérieu- 
rement se  fonder,  un  au  chef-lieu  de  chaque  grande  province. 
Aussitôt  que  le  besoin  s'en  fera  sentir,  les  chefs-lieux  des  pro- 
vinces secondaires  recevront  aussi  des  fonctioimaires  français  qui 
seront  placés  sous  l'autorité  des  Résidents  de  la  grande  province 
de  laquelle  ils  relèvent,  suivant  le  système  des  divisions  admi- 
nistratives du  pays. 

Art.  i3.  —  Les  Résidents  et  les  Résidents-adjoints  seront 
assistés  des  aides  et  collaborateurs  qui  lenr  seront  nécessaires,  et 
protégés  par  une  garnison  française  ou  indigène,  sullisante  pour 
assurer  leur  pleine  sécurité. 

Art.  li.  —  Les  Résidents  éviteront  de  s'occuper  des  détails  de 
l'administration  intérieure  des  provinces.  Les  mandarins  indi- 
gènes de  toute  catégorie  continueront  à  gouverner  et  li  admi- 
nistrer sous  leur  contrôle  ;  mais  ils  pourront  être  changés  sur  la 
demande  des  autorités  françaises,  s'ils  manifestaient  de  mauvaises 
dis[X)sitions  à  leur  égard. 


Sgo  l'affaire  du  tong-king 

Aht.  10.  —  C'est  par  rinlernicdiairo  dos  Résidents  seuls  que 
les  fonctionnaires  et  employés  français  de  toute  catégorie,  appar- 
tenant aux  services  généraux,  tels  cpie  postes  et  télégraphes, 
trésor,  douanes,  travaux  publics,  écoles  françaises,  etc.,  etc., 
pourront  avoir  des  rapports  olTiciels  avec  les  autorités  annaniit(^s. 

Akt.  iG.  —  Les  Résidents  rendront  la  justice  dans  toutes  les 
affaires  civiles,  correctionnelles  ou  commerciales  entre  le^  Euro- 
péens de  toutes  nationalités  et  Jes  indigènes,  entre  ceux-ci  et 
ceux  des  Asiatiques  étrangers  qui  voudront  jouir  des  avantages 
de  la  protection  française. 

Les  ap|)els  des  jugements  des  Résidenis  seront  j>orté»à  Saigon. 

Aht.  17.  —  Les  Résidents  contrôleront  la  |)olicc  dans  les 
ajîslomérations  urbaines,  et  leur  droil  de  contrôle  sur  les  fonc- 
tionnaires  indigènes  s'étendra  suivant  les  développements  desdites 
agglomérations. 

Aht.  18.  —  Les  Résidenis  centraliseront,  a\ec  le  concours  des 
Quan-Bo,  le  service  des  impôts,  dont  ils  siuveilleront  la  perce|>- 
tion  et  l'emploi. 

Aht.  19.  —  Les  douanes,  réorganisées,  seront  entièrement 
confiées  à  des  administrateurs  français.  11  n'v  aura  que  des 
douanes  maritimes  et  des  frontières,  placées  partout  où  le  besoin 
s'en  fera  sentir.  Aucune  réclamation  ne  sera  admise  relali>emenl 
aux  douanes  pour  les  mesures  prises  par  les  autorités  militaires 
a  i  Tong-King. 

Aht.  30.  —  Les  citoyens  ou  sujets  français  jouiront,  dans 
toute  l'étendue  du  Ïong-King  et  dcuis  les  portsouverts  de  l'Aimani, 
dune  entière  liberté  pour  leurs  persormes  et  leurs  propriétés.  Au 
Tong-Ki;ig,  el  dans  les  limiles  des  porU  ou>erts  de  l'Annam,  ils 
pourront  circuler,  s'élablir  et  posséder  librement.  Il  en  sera  do 
même  de  tous  les  étrangers  qui  nVlameront  le  bénéfice  de  la  pro- 
tection française  d'une  façon  permanente  ou  teiiqwraire. 

Art.  21.  —  Les  |>ersonnes  qui,  jxnir  des  motifs  d'ordre  scien- 
tifique ou  autres,  voudront  voyager  dans  l'intérieur  de  l'Annam. 
ne  pourront  en  obtenir  l'autorisation  que  par  rintermédiairc  du 
Résident  de  France  à  Hué,  du  Gouverneur  de  la  Cocbinchine  ou 
du  Commissaire  général  de  la  République  au  Tong-King.  Ces 
autorités  leur  délivreront  des  passeports  qui  seront  présentés  au 
visa  du  Gouvernement  annamite. 

Art.  22.  —  La  France  entretiendra,  tant  que  cette  précaution 
lui  paraîtra  nécessaire,  des  |>ostes  militaires  le  long  du  Fleuvo- 
Rougc.  de  façon  à  en  garantir  la  libre  circulation.  Elle  pourra 


TiniTi':   DE   m  K  3c)i 

c'^aleinonl  rlcNcr  des  forlilicalions  pcrmanonirs  on  ollo  le  ju^^ora 
ufilo. 

\ht.  33.  —  La  France»  s'ongage  à  ^^aranlir  (losoniiais  l'inlé- 
grilé  complote  des  Ktats  de  S.  M.  le  Roi  d'Annain,  à  défendre 
ce  Souverain  contre  tontes  les  a^essions  du  dehors  et  contre 
toutes  les  rébellions  du  dedans,  et  à  soutenir  ses  justes  revendi- 
cations contre  les  étran»3;ers. 

La  France  se  charge  à  elle  seule  de  chasser  du  Toufç-Rinp  les 
bandes  connues  sous  le  nom  de  Pavillons-Noirs  et  d*assurcr  par 
ses  moyens  la  sécurité  et  la  liberté  du  commerce  du  Fleuve-Rouge. 

Sa  Majesté  le  Roi  d'Vnuam  continue,  comme  par  le  passé,  h 
diriger  l'administration  intérieure  de  ses  Ltats,  sauf  les  restric- 
tions qui  résultent  de  la  présente  convention. 

Art.  34.  —  La  France  s'engage  également  h  fournir  à  S.  M.  le 
Roi  d'Annam  tous  les  instructeurs,  ingénieurs,  savants,  olïî- 
ciers,  etc.,  dont  elle  aura  besoin. 

Art.  35.  —  L^  France  considérera  en  tous  lieux,  au  dedans 
comme  au  dehors,  tous  les  Annamites  connue  ses  \rais  protégés. 

Art.  36.  —  l-es  dettes  îictuelles  de  l'Annam  vis-à-\is  de  la 
France  seront  considérées  comme  acquittées  par  le  fait  de  la 
cession  de  Binh-ïhuan. 

Art.  37.  —  Des  conférences  ultérieures  lixeront  la  quotité  k 
attribuer  au  Gouvernement  annamite  sur  le  produit  des  douanes, 
des  taxes  télégraphiques,  etc.,  etc.,  du  royaume,  des  impùts  et 
douanes  du  Tong-King  et  des  monopoles  ou  entreprises  indus- 
trielles qui  sc»ront  concédées  au  Ïong-King. 

Les  sommes  prélevées  sur  ces  recettes  ne  [)ourront  pas  être 
inférieures  à  3  millions  de  francs. 

La  piastre  mexicaine  et  les  monnaies  d'argent  de  la  (jochin- 
chine  française  auront  cours  forcé  dans  toute  l'étendue  du 
royaume,  concurremment  avec  les  monnaies  nationales  anna- 
mites. 

La  présente  convention  sera  soumise  à  l'approbation  du  Prési- 
dent de  la  République  française  et  de  S.  M.  le  Roi  d'Annam,  et 
les  ratiiications  en  seront  échangées  aussitôt  cpie  |)ossible. 

r^  France  et  l'Annam  nonuneront  alors  des  Plénipot4Mitiaires 
qui  se  réuniront  à  Hué  pour  examiner  et  régler  tous  les  points 
de  détails. 

Les  Plénipotentiaires  nommés  par  le  Président  de  la  République 
française  et  S.  M.  le  Roi  d'Annam  étudieront,  dans  une  confé- 
rence, le  régime  commercial  le  plus  avantageux  aux  deux  Ktats, 


-   -— ^1 


392  i/affaire  du  tong-kinc; 

ainsi  que  le  règlcnionl  du  svsliMiie  douanicT,  sur  les  bases  indi- 
quées à  l'article  19  ci-dessus.  Ils  étudieront  aussi  toutes  les 
questions  relatives  aux  monopoles  du  Tong-King,  aux  concessions 
de  mines,  de  forets,  de  salines  et  d'industries  généralement 
quelconques. 

Fait  à  Hue,  en  la  légation  de  France,  le  25^  jour  du  mois 
d*août  i883  (28®  jour  du  7*  mois  annamite). 

Ce  traité  reconnaissait  notre  protectorat,  la  province  de 
Blnh-Thuan  était  annexée  à  nos  possessions  de  Cochinchlne, 
une  force  militaire  devait  occuper  constamment  la  chaîne  de 
montagnes  Deo-Ngang,  qui  aboutit  au  cap  Vong-chiia, 
ainsi  que  les  forts  de  Thuan-An  et  ceux  de  Tenlrée  de  la  ri- 
vière de  Hué,  qui  seraient  reconstruits  au  gré  des  autorités 
françaises.  De  plus,  le  gouvernement  annamite  devait  rappeler 
immédiatement  les  troupes  envoyées  au  Tong-King,  dont  les 
garnisons  devaient  être  remises  sur  le  pied  de  paix.  M.  Har- 
mand  partait  le  lendemain  pour  Hanoï,  laissant  M.  deCham- 
peaux  comme  résident  général  h  Hué. 

«  Ce  traité  posait  les  bases  de  Torganisation  actuelle, 
malgré  la  revision  dont  il  devait  être  l'objet,  dix  mois  plus 
tard.  C'est  l'œuvre  personnelle  de  M.  Harmand  et  l'honneur 
de  sa  carrière  diplomatique*.    » 

I.   //affaire  du  Tonkiii,  p.  ^(S. 


CHAPITRE  XX 
L'AFFAIRE  DU  TOm-KlVG  (Suite).  —M.  TRIGOU  (1883)  < 

lîSSTRUCTIONS    DE    M.    TRICOU 

Le  ïf\  mai  i883,  M.  Challemel-Lacoiir  télégraphiait  à 
M.  Tricou*,  ministre  de  France  au  Japon  : 

Très  Urgent.  Faites-moi  savoir  (rurgcnce  si  vous  êtes  à  Tokio. 
J'attends  votre  réponse  pour  vous  envoyer  des  instructions  en 
vue  d'une  mission  très  importante. 

M.  Tricou  répondit  le  lendemain  : 

Je  suis  à  Yedo  entièrement  aux  ordres  de  Votre  Excellence. 


I.  Ministère  des  Affaires  étrangères.  —  Documents  diploma- 
tiques.  —  Affaires  du  Tonkin.  —  Deuxième  partie ^  décembre  i88a- 
i883.  Paris,  Imp.  Nat.,  i883,  in -fol. 

a.  Tricou,  Arthur^  né  le  17  septembre  1837  ;  licencié  en  droit;  atta- 
che à  la  direction  des  consulats,  18  décembre  1867  ;  élève-consul  à 
Alexandrie,  aa  janvier  i86a  ;  consul  de  seconde  classe  (hors  cadre),  i.'4 
avril  1866  ;  à  la  Canée,  17  mars  1867  ;  au  Caire,  18  mars  18O8;  chargé 
de  la  gestion  du  consulat  général  à  Alexandrie,  du  8  juillet  1869  au  37 
avril  1870;  consul  do  i""®  classe,  1  a  octobre  1870;  consul  à  Constanli- 
nople,  aa  mai  187a  ;  consul  général  à  Beyrouth,  17  décembre  187^  ; 
membre  de  la  commission  financière  ottomane,  novembre  1878  ;  agent  et 
consul  général  en  Egypte,  ao  mai  1879  ;  envoyé  extraordinaire  et  mi- 
nistre plénipotentiaire  à  ïéliéran,  a4  septembre  1879  ;  ministre  plénipo- 
tentiaire de  i»"®  classe,  i*^""  mars  i88a  ;  envoyé  extraordinaire  et  ministre 
plénipotentiaire  au  Japon,  a  mars  i88a  ;  chargé,  comme  envoyé  extra- 
ordinaire, d'une  mission  en  Chine,  i5  mai  i883  ;  en  disponibilité,  3o 
avril  i885;  chargé  de  travaux  particuliers,  i<r  mars  1889. 


394  l\ffairk  du  tong-king 

Ce  même  jour,  le  Ministre  des  Affaires  Klrangères  en- 
voyait par  ték^raphe  les  instructions  suivantes  à  notre  agent 
h  Tokio  : 

Je  vous  prie  de  vous  rendre  immédiatement  à  Pé-Ring  comme 
Envové  extraordinaire,  en  attendant  le  successeur  de  M.  Bourée. 
Notre  refus  d'accepter  le  traité  préparé  par  M.  Bourée  relative- 
ment au  Tong-King  a  donne  lieu  h  un  malentendu  cpii  a  refroidi 
nos  rapports  avec  la  Chine. 

Deux  buts  sont  assignés  h  votre  mission  provisoire  :  1°  établir 
que  le  rappel  de  M.  Bourée  n'implicpie  aucune  pensée  de 
rupture  ;  que  nous  sommes  prêts  à  traiter  sur  d'aulres  bases,  et 
que  notre  protectorat  au  Tong-King  ne  change  rien  à  la  situation 
créée  dès  1874  ;  :«"  nous  renseigner  exactement  sur  les  intentions 
et  préparatifs  de  la  Chine.  D'après  M.  Bourée,  le  Gouvernement 
chinois  serait  résolu  à  s'opposer  à  notre  action  au  Tong-King,  où 
il  dirigerait  contre  nous  des  forces  considérables. 

11  importe  que  nous  soyons  lixés  sur  ce  |X)int.  Nous  comp- 
tons sur  votre  tact,  non  seulement  pour  juger  sans  pré>ention  de 
Tétat  réel  des  choses,  mais  pour  faciliter  un  rapprochement  entre 
les  deux  pays. 

Votre  arrivée  est  annoncée  à  Pé-King,  où  vos  h»tlres  de  créance 
vous  seront  adressées. 

j\l.  Tricou  arriva  dans  l'après-midi  le  6  juin*  à  Chang- 
Ilaï,  où  se  trouvait  Li  Houng-tchang,  de  passage,  se  rendant 
à  Canton,  ou  le  laissant  entendre. 

«  M.  Tricou,  à  son  arrivée  à  Chang-llaï,  trouva  Li  Houng- 
tchang  entouré  d'un  appareil  militaire  assez  tapageur  et  fai- 
sant grand  bruit  lui-même,  de  sa  marche  annoncée  vers  le 
Sud  où  il  allait  pour  prendre  le  commandement  en  chef  des 
forces  méridionales  de  la  Chine*.  » 


I.  Curieuse  coïncidence,  le  soir  inùmc.  M.  Bourée  arrivait  de  Pé  King 
dans  ce  port  pour  s  y  embarquer;  ce  fut  sa  présence  qui  motiva  le  télé- 
gramme du  10  juin  du  Gouvernement  français. 

a.  Rapport  de  M.  Fournier,  capitaine  de  frégate,  commandant  le 
Volta,  à  l'amiral  Pcyron,  ministre  de  la  marine,  Nagasaki,  C  décembre 
i883. 


•^v-i  WVr^:-" 


Li:   JAPON  39,1 

Li  ne  partit  pas;  «  la  fermeté  de  notre  altitude,  écrit 
M.  Tricou  le  20  juillet  i883,  a  suITi  pour  le  retenir  un  mois 
à  Chang-llaï  et  pour  rempèclicr  d'aller  prendre  le  gouver- 
nement des  provinces  du  Sud  qui  lui  avait  été  confié  avant 
mon  arrivée  ». 

Li,  réintégré  à  cette  époque,  dans  ses  fonctions  de  vice-roi 
de  la  province  du  Tclié-li,  resta  donc  dans  le  Nord.  D'autre 
part,  pour  éviter  tout  malentendu,  le  marquis  Ts'éng  était 
prié  de  prévenir  télégraphiquement  son  gouvernement  que 
M.  Tricou  avait  seul  qualité  pour  parler  au  nom  du  Gouver- 
nement français  (10  juin). 

Du  5  juillet  au  i3  septembre,  M.  Tricou  resta  à  Chang- 
Haï,  n'entretenant  aucune  relation  diplomatique  avec  la 
Chine;  ses  télégrammes  à  Paris  demandaient  Tenvoi  de 
renforts  au  Tong-King,  qu'on  agisse  à  Hué  et  qu'on  fasse  le 
blocus  des  côtes  dWnnam. 

Des  troubles  à  Canton  fournirent  à  M.  Tricon  l'occasion 
de  sortir  de  son  isolemeTit  et  le  prétexte  de  voir  Li  sans  avoir 
l'air  de  courir  après  lui. 

LE    JAPON 

A  cette  époque \  il  nous  aurait  été  peut  être  possible  de 
profiter  des  mauvaises  dispositions  du  Gouvernement  japo- 
nais h  cause  des  affaires  des  îles  Lieou-Kieou  et  de  la  Corée; 
M.  Tricou  télégraphiait  de  Chang-llaï  au  Département  le 
19  juin  i883  : 

Je  connaissais  les  dispositions  du  Gouvernoinent  Japonais. 
Nous  jx)uvons  en   tirer  un  très  grand  parti,  dans  le  cas  d'une 

I.  En  juin  i883,  on  estimait  que  les  forces  placées  sous  le  comman- 
dement de  Li,  dans  le  Nord,  s'élevaient  à  39000  hommes  répartis  dans 
58  camps  placés  à  Chan-Uaï  Rouan,  Lou-taï,  Pé-T'ang,  Ta-Kou,  Pao- 
Ting,  Tien-Tsin,  etc. 


fh 


396  1/ AFFAIRE    DU    TONG-RING 

rupture  qui  semble  inévitable  si  nous  ne  voulons  pas  paraître 
reculer. 

Vingt  mille  Japonais  sulTiraient  pour  mettre  en  déroute  toute 
l'armée  chinoise.  Ce  (|ui  manque  aux  Japonais,  ce  sont  des 
bateaux  de  transport  et  une  marine  pour  défendre  ses  côtes.  La 
nôtre  pourrait  trouver  à  Nagasaki  tout  le  charbon  et  les  ravi- 
taillements qui  lui  seraient  nécessaires,  et  qui,  je  le  crains,  pour- 
raient lui  faire  défaut  à  Saigon. 

La  situation  du  Japon  vis-à-vis  de  la  Chine  ressemble  beau- 
coup à  la  nôtre.  Par  le  traité  de  1876,  la  Cour  de  Tokio  a 
reconnu  Tindépendance  de  la  Corée  sans  que  la  Chine  élevât  à 
cette  époque  la  moindre  protestation. 

Nous  n'avons  qu'à  dire  un  mot,  et  nous  pouvons  être  assurés 
du  concours  du  Gouvernement  JajKmais. 

Je  sais  que  la  Chine  redoute  fort  cette  éventualité. 

Les  dispositions  des  Japonais  à  notre  égard  changèrent 
d'ailleurs  rapidement,  soit  sons  la  pression  de  rAllemagnc, 
soit  à  la  suite  d'avances  secrètes  de  la  Cour  de  Pé-King.  Le 
commandant  Fournier  écrivait  dans  son  rapport  à  Painiral 
PeyronqueM.  Tricou,  après  avoir  quitte  la  Chine,  traver- 
sant le  Japon  en  novembre  :  «  a  constaté  et  j'ai  pu  constater 
moi -même  qu'une  évolution  manifeste  s'était  produite  dans 
les  dispositions  de  la  Cour  de  Tokio.  Loin  de  rechercher, 
comme  naguère,  un  rapprochement  avec  la  France,  elle 
parait  vouloir  aujourd'hui  se  dégager  d'une  compromission 
qui  pourrait  lui  devenir  gênante  ». 

M.  Billot  dit  qu'il  y  a  une  énigme  dans  le  changement 
survenu,  au  mois  de  juin  i883,  dans  l'attitude  du  gouverne- 
ment chinois,  et  que  ce  changement  fut  opéré  «  sous  des 
influences  »  qui  n'ont  pas  clé  déterminées.  La  vérité  est  que 
les  Chinois  n'ont  jamais  eu  l'intention  de  céder;  seul,  Li 
désirait  la  paix  ;  Ts'èng,  au  contraire,  sous  l'influence  bien 
connue  d'un  agent  étranger,  était  belliqueux.  Suivant  que  Li 
ou  Ts'êng  était  écouté,  le  gouvernement  de  Pé-King,  favo- 
rable d'ailleurs  au  second,  inclinait  vers  la  soumission  ou  la 
résistance;  quand  il  se  fut  assuré  de  la  non-intervention  des 


VUES     DE    M.     THICOI  3t)7 

Japonais,  il  se  montra  inl^ansi^^eanl^  Toute  noire  diplo- 
malle  ne  pouvait  que  nous  Taire  perdre  du  temps;  le  canon 
seul  devait  avoir  raison  de  l'obstination  de  la  Cour  de  Pé- 
kin^, et  encore  fallait-il  que  ce  canon  fut  libre  de  son  feu  ; 
nous  verrons,  plus  loin,  que  les  obstacles  mis  conslanmicnt 
par  le  ministère  à  Faction  milit<iire,  ont  retardé  Teflet  de 
celle-ci  presque  aussi  longtemps  que  des  négociations  pour- 
suivies par  trop  de  personnes  dans  trop  d'endroits  différents. 


VLES    DE    M.    TRICOU 

M.  Tricou  exposait  sa  manière  de  voir  dans  le  télé- 
gramme suivant  qu'il  adressait  de  Chang-ilaï  au  ministère  le 
Ix  juillet  : 

Cliang-Haï,  le  l\  juillet  i883. 
(Confidentielle.) 

Votre  Excellence  me  permet-elle  de  lui  exprimer  en  toute 
franchise  mou  sentiment  personnel  ? 

La  Convention  Bourée  nous  a  entraînés  sur  un  déplorable 
terrain,  en  provoquant,  eu  sollicitant  presque  Tingérence  de  la 
Chine  dans  une  question  que,  depuis  1870,  nous  ne  l'avions  pas 
conviée  à  examiner  avec  nous. 

Voulons-nous  aujourd'hui  rentrer  dans  la  voie  des  traditions 
que  nous  a  fait  malheureusement  abandonner  une  politique  per- 
sonnelle, ou  j)ersistons-nous  à  rechercher  un  acconunodement 
qui  n<?  sera,  après  tout,  qu'une  entente  boiteuse  sur  le  terrain 
des  faits  P 

Dans  la  première  hypothèse,  il  conviendrait  d'adresser  une 
note  à  la  Chine  |)our  lui  déclarer  qu'en  présence  de  ses  agisse- 
ments nous  reprenons  toute  notre  lib(»rté  d'action,  et  que  nous 
sommes  résolus  à  faire  prévaloir  les  droits  qui  nous  sont  conférés 
par  le  traité  de  1874.  Je  peux  vous  assurer  que  la  Chine  ne  nous 
déclarera  pas  ouverlenient  la  guerre  :  elle  ne  j)eut  pas  nous  la 
faire,  et  n'est  pas  en  état  de  nous  la  faire.  Mais  il  faudrait  alors 

I.  L'affaire  du  Tonkin,  p.  47  ©t  48. 


398  i/affairk  du  tong-kin(; 

frapper,  sans  retard,  un  grand  coup  à  Ihu',  ce  (pie  nous  aurions 
dû  faire  depuis  longlenips.  Ce  serait,  d'après  moi,  la  solution  la 
meilleure,  la  plus  honorable  et  la  moins  conipronieltanle. 

Dans  la  seconde  hypothèse,  il  ne  nous  reslequ'à  pousser  acti- 
vement les  négociations,  si  nous  ne  voulons  j)as  permettre  à  Li 
de  nous  discréditer  par  ses  atermoiements.  J(»  dois  a\ouer  qu'un 
arrangement,  quels  qu'en  soient  les  termes,  n*em[K^chera  pas  la 
Chine  de  continuer  à  nous  susciter  secrètement  les  plus  graves 
embarras  au  Tong-King. 

Que  si,  croyant  notre  honneur  engagé,  nous  voulions  forcer  la 
Cour  de»  Pé-King  h  reconnaître  formellement  le  Traité  de  1874  et 
à  renoncer  à  ses  prétentions  de  suzeraineté,  nous  nous  verrions, 
dans  ce  dernier  cas,  obligés  de  recourir  résolument  à  la  force  : 
une  action  navale,  connue  je  l'ai  déjà  dit,  sulHrait  pour  réduire 
le  Céleste  Enqjire  à  discrétion. 

Depuis  deux  jours,  Li  fait  le  malade,  il  se  réserve  ;  heure  par 
heure,  il  est  renseigné  par  le  M'*  Ts'éng  sur  les  dispositions  de  la 
presse  et  des  deux  Chambres,  qui  lui  sont  représentées  comme 
pacifiques,  froides  même. 

Tri  COL. 

Ce  jour  même  (4  juillet),  au  reçu  d'un  télégramme  du 
Tsoung-li  Yamen,  Li  quittait  Chang-Haï  brusquement  et 
remontait  h  Tien-Tsin,  laissant  M.  Tricon  derrière  lui. 

Notre  ministre  se  trouvait  malheureusement  dans  un  étal 
de  santé  qui  lui  rendait  fort  diflicilc  sa  tache  ;  il  télégraphiait 
le  5  juillet  : 

Très  malade,  constamment  alité,  il  m'est  impossible  de  rendre 
aucun  service  à  mon  pays.  Je  sollicite  respectueusement  un  congé 
OU  ma  mise  en  dis|x>nibilité. 

Il  était  impossible  au  Ministère  d'autoriser  notre  agent  à 
quitter  son  poste  à  ce  moment.  Les  négociations  étaient 
d'ailleurs  pénibles.  Li  lloung-tclnng,  qui  craignait  pour  sa 
tète,  désirait  qu'elles  fussent  poursuivies  à  Paris;  il  était 
d'ailleurs  reparti  pour  Tien-Tsin,  comme  nous  venons  de  le 
voir.  H  est  fort  possible  que  de  son  côté,  le  marquis  T'séng 


MKS    T)\      M.VIUJUS    Ts'kNU  3()() 

eut  la  niriiio  crainte.  Cependant  la  (iliarnhre  des  Députés 
appuyait  la  politique  du  (îouvernenienl  et  par  36:^  voix 
contre  78,  dans  la  séance  du  10  juillet,  Tordre  du  jour 
suivant  était  adopté: 

La  Chambre,  après  avoir  entendu  le.s  explications  du  Gouver- 
nement, confiante  dans  sa  politique  ferme  et  prudente,  passe  îi 
l'ordre  du  jour. 

Kconduit  courtoisement  par  les  cabinets  de  Londres  et  de 
Berlin,  le  Tsoung-li  Yamen  tourna  ses  regards  vers  les  États- 
linis(i7  juillet).  M.  Young\  ministre  américain  à  Pé-king, 
alors  doyen  du  Corps  diplomatique,  ancien  reporter  du  New 
York  Herald,  et  ami  intime  de  Li,  très  désireux  d'offrir  sa 
médiation,  menait  la  campage;  le  Cabinet  de  Washington 
aux  l>ons  offices  duquel  la  Chine  faisait  appel,  pour  sou- 
mettre à  son  arbitrage  les  dillicultés  survenues  avec  la  P'rance 
relativement  au  Tong-King,  faisait  pressentir  nos  disposi- 
tions par  son  représentant  à  Paris.  L'intervention  d'une  puis- 
sance tierce  ne  pouvait  qu'entraver  notre  action  dans  l'Annam 
comme  au  Tong-King,  et  compliquer,  en  outre,  notre  dif- 
férend avec  la  Chine,  permettant  à  la  Cour  de  Pé-King  de 
poser  la  question  de  suzeraineté,  qu'il  était  prudent  d'écarter. 
Plus  tard  (20  août)  Li  Houng-tchang  faisait  publier  par  les 
journaux  à  sa  dévotion  que  le  Gouvernement  français  avait 
accepté  la  médiation  américaine.  Ce  même  jour,  M.  Challe- 
mel-Lacour  télégraphiait  à  M .  Tricou  : 

Le  Gouvernement  des  Etats-Unis  nous  a  sur  la  demande  de 
la  Chine  fait  offrir  ses  bons  olïiccs.  Xous  les  avons  déclinés. 


1.  Young,  James-Hussetl,  de  New- York,  nommé  le  iT)  mars  1882,  à 
la  place  de  James  B.  Angell,  de  Michifran.  successeur  le  iG  août  1880,  de 
Geo.  F.  Scward  ;  Young  prit  charge  de  la  légation,  le  17  août  1882  ;  il 
donna  sa  démission  le  27  janvier  i885,  et  quitta  I^é-King,  le  8  avril  i885  ; 
il  fut  remplacé  par  (iharlcs  Denby. 


400  l'affaire    Dl;    TONG-RING 


VUES    DU    MARQUIS    TS'ÊNG 


Le  marquis  Ts'èng  ne  paraît  pas  avoir  eu  jusqu'au  lo  août 
la  compréhension  très  nette  de  la  situation,  ainsi  qu'il  ré- 
sulte (Je  la  note  suivante,  due  à  une  personne  en  relations 
avec  le  diplomate  chinois  : 


NOTE 


C'est  seulement  depuis  hier  (lo  août)  que  le  marquis  TsViig 
s<»  rend  compte  de  la  gravité  de  raflirmation  que  lui  a  arrachée 
M.  (]]iallemel-Lacour»  relativement  à  la  présence  au  Tong-King 
de  troupes  iin|H»riales  chinoises,  destinées  h  comhattrc  les  Fran- 
çais. Auparavant,  celte  mesure  lui  paraissait  toute  naturelle  ! 
Mais  il  estclTrayé  maintenant  du  parti  que  l'on  peut  tirer  contre 
la  Chine  et  contre  lui  d'une  déclaration  qui  prend,  dans  sa 
bouche,  une  gravité  particulière. 

11  faut  donc  s'attendre  à  le  voir  se  rétracter,  à  atténuer  la 
portée  de  ce  qu'il  a  dit,  car  il  comprend  que  la  Chine  mettant 
ainsi  les  torts  de  son  côté,  ne  jiourra  pas  obtenir  la  médiation 
d'une  puissance  étrangère  ;  et  c'est  au  fond  l'espoir  de  voir  les 
Etats-Unis,  par  exenq)le,  s'interposer  entre  la  FVance  et  leur 
pays,  qui  rend  les  Chinois  si  audacieux  ! 

Le  Gouvernement  français  fera  bien  toutefois  de  ne  pas  se 
contenter  de  vaines  déclarations  et  d'exiger  des  actes. 

l^armi  les  njcsures  que  l'on  pourrait  exiger,  en  témoignage  de 
la  sincérité  de  la  Chine  sont  les  suivantes  : 

I"  La  publication  dans  la  Gazette  de  Pékinij  et  raffichagc  dans 
toutes  les  villes  des  trois  provinces  limitrophes  du  Tong-King  d'un 
Décret  impérial  (Chanrj-yu)  rapportant  celui  qui  a  précédemment 
ordonné  l'envoi  de  troupes  chinoises  dans  le  Sud  et  au  Tong- 
King.  On  pourrait  môme  discuter  les  termes  de  ce  décret,  qui 
devrait  éloigner  du  théc^tre  de  nos  opérations  tous  les  contingents 
chinois  qui  y  ont  été  envoyés  dans  ces  derniers  temps,  et  faire 
sortir  du  Tong-King  tous  les  soldats  chinois  qui  s'y  trouvent. 

a"  Le  maintien  dans  la  Vice-Hoyaulé  de  Canton  de  Ts'éng*, 
oncle  du  Marquis  et  frère  du  célèbre  Ts'èng  Kouo-fan,  qui  est, 

I.  Tseng  Rouo-ts'iuan. 


nLOCM  s  nrs   pokts  di:  i/indo-ciiim:  V>i 

(lil-OFi.  drplacé  parce  ([u'il  n'a  pas  nionlré  siinisainiiuMit  do  zèle 
à  prendre  des  mesures  hosliles  aii\  Français. 

3"  I.e  déplacement  de  Tsen  lii-ying  aciuellement  Vice-Roi  du 
Yûn-Kouei  (formé  par  les  deux  provinces  du  Yun-Nan  et  du 
Kouei-tcheou),  qui  était  précédennnenl  Gouverneur  du  Y  iin-Nan 
et  dont  la  nomination  récente  à  son  poste  actuel  a  été  interprétée 
par  les  Chinois  comme  une  mesure  hostile  à  la  France  (sa  nomi- 
nation comme  Vicc-Boi  date  du  3o  mai  i883). 

C<î  Tsen  Yû-ying  est  tristement  célehre  par  le  massacre  de  la 
popu]ati(m  inoflensi\e  de  Ta-li  fou  qu'il  ordonna  en  1873,  après 
la  capitulation  de  cetle  ville  au  mépris  de  la  foi  jurée  (Consulter 
au  lïesoin  le  livre  de  Rocher  sur  la  province  du  Yun-Nan). 

Observation.  —  L(»s  trois  mesures  qui  précèdent  sont  de  nature 
u  soulever  une  \ive  opposition  d<^  la  part  du  parti  de  la  guerre 
chinois,  aussi  ne  faudrait-il  formuler  ces  propositions  que  si  l'on 
est  bien  décidé  h  obtenir  satisfaclion  sur  ces  divers  points. 

D'autres  garanties  à  exiger  pourraient  naturellement  être  indi- 
quées par  des  personnes  connaissant  bien  la  Chine. 

Le  II  août  i883. 


BLOCliS    DES    PORTS    DE    l'iNDO-CHIISE 


A  la  suite  cFiin  télégramme  du  ministre  des  Affaires  étran- 
gères du  9  août,  M.  Tricon  remettait  le  20  août  au  prince 
Koung,  président  du  Tsoung-li  Yamcn,  une  note  lui  notifiant 
que  les  ports  du  Tong-King  et  de  FAnnam  étaient  mis  en 
état  de  blocus. 

Le  soussigné»  Envoyé  Extraordinaire  de  France  eu  Chine,  a 
riionneur,  conformément  aux  ordres  de  sou  (jouv<'rnement, 
d'informer  S.  A.  l.  le  Trince  Ivoung  que  le  (louvernement  de  la 
République,  avisé  de  plusieurs  points  de  la  (]hine  du  départ  de 
navires  chargés  d'armes  et  de  munitions  à  destination  de  l'Annam 
se  voit  forcé,  vu  les  circonstances,  de  s'opposer  à  ce  trafic  qui 
est,  d'ailleurs,  interdit  par  Farticlc  n  du  traité  de  commerce 
conclu  avec  la  Cour  de  llué  en  187V 

En  conséquence,  les  ports  du  Tong-Iving  et  de  l'Annam  sont 
mis  en  état  de  «  Rlocus  ».  Une  surveillance  rigoureuse  sera 
exercée  sur  les  côtes.  Les  navires  suspects  seront  visités  dans  ces 

CoRDXRR.  II.  —  2O 


4oa  LAFFAIBE    Î>1'    TONG-KlSfi 

|Hiraf^  cl  Ci'iixqui.  npri's  nolllicalioii  iiKli\i<iiie11e.  lenloraioiil  do 
lianditr  l<-s  li(,'nis  du  Id.Hiis.  s«-iflifiil  saisis. 

Lo  soussigiii-  s'empresse  de  jiorter  celli-  diVision  fi  la  connais- 
sance «lu  {îoiivcriionLcnl  Cliinois  jkhii-  iju'il  |irétieiiiic 
de  C^ouiiiiorre  el  eniptVlie  loute  c\|)édllli)ii  de  ce  ({Ciire. 

Il  sarsil  celli!  ocrasiori    |>our  leiirniveicr  à  S.    A.   I.   Mfp-. 
Prince  Kouji^  les  assuninces  de  sa  1res  haute coiisidf ration. 


Le  prince  Koung  (il  la  réponse  suivante  h  M.  Tricou  : 


J'ni  reçu  le  18"  jour  de  lii  7*  lune  de  la  ij'  année  Koiinng-!Siu 
(30  fioûl  i883)  lu  dépiVhe (pie  Votre  K\relli'nrr  m'a  l'ail  riionneui- 
de  m'adrcK-viT  et  dans  Inquelle  KIte  me  dit  :  (Suit  la  reproduction 
presipie  m  exfenso  de  In  note  relative  nu  blocus  des  rôles  <)e 
l'Anniini  el  du  Ton{;-Kiii^')-  "'"■  l'i'inl-i"!  i"  1"  oiun-e  kouanjr- 
Siu  (i«74-i87.'>)  It'ltepré-iieiitatit  delà  France.  S.  K.  M.  le  Conitf 
de  llnclieclilounr.  avant  adressé  au  Tsoiin^'-li  Yainen  uneconnnu- 
nicalioii  oFiicielle  relative  auï  néf.'ocia lions  et  aux  alTaires  inler- 
\eiiniii  entre  votre  pnvs  el  l'Aniiain,  le  T$oung-li  ^ainen  lui  ré- 
IKiiidtt  i|no  rAiiiiani  étant,  de  fondation,  un  (tavs  vassal  de  la 
'.  tniili'S  les  ([ueslidns  relatives  aux  rap{>orls  entre  les  poj>u 


fatinns 

situéTs 

sur 

1rs  Trontières  di 

r-  la  Chine  av 

ec  n-lies  d.* 

pays 

vas.'uiiiN, 

,  soit  (p 

le  ei 

'S  relations  e\is 

lent  on  non. 

ou  ayant  ti 

lail  k 

la   ma  ni 

ièreel  1 

)UX 

é|KHines  lixées 

,H,nr  leurs  r 

npiwris  oin 

nier- 

ciauv.  .1 

ev  aient 

fair 

e  l'objet,  de   1. 

,  pari  du  Va 

n.en.  |«.r  la 

voie 

ollicielle 

■  (-1'- 

s  desaulorités])rov 

incial<.s)..l'n, 

ne  enciui^le  n 

linu- 

tii'use,  V 

■n  les  ci 

reon stances  particu 

lièresàchaqi] 

te  prov  ince  el 

l.dès 

cpic  les 

rép.tns<-s  ser 

aient  jiarveiuio 

s  au  Tsoung- 

li  Yamen.  i 

1  di- 

termine: 

rail,  d' 

apiv 

s  leur  examen 

.    la   nianif-re 

dont  on  de 

\  rail 

Iiroci'tiei 

■  H  ce  SI 

.jet. 

etc.,  etc.  Nom,' 

■  avons  celle 

réjionse  dans  nos 

Apri-s  avoir  reçu  la  dei'iiière  eu  muni  nicn  lion  de  \olre  Ex- 
cc-llence,  il  est  de  notre  devoir  de  faire  comme  préeétlemment 
et  d'envoyer  de»  dé|)éelic!i  pour  noua  en(|uérir  s'il  y  a  bien  dans 
les  provinces  de  notre  littoral  «les  navires  de  commerce  de  diffé- 
reiitesdescriptinnstmnsporlant  actuellement  dt-sarmes  cl  des  mu- 
nitions de  ftuerreiIansles|Kirtsdi'  l'AnnaniiHturen  faire  le  trulic. 


Sm     11  Alun      l'VMKKS  V>'^ 

Dos  (juc  losn'ponsos  lions  seront  paiNcnncs,  le  Tsonnir-li  VanuMi 
clrloriiiinera,  apn\s  exaiiioii,  de  qnelle  laçoii  on(le\ra  procéder  et 
vous  adressera,  à  ce  sujel,  une  non\elle  réponse  ollicielle.  ÎNoiis 
vous  adressons,  dès  à  présenl.  celle  première  réponse  dont  nous 
prions  Votre  F^xcellcncc  de  vouloir  bien  prendre  connaissance'. 

sm  nAuuY  PAUKES 

Sir  Ilarry  Parkes^  était  nommé  ministre  à  Pé-King,  le 
i3  juillet  i883,  en  remplacement  de  Sir  Thomas  Wade. 
Jamais  choix  ne -fut  aussi  chaudement  applaudi  par  la  colonie 
anglaise  de  Chine  que  celui  de  Parkes  qui  venait  de  repré- 
senter son  pays  avec  distinction  à  Tokio.  On  attendait  mer- 
veille de  cet  homme  d'action  dont  le  nom  élail  resté  légen- 
daire depuis  la  campagne  de  1860;  la  diplomatie  anglaise 
allait  sortir  de  la  léthargie  où  elle  était  plongée  depuis  son 
départ  pour  Tokio  !  mais  les  circonstances  étaient  singulière- 
ment changées,  et  pendant  les  dix-huit  mois  qu'il  avait 
encore  à  vivre,  on  ne  peut  dire  que  Parkes  retrouva  ses  suc- 
cès d'antan;  il  est  vrai  d'ajouter  qu'il  eut  à  peine  le  temps 
de  se  remettre  au  courant  des  affaires,  «  getting  into  the 
saddie  »,  comme  il  disait.  Il  débarqua  à  Chang-Haï  le  6  sep- 
tembre i883  au  milieu  de  l'enthousiasme  général,  quitta 
celte  ville  pour  Pé-King  le  i3;  et  arriva  dans  la  capitale  le 
27  septembre,  avec  le  gouverneur  de  Hong-Kong,  Sir  George 
F.  Bowen,  successeur  de  l'impopulaire  Sir  John  Pope  Ilen- 
nessy. 

M.  Tricou  télégraphiait  au  Département  le  9  septembre 
lors  de  l'arrivée  de  Sir  ilarry  Parkes  : 

1.  Pour  traduction  conforme,  le  n^  interprète  de  la  légation,  [sig.]  : 
Arnold  N  issii-iRii:. 

2.  Parkes,  Harry- Smith ^  né  le  24  février  1828  à  Birchills  Hall,  pa- 
roisse de  Bloxwich,  près  Walsall,  dans  le  Staifordshire  ;  il  partit  de  Ports- 
mouth  sur  le  Foam,  le  i3  juin  i84i  cl  arriva  à  Macao,  le  8  octobre.  — 
The  Life  ofsir  Ilarry  P^r^^s...  by  Stanley  Lanc-Poole.  London,  189,'!, 
a  vol.  in-8. 


■  •^^< 


4o/|  i/aFFAIUK    du    TONC.-Rl>r. 

Sir  IlaiTY  Parkcs,  rmniiinrnl  iioinnio  Minisire  do  la  Koino  on 
CIlinc,  vient  d'arriver  à  Clian^-Haï.  Nous  avons  noue  à  Tokio 
do  cordiales  relations.  Il  m*a  assuré,  sans  v  être  provoqué,  que 
dans  le  cas  où  le  Tsoung-li  Yamen  lui  parlerait  des  afl'aires  do 
TAnnam  et  du  Tong-Kinp^,  il  l'engagerait  vivement  à  accepter 
les  bases  d'arrangement  que  nous  croirions  devoir  projx>ser.  Sir 
Harry  s'est  toujours  montré  particulièrement  hostile  aux  préten- 
tions de  la  Chine  en  matière  de  suzeraineté.  Il  repartira  le  12 
pour  Tien-Tsin  sur  le  croiseur  le  V^igilanl... 

Le  soir  du  même  jour,  M.  Tricou  télégraphiait  encore  : 

Je  viens  d'avoir  avec  Sir  Harry  Parkes  un  entretien  tout  in- 
time. II  pense,  comme  moi,  que  le  M'*  Ts'éng  est  chargé  de  nous 
amuser  à  Paris  par  des  négociations  illusoires  ;  il  est  convaincu 
que  nous  n'arriverons  à  un  résultat  pratique  qu'en  exerçant  à 
Pé-Ring  une  forte  pression. 


M.    TRICOU    A    TÎEN-TSIN    ET    A    PE-KING 

Le  10  septembre,  M.  Tricou  télégraphiait  au  Départe- 
ment : 

Votre  Excellence  m'autorise-t-<»lle  à  partir  immédiatement 
pour  Pé-King  ?  J'es|)ere  encore,  avec  le  concours  de  V.  E. ,  en  dépit 
de  bien  des  difllicullés  jwuvoir  obtenir  une  solution  satisfaisante. 

Le  ministre  lui  répondait  le  même  jour  : 

Je  crois  préférable  que  vous  restiez  à  Chang-llaï  jusqu'à  ce 
que  j'aie  pu  vous  communiquer  le  texte  des  propositions  destin<H*s 
à  servir  de  base  aux  nouveaux  pour|>arlers. 

Cependant,  notre  ministre  se  met  en  route  pour  le  nord 
et  le  12  septembre,  avant  son  départ,  M.  Tricou  télégraphie 
encore  de  Chang-Haï: 

Je  crois  devoir  retenir  M.  Dillon  à  Tien-Tsin.  Nous  avons 
actuellement  nos  concessions  à  proléger.  Je  pars  ce  soir  pour 
Pé-King.  Je  m'arrêterai  a  Tien-Tsin. 


v*^ify-.  ■  . 


M.     TUICOr    A    TIKN-TSIN     ET     V     PK-KING  '|05 

Le  i3  septembre,  M.  Tricon  quittait  (ihan<j^-llaï  sur  le 
\ Olta  qui  mouilla  devant  Ta-Lou  le  iG  à  7  heures  du  soir; 
le  lendemain  matin,  il  débarquait  à  Ïien-Tsin  avec  le  com- 
mandant Fournier.  Le  18,  il  se  rendait  chez  Li,  avec 
MM.  Vissière  et  Frandin,  interprètes,  et  le  commandant 
Fournier;  Tacciieil  du  vice-roi  fut  aimable. 

Au  cours  de  la  conversation,  Li  fît  les  déclarations  sui- 
vantes : 

11  était  impossible  à  la  Chine  de  renoncer  à  des  droits  de 
suzeraineté  sur  l'Annani,  consacrés  par  l'histoire,  mais  qu'il  espé- 
rait cependant  que  l'on  pourrait  trouver  un  modus  vivendi  de 
nature  à  satisfaire  les  deux  pays  et  que,  du  reste,  il  était  auto- 
risé par  le  Tsoung-li  Yamen  à  en  conférer  avec  M.  Tricon... 

A-t-on  bien  constaté  la  présence  des  soldats  impériaux  dans  les 
ran^s  des  Pavillons  Noirs,  demanda  Li,  avec  embarras.  —  Oui, 
répliqua  M.  Tricon,  le  doute  n'est  plus  p(»rmis  aujourd'hui 
d'après  les  informations  que  j'ai  reçues  du  Tong-King.  —  Ce 
sont  alors  des  déserteurs,  riposln  le  Vice-Hoi  d'un  air  dégagé... 

S'il  advenait,  dit  Li,  qu'un  choc  eut  lieu  entre  les  soldats  im- 
périaux et  les  vôtres,  cela  n'entraînerait  pas  forcément  la  guerre, 
car,  ajouta-t-il,  en  jouant  sur  les  mots,  ces  soldats  n'appartien- 
nent pas  à  proprement  parler  h  l'armée  impériale,  mais  relèvent 
directement  des  Yice-Uois  administrant  les  provinces  du  Sud. 

Le  surlendemain,  Li,  avec  ses  secrétaires  et  le  tao-taï  de 
Tien-Tsin,  rendit  la  visite  de  M.  Tricou  au  consulat  de 
France,  et  le  soir,  il  donna  un  grand  dîner  auquel  assistèrent, 
outre  notre  envoyé,  Sir  llarry  Parkes,  ministre  d'Angleterre, 
et  Sir  George  Bovven,  gouverneur  de  Hong-Kong.  Le  len- 
demain du  dîner,  il  y  eut  une  troisième  entrevue  entre  Li 
et  M.  Tricou.  Li,  en  examinant  une  carte  du  Tong-King, 
laissa  voir  que  de  petites  étiquettes  rouges,  couvrant  les  places 
de  Bac-Ninhet  de  So'n-Tay,  portaient  les  noms  des  généraux 
chinois  commandant  les  troupes  impériales  sur  ces  points; 
des  cliquettes  semblables  étaient  collées  sur  Lang-so'n  et 
Cao-Bang.   Sur  une  question  de  Li,  M.  Tricou   répondit  à 


'  "-rî.,-.^*i;--?^;:vJ»J 


4o6  l'aFFAIRK    Dl     TONr.-RING 

propos  de  Ts'èng,  «  qiie  pour  un  (liplomalc,  ce  personnage 
faisait  bien  du  tapage  dans  la  presse  et  que  le  tapage  était 
mauvais  en  diplomatie  i>.  «  C'est  vrai  »,  répliqua  Li,  et  il 
pria  M.  Tricon  de  ne  pas  cacher  au  Tsoung-li  Yamcn  les 
agissements  bruyants  de  Ts'éng. 

Dès  son  arrivée  h  Pé-King,  M.  Tricou  reçut  du  prince 
Koung  un  accueil  des  plus  courlois;  il  partit  ensuite  pour 
des  excursions  pendant  cinq  jours,  et  à  son  retour  le  Tsoung-li 
Yamen,  au  grand  complet,  lui  rendit  sa  visite.  M.  Tricou 
n'entretint  pas  les  minisires  chinois  des  affaires  du  Tong- 
King  et  repartit  pour  Tien-Tsin. 

Cependant  les  Chinois  se  préparaient  à  la  lutte,  et  en  pré- 
vision d'une  expédition  française,  un  décret  secret  (28  sep- 
tembre i883)  organisait  la  défense  des  cotes  de  l'Empire. 
D'autre  part,  la  nomination  de  l'amiral  Courbet  et  l'envoi  de 
3  000.  hommes  au  Tong-King  produisaient  une  excellente  im- 
pression; mais  ce  n'était  pas  suffisant*. 

Le  6  octobre  i883,  le  commandant  Fournier  déclarait: 

Apros  avoir  assisté  aux  onlrelicnsdu  Minislreavcc  le  Vice-Hoi 
aucune  négociation  ne  peut  aboutir  qu'après  déroule  éclatante 
des  Pavillons  Noirs.  Le  (îouvornenient  cliinois  considère  IVnxoi 
d'un  Minisire  titulaire  à  IV'-King  comme  l'indication  de  notre 
désir  de  Irailcr.  Le  Marquis  Ts'éng  rentrelicnt  dans  crovance 
et  conseils  (lu  vice-roi  Li  ne  soni  j)as  écoulés:  il  i'audrail.  selon 
moi.  prendre  les  mesures  sui>anles,  urgentes  :  envoi  puissants 
renforts  Tong-King  ;  imiter  manœuvre  Angleterre  Canton,  si 
nouveaux  troubles  s'y  produisent  ;  suspendre  ton  le  négociation 
avec  le  Marquis  ;  retenir  M.  Patcnotre  et  rappeler  immédiatement 
M.  Tricou. 

Je  ne  doute  pas  que  ces  mesures  concordant  et  u'entrainant 
pas  état  de  guerre,  n'amènent  Chine  à  composition.  Le  monde 
diplomatique  s'étonne,  ici,  que  le  Gou>ernement  français  hésite 
encore  h  prendre  ces  mesures  indispensables  pour  sauvegarder 
notre  dignité  nationale. 

I.  Commandanl  Fournier,  3o  septembre  i883. 


■\ 


in:p\iiT   in:   M.    Tiucof  '107 

A  Ticn-Tsin,  les  relations  entre  M.  Tricon  et  Li  furent 
des  plus  cordiales  ;  ce  dernier  disait  à  notre  ministre  que 
Ts'èng  encourageait  les  résistances  de  Tsoung-li  Yainen,  lui 
laissant  entrevoir  la  chute  du  ministère  français  à  la  rentrée 
des  Chambres.  Li  était  d'ailleurs  animé  personnellement  des 
intentions  les  plus  conciliantes.  M.  Tricou,  à  son  retour  de 
Pé-King,  avait  fait  à  Li  ime  première  visite  le  21  octobre: 
«  Pourquoi  donc,  lui  dit  Li,  n'avez -vous  pas  signalé  les 
agissements  de  Ts'èng  au  Tsoung-li  Yamen?  »  —  «  Parce 
que  les  alTaires  du  Tong-King  n'ont  pas  été  abordées  »,  lui 
répondit  M.  Tricou.  Le  25  octobre,  M.  Tricou  venait  de  re- 
cevoir un  télégramme  du  Département  lui  faisant  connaître 
les  dernières  propositions  de  Ts'éng,  il  fit  une  seconde  visite 
àLi. 

DÉPART    DE    M.     TRICOIJ 

M.  Tricou  avait  quitté  Pé-King  le  19  octobre  pour  Tien- 
Tsin  d'où  il  mandait  le  26  h  M.  de  Semallé  de  venir  le  re- 
joindre ;  il  lui  remettait  le  3o  la  direction  de  la  légation  de 
la  République  en  Chine.  Dès  le  3i,  M.  de  Semallé  retour- 
nait dans  la  capitale. 

Le  25  octobre,  M.  Tricou  télégraphiait  à  M.  Challemel- 
Lacour  : 

Li  Uoung-tclianp:.  que  j'ai  revu,  se  désintéresse  des  alTaires  de 
r.Vnnani  et  en  ahandoniio  désormais  la  conduite  au  Tsoung-li 
Yamen.  Certaines  défaillances  d'altitude  et  de  langage  trahissent 
son  découragement.  Bien  qu'il  ne  l'avoue  pas,  il  est  trop  intelli- 
gent pour  ne  pas  comprendre  que  la  soumission  de  la  (iOur  de 
Hué  doit,  h  la  longue,  frapper  d'impuissance  toutes  lejs  manœuvres 
de  la  Cour  de  IV-King.  Mais  il  laisse  entendre  très  clairement 
que  le  (iouvernement  chinois  ne  saurait,  sans  perdre  la  face, 
apposer,  pour  rinslaiit.  du  moins,  sa  signature  au  bas  d'un 
arrangement  qui  décèlerait  sa  déconvenue.  Déjà  la  Chine  est 
anxieuse  ;  elle  appréhende  que  les  Pa>illons  Noirs  et  les  bandes 


-■  -« 


'|08  l'aFFAIUE    T)l     TO.NG-klNC 

chinoises,  refoulés  par  nos  troupes,  ne  >iennent  jeter  le  désordre 
dans  la  province  du  Yun-.Nan. 

M.  Tricou  télégraphiait  de  Tien-Tsin  le  29  octobre  au 
Département  : 

Li  Houng-tchang  est  \enu  nie  trouver  à  la  dernière  heure  pour 
me  prier  inslaninienl  de  rester.  Je  lui  ai  répondu  que  Fétat  de 
ma  santé  m'obligeait  à  quitter  la  Chine.  Je  pars  ce  soir  sur  le 
Volta.  Le  Vice-Roi  est  très  inquiet.  Il  désavoue  haulement  le 
M'*  ïs'éng. 

Dans  celte  visite  le  vice-roi  paraissait  fort  abattu;  il  re- 
connut que  c'était  M.  Tricou  qui,  par  la  fermeté  de  son  lan- 
gage, Tavait  arrêté  à  Chang-Haï,  quand  il  était  en  route 
pour  le  Sud  :  «  Vous  m'aNCz  dit  à  cette  époque,  ajouta  Li, 
que  mon  départ  pouvait  être  considéré  connue  une  menace, 
et  ami  de  la  jxaix,  j'ai  mieux  aimé  retourner  à  Tien-Tsin   ». 

Le  lendemain  de  cette  visite,  au  matin,  M.  Tricou  parlait 
sur  le  Volta  pour  ^  okohama. 

Le  marquis  Ts'éng  contredit  naturellemenl  les  assertions 

de  Li,  et  M.  Jules  Ferry  télégraphiait  à  M.  Tricou,  à  Tokio, 

par   rinlermédiaire   de  M.    Sienkiewicz,    notre  ministre   au 

Japon  : 

1 1  novend)re  i883. 

\olre  télégrannue  du  :>.()  octobre  annonçait  que  Li  Houng- 
tchang  s'était  elForcé  de  \ous  retenir  et  désa[)prouvait  le  Marrpiis 
Ts'èiig.  Celui-ci  se  dit  autorisé  ollicielleinenl  à  contredire  ces 
deux  déclarations.  Transmettez  des  informations  détaillées  sur  les 
démarches  et  les  paroles  du  Vice-I\oi  auxquelles  se  référait  votre 
télégramme. 

M.  Tricou  répondit  le  17  novembre  i883  par  le  télé- 
graphe : 

Voici  le  langage  que  m'a  tenu  Li  lloung-tchang  au  moment 
de  mon  départ  de  Tien-Tsin.  Il  m'était  venu  trouver  au  Consu- 
lat. —  Le  Commandant  Fournier,   M.    de  Semallé  et  tous  les 


i>KP\KT   m:   m.    tiuc.oi:  ^'iOQ 

inlerprMes  de  la  L(''galion  assislaicnl  à  l'eFiInmio.  Conime  le 
\  ico-lloi  inc  demandait  inslainiiKMil  de  resicr,  j'ai  répliqué  anii- 
calemcril  (jue  l'élal  de  ma  santé  m'oblige  à  partir.  «  Je  le  regrette 
fort  ;  mais  ne  poiirriez-voiis  pas  télégraphier  à  votre  (jouverne- 
menl  jK)ur  provocpier  l'envoi  d\in  non\eaii  Ministre?  »  J'ai  ré- 
pondu que  celte  démarche  serait  plus  correctement  faite  par  le 
M**  ïs'èng,  représentant  du  Gouvernement  chinois  à  Paris.  Ce 
jour-là.  \A  Iloung-tchang  blâmait  ouvertement  le  Tsoung-li 
Yamen  et  le  M'*  Ts'èng.  11  taxait  les  dernières  propositions  d'ex- 
cessives ;  il  n'avait  pu  s'empêcher  en  les  transmettant  de  s'écrier  : 
«  Le  Tsoung-li  Yamen  vit  dans  la  lune  ».  Il  prétend,  du  reste, 
que  le  M'^  Ts'èng  encourage  toutes  les  illusions  à  Pé-King.  Ce 
langage  ne  surprendra  pas  \otre  Excellence  (juand  Elle  saura 
que  Li,  actuellement  battu  en  brèche  par  le  Tsoung-li  Yamen  et 
le  M^*  Ts'èng,  est  devenu  l'ennemi  du  M'*  Ts'èng  et  du  Tsoung-li 
Yamen.  Je  dois  ajouter  (pi'il  est  le  seul  lionune  d'Etat  de  l'Em- 
pire qui  puiss<\  le  moment  venu,  inq)osersa  volonté.  En  termi- 
nant l'entretien .  le  Vice-Uoi  m'a  demandé  si  je  ne  jM)U\ais  pas 
télégraphier  à  M.  Harmand  de  ne  point  laisser  attaquer  les 
troupes  chinoises  (pie  notre  corps  expéditionnaire  rencontrerait 
au  Tong-Iving.  —  J'ai  répliqué  que  nous  trouvant  en  paix  avec 
la  (]liine,  nous  ne  saurions  faire  de  distinction  entre  les  Pavillons 
Noirs  et  les  bandes,  qu'elles  fussent  revêtues  ou  non  de  l'uniforme 
de  l'armée  régulière  ;  qu'au  surplus,  le  .\P*  Ts'èng  avait,  il  y  a 
trois  mois,  très  nettement  déclaré  au  Gouvernement  delà  Répu- 
blique (pie  nous  ne  trouverions  l(»s  t roupies  de  l'armiV  régulière, 
ni  dans  notre  .sphère  d'action,  ni  dans  notre  champ  d'opérations. 
—  «  \ous  ne  voulez  donc  me  rendre  aucun  ser\ice,  me  dit  Li 
«  lloung-tchaiig,  en  ])laisanlant  ?  Si  vous  pass(»z  par  Hanoï, 
«  n'oubliez  pas  l'indemnité  (pii  nous  est  due  pour  embanjo  mis 
«   naguères  sur  les  riz  de  la  (^hina  Merchants.    » 

«  J'y  penserai,  lui  dis-je  en  riant,  et  je  passerai  tout  exprès  à 
a   Hanoï.  » 

Tu  ICO  t. 


CHAPITRE  XXI 

L'AFFAIRE  DU  T0N6-KIN6  (suite):  M.  DE  SEMALLÉ 

(1883-1884) 

1>STRUCTI0?ÎS    DE    M.    DE    SEMALLÉ 

M.  de  Somalie*  avait,  nous  Tavoiis  vu,  pris  la  direction 
de  la  légation  de  la  République  à  Pc-King,  le  3o  octobre 
i883,  au  départ  de  M.  ïricou  pour  le  Japon.  Le  poids  des 
affaires  allait  retomber  sur  lui,  alors  qu'on  le  laissait  systé- 
matiquement sans  instructions,  obligé  de  répondre  aux  ques- 
tions du  Tsoung-li  "^amen,  sans  être  muni  de  pouvoirs  sufTi- 
sants,  alors  qu'on  lui  laissait  ignorer  ce  qui  se  passait  à  Paris, 
où  les  négociations  devaient  se  continuer. 

M.  Challemel-Lacour,  à  cause  du  mauvais  état  de  sii 
sanlé,  avait  donné  sa  démission  le  20  novembre  i883,  et 
M.  Jules  Ferry,  qui  faisait  l'intérim  depuis  le  8,  le  remplaça 
au  ministère  des  Affaires  étrangères.  Il  était  d'ailleurs  Tànie 
de  noire  politique  extérieure. 

Le  1"  novembre,  M.  Challemel-Lacour  lélégrapbiail  h  M.  de 

I.  Somalie,  Marie  Joscph-Claude-Edouard-Robert^  vicomte,  puis 
comte  de.  né  le  3i  mai  iS'jQ  ;  attachée  Hcrne.  7 janvier  1878;  à  Madrid, 
0  juin  187  V.  à  la  Haye,  11  aoiU  1870;  à  la  direction  politique,  3o  août 
1877  ;  attaché  payé  au  cabinet,  i**' décembre  1877  ;  secrétaire  de  2°  classe 
à  Pé-King,  i*""  février  1880;  inscrit  dans  la  première  section  des  secré- 
taires de  3«  classe,  18  mars  188^1  ;  secrétaire  de  i« classe,  3  janvier  i884  ; 
chevalier  de  la  Légion  d'honneur,  7  juillet  i885  ;  secrétaire  de  i""*^  classe 
à  Rome  (Quirinal)  (non  installé),  28  septembre  i885  ;  en  disponibilité 
pur  sa  demande,  12  oclobrç  i885  ;  a  pris  sa  retraite. 


K  ''• 


MKMouwDi  M   1)1     iT)  si:pn:Mimi:    i8(S3  'l  1 1 

Somalie  qiio  la  Clianil)ro  dos  dopulos,  h  la  siiilo  d'uno  dis- 
cussion (lui  avait  rempli  doux  soaricos,  avait  volo  le  3i  octobre 
Tordre  du  jour  suivant,  par  320  \oix  contre  i55  : 

La  Chambre,  approuvant  les  mesurées  prises  par  le  Gouverne- 
ment pour  sauvegarder  au  Ton|<-King  les  intérêts,  les  droits  et 
l'honneur  de  la  France  et  confiante  dans  sa  fermeté  et  sa  pru- 
dence pour  faire  exécuter  les  traités  existants,  passe  à  Tordre  du 
jour. 

Le  ministre  ajoutait  : 

Vous  vous  ap|)li((uerez  h  faire  comprendre  que  notre  établisse- 
ment au  Tong-Kin<^'  doit  être  tenu  pour  définitif,  mais  ((iie 
nous  n'en  restons  pas  moins  disposés  h  mi  arranfj^ement  sur  les 
bases  de  notre  Mémorandum  du  i5  septembre. 

MÉMORANDUM    DU    if)    SEPTEMBRE     l883 

Le  ministre  des  AfTaires  étrangères  avait  formulé  dans  les 
deux  articles  suivants  les  propositions  auxquelles  il  suffirait, 
dans  son  opinion,  que  les  deux  Hautes  Parties  donnassent 
leur  acquiescement  ]>our  amener  le  résultat  qu'elles  avaient 
en  vue  : 

1.  —  Le  Gouvernement  français  s'engagerait  h  n'occuper 
aucun  point  et  h  n'exercer  aucime  action  dans  la  région  déli- 
mitée au  nord  par  la  frontière  de  la  Chine  et  au  sud  par  une 
ligne  à  déterminer,  partant  d'un  j>oint  sur  la  côte  entre  le  ai" 
et  le  Mn*"  degré  de  latitude,  pour  aboutir  au  Fleuve  Rouge  en 
amont  de  Lao-Kay.  Le  (jouvernement  chinois  s'engagerait,  de 
son  côté,  à  n'occuper  aucim  point  et  h  n'exercer  aucune  action 
dans  la  même  région. 

L'administration  continuerait  d'être  exercée  dans  celle  zone 
par  les  fonctionnaires  annamites.  11  ne  pourrait  pas  v  être  élevé 
de  fortifications. 

Si  des  bandes  armées  v  venaient  chercher  un  refuge  ou  s'il  s'v 
produisiiit  d<*s  désordres  incompatibles  avec  la  sécurité  des  terri- 
toires voisins,  les  Gouvernements  franç<iis  et  chinois  pourraient 
soit  ensemble,  soit  séparément,  y  faire  pénétrer  des  forces  mili- 


Inïrcs.  apri's  s'tln"  mis  d'accord  sur  l'ubjrt  cl  sur  l'élendue 
dp  rajol-rallon.  (Iw  forivs  i)c\ruicn(  Hrv  retirées  de»  quVdlw 
aiirniciil  nllciiil  Ir  Init  |)Oiir  lequel  elles  aiiraie.itt  <-ti:  oiivovn's. 
II.  —  La  ville  de  Maiwliao  sur  le  Fk-uveKoiige.  dans  la  "pro- 
vince du  Yiiii-Nan.  serait  ouverte  au  commerce  étranger,  dans 
les  mOnies  œndilions  que  les  autres  villes  ou  ports  de  i'Kmpïre 
eliirioi^ni'i  ce  commerce  est  déjà  {XM'inis. 

«  LV'léiiient  essentiel  et  iioiivcnii.  dit  M.  Billot,  de  la  pro- 
pn^itinn  étiiil  la  coiisliliitinn  d'une  7>:ine  neutre  entre  l'Kinpirc 
chinois  et  les  (eriitoiivs  («ciipi's  par  la  Fraiirc.  »  Si  la  zone 
neutre  nent  été  une  ulo|)ie,  elk  ertt  élc  une  absurdité. 

M.    WE    SKMM.Lt    AU    TAMES 

\  la  suite  du  télégramme  du  ministre  des  Xffaircs  étran- 
gères lui  ninionranl  le  vole  de  cnniianre  obtenu  le  ^  i  octobre 
et  lui  préci.smt  la  ligne  de  conduite  qu'il  devrait  tenir  i  Pé- 
Kiug.  notre  elinrgé  d'nlfaires,  M.  de  Seniollé.  «ct;omiMigné 
de  l'inlerpivte  de  la  légation.  M.  \  issière,  se  rendit  an 
Tsounp  H  Vanien,  le  i.'i,  à  -i  beures.  on  il  fut  rei,'u  on  au- 
dienre  |Kir  le  [irince  Koung  et  tous  les  niend>res  du  vatiien  : 
Li  Ilonng  Usao,  King  Lien,  Lin  Cliou,  Tib"èn  Lnn-p'ïn, 
Tclieou  Kia-inèï  et  Wou  Ting-fi'n.  M.  de  Seniallé  leur  dit 
que  :  «  Le  rionverncnieni  français,  on  le  nommant  ^on  cliargé 
(l'aiTaires  à  Pé  King,  lui  laissait  tous  les  pouvoirs  afTércnls  à 
ses  fonctions,  mais  qu'il  l'a  infonuc  qu'il  devait  s'abstenir  de 
toute  négficiation  avec  le  Gnnveruement  cbinois  au  sujet  des 
affaires  de  l'Annaiti.  H  avait  été  ebargé  de  leur  dire,  en 
outre,  qu'il  était  disposé  à  s'entendre  à  Paris,  avec  le  M" 
TsVng,  pour  conclure  un  arrangement  ayant  pour  baso  le 
Mémorandum  on  deu\  articles  communiqué  au  M"  Ts'éng. 
le  1  "i  septembre  dernier  ;  mais  que,  dans  loua  les  cas,  c'est 
à  P.iri»  seulement  que  pourront  se  protluirc  des  négociations 
dans  ce  sens.   » 

M.    de   Somalie  conimuiiitpia  ensuite  au\  membres   du 


COMMIMCVTION    OFFK.IF.M.i:  ^[l'A 

Yamen  le  vole  de  confiance  de  la  (Ihandire  ;  le  prince  Koiing 
répondit  que  «  le  (jouvernemenl  chinois  avait  aussi  des  opi- 
nions sur  la  question  et  qu'il  était  de  son  devoir  de  les  expo- 
ser clairement.  C'est  ce  que  nous  comptons  faire  dans  la 
Dépêche  qui  vous  sera  adressée,  ainsi  qu'au  M*"  Ts^énf^:  ». 
M.  de  Semallé  ayant  fait  remarquer  qu'une  note  adressée, 
comme  on  le  lui  dit,  à  toutes  les  puissances  aurait  un  caractère 
tout  particulier,  Li  lloung-tsao  et  Tcheou  Kia-mèï  répon- 
dirent qu'ils  c(  la  faisaient  dans  un  esprit  de  conciliation, 
nullement  pour  chercher  querelle  h  la  France.  Nous  voidons 
une  solution  pacifique  ».  L'entretien  se  termina  par  cette 
déclaration  de  M.  de  Semallé:  «  La  lij^ne  de  conduite  du 
Gouvernement  français  est  hien  arrêtée.  Klle  ne  saurait  chan- 
ger. Avant  de  m'envoyer  votre  note,  il  importe  que  vous  en 
teniez  compte.  C'est  à  Paris  que  vous  devrez  rechercher  une 
entente  pacifique.  » 

Le  lendemain,  en  effet,  M.  le  vicomte  de  Semallé  recevait  du 
prince  Koung  la  communication  officielle  suivante  : 

COMMUNICATION    OFFICIELLE,    PÉ-KING,     l6    NOVEMBRE     l883 

L*Annam  est  un  pays  vassal  de  la  Chine.  Depuis  plus  de 
deux  cents  ans,  il  a  sans  cesse  reçu  d'elle  l'investiture,  et  il  a 
envoyé  sans  interruption  un  trihut  à  la  Cour  de  Chine.  Ces  faits 
sont  connus  de  toutes  les  nations  du  monde. 

Pendant  les  règnes  Tonng-Tché  et  houang-Siu,  des  rchelles  et 
des  handits  ayant  ravagé  le  Tong-King,  qui  est  une  partie  de 
l'Annani,  ce  pays  nous  a  priés,  à  plusieurs  reprises,  d'eniplover 
nos  troupes  pour  les  exterminer.  Aussi  la  Chine  a-l-(»lle  à  diffé- 
rentes époques,  ex|>édié  des  soldats  hors  des  défilés  de  ta  frontière 
et  détruit,  au  Tong-King,  les  handes  de  brigands  commandées 
|)ar  Wou  Ya-lchong,  Houang  Tch'ong-ying,  Tchao  lïiong-ts'aï, 
Ts'ëng  Ya-lche,  Sou  Kouo-han.  Li  Yang-ts'aï,  Lou  Tche-p'ïng. 
etc.,  etc.  Elle  a  dépensé  des  sommes  considérables  pour  l'entre- 
tien de  ces  lroup(\s.  pendant  plus  de  dix  ans,  par  la  raison  que 
TAnnam  étant  rangé  parmi  les  pays  fcudataires  qui  servent  de 


IiiiiTièrc  k 

t'Einpirc.  hi  Chine  (lo^ail  sV 

mplo 

HT  ;i  1<*  prnti'KPr. 

Cos  faits  SOI 

lit  (Vnli'iiioiit  [-n[iiiiisdi>  loiilcsi< 

iWis  do  l'Univers. 

Or.  «iiis 

imciiri  inotir.  Voire  G<hivitii< 

'ineii 

1  .1   ias...-i..LI«  des 

1roiip<>s.  <|i 

li  se  siiiil  ctiipariVs  <ip  \'i\f  fore 

f  dv> 

■■  villi-sdi-  H;.-ii(>î. 

(le  Nnni-dii 

rili  et  fln1i'<>!i.  niliite  iliins  l'An 

,iMin 

p|  le  Toiig-Kill^. 

La  (iliine  n'a  |»bs  voulu,  soticiensc  des  praves  inléri-ls  <|iii  s»-  ral- 
lachc[il  ail  ntinnierce  inlernatiorial.  rompre  n  la  k'^én;  m^  rela- 
tions pu  cl  liq  ne»  a\cc  la  Fraiiee.  Mais  qui  ont  pu  priitoir  qnr  \olrc 
(ionveniciiieiil  poursuivrait,  sans  tin  scsconcpiClesct  (jiiu  priililaiit 
d'un  deuil  immense  <lonl  fut  frappé  Iniit  l'Annam  el  dp  l'ocrioion 
que  lui  offrait  l'a^èneinenl  d'mt  nouveau  souverain,  il  coiilrain- 
(Irail  celui-ci  à  conclure  un  Irailé  qui  jiorte  que  «  In  (lliiue  ne 
IMUirra  m- in.Mer  du  (Jouieniement  du  rovauincd'Annniu  a'.' 

Si  un  Etat  qui.  depuis  plus  de  deii\  cents  ans,  reçoit  l'investi- 
ture de  la  Chine  el  lui  puie  Iriliut,  el  quî  a  été  sans  ct-ssc  pro~ 
tégé  par  elle,  n'est  jms  reconnu  (par  vous)  coinnie  uu  [»y9 
vassal  de  la  Chine,  le  tort  et  l'injuslice  d'une  telle  ronduitp 
i^latent  aux  ym\  de  tous.  Toutes  les  nations  de  l'inivers  ne 
|)ouvenl  avoir  qu'un  jugement  à  cet  égard.  De  toute.i  c<^IIes  qui 
ont  des  pavs  vassanv.  quelle  est  donc  celle  qui  pourrait  sup- 
porter un  pareil  manque  d'égards? 

I.a  Chine  attache  un  ^'raiid  prix  à  ses  relations  avec  les  autres 
Puis-sances.  Si  la  France  vent  observer  envers  nous  les  devoirs  de 
l'amilié,  nous  |)ourrions  encore  négocier  ensemble  d'une  façon 
]Nieiliqne.  cl  nous  ne  [Nirleroiis  jihis  que  de  paix.  Mais  si  vous 
liiécoui laissez  nos  obligations  mutuelles,  si  vous  agisses  unique- 
ment suivant  vos  convenances,  el  si  lous  envahissez  le  territoire 
occiqH'  par  nos  soldats  canlomiés  dans  le  Tong-King.  c'est  que 
l'inlenlinn  de  la  France  es!  de  ronq>re  In  pai\  cpii  nous  unit. 
Nos  troupes  du  Tong-kîng  ne  pourront  vous  regarder  inijKissi- 
bles  et  on  en  arrivera  infailliblement  à  se  battre. 

Ne  serait-il  pas  regrettable  qu'une  atteinte  fCll  ainsi  porlw  ii 
la  |Kii\  et  II  l'aniilic  existantes  entre  nous?  En  ouvrani  les  hosti- 
lités et  en  renvei-saut  nos  trailés,  \olre  pavs  sera  le  seul  a  en  en- 
courir la  respon*ahilitéi  lji  (^biiie  sera  exempte  de  tout  reproche. 

En  vous  faisant  cette  coiumunicalion  ollicielle.  Monsieur  le 
Chnrfçé  d'afiaire.i.  je  \ous  prie  de  vouloir  bien  iTiwrter,  siir  .s<ui 
contenu,  loute  votre  atlenlinn'. 


COMMIJMCATION    OKFICIKI-LK  l\l[) 

Les  exemplaires  de  ce  mniiifesle  envoyés,  le  inèine  jour,  à 
tous  les  représentants  étrangers  à  Pé-King,  portaient  à  la 
place  du  dernier  paragraphe  ci-dessus  le  suivant  : 

a  Votre  Excellence  ne  peut  manquer,  dans  son  amour  de  la 
paix,  d'avoir  le  mc^ine  sentiment  que  la  Chine  sur  celte  afFaire. 
Nous  lui  avons  adressé  cette  note  pour  lui  montrer  que  la  Chine 
n'a  aucune  pensée  de  rompre  ses  relations  imcifiques  avec  la 
France.  » 

Ce  manifeste  du  iG  novembre,  lancé  par  le  Tsoung-li 
Yamen,  ouvrait  officiel lemenl  la  campagne. 

Siu  Yen-sin,  gouverneur  du  Kouang-Si,  dans  une  lettre  du 
22  novembre,  fixait  le  2  décembre  comme  date  des  premières 
opénitions  ;  il  avait  déjà  donné  Tordre  au  chef  des  Pavillons 
Noirs,  Luu,  de  recouvrer  Phu-haï  et  Tang-foung,  et  à  un  autre 
général  d'attaquer  Haï-du'o''ng  et  de  lairc  occuper  Tlman 
Thanh  et  Thang-son.  Le  27  novembre,  M.  de  Semallé  re- 
mettait au  Tsoung-li  Yamen  (Tclfen  Lan-pin,  Tchcou  Kia- 
mei  et  Wou  Ting-fén)  la  réponse  du  ministre  des  Affaires 
étrangères  au  manifeste.  Le  3o,  M.  Ferry  adressait  une  dé- 
pèche au  marquis  Ts'èng  pour  lui  rappeler  «  qu'au  mois 
d'août  il  avait  déclaré  officiellement  qu'il  n'y  avait  pas  de 
troupes  chinoises  au  Tong-King,  près  des  villes  qui  sont  notre 
objectif.  La  responsabilité  d'un  conflit,  s'il  y  a  lieu,  ne  nous 
sera  donc  pas  imputable,  les  troupes  chinoises  n'ayant  qu'à 
reprendre  leurs  positions  antérieures.   » 

Celle  dépèche  transmise  par  M.  de  Semallé  fut  remise  le 
6  décembre  au  Yamen.  Les  ministres  déclarèrent  que  Ts'èng 
n'avait  pu  faire  une  semblable  affirmation  ;  que  s'il  avait  tenu 
le  langage  qu'on  lui  prêtait,  il  avait  eu  tort,  qu'il  n'en  a  pas 
prévenu  son  gouvernement  et  qu'il  y  avait  depuis  plus  de 
dix  ans  des  troupes  chinoises  dans  les  trois  villes. 

D^ailleurs  le  prince  Koung  adressait  à  M.  le  vicomte  de  Se- 
mallé la  communication  officielle  suivante  trois  jours  plus  tard  : 


IV-kiii, 
Le  I"' jour  lie  la  lo'"  Incic  tic  I; 
iG  Noïombiv  i8K:f).  nolcp  V.nmc 
udrrsscr,  Moiisieui'  Ip  (ilifir^'i-  tl'WXi 
iiii  siijrl  «If  I.-I  «nssnlifr  do  l'\i 


"'.)<■' 


I.-S   tr. 

•|V.-.,.f,'  c-,.*o>. 
IV-pVlio  (If   11 


(L-s  I.K-iiHl.-s  itiL  Toi 


Il   h   \()li'<.'  M)n 


l)< 


•[..LJS. 


Il  lii  .lut.'  <l.i   - 
iiiln  \nn 


:.  i< 

•  ,j  ilcVra.br 

r  i883. 

9' 

À'.ji  r„  n,,' 

,nf,.-Si„(=l<. 

[li.li 

-•-s.  une  l)<- 
^à-.iiilrln 

piVlH-  olIU-ioUp 
i:i.liir  ol  nussi 

l'R' 

r>Li  s<-   (ioiiv 

i-nl  canloniKV^ 

iips.    S.  Kxc.  (M.  Ir-  M'') 
s  AITairt^  Élrtinfrôrcs  iiric 

loi) 

1  ,0  lr,»,vo 

ransip.,.--  dons 

iM 

„n.(ln«,l. 
Il  ï.ll.™  M 

iWtiibrp  i«8.t) 
lions  rcniPllrc 

;rui 

.<...P  (lo  Vol 

rr  Minislr<MliM 

'lo 

\V  T,-,'„i 

iivajl  dit  (lu'il 

•■  rhiiinii.'s  <lai 

.s  b  >o-,sii.«,o 

Il  cons[<(iiioi 

lice,  la  Frann: 

/l>i. 

pcrsoiincllojuriit  le  lc\lc  (l'un  li''li''{,'i 

AfFiiir.'s  Ktriinfri'Tcs,  |Kirliiiil  i[ii('  « 

h')  avnil  |ias  dp  ti'oiipcs  hii|H'rinl 

des  villes  du   Toiig-king'.  d  (ju( 

r(>poussaît    loiilc    rrspniisabililô  d'un   cnnllit.   s'il    s'élevait  jtar 

siiile  de  In  ron(^ntrc  des  deux  nnnires  dans  le:*  dilps  localité  n. 

Nous  vous  nvnns  d^jà  d^clnn;  verbalement  que  noire  Consi-i) 

n'avnil  jamais  ajtpris  du  M'*  Ts'ôiig  ([ii'il  eût  tenu  ce  langage. 

L'Aiinnin,  d'ailleurs,  est  vassal  de  la  Cliiiic  depuis  plus  de 
dei>\  (vnis  ans;  la  Chine  peut  donc  ronsiiI.5rcr  tout.  le  lerrîtoire 
de  r.Vnnain  (»innie  nnt^  des  (ii'pendanr(>s  (\e.  Son  Empire.  Des 
liri^nds  avant,  aulrernis.  et  à  plitsieui's  reprises,  ravag.''  (l(-s 
parties  dit  Toiig-Riii^  (ijui  appartient  à  l'Aniiaiu),  la  Chine  n 
cnvové  dos  troupes  au  delà  (les  di'fili's  de  ses  frontière.-;  jMiir 
détruire  les  rebelle*  et  [irotégcr  le  pays.  C'est  ainsi  que,  dt^pnis 
plus  de  (Vix  atmées.  la  Chine  a  dit  envoyer  des  expédition.s  niili-^ 
laires  dans  \rs  provinces  suivantes,  |Niur  leur  défense  :  Lan;;- 
Snn.  Can-ban^.  <Jiiaiif;-ven.  IlaT-du'o'ni>,  llong-yen.  Ninh-hinh, 
Nfrh(,i-an.  Ha-linh.  Tlianh-hoa.  Tu\en-<iiianfï,  Tliai-nguyen. 
lloun<,'-lioa.  Soii-tav.  Ilii.'-iiinh,  lla-noi.  Vani-diiih.  elc.  -•-  Si 
les  Iroupes  impériales  se  Iroiivenl  niijounriiui  cantonnées  diiiia 
les  Ifx-nliti's  du  'rt>ii^'-Kin<.'  qu'elles  ont  choisies  comme  les  plus 
importantes,  elles  n'y  onl  pas  été  envoyées  dons  lo  but  de  créer 
des  difticult^'-s  avec  la  l-'ranrr. 


I.  Lacune  :  te  tciic  dili 
H  qui  «ont  notre  objectif  ». 


I.   M  I   VIHi;     VN/I  II  ^1  I  - 

Puis<^|n(»  votre»  pavs  n'a  pas  rrlirr  ses  trou j)os  tic  lla-nol,  Nain- 
(linh  ol  autres  lieux,  et  ((uil  veiil,  en  outre,  aller  atlacpier  les 
places  où  sont  cant  or  niées  des  troupes  chinoises,  c'est  à  Ini  qu'in- 
combera la  responsabilité  d'un  conflit,  si  uos  aruiées  se  rencon- 
trent, dans  quehjue  endroit  que  ce  soit  du  Tonfç-King. 

C^c  jx)int  est  de  la  plus  haute  importance.  Nous  vous  en  avons 
déjà  entretenu,  l'autre  jour,  M.  le  Chargé  d'Affaires,  mais  il 
convient  que  nous  vous  adressions,  eu  outre  luie  Dépêche,  jx>ur 
vous  en  informer  ofîiciellemcnt.  Tel  est  le  but  de  la  présente 
communication,  dont  uous  vous  prions  de  télégraphier  prompte- 
menl  le  contenu  à  S.  Exe.  M.  le  Ministre  des  Affaires  Etran- 
gères de  France  ' . 

Au  commencement  de  décembre  i883,  Ts'éng  télégra- 
phiait au  \amen  :  «  L'Angleterre,  TAllemagne,  la  Kussic  et 
les  Etals-Unis  se  sont  entendus  secrètement  pour  empêcher 
la  France  de  bloquer  et  d'attaquer  les  ports  chinois.  »  La 
situation  était  d'ailleurs  aussi  diiïicile  pour  Ts'éng  que  |)our 
Li.  Si,  à  Pé-King,  celui-ci  était  traité  de  lùche,  de  traître,  de 
français,  Ts'éng  disait  à  Paris  à  Tun  de  ses  amis  ('iS  dé- 
cembre) :  «  Que  les  Français  fassent  ce  qu'ils  voudront.  Je 
ne  puis  rien  à  Pé-King.  Je  n'y  suis  plus  écouté  et  je  ne  puis 
rien  conseiller.  » 


lVffaire  anzer 

Le  .3  décembre  i883,  un  décret  nouimait  membre  du 
Tsoung-ii  Yamen,  Tchang  Pei-loun,  connu  comme  hostile 
aux  étrangers  et  ennemi  de  Li  Houng-tchang.  Tchang  était 
un  jeune  censeur,  né  vers  i85o  dans  le  Tché-li,  district  de 
Fong-joun.  Il  faisait  partie  de  TAcadémiedes  ILm-lin  depuis 
187 1  ;  il  s'était  montré  un  des  plus  ardents  accusateurs  de 
Tch'oung-Heou  et  l'année  précédente,  par  ses  rapports,  il  avait 
fait  exclure  Wang  Wen-chao  du  Tsoung-li  Yamen.  Sir  Harry 

I.  Pour  traduction  conforme:  A.  Vissikre. 

GoRDiER.  IL  —  27 


/|t8  i/AFFvmr:  du  tong-king 

Parkos  et  M.  de  Sonnallé  no  lardorcnl  pas  a  souffrir  dos  incar- 
tades du  nouveau  venu. 

Le  7  janvier  1 88/| ,  maigre  la  nouvelle  de  la  prise  de  So'n-tay  ? 
le  prince  Koung  et  les  membres  du  ïsoung  H  Yamon  firent 
leur  visite  du  nouvel  an  à  M.  de  Somalie  comme  aux  autres 
représentants  étrangers. 

Le  5  février  iSS/J,  il  y  avait  eu  réception  au  Yamon  pour 
le  nouvel  an  chinois.  Le  corps  diplomatique,  à  une  heure  ; 
Sir  Robert  Hart,  les  fonctionnaires  dos  douanes,  h  deux 
heures  ;  M^*"  Delaplaco,  i\  trois  heures,  furent  reçus  successi- 
vement ;  le  prince  Koung  se  montra  fort  aimable  et  présenta 
aux  niinistros  étrangers,  le  vieux Ts'éng  Kouo-ts'iuan,  \icc-roi 
dos  deux  Kouang,  oncle  du  marquis  Ts'éng,  qui  arrivait  de 
Canton.  Avant  de  sortir,  M.  de  Somalie  recommanda  aux 
membres  du  Yamon  l'affaire  du  P.  Anzer,  missionnaire  alle- 
mand, attaqué  au  Chan-Toung.  D'ailleurs  la  lettre  suivante 
adressée  doux  jours  plus  lard  par  M.  do  Somalie  aux  membres 
du  Tsoung  li  Yamon,  exposait  l'agression  dont  avait  été  vic- 
time Tabbé  Anzer  pondant  un  court  séjour  à  Ts'ao-tchéou. 

Pé-king,  7  Février  i884. 

EXCELLENCF.S. 

Je  crois  devoir  porter  à  Votre  Connaissance  certains  faits 
regrettables  dont  s'est  trou\é  victime  un  des  missionnaires  catholi- 
ques du  Clian-Touiig,  Monsieur  J.  B.  Auzer,  lors  d'un  court 
séjour  qu'il  fil  h  Ts'ao-tchéou  fou,  au  mois  de  mai  de  Tannée 
dernière. 

D'après  des  lettres  qui  viennent  de  me  parvenir  du  supérieur 
de  cette  mission  et  de  M.  l'abbé  Anzer  lui-méine.  ce  dernier  se 
serait  rendu,  a  l'époque  précitée,  dans  la  ville  de  Ts'ao-tchéou, 
appelé  par  des  Chrétiens  du  lieu,  et  il  y  am*ait  été  publiquement 
en  butte  aux  insultes  d'une  bande  de  gens  mal  intentionnés,  qui 
auraient  même  poussé  l'audace  juscpi'à  le  poursuivre  à  coups  de 
pierres,  sans  que  les  autorités  lissent  rien  jx)ur  sa  protection. 
Voyant  cette  indifférence  de  la  part  des  fonctionnaires,  les  émeu- 
tiers  ne  craignirent  pas   de   traîner  M.   Anzer  et  trois  personnes 


■**  ^  •■  1"  '•■';* 


Tciiwr.   prr-i.or.\  f\}C) 

(le  sa  snilo  hors  do  la  ville,  ol  là  de  los  doponillor  cl  do  les 
IVappor,  si  bion  qno  lo  Vlissionnairo,  laisso  j)our  inori,  dut  (^Irc 
porto  par  dos  Chrotioiis  à  un  villafifo  voisin,  nomnio  Tclianjj^- 
kia-lso. 

Ce  n'ost  cpio  lorscpi'il  apprit  cette  agression,  qno  lo  sons-préfet 
se  décida  à  faire  venir  M.  Anzer  et  à  le  faire  soigner  dans  son 
tribunal. 

Le  Gouverneur  de  CIian-Toung  a  depuis  longtemps  donné 
Tordre  de  faire  une  enquête  sur  les  faits  qui  précèdent,  et  de 
poursuivre  les  coupables.  Malbeureuseinent.  fort  peu  de  chose  a 
été  fait  jusqu'il  ce  jour;  je  viens,  en  conséquence  prier  VV.  EE. 
de  vouloir  bien  écrire  au  Gouverneur  |K)ur  qu'il  fasse  donner  à 
cette  affaire  une  solution  prompte  et  équil^ible,  et  cpi'il  assure 
par  là  la  tranquillité  entre  l(»s  habitants  païens  et  chrétiens,  et 
la   protection  dos   missioiuiairos  contre  le   retour  de  sondjlables 


agressions. 


J'apprends  également  que  des  placards  contre  lo  Christianisme 
ont  été  alFichés  dans  les  départements  do  Ts'ao-tchéou  et  do  Yen- 
tchéou.  Je  sfM'ais  reconnaissant  à  VV.  EE.  si  dos  ordres  étaient 
dormes  pour  que  ces  excitations  à  la  haine  contre  los  (chrétiens 
fussent  rigoureus<*ment  prohibées  et  si  une  énergi((uo  proclama- 
tion dos  autorités,  rappelant  les  Edits  Impériaux  rendus  en  faveur 
des  Chrétiens  et  les  dispositions  similaires  du  traité,  venait 
garantir  aux  Chinois  catholiques  le  paisible  accomplissement  de 
leurs  devoirs. 

TCHANG    PEI-LOUTS* 

Le  8  février  188/4,  M.  de  Seniallé,  accompagné  de  M.  Vis- 
sièrc,  eut  une  nouvelle  entrevue  avec  les  membres  du  Yamcn 
au  sujet  du  V.  Anzcr  et  pour  leur  remettre  une  note  relative 
à  la  protection  des  cables  sous-marins.  Le  P.  Anzer  était 
])orteur  d'un  passeport  français  et  M.  de  Somalie  était  d'au 
tant  mieux  fondra  croire  qu'il  serait  bien  re(;u,  que  M.  llol- 
conibe,  secrétaire  de  la  légation  des  Etats-l  nis,  revenait  du 
Clian-Toung,  où  il  avait  reçu  dans  la  capitale,  Tsi-nan, 
satisfaction  de  réclamations  de  missionnaires  protestants. 
Notre  chargé  d'affaires  fut  invectivé  de  la  façon  la  plus  gros- 
sière par  Tcliang  Peï-loun,  qui,  joignant  le  geste  à  la  parole, 


frapi»!  In  lalifo  à  coups  do  poing-  M-  tic  Soniallt'  .ipprit  que 
Tcbang  étail  i-otiluniit'r  du  fait  ;  M.  Voiing,  le  ministre 
améncain,  avait  eu  également  à  se  jilaiiidre  de  la  façon  dont 
M.  Ilnlconibc  avait  ('ti-  reçu,  alors  qu'il  luisait  au  Yamen  une 
visite  de  courtoisie  on  romprcicment  de  l'accueil  qui  lui  avail 
ctt-  fail  dans  !c  Clian-Toung,  mais,  chose  extraordinaire, 
Parkcs,  lui  luénie,  avail  clé  reçu  d'une  façon  exlrémement 
iin)K>Iîe  i»or  les  minisircs.  dont  deu\  larlares,  Pao  \un  et 
King-lieii,  qui.  seuls,  a\aicnl  clé  bien.  Il  est  à  remarquer 
que  M.  de  Seniallc  îivail  été  rei.-u  par  TcliVn  I^n^jiiu,  \Vuu 
T'ing-feii  et  Tchang  Pei  louii,  ({ui  n'avaient  aucun,  le  rang 
vi>ulu  par  l'arlicle  5  du  Traité  anglais.  (Je  fureul  les  tn>is 
mêmes  minisires,  avec  Li  Houng-lsau  en  jilus,  qui  firent 
mauvais  accueil  i\  Sir  Ilarry  Parkes  ;  celui-ci  cacha  avec  soin 
sa  mésaventure  à  ses  collègues,  qui  ne  la  connurent  que  plus 
lard.  Le  prince  Koung  réconcilia  Parkes  avec  litiis  des  mi- 
nistres, mais  Tchang  Peidoun  s'était  n^liré  à  Tien-Tsin  sous 
uu  prélcxle  fnlile.  Le  m  février,  M.  de  Semallé  reçut  du 
Dé|iarteincnt,  un  lélégrauune  lui  défendanlde  se  rendre  nu|)rès 
des  ministres  jusqu'il  nouvel  av  is,  et  l'aulortsant  à  corresiKindre 
avec  euv  par  lellie  dans  les  cas  urgenis. 

I^  millilitre  des  Klals-L'nis,  conuuc  do^cn,  demanda  une 
audience  au  prince  Koung  jwur  obtenir  l'assurance  que  les 
rc|)iésenlauls  élrangers  ne  seraient  plus  e!i|K>sés  aux  mdmes 
avanies  ;  raudicuce  lui  fut  refusée.  SirHarry  Pnrkcs  lit  alors 
rédiger  une  noie  oolleclive  au  nom  du  corps  diplomatique 
IK'ur  demander  le  relour  à  la  l'égle  formulée  dans  l'article  5 
du  Traité  anglais,  qui  veut  que  les  i-epréscntants  étrangers 
soient  rcç'us  par  les  fonctionnaires  a)anl  rang  de  ijraml- 
secrélaire  d'Htal  ou  tout  au  moins  t\e pr^sîdfnt  d'un  ministère. 
Une  première  réunion,  sans  résultat,  eut  lieu  le  20  février  ù 
la  légation  d'Angleterre  ;  une  seconde  réunion  se  tint  le  ati  à 
la  légation  de  Itussie  ;  après  une  discussion  à  laquelle  prirent 
pari  Sir  llarry   Parkes,    MM.  Popov,  de  Talteubach  et  de 


rr.iu\(;    pki-i.oi  n  'l2ï 

Semalir»,  il  fiil  décidé  que,  pour  le  niomrnl  du  moins,  il  n'y 
avait  pas  lieu  à  une  action  couuiuine,  mais  que  séparément 
chaque  légation  devait  chercher  à  établir  de  la  manière  la 
plus  convenable  ses  rapports  avec  le  Tsoung-li  Yamen. 

Quelques  jours  plus  t4ird,  le  comte  de  Tattenbach,  chargé 
d'affaires  d'Allemagne,  qui  avait  été  le  plus  opposé  h  la  note 
collective,  —  à  sa  grande  surprise,  —  car  il  se  croyait  cer- 
tain d'être  reçu  toutes  les  fois  qu'il  en  ferait  la  demande  au 
prince  Koung,  se  vit,  le  5  mars  188/4,  refusé  d'être  reçu  par 
un  grand  secrétaire,  comme  il  le  demandait.  Il  fut  très  heu- 
reux que  Tchang  P'ei-loun  frtt  nommé  au  mois  de  mai  sui- 
vant commissaire  du  Fou  Kien,  car  il  fut  ainsi  obligé  de 
quitter  le  Tsoung-li  Yamen. 

Le  i4  février,  le  Yamen  faisait  à  M.  de  Semallé  la  réponse 
suivante  à  sa  lettre  du  7  : 

18'  jour  de  la  i"^*"  lune 
(le  r/i  Février  i884) 

Nous  avons  reçu  le  1 1*  jour  de  la  i*"®  lune  (le  7  février  1884). 
la  lettre  dans  laquelle  vous  nous  dites,  M.  le  Chargé  d'Affaires, 
que  M.  Anzer,  Missionnaire  de  la  Pro\inee  du  (^lian-Toung, 
s'étant  rendu  à  Ts'ao-tchéou,  |)endant  le  mois  de  Mai  de  l'année 
dernière,  y  a  été  insulté  et  battu;  que»  plus  tard,  le  Gouverneur 
du  Clian-Toung  a  désigné  des  fonctionnaires  pour  faire  une 
enquête  sur  cette  affaire  et  [K)ursuivre  les  coupables;  que  vous 
nous  priez  d'écrire  au  Gouverneur  de  ladite  province,  pour  qu'il 
fasse  donner  proniplement  h  cette  affaire,  une  solution  équitîi- 
ble;  que  vous  avez  appris,  en  outre,  que  des  placards  contre  les 
Chrétiens  avaient  été  aflichés  dans  les  deux  départements  de 
Ts'ao-lcliéou  et  de  Yen-tcliéou  et  (|ue  vous  nous  priez  de  faire 
donner  des  ordres  pour  que  ceux-ci  soient  rigoureusement  j)ro- 
hibés  et  pour  qu'une  proclamation  des  autorités,  rappelant  les 
Kdits  Impériaux  rendus  en  faveur  des  (chrétiens  et  les  dis|>osi- 
tions  similaires  des  traités,  soit  lancée  pour  l'information  de 
tous. 

Or,  notre  Yamen  n'a  encore  reçu  des  liantes  autorités  de  la 
province,  aucun  rapport  sur  cette  affaire  et  sur  les  circonstances 
qui  ont  donné  lieu  à  la  rixe.  Cependant,   nous  lisons  dans  votre 


•=r^*?*«"- 


4aJ  LAFFAlUt:    DL     TO.MJ-KLNG 

lettre  que  le  Sous-Préfet  a  fait  transporter  le  blesse  dans  son  tri- 
bunal pour  Iy  soigner  et  que  le  Gomerneur  du  Clian-Toun<j;  a 
designé  des  délégués  pour  punir  les  coupables,  c'est  donc  que  les 
autorités  locales  ont  déjà  donné  (au  missionnaire)  une  protec- 
tion elTeclivc. 

Notre  Yanien  fera  coiuiaître  au  Gouverneur  de  Chan-Tonng 
le  contenu  de  votre  lettre,  |)our  qu'il  donne  ordre  aux  fonction- 
naires du  lieu  de  faire  luie  en(piéte  scrupuleuse  sur  celte  airairo 
et  de  la  terminer  pronq)lç»ment  et  suivant  ré([uité,  et  pour  qu'il 
nous  répontl'^,  alin  que  nous  puissions  examiner.  En  ce  qui  con- 
cerne les  placards  anon\mes,  nous  lui  disons  en  n  ^me  tciips, 
de  faire  une  enquête,  et,  si  ces  faits  sont  exacts,  de  les  interdire 
aussitôt  rigoureusement,  en  lanvant  des  proclamations. 

Telle  est  notre  réponse  à  Votre  Lettre,  Monsieur  le  Chargé 
dVVITaires.  Nous  vous  prions  d'en  preiulre  connaissance. 

(iarles  de  Pao,  Li,  king.  Lin,  Tclièn,  Tcbeou,  Wou  et 
Tcbang*. 

Enfin,  le  i*^'  avril  i88/»,  le  Yamen  écrivait  à  M.  de  Seniallé 
que  le  gouverneur  du  Chan-Toung  s'était  entendu  avec  le 
supérieur  de  la  mission  pour  le  règlenïcnt  de  ralTaire  Anzer. 

Le  i()  mars,  le  Chargé  craiTaircs  d'Allemagne  se  rendit  au 
Yamen,  où  il  trouva  les  ministres  fort  aflectés  par  la  nouvelle 
de  la  prise  (le  Bac  Ninh  :  ils  dirent  que  leurs  troupes  a> aient 
du  combattre,  puisqu'elles  en  avaient  Tordre,  mais  qu'ils 
n'avaient  encore  rc(;u  aucun  détail  sur  cet  écbec  qui  ne  clian 
gérait  pas  leur  ligne  de  conduite. 

Au  mois  d'avril  188^1,  le  corps  diplomatique  étranger  à 
Pé-King  se  trouvait  en  c()mplet  désarroi  ;  le  5,  Sir  Harry 
Parkes,  ministre  d'Angleterre,  et  M.  ^oung,  ministre  des 
Elats-Lnis,  cpiitlaient  Pé-King  j>our  le  Sud;  le  comte  de 
Noidans,  ministre  de  Belgicpie,  nommé  au  Maroc,  partait 
pour  l'Europe  quelques  jours  plus  tard  ;  il  devait  être  rem- 
placé par  M.  de  G  root,  alors  au  Japon  ;  le  comte  de  Tattcn- 


I.  Pour  traduction  conforme,  le  i^*"  interprète,  /'.  /.,  signe  :  A.  Vi: 

SIÈRE. 


I)1Sc.i;a(:k   du    puinci:   koi  n«;  4^3 

hacli,  Chaifré  d'alliiires  (rAlleinap:no,  allait  être  remplaré 
par  M.  Zcuibsch,  ancien  capitaine  de  vaisseau  et  consul  géné- 
ral à  Apia  (îles  Samoa),  qui  arriva  à  Pé-King  vers  le  20  avril, 
quinze  jours  avant  l'arrivée  de  M.  von  Brandi \  ce  qui  étonna 
tout  le  monde;  le  ministre  d'Italie,  M.  de  Luca,  était  arrivé 
à  Chang-Haï  peu  de  jours  auparavant  avec  Tordre  de  son 
gouvernement  d'établir  définilivement  la  légation  d'Italie  à 
Pé-King;  le  ministre  de  Russie,  âgé,  se  tenait  sur  une  grande 
réserve. 

DISGRACE    DU    PRIÎHCE    KOU!SG 

Le  8  avril  i88'»,  un  décret  de  l'impératrice  douairière  pa- 
raissait dans  la  Gazette  de  Pé-King,  annonçant  la  disgrâce  du 
prince  Koung  et  de  plusieurs  de  ses  collègues  : 

«  Le  l^rince  Koung  Yi  Sin  et  Pao-Yim,  qui  ont  été  depuis 
le  plus  loiiglenips  ■  à  notre  s<»rvice,  de\ raient  être  sévèrement 
punis.  Cep<."ndant,  on  réHéchissant  au\  infirmités  de  l'un  et 
au  grand  Age  de  l'autre,  nous  ne  voudrons  rappeler  ici  que 
leurs  mérites  passés,  aiin  de  pou\oir  préserver  la  fm  de  leur 
carrière.  Nous  ordonnons,  en  conséquence,  par  faveur  que  17  Sin 
conserve  son  titre  de  Prince  du  sang  héréditaire  du  premier 
rang,  dont  nous  lui  donnons  la  solde  complète.  Qu'il  quitte  tou- 
tes ses  fonctions  et  soit  privé  du  redoublement  de  solde  qui  lui 
avait  été  accordé.  Qu'il  reste  chez  lui  pour  s'y  soigner.  —  Que 
Pao-Yun  se  démette  en  conservant  le  rang  qu'il  possède. 

«  Oue  Li  Ilnunn-lsao,  Grand  Secrétaire  d'Etat  auxiliaire  et 
Président  au  Ministère  tie  l'Intérieur,  qui  a  occupé  pendant  des 
années  des  fonctions  dans  l'intérieur  du  Palais,  mais  dont  les 
talents  comme  h»  jugement  sont  é'^alemenl  l>ornés,  ce  qui  l'a 
rendu  inférieur  à  sa  tache,  et  ([ue  hing-lièn.  Président  au  Minis- 
tère de  la  Ciuerre.  qui  n'a  su  que  remplir  strictement  les 
devoirs  de  sa  charge,  sans  se  distinguer  par  aucun  autre  service, 

I.  M.  do  Brandi  arriva  d'Europe  k  Ctiang-Haï.  le  37  avril  i88'i.  — 
Le  premier  interprète  de  la  légation  de  France.  M.  Vissière,  quitta  Pé- 
King  pour  Saigon,  le  27  avril. 


/j'^'l  l/AFF\inK     1)1      TONG-KINr, 

quittent  toutes  leurs  fonctions  et  soient  déf^radés  de  deux  degrés» 
pour  être  employés  ailleurs. 

«  Que  Weng  Tonng-ho,  Président  au  Ministère  des  Travaux 
publics,  entré  tout  dernièrement  dans  le  Conseil,  au  moment 
où  les  affaires  y  étaient  fort  compliquées,  mais  qui  a  mérité  des 
reproches  pour  n'avoir  pas  porté  remède  aux  maux  qu'il  a  trou- 
vés, soit,  par  bienveillance,  destitué  tout  en  gardant  son  poste; 
qu'il  sorte  du  Grand  Conseil,  mais  continue  à  avoir  accès  dans 
le  Palais  Yu  K'ing-kong  (salle  d'études  de  l'Empereur  régnant). 
Ainsi,  marquerons-nous  des  distinctions  entre  les  châtiments 
encourus  ». 

Le  même  jour,  un  autre  décret  nommait  quatre  autres 
membres  du  Grand  Conseil,  choisis  parmi  des  fonctionnaires 
peu  connus  et  qui  ne  s'étaient  jamais  occupés  d'une  façon 
spéciale  des  questions  extérieures  : 

«  Que  Che-io,  Prince  du  premier  rang  Li,  fasse  partie  ^qi?, 
Ministres  du  Grand  Conseil  de  l'Empire,  sans  y  faire  de  stage 
d'études  et  sans  continuer  ses  fonctions  de  Ministre  de  la  Pré- 
sence et  de  a  Porteur  de  la  lance  à  queue  de  panthère  »  (Offi- 
cier des  Gardes  du  corps  Che-wei). 

«  Que  les  Présidentes  au  Ministère  des  Finances  Ngo-lo-ho-pou 
et  Yen  Kincj-minrj  iA  le  Président  au  Ministère  de  la  justice  Tchamj 
Tche-wan  deviennent  Ministres  du  Grand  Conseil  de  l'Empire  ». 

«  Que  le  Vice -Président  de  gauche  au  Ministère  des  Travaux 
publics  Souen  Yn-iven  entre  au  Grand  Conseil  en  stage  d'études 
(coimne  Auditeur). 

«  I\espect  il  ceci  *  »  î 

Mais  ce  qui  fut  caractéristique  fut  le  décret  paru  le  lende- 
main, 9  avril,  dans  la  Gazette,  appelant  le  père  de  Tempereur, 
le  septième  prince,  notoirement  hostile  aux  étrangers  et  prin- 
cipal appui  du  parti  militaire,  à  prendre  part,  pour  les  ques- 
tions importantes,  aux  délibérations  du  Grand  Conseil  : 

«  S'il  arrive  qu'il  y  ait  des  affaires  importantes  à  traiter  au 
Grand  Conseil  de  l'Empire,  nous  ordonnons  au  dit  Conseil  de 

I.  Trad.  de  A.  Vissicre. 


hisc.nvci:   1)1    piuNci:   koing  'i^îf) 

les  (liscufcr  et  do  les  régler  de  concert  a\ec  le  Prince  TcJiouen, 
>7-/ioaa/i.  Qnand  l'Empereur  prendra  la  direction  personnelle  du 
gouvernenient,    nous   publierons    de    nouveaux    «    Coin  mande- 
ments »,  à  ce  sujet. 
«  Respect  à  ceci  *  »  I 

Ce  décret  souleva  les  réclamations  des  censeurs,  mais  Tim- 
péralricc  passa  outre  (voir  plus  loin). 

Le  lo  avril,  un  décret  ordonne  que  Lin-Chou  porte  sur  lui 
provisoirement  la  clef  du  sceau  du  Conseil  des  affaires  étran- 
gères, comme  président  en  remplacement  du  prince  Koung. 

Le  12,  un  décret  appelle  Tcliang  Tclu  toung  à  Pé  King 
et  ordonne  que  K  oui-Pin  prenne  charge  (à  sa  place)  du  gou- 
vernement du  Clian  Si^.  Le  même  jour,  la  Gazelle  cinnoncQ 
que  le  j)rince  ^  i  est  placé  à  la  tête  du  Tsoung-li  Vamen  et  que 
Tclieou  To-joun  est  désigné  pour  faire  partie  de  ce  Conseil  : 

«  Que  le  Beilé  17  ICouang,  Prince  du  second  rang  honoraire 
prenne  la  direction  du  Conseil  des  Affaires  Étrangères.  » 

«  Que  Tcheou  To-joun,  Docteur  au  Grand  Secrétariat,  et  Vice- 
Président  au  Ministère  des  Rites,  fasse  désormais  partie  du  Con- 
seil des  Affaires  Étrangères.  » 

«   Respect  à  ceci.  » 

Ce  décret,  conuuuniqué  aux  légations  étrangères  le  i5  avril 
188/4  (20"  jour  de  la  'i"  lune  de  la  10*  année  Kouang-Siu), 
sans  qu'on  leur  ei'it  fait  part  de  la  disgrâce  du  prince  Koung 
et  de  ses  collègues,  complétait  le  Tsoung-li  Vamen,  qui  se 
trouva  ainsi  composé  :  }V,  ministre  de  la  présence,  IJeilé  ou 
prince  du  3°  rang,  prince  honoraire  du  9."  rang.  Premier 
Président  du  Tsoung  Jen  fou  (Cour  du  Clan)  ;  Lin  (]hou, 
président  au  ministère  des  travaux  publics  ;  Tcheou  To-joun, 

I.  Trad.  de  V.  Vissicrc. 

3.  Tcliang  avait  été  nommé,  le  3  janvier  1883.  gouverneur  du  (^'han- 
Si.  à  la  place  de  Wei  Young-kouang.  nommé  au  Kiang-Sou.  Celui-ci 
avait  été  précédé  au  (^han-Si,  par  Pao-Héng,  pendant  peu  de  temps,  et 
par  Ts'èng  Rouo-ts'iuan. 


iaG  l'afphhk  nr  to\c-ki.\g 

docteur  au  grand  sccrt-larint  d'Élal  et  \ioc -président  hono- 
raire au  miiiislt'rc  dos  rites  ;  Tcli'én  iM/i-pin,  fond  ion  na  ire 
du  -i'  rang,  vice- prés! dent  de  gaurlie  pai'  intérim  an  [ninistôre 
des  rilcs,  vice-président  de  gauche  au  censoral  ;  Tcheoii  Kia- 
mei,  fonclionniiiredu  a*  rang,  vicc-pr/;sidenl  de  gauche  par 
inlériin  au  ininisière  des  finances,  préfet  de  Pé-Kin^'  ;  Woa 
Tinij-fi'n,  du  2'  rang  honoraire,  \ice-président  de  gauche 
par  intérim  an  minisicre  des  lravaii\  puhhcs,  vice-président 
du  déparlement  de  la  fnniille  impériale;  Tckang  Pci-hun. 
vice-président  de  gauche  par  inférim  du  censoral,  académi- 
cien explicalcur. 

On  pi^>tendail  <pie  la  <hsgrA<!e  de  Konng  était  duc  à  la 
faiblesse  de  ce  prince  el  à  ses  lendances  p.icific|ues,  con- 
traires aux  idées  de  l'impératrice. 

\olre  chargé  d'affaires  remarque  que  dans  le  Yamen  »  il 
n'existe  pins,  à  l'heure  présente,  aucun  grand  secn'-lairo  d'Etat 
et  où  ne  se  truu\c  phis  qu'une  seule  personne,  Lin-Chou. 
avant,  coiniiie  pivsideiil  du  niinislére  des  travaux  publics,  le 
rang  voulu  par  l'arlicln  V  du  traité  anglais,  pinir  entretenir 
des  relations  oilicielles  avec  les  représentants  étrangers.  La 
charge  de  lï/  Ts'wn  Tn-Tcli'en  (ministre  de  la  présence  impé- 
riale), donné  au  lleilé  Kouang,  prince  hiinuriiiin  (le  2"  rang, 
ne  reproduit  qu'une  charge  de  cour  et  ne  peut  être  comparée 
dans  les  roui-s  eumjiéennes  qu'à  celle  de  cliamhcllan.  » 

C(^lail  un  nouveau  déii  lanaî  aux  puissances  élrangères, 
Kii  avril,  les  ministres  déclaraient  à  M.  liverard',  interprèle 
de  la    légation  d'Angleterre,  que    les  circonsliuices  étaient  ' 
changées  de  c^e  qu'elles  étaient  lors  de  l'inauguration  du 
Tsoung-li  Yamen. 

l'n  dwrct  du  19  avril  augmenta  le  ^amen  de  deux  mem- 

I.  Evcmnl,  Chiirles  M'aller,  •^Ipiu  intcrprùlc.  3  août  1867;  il  était 
ntor»  [ircmiiT  intorprMrc  p.  i.  (acLîiig  CbifiRSO  Secrctan)  k  l'6-King. 
iCnovcnibreiSS].—  1 '1  mars  igS6;  vice-consul  cl  coniujilans  dilTr'ivnls 
]iort».  cil  dernier  lieu  h  l-lcbaiig;  a  [iris  sa  rclraîlc  le  1"  o«li>brc  iS^i. 


DÉCHETS     HOSTILKS  4^7 

bres  :  Yen  K'irujnnnfj,  président  au  ininislère  dos  finances, 
et  Sià  Kenfj-chèn,  vice-président  de  droite  au  ministère  de 
la  justice  ;  le  i3  un  décrcl  avait  ordonné  à  ce  dernier  d'en- 
trer au  grand  Conseil  de  TEmpire,  en  stage  d'éludés.  Quoique 
ces  deux  fonctionnaires,  peu  connus  des  légations,  n'eussent 
encore  eu  avec  elles  aucun  rapport,  leur  nomination  fut  con- 
sidérée connue  une  concession  faileaux  représcntantsétrangers. 

DKCRETS    HOSTILES 

Deux  décrets,  Tun  relatif  à  la  prise  de  So'n-tay,  Tautre  à 
la  prise  de  Bac-ninli,  parus  dans  la  Gazette  du  12,  devaient 
ouvrir  les  veux  aux  moins  crédules.  «  La  mise  en  accusation 
du  gouverneur  du  \un-Nan,  pour  n'avoir  pas  pu  secourir 
So'n-tay,  du  gouverneur  et  du  général  du  Kouang-Si,  pour 
n'avoir  pas  osé  défendre  Bac-Ninh,  l'ordre  de  mettre  à  mort 
les  deux  infortunés  olïiciers  qui  ont  reculé  devant  notre 
attaque,  sont,  écrit  notre  chargé  d'affaires,  un  véritable  défi 
jeté  à  la  France.  Tout  le  monde  l'aflirme  etceu\-là  même  qui, 
la  veille  encore,  plaidaient  en  faveur  de  la  Chine,  des  cir- 
constances atténuantes,  qui  exprimaient  le  désir  de  nous  voir 
renoncer  à  la  totalité  ou  a  partie  de  Tindeumilé  que  nous 
passions  j)our  avoir  réclamée,  avouent  hautement  que,  désor- 
mais, ncKis  serions  fondés  à  réclamer  Irais  et  dépenses, 
dommages  et  intérêts  sans  merci.  «  C'est  la  déclaration 
ollicielle  que  la  guerre  existe  entre  la  France  et  la  Chine,  » 
a  télégraphié  le  ministre  de  Russie  à  son  gouvernement,  et 
«  elle  vaut  pour  vous  quatre  cent  millions  si  vous  \oide/les 
prendre,  »  a  t  il  ajouté  en  me  parlant. 

Dkcuet. 

La  guerre  entre  la  France  et  l'Aima  m  avant  donné  une 
grande  inq)ortance  à  la  défense  do  iïO:>  frontières  du  Yun-\an, 
nous  a\ons,  h  plusieurs  reprises,  ordonné  à  Taiifj  Ixioinj  de 
conduire    hors  des  défilés   Tarniée  destinée   à  la   protection  de 


•■  •'l 


'128  l/.VFrvlRK    m      TONG-RING 

la  province  cl  do  tenir  solitleniont  les  voies  conduisant  à  nos  con- 
tins. Opendanl,  ce  gon\erneur,  sans  avoir  reçu  aucun  ordre 
(le  iVous,  est  retourné  (ians  la  province,  sans  se  préoccuper  aucu- 
nement des  frontières,  et,  les  troupes  Impériales  s'élant  retirées, 
la  ville  de  So'ntav  a  été  pris(\ 

Une  telle  méconnaissance  des  nécessités  de  la  situation,  de  la 
part  de  T*ang  Kionij  et  sa  retraite  a  Tapproclie  du  danger,  sont 
dignes  de  toute  notre  indi«^nalion.  Nous  a>ons  déjà  ordonné 
secrètement  à  Tchang  fCal-song  *  de  se  rendre  sans  délai  dans  le 
Vun-Nan  pour  y  porter  nos  commandemenLs  destituant  Tang 
K'mng  et  ordonnant  cpi*ii  soit  arrêté  et  mis  en  jugement.  Tchang 
K'ai-Simg  doit  déjà  être  arrivé  dans  le  Yun-\an,  nous  lui  enjoi- 
gnons, en  conséquence,  de  désigner  des  fonctionnaires  pour  ame- 
ner à  Pé-King,  aussi  promptement  (pie  possible,  roiFicier  desti- 
tué, et  le  livrer  au  Ministère  de  la  Justice,  qui  statuera  sur  son 
châtiment. 

Les  fonctions  de  gouverneur  du  Yun-Nan  seront  remplies  par 
Tcfiang  Kai-song,  tandis  (pie  Li  Yong-lsing  prendra  la  gérance 
de  celles  de  gouverneur  du  Kouei-tchéou'-. 

Respect  à  ceci  î 

Dkcukt. 

La  guerre  entre  la  France  et  TAnnam  a>ant  donné  une  grande 
importance  à  la  défense  de  nos  frontières  du  Rouang-Si,  iSous 
avons  ordonné  à  Siu  Yèn-sin  de  conduire,  hors  des  déiili»s.  Tar- 
mée  deslini'e  à  la  prolection  de  la  pro>ince  (»t  de  s'y  maintenir 
solidement,  îilin  de  garantir  l(\s  voi(»s  conduisant  à  nos  confms. 
Néamnoins,  ce  <îou>erneur  a  sans  cesse  retardé  son  enlrcn?  en 
campagne,  et  s'est  retranché  dans  Lang-So'n,  se  bornant  à 
envoyer  le  (iénéral  llounng  Konî-lnn  et  le  Tao-laï  Tchao-Wo 
av(îc  des  troupes  |)our  cx^cuper  la  >illc  annamite  de  liac-ninh. 
Quand  l(\s  Fran(;ais  s(»  sont  lancés  contre  celte  place,  le  Général  et 
sou  coll(»gue  ne  l'ont  ])as  défendue  vigoureusement;  puis  ont 
baitu  eu  retraite;  si  bien  (pie  Bac-ninh  a  élé  pris.  Ces  faits  sont 
bien  dignes  de  notre  indignation.  Siu  Yèn-Sin  et  Tchang  Chou- 
c.hrng^  nous  ont,  l'un  apn'^s  l'autre  informé  par  des  Rapports  d(^ 
çirconslanccHî  dans  lesquelles  la  ville  avait  été  perdue,  le  premier 

r.  (ioiivcrncur  du  Koucï-lchéou. 

2.  Trésorier  du  koucï-lchéou. 

3.  Vicc-Uoi  des  deux  Rouang  ;  à  Canton,  26  octobre  i88/|. 


DKCHF.TS    IIOSTILKS  /JsiC) 

Nous  priant  de  lui  infliger  un  chàlinient  sévère,  et  Tcliang  (^/lou- 
chèntj  Nous  denianclant  d'user  de  rigueur  avee  lui.  Aussi  avons 
Nous  secrèlenicnl  enjoint  A  P^an  Tuuj-sin  do  se  rendre  sans  délai 
au-delà  de  la  passe  ïchên-nan  Rouan,  au  Kouang-Si,  pour  y 
porter  nos  ordres  destituant  Siu  Yèn-sin  et  le  faisant  arrêter  pour 
être  jugé,  et  à  Wang  To-pang  de  transmettre  Nos  Volontés  à 
Jlouang  Koui-lan  et  à  Tc/irto-H'^o  destitués  aussi,  et  mis  en  état 
d'arrestation  pour  être  jugés. 

Calculant  que  P*an  T'ingsin  doit  être  présentement  arrivé 
dans  le  Kouang-Si,  nous  commandons  à  ce  gouverneur  de  dési- 
gner des  délégués  pour  conduire  Sin  Yènsin  à  Pé-King.  et  le 
livrer  au  Ministère  de  la  Justice,  chargé  de  le  punir.  Nous 
ordonnons,  de  plus,  au  même  P'an  Tingsin  et  h  Wang  To-pang 
d'examiner  de  la  façon  la  plus  sérieuse  dans  quelles  conditions 
se  sont  elTectuées  la  retraite  et  la  défaite  de  Ilouang  Koui-lan  et 
de  TchaO'Wo  et,  s'il  s'agit  d'un  abandon  du  pays  et  d'une  fuite, 
de  Nous  le  rapporter  aussitôt,  nous  priant  de  rendre  un  Décret 
châtiant  les  coupables,  qu'il  est  inutile  d'envoyer  au  Ministère 
de  la  Justice. 

Le  Général  de  brigade  déjà  dégradé  Tchèn  To-Koui  qui  a>ait 
la  garde  du  fort  de  Fou-leang  pris  le  premier,  et  le  (jolonel  T*ang 
Min-hiaan,  qui,  après  s'être  retiré  avec  ses  hommes,  ne  s'est 
pas  reporte  en  avant,  doivent  être  aussitôt  décapités  devant  l'ar- 
mée. Que  l'on  recherche  aussi  tous  les  autres  officiers  qui  ont 
fui,  et  qu'ils  soient  l'objet  de  sentences  proportionnées  à  leurs 
fautes,  en  demandant  un  Décret  qui  les  rende  exécutoires.  Que 
rien  ne  Nous  soit  caché. 

Tchang  Cliou-chëng  ayant  autorité  sur  les  deux  provinces  a 
mérité  nos  reproches.  Il  ne  nous  semble  pas  capable  de  gouver- 
ner une  région  aussi  vaste.  Par  grâce,  cependant.  Nous  ordon- 
nons que  son  châtiment  soit  atténué  en  une  simple  décision  du 
Ministère  contre  lui. 

Que  les  fonctions  de  gouverneiu'  du  Kouang-Si  soient  rem- 
plies par  P'an  Ting-sin,  et  que  P'ang  Tsi-yun  prenne  la  gérance 
de  celle  du  Hou-Nan. 

Que  Wang  To-pang  devienne,  en  outre,  par  intérim.  Général 
du  Kouang-Si. 

«  Respect  à  ceci  *  »  I 

1.  Trad.  de  M,  A.  Vissière. 


/|3o  i/aFF\IRF-    du    TOXn-KTNO 

Un  (Iccrol  du  îî8  avril  iSS'i  (^  jour,  V  lune,  lo*"  année 
Kouang-Siu)  nommait  Siù  Kinfjr-lcirèng*  minisire  en  France, 
en  Allemagne,  en  Italie,  en  Hollande  el  en  Autriche.  Pen- 
dant son  voyage,  Li  Foung-pao  élait  chargé  provisoirement 
de  Tintérim  de  la  légation  de  Chine  en  France.  Siù,  qui  rem- 
plaçait le  marquis  Ts'éng,  quilla  Chang-IIaï  sur  le  pa- 
({uebot  du  7  septembre  1 88ii . 

Le  8  mai  i884  (l'i*  jour,  Vlune,  lo*  année  Kouang-Siu), 
un  décret  impérial  répartissait  Tadminist ration  des  cotes 
entre  les  trois  conmiissaires  suivants  : 

lie  (irand  Référendaire  près  la  Ooiir  de  Cassation  Ou  Ta-lc/i^en 
est  désigné  pour  collaborer  (a\ec  Li  Iloung-tchang)  à  Tadmi- 
nistralion  des  AiTaires  du  Conunissiiriat  Général  des  ports  du 
Nord  ; 

Le  docteur  au  Grand  Secrétariat  Tchen  Pao-clien  est  dt'sigiié 
pour  collaborer  (avec  Ts'èng  Kouo-ts'iuan)ii  Tadministralion  des 
AiTaires  du  (ùomniissariat  (iénéral  des  ports  du  Sud; 

Le  Docteur  expli(|uant  à  rAcadéniie  Impériale.  Tchang  Peï- 
lotin  est  désigné  pour  collaborer  (avec  les  hautes  autorités  de  la 
province)  à  l'adminislralion  des  AiTaires  relatives  au  littoral  du 
Fou-Kien. 

(ics  fonctionnaires  sont  autorisés  à  adresser  directement  des 
rapports  au  Trône. 

I^espectez  ceci  ! 

La  nomination  de  Tchang  Peï-loun  faisait  sortir  du 
Tsoung-li  Yamcn  ce  personnage  agité  dont  les  légations,  A 
leur  grande  joie,  se  trouvaient  débarrassées. 

I.  Ne  {MIS  le  confondre  avec  Siîi  Reng-cliôn.  membre  du  Tsoung>li 
Yamen  (supra),  qui  est  mort  en  janvier  189'!  ;  tous  les  deux  étaient  du 
Tche-Kiang. 

Siù  King-lcli*(^ng,  trois  ans  auparavant,  avait  été  nommé  ministre 
au  Japon,  mais  la  mort  de  sa  mère  survenue  inopinément  alors  qu*il 
attendait  à  Chang-IIaï  son  ordre  d'embarquement,  l'avait  obligé  de  rentrer 
dans  la  vie  privée  pour  passer  la  période  de  deuil  réglementaire  de  trois  ans. 


>!■   1»        ï  ■  -.'  'P- 


CHAPITRE  XXII 

L'AFFAIRE  DU  TONG-KING  (.S«//e).  -  CONVENTION  FOURNIER, 

il  mai  1884'. 

Le  26  mars  188/4,  M.  Foiirnicr",  cominaTidant  du  Volta, 
rencontrait  à  Hong-Kong,  M.  Detring^,  des  Douanes  chi- 
noises, grand  ami  de  Li,  qui  rentrait  d'Europe.  \I.  Detring 
reconnaissait  que  Ts'êng  était  poussé  par  son  conseiller 
anglais  qui  pîirlaitdes  grandes  forces  chinoises  et  d'une  coali- 
tion européenne  inspirée  par  TAllemagne  ;  nous  serions  aban- 
donnés par  TAngleterre  ;  dès  son  premier  entretien,  avec  le 
commandant  Fournier,  M.  Detring  aborda  la  question  d'un 
arrangement  possible  avec  Li. 

M.  Detring  remonta  vers  le  Nord,  tandis  que  le  comman- 
dant Fournier  visitait,  avec  le  Voila,  Swatow,  Amoy,  Ki-loung, 
et  arrivait  enfin  à  Chang-Haï;  là,  Ma  Kien-tchong  lui  remit 
une  dépêche  de  Li  le  priant  d'aller  à  Tien-Tsin  conférer  en 

1.  Ministère  des  Affaires  étrangères.  —  Documents  diploma- 
tiques. —  Affaires  du  Tonkin.  —  Convention  de  Tien-Tsin  du 
II  mai  i88/|.   Incident  de  Lang-Son.  Paris,  Imp.  Nat.,  i88'i,  in-fol. 

—  Diplomatie  chinoise.  LiUungChang  et  le  commandant  Four- 
nier. Par  A.  Gcrvais  (^lievue  pol.  et  litt.,  11  octobre  i88'i.  p.  4'i9-/|57). 

2.  Fournier,  François-Ernest,  né  le  33  mai  18;^^;  entré  au  service, 
iSSf)  ;  aspirant,  i*""  août  iS(ii  ;  enseigne  de  vaisseau,  i*""  septemJ)re  i805  ; 
lieutenant  de  vaisseau,  au  mai  1869;  capitaine  de  frégate,  i*^»"  octobre 
1879;  capitaine  de  vaisseau,  34  mai  i88'i  ;  contre-amiral.  37  mai  1891- 
33  juillet  1891  ;  vice-amiral,  lO  septembre  1897. 

3.  G.  Detring,  allemand,  entré  en  avril  i8()5  dans  les  Douanes;  com- 
missaire depuis  mars  1873. 


7t 


432  i/affairk  du  tonl;-king 

ami  avec  lui,  et  coinnie  ^^if<e  de  sa  sincérité,  il  lui  annonçait 
le  rappel  de  Ts'éng.  L'amiral  Lespès,  commandant  Tescadrc 
d'Extrême-Orient,  autorisa  le  commandant  Fournier  à  se 
rendre  à  Tien  Tsin,  en  informa  le  Gouverncmenl  (29  avril) 
qui  l'approuva  (3o  avril),  et  hii  donna  carte  blanche  }K)iir 
conduire  des  négociations  oilicieuses  sur  les  bases  suivantes  : 

Art.  1.  —  La  France  s'engage  à  respecter  et  à  protéger  dans 
le  présent  et  dans  ravcnir  contre  toute  agression  et  dans  toutes 
circonstances,  les  front ièn^s  du  Ïong-Ring  limitrophes  de  la 
Chine. 

Akt.  II.  —  Le  Céleste  Empire,  rassuré  par  les  garanties  for- 
melles de  bon  voisinage  qui  lui  sont  données  par  la  France, 
quant  h  l'intégrité  et  à  la  sécurité  des  frontières  méridionales 
de  la  Chine  s'engage  : 

1°  A  retirer  inuncdiatemenl  toutes  les  garnisons  chinoises  du 
Tong-King  ; 

2**  A  respecter  dans  le  présent  et  dans  l'avenir  les  traités  directe- 
ment intervenus  ou  à  intervenir  entre  le  Gouvernement  Français  et 
la  Cour  de  Hué  ; 

3**  A  admettre  sur  toutes  les  frontières  du  Tong-King,  le  libre 
trafic  entre  l'Annam  et  la  France,  d'une  part,  et  la  Chine,  de 
l'autre,  dans  les  conditions  d'un  traité  de  commerce  assurant 
aux  deux  parties  des  avantages  rccipro({ues  * . 

Le  commandant  Fournier  quitta  Chang-IIaï,  le  i®'  mai, 
sur  le  Voltaei  il  retrouva  M.  Delring  à  Tché-fou.  Sur  l'invi- 
tation de  ITmpératricc,  Li  conviait  M.  Fournier  à  venir  con- 
férer aveclui. 

«  Ma  mission  a  un  caractère  toul-à-fait  olïicieux,  écrivait 
M.  Fournier*,  qui  me  laisse  d'autant  |)lus  de  liberté  et  de  lati- 
tude, que  je  ne  puis  mengager  ni  conq)romeltre  le  gouverne- 
ment. » 


1.  Lettre  à  M.  de  Se  mat  1<^  du  commandant  Fournier,  6  mai  1884. 

2.  A  M.  de  Semallc,  Tion-Tsiii,  G  mai  1884. 


CONVENTION     FOrUNIKR  /|33 

Mais  le  8  mai,  le  coinniandant  Fournior  lélégrapliiail  au 
ministre  de  la  Marine  : 

Envoyoz-moi  vos  pleins  pouvoirs  provisoirement  jusqu'à  arrivée 
Conlrc-Amiral  Lcspès  Tien-Tsin  ;  Vice-Roi  désire  cela,  dans 
craintes  que  Ministres  anglais  et  autres  à  Pé-Ring  intriguent,  à 
cause  affaires  Egypte,  pour  faire  remettre  tout  en  question,  si 
gouvernement  français  larde  à  notifier  acceptation. 

Télégraphiez-moi  directement  Tien-Tsin  pour  éviter  retard  ; 
ee  serait  grave  faute  ne  pas  profiter  résolutions  amicales  pour 
France  du  Vice-Roi  et  des  neutres  :  terrain  politique  Pé-King 
mobile. 

Les  pouvoirs  qui  furent  par  suite  donnes  au  commandant 
Fournier,  n'avaient  d'ailleurs  qu'un  caractère  provisoire  et, 
le  lo  mai,  M.  Ferry  les  transmettait  à  Tamiral  Lespès  : 

Le  Gouvernement  vous  donne  pleins  pouvoirs  pour  signer  à 
Tien-Tsin  avec  Li  Iloung-tchang,  nmni  lui-même  des  pleins  pou- 
voirs du  gouvernement  impérial,  les  quatre  articles  de  la  Con- 
vention préliminaire  formulés  dans  votre  Dépèche  du  9  mai. 

Ces  pleins  pouvoirs  se  substituent  h  ceux  que  j'avais  expédiés 
le  8  mai  au  Commandant  Fournier  sur  une  dépêche  trcs-pres- 
sante,  et  qui  n'avaient  qu'un  caractère  provisoire  en  attendant 
votre  arrivée.  Fournier  na  me  faisait  d'ailleurs  connaître  que  les 
lignes  générales  de  la  Convention  qui  me  parait  bonne  de  tous 
points.  Faut  seulement  aucune  équivoque  sur  la  frontière  qui 
doit  être  entendue  frontière  actuelle  avec  Lang-So'n,  Cao^Bang 
et  Lao-Kay.  La  Convention  que  vous  allez  signer  n'aura  pas 
besoin  de  ratification  parlementaire,  le  traité  de  commerce  défi- 
nitif seul  devra  être  soumis  à  la  ratification  des  Chambres. 

Conformément  à  ce  télégramme,  l'amiral  Lespès  quitta 
Wou-soung  le  1 2  mai  à  midi  ;  mouilla  à  Tché-fou  le  1 5  au 
matin,  et  le  16,  à  8  heures,  il  s'embarquait  sur  le  steamer 
Woochang  pour  se  rendre  à  Tien-Tsin. 

De  son  côté,  Li  avait  reçu  le  décret  impérial  suivant  lui 
donnant  de  pleins  pouvoirs  le  16°  jour  de  la  4°  lune  de  la 
lo*'  année  Kouang-Siu: 

CORDIEK.  II.  —  28 


/|3/|  l'affaire  du  tonoking 

«  Li-Hoiing-lchang,  ancion  Grand-Chancelier,  \ice-Roi  in- 
térimaire (le  la  province  du  Tclié-li,  est  chargé  des  fondions  do 
Plénipotentiaire  j)our  négocier  un  Trailé  avec  l'Envoyé  du  Gou- 
vernement français.   » 

Respectez  ceci. 

Un  ordre  impérial  secret  (lo  mai  i88ii)  approuvait  le 
rapport  de  Li  sur  les  propositions  de  M.  Fournier: 

a  Après  avoir  pris  pleine  connaissance  de  votre  rapport,  nous 
ne  trouvons  rien  qui  v  soit  en  contradiction  avec  notre  Consti- 
tution. Que  Taflaire  soit  donc  accordée  et  réglée  suivant  ce  dont 
vous  nous  faites  part.  » 

Pendant  que  Tamiral  Lespès  était  en  route,  le  comman- 
dant Fournier,  utilisant  ses  propres  j)Ouvoirs,  signait  une 
Convention  avec  Li  Iloung-tchang. 

Le  1 1  mai,  à  5  heures,  le  commandant  Fournier,  en  chaise 
officielle,  accompagné  de  M.  FrandinS  Consul  de  France  à 
Tien-Tsin,  faisant  fonction  d'interprète,  et  de  M.  Brière, 
aide-commissaire,  officier  d'administration  du  Volta  comme 
secrétaire,  se  rendit  au  Yamen  du  vic^-roi  du  Tché-li  ;  les 
chaises  étaient  escortées  parle  chef  de  la  police  française,  ses 

I  Frandin,  Joseph-IIippolyte,  né  le  3  janvier  i852  ;  élève  de  rÉcole 
des  Langues  orientales;  élèvc-intcrprèlc,  i*""  avril  1875;  à  Pé-King.  a^ 
mai  i87();  interprète-chancelier  à  Tien-Tsin,  6  mars  1880;  inscrit  dans 
la  troisième  classe  des  interprètes,  18  septembre  1880;  interprète  à  Chang- 
Haï,  21  février  1882  ;  interprète  do  seconde  classe,  4  avril  1882;  premier 
interprèle  à  Pé-King.  10  mars  i883  ;  gérant  du  consulat  de  Tien-Tsin, 
24  septembre  1888-17  juillet  i884  ;  interprète  de  première  classe,  i*^*" 
mai  188/4;  gérant  du  consulat  do  Canton,  2 ()  octobre  i885;  vice-consul 
de  première  classe  à  Fou-tchéou,  !\  mai  i88(3  ;  consul  de  seconde  classe 
charge  du  vice-consulat,  i4  juillet  1887;  chevalier  de  la  Légion  d'hon- 
neur, 3o  décembre  1888;  secrétaire  de  i'**^  classe  h  Pc-King,  28  juin  1889; 
officier  dWcadcmie,  17  juillet  1889;  consul  et  conmiissaire  du  Gouver- 
nement &  Séoul,  12  juillet  1890;  président  de  la  commission  de  délimi- 
tation du  Tong-King,  9  septembre  1890;  consul  et  chargé  d'aflaires  à 
Bogota,  23  décembre  1895  ;  consul  général,  21  août  1896  ;  consul  général 
et  charge  d'affaires  k  Quito,  C  avril  1897. 


■  ^^    ^.      I   ~m^ 


cnyw.yjioy   ioiumek  /|35 

agonis  et  une  esconade  de  cavaliers  ;  une  ^rarde  mililaire  ren- 
dait les  honneurs  au  Plénipotentiaire  et  l'accompagna  au 
Yamen.  La  convention  suivante  fut  signée  par  le  comman- 
dant Fournier  et  Li  Houng-tchang. 

CO>VE?ïTIO:y    FOURNIER,     I  I     MAI    l88/i 

Convention  préliminaire  d'amitié  et  de  bon  voisinage  signée  à  Tien- 
Tsin  le  1 1  mai  1884  entre  la  France  et  la  Chine  *. 

Le  Gouvernement  de  la  République  française  et  S.  M.  TEm- 
pereur  de  Chine,  voulant  au  moyen  d*une  convention  prélimi- 
naire dont  les  dispositions  serviront  de  bases  à  un  traité  définitif, 
mettre  un  terme  à  la  crise  (jui  aiîecle  gravement  aujourd'hui  la 
tranquiUilé  publique  et  le  mouvement  général  des  alTaires,  réta- 
blir sans  retard  et  assurer  à  jamais  les  relations  de  bon  voisinage 
et  d'amitié  qui  doivent  exister  entre  les  deux  nations,  ont  nommé 
|)Our  leurs  Plénipotentiaires  respectifs,  savoir  : 

S.  M.  TEmpereur  de  Chine: 

S.  E.  Li  HocNG-ïciUNG,  grand  tuteur  présomptif  du  fils  de 
S.  M.  l'Empereur,  premier  secrétaire  d'État,  vice-roi  du  Tchéli. 
noble  héréditaire  de  première  classe,  du  troisième  rang  : 

Le  Gouvernement  de  la  République  française  : 

M.  Ernest-François  Fourmkr,  capitaine  de  frégate,  comman- 
dant l'éclaireur  d'escadre  le  Volta,  officier  de  la  Légion  d'honneur. 

Lesquels,  après  avoir  échangé  leurs  pleins-pouvoirs,  trouvés 
en  bonne  et  due  forme,  sont  convenus  des  articles  suivants  : 

Art.  1 .  —  La  France  s'engage  à  res|wcter  oi  à  protéger  contre 
toute  agression  d'une  nation  quelconque  et  en  toutes  circonstances 
les  frontières  méridionales  de  la  Chine  limitrophes  du  Tong-King. 

Art.  2.  —  Le  Céleste  Empire,  rassuré  par  les  garanties  for- 
melles de  bon  voisinage  qui  lui  sont  données  par  la  France,  quant 
à  l'intégrité  et  à  la  sécurité  des  frontières  méridionales  de  la 
Chine,  s'engage  :  i"  à  retirer  immédiatement,  sur  ses  frontières, 
les  garnisons  chinoises  du  Tong-King  ;  2"  à  respecter,  dans  le  pré- 
sent et  dans  l'avenir,  les  traités  directenient  intervenus  ou  à  in- 
tervenir entre  la  France  et  la  Cour  de  Hué. 

I.  Ceci  est  le  texte  authentique;  il  difïere  seulement  légèrement  dans 
la  rédaction  du  texte  télégraphique  communiqué  aux  Chambres,  le  ao 
mai  i884- 


JTf 


43G  l'affaire  du  toxg-king 

Art.  3.  —  En  reconnaissance  de  l'altilude  conciliante  du  Gou- 
vernement du  Céleste  Empire,  et  pour  rendre  hommage  a  la 
sagesse  patriotique  de  Son  Excellence  Li  Houng-Tchang,  négo- 
ciateur de  cette  Convention,  la  France  renonce  à  demander  une 
indemnité  à  la  Chine.  En  retour,  la  Chine  s'engage  à  admettre, 
sur  toute  l'étendue  de  ses  frontières  méridionales  limitrophes  du 
Tong-King  le  libre  trafic  des  marchandises  entre  l'Annain  et  la 
France,  d'une  part,  et  la  Chine,  de  l'autre,  réglé  par  un  traita 
de  commerce  et  de  tarifs  à  intervenir,  dans  l'esprit  le  plus  con- 
ciliant, de  la  part  des  négociateurs  chinois,  et  dans  des  conditions 
aussi  avantageuses  que  possible  pour  le  commerce  français. 

Art.  4.  —  Le  Gouvernement  français  s'engage  à  n'employer 
aucune  expression  de  nature  à  porter  atteinte  au  prestige  du 
Céleste  Empire,  dans  la  rédaction  du  Traité  défmitif  qu'il  va 
contracter  avec  l'Annam  et  qui  abrogera  les  traités  antérieurs 
relatifs  au  Tong-King. 

Art.  5.  —  Dès  que  la  présente  Convention  aura  été  signée, 
\cs  deux  Gouvernements  nommeront  leurs  Plénipotentiaires,  qui 
se  réuniront,  dans  mi  délai  de  trois  mois,  }K)ur  élaborer  un 
Traité  définitif  sur  les  bases  fixées  par  les  articles  précédents. 

Conformément  aux  usages  diplomatiques,  le  texte  franç-ais  fera 
foi. 

Fait  à  Tien-Tsin,  le  onze  mai  i884,  le  dix-septième  jour  de 
la  quatrième  lune  de  la  dixième  année  de  Kouang-Siu  en  quatre 
ex])éditions  (doux  en  langue  française  et  deux  en  langue  chi- 
noise), sur  lesquelles  les  Plénipotentiaires  respectifs  ont  signé  et 
apposé  le  sceau  de  leurs  armes. 

Chacun  des  Plénipotentiaires  a  gardé  un  exemplaire  de  chaque 
texte. 

Le  Plénipotentiaire 
pour  le  Céleste  Empire, 

(L.  S.)    Li    HOUNG-TCUANG. 

Le  Plénipotentiaire  pour  le  Gouvernement 
de  la  République  française, 

(L.    S.)   FOURNIER. 
COMMUNICATION    DE    JULES    FERRY,     '20    MAI     l884 

Le'  Président  du  Conseil  faisait  au  Sénat  et  à  la  Chambre 


COMMLMCVTION     DK    JULES    FKUHY  'jSl 

des  députés,  le  20  mai  i884,  1«'ï  communication  suivante  en 
présentant  le  texte  télégraphique  de  la  convention  Fournier  : 

Messieurs, 

Vous  connaissez  déjà  les  clauses  principales  de  la  convention 
signée  à  Ticn-Tsin,  le  11  mai  1884,  qui  a  mis  fin  au  diflerend 
existant  entre  la  ^Vance  et  la  Chine,  au  sujet  de  TAnnam  et  du 
Tong-King. 

En  attendant  que  l'instrument  même  du  traité  soit  entre  nos 
mains  et  qu'il  puisse  être  régulièrement  soumis  à  la  sanction  du 
Parlement,  nous  vous  devons  compte  des  circonstances  qui  ont 
amené  ce  rapide  dénouement  et  des  motifs  qui  nous  ont  portés 
à  engager  dans  cette  négociation  décisive  la  responsabilité  du 
Gouvernement. 

Vous  veniez  h  peine  de  vous  séparer,  que  la  prise  de  Houng-Hoa, 
couronnant  \qs  brillants  elTorts  du  corps  expéditioimaire,  mar- 
quait le  terme  de  cette  belle  campagne,  dont  les  noms  de  So*n- 
Tay  et  de  Bac-Ninh  conserveront  le  glorieux  souvenir. 

Les  opérations  militaires  étaient  terminées  ;  nous  étions  les 
maîtres  duTong-King:  contre  des  ennemis  bien  supérieurs  en  nom- 
bre et  pourvus  de  tous  les  moyens  de  défense  de  la  guerre  mo- 
derne, les  troupes  de  la  marine  etdeTarmée,  rivalisant  de  vertus 
militaires,  d'entrain  et  de  patience,  de  tactique  et  de  \aleur, 
avaient  porté  plus  haut  que  jamais,  dans  rExlrème-Orient,  le 
prestige  de  nos  armes. 

Au  ])oint  de  vue  diplomaticpie.  la  situation  restait  obscure. 
Les  relations  avec  la  cour  de  Pé-King  étaient,  en  Chine,  rares  et 
tendues;  à  Paris,  sans  être  otTiciellement  suspendues,  elles  étaient 
nulles  depuis  le  départ  du  ministre  de  CJiine  |K)ur  l'Angleterre. 
A  Pé-Ring  même,  le  terrain  politique  semblait  disputé  entre  l'esprit 
de  sagesse  et  l'esprit  d'aventure.  L'esprit  de  sage^sse  devait  l'em- 
porter. 

Le  39  avril,  le  contre-amiral  Lespès,  qui  arrivait  à  Chang-Haï 
avec  son  escadre,  après  avoir  visité  les  ports  d'Amoy  et  de  Fou- 
Tchéou.  recoait  l'avis  que  le  vice-roi  du  Tchéli  venait  d'obtenir 
du  gouvernement  chinois  le  rappel  du  manpiis  Ts'èng  comme 
première  satisfaction  donnée  à  la  France.  L'amiral  était  chargé 
de  transmettre  cette  nouvelle  au  gouvernement  français.  Le  vice- 
roi  exprimait  en  même  temps  le  désir  de  voir  à  Tien-ïsin,  le 
capitaine  de  frégate  Fournier,  commandant  du  VoUa,  »vec  lec[uel 


^38  l/AFFAinE    l)i:    TONOKlNr, 

il  était .  depuis  plusieurs  années,  en  relations  amicales»  pour  con- 
férer avec  lui  de  la  silualion. 

Le  commandant  du  l'oUn  partait  aussitôt  pour  Tché-Fou  ;  le 
i*»"  mai,  le  Tsouni^-li  Yamen  annonçait  oiriciellement  à  notre 
chargé  d'affaires  h  Pé-Kin;^  la  nomination  d'un  nouveau  ministre 
auprès  des  cabinets  de  Paris,  Berlin,  Vienne,  Rome  et  La  Haye; 
en  attendant  son  arrivée,  Li  Foun|2[-pao,  ministre  de  Chine  à 
Berlin,  venait  représenter  la  Chine  à  titre  intérimaire  auprès  du 
gouvernement  français. 

Les  8  et  9  mai,  le  commandant  Fournier,  de  Ïien-Tsin,  et 
l'amiral  Lespès,  de  Chang-IIaï,  nous  faisaient  connaître  les  ré- 
sultats des  pourparlers  otïicieusement  ouverts  par  le  vic<vroi  du 
Tché-li  ;  les  d(Mi\  négociateurs  avaient  arrêté  les  termes  d'une 
convention  préliminaire  en  cinq  articles,  destinés  à  servir  de  bas(» 
au  traité  définitif;  le  vice-roi  désirait  que  cette  convention  put 
recevoir  sans  retard,  l'approbation  des  deux  (îouvernements  ;  le 
commandant  Fournier  demandait  à  cet  effet  des  pleins-pou>oirs. 

La  question  se  posait  devant  nous  dans  les  termes  les  plus 
clairs  et  les  plus  catégoriques  ;  de  la  part  de  la  Chine,  l'évacua- 
tion immédiate  du  Tong-King  dans  toute  l'étendue  de  ses  frontières  * 
naturelles  ;  la  promesse  de  respecter  dans  le  pnn^ent  et  dons 
l'avenir  les  traités  directement  faits  ou  à  faire  entre  la  France 
et  la  cour  d'Annam  ;  l'engagement  solennel  d'ouvrir  au  libre 
trafic  entre  l'Annam  et  la  France  d'un  côté,  et  la  Chine  de 
l'autre,  toute  la  frontière  méridionale  de  la  Chine,  limitrophe 
du  Tong-King.  c'est-à-dire  les  trois  provinces  du  Yun-Nan,  du 
Kouang-Si  et  du  Kouang-Toung,  et  de  régler  sur  cette  frontière 
la  liberté  des  échanges  et  les  tarifs  des  douanes  dans  les  conditions 
les  plus  prolitables  au  commerce  français. 

Ces  avantages  considérables  seraient-ils  trop  chèrement  achetés 
de  la  part  de  la  France  par  la  renonciation  à  une  indemnité 
pécuniaire,  dont  le  principe  n'était  d'ailleurs  ni  contestable  ni 
contesté?  Une  satisfaction  en  argent  aurait-elle,  aux  veux  du 
pays,  plus  de  prix  qu'un  traité  de  bon  voisinage,  une  alliance 
commerciale  et  jwlitique,  ne  laissant  derrière  elle  ni  humiliation 
ni  amertume,  et  ouvrant  à  nos  producteurs,  à  l'étroit  dans 
l'ancien  monde,  des  débouchés  inattendus  ? 

Nous  ne  l'avons  pas  pensé,  et  sur  l'heure,  nous  envoyions  au 
commandant  Fournier  les  j)leins  pouvoirs  de  la  Hépublique,  sous 
la  seule  condition  de  s'assurer,  avant  d'en  faire  usage,  de  la  rati- 
fication préalable  du  gouvernement  chinois. 


COMMUNICATION    I)K    JILES    FEHRY  ^Sq 

Le  9  mai,  le  commandant  Foiirnicr  télégraphie»  dcTicn-Tsin, 
à  cinq  licures  qiiaranle-cinq  du  soir  : 

«  Je  remercie  le  (Jouvernemenl  de  la  confiance  qu'il  me  té- 
moigne. Le  vice-roi  me  charge  de  vous  transmettre  ses  remercie- 
ments pour  Fempressement  que  Votre  Excellence  a  mis  à  approuver 
la  convention  dans  les  termes  mêmes  où  elle  avait  été  arrêtée 
entre  nous.  Nous  avons  immédiatement  demande,  en  termes 
pressants,  par  courrier  extraordinaire,  à  la  cour  de  Pé-King,  son 
approbation  déliniti\e,  en  la  priant  de  nous  autoriser  ù  signer 
dans  le  plus  bref  délai  possible.  » 

Le  lo  mai,  à  onze  heures  vingt-cinq  du  matin,  M.  Fournier 
écrit  : 

«  Tout  sera  terminé  demain  soir  à  quatre  heures...  » 

Et,  en  elTet,  le  ii  mai,  à  cinq  heures  du  soir,  les  plénipoten- 
tiaires signaient  la  convention,  après  s'être  réciproc[uemenl  com- 
muniqué leurs  pleins  pouvoirs. 

Voici  cet  acte  avec  son  préambide  et  dans  toute  sa  teneur,  telle 
que  le  télégraphe  nous  Ta  transmis. 

Voir  le  texte  ci-dessus. 

Tel  est  le  traité  de  Tien-Tsin.  C'est  une  convention  prépara- 
toire, à  compléter  par  des  négociations  ultérieures,  mais  Ferme 
dans  toutes  ses  clauses,  exécutoire  et,  nous  |>ouvons  le  dire  dès 
à  présent,  en  voie  d'exécution. 

Nous  avons  trouvé,  en  elTet,  chezl'honune  d'Etat  éminent  qui 
exerce  actuellement  sur  les  destinées  de  la  Chine  une  influence 
prépondérante,  et  qui  a  |)orlé  dans  celle  négociation  ime  netteté 
de  vues  et  de  résolution  si  remanjuables,  la  >olonlé  bien  arrêtée 
d'exécuter  promplemenl  et,  loyalement  ce  qui  avait  été  si  vile  et 
si  bien  conclu. 

Une  dépêche  du  commandant  Fournier.  datée  du  18  mai, 
nous  fait  connaître  que  le  retrait  des  garnisons  chinoisesdu  Tong- 
King  s'opérera,  en  vertu  d'un  accord  passé  avec  le  vice-roi,  du  6 
au  26  juin  prochain,  dans  les  termes  suivants,  dont  le  conmian- 
dant  en  chef  du  corps  expéditionnaire  a  re(;u  communication  : 

«  Après  le  délai  de  vingt  jours,  c'est-k-dire  le  G  juin,  évacua- 
tion de  Lang-So'n,  Cao-Bang,  Thal-Khe,  et  de  toutes  les  places 
du  territoire  du  Tong-King,  adossées  aux  frontières  du  Rouang- 
Toung  et  du  Kouang-Si  ;  après  le  délai  de  quarante  jours,  c'est- 


li\o  l'affairk  du  tong-king 

à-diro  le  26  juin,  évacua  lion  de  Lao  Kay  ot  de  toutes  les  places 
du  territoire  du  Tong-King  adossées  h  la  frontière  du  Yun-Nan.  » 

De  notre  coté,  nous  avons  déj«H  désigné,  conforniéuient  à  l'ar- 
ticle final  de  la  convention,  nos  plénipotentiaires  définitifs,  et 
nous  avons  envoyé  à  M.  Patenôtre,  qui  doit  se  trouver  à  Hué  à 
la  fin  de  ce  mois  les  instructions  nécessaires  pour  donner  satis- 
faction aux  préoccupations  particulières  qui  ont  inspiré  l'article  4- 
La  rédaction  définitive  du  traité  de  Hué  ne  contiendra,  cela  va 
de  soi,  «  aucune  expression  »  dont  puissent  s'émouvoir  les  sus- 
ceptibilités de  l'Empire  du  Milieu. 

Nous  soumettons  avec  confiance  toute  cette  néj^ociation  au 
jugement  des  (Ihanibres  et  du  pays.  La  France  s'est  toujours  fait 
honneur  de  ne  pas  pousser  a  l'extrême  les  conséquences  de  ses 
victoires.  Notre  modération,  hautement  appréciée  par  l'opinion 
européenne,  nous  assure  la  meilleure  solution  pour  le  présent, 
la  plus  grande  somme  de  sécurité  poiu'  l'avenir. 

Douce  illusion  ! 

Au  dîner  qui  suivit  la  signature  de  la  convention,  au  toast 
porté  par  le  commandant  Fournicr  aux  souverains  de  la 
Chine,  Li  répondit  : 

Au  nom  de  Leurs  Majestés  Impériales,  je  porte  un  toast  au 
Président  de  la  République  française,  M.  Jules  Grévy,  et  je  vous 
prie  de  l'assurer  que  la  C.hine,  aussi,  souhaitera  maintenant  à  la 
France  grandeur  et  prospérité. 

«  liC  lendemain  13  mai,  écrit  le  Commandant  Fournier  dans 
son  rapport  au  Ministre  de  la  Marine,  le  Vice-lloi  dînait  au  Con- 
sulat de  France  où  j'avais  réuni  les  représentants  des  nations 
étrangères  ;  MM.  de  Luca,  Ministre  d'Italie  et  son  secrétaire, 
M.  d'Albenga,  M.  Uribari,  Chargé  d'Affaires  d'Espagne.  M.  le 
Marquis  de  Médina,  son  secrétaire,  les  Consuls  d'Allemagne, 
d'Angleterre,  de  Russie  et  du  Japon,  le  Commander  Lang,  de 
la  marine  anglaise,  amiral  de  la  flotte  chinoise  du  Nord,  len 
Commandants  des  na\ires  russes  et  anglais  et  toutes  les  personnes 
présentes,  la  veille,  au  dîner  du  Vice-Roi.  I^a  stupéfaction  était 
générale  parmi  mes  invités  qui  avaient  appris  seulement  dans  la 
journée  même,  comme  par  un  coup  de  théâtre  qu'une  conven- 
tion diplomatique  venait  d'être  signée  et  ratifiée  à  Tien-Tsin, 


COMMIMCVIION     I)K    iVlA.S    FKHIIY  l\f\l 

cnire  la  Franco  rt  la  Chine  par  rinlernu'diaire  d'un  plonipo- 
Icntiairc  nivstérioux  qui  nVUail  aulrc  que  le  capitaine  de  frégate 
que  chacun  croyait  occu|)é  uniquement  à  observer  les  pré[)aralirs 
militaires  du  Vice-Roi. 

M.  Jules  Ferry  télégraphia  au  commandant  F^ournier,  le 
12  mai  i88/|  : 

Je  suis  heureux  de  vous  féliciter  chaudement  pour  le  prompt 
dénouement  du  conflit  avec  la  Chine.  Dites  à  Li  que  nous  nous 
félicitons  ici  des  liens  étroits  que  les  nouveaux  arrangements  ne 
manqueront  pas  d'établir  entre  la  France  et  la  Chine.  J'ai  con- 
staté avec  plaisir  que  l'homme  d'Etat  chinois  considiTC  au  môme 
point  de  vue  que  nous-mêmes  l'intérêt  des  deux  Pays. 

Li  Iloung-tchang  répondit  le  i5  mai  : 

Le  Commandant  Fournier  m'acomnnmiqué  votre  télégramme. 
Je  suis  très  touché.  Je  savais  depuis  longtemps  que  vous  traitiez 
les  affaires  d'ime  façon  résolue  et  très  nette  et  que  vos  vues  sont 
larges  et  lointaines.  J'espère  donc  que  dans  l'avenir,  les  relations 
entre  nos  deux  pays  seront  plus  intimes  et  durables  et  que  tout 
malentendu  sera  dissipé  entre  nous.  Les  diflicultés  que  chacun  de 
nous  éprouve  en  traitant  les  affaires  de  l'Etat  seront  certainement 
comprises  de  nos  deux  pays  si  éloignés.  Ce  qui  me  reste  h  vous 
dire,  je  le  confierai  au  Commandant  Fournier,  mon  ami  intnne, 
qui  vous  le  dira. 

Le  17  mai,  le  commandant  F'ournier  eut  un  long  entre- 
tien avec  Li  Houng-tchang  qui  dura  trois  heures  ;  il  avait 
pour  but  de  : 

Uégler  d'une  façon  précise  les  conditions  de  l'exécution  de  la 
(Convention  concernant  le  retrait  des  troupes  chinoises  et  les 
articles  IV  et  V  qui  comportaient  une  application  innuédiate. 

Relativement  aux  troupes  chinoises,  je  (Fournier)  lis  obser\er 
au  Vice-Roi  qu'il  importait  de  fixer  des  datés  pnVises  pour  l'éva- 
cuation des  platées  qu'elles  occupaient  dans  le  Tong-King,  et  je 
lui  proposjii  aojours  de  délai  pour  la  région  avoisinant  le  Kouang- 
Toung  et  le  Kouang-Si  et  l\o  jours  de  délai  pour  la  région  avoi- 
sinant le  Yun-Nan.  11  trouvait  ces  délais  très-courts  et  paraissait 
craindre  que  la  fixation  de  ces  dates  précises  ne  prît  aux  yeux  de 


**1 


442  l'affaire    du    TONG-KING 

la  Cour  de  Pé-Kinfj  le  caracièro  blessant  d'un  ultimatum  ;  mais 
je  tins  bon  en  lui  taisant  observer  cju'avec  les  moyens  de  com- 
munications rapides  existant  actuellement  par  le  télégraphe  en 
cours  de  construction  dans  le  Kouang-Si  et  par  le  nôtre  dans  le 
Tong-king,  ces  délais  étaient  parfaitement  sullisants  pour  la 
transmission  des  ordres  du  Gouvernement  Impérial  sur  les  fron- 
tières du  Kouang-Si  et  du  Yun-Nan.  «  Je  n'ai  pas  la  moindre 
«  conliance,  ajoutai-jc,  dans  la  façon  dont  ces  ordres  seront 
«  transmis  de  la  (lour  de  Pé-King  pour  parvenir  à  une  desli- 
ff  nation  aussi  lointaine,  ils  passeront  par  tant  de  mains  et  il  y  a 
«  tant  de  raisons  de  craindre  que  la  mauvaise  volonté  de  certains 
a  mandarins  ne  clierclie  h  en  retarder  l'arrivén?,  (pie  je  me  vois 
«  dans  l'obligation  de  vous  adresser  olFiciellement  la  notification 
«  suivante,  inuuédiatement  transmise  au  Général  Millot  :  Après 
«  les  (îclais  Jurés  expirés,  vous  pourrez  procéder  sommairement  à 
«  rexpnhion  de  toutes  les  garnisons  chinoises  attardées  sur  le  terri- 
«  toire  Tonkinois,  \otre  Excellence  comprendra  certainement 
«  comme  moi  combien  il  est  important  de  fixer  ainsi  des  dali»s 
«  précises  pour  couper  court  à  tout  malentendu  et  au  mauvais 
«  vouloir  même  de  ses  adversaires  et  d*empéclier  aussi  que  des 
«  conflits  sanglants  n'éclatent  entre  nos  troupes  et  les  troupes 
«  chinoises.   » 

Li  lloung-tchang  m'alTirma  qu'il  assurerait  la  transmission 
des  ordres  de  telle  sorte  (pTun  si  regrettable  accident  ne  put  |)as 
se  produire.  Je  l'avertis  alors,  au  sujet  de  l'article  V  que  M.  Pa- 
teu(Mre  était  nommé  Ministre  plénipotentiaire  pour  le  traité  de 
conmierce,  et  enlin.  au  sujet  de  l'article  IV,  je  lui  remis  la  com- 
numicatiim  écrite  suivante  : 

«  Le  Gouvernement  a  imité  M.  Patenotre  à  supprimer  dans 
«  la  rédaction  du  traité  définitif  l'expression  «  y  comprûi  la 
«  Chine  »,  mais  il  prend  acte  que  cette  modification,  introduite 
«  par  déférence  pour  le  prestige  du  Céleste  Enq)ire,  ne  pourra 
«  avoir  |K)ur  elTet  d'altérer  en  rien  la  valeur  d'aucune  des  sti pu- 
ce lations  de  l'art.  I,  ni  des  autres  articles  des  préliminaires  de 
«  paix  du  a 5  août  i883.  » 

Le  Vice-Koi  me  déclara  que  c'étiiit  en  effet  la  modification 
qu'il  avait  demandée  '. 


I.  Rapport  (lu  commandant  Fournicr  au  Ministre  delà  marine,  i®' 
juin  1 88.^1. 


COM. ML. M  CATION     I>K    JULKS     FKIlRY  /|/|3 

Le  même  jour,  le  commandant  Fournier  envoyait  à 
Hanoï  la  dépêche  suivante  en  clair  an  général  Vlillol. 

J'ai  riionncur  de  porter  à  votre  connaissance  les  mesures  sui- 
vantes arrêtées  par  les  plénipotentiaires  de  la  Convention  entre 
France  et  Chine. 

Après  un  délai  de  20  jours,  cest-ù-dire  le  6  juin,  vous  pourrez 
occuper  Lang-so'n,  Cao-Bang,  Thal-ke,  et  toutes  les  places  du 
territoire  tonkinois  adossé  aux  frontières  du  Rouang-Toung  et 
du  Kouang-Si. 

Vous  |)ourrez  en  même  temps  étahlir  des  stations  navales  sur 
tous  les  |K)inls  de  la  cote  du  Tong-King  où  vous  voudrez.  Avisez 
Ta  m  irai  (^ourl>et. 

Après  un  délai  de  t\o  jours,  cesl-à-dire  le  aG  juin,  vous  pourrez 
occu|)er  l^ao-kay  et  toutes  les  places  du  territoire  tonkinois  adossé 
à  la  frontière  du  Yun-Nan. 

Xni  notifié  à  Li  Ifoumj-lchnnrj  fjuc  ces  déluis  expirés,  vous  procé- 
deriez sommairement  à  C expulsion  de  toutes  les  garnisons  chinoises 
attardées  sur  le  territoire  tonkinois. 

Après  avoir  arrêté  ces  dispositions,  j'ai  mis  lin  à  ma  mission 
de  pléni|x>tenliaire. 

Notre  chargé  d'afTaires  a  Pé-King  ne  connut  le  texte  de  la 
Convention  que  lorsqu'il  fut  devenu  délinilif;  il  n'avait 
même  pas  été  informé  par  le  Ministre  des  AH'aires  étrangères 
de  l'envoi  à  Tien  Tsin  d'un  négociateur  nnmi  de  pleins  pou- 
voirs. Dans  la  lettre  qu'il  écri>ait  le  if)  mai  188^1  au  com- 
mandant r'onrnier  après  a\oir  reru  le  texte  de  la  Conven- 
tion que  ce  dernier  lui  avait  ex|)é(liée  le  l'j,  notre  chargé 
d'affaires  lit  preuve  d'une  singulière  clairvoyance  : 

«  En  lisant  le  texte  de  rarrai)<;emeiit  que  nous  avez  si;^iié,  j<' 
suis  loin  de  me  sentir  entièrement  satisfait.  Il  est  à  craindre  (pie 
nous  éprouvions  dans  (pielques  mois,  même  (hnis  (juclques  jours, 
des  dillicultés  insurmontables,  quand  nous  voudrons  traduire  en 
articles  formels  d'un  traité,  les  conditions  avantageuses  promises 
par  la  («liine  à  notre  connuerce.  » 

La  diplomatie  chinoise  ne  tranche  pas  aussi  simplement  les 


Vii  L  AFFAIRE    DU    TO^G-KI^G 

difllculU^s,  ainsi  que  semblait  le  croire  le  commandant  Foiir- 
nier  :  Li  Houng-tchangavail  trompé  le  plénipolentiaire.  Selon 
M.  von  Brandi,  ministre  d'Allemagne,  les  instructions  don- 
nées par  rimpératrice  à  Li  Houng-lchang  avant  la  Conven- 
tion de  Tien-Tsin,  auraient  été  résumées  en  quatre  points 
qui  sont  à  peu  près  les  suivants  : 

i**  Ne  [ws  céder  la  suzeraineté  de  la  Chine  sur  TAnnam  ; 

3°  Ne  pas  céder,  si  on  cxi;^eait  que  la  Chine  livrât  les  Pavil- 
lons Noirs  à  la  France  ; 

3**  Ne  pas  céder,  si  la  Chine  devait  payer  une  indemnité  à  la 
France^  ; 

4**  Ne  pas  accorder  la  liberté  du  coinnierce  européen  dans  le 
Yun-Nan. 

xM.  de  Semallé  se  rendit  au  Yamen  le  i4  niai  jjour  se 
rendre  compte  de  Tinq^ression  produite  par  la  signature  de 
la  convention  le  1 1  mai  et  les  Ministres  lui  dirent  «  qu'il 
avait  été  question  de  hi  paix,  mais,  qu'il  n'y  avait  rien 
de  définitivement  arrangé;  qu'il  y  aurait  plus  tard  des 
pourparlers  et  des  négociations  qui,  espéraient-ils,  amène- 
raient une  solution  de  natnre  à  contenter  les  deux  pays». 

Lo  ^  amen  déclara  aussi  à  M.  llolcombe,  représentant  des 
EliUs  Tnis,  qu'il  n'y  avait  rien  de  fait  à  Tien-ïsin  et  que 
rimpératrice  n'avait  point  encore  ratifié  les  préliminaires 
acceptés  par  le  vice-roi  du  Tché-li. 

Dans  son  rapport  au  Trône,  le  Vice-Uoi  aurait  tourne  les  dil- 
licultés  ainsi  qu'il  suit  : 

La  France  n'exige  pas  que  la  (iliine  renonce  à  sa  suzeraineté 
sur  TAnnani  ;  elle  renonce  à  employer  aucun  terme  ()ouYant 
iroiss<»r  l'amour-propre  de  la  (^hine  et  consent  en  conséquence  à 
refaire  à  nou\eau  son  dernier  traité  de  Hué.  11  n'est  question 
nulle  part,  dans  le  projet  (ju'il  soumet,  que  la  Chine  abandonne 
ou  li\re  Lieou  Yong-fou  et  ses  soldats. 

La  France  renonce  à  toute  indemnité  de  guerre. 

Quant  à  ce  qui  est  du  commerce  étranger,  il  n'est  pas  permis 


i-fv^ï-^;. 


\  r'~      ■  "  ^-  -w.      .       .         ~^^.    ry-^.-iw-im*- 


l'amiral  lespès  /|Zi5 

pour  le  \un-Nan  spécialcmcnl,  mais  limité,  sur  loulc  retendue 
de  la  frontière,  à  une  zone  neutre  à  délimiter. 

L'Impératrice  satisfaite  aurait,  sur  l'iieure,  envoyé  Tordre  de 
signer  sur  les  bases  proposées  et  h  ces  conditions. 


l'amiral  lespès 

L'amiral  Lespès  arriva  à  Tien-Tsin  le  matin  même  de  la 
visite  du  commandant  Fournier  à  Li  (17  mai).  Il  fit  le  18  au 
matin  une  visite  au  vice-roi  que  celui-ci  lui  rendit  le  19  mai  ; 
Li  se  montra  particulièrement  gracieux  vis-à-vis  de  l'amiral. 
Sa  mission,  comme  le  télégraphia  le  ministre  de  la  marine, 
l'amiral  Peyron,  n'était  plus  qu'une  visite  de  courtoisie. 

La  Convention  étant  signée  et  ratifiée  par  les  deux  Gouverne- 
ments, la  mission  de  l'Amiral  est  une  mission  toute  de  courtoisie 
destinée  à  sceller  la  bonne  entente  et  h  effacer  toute  trace  de 
dissentiment:  l'amiral  n'a  pas  qualité  pour  faire  l'intérim  du 
Ministre  ni  pour  discuter  le  traité  de  commerce. 

En  conséquence,  l'amiral  Lespès  envoya  le  commandant 
Fournier,  qui  partit  de  Tien-Tsin  le  19  mai,  porter  le  texte 
original  de  la  Convention*  en  France,  suivant  les  instructions 
du  ministre  de  la  Marine^,  nomma  M.  Gigon  au  commande- 
ment du  Volta,  et  partit  lui-même  le  21,  pour  se  rendre  à 
Pé-King,  où  il  croyait  sa  présence  utile  pour  sceller  la  bonne 
entente.  Très  galamment  d'ailleurs,  dans  son  rapport  au 
ministre  de  la  Marine,  l'amiral  Lespès  écrivait  : 

1.  Le  commaDdanl  Fournier  télégraphiait  le  i4  mai  au  Ministre  de  la 
marine  : 

«  Depuis  la  cérémonie  solennelle  de  la  signature,  le  11,  je  suis  dépo- 
sitaire, pouT  le  Gouvernement  français,  des  exemplaires  en  français  et  en 
chinois  qui  lui  reviennent  avec  le  texte  des  pleins  ()ouvoirs  de  la  Cour 
de  Pé-King.  Les  deux  autres  exemplaires,  que  j'ai  laisses  entre  les  mains 
du  Yice-Roi,  ont  été  déjà  expédiés  à  Pé-King  où  ils  sont  classés  aux  ar- 
chives impériales,  à  titre  déûnitif. 

a.  Le  commandant  Fournier  quitta  Chang-Haï  le  a4  mai. 


l\liG  l'affaire  du  tong-king 

<c  De  la  loclurc  des  lélégraniines  reçus  direclenient  par  cet 
ollicier  supérieur,  il  résulle  pour  moi  (pie  la  signature  apposée 
par  lui  était  absoluuieul  définitive,  les  pleins  pouvoirs  qui  lui 
avaient  été  donnés  étant  entiers  et  n'ayant  pas  le  caractère  pro- 
visoire que  m'avait  semblé  d'abord  leur  attribuer  votre  télé- 
gramme. Je  crus  devoir  renoncer,  en  conséquence,  à  la  signature 
de  la  Convention,  dont  tout  l'honneur  revient  d'ailleurs  au  Com- 
mandant :  ce  que  je  me  plais  h  reconnaître.  » 

L'amiral  Lespès  arriva  à  Pé-King  dans  la  matinée  du 
samedi  2^  mai  i884  ;  il  lit  demander  par  M.  deSemalléune 
audience  au  Tsoung-li  Yamen  qui  lui  fut  accordée  pour  le 
27.  Au  jour  fixé,  accompagné  de  notre  chargé  d'aflaircs,  de 
MM.  CoUin  de  Plancy  et  Frandin,  de  ses  aides  de  camp, 
MM.  Jacquemieret  Perrin,  touscn  grand  uniforme,  l'amiral  se 
rendit  au  Yamen  ;  son  impression  fut  plutôt  favorable,  et  d'autre 
part,  sa  venue  produisit  un  excellent  eflet,  le  Yamen  parais- 
sant revenir  à  des  sentiments  plus  conciliants.  Le  3i  mai, 
les  ministres  chinois  rendirent  la  visite  à  MM.  Lespès  et  de 
Semallé  et  acceptèrent  une  invitation  à  dîner  de  ce  dernier 
pour  le  3  juin:  deux  jours  plus  tard,  ils  rendaient  cette  poli- 
tesse. Dans  son  rapport  du  28  mai,  l'amiral  disait  : 

A  Pé-King,  on  faisait  courir  le  bruit  que  la  Convention  de 
Tien-Tsin  ne  serait  pas  exécutée  et  que  l'Impératrice  éclairée  par 
l'opinion  générale  reviendrait  sur  l'approbation  qu'elle  avait 
déjà  donnée. 

Il  racontait  ainsi  l'audience  du  27  mai  : 

«  Nous  fumes  reçus  au  Yamen  par  le  beilé  Rouang,  qui  a 
remplacé  le  prince  Koung  à  la  présidence  du  Conseil  et  par 
quatre  membres  de  ce  conseil.  Sans  être  précisément  cordial, 
l'accueil  que  je  reçus  fut  des  plus  courtois.  Je  dis  à  ces  Messieurs 
que  j'étais  heureux  de  faire  leur  connaissance  personnelle,  que 
mon  voyagea  Pé-King  n'avait  pas  eu  d'autre  but  et  qu'ils  devaient 
y  voir  la  preuve  du  ferme  désir  qu'avait  le  Gouvernement  de  la 
République  d'entretenir  désormais  des  relations  de  bonne  amitié 


^^T^'T^  '"■  TT^"^'?  ■  ■"■'"■ 


MORT    DF    MONSEIGNEUR    DELAPLACE  /|.^7 

et  de  bon  voisinage  avec  le  Céleste  Empire,  que  celait  d'ailleurs 
la  conséquence  naturelle  de  la  convention  signée  dernièrement 
à  Tien-Tsin,  convention  qui  répondait  aux  intérêts  bien  compris 
de  nos  deux  Gouvernements.  Le  beilé  Rouang  me  lit  une  réponse 
banale,  il  me  dit  pourtant  que  c'était  aussi  la  désir  de  son  Gou- 
vernement. Son  attitude,  comme  celle  des  autres  membres  du 
Conseil,  était  certainement  bienveillante,  mais  elle  m'a  semblé 
aussi  celle  de  gens  peu  habitues  aux  affaires  et  un  peu  gênés  par 
la  solennité  dont  j'avais  cru  bon  de  m'enlourer.  » 

L'amiral  ajoute,  avec  raison,  que  si  les  bruits  qui  couraient 
avaient  eu  quelque  fondement: 

«  Le  prince  Kouang  n'aurait  pas  manqué  de  saisir  l'occasion 
que  je  lui  offrais  pour  me  parler  de  la  Convention  et  pour  me 
dire  ce  que  son  Gouvernement  en  pensait.  Je  dois  conclure  de 
son  silence  à  cet  égard  que  l'exécution  des  premières  mesures 
de  la  Convention,  c'est-a-dire  l'évacuation  des  garnisons  chi- 
noises du   Ïong-Ring,  n'est  plus  douteuse  aujourd'hui.  » 

MORT    DE    M^*"    DELAPL\CE 

Le  séjour  de  Tamiral  Lespès  h  Pé-King  fut  attristé  par  la 
mort  (24  mai)  de  M^'  Delaplacc\  des  suites  de  la  fièvre 
typhoïde.  La  France  a  ressenti  souvent,  depuis,  la  perte  de  ce 
prélat  qui,  sur  le  trône  épiscopal  de  Pé-King,  n'oublia 
jamais  qu'il  était  Français,  donnant  ainsi  un  exemple  qui 
n'a  malheureusement  pas  toujours  été  suivi.  11  n'avait  que 
soixante-quatre  ans  :  c'était  un  Bourguignon  extrêmement  fin, 
que  la  gestion  parfois  difficile  des  affaires  de  son  diocèse  ne 
faisait  négUger  en  aucune  façon  les  devoirs  de  la  charité. 

Les  funérailles  eurent  lieu  le  27  mai  au  Pé-T'ang.  L'ami- 
ral Lespès,  M.  de  Semallé,  quatre  secrétaires  du  Yamen  et 
tout  le  Pé-King  étranger  y  assistaient. 

M'^'*  Delaplace  eut  1  abbé  François  Tagliabue,    d'origine 

I.  I,  p.  ai3. 


■■-;*-*■"■■■  :~^  1^    ■     •  >:>•  ■■  -~i-;-v'- 


/|/|8  l'affaire  du  tong-king 

italienne,  mais  né  dans  le  diocèse  de  Soissojis,  comme  succes- 
seur dans  le  vicariat  apostolique  de  Pé-King'. 
Le  7  juin,  Tamiral  Lespès  quittait  Pé-King. 

I.  Né  en  1822  ;  partit  en  i853  ;  nommé  le  a5  septembre  1868,  évêquc 
de  Pompéiopolis,  vie.  ap.  du  Pé  Tché-li  S.-O;  transféré  au  Pé  Tclïé-li 
sept.,  5  août  i884,  à  la  mort  de  M»""  Delaplacc  ;  mort  à  Pé-King, 
la  mars  1890. 


CHAPITRE  XXIII 
L'AFFAIRE  DU  T0N6-KIN6  (Suite).  —  BAG-LÉ  {03  jain  1884). 

AFFAIRE    DE    BAC-LÉ 

Conformément  à  la  Convention  du  ii  mai,  vers  le  milieu 
de  juin,  le  général  Millot  se  décida  à  faire  occuper  Lang- 
so'n  qui  devait  être  évacué  le  6  par  les  Chinois.  Les  disposi- 
tions relatives  à  l'organisation  et  aux  opérations  de  la 
colonne  de  Lang-so'n  prises  par  le  colonel  d'état-major 
Guerrier  portaient  que  les  points  de  Lang-so'n,  Tliat-Ké, 
Cao-Bang  seraient  occupés  par  les  troupes  françaises;  la 
colonne  devait  se  rendre  en  5  jours  à  Lang-so'n.  Le  19  juin, 
le  lieutenant-colonel  Dugenne,  avec  900  hommes  environ', 
quittait  Phu-lang-thuong;  le  ^3,  il  prenait,  après  avoir  tra- 

I .  La  colonne  concentrée  k  Phu-Lang-Thuong,  sous  les  ordres  du 
lieu  t. -colonel  Dugenne  devait  avoir  la  composition  suivante  :  i»  un  ba- 
taillon d*infanterie  de  marine,  tire  des  garnisons  de  Bac-Ninh  et  de  Phu- 
Lang-Thuong  ;  2°  une  batterie  de  4  de  montagne,  tirée  de  la  garnison 
de  Phu-Lang-Tbuong  ;  3"  le  demi-escadron  de  cavalerie  du  corps  expédi- 
tionnaire; 4^  une  section  mixte  de  sapeurs  du  génie  et  de  pontonniers, 
avec  un  parc  d'outils,  constituée  à  Hanoï  et  commandée  par  un  oflicier  ; 
50  un  détachement  de  3uo  tirailleurs  tonkinois,  composé  do  la  io<^  com- 
pagnie actuellement  à  Bac-Ninh  et  d'un  peloton  de  la  iJ<*  compagnie  qui 
tient  garnison  à  PhuLang-Thuong  ;  0"  une  section  d'ambulance  com- 
prenant les  éléments  suivants  :  a  médecins.  4o  lits.  Des  cadres  et  des 
cantines  médicales,  dont  le  nombre  sera  en  rapport  avec  l'efTectif  de  la 
colonne.  L'importance  de  ce  matériel  sera  fixée  par  M.  le  médecin  en 
chef  des  ambulances  ;  7°  une  section  de  télégraphie  optique,  composée 
de  I  olficier,  1 1  hommes  et  4  appareils  optiques  ;  S'^  un  service  de  la 
prévôté,  composé  de  i  brigadier  et  de  4  gendarmes  ;  9<>  un  convoi  de 
35  jours  de  vivres. 

CoROiER.  II.  —  29 


/i5o  i/afiairp:  di:  tong-kix; 

versé  le  Song-Thuong,  cou  tac  l,  près  de  Bac-Lc,  avec  les 
troupes  chinoises  régulières  du  Kouang-Si,  armées  de  fusils 
Remington  (28  juin).  Les  chefs  chinois  firent  remettre,  la 
lettre  suivante  au  colonel  Dugenne. 

Au  noble  commandant  des  troupes  françaises  — 

«  Votre  compatriote,  M.  Fournicr,  a  dit.  à  Tien-Tsin,  au 
moment  où  il  s'en  retournait  en  France,  que,  après  vingt  (jours), 
des  soldats  (français)  seraient  envoyés  pour  parcourir  le  pays 
et  que  l'armée  de  Koueî  devrait  s'en  retourner  camper  dans 
certains  endroits.  »  Nous  le  savons  comme  vous. 

Vous  voulez  aujourd'hui  que  nous  nous  relirions  sur  la  fron- 
tière; mais  il  faut  absolument  pour  cela  un  avis  du  Tsoung-li 
Yamen,  Ce  n'est  pas  que  nous  voulons  violer  le  traité.  Le  traité 
de  Tien-Tsin  porte  bien  que  nos  troupes  seront  reportées  sur  la 
frontière.  Nous  ne  voulons  pour  cela  qu'une  lettre  qui  nous  fixe 
sur  les  mouvements  que  nous  avons  à  faire.  On  ne  doit  pas  rom- 
pre la  paix  par  des  combats  inutiles.  Nous  vous  prions  donc  de 
vouloir  bien  vous-même  adresser  un  télégiamme  à  Pé-Ring  pour 
demander  une  lettre  du  ïsoung-li  Yamen.  11  ne  faudra  que  j>eu 
de  temps  pour  la  demande  et  la  réponse.  Dès  que  nos  troupes 
auront  l'avis  du  Tsoung-li  \amen,  elles  se  formeront  en  batail- 
lons cl  é\acueront  le  territoire  annamite  pour  retourner  aussi- 
tôt fi  la  Passe  du  MidiK  Nos  deux  pays  ayant,  en  effet,  conclu 
la  paix,  on  ne  doit  pas  faire  naître  de  nouvelles  luttes. 

Tel  est  ce  que  nous  avions  à  vous  dire. 

Les  chefs  de  camps  chinois  : 
Li,  Wang  et  Wei 

[sans  date] 

N.  B.  —  L*enveIoppe  extérieure  porte  les  indications  sui- 
vantes :  «  Expédié  de  Rouan-yin  R'iao,  le  39*  jour  de  la  5*  lune 
de  la  16'  année  Rouang-Siu  (=  22  juin  i884)  à  l'heure  yeou 
(de  5  à  7  heures  du  soir)  pour  être  remis  le  même  jour  », 

Le  sceau,  qui  y  est  frappé  en  trois  endroits ,  porte  :  «  Sceau 
du  Commandant  en  chef  du  Grand  Camp  de  l'armée  de  Tchèn- 
nan  (la  passe  entre  le  Rouang-Si  et  le  Tong-King)  commandant 
aussi  le  camp  de  gauche  de  V Armée  du  Centre^  ». 

1.  Tchèn  Nan  Kouan,  défilé  sur  la  frontière  du  Kouang-Si. 
a.   Pour  traduction  conforme,  signé  :  A.  Vissikre. 


PHOTKSTATION     DK    LA     KHANCI,  /|5  I 

L'interprète  annamite  qui  accompagnait  le  colonel  Du- 
genne  ne  connaissait- il  pas  la  langue  chinoise  écrite  ou  Toffi- 
cier  français  était-il  trop  ardent,  toujours  est-il  qu'il  voulut 
passer  outre  :  le  résultat  de  l'attaque  fut  :  2  olïiciers  tués  et 
5  blessés,  20  hommes  tués  et  63  blessés  ^  Si  le  colonel 
Dugenne,  moins  impatient,  avait,  avant  d'attaquer,  fait  part 
de  l'incident,  les  autorités  de  Ila-noï  en  auraient  référé  à 
Paris  qui  aurait  demandé  des  explications  à  Pé-King  et  l'on 
aurait  tiré  l'affaire  au  clair.  Il  n'y  eut  pas  de  guel-apens  à 
Bac-Lé  ;  les  troupes  chinoises  n'ayaat  pas  reçu  d'instructions 
de  leurs  chefs  restaient  fidèles  à  leur  poste  comme  elles 
devaient  le  faire  ;  d'autre  part,  elles  ne  pouvaient  pas  recevoir 
d'instructions,  car  le  Tsoung-li  Yamen,  comme  nous  le 
verrons,  ignorait  complètement  les  arrangements  pris  par 
Li  Houng-lchang  avec  le  commandant  Fournier  pour  l'é- 
vacuation du  Tong-King  par  les  troupes  impériales. 


PROTESTATION    DE    LA    FRANCE 

Le  26  juin,    M.    Jules   Ferry  télégraphiait  à    Pé-King 
M.  de  Semallé  : 

Protestez  avec  énergie  contre  cette  violation  du  traité  et  réser- 
vez nos  droits  à  une  réparation.  Insistez  jK>ur  que  troupes  chi- 
noises reçoivent  d'urgence  ordre  de  repasser  frontières  du  Tong- 
King. 

M.  Palenôtre  ne  lardera  pas  à  arriver  à  Pé-King,  après  s*étre 
entendu  avec  Ta  mirai  Courbet  qui  prend  commandement  des 
deux  divisions  de  l'escadre,  pour  exiger  les  salisfactions  néces- 
saires. 


I .  a3  juin  :  officiers,  1  tué,  3  blessés  ;  troupes,  7  lues,  ii3  blessés.  — 
a4  juin  :  officiers,  i  tué,  2  blessés;  troupes,  i3  tués,  30  blessés,  2  dis- 
parus, 2  morts  d'insolation  ;  parmi  les  derniers  tues  fîguraicnt  5  hommes 
blessés  le  23  et  tués  le  a^  à  l'ambulance;  ils  appartenaient  au  bataillon 
d'Afrique. 


453  l/\FFAmK    DU    TONC-KINr, 


M.     PATENÔTRE 


Le  même  jour,  M.  Ferry  télégraphiait  la  nouvelle  du 
désastre  à  M.  Patenotre^  à  Chang-Haï  et  à  Hong-Kong,  en 
ajoutant  : 

Rendez-vous  directement  à  Pé-R'mg  pour  assurer  la  stricte  ob- 
servation du  traité  et  exiger  une  réparation.  Entendez- vous  avec 
Famiral  Courbet,  qui  a  reçu  ordre  de  prendre  le  commande- 
ment des  deux  divisions  de  Tescadre,  et  de  nous  assister  dans 
cette  mission.  Vous  jugerez  s'il  confient  que  la  flotte  aille  immé- 
diatement à  Tien-Tsin. 

La  dépêche  toucha  à  Hong-Kong  M.  Patenôlre  qui  télé- 
graphia qu'il  partirait  le  lendemain  (28  juin)  pour  Chang- 
Haï  et  qu'il  avisait  l'amiral  Courbet  de  venir  l'y  rejoindre 
pour  y  conférer  avec  lui  sur  les  mesures  à  prendre  ;  il  con- 
seillait également,  si  la  saison  n'était  pas  trop  défavorable, 
une  marche  en  avant  au  Tong-King:  «  LIne  action  diploma- 
tique h  Pé-King,  disait-il,  n'a,  je  crois,  de  réelle  chance  de 
succès  que  si  elle  est  accompagnée  d'une  démonstration  mili- 
taire énergique  sur  terre  et  sur  mer.  » 

Le  Tsoung-li  Yamen  connut  l'alTaire  de  Bac-Lé  par  les 
télégrammes  de  Tchang  Chou-chëng,  vice-roi  des  Deux- 
Kouang,  en  date  du  5  de  la  5*'  lune  intercalaire  (=  le  27 
juin  1884)  : 

«  P'an  T'ing-sin  *  me  télégraphie  que,  dans  l'après-midi  du  i*' 
(aS  juin),  les  troupes  françaises  étant  venues  tout  près  de  notre 
camp  de  Kouan-yin-k^iao,  déclarèrent  qu'elles  allaient  à  Lang-son 
reconnaître  le  pays,  et  demandèrent  un  haut  fonctionnaire  pour 
s'entretenir  avec  lui.  Wan  Tcliong-hiuan  s'y  rendit  aussitôt.  Les 
soldats  français  lui  barrèrent  la  route  avec  un  bâton  et  lui  di- 
rent seulement  que  «  dans  trois  jours,  il  leur  fallait  absolument 
Lang-son  ».  Après  avoir  dit  ces  mots,  ils  ouvrirent  le  feu  des 
canons  et  notre  armée  leur  tint  tète  à  coups  de  fusils.  » 

I.  Gouverneur  du  Kouang*Si. 


M.     DE    S  KM  ALLÉ    KT     LK    YAMKiN  '|53 

Nouveau  lélcgranime  du  6  =  le  28  juin  188/i  ^ 

Pendant  l'affaire  du  i*""  (28  juin)  à  Kouan-yin'k'iao,  les  Fran- 
çais et  nos  troupes  se  battirent  à  coups  de  fusils  et  de  canons, 
depuis  la  matinée  jusqu'à  la  4®  veille  (de  i  heure  à  trois  heures 
du  matin).  Nous  avons  eu  plus  de  trois  cents  hommes  tués  ou 
blessés,  tant  soldats  qu'officiers.  Les  Français  ont  eu  aussi  des 
morts  et  des  blessés  et  ont  reculé  jusqu'à  ï'oun-ya  qui  est  à  3o 
li  de  Kouan-yin-k* iao  * . 

M.     DE    SEMALLÉ    ET    LE    YAMEN 

Le  28  juin  i884,  M.  de  Semallé,  accompagné  de  M.  Col- 
lin  de  Plancy,  se  rendait  à  4  heures  du  soir  au  ïsoung-li 
Yamen  où  étaient  réunis  le  Beilé  Yi-K'ouang,  Yen  Kiu- 
ming,  Tcheou  To-joun,  Tcheou  Ria-mei,  Wou  Ting-len, 
Tch'en  Lan-pin,  Tchang  Yin-houan  et  Fou-lien,  inter- 
prète du  Yamen.  Des  additions  avaient  été  faites  récemment 
au  Tsoung-li  Yamen  par  un  décret  inséré  à  la  Gazette  de  Pé- 
king  du  2/1  juin  i884  (2*  jour,  5*'  lune  intercalaire, 
10'  année  de  Kouang-Siu)  : 

Le  Président  du  Ministère  des  Travaux  Publics,  Fou  R'oucn  ; 
le  Président  du  Li  Fan  y^ouen,  ou  bureau  des  Colonies  étrangères, 
K'ouen-kang  ;  le  vice-président  de  gauche  au  Censorat,  Si- 
tc'hen  ;  le  vice-président  de  droite  au  Ministère  des  Travaux 
Publics,  Siu  Yong-yi  ;  le  Docteur  au  Grand  Secrétariat  et  Vice- 
Président  honoraire  au  Ministère  des  Rites,  Leao  Cheou-heng 
sont  appelés  à  faire  tous  partie  du  Tsoung-li  Yamen. 

Respect  à  ceci  ! 

Fou-K'ouen  remplaçait  Lin-Chou,  malade,  à  la  fois  au 
Yamen  et  aux  Travaux  publics;  K'ouen-kang  et  Si-tclfcn 
étaient  destinés  à  représenter  Télément  tiulare,  absent  depuis 
le  départ  de  Lin-Chou. 

Tchang    Yin-houan,    ancien  Tao-taï   à  Tché-fou,  puis  à 

I.   Pour  traduction  conforme,  signé  :  A.  Vissière. 


/j54  i/aFFAIRK     du    TONC-KING 

Wou-lioii,  avait  été  nommé  précédemment  membre  du 
Tsoung-li  Yamen  dont  il  fut  renvoyé  au  mois  de  septembre 
suivant. 

Apres  avoir  communiqué  aux  membres  du  Yamen  le  télé- 
gramme annonçant  raflaire  de  Bac-Lé,  M.  de  Semallé  ter- 
mina en  disant  qu'aux  termes  du  traité  du  ii  mai,  la  ville 
de  Lang-so'n  devait  être  évacuée  depuis  le  commencement  du 
mois.  Tous  les  ministres  parlèrent  à  la  fois  et  déclarèrent  qu'il 
n'était  question,  dans  le  trailé,  ni  de  Lang-so'n,  ni  d'une 
date  précise  et  déterminée  pour  l'évacuation.  Ils  affirmèrent 
avoir,  eux  aussi,  reçu  des  nouvelles  des  commandants  de 
leurs  forces,  qui  rapportaient  qu'ils  avaient  été  attaqués  par 
les  Français  sans  aucune  provocation. 

Quelques  membres  remarquèrent  qu'il  n'avait  pas  été  ques- 
tion dans  le  traité  de  Tien-Tsin  de  l'évacuation  de  Lang-so'n 
et  demandèrent  qu'on  apporte  le  texte  du  traité.  Yi-K'ouang 
dit  que  le  Tong-King  n'avait  jamais  du  être  évacué  qu'après 
la  conclusion  du  traité  définitif,  qui  devait  être  signé  dans 
un  espace  de  trois  mois,  aux  termes  mêmes  de  l'arrange- 
ment de  Tien-Tsin. 

Le  texte  dutraité  ayant  été  apporté,  quelques  membres  du 
Yamen  lirent  observer  à  M.  de  Semallé  qu'il  n'y  est  nulle 
part  question  de  Lang  so'n,  de  Cao-bang  et  deLao-kay,  que 
nulle  part  il  n'est  question  d'une  date  précise  pour  l'évacua- 
tion du  Tong-king;  qu'il  n'est  pas  question  non  plus  des 
frontières  de  ce  pays  dans  le  texte  chinois  et  qu'elles  sont 
précisément  à  déterminer  par  le  trailé  définitif.  M.  de 
Semallé  ayant  répondu  que  le  texte  français  Seul  faisait  foi 
et  qu'il  est  formel,  ïchang  Yin-houan  répliqua  :  «  J'étais 
à  Tien-Tsin  et  j'ai  assisté  à  la  séance  pendant  laquelle  a  eu  lieu 
la  signature  du  traité.  M.  Frandin  a  pris  dans  ses  mains  les 
textes,  les  a  lus,  les  a  déclarés  conformes  et  nous  avons  eu 
confiance  en  ses  paroles.  Nous  n'avons  pas  fait  retraduire  le 
texte  français  k  Pé-King.  Quant  à  ce  qui  est  de  stipulations 


M.    Di:   si:m\i.[,k   i.t   f.k   v\mi:n  'i .'>-'> 

fiuelconqnos  en  dehors  du  texlc  qui  a  été  signé,  j'afiiriue 
qu'il  n'en  aélénullenicnl  question  enlre  S.  E.  Licl  M.  Four- 
nier  et  qu'ils  ont  trouvé  le  tout  fort  bien  et  très  en  règle.  » 

D'ailleurs,  le  Yanien  paraissait  ne  pas  donner  une  grande 
importance  au  traitx»  du  ii  mai,  M.  Patenôtre  étant  attendu 
pour  signer  un  traité  définitif.  Plusieurs  ministres  disaient 
que  Lang-so'n  est  une  des  clefs  de  la  frontière  chinoise  et 
ne  sera  jamais  évacuée  avant  la  conclusion  tout  au  moins  d'un 
traité  définitif;  Li  Houng-Tchang  n'a  pu  accorder  que  ce  à 
quoi  il  avait  été  autorisé,  et  jamais  il  n'avait  été  question 
de  cela. 

M.  de  Semallé  insista  sur  la  gravité  des  responsabilités 
encourues  par  le  Gouvernement  chinois  et  remit  ime  note  en 
français  à  laquelle  il  réclamait  une  prompte  réponse  : 

Pé-King,  33  juin  1884. 

Le  soussigné,  Chargé  d'Alfairos  de  France  en  Chine,  a  le  re- 
gret d*avoir  à  informer  S.A.  le  Bcilé  Yi-k*ouang,  désigné  par 
rKmpercur  pour  remplacer  son  A.  I.  le  Prince  Koung,  comme 
Président  du  (Comité  des  x\(Taires  extérieures,  —  qu'au  mépris 
du  traité  signé  le  1 1  mai  à  Ïien-Tsin,  entre  S.  Exe.  le  Vice-Roi 
Li  lloung-tchang  et  M.  le  Commandant  Fournier,  munis  res- 
pectivement des  pleins  pouvoirs  de  llmpéralrice  Régente  et  du 
Président  de  la  République  —  les  troupes  envoyées  par  le  Com- 
mandant des  forces  françaises  du  Tong-King,  pour  occuper  Lang- 
so'n,  après  la  date  convenue  pour  son'évacuation  par  les  troupes 
impériales,  ont  été  attaquées  par  quatre  mille  soldats  réguliers 
chinois. 

Par  ordre  exprès  de  son  Gouvernement,  Il  proteste  hautement 
contre  cette  violation  des  engagements  les  plus  solennels:  il  rend 
le  Gouvernement  Chinois  responsahle,  jusque  dans  leurs  derniè- 
res conséquences,  des  suites  directes  ou  indirectes  de  cette  agres- 
sion et  il  réserve  de  la  façon  la  plus  formelle  tous  les  droits  ac- 
quis par  la  France  à  la  réparation  des  pertes  et  des  outrages  qui 
lui  ont  élé  infligés  au  Tong-King. 

Le  Soussigné  a  également  le  devoir  d'insister,  de  la  façon  la 
plus  pressante,  auprès  du  Gouvernement  Chinois,  pour  que  les 
troupes  impériales  reçoivent  d'urgence  l'ordre  de  repasser  immé- 


/|5f)  l'affaire    ni      TONC-RINC 

(Jialrmciit  la  fronlioro  ci  (J'cvacuer  sans  aucun  relard  la   totalité 
du  Tong-King. 

11  saisit  celle  occasion  pour  renouveler  à  S.  A.  le  Beilc  Yi- 
k'ouang,  les  assurances  de  sa  haute  considération. 

Sig.  Semallé. 

I/erreur  capitale,  écrivait  M.  de  Semallé,  le  7  juillet  i884, 
à  M.  Jules  Ferry  : 

a  Celle  qui  avait  donné  lieu  au  seul  malentendu  dangereux, 
provenait  de  ce  que  notre  article  V  avait  été  traduit  de  telle 
sorte  que,  depuis  le  premier  jour  où  le  projet  d'évacuation  avait 
été  présenté  à  l'Impératrice  et  au  Conseil  Privé  jusqu'au  28  juin 
inclusivement,  tous  ceux  qui  en  avaient  pris  lecture  à  Pé-Ring, 
avaient  compris  que  les  articles  précédents  eux-mêmes  devaient 
faire  partie  des  matières  à  soumettre,  dans  les  trois  mois,  à  la 
discussion  des  Plénipotentiaires  des  deux  Puissances  et  que  ce 
serait  seulement  h  partir  du  jour  à  fixer  par  ceux-ci,  que  l'éva- 
cuation rapide  ou  immédiate  (peu  leur  inqiortc)  du  Tong-Ring 
par  les  troupes  impériales  devrait  avoir  lieu,  » 

Nos  malentendus  ont  été  dus  en  grande  partie  soit  à  des 
erreurs  de  traduction,  soit  à  une  mauvaise  désignation  des 
noms  de  lieux.  Le  Tong-King,  pour  les  Chinois,  est  la  Cour 
de  rEst,  une  ville,  Ha-noï,  et  non  le  pays  même  qu'ils 
désignent  sous  Tappellation  de  Pe-Ky.  Ils  ne  nous  trom- 
paient donc  pas  en  nous  disant  qu'ils  n'avalent  pas  de  trou- 
pes au  Tong-King,  c'cst-à-illre  à  Hanoï. 

Le  2g  juin,  à  8  heures  du  soir,  la  légation  de  France  rece- 
vait la  réponse  suivante  du  Yarnen  : 

7*  jour  de  la  5°  lune  intercalaire  (le  119  juin  i884). 

COMMUNICATION    OFFICIELLE 

Le  6  de  cette  lune  (28  juin  188/1),  vous  nous  avez  remis  per- 
sonnellement, M.  le  Chargé  d'alTaires,  une  dépêche  écrite  en 
français,  que  nous  avons  fait  traduire  et  dans  laquelle  vous  nous 
disiez  que  «  les  troupes  envoyées  par  le  Commandant  des  forces 
françaises  au  Tong-King,  pour  occuper  Lang-so'n,  après  la  date 


M.     1)K    SKMMJ.K    ET     l.K    YVMKN  '■^- 


V)7 

fixée  pour  son  ('^vacualion  par  los  troupes  chinoises,  ont  été  atta- 
quées par  quatre  mille  soldats  chinois  »,qne,  «  par  ordre  de  votre 
gouvernement  vous  protestez  et  rendez  responsable  la  Chine,  » 
que  «  vous  nous  suppliez  de  donner  ordre  aux  troupes  chinoises 
d'évacuer  au  plus  tôt  la  totalité  du  territoire  tonkinois,  etc.,  etc.  » 

Or,  le  V'^  article  de  la  Convention  sommaire  conclue  h  Ticn- 
Tsin  entre  le  Commissaire  des  Ports  du  Nord  Li,  et  M.  Four- 
nicr,  Kepréscntant  de  votre  pays,  porte  que  «  après  un  délai  de 
trois  mois,  on  élaborera  de  concert  un  traité  définitif,  sur  les 
bases  fixées  par  les  articles  précédents  ».  Dans  cette  convention 
sommaire,  rien  n'a  été  convenu  avec  précision  en  ce  qui  concerne 
les  questions  de  commerce  ou  de  frontières  et,  quant  à  ce  qui 
est  relatif  aux  retraites  des  garnisons  chinoises,  aucune  date 
n'a  été  non  plus  spécifiée  |K)ur  cette  évacuation.  C'est  pourquoi 
la  Chine  a  envoyé  des  instructions  écrites  aux  corps  d'armée  du 
Yun-Nan  et  du  Kouang-Si ,  cantonnés  au  Tong-King,  pour 
qu'ils  continuent  d'occuper  les  lieux  où  ils  se  trouvaient,  en  leur 
interdisant  d'expédier  des  troupes  en  avant  ou  de  prendre  l'ini- 
tiative d'une  bataille,  jusqu'au  moment  où,  le  traité  définitif 
ayant  été  conclu,  on  pourrait  de  part  et  d'autre,  retirer  ses 
troupes. 

La  région  de  Lang-so'n  est  la  plus  proche  du  Kouang-Si.  La 
passe  de  TchenSan  Kounn  est  la  frontière  de  la  Chine.  Les  trou- 
|)es  du  Kouang-Si  y  ont  été  jusqu'ici  cantonnées.  Un  télégramme 
vient  de  parvenir  à  notre  Yamen  disant  que  les  troupes  régu- 
lières de  votre  pays,  s'annonçant  comme  faisant  une  tournée  du 
côté  des  frontières,  se  sont  présentées  soudain  dans  un  lieu  oc- 
cupé, dès  le  principe,  par  l'armée  du  Kouang-Si,  pour  reconnaî- 
tre nos  camps,  qu'elles  ont  ouvert  le  feu  à  coups  de  fusils  et  de 
canons,  si  bien  que  nos  troupes  se  sont  défendues,  etc. 

Si  les  troupes  régulières  françaises  désiraient  faire  une  tour- 
née sur  les  frontières,  pourquoi  n'ont-elles  pas  attendu  la  con- 
clusion du  traité  définitif  et  pourquoi  ne  vous  ont-elles  pas  tout 
d'abord  informé,  M.  le  Chargé  d'x\r['aires,  pour  que  vous  puissiez 
nous  le  dire  et  nous  permettre  de  le  porter  à  la  connaissance  de 
nos  garnisons  chinoist»s  du  Yun-Nan  et  du  Kouang-Si  ?  Au  lieu 
d'agir  de  la  sorte,  elles  se  sont  avancées  et  nous  ont  attaqués,  ce 
(pii  est  en  opj>osition  avec  l'article  11  de  la  convention  sommaire 
où  il  est  dit  que  «  aucune  agression  ne  jX)urra  être  exercée  ». 

11  semble,  dans  ces  circonstances,  que  les  troupes  régulières 
françaises  doivent  porter  la  responsabilité  de  l'attaque  et  recon- 


1  i^** 


458  i/aFFAIRK    I)T'    TONG-Ki>«G 

naître  que  c'est  à  elles  qu'incombent  les  frais  d'une  indemnité. 
Depuis  le  17  de  la  4"  lune  (i  i  mai),  jour  de  la  conclusion  de  la 
convention  sommaire  entre  les  deux  pays,  jusqu'au  jour  présent, 
trois  mois  vont  bientôt  s'(Hrc  écoulés.  Que  Ton  discute  donc  en  dé- 
tail, —  conformément  aux  stipulations  df  la  Convention  —  un 
traité  définitif  de  frontières  et  de  commerce,  et  les  événements 
qui  viennent  de  se  passer  ne  se  reproduiront  plus. 

Nous  vous  prions  donc  instamment,  M.  le  Chargé  d'Affaires, 
de  vouloir  bien  demander  au  Ministère  français  des  Affaires 
étrangères  :  d'une  part  de  faire  donner  des  ordres  à  vos  troupes 
régulières  pour  qu'elles  s'abstiennent  désormais  de  toute  marche 
en  avant  et  de  toute  attaque  et  d'autre  part,  pour  qu'il  presse 
l'arrivée  en  Chine,  dans  le  délai  voulu,  du  Ministre  chargé  de 
s'entendre  avec  nous  sm*  le  traité  définitif.  11  fera  preuve  par  là 
de  son  respect  pour  les  devoirs  de  l'amitié  et  de  Timporlance 
qu'il  attache  aux  Traités*. 

«  Ce  qui  m'a  le  plus  frappé,  écrivait  M.  de  Semallé  dans 
sa  dépêche  du  3o  juin,  c'est  Pair  de  sincérité  et  rétonnemcnt 
de  tous  quand  j\ii  parlé  des  faits,  qui  venaient  de  se  produire 
au  Tong-King,  comme  d'événements  de  la  plus  haute  gravité  ! 
Les  ministres  et  le  prince  ne  voulaient  pas  le  croire  et  je 
les  ai  laissés  extrêmement  surpris,  mais  pleins  de  confiance 
que  l'arrivée  prochaine  de  M.  Patcnôtre  suffirait  pour  réta- 
blir la  bonne  harmonie  qu'ils  déclarent  désirer  sincèrement.  » 

A  son  tour  Li  fournissait  ses  explications  au  Yamen  : 

LETTRE  DE   Ll  HOU?îG-TCH.\NG    AU   TSOUNG-LI  TAMEN, 

2    JUILLET     1884 

J'ai  reçu  la  lettre  collective  que  vous  m'avez  adressée  le  8  de 
la  5*  lune  intercalaire  (3o  juin  i884).  aiusi  que  les  copies,  qui  \ 
étaient  jointes,  des  procès-verbaux  de  vos  entretiens  avec  le  Chargé 
d'Affaires  de  France,  M.  de  Semallé,  et  de  la  correspondance 
échangée  avec  lui. 

Vous  me  demandez  si,  dans  mes  conversations  avec  M.  Four- 

1.  Pour  traduction  conforme,  signe  :  A.  Vissiî^:re. 


LETTRK    r)K    1,1    IIOUXi-TCllANC.     AU    TSOINd-LI    YAMKN  \0Ç) 

nier,  au  momrnt  do  son  départ,  j'ai  donné  mon  conscntcmenl 
à  une  Annexe  de  la  Convention.  J'ai  lu  à  plusieurs  reprises  ce 
passage,  qui  m'a  causé  une  grande  surprise.  En  effet,  M.  Four- 
nier  est  parti  le  a/j  de  la  4*  lune,  j)our  rentrer  en  France.  Le  a3 
(17  mai  1884)  il  est  venu  me  voir  pour  me  faire  ses  adieux  et, 
pendant  l'entretien,  il  a  produit  une  note  écrite  en  français  sur 
une  feuille  de  papier  et  il  a  dit  à  l'inlerprète  d'en  faire  la  tra- 
duction. Celle-ci  comprenait  trois  points  : 

1°  La  France  avait  nommé  Ministre  Plénipotentiaire,  M.  Pa- 
tenôtre,  avec  mission  de  conclure  le  traité  défmitif.  M.  PatenA- 
tre  viendrait  en  Chine  après  avoir  quitté  Hué. 

2®  La  France  devant  protéger  la  totalité  du  territoire  tonki- 
nois, le  Général  Mi  Ilot  se  proposait  d'expédier  des  troupes  fran- 
çaises ou  annamites,  après  vingt  jours,  à  Cao-Bang  QlLang-so*n, 
et  après  quarante  jours,  à  Lao-kay.  —  Sur  les  deux  rives  du 
Fleuve  Rouge,  des  lrou|)es  françaises  ou  annamites  devaient  aller 
poursuivre  les  Pavillons  Noirs  et  les  autres  bandes,  dans  tous  le^ 
lieux  où  on  les  rencontrerait.  Les  troupes  chinoises  devaient 
s'être  retirées  dans  les  délais  fixés. 

3**  La  France  informait  M.  Patenôtre  qu'il  devait  supprimer  du 
i"  article  du  traité  franco-annamite  tout  ce  qui  concernait  l'Em- 
pire chinois,  pour  qu'il  n'v  restât  rien  d'offensant  pour  la  di- 
gnité de  la  Chine. 

Telles  étaient  l'explication  à  donner  aux  articles  H,  IV  et  V 
de  la  Convention  et  les  obligations  qui  en  résultaient,  etc. 

Je  dus  alors  lui  dire  que  j'a>ais  appris  que  les  troupes  du 
Yun-Nan  et  du  Kouang-Si  élaient  campées  séparément  dans  la 
région  de  Lang-so'n  et  de  Lao-kay,  localités  toutes  voisines  de  la 
frontière  de  Chine;  que  ces  troupes  y  tenaient  garnison  en  per- 
manence depuis  plus  de  dix  ans,  j)our  la  répression  des  rebelles 
et  que  notre  vassal  s'appuyait  sur  elles  jx)ur  le  maintien  de  l'or- 
dre; qu'elles  n'avaient  aucun  rapport  avec  la  France,  qu'elles  ne 
g(>naient  pas;  que,  la  paix  venant  d'élre  conclue,  il  inqwrtait 
d'attendre  que  le  traité  définilif  eut  élé  signé,  pour  s'entendre 
à  leur  sujel  ;  que  la  France,  en  demandant  l'évacuation  à  date 
fixe,  semblait  parler  le  langage  de  la  contrainte';  qne  je  n'oserais 
certainement  pas  y  consentir,  non  plus  que  je  n'oserais  présen- 
ter au  Trône  aucun  Rapport  à  ce  sujet. 

M.  Fournier  continua  avec  instance,  à  me  prier  de  faire  ren- 
trer nos  garnisons,  conformément  à  la  Convention.  Je  lui  dis 
que,  la  distance  étant  trop  grande,  je  ne  pouvais  me  faire  une  juste 


*  "-T. 


460  l'affaire    Dr    TO\r,-RI>G 

idée  des  circonslances  spéciales  an  pays  et  que  c'était  aux  hautes 
autorités  placées  à  la  tôle  des  années  qu'il  convenait  d'aviser  et 
d'afîir.  suivant  les  exigences  du  moment.  Je  lui  conseillai  d'em- 
pécher  les  troupes  françaises  de  se  porter  en  avant  avec  précipi- 
tation, ce  qui  les  ferait  se  rencontrer  avec  les  forces  chinoises,  el 
d'éviter  une  bataille  et  un  conflit. 

M.  Fournier  prit  conjjjé  et  partit.  J'ignore  ce  qu'il  a  dit  dans 
le  télégramme  par  lui  adressé  à  son  Gouvernement.  Mais  il  ne 
m'a.  en  réalité,  remis  aucune  dépêche.et  il  n'a  rien  existé  qui 
put  prendre  le  non  dWnnexe  à  la  Convention. 

J'ai  l'honneur,  etc.,  etc.  *. 

M.  Palenôtre  arrivait  à  Chang-llaï  le  i""  juillet  i884  où 
suivant  les  instructions  qu'il  avait  reçues,  il  attendit  Faniiral 
Courbet  pour  conférer  avec  lui  sur  la  situation  avant  de  con- 
tinuer sa  route  jusqu'à  Pé-King,  se  bornant  à  notiGer  au 
Tsoung-li  Yamen  par  lettre  officielle  sa  présence  en  Chine 
et  sa  prise  de  service. 

D'autre  part,  M.  de  Semallé  était  invité  à  poursuivre  ses 
pourparlers  avec  le  Tsoung-Ii  Yamen,  tout  en  tenant  M.  Pate- 
nôtre  au  courant  de  ses  démarches.  Bien  que  celui-ci  eût 
pris  la  direction  officielle  de  la  légation,  la  présence  de 
xM.  de  Semallé  à  Pé-King  n'en  restait  pas  moins  nécessaire 
dans  les  circonstances  actuelles  et  Ton  comptait  sur  le  dévoue- 
ment dont  il  avait  fait  preuve  jusqu'alors. 

EXPLICATIONS    ET    NÉGOCIATIONS 

M.  Jules  Ferry  recevait  du  ministre  de  Chine  les  explica- 
tions de  son  Gouvernement,  et  il  télégraphiait  à  M.  Pate- 
nôtre  : 

5  Juillet  1884. 

Le  ministre  de  Chine  m'a  remis  hier  une  note  relative  à  l'af- 
faire de  Lang-so'n.  Le  Gouvernement  chinois  soutient  qu'un  ar- 

I.  Pour  traduction  conforme,  si^mé  :  A.  Vissière. 


FAPI.ICATIONS    ET    NKCOCI ATIONS  /jGl 

rangement  définitif  n'étant  pas  encore  intervenu,  le  fait  que  les 
armées  chinoises  sont  restées  au  Tong-King  ne  constitue  pas  un 
acte  d'hostilité.  U  en  conclut  que  l'envoi  de  la  flotte  sur  les  côtes 
de  Chine  ne  se  justifie  pas,  et  il  nous  demande  de  presser  votre 
arrivée  à  Pé-King  pour  traiter  définitivement. 

Dans  une  réponse  écrite,  je  rappelle  l'article  2  du  traité  du 
Il  mai  portant  que  la  Chine  «  s'engage  à  retirer  immédiate- 
ment sur  ses  frontières  toutes  les  garnisons  chinoises  du  Tong- 
Ring  »,  et  l'arrangement  complémentaire  destiné  à  régler  l'exé- 
cution de  cette  clause  et  conclu  peu  après  avec  le  Vice-Roî  muni 
de  pleins  pouvoirs.  Nous  avons  publié  en  même  temps  les  termes 
des  deux  arrangements;  si  le  gouvernement  chinois  trouvait  les 
dates  d'évacuation  trop  rapprochées  en  raison  des  distances,  il 
devait  nous  en  prévenir.  Il  y  a  donc  eu  agression  préméditée, 
guet-apens,  violation  du  traité,  pour  laquelle  nous  réservons  ex- 
pressément nos  droits  à  une  réparation. 

J'ai  ajouté  qu'avant  tout  la  Chine  nous  doit  des  garanties  pour 
l'exécution  loyale  du  traité  du  11  mai;  qui  est  définitif  par  sa 
nature  même  et  sera  complété  par  des  arrangements  de  frontières 
et  de  commerce.  Ces  garanties  ne  peuvent  résulter  que  d'une  dé- 
claration immédiate  portant  que  les  troupes  chinoises  ont  reçu 
l'ordre  d'évacuer  le  Tong-King  sans  délai.  Le  gouvernement  chi- 
nois est  prévenu  que  vous  ne  poursuivrez  pas  votre  voyage  avant 
que  nous  soyons  fixés  sur  ce  point,  et  son  Ministre  à  Paris  doit 
télégraphier  à  Pé-King  aujourd'hui  et  me  faire  connaître  d'ur- 
gence la  réponse. 

Attendez  à  Chang-Haï  de  nouvelles  instructions,  et  tenez  au 
courant  M.  de  Semallé  qui  devra  en  tous  cas  rester  sous  vos  or- 
dres à  Pé-King. 

Le  I '"■juillet,  M.  de  Semallé  remettait  une  note  au  Tsoung- 
li  Yamen,  en  réponse  à  la  dépêche  de  celui-ci,  du  29  juin. 
A  partir  de  la  date  oii  il  avait  reçu  ce  document,  le  Yamcn 
ne  pouvait  en  aucune  manière  invoquer  sa  bonne  foi  comme 
excuse,  pas  plus  que  les  fautes  d'un  texte  qu'il  avait  le  devoir 
de  vérifier  sans  relard.  Le  3o  juin,  le  Yamen  avait  envoyé 
M»  Hart  à  M.  de  Semallé,  pour  lui  exprimer  le  désir  d'arran- 
ger aussi  vite  que  possible  les  choses   à  Tamiable  et  avait 


fxG'Jt  l'affaire    du    TONG-kING 

paru  disposé  à  rappeler  dès  le  lendemain  par  un  décret  inn [sé- 
riai, publié  à  la  Gazette  de  Pé-Kimj,  cl  notifié  à  la  légation 
de  France,  toutes  ses  troupes  du  Tong-King.  Malheureuse- 
ment les  conseils  de  Tso  remportèrent;  l'arrivée  de  M.  Pate- 
nôtre  connue,  le  Gouvernement  chinois  nomma  des  com- 
missaires pour  se  rendre  au-devant  de  lui,  et  quand  M.  Harl 
pria  le  Yamen  d'accorder  le  retrait  des  troupes,  celui-ci  ré- 
pondit par  l'envoi  de  la  note  suivante  : 

DÉPÊCHE  DU  TSOUNG-LI  YAMEN  A  M.   DE  SEMALLÉ,   4  JUILLET   l884 

13*  jour  de  la  5*  lune  intercalaire  de  la  lo®  année  Kouang-Siu 
(4  juillet  i884). 

COMMUNICATION    OFFlClKLLE 

Nous  avons  reçu.  Monsieur  le  Chargé  d'Aflaires,  la  communi- 
cation ofliciellc  dans  laquelle  vous  nous  dites  que  a  vous  avez 
constaté  de  la  façon  la  plus  claire,  par  le  contenu  de  la  dépêche 
du  Prince,  comme  par  les  conversations  que  vous  avez  eues  au 
Yamen,  que  nous  avions  été  induits  en  erreur  par  la  traduction 
fautive  du  texte  français  de  la  Convention,  etc.,  etc.  » 

Or,  il  a  bien  été  dit  dans  un  des  cinq  articles  de  la  Conven- 
tion conclue  à  Ticn-Tsin,  que  le  texte  français  ferait  foi;  cepen- 
dant celle-ci  n*a  été  signée  par  les  deux  parties  qu'après  que  les 
textes  français  et  chinois  eurent  été  comparée  de  part  et  d'autre 
et  reconnus  sans  erreur,  les  textes  dans  les  deux  langues  peuvent 
naturellement  être  contrôlés  l'un  par  Fautre,  et,  en  ce  qui  con- 
cerne le  retrait  des  garnisons  chinoises  sur  les  frontières,  il  n*a 
été  spécifié  nulle  part  de  lieu  ni  de  date  pour  ce  retrait. 

Vous  nous  parlez,  M.  le  Chargé  d'affaires,  de  trois  articles 
examinés  et  approuvés  par  M.  le  Commandant  Fournier  et  par 
S.  E.  Li.  Si  ces  trois  articles  existent,  ils  ont  dû  être  placés  à  la 
suite  des  cinq  articles  (delà  Convention),  signés  en  même  temps 
et  portés  aux  archives,  ou  bien  ils  ont  été  insérés  dans  une  Dé- 
pêche olTicielle  indépendante.  Nous  ne  possédons  rien  de  sembla- 
bles. De  plus,  le  Prince  s'étant  adressé  à  ce  sujet  à  S.  E.  Li,  en 
a  reçu  une  lettre  |M)rtanl  qu'il  ne  s'est  agi  que  d'une  proposition 
du  Commandant  Fournier  à  S.  E.  Li,  qui  n'y  U  pas  consenti.  11 
n'y  a  donc  aucune  pièce  qui    nous  oblige  à  nous  y   conformer. 


DKPKClli:     hi;    TS()L'.N(^-M    YAMKN     A     M.     1)K    SKMALLÉ  /jOS 

Toutes  les  questions  de  frontière  et  de  commerce  ont  été  réser- 
vées pour  des  négociations  ultérieures  et  minutieuses  entre  les 
représentants  des  deux  pays,  aussi  n'cst-on  convenu  précédem- 
ment de  rien  touchant  les  territoires  occupés  par  les  garnisons 
rappelées,  non  plus  que  touchant  les  frontières  qui  devront  être 
déterminées.  Aussi  la  Chine  atiend-elle  que  les  représentants  des 
deux  puissances  soient  arrivés  à  un  accord  définitif,  pour  y  voir 
la  conclusion  de  l'aflaire  et  la  base  de  la  paix. 

Quant  aux  causes  du  malentendu  survenu  entre  les  deux  ar- 
mées, lors  de  Taflaircdu  aS  aux  environs  de  Lang-son,  dont  vous 
nous  entretenez,  M.  le  Chargé  d'Affaires,  les  nouvelles,  qui  nous 
sont  parvenues  à  ce  sujet,  diffèrent.  Il  est  donc  impossible  quant 
à  présent,  de  nous  en  rendre  un  compte  exact,  mais  il  est  par- 
faitement évident  que  ces  événements  ne  sont  le  résultat  d'une 
intention,  ni  de  la  part  des  gouvernements  chinois  et  français, 
ni  de  la  part  des  représentants  des  deux  pays.  La  communication 
oflicielle  que  nous  venons  de  recevoir  de  vous,  M.  le  Chargé 
d'Affaires,  témoigne  de  vos  intentions  amicales,  comme  celles  de 
la  Chine  et  du  Gouvernement  français,  et  il  est  aussi  évident  que 
vous  allez  être  muni  des  pouvoirs  nécessaires  pour  assurer  heu- 
reusement la  paix  et  la  bonne  amitié.  Ce  n'est  pas  en  ergotant 
sur  les  différences  existantes  dans  le  sens  d'un  ou  deux  mots  des 
textes  français  et  chinois  que  nos  deux  pays  s'appliqueront  sincè- 
rement a  conserver  intact  cet  état  de  paix  et  de  bonne  amitié 
établi  entre  nous  ;  on  n'arrivera  à  ce  résultat  que  par  la  loyauté 
et  par  la  bonne  foi  et  la  loyauté  réciproques  et  permanentes  des 
hauts  fonctionnaires  des  deux  nations  tant  dans  le  gouvernement 
que  dans  l'armée.  Le  Prince  et  les  Ministres  sont  à  cet  égard,  una- 
nimes dans  leur  manière  de  voir.  En  ce  qui  concerne  le  retrait  sur 
les  frontières  des  troupes  chinoises  du  Tong-King,  dont  vous  nous 
parlez  dans  votre  dernière  dépêche,  M.  le  Chargé  d'Affaires, 
comme  d'une  conséquence  du  traité,  notre  Yamen  a  reçu  une  ré- 
ponse de  S.  E.  Li  portant  «  qu'il  a  dit  personnellement  à  M.  le 
Commandant  Fournier  que  les  troupes  chinoises  du  Yun-Nan 
et  du  Kouang-Si  campées  séparément  dans  la  région  de  Lang-so'n 
et  de  Cao-Bang,  n'étaient  qu'à  une  très  petite  distance  de  la  fron- 
tière de  Chine;  qu'elles  y  étaient  campées  depuis  plus  de  dix  ans 
pour  la  répression  du  brigandage  et  qu'elles  ne  se  trouvaient  pas 
là  à  cause  de  la  France,  ni  contre  elle,  etc.,  etc.  ». 

Il  importe  donc  que  notre  Yamen  écrive  sans  retard  à  S.  E. 
Li  et  aux  hauts  dignitaires  du  Yun-Nan  et  du  Rouang-Si  pour 


f\(]f\  l'aFFAIKK    Dt      TONC-KING 

qu'ils  fassent  occuper  provi  soi  remont  Lang-so'n  et  Lao-Kav  par 
les  troupes  chinoises,  en  leur  interdisant  de  pénétrer  plus  avant 
et  leur  enjoignant  d'attendre  tranquillement  que  les  Représen- 
tants des  deux  pays  se  soient  entendus  sur  les  questions  de  fron- 
tières, après  quoi  ordre  sera  donné  de  se  conformer  au  nouvel 
accord. 

Nous  vous  prions,  en  même  temps,  de  télégraphier  aussi  aux 
troupes  françaises  pour  qu'elles  ne  marchent  pas  en  avant  de  fa- 
çon que  de  part  et  d'autre  nos  bpns  rapports  soient  garantis. 

Si,  avant  l'arrivée  des  instructions  de  notre  Yamen,  les  trou- 
pes chinoises  et  françaises  se  rencontraient,  ou  si  quelque  enga- 
gement avait  lieu,  il  ne  devrait  en  aucun  cas  influer  sur  ce  qui 
est  stipulé  ici. 

M.  Patenôtre,  Ministre  de  France,  est  déjà  arrivé  h  Chang- 
Haï.  Nous  vous  prions,  M,  le  Chargé  d'Aflaires,  d'écrire  à 
M.  Patenôtre  de  venir  promplement  à  Tien-Tsin,  où  sont  ar- 
rivés aujourd'hui  même,  les  Commissaires  impériaux  (chinois 
chargés  de  négocier  avec  lui. 

Telle  est   la  réponse  officielle  que  nous  avions  à  vous  faire*. 

Les  ministres  furent  prévenus  par  Sir  Robert  Hart  que 
cette  note  devait  produire  le  plus  mauvais  effet  et  pour  l'atté- 
nuer, ils  envoyèrent  le  soir  même  une  sorte  de  (X)mmentaire 
qui,  tout  en  ne  les  compromettant  pas,  était  censé  repré- 
senter le  fond  de  leur  pensée.  M.  de  Semallé  fit  répondre  par 
l'intermédiaire  de  sir  Robert,  qu'en  «  présence  des  mauvaises 
dispositions  du  Gouvernement  chinois,  mal  déguisées  dans  la 
lettre  officielle  à  laquelle  il  pouvait  seule  attacher  de  la  valeur, 
il  ne  pouvait  plus  compromettre  par  aucune  démarche,  sa 
propre  responsabilité,  pas  plus  que  les  graves  intérêts  dont  il 
avait  été  chargé  » . 

Sir  Robert  Hart  quittait  Pé-king  le  6  juillet  ayant  reçu 
pour  mission  de  rechercher  un  accord  ave^  M.  Patenôtre  sur 
les  bases  suivantes  : 

1°  En  principe,   maintien  de  la  Convention  de  Tien-Tsin  cl 
I.   Pour  traduction  conforme,  signé  :  A.  Vissikrk. 


•>  ■— ^   ■■ 


DÉPÉCIIK    DE    M.     nr    SF.MALU^  /ifio 

arriver  à  ce  rc'siillal  que,  provisoireincni  los  deux  textes  soient  re- 
connus comme  souscrits  et  exéculés  de  bonne  loi,  et  valables 
jusqu'au  traité  définitif. 

'j"  Abrogation  immédiate  de  ces  deux  textes  et  de  la  Conven- 
tion de  Tien-Tsin  jugée  peu  claire  et  insufTisantc,  par  la  conclu- 
sion d*un  traité  immédiat  dit  déiinitif  et  qui  ne  serait  qu'une  se- 
conde (klition  de  la  Convention  du  1 1  Mai,  puisqu'il  laisserait  à 
régler  pour  plus  tard  et  sur  de  bonnes  promesses,  les  questions 
de  délimitation,  douanes,  commerce*,  etc.,  etc. 

3°  Maintien  des  troupes  chinoises  au  Tong-Ring  jusqunu  jour 
à  fixer  par  celle  nouvelle  Convention. 

Le  6  juillet  au  soir,  le  Yamen  adressait  à  M.  de  Scmallé  une 
nouvelle  dépêche  dans  laquelle  il  déclarait  que  le  texte  chi- 
nois garanti  exact  par  M.  Frandin  faisait  loi  pour  lui, 
qu'aucune  pièce  oilicielle  n'avait  été  échangée  relativement 
aux  dates  d'évacuation  ;  que  la  Convention  de  Tien-Tsin 
étant  sans  valeur  jusqu'au  traité  définitif,  il  était  lu^gent  de 
réunir  les  plénipotentiaires,  après  quoi  des  deux  côtés,  on 
pourrait  retirer  les  troupes. 

Le  6  juillet  i88/|  à  6  h.  4o  du  soir,  M.  Patcnôtrc  rece- 
vait le  télégramme  suivant  de  M.  de  Semallé  : 

Un  revirement  s'est  fait  à  Pé-King.  Le  Tsoung-li  Yamen, 
après  m'avoir  oUicieusemenl  fait  croire  que  le  rappel  immédiat 
des  troupes  serait  ordonné  le  3  par  un  décret  impérial,  répond 
aujourd'hui  4  ^  ma  note  du  i*"". 

Il  a  constaté  dilTérence  entre  les  textes  Français  et  Chinois; 
mais  il  prétend  que  les  connnissaires  les  ayant  signés,  les  deux 
versions  |>euventMre  considérées  comme  équivalentes.  Selon  lui, 
Li  Houng-tchang  reconnaît  que  le  Commandant  Fournier  a  de- 
mandé de  fixer  des  dates  |K)ur  l'évacuation  mais  afïirme  qu'il  a 
refusé  d'y  consentir  ;  il  aurait  seulement  accordé  de  faire  concen- 
trer ses  troupes  aux  environs  de  la  frontière  et  aucune  pièce  de 
lui  n'existerait. 

Des  ordres  viennent  d'être  donnés  de  concentrer  troupes  chi- 
noises dans  Lang-son  et  Lao-Kay  —  Si  des  engagements  se  pro- 
duisaient de  nouveau  entre  les  deux  armées,  la  Chine  repousse 
toute  responsabilité. 

CORDIER.  II.    —    3o 


..-- -^ 


466  L*AFFA1RE    DU    TOXG-RINfi 

Le  Tsoung-li  Yaineii  me  j)rie  de  provoquer  des  ordres  arrêtant 
noire  marche  en  avant  et  de  presser  l'arrivée  de  M.  Patcnôtre 
qui  sera  attendu  à  Tien-Tsin  par  des  Conunissaires  Impériaux. 

On  veut  y  arrêter  noire  ministre.  Le  Vice-Roi  a  dit  à  M.  Fran- 
din  qu'il  serait  désigné  et  assisté  de  4  membres  du  Tsoung-U  Ya- 
men.  En  réponse,  je  prends  acte  de  Taveu  du  Tsoung-li  Yamen 
qui  reconnaît  la  non  conformité  du  texte  chinois,  je  cite  le  texte 
de  l'accord  intervenu  pour  l'évacuation  à  dates  fixes  que  j'ai  reçu 
ce  matin  par  le  télégraphe,  mais  sans  préciser  qu'il  ait  été  pro- 
posé par  Li  Iloung-tchang  parce  que  M.  Frandin  affirme  cju'il 
n'existe  qu'une  note  explicative  rédigée  par  le  Commandant 
Fournier  :  je  rends  le  Gouvernement  Impérial  responsable  de  tout 
nouvel  engagement  et  maintiens  ma  note  du  38  juin.  Le  télé- 
granune  deVotre  F]\cellencedu  37  sera  remis  à  Li  Houng-lchang 
qui  me  parait  complice  de  tout  ce  qui  se  passe. 

L'amiral  Courbet  arrivé  à  Cliang-Haï  le  5  juillet  ainsi  que 
l'amiral  Lespès  cl  M.  Patenôtre  pensaient  qu'il  fallait  bien 
se  garder  de  rouvrir  les  négociations,  que  la  Chine  cherchait 
à  gagner  du  temps  j)Our  mettre  sa  Hotte  à  Tabri  et  entraver 
l'accès  de  ses  ports,  qu'un  nouveau  délai  rendrait  les  moyens 
d'intimidation  plus  difficiles,  qu'il  conviendrait  de  rappeler 
immédiatement  M.  de  Semai  lé  et  d'adresser  au  Gouverne- 
ment chinois  l'ullimatuni  suivant (6  juillet): 

I"  Reconnaissance  formelle  par  décret  inséré  dans  la  Gazette 
de  Pé-King  de  toutes  les  clauses  de  la  Convention  Fournier,  y 
compris  évacuation  immédiate  du  Tong-King. 

2°  Engagement  de  payer  à  la  France  indemnité  de  260  mil- 
lions ])our  violation  de  la  Convention  et  comme  dédommage- 
ment frais  résultant  du  maintien  de  noire  corps  expéditionnaire. 

3"^  Remise  immédiate  entre  nos  mains  à  titre  de  gages,  jusqu'à 
paiement  complet,  des  arsenaux  de  Fou-tchéou  et  de  Nan-Ring, 
ainsi  que  des  forts  qui  en  dépendent. 

4°  Nomination  immédiate  de  plénijx>tcntiaires  chargés  de  si- 
gner à  Chang-flaï  traité  déliiiitif  sur  les  hases  ci-dessus. 

Le  Tsoung-li  Yamen  serait  a>orli  que  si  dans  un  délai  de  trois 
jours  nous  n'obtenions  pas  de  réponse  favorable,  M.  de  Semallé 
amènerait  son  pavillon  et  que  nous  prendrions  nous-méme  les 
gages  que  nous  réclamons  et  d'autres,  si  nécessaire. 


.\ 


ri.TIMATl  M  ^iT)- 

Le  7  juillet,  M.  Jules  Ferry  télégrapliiait  à  M.  Palenôlre 
que  le  Gouvernement  avait  délibéré  sur  ses  propositions,  et 
(lisait  : 

«  Le  Gouvernement  pense  aussi  qu'il  convient  de  s'assurer 
sans  retard  des  garanties  et  des  moyens  d'action,  mais  en  évitant 
tout  ce  qui  pourrait  nous  faire  attribuer  l'initiative  d'une  rupture. 
Il  attache  le  plus  grand  prix  à  continuer  la  politiqne  suivie  jus- 
qu'ici et  qui  permet  d'agir  avec  vigueur  sans  qu'il  y  ait  étal  de 
guerre  entre  les  deux  pays.  A  ce  point  de  vue,  le  plan  que  vous 
proposiez  a  du  être  modifié.  Le  Ministre  de  la  Marine  vient  de 
prescrire  à  l'Amiral  d'envoyer  immédiatement  des  bAtiments  à 
Fou-tchéou  et  à  Ki-loung.  pour  empêcher  tous  travaux  de  défense 
nouveaux  et  se  tenir  prêt  h  prendre  possession  des  deux  jKirts. 
L'idée  de  remonter  à  Nan-King  est  écartée.  » 

Le  lo  juillet,  dans  une  nouvelle  dépêche  a  M.  de  Seniallé, 
le  Tsoung-li  Yamen  payait  d'audace,  et  cherchait  à  dégager 
sa  responsabilité  de  celle  de  ses  commandants  militaires 
dans  Taffaire  de  Lang-son  : 

«  Le  conflit,  disait  la  note,  a  été  créé  par  vos  troupes  régu- 
lières, cependant  la  Chine,  pour  préserver  la  paix,  est  résolue  à 
ne  pas  exiger  d'indemnité  de  la  France,  à  ne  pas  lui  demander 
compte  (de  ses  actes),  et  à  ne  pas  s'adresser  à  elle  ofliciellement 
quant  aux  motifs  de  la  canonnade  si  brusquement  ouverte.  » 


ULTIMATUM,     12    JUILLET    l88/i 

Le  12  juillet,  conformément  aux  ordres  du  ministre  des 
Affaires  étrangères,  M.  de  Semallé  remettait  au  Tsoung-li 
Yamen  Tultimatum  suivant  : 

«  Depuis  la  communication  faite,  le  /j  juillet,  au  Minisire  de 
(jhinc  à  Paris,  le  Gouvernement  Français  a  reçu  la  preuve  (pie 
ce  sont  les  troupes  chinoises  qui  ont  attaqué  les  soldats  français 
envoyés  sur  la  foi  du  Traité  pour  occuper  Lang-son.  Convaincu 
(ju'un  attentat  aussi  contraire  aux  assurances  de  la  Cour  de  P(î- 
King  n'est  imputable  qu'aux  manœuvres  d'un  parti  qui  cherche 


("• 


*.**--■—  ■    ,'^^"    ri:».'~«*sr' 


468  i/aFFAIRE    du    TONG-KING 

à  troubler  les  bous  rapports  tles  deux  Pays,  le  Goiiverneinont 
français  se  voit  dans  l'obligation  de  réclamer  dès  à  présent  des 
garanties  pour  l'exécution  loyale  des  arrangements  conclus  à 
lien-lsin. 

Le  Ministre  de  France  à  (lliang-Haï  est  chargé,  en  conséquence, 
de  demander  que  l'article  a  de  la  Convention  du  1 1  Mai  soit 
inunédialemc^nt  exécuté  el  qu'ini  décret  im[x'rial  publié  dans  la 
Gazette  de  Pè-Kimj  ordomie  aux  troupes  chinoises  d'évacuer  le 
Tong-King  sans  délai.  De  plus,  il  a  reçu  l'ordre  de  réclamer, 
comme  réparation  pour  la  violation  du  Traité  et  comme  dédom- 
magement des  frais  qu'entraînera  le  maintien  du  corps  expédi- 
tionnaire, une  indemnité  de  deux  cent  cinquante  millions  au 
moins,  dont  le  règlement  sera  définitivement  arrêté  dans  les  né^ 
gociations  ultérieures.  Le  Ciouvernement  français  compte  que  sur 
ces  deux  points  une  réponse  satisfaisante  lui  sera  faite  dans  la 
semaine  qui  suivra  la  remise  au  Tsoung-li  Y  amen  de  la  présente 
note.  Autrement  le  (îouvernement  français  serait  dans  la  néces- 
sité de  s'assurer  directement  les  garanties  et  les  réparations  c|ui 
lui  sont  dues. 

Le  Gouvernement  français  espère  (pie  ces  décisions  seront  con- 
sidérées comme  une  nouvelle  preuve  de  .s(»s  dis|)ositions  amicales 
envers  la  Chine  et  du  ferme  es|)oir  où  il  est  (pje  la  Cour  de  Pé- 
ïving  saura  |)réveuir  les  complications  (pie  d(^s  cons(»illers  impru- 
dents cherchent  à  susciter.  C'est  dans  le  même  esprit  que  le  Mi- 
nistre de  France  attendra  à  Cihang-Haï  I(?s  Plénipotentiaires  dé- 
légués par  le  Gouvernement  inq)érial  pour  sui\re  les  négociations 
prévues  par  l'article  5  du  Traité  du  1 1  Mai. 

Le  même  jour  (12  juillet)  M.  Paten(*)lro  recevait  à  Chang- 
Haï  la  visite  de  sir  Robert  Hart  : 

Il  m'a  remis,  (Ut  notre  ministre,  une  note  r(kligée  par  lui 
dont  le  ton  diffère  absobunenl  des  communications  adressées  à 
M.  de  Semallé.  L'alfaire  de  Lang-so'n  est  repr(»sentée  comme  un 
déplorable  malentendu  :  le  gou\ernement  chinois  en  exprime  ses 
regrets  et  proteste  de  son  désir  de  donner  plein  elfcl  à  la  Con- 
vention. 

J'ai  répondu  (jue  le  Tsoung-li  \amen  était  mal  venu  de  plai- 
der aujourd'hui  les  circonstances  atténuantes  après  avoir  par  ses 
précédentes  déclarations  assumé  toute  la  responsabilité  des  der- 
niers événements.  J'ai  ajouté  que  la  Cour  de  IV-Ring  était  déjà 


DKPÈGUK    T)i;    TSOl  N(;-IJ     YAMKN     V     M.     I)K    SKMALLÉ  \Gi) 

saisie  (11111  iiltiniatiun  coik^mi  (mi  Icrnios  In's  courtois,  mais  sur 
le  sens  duquol  clic  ne  devait  pas  se  méprendre  et  (pic  nous  étions 
absolument  résolus,  si  nous  n'oblenions  pas  salisfaclion  sur  tous 
les  points  a  employer  la  force. 

Je  vous  supplie  de  ne  pas  démentir  à  Paris  le  langage  que  je 
tiens  à  Chang-Haï  :  les  mesures  >iolentes  seront  d'autant  moins 
nécessaires  qu'on  doutera  moins  de  notre  volonté  arrêtée  d'\  re- 
courir au  bcîsoin. 


Le  Y<imen  ivpondait  à  riiltimatuni  : 

DÉPÊCHE   DU    TSOUISG-LI  Y  AMEN    A    M.    DE   SEMALLÉ, 
•  l3   JUILLET    1884 

21'  jour  de  la  5*  lune  intercalaire  de  la  10''  année  Kouang- 
Siu  (i3  juillet  1884). 

COMMUNICATION    OFFICIELLE 

Le  QO  de  la  5**  lune  intercalaire  (ta  juillet  188/1)  nous  avons 
reçu,  M.  le  Chargé  d'AIFaires,  la  note  dans  laquelle  vous  nous 
priez  de  nous  donner,  par  une  réponse,  notre  acceptation  a  vos 
deux  demandes  relatives  h  Tévacuation  et  au  paiement  d'une 
indemnité. 

L'avis  du  Prince  est  que  la  stipulation  de  la  Convention  som- 
maire conclue  à  Tien-Tsin,  qui  se  rapporte  au  rappel  de  nos 
garnisons,  se  trou\e  contenue  dans  l'article  II  de  ladite  Conven- 
tion et  que  si  la  France,  s'en  tenant  à  cet  article  veut  que  la 
Chine  ait  déjà  retiré  ses  troupes,  il  pourra  présenter  un  rapport  à 
la  Cour  pour  obtenir,  conformément  à  notre  précédente  dépèche, 
que  l'évacuation  soit  termincîe  après  un  mois,  Il  pourra  deman- 
der aussi  que  des  ordres  précis,  donnés  par  décret  à  ce  sujet, 
soient  publi(^  par  tout  rEmpire,  comme  une  preuve  certaine  de 
nos  bons  rapports. 

La  Chine  ajant  mis  à  exécution  l'Art.  II  de  la  Convention 
sommaire,  il  convient  naturellement  (pie  la  France,  de  son  côté, 
observe  l'Art.  111  de  la  même  Con  veut  ion.  —  Cependant  vous 
insistiez  de  nouveau,  M.  leChargé  d'Alfaires.  dans  votre  dernière 
(ommunication,  sur  le 'paiement  d'une  indemnité,  ce  qui  est 
contraire  à  la  Convention  en  ciiuj  articles  de  Tien-Tsin,  et  ce  qui 
non  seulement  porte  une  atteinte  aux  devoirs  de  concorde  entre 
nos  deux  pays,  mais  encore  est  uneonense  au  droit  international. 


/j-jo  i/affairk  m:  TONG-Ktx; 

Nous  vous  Taisons  donc  cet  le  réponse  ollicielle,  M.  le  Chargé 
d'Affaires,  pour  vous  prier  de  déclarer  à  noire  Yamen,  si  la 
France  se  bornera  à  attendre  le  retrait  des  troupes  chinoises, 
à  discuter  ensuite  le  traité  définitif  et  à  considérer  comme  nulle 
sa  demande  d'indemnité,  pour  que  nous  puissions  agir  en  con- 
séquence. 

Si  vous  persistez  à  réclamer  cette  indemnité  vous  serez  ma- 
nifestement en  désaccord  avec  le  3'  article  de  la  Convention  de 
Tien-Tsin,  et  vous  retarderez  encore,  d'une  façon  bien  regret- 
table, la  conclusion  du  traité  définitif. 

Vous  nous  parlez,  dans  votre  dépèche,  de  prendre  directement 
vous-mêmes  gaijes  et  indemnité.  Ce  serait  une  dérogation  encore 
plus  grande  aux  traités.  —  La  Chine  devrait  alors  faire  connaî- 
tre à  toutes  les  Puissances,  qui  ont  avec  elles  de^  traités,  tout 
l'historique  détaillé  de  la  question  annamite  et  les  raisons  qu'a  la 
Chine  pour  se  refuser  absohnnenl  à  payer  des  frais  de  guerre  in- 
justifiables. D'après  les  règles  admises  dans  les  pays  occidentaux 
nous  ferons  de  cette  demande  d'indemnité  (la  matière  d'un  «  Pro- 
test») un  p'ou-Fou  Caisse-to  (anglais  Prolest^,  attendant  pour  la 
discuter  une  autre  époque. 

Puiscpie  votre  désir  et  votre  but,  M.  le  Chargé  d'AITaires,  sont 
l'afîermissement  et  le  respect  de  nos  bonnes  relations,  nous  vous 
prions  d'informer  de  tout  ce  qui  précède,  par  la  voie  télégraphi- 
que, \otre  Couvernement.  de  nous  répondre  aujourd'hui-nième, 
et  aussi  de  presser  rarri\ée  h  Tien-Tsin  de  S.  E.  M.  Palenôlre. 
pour  y  nég<x'ier  le  traité  définitif.  Ainsi  seront  démontrées  notre 
bonne  foi  et  notre  lovauté,  et  s'affermiront  nos  relations  amicales. 

Tout  ceci  est  conforme  aux  principes  du  droit  international  et 
à  toutes  ses  exigences,  notre  \amen  n'a  été  nullement  influencé 
par  les  conseils  de  qui  que  ce  fût  *. 

La  Chine  ofîrait  donc  de  donner  satisfaction  à  la  partie  de 
nos  demandes  qui  concernait  Toccupation,  et  elle  se  bornait 
à  ajouter  «  que  si  nous  prenions  des  garanties,  elle  proleste- 
rait auprès  de  toutes  les  puissances.  » 

Il  n'était  donc  pas  question  pour  elle  de  repondre  par  la 
force. 


I.  Pour  traduction  conforme,  signé  :  A.  Vissière. 


LK    ÏS()LN(;-LI     YAMI.N     V     M.     DK    SKMMXK  /i"  I 

Le  décret  iuipérial  suivant  nous  donnait  satisfaction  sur  la 
première  partie  de  nos^  demandes,  puisqu'il  ordonnait  le 
retrait  des  troupes  chinoises  du  Tong-King  : 

LE   TSOUNG-Ll  YAMEN  A  M.   DE   SEMALLÉ 

Le  34*  jour  de  la  5*  lune  intercalaire  de  la  lo*^  année  Kouang- 
Siu  (16  juillet  i884). 

COMMUNICATION    OFFICIELLE 

Le  34*  jonr  de  la  W  lune  intercalaire  de  la  10*^  année  Kouang- 
Siu  (16  juillet  1884)»  le  Grand  Secrétariat  d*Ltata  reçu  le  décret 
impérial  suivant  : 

«  Dans  le  5*^  article  de  la  Convention  sommaire,  conclue  à 
«  Ticn-ïsin  pendant  la  4**  lune,  par  Li  IIoung-Tclianget  M.  Four- 
a  nier,  il  a  été  stipulé  que  Xon  s'enlendrail  en  détail,  trois  mois 
«  plus  tardy  sur  tous  les  points  de  ladite  convention.  Ce  délai  étant 
«  prêt  d'expirer,  il  importe  de  mettre  dès  à  présent  à  exécution 
«  le  passage  de  l'Art.  II  relatif  au  retrait  sur  nos  frontières  de 
«  toutes  nos  garnisons  du  Tong-King.  Nous  ordonnons  en  con- 
te séquence  à  Ts'éng  Yù-ying  et  à  P'an  ïing-sin  de  retirer  toutes 
«  leurs  garnisons  de  Lao-kay  et  de  Lang-son  et  de  les  faire  ren- 
«  trcr  pour  les  y  cantonner  en  deçà  des  déûlés  du  Yun-Nan  et 
«  du  Rouang-Si.  —  Cette  évacuation  devra  être  complètement 
a  terminée  dans  l'espace  d'un  mois,  pour  bien  montrer  notre 
«  bonne  foi.   » 

«  Respect  à  ceci.  » 

Il  convenait  de  vous  donner  respectueusement  copie  du  Dé- 
cret Impérial  ci-dessus,  par  la  pressente  communication  otTicielle; 
nous  vous  prions,  en  même  temps,  M.  le  Chargé  d'AU'aires,  de 
vouloir  bien  en  transmettre  la  teneur  à  S.  E.  M.  Palcnôlre,  et 
de  la  télégraphier  au  ministère  français  des  AlTaires  étrangères*. 

La  veille  (i5  juillet),  M.  Jules  Ferry  télégraphiait  à 
M.  Patcnôtre  : 

«  Je  pense  aussi  qu'il  convient  quant  à  présent  de  maintenir 
strictement  l'ultimatum.   » 

I.  Pour  traduction  conforme,  signé  :  A.  Vissiere. 


-.  -1  '     ■!  -.^^.5.^^  ^l^-WJC»] 


/j-yg  i/afkairk  du  to.\(;-ring 

De  son  côté,  M.  Patenôtre  faisait  répondre  par  M.  de 
Semallé  au  Yamen,  le  18  juillet  : 

a  Le  Gouvernement  français  s'en  tient  strictement  à  ses  dé- 
clarations récentes  et  ne  peut  rien  changer  aux  termes  de  la  Note 
que  la  Légation  de  France  en  Chine  a  fait  remettre  à  Son  Al- 
tesse le  12  de  ce  mois  avant  midi.  » 

Le  19  juillet,  un  décret  impérial  désignait  «  le  vice-roi  des 
Deux  Kiang,  Ts'èng  Kouo-ts'iuan,  muni  de  pleins  pouvoirs, 
pour  se  rendre  en  toute  diligence  à  Chang-Haï  et  y  traiter 
avec  le  représentant  de  la  France  la  question  du  traité  défi- 
nitif ». 

Le  Yamen  demandait  que  le  délai  fixé  par  l'ultimatum  fût 
prolongé  de  i5  jours,  à  partir  du  20  juillet;  il  annonçait  en 
même  temps  qu^il  envoyait  une  circulaire  a  tous  les  représen- 
tants étrangers  à  Pé-King,  dont  il  réclamait  les  bons  offices, 
et  qu'il  avertissait  que  le  devoir  des  Puissances  «  était  d'*après 
les  lois  internationales  de  nous  refuser  armes,  munitions, 
vivres,  approvisionnements  de  toute  sorte  ». 

Ce  ne  fut  pas  M.  Young,  ministre  américain,  qui  prit 
rinitiativc  de  propositions  de  médiation,  mais  bien  le  gou- 
vernement chinois  qui,  le  19  juillet  i884,  s'appuyant  sur  le 
premier  article  du  traité  américain  de  Tien-ïsin,  réclama  les 
bons  olîices  des  États-Unis;  le  23,  M.  John  Kussell  Young 
répondit  au  Yamen  que  dès  qu'il  avait  reçu  sa  dépêche,  il 
avait  télégraphié  au  Président  des  États-Unis  dont  il  atten- 
dait la  réponse. 

La  France  consentait  à  prolonger  le  délai  qui  expirait  le 
19  juillet  et  à  se  rencontrer  avec  le  vice-roi  de  Nan-King. 

De  Pé-King,  les  nouvelles  qui  arrivaient  à  M.  Patenoli*e 
étaient  contradictoires.  Le  23  juillet,  M.  de  Semallé  lui  télégra- 
phiait: «  L'état  des  choses  est  fort  grave.  LeTsoung-li  Yamen 
est  soutenu  contre  nous,  et  selon  l'expression  de  ïso,  ne  se 
tiendra  pour  satisfait  que  si  nous  évacuons  Saïgon  I  » 


Le  24  au  contraire,  télégramme  ofticiel  annonçant  à 
M.  Patenôtre  «  que  le  vice-roi  de  Nan-King  a  de  pleins  pou- 
voir^  [K)ur  faire  un  traité  définitif,  qu'il  a  également  des  pou- 
voirs pour  discuter  ïc  reste  afin  qu'on  puisse  tout  régler  à  la 
fois  ». 

M.  Jules  Ferry  se  faisait  de  bien  grandes  illusions  sur  les 
intentions  des  Chinois.  Le  25  juillet  i88/|,  il  adressait  à 
M.  Patenôtre  un  avant-projet  de  convention  commerciale  en 
quatre  articles  pour  compléter  et  arrêter  d'une  manière  défi- 
nitive le  traité  deTien-Tsin  du  ii  mai  188/4,  et  être  présenté 
au  vice-roi  de  Nan-King  quand  la  question  d'indemnité  serait 
résolue. 

Les  conférences  pour  le  règlement  de  Pindenmité  s'ouvri- 
rent le  28  juillet  avec  Tseng  Kouo-ts'iuan,  \ice-roi  de  Nan- 
king,  commissaire  impérial  des  ports  du  Sud,  du  parti 
de  Li  lloung-tchang,  c'est-a-dire  modéré,  Tch'en  Pao-tcli'en, 
commissaire  impérial  chargé  de  la  défense  des  ports  du  Sud, 
partisan  de  Tso,  c'est-à-dire  ennemi  des  étrangers  ainsi  que  le 
troisième  plénipotentiaire  Siu  King-tcireng,  désigné  comme 
successeur  du  marquis  Ts'êng  à  Paris;  M.  Patenôtre  était 
assisté  par  M.  Lemaire,  consul  général  de  France  à  Chang- 
Haï  et  M.  A.  Vissière,  premier  interprète  à  Pé-King.  Il  était 
difficile  de  nous  entendre.  Les  Chinois  étaient  convaincus  que 
l'on  prolongerait  encore  le  délai  deTultimatum  du  12  juillet; 
«  par  esprit  de  conciliation  »  ;  ils  nous  oflVaient  une  indem- 
nité de  cinq  cent  mille  taëls,  soit  environ  3  millions  et  demi 
de  francs,  à  titre  de  secours  pour  les  victimes  de  Lang-son  ! 
Les  pléni[)otentiaircs  chinois  furent  d'ailleurs  blâmés  de  cette 
olfre  par  un  décret  secret  qui  fut  publié  le  7  août  dans  le  Xorth- 
C/iina  Daily  News.  Pour  les  Chinois,  immédiatement  signi- 
fiait «  immédiatement  après  la  conchision  du  traité  définitif». 
M.  Patenôtre  désirait  un  projet  de  convention;  au  lieu  de 
répondre  à  sa  demande,  le  vice- roi  de  Nan-King  lui  remit  le 
29  juillet  un  long  mémorandum,  plein  des  redites  des  docu- 


47^  i/affaire  du  TO\(;-KiNr. 

menls  précédents.  M.  Patenôlre,  le  3o  juillet,  déclina  les 
offres  inacceptables  du  vice-roi  de  Nan-King.  Sir  Robert 
Hart,  le  Tao-taï  de  Chang-Haï  et  Lo  Foung-lo,  arrivé  de  Tien- 
Tsin  continuaient  leurs  bons  offices.  Le  3i  juillet,  jour  où 
expiraient  les  derniers  délais  de  Tultimalum,  les  bâtiments 
de  la  China  Merchanls'  Steam  Navigation  Co.,  furent  trans- 
férés au  pavillon  américain  (maison  Russell  &  C"),  pour  la 
somme  de  Taëls  5  aSo  ooo. 

Le  2  août,  M.  Patenôtre  avisait  les  plénipotentiaires  chinois 
Ts'eng  Kouo-tsiuan,  Tch'ên  Pao-tch'ên  et  Siu  King-tch'eng, 
que  les  délais  de  Tultimatum  étant  expirés,  nous  reprenions 
notre  liberté  d'action;  les  plénipotentiaires  répondirent  le 
lendemain  3  août  (i3  de  la  6°  lune  de  la  lo*'  année  Kouang- 
Siu)  par  une  lettre  sans  grand  intérêt  d'ailleurs. 

BOMBARDEMEÎiT    DE    KI-LOUNG   (5   AOUT    l884) 

Ce  même  jour  (3  août),  le  contre-amiral  Lespès  quittait 
le  mouillage  de  la  rivière  Min  avec  le  Lutin,  puis  avec  le 
La  Galissonnicre  et  le  Bayard  rejoignit  le  Villars  devant  Ki- 
loung;  ce  port  avait  été  mis  en  état  de  défense  depuis  qu'ail 
avait  été  visité  par  le  Volta  en  avril;  le  5,  au  matin,  à  8  heures, 
une  sommation,  faite  la  veille,  par  Tamiral  au  général  chi- 
nois, commandant  la  place,  de  livrer  ses  défenses,  étant  res- 
tée sans  réponse,  le  feu  fut  ouvert  :  les  obus  mirent  en 
fuite  les  réguliers  chinois,  et  le  matériel  des  forts  fut 
détruit  avec  du  fulmi-coton.  Le  6,  Tamiral  ayant  fait  une 
tentative  d'occupation  avec  des  forces  insuffisantes,  perdit 
deux  tués  et  onze  blessés  ^  Les  défenses  de  la  'rade  étant 
détruites,  Tamiral  reprit  le  blocus.  L'échec  de  la  compagnie 
de  débarquement  fut  malheureux,   car  il    permit  au    chef 


I.  L'expédition  française  de  Formose,  i884-i885,  par  le  capitaine 
Garnot,  du  3i«  d'infanterie.  Paris,  Delagrave,  18941  in-8. 


chinois  Lieou  Ming-triroiian  *  de  dire  qu'il  avait  marclié  à 
la  rencontre  des  étrangers  et  qu'il  avait  remporté  la  victoire 
sur-le-champ. 

Ce  succès  relatif  n'ouvrit  pas  les  yeux  aux  Chinois  dont  le 
gouvernement  déclara  que  :  «  Une  action  militaire  pendant 
des  négociations,  sans  déclaration  préalable,  est  un  fait  sans 
précédent.  Le  Gouvernement  chinois  en  appelle  à  toutes  les 
puissances.  » 

DÉPÊCHE  TÉLÉGRAPHIQUE,    Q   AOUT   l88/| 

Chaiig-Haï.  le  9  août  188/1,  5  h.  4o  s. 

M.  de  Somalie  a  reçu  de  8  août  du  Tsoung-li  Yamon  une 
longue  dépêche  qui  peut  se  résumer  ainsi  :  «  La  Chine  ne 
«  peut  consentir  sur  une  simple  menace  à  payer  indemnité  et 
«  s'en  tient  à  ses  précédentes  déclarations.  1/abus  de  la  force 
«  pourrait  la  contraindre  h  paver  une  rançon,  mais  dans  l'avc- 
«  nir  nous  ne  rencontrerions  chez  elle  que  mauvaise  volonté. 
«  La  médiation  américaine  demeure  la  meilleure  solution  ;  si 
«  nous  la  refusons,  c'est  que  nous  craignons  la  décision  des 
c<  arbitres.   » 

M.  de  Semallé  ajoute  qu'une  tentative  oilicieuse  a  été  faite  au- 
près de  lui  pour  lui  faire  comprendre  que  tant  que  nous  n'aurions 
pas  pris  un  gage,  on  ne  pourra  rien  nous  céder  mais  que  l'on 
n'attend  (pie  cela  pour  nous  accorder  indemnité  jusque  là  sans 
motif,  elle  serait  alors  considérée  comme  rachat  du  gage  pris.' 

M.  Hart,  dit  M.  Palenôtre,  m'a  montré  un  télégramme  de 
Paris  où  on  lui  fait  savoir  que  la  France  se  contentera  de  5o 
millions.  J'ai  répondu  que  cette  olTre  aurait  peut-être  été  acceptée 
si  elle  nous  eût  été  faite  antérieurement,  mais  qu'il  est  trop  tard 
aujourd'hui  et  que  le  cliitTre  de  80  millions  sera  maintenu. 


I.  Du  iS'ganhouci;  commandant  on  chef  au  Tché-li.  188 1  ;  comman- 
dant militaire  do  Formosc,  juin  188/4;  gouverneur  du  Fou-Kien,  juin 
1884  ;  gouverneur  de  Formosc,  i885;  membre  du  conseil  de  lamirauté, 
avril  1890;  retraite  à  cause  de  sa  mauvaise  santé,  mai  1891  ;  mort  mars 
1896. 


476 


Le  19  août,  à  1  licurc,  M.  do  Semalli-  rcmellait  au  Tsoung- 
li  Yanien  riitlimalum  suivant  donl  les  leriiics  avaient  été 
arréliîs  à  Paris  : 

liC  Goiivrrncnieiit  de  la  Képiibliqiic  fraiiçaiso  ayant  étû  inviltî 
(«r  le  vole  des  dcu\  Cliambres  du  Parlement  »  prendre  toutes 
les  mi*sures  nécessnin-s|)nur  l'aire  respecter  le  traité  de  Tien-ïsin. 
le  licomte  de  Seiiiiillé  a  Dinitiieur  de  faire  sa^^i^,  d'ordre  de 
son  (ioiivernemedl,  à  Scm  .Vitesse  ie  Président  et  à  Leurs  Excel- 
lences MM.  lea  Ministres  du  tJonseil  des  VITiiires  filraupèrcs.  que 
le  cliiffre  de  riiidemnilé,  ritluniée  par  tn  Krance,  a  été  niduit  à 
raison  de  la  première  snlisraclion  (|iii  résulte  de  la  publiralion 
du  décret  im|>érial  du  10  juillel.  à  In  somme  de  quatre-vingts 
millions  de  Trancs  (lavables  en  dix  ans,  niais  que  si,  dans  un 
délai  de  quarante-huit  heures,  h  dater  de  la  présente  nottfiealiuii, 
il  n'a  pas  été  fait  droit  à  cetic  demande,  le  sonssî^cié  a  l'ordre  de 
quitter  Pé-King  et  l'amirul  ("ourliet  prendra  immédiat*^' ment 
toutes  les  dispositions  qui  lui  [hiraitront  utiles  pour  assurer  au 
Gouvernement  l'rnni,'ais  les  réparations  auxquelles  il  a  droit. 

La  veille  (18  août).  In  \amcn  avait  adressé  une  nouvelle 
noie  aux  Légations  étrangères  dwlarant  que  c'était  ta  France 
qui  romiNiit  la  paix  nialf:i-é  les  cITorts  de  la  Chine  pour  ta 
conserver. 


Le  3o  de  la  6*  lune  de  la  10"  annét;  kouang-Siu 
(le  30  août  i884) 


I^  39  de  cetle  lune  (iq  hoûI).  nous  avons  reçu.  M.  le  Cbargé 
d'.MTaires.  la  Dépéclie  (|uc  vous  a\e/  bien  voulu  noiis  écrire. 

.'Vprès  l'atlaquc  de  Ki-I(>unij  jiar  la  France,  vous  nous  dites  que 
dans  quarante-huit  heures,  ù  dater  de  la  remise  de  votre  der- 
nière communication,  l'amiral  Courhct  prendra  sans  retard  toutes 


LE    T'^Ol  N{.-LT     YAMF.N     A     M.     DR    Sr.MVLLK  /j-J-J 

les  mesures  de  rigueur  qui  lui  paraîtront  ncVossaires.  C'est  nietlrc 
en  opposition  votrcî  langage  avec  vos  acies,  \otre  Yainen  vous 
l*a  déjà  neliemenl  déclaré  dans  sa  dépécli(;  du  37  (17  Aoùl).  Si 
le  Parlement  Français  estime  que  la  Convention  de  Tien-Tsin 
doit  absolument  être  observée,  il  n'a,  par  ce  fait  même,  aucun 
droit  à  réclamer  une  indemnité. 

La  France,  aujourd'hui,  sans  égard  pour  la  paix,  ne  parle  plus 
que  de  l'indemnité.  Mais  à  qui  donc  alors,  je  vous  prie,  la  Chine 
devra-t-ellc  aussi  demander  une  indemnité  pour  l'aflaire  de  Ki- 
loiing  ? 

En  résumé,  votre  pays  a  poursuivi,  d'une  part,  des  négocia- 
tions, tandis  que,  de  l'autre,  il  a  suscité  un  conflit  armé.  Il 
s'est  mis  ainsi  en  dehors  de  la  raison  et  du  droit  des  gens. 

Nous  vous  prions  encore  (Von  faire  part  à  S.  K.  M.  Patenotre 
et  de  télégraphier  ce  qui  précède  à  \  otre  (îouvernement,  pour 
qu'il  apprécie  avec  impartialité'. 

Le  délai  fixé  par  rultimatum  expirait  le  2 1  à  midi  ;  à  la 
date  fixée,  le  Yamen  envoyait,  avec  les  passeports,  la  dépêche 
suivante  à  M.  de  Sema  lié  : 

Le  i""jour  de  la  7*  lune  de  la  lo**  année  Kouang-Siu  (ai  août 
1884). 

Le  Prince  Yi,  etc.,  etc.,  et  les  Membres  du  Conseil  Impérial 
des  Affaires  Etrangères  de  Chine  Yen,  Fou,  K'ouën,  etc. 

Font  en  termes  bienveillants  '^  la  Réponse  officielle  suivante  : 

Le  39  de  la  6*  lune  (19  août)  nous  avons  reçu  la  communica- 
tion oflicielle  dans  laquelle  vous  nous  dites,  M.  le  Chargé  d'Af- 
faires, que  «  Si  la  Chine  considère  qu'il  n'y  ait  pas  lieu  de  ré- 
pondre à  votre  lettre  en  termes  bienveillants,  vous  nous  priez  de 
vous  délivrer  un  passeport,  qui  vous  permette  de  vous  rendre  à 

fil  •  ray     • 

lien-lsm.   » 

En  songeant  aux  longues  années  pendant  lesquelles  voire  pays 
a  entretenu  avec  la  Chine  des  relations  de  concorde  et  de  bonne 

I.   Pour  traduction  conforme,  sig.  A.  Yissikrf. 

a.  Celle  formule,  tout  à  fait  inusitée,  pro\ici)l  de  ce  que  le  traducteur 
chinois  du  Yanien  avait  mal  rendu  un  passage  de  la  note  de  M.  de  Se- 
mallé,  en  date  du  19  août.  —  Sa  version  |»orie,  en  elTel,  en  chinois., 
«  une  réponse  en  termes  bienveillants  »,  au  lieu  d'une  «  réponse 
fa\'ornhle  »  uientioimée  dans  roriginal  français. 


"»*■■    ■   ■,-^-     £.'»--- 


/j'jS  l'affairk  du  tong-king 

amilié,  que  le  moindre  fétu  n'est  jamais  venu  troubler,  et  aussi 
a  la  façon  pacifique,  dont  vous  vous  êtes  acquitté  de  vos  fonctions, 
et  qui  a  surtout  inspiré  à  notre  Yamen,  une  profonde  estime 
pour  vous,  M.  le  Charge  d'Affaires,  le  Prince  a  ressenti  un  vif 
regret,  lorsque  Votre  Dépèche  lui  a  été  remise. 

En  effet,  la  Chine  a  fait  tout  ce  qu'elle  devait  faire  touchant  les 
relations  actuelles  entre  la  Chine  et  la  France,  et  la  question 
annamite,  quand  elle  a  rendu  un  décret  ordonnant  le  rappel  de 
ses  garnisons. 

Si  Ton  fait  abstraction  des  négociations  à  intervenir  pour  la 
conclusion  du  traité  détaillé,  la  Chine  u*a  plus  —  si  Ton  tient 
compte  du  droit,  et  de  la  conduite  observée  juscju'ici  par  nos 
deux  grandes  nations  dans  leurs  affaires  communes,  —  matière 
à  discussion. 

Si  vous  nous  parlez  de  Tindemnité,  la  Chine  [X)ssède  la  preuve 
qu'elle  n'a  en  aucune  façon,  violé  la  convention.  Elle  n'a  donc 
pas  à  payer,  et  son  refus  n'est  pas  dicté  par  l'avarice.  Nous  vous 
l'avons  nettement  dit,  à  maintes  reprises;  il  est  inutile  d'y  re- 
venir. Mais  au  milieu  des  regrets  que  nous  cause  votre  départ, 
nous  ne  pouvons  nous  dispenser  de  vous  exposer  sans  détour,  le 
fond  de  notre  pensée. 

Dans  cette  question  (de  l'indemnité),  il  y  a  un  égal  déshon- 
neur pour  celui  de  nos  deux  grands  pays  qui  doit  donner  et  pour 
celui  qui  doit  recevoir.  La  Chine  ne  voulant  pas  porter  une  sem- 
blable atteinte  à  son  honneur,  n'a  pas  voulu  non  plus  oiTenser 
l'honneur  de  la  France  en  disant  que  Votre  Gouvernement,  dans 
la  guerre  (ju'il  fait  à  la  Chine,  n'avait  en  vue  qu'une  somme 
d'argent.  Nous  vous  prions  de  vous  en  rendre  compte,  M.  le 
Chargé  d'Affaires. 

Nous  vous  serons  obligés  également  de  vouloir  bien  en  faire 
part  à  votre  gouvernement  ainsi  qu'à  tous  les  Ministres  accrédités 
en  Chine,  pour  qu'ils  comprennent  bien  notre  pensée. 

Telle  est  la  façon  dont  nous  ré|x>ndons  en  termes  bienveillants, 
à  vos  communications. 

Quant  au  passeport  que  vous  nous  avez  demandé,  M.  le  Chargé 
d'Affaires  ,  dans  votre  dépèche  et  votre  lettre ,  nous  n'avons 
pu'que  le  faire  préparer,  suivant  votre  désir,  et  nous  vous  l'a- 
dressons ci-joint*. 

I.  Pour  traduction  conforme,  sign.  :  A.  Vissi^ire. 


LE    TSOL.NG-LT    YAMf:N    A    M.     DK    SF.MALLK  li'jC) 

M.  de  Semallé  quittait  Pé-King,  j)our  Chang-Haï,  empor- 
tant les  archives  de  Ja  légation  et  confiant  au  ministre  de 
Russie  la  protection  de  nos  nationaux.  M.  Ristelhueber  res- 
tait à  Tien-Tsin. 


CHAFIThE  XXIV 
L'AFFAIRE  DD  TONG-KING  (Smif-).  -  H.  PATENOTRE  A  HOÉ 

TRISF,    I>E    So'n-TAÏ,     i6  nJXEMBRE    l883 

hf  rS  seplembre  i883',  le  gniùral  Boiiet,  à  la  suilc  d'un 
désacconl  avpc  In  commissaire  civil,  rontrail  en  France  lais- 
sniil  pnivi  soi  remet!  l  le  command(?iiient  supérieur  des  trouix-s 
iiu  Tnng-king,  au  colonel  Bicliot*,  qui  prit  le  lieutenant- 
colonel  Badens  comme  chef  d'élat-major.  Le  colonel  Bichot 
s'empara  de  Mnli-binh,  et  Kamiral  Cotirbct  de  Quang-jen 
(ati  nov.)  près  de  la  nier.  Le  2Ô  octobre,  sur  l'ordre  du  g'ou- 
veriiement.  l'amiral  Courbet  prenait  le  commandement  effec- 
tir  du  corp^i  expéditionnaire  an  Tong-King,  et  la  situation 
du  coniniissairc  étant  par  suite  modifiée,  M.  Harmand 
demanda  à  rentrer  en  France  (20  octobre);  il  y  fut  autorisé 
le  1*'  déccnibi-e,  et  il  quitta  le  Tong-King  le  a/i,  laissant 
la  direction  des  aiïairesciviles  A  M.  Silveslre,  administrateur 
des  aflaires  indigènes. 

L'nniird!  Courliet  ayant  ameentn;  ses  forces  et  soigneuse- 
ment pn'paré  l'oDensive,  quittait  lla-nol  le  it  dt^embre;  le 
t4.  il  attaquait  les  forts  de  l'hu  sa  el  les  enlevait  le  t5;  et 
après  un  assaut  meurtrier,  le  i(î,  dans  la  soirée,  il  entrait 
dans  la  place  forte  de   So'n  taj,   principal   remiKirt  de  la 


1     Affiiire  ilii  Tniikin.  -    Ej-pos< 

i  de  la  situation.  Octobre   i883. 

Piri»,  )mi>.  nat.,  l883.  in-M. 

3.  ^t  k  .\rr(s.  le  a()  octobre  l835  : 

promu  général  de  brigade,  le  3  jan- 

lier  im\.  a^Thi  U  prise  Jv  So'iilav. 

MISSION     I)i:     M.     TUICOl  '|8| 

résistance  des  Pavillons  Noirs,  dont  le  chef,  Lieoii  ^en  l'ou, 
fui  l)lessé*.  La  baisse  des  eaux  enipèclia  l'amiral  de  marcher 
immédiatemenl  sur  lIoun<jf-hoa.  La  prise  de  So'n  lay  est 
certainement  le  plus  brillant  et  le  plus  sérieux  fait  d'armes 
de  toute  notre  campagne  au  Tong-King  ;  les  succès  qui  ont 
suivi  n'ont  été  que  la  conséquence  de  la  capture  de  cette 
ville  et  des  préparatifs  faits  par  Tamiral  Courbet  dans  le  but 
d'en  tirer  tous  les  avant<ages  qui  devaient  en  résulter. 


ÎITSSION    DE   M.    TRICOU.    MORT  DE   HIEP-HOA.-K'lÊN-PnU Vc 

\vant  de  rentrer  en  Europe,  M.  Tricou,  malgré  son  état 
de  santé,  fut  chargé  d'une  mission  à  Hué  pour  appuyer 
notre  résident,  M.  de  ChamjK»aux,  et  faire  accepter  définiti- 
vement notre  traité  de  protectorat.  So'n-tay  était  entre  nos 
mains  depuis  le  i6  décembre  i883.  M.  Jules  Ferry  lui  télé- 
graphiait le  1/4  décembre  i883  : 

Après  avoir  vu  T Amiral  Courbet  et  vous  être  exactement  ren- 
scîigiié  sur  sa  situation  et  ses  intentions,  veuillez  nie  télégraphier. 
Vous  partirez  ensuite  le  plus  tùt  possible  |X)ur  Ilué  où  l'assassi- 
nat du  Roi  peut  nous  créer  de  nouveaux  dangers.  Le  résident  a 
re<;u  instructions  de  faire  accepter  par  tous  les  moyens  possibles, 
même  par  menace  d'occupation  le  traité  par  le  nouveau  Roi. 
L'adhésion  aux  bases  du  traité  nous  suffîrait,  car  nous  avons  l'in- 
tention d'en  remanier  les  détails  et  d'en  adoucir  les  rigueurs. 
Voyez  ce  qui  aura  été  fait,  donnez  conseils  au  besoin  et  rensei- 
gnez-moi. 

Arrivé  à  Thuan-an  le  27  décembre,  M.  Tricou  remonta  aus- 
sitôt à  Hué.  La  situation  était  diflicile  ;  suivant  les  termes  du 
traité,  M.  de  Champeaux  avait  insisté  pour  être  reçu  en  audience 
par  le  roi  ;  après  des  délais  nombreux  causés  par  les  manda- 

I.  Les  Chinois  perdirent  un  millier  d'hommes;  nous  eûmes  08  tués 
et  a49  blessés  le  i4  ;  i5  tués  cl  70  blessés  le  16  ;  dont  4  oflicicrs  tués  et 
33  blessés. 

COKDIF.K.  H.    —    3i 


/|^1I  l'aFFAIHE    du    TONCi-KlNC; 

rins,  Hiep-hoa  se  décida  à  recevoir  notre  résident  en 
audience  le  27  novembre;  le  lendemain  matin,  on  le  trouva 
dans  son  lit,  mort  empoisonné.  On  avait  profite  de  la  len- 
teur de  l'action  du  poison,  pour  faire  signer  au  malheureux 
roi,  un  acte  d'abdication  par  lequel  il  se  déclarait  indigne 
de  vivre,  et  désignait  son  successeur  Tai-phu.  La  Régence 
essaya  de  faire  partir  M.  de  Champeaux  (jui  répondit  à 
cette  tentative  en  faisant  >enir  cent  hommes  de  Thuan-an. 
iNguyèn  van  Thu'o'ng  fit  choix  pour  remplacer  Hiep-hoa 
d'un  enfant,  Tai-phu,  neveu  de  Tu-Duc,  qui  prit  le  nom  de 
règne  de  K'iên-phu'o'c.  Apres  une  première  entrevue  avec 
M.  Tricou,  Thu'o'ng,  vaincu  par  la  fermeté  de  notre 
ministre,  venait  lui  remettre  en  audience  solennelle,  le 
1*""  janvier  188/1,  la  déclaration  suivante,  re>élue  du  sceau 
royal  : 

Sa  Majesté  le  Roi  de  rAnnani  et  son  Gouvernement  déclarent 
solennellement,  par  le  présent  acte,  donner  leur  adhésion  pleine 
et  entière  au  traité  du  25  août  i883,  s'en  remettant  au  bon  vou- 
loir du  Gouvcrncnicnt  de  la  République  quant  aux  adoucisse- 
ments qui  pourraient  y  être  ultérieurement  introduits. 

Le  texte  français  seul  fera  foi. 

Fait  au  Palais  royal  à  Hué,  le  ï*""  janvier  1884. 

Le  sceau  royal  a  été  apposé  sur  la  présente  déclaration. 

Le  5  janvier  i884,  M.  Tricou  fut  reçu  en  audience  solen- 
nelle par  le  nouveau  roi.  Sa  mission  était  terminée,  puisque  le 
traité  était  reconnu  ;  notre  agent  avait  seulement  promis  de 
recommander  quelques  adoucissements  avant  que  le  traité  ne 
fût  ratifié  ;  ils  furent  en  effet  accordés  lors  des  négociations 
avec  M.  Patenôlre,  comme  on  le  verra  phis  loin.  M.  Tricou 
s'embarqua  pour  l'Europe  le  i3  janvier. 

BAC-NINU   (12    MARS    l884)  ET   HOUNG-UOA   (l2   AVRU.    l884) 

Toutefois,  il  ne  fallait  pas  se  faire  d'illusions  la  sur  situa- 


tion  au  Tong-King ;  la  juiso,  de  Si>"n-ljiy  avdil  porlé  un  coup 
lerribip,  sinon  mortel,  .'i  la  puissancisdos  Pavillons  Noirs,  mais 
[)our  achever  la  conqiifite,  nos  forces  étaient  insullisantcs: 
aussi  envoya-t-on  une  brigade  tlo  renfort  avec  deux  batteries 
d'artillerie,  un  détachement  |)our  le  service  du  parc,  une 
compagnie  du  génie,  un  détachement  du  train,  des  aérosliers 
et  des  lélégrapbistes  qui  s'embarqueront  du  1 1  au  20  janvier 
1884     sur    VAnnamile.   le    Saint-Germain,    le   Poitou,    la 


Sarthp  et  le  Skamrock.  Le  ministre  de  la  guerre  jugea  que 
cette  petite  armée  ne  i>ouvait  être  conmiandée  par  un  marin, 
mémo  victorieux  conmie  Courbet,  cl  le  général  de  division 
Millot',  avec  les  généraux  de  brigade  lirière  de  Tlsle'  et  de 

I.  Millot.  Charles-Théodore,  né  le  a8  juin  1S19;  général  de  brigade, 
itjljo;  do  division.  1883. 

■j    Né  /|  juin  1837.  i  It  Pointo-à- Pitre,  Martinique. 


484  i/affairk  nu  tong-ktng 

Négrier*,  fut  placé  à  s<i  tète.  Le  12  lévrier,  Tamiral  Cour- 
bet, arrêté  en  plein  succès,  remettait  le  commandement  au 
généra]  Millot  et  reprenait  la  direclion  de  son  escadre. 

Notre  but  n'étant  pas  de  faire  une  fois  de  plus  Thistoire  mili- 
taire de  notre  occupation  du  Tong-King,  nous  dirons  seulement 
que  la  seconde,  conmie  force,  des  villes  du  Delta,  Bac-ninh, 
point  stratégique  de  premier  ordre,  qui  commande  la  roule 
d'An-nam  en  Chine  par  Lang-s'on,  tombait  entre  nos  mains 
le  12  mars  i884  ;  l*"  général  Millot  pourchassait  l'ennemi 
sur  la  route  de  Lang-s'on,  tandis  que  le  général  Brîère  de 
risle  s'emparait  de  Thaï-nguyen,  le  19  mars.  Leur  habile 
mouvement  tournant  amenait  l'évacuation  de  Houng-hoa 
que  nos  troupes  occupaient  après  avoir  franchi  la  rivière 
Noire  (12  avril).  Tuyen-Quan  (i"  juin)  tomba  également  en 
notre  possession. 

Nous  avons  vu  Taccueil  que  fit  le  gouvernement  chinois  à 
ces  nouvelles*;  deux  olîiciers  Tclfên  Té-Kouei  et  Tang  Min- 
hUuen  responsables  de  la  perte  de  lîac-ninh  furent  exécutés 
le  26  mai,  en  présence  des  troupes  intijérialcs*.  Plus  tard, 
un  décret  imj)érial  du  28  janvier  i885  condamna  T'ang- 
Kiong,  gouverneur  du  ^un-Nan,  et  Siu  Yen-sin,  gouver- 
neur du  Kouang-Si,  à  être  décapités,  le  premier  pour  être 
«  rentré  dans  sa  province,  de  sa  propre  initiative  et  sans 
attendre  des  ordres,  ce  qui  a  semé  l'indiscipline  et  la  négli- 
gence dans  l'esprit  des  soldats  » ,  le  second  «  parce  que  la  plus 
grande  indiscipline  régnait  parmi  ses  troupes.  Il  employa  en 
outre  des  hommes  dénués  de  toute  valeur,  qui  ne  surent  que 
fuir  les  uns  après  les  autres  et  laisser  échapper,  par  leur 
faute,  tous  les  avantages  que  possédaient  nos  armées  ». 

L'œuvre  de  Courbet  était  complétée  et  Tère  des  grandes 

1.  Né  à  Belfort,  le  3  octobre  iSSq. 

2.  Voir  p.  4i8  et  42a. 

3.  Voir  la  Gazette  manuscrite  de  Pé~King  du  ^3  septembre  1884.  -^ 
Voir  aussi  p.  427- 


INSTHl  CTIONS    DK    M.     PATKNÔTRE  485 

opérations  militaires  scMiihlait  être  passée.  On  pensa  qu'il 
était  pent-êlrc  politique  d'user  d'indulgence  à  Tégard  des 
Annamites.  C'était  une  grande  erreur  ;  révénement  Ta 
prouvé. 

INSTRUCTIONS    DE    M.     PATEXOTRK,     23    AVRIL     l88/| 

A  la  fin  du  mois  d\ivril,  M.  Patenolre  qui  avait  été 
nonuné  envoyé  extraordinaire  et  ministre  plénipotentiaire 
a  Pé  King,  le  12  septembre  i883  à  la  place  de  M.  liourée, 
fut  chargé  d'une  mission  à  Hué  pour  y  assurer  Texercice 
de  notre  protectorat  ;  il  devait  se  rendre  ensuite  au  Tong-King 
et  attendre  des  instructions  au  sujet  de  la  Chine. 

Lorsque  vous  avez  été  appelé  par  la  confiance  du  Gouverne- 
ment de  la  République  aux  fonctions  de  Ministre  de  France  en 
Chine,  Fintenlion  du  Département  des  AlTaires  Étrangères  était 
de  vous  envoyer  sans  relard  prendre  possession  de  votre  poste. 
Les  événements  qui  se  sont  déroulés  au  Tong-King  et  l'attitude 
que  le  Gouvernemonldu  Céleste  Empire  a  cru  devoir  adopter  dans 
les  derniers  mois  de  Tannée  dernière,  n'ont  pas  permis  de  donner 
suite  à  ce  projet,  et  j'ai  dCi  vous  inviter  à  surseoira  votre  départ. 
Aujourd'hui,  malgré  certains  symptômes  de  dispositions  plus 
conciliantes  de  sa  part,  la  Chine  n'a  pas  encore  manifesté  sesdis- 
[K)sitions  paciGques  d'une  manière  assez  claire,  pour  qu*il  soit 
|H)ssible  d'apprécier  si  votre  présence  à  Pé-King  pourrait  avoir 
un  résultat  utile.  En  Annam,  au  contraire,  les  choses  viennent 
de  prendre  une  nouvelle  face.  Depuis  la  prise  de  Bac-ninh  et  de 
lloung-hoa,  le  Del  ta  du  Fleuve  Houge  se  trouve  en  notre  possession, 
la  dispersion  des  Pavillons  Noirs  et  des  contingents  chinois  a 
clos  la  période  des  opérations  militaires  proprement  dites,  et  notre 
action  sur  le  Tong-King  tout  entier  ne  rencontrera  plus  d'obstacles 
sérieux.  Dans  cet  état  de  choses,  il  me  parait  utile  que  nous 
réglions  définitivement  entre  la  France  et  TAnnam  les  nouveaux 
rapports  créés  par  ces  derniers  événements,  sans  nous  préoccuper, 
quant  à  présent,  de  l'Empire  chinois. 

En  même  temps,  M.  Jules  Ferry  télégraphiait  (20  avril 
188^)  à  Pé  King,  à  M.  de  Semallé  : 

M.  Patenôtre  s*embarque  demain  pour  Hué,  où  il  va  conclure 


480  r/AFFAlRE    DL    TONG-KING 

les  arrangements  nécessaires  pour  organiser  définilivement  notre 
prolcclorai.  Sa  mission  n'a  pas  d'autre  objet.  Sans  en  faire  l'objet 
d'une  communication  officielle,  ni  écrite,  ni  orale,  arrangez- 
vous  pour  faire  savoir  que  notre  ministre  ne  se  rendra  pas  à  Pé- 
King  avant  que  le  Gouvernement  chinois  ait  manifesté  la  volonté 
de  terminer  le  dîflercnd  relatif  à  l'Annam  par  un  arrangement 
comprenant  :  i°  garantie  réciproque  des  frontières  des  deux 
pays;  3°  une  indemnité  pour  la  France.  Faites  savoir  aussi  que 
le  Marquis  ïs'èng  a  rendu  par  son  attitude  personnelle  et  ses  pro- 
cédés contraires  aux  usages  diplomatiques  tous  rapports  impos- 
sibles entre  lui  et  le  gouvernement  français. 

Le  traité  imposé  par  M.  Harmand  n'avait  qu'un  caractère 
considéré,  à  tort,  comme  provisoire;  le  rattachement  de  la 
province  de  Binh-thuan  froissait  Tamour-propre  des  Anna- 
mites*; il  faliait  adoucir  les  rigueurs  de  ce  premier  traita  par  un 
nouvel  acte  définitif.  Après  que  le  traité  serait  signé,  M.  Pate- 
nôtre  aurait  à  procéder  »  l'installation  officielle  de  la  résidence 
générale  du  Gouvernement  français,  avec  M.  Rheinart  à  sa  tête, 
sans  attendre  l'échange  des  ratifications  ;  ensuite,  il  pourrait  se 
rendre  au  Ïong-King  pour  se  rendre  compte  de  la  situation, 
et  si  les  circonstances  le  permettaient,  il  irait  après  à  Pé- 
King  pour  régler  définitivement  le  différend  franco-chinois. 
M.  Patcnôtrc  était  en  route  lors  de  la  signature  de  la  conven- 
tion Fournier  qu'il  apprit  en  arrivant  au  cap  Saint- Jacques. 

Le  nouveau  traité  qu'apportait  M.  Patenôtre  contenait  trop 
d'adoucissements,  pour  que  le  Régent  Thu'o'ng,  après  avoir 
demandé  quelques  modifications,  n'acceptât  pas  de  le  signer. 

Le  Président  de  la  république  française. 
Sur  la  proposition  du  président  du  conseil,   ministre  des  af- 
faires étrangères. 

Décrète  : 

Art.  i'''.  —  Le  Sénat  et  la  Chambre  des  députés  ayant  ap- 
prouvé le  traité  conclu  à  Hué,  le  6  juin  i884,  entre  la  Répu- 
bfique  française  et  le  royaume  d'Annam,  et  les  ratifications  de 


riiMTK   i)K    m  K  /187 

cet   aclc  avant   élé  t'chan":(Vs  à  Ilué,    le    aS  février  1886,  ledit 
traité,  dont  la  teneur  suit,  recevra  sa  pleine  et  entière  exécution. 

TRAITÉ    DE    nUÉ    (pATENÔTRe),    6    JUIN    i884 

Le  gouvernement  de  la  République  française  et  celui  de  Sa 
Majesté  leroid*Annam,  voulant  empêcher  à  jamais  le  renouvelle- 
ment des  dilTicultés  qui  se  sont  produites  récemment,  et  désireux 
de  resserrer  leurs  relations  d'amitié  et  de  bon  voisinage,  ont  ré- 
solu de  conclure  une  convention  à  cet  eiTet.  et  ont  nommé  pour 
leurs  plénipotentiaires,  savoir: 

Le  Président  de  la  République  française  : 

M.  Jules  Pateîcôtrk.  envoyé  extraordinaire  et  ministre  pléni- 
potentiaire de  la  République  française  à  Pé-King,  officier  de  la 
Légion  d'honneur,  grand-croix  de  l'Etoile  Polaire,  etc.,  etc.,  etc.  ; 

Et  Sa  Majesté  le  roi  d'Annam  : 

Nc;rYEN  Va-x-Tiii  'o'xG,  premier  régent,  ministre  de  l'intérieur  : 

Pii\\!-Tii\N-DuÂT,  ministre  des  finances  :  et  T()\-Tiiat-Pii\n, 
chargé  des  relations  extérieures,  ministre  des  travaux  publics  par 
intérim; 

Lesquels,  après  s'être  communiqué  leurs  pleins  pouvoirs  res- 
pectifs, trouvés  en  bonne  et  due  forme,  sont  convenus  des  articles 
suivants  : 

Art.  i".  —  L'Annam  reconnaît  et  accepte  le  protectorat  de 
la  France. 

La  France  représentera  l'Annam  dans  toutes  ses  relations  ex- 
térieures. 

Les  Annamites  à  l'étranger  seront  placés  sous  la  protection 
de  la  France. 

Art.  'j.  —  Une  force  militaire  française  occupera  Thuan-An 
d'une  façon  |)ermanente.  Tous  les  forts  et  ouvrages  militaires  de 
la  rivière  de  Hué  seront  rasés. 

Art.  3.  —  Les  fonctionnaires  annamites,  depuis  la  frontière 
de  la  Cochinchine  jusqu'à  la  frontière  de  la  province  de  Ninh- 
Hinh,  continueront  à  administrer  les  provinces  comprises  dans 
ces  limites,  sauf  en  ce  qui  concerne  les  douanes,  les  travaux  pu- 
blics eten  général  les  services  qui  exigent  une  direction  unique 
ou  l'emploi  d'ingénieurs  ou  d'agents  européens.  • 

Art.  4.  —  Dans  les  limites  ci-dessus  indiquées,  le  gouver- 
nement annamite  déclarera  ouverts  au  commerce  de  toutes  les 
nations,  outre  le    port  de  Qui-Nhon,   ceux  de   Touranc  et  de 


•  »  " 


^88  i/aFFAIHK    l)i:    TO>'(i-KING 

Xuan-I)a\.  D'autres  ports  pourront  être  ultérieurement  ouverts 
après  une  entente  préalable.  Le  Gouvernement  français  y  entre- 
tiendra des  agents  placés  sous  les  ordres  de  son  résident  à  Hué. 

Art.  5.  —  Un  résident  général,  représentant  du  Gouvernement 
français,  présidera  aux  relations  extérieures  de  l'Annam  et  assu- 
rera l'exercice  régulier  du  protectorat,  sans  s'immiscer  dans  l'ad- 
ministration locale  des  provinces  comprises  dans  les  limites  fixées 
par  l'article  3. 

Il  résidera  dans  la  citadelle  de  Hué,  avec  une  escorte  militaire. 

Le  résident  général  aura  droit  d'audience  privée  et  personnelle 
auprès  de  S.  M.  le  roi  d'Annam. 

Art.  g.  —  Au  Ïong-King,  des  résidents  ou  résidents-adjoints 
seront  placés  par  le  gouvernement  de  la  République  dans  lesclicfs- 
lieux  où  leur  présence  sera  jugée  utile.  Us  seront  sous  les  ordres 
du  résident  général. 

Us  habiteront  dans  la  citadelle  et,  en  tout  cas,  dans  l'enceinte 
même  réservée  au  mandarin  ;  il  leur  sera  donné,  s'il  y  a  lieu,  une 
escorte  française  ou  indigène. 

Art.  7.  —  Les  résidents  éviteront  de  s'occuper  des  détails  de 
l'administration  intérieure  des  provinces.  Les  fonctionnaires  in- 
digènes de  tout  ordre  continueront  à  gouverner  et  à  administrer 
sous  leur  contrôle  ;  mais  ils  devront  être  révoqués  sur  la  demande 
des  autorités  françaises. 

Art.  8.  —  i^es  fonctionnaires  et  employés  français  de  toute 
catégorie  ne  communiqueront  avec  les  autorités  annamites  que 
par  l'intermédiaire  des  résidents. 

Art.  ().  —  l  no  ligne  télégraphique  sera  établie  de  Saïgon  à 
Hanoï  et  ex[)loitée  par  des  employés  -français. 

Une  partie  des  taxes  sera  attribuée  au  gouvernement  anna- 
mite qui  concédera,  en  retour,  le  terrain  nécessaire  aux  stations. 

Art.  10.  —  En  Annam  et  au  Tong-king,  les  étrangers  de 
toute  nationalité  seront  placés  sous  la  juridiction  française. 

L'autorité  française  statuera  sur  les  contestations,  de  quelque 
nature  qu'elles  soient,  qui  s'élèveront  entre  Annamites  et  étran- 
gers, de  même  qu'entre  étrangers. 

Art.  1 1.  — Dans  FAnnam  proprement  dit,  les  Quan-Bô  per- 
cevront rim|)ôt  ancien  sans  le  contrôle  des  fonctionnaires  français 
et  pour  le  compte  de  la  cour  de  Hué. 

Au  Tong-Ring,  les  résidents  centraliseront  avec  le  concours 
des  Quan-Bô  le  service  du  même  impôt,  dont  ils  surveilleront  la 
perception  et  l'emploi.  Une  commission  composée  de  commis- 


TUAiTi:   i)i;   m  i;  '1S9 

saires  français  et  annamites  délerinincra  les  sommes  qui  devront 
être  alTectées  aux  diverses  branches  de  l'administration  et  aux 
services  publics.  Le  relicjuat  sera  versé  dans  les  caisses  delà  cour 
de  lluc. 

Art.  13.  —  Dans  tout  le  royaume,  les  douanes,  réorganisées, 
seront  entièrement  confiées  à  des  administrateurs  français.  Il  n'y 
aura  que  des  douanes  maritimes  el  de  frontières  placées  partout 
où  le  besoin  s'en  fera  sentir. 

Aucune  réclamation  ne  sera  admise  en  matière  de  douanes, 
au  sujet  des  mesures  prises  jusqu'à  ce  jour  par  les  autorités  mili- 
taires. 

Les  lois  et  règlements  concernant  les  contributions  indirectes, 
le  nîgime  et  le  tarif  des  douanes,  et  le  régime  sanitaire  de  la  Go- 
cbincliinc  seront  appliquables  alix  territoires  de  l'Annam  et  du 
Tong-King. 

Art.  i3.  —  Les  citoyens  ou  protégés  français  pourront,  dans 
toute  l'étendue  du  Tong-King  et  dans  les  jx>rts  ouverts  de  l'An- 
nam, circuler  librement,  faire  le  commerce,  ac(juérir  des  biens 
meubles  et  immeubles  et  en  disposer.  Sa  Majesté  le  roi  d'Annam 
confirme  expressément  les  garanties  stipulées  par  le  traite  du 
i5  mars  187/i  en  faveur  des  missionnaires  et  des  chrétiens. 

Art.  14.  —  Les  personnes  qui  voudront  voyager  dans  l'inté- 
rieur de  l'Annam  ne  pourront  en  obtenir  l'autorisation  que  par 
l'intermédiaire  du  résident  général  à  Hué  ou  du  gouverneur  de 
la  Cochinchine. 

Ces  autorités  leur  délivreront  des  passej)orts  qui  seront  pré- 
sentés au  visa  du  gouvernement  annamite. 

Art.  i5.  —  La  France  s'engage  à  garantir  désormais  l'inté- 
grité des  Etats  de  S.  M.  le  roi  d'Annam,  à  défendre  ce  souverain 
contre  les  agressions  du  dehors  el  contre  les  rébellions  du  dedans. 

\  cet  elTet.  l'autorité  française  [)ourra  faire  occuper  militaire- 
ment, sur  le  territoire  de  l'Annam  et  du  Tong-King,  les  points 
qu'elle  jugera  nécessaires  |X}ur  assurer  l'exercice  du  protectorat. 

Art.  i().  —  S.  M  le  roi  d'Annam  continuera,  connue  |)ar  le 
passé,  à  diriger  l'administration  intérieure  de  ses  États,  sauf  les 
restrictions  qui  résultent  de  la  présente  convention. 

Art.  17  —  Les  dettes  actuelles  de  l'Annam  vis-à-vis  de  la 
France  seront  acquittées  au  moyen  de  payements  dont  le  mode 
sera  ultérieurement  déterminé.  S.  M.  le  roi  d'Annam  s'interdit 
de  contracter  aucun  enq)runt  à  l'étranger  sans  l'autorisation  du 
gouvernement  français . 


'(()0  L  AFrVIIlK     1)1      TONC-KINC 

AuT.  i8.  — Des  confcrcnces  ultérieures  régleront  les  limites 
des  ports  ouverts  et  des  concessions  françaises  dans  chacun  de 
ces  ports,  l'établissement  des  phares  sur  les  côtes  de  l*Annam  et 
du  Tong-Ring,  le  régime  et  l'exploitation  des  mines,  le  régime 
monétaire,  la  quotité  à  attribuer  au  gouvernement  annamite  âur 
le  produit  des  douanes,  des  régies,  des  taxes  télégraphiques  et 
autres  revenus  non  visés  dans  l'article  1 1  du  présent  traité. 

La  présente  convention  sera  soumise  à  l'approbation  du  gou- 
vernement de  la  République  franç^iisc  et  de  S.  M.  le  roi  d'Annam, 
et  les  ratifications  en  seront  échangées  aussitôt  que  possible. 

Art.  19.  —  Le  présent  traité  remplacera  les  conventions  des 
i5  mars,  3i  août  et  33  novembre  1874. 

En  cas  de  contestation,  le  texte  français  fera  seul  foi. 

En  foi  de  quoi  les  plénipotentiaires  respectifs  ont  signé  le  pré- 
sent traité  et  y  ont  apposé  leurs  cachets. 

Fait  h  Hué,  en  double  expédition,  le  6  juin  i884- 

(^.  S\)  Signé  :  P\te\otre. 
(^L,  S.)      —       Nguykn-van-tuu'o'ng. 

(L.    S.)         PlIAM-THAN-DUAT. 

(L.    S.)         TON-TIIAT-PHAN. 

AuT.  a.  —  Le  président  du  conseil,  ministre  des  afTaircs  étran- 
gères, est  chargé  de  l'exécution  du  présent  décret. 

Fait  à  Paris,  le  3  mars  1886. 

Jules  Grévy. 
Par  le  Président  de  la  République, 
Le  président  du  conseil, 
minisire  des  affaires  étrangères, 

G.    DE   FUEYCLNET,. 

\aQ.  Président  de  la  République  française. 

Sur  la  proposition  du  président  du  conseil,  ministre  des 
afTaircs  étrangères. 

Décrète  : 

Article  premier.  —  Une  convention  relative  au  r^ime  des 
mines  de  TAnnam  et  du  Tong-King  ayant  été  signée,  le  18  février 
i885,  entre  la  France  et  lerovaume  d'Annam,  et  les  ratiOcalions 
de  cet  acte  ayant  été  échangées  à  Hué,  le  33  février  1886,  ladite 
convention,  dont  la  teneur  suit,  est  approuvée  et  sera  insérée  au 
Journal  officiel. 


COVE.NTIO.N     E.MUi:    LA     FKANCi:    KT     i/aN.NAM  /|f)I 


CONVENTION    ENTRE    LA    FRANCE    ET    I/ANNAM    SUR    LE    RÉGIME 
DES    MINES    DE    l'aNNAM    ET    DU    TONG-KING 

S.  M.  le  roi  d'An nam  s'élanl  engagé,  |>ar  Tarticlc  i8  du  traité 
signé,  le  6  juin  i884,  entre  la  France  et  TAnnam  h  régler,  d'ac- 
cord avec  le  gouvernement  de  la  République  française,  le  régime 
des  mines  situées  dans  ses  Etats,  et  s'élanl  ainsi  interdit,  d'une 
manière  absolue,  de  disposer  d'aucun  gisement,  soit  en  Annam, 
soit  au  Tong-King,  avant  que  l'entente  à  intervenir  fiit  établie  ; 
déclarant,  d'ailleurs,  que  toutes  les  mines  situées  dans  ses  Etats 
font  encore  partie  du  domaine  royal  et  qu'elles  sont  libres  de 
toutes  charges,  à  l'exception  d'une  mine  de  houille  située  sur  le 
territoire  du  village  de  Nong-Son  (province  de  QuAng  Nam). 
concédée  le  I3  mars  iSSi,  pour  une  durée  de  îiq  ans,  et  consi- 
dérant qu'il  importe  de  déterminer  les  conditions  dans  losquelies 
les  mines  de  l'Annam  et  du  ïonkin  pourront  être  exploitées  ; 

Et  le  gouvernement  de  la  République,  désirant  faciliter  à  Sa 
Majesté  le  roi  d' Annam  l'établissement  d'un  régime  minier  de 
nature  à  développer  la  prospérité  de  ses  Etats, 

Ont  résolu  de  conclure  une  convention  spéciale  à  cet  effet  : 

Êa  conséquence,  ils  ont  nommé  pour  leurs  plénipotentiaires, 
savoir  : 

Le  gouvernement  de  la  Républi(pi«  : 

M.  Victor-Gabriel  Lemaire,  résident  général  de  la  République 
française  à  Hué,  ministre  plénipotentiaire,  chevalier  de  la  Lé- 
gion d'honneur,  etc.,  etc.; 

Sa  Majesté  le  roi  d'Annam  : 

Leurs  Excellences  :  Puam  than  duat,  ministre  des  finances,  i**' 
plénipotentiaire  ; 

IluiN  HUN  Tuu'o'ng,  sous-secrétaire  d'Ktal  au  ministère  de  la 
guerre,  a*  plénipotentiaire  ; 

Lesquels,  après  s'être  comnmniqué  leurs  pleins  pouvoirs  res- 
pectifs, trouvés  en  bonne  et  due  forme,  sont  convenus  des  ar- 
ticles suivants  : 

Article  premier.  —  S.  M.  le  roi  d'Annam  accepte  de  sou- 
mettre le  régime  et  l'exploitation  des  mines  situées  dans  ses  États 
aux  règlements  dont  l'utilité  aura  été  reconnue  par  le  gouver- 
nement de  la  République. 

Art.  3.  —  Le  montant  des  taxes  et   impôts  établis  sur  les 


'n)i  l'ai'faihk  du  to>g-ki.\g 

mines  tle  rAnnain  et  sur  leurs  produits,  ainsi  que  le  prix  de 
celles  ([ui  auront  été  .idjuf^ées  ou  auront  fait  l'objet  d'une  prise 
de  possession,  seront  versés  chaque  année  dans  le  Trésor  royal, 
après  défalcation  de^  dépenses  qui  auront  été  faites  par  Tadmi- 
nistration  des  mines  de  l'xVnnam. 

Le  gouvernement  annamite  pourra  déléguer  un  ou  plusieurs 
fonctioimaires  pour  assister  aux  adjudications  des  mines  de 
l'Annam.  Il  j)ourra  également  demander  au  résident  général 
toutes  les  fois  qu'il  le  jugera  utile,  des  éclaircissements  sur  le 
rendement  des  taxes  et  impôts  établis  sur  lesdites  mines. 

Art.  3.  —  Le  montant  des  taxes  et  impôts  établis  sur  les 
mines  du  Tong-Ring  et  sur  leurs  produits,  ainsi  que  le  prix  de 
celles  qui  auront  été  adjugées  ou  auront  fait  l'objet  d'une  prise 
de  jK)ssession,  seront  allectés  aux  dépenses  de  radminîstration 
du  Ïong-King. 

Art.  l\.  —  La  présente  convention  sera  soumise  à  la  ratifica- 
tion des  deux  gouvernements  et  elle  entrera  en  vigueur  aussitôt 
après  l'accomplissement  de  cette  formalité,  qui  aura  lieu  dans 
un  délai  aussi  bref  que  possible. 

En  foi  de  quoi  les  plénipotentiaires  ont  signé  le  présent  acte 
et  y  ont  apposé  leurs  sceaux. 

Fait  à  Hué,  le  dix-huit  février  mil  huit  cent  quatre-vingt-cinq. 

(/>.  iS.)  Signé  :  G.  Lemaibs. 
(L.  iS'.)       —     Pham  than  du  AT. 
(L.  S.)      —  '  HuiNH  nuN  tuu'o'ng. 

Art.  3.  —  Le  président  du  conseil,  ministre  des  affaires 
étrangères,  est  chargé  de  l'exécution  du  présent  décret. 

Fait  à  Paris,  le  a  mars  1886. 

Jules  Grévy. 
Par  le  Président  de  la  République  : 
f^  président  du  consed, 
ministre  des  affaires  étrangères, 
G.  DE  Freycinet. 

Par  le  fait  de  ce  traité,  le  Binh-thuan  donné  à  la  Basse- 
Cochinchine,  ainsi  que  IcNghé-an,  le  Thanh-hoa  et  Ha-linh, 
rattachés  au  Tong-King,  par  le  traité  Hannaiid,  faisaient 
retour  à  PAnnam.  Notre  protectorat  étail  assuré,  et  la  Conven- 
tion Fournier  ayant  réglé  les  affaires  de  Chine,  la  question  du 


Monr   Di:   k'ikn-imii  "o'c  /|()3 

Tong-King  paraissait  heureusoincnl  résolue.  Nous  comptions 
sans  la  mauvaise  foi  des  Annamites  et  des  Chinois.  On  a  vu 
que  rincident  de  Bac-Lé  rouvrait  la  question  et  que  plusieurs 
mois  de  luttes  sanglantes  et  d'épineuses  négociations  seraient 
encore  nécessaires  pour  finir  une  lutte  sans  cesse  renaissante. 

Pour  bien  marquer  que  tout  lien  de  vassalité  avait  cessé 
d'exister  entre  TAnnam  et  la  Chine,  M.  Patenotre  exigea  la 
remise  du  sceau  qui  avait  été  envoyé  jadis  à  Gia-Long,  marque 
de  sa  vassalité,  par  Tcmpereur  kia-K'ing  ;  notre  envoyé 
proposa  aux  ministres  annamites  de  l'envoyer  sans  éclat  à 
Paris,  mais  ceux-ci  préférèrent  qu'il  fût  détruit  publique- 
ment; en  consécpjence,  le  0  juin,  avant  la  signature  du 
traité,  le  sceau  fut  fondu  on  présence»  des  fonctionnaires 
annamites,  des  olïiciers  français  et  d'un  représentant  de 
l'agence  Havas.  Les  Chinois  ne  firent  allusion  au  sceau  que 
le  i/i  août,  sept  semaines  après  Bac -Lé,  dans  une  note  adres- 
sée aux  légations  étrangères,  qu'on  supj)ose  avoir  été  rédigée 
par  M.  C.  Ilolcombe,  secrétaire  de  la  légation  des  Étals- 
Lnis,  qui  poussait  le  Tsoung-li  Vamen  à  la  guerre. 

M.  Patenotre  passa  dix  jours  seulement  h  Hué  et  encore 
moins  de  temps  f\  Ha-noï  où  il  ne  venait  que  pour  conférer 
avec  le  général  Millot  :  le  colonel  Dugenne  venait  de  partir 
pour  Lang-s'on  ;  le  général  Millot  avait  eu  envie  de  retarder 
son  expédition  jusqu'à  l'automne,  à  cause  de  la  chaleur  de 
la  saison.  Ce  fut  à  Hong-Kong  que  notre  ministre  apprit 
Tafia  ire  de  Fkc-Lé  dont  on  exagéra  tout  de  suite  rim|)or  tance 
à  Paris,  tandis  qu'à  Pé-King,  on  ne  soupçonnait  pas  qu'elle 
put  avoir  ta  moindre  gravité. 

MORT    DE    k'iÉX-PHu'o'c.    HAM-NGHl 

Comme  il  était  facile  de  le  prévoir,  le  jeune  roi  d'Annam 
survécut  peu  à  la  signature  du  traité  du  6  juin  ;  il  mourut  le 
3i  juillet  i884,  et  sans  perdre  de  temps,  le  n?gent  ThuVng, 


»--i^- 


sans  consulter  le  résident  de  Hué,  M.  Rheinart,  s'empressa  de 
mettre  à  sa  place  le  frère  du  souverain  défunt,  Ung-Lich,  qui 
prit  le  non  de  règne  de  Hàm-nghi.  Devant  Ténergie  de 
M.  Rheinart,  du  colonel  Guerrier,  chef  d'état-major  envoyé 
à  Hué  par  le  général  Millot,  et  du  commandant  du  Tarn, 
Thu'o'ng  dut  céder  et,  le  17  août,  Hàm-nghi  recevait  dans 
son  palais  Tinvestilure  de  la  France. 


CHAPITRE  XXV 

L'AFFAIRE   DU   T0N6-KIN6  (Fin)  :    M.    PATENOTRE 

EN   CHINE 


MEMORANDUM    DU    COMMANDATIT    FOUR!lfIER 

Avant  de  reprendre  le  récit  des  négociations  de  la  France 
avec  la  Chine,  nous  avons  à  parler  d'un  petit  événement 
qui  fit  grand  bruit  à  réjx)que,  moins  à  cause  de  son  impor- 
tance réelle  que  par  suite  des  passions  qu'il  déchaîna. 

Lo  Foung-lo,  Tun  des  familiers  de  Li  Iloung-tchang,  ar- 
riva à  Chang-IIaï  le  28  ou  2g  juillet  188V,  chargé  par  son 
patron  d'un  message  absolument  confidentiel  sur  la  teneur 
duquel  il  ne  lui  était  pas  possible  de  s'expliquer  avec  notre 
consul  à  Tien-Tsin,  M.  Ristelhueber,  auquel  il  avait  de- 
mandé une  lettre  d'introduction  auprès  de  M.  Patenôtre. 
Dans  une  conversation  que  Lo  eut  avec  M.  Vissière,  premier 
interprète  de  notre  légation,  il  se  mit  à  parler  du  comman- 
dant Fournier  et  fit  allusion  aux  objections  qui  auraient  été 
faites  par  le  vice-roi  du  Tché-li,  dans  l'entrevue  du  17  mai, 
contre  une  occupation  trop  hâtive  des  places  frontières  du 
Tong-King  par  les  troupes  françaises.  Il  ajouta  que  M.  Four- 
nier, s'étant  rendu  à  ces  observations,  avait  consenti  à  rayer 
les  passages  de  sa  note  relatifs  aux  dates  d'évacuation,  que 

I.  P.  474. 


cette  pièce  portant  les  ratures  en  question  était  enlre  ses 
moins  et  rpi'il  était  prêt  ;'i  la  montrer. 

Le  lO  aoi^t.  Lo  apportait  à  M.  Vissi^rc  un  fac-similé'  de 
la  pièce  avec  les  ratures  au  crayon  et  le  lendemain,  il  mon- 
trait h  M.  Patenôlre  le  document  original. 

Pourquoi  les  Chinois  avaient-iU  attendu  si  longtemps 
jM)ur  produire  ce  document,  s'ils  y  attachaient  autant  d'im- 
portante? Lo  répondit  que  jusqu'alors  le  \ice-roi  <îc  Nan- 
King  s'était  opposé  à  ce  qu'elle  fût  montrée.  Tous  les  pas- 
sages qui  étaient  relatifs  h  l'évacuation  étaient  raves  et  il  ne 
restait  que  le  dernier  paragraphe,  agréahic  à  la  Chine.  Le 
do<'umeiit  était  de  la  ninin  <lu  commandant  Fotimîér,  qui  a 
donné  sa  parole  d'h^nneiir,  qu'il  n'élail  pour  rien  dans  les 
ratnres. 

CoMMLMCATioN  éi'.rite  déposée  entre  les  matns  de  Son  Ex- 
cellence Li-hong-chang,  le  17  mai  iSS.'t,  à  Tieu-Tsin, 

En  exécution  des  instructions  et  des  pleins  [Kiuvoirs  que  j'ai 
reçus  du  l'résidentdu  Conseil,  Ministre  dos  AfTaircs  Hlrangères, 
M.  Jule.'i  Forrv,  relativement  a  la  rédaclion,  à  l'interprélntion 
et  il  l'e^iécution  des  articles  de  la  anivention  préliminaire  sif^ncc 
le  1 1  mai  i88i.  entre  la  France  et  le  Céleste  Empire,  J'ai  l'hon- 
neur (le  portera  la  connaissance  deVolre Excellence  les  nicsurcs 
que  le  Gnu\Grnemcnt  du  la  République  française  a  arrêtées  d'une 
façon  déiinilivc.  pour  .<iallsfaire  il  l'exécution  immédiate  et  sans 
retour  de  cette  Convention. 

I 
Kn  ce  qui  concerne  l'article  \  de  cette  Convention  : 
1°  Monsieur  Palcnôtreest  nommé  plénipotentiaire  dugouvernc- 
ment  de  la  République  Française,  pour  élaborer  le  traité  définitif 
entre  la  France  et  la  (^liine,  dans  l(;s  conditions  prévues  par 
l'article  V  de  celte  Convention  :  Monsieur  Palenôtrc  remontera  à 
Pé-king.  en  quittant  Hué,  dans  le  plus  bref  délai  possible. 

t.  Od  Irouver*  co  fac-ùmilo  dans  le  IVorth-China  Herald,  13  boAI 


MEMORANDUM     Df     COMMANDANT    FOinNÎFR  /|()- 


II 

En  ce  qui  concerne  Tarticle  II  de  cette  Convention. 

2«  L'article  II  stipule  :  en  premier  lieu,  le  retrait  de  toutes  les 
troupes  chinoises  du  territoire  du  Tonkin  ;  en  second  lieu  le 
respect  de  la  Chine  pour  nos  traités  passés  et  futurs  avec  la 
Cour  de  Hué.  Nous  avons  donc  à  prendre  dès  aujourd'hui  toutes 
les  mesures  militaires  nécessaires  pour  assurer  Tinlégrité  absolue 
des  territoires  de  l'Annam  et  du  Tonkin  garantie  par  l'article 
2^  des  préliminaires  de  paix  signés  le  25  août  i883,  h  Hué.  En 
conséquence  : 

1°  Le  Général  Millot,  commandant  en  chef,  procédera  le  5 
juin  de  cette  année  à  l'occupation  militaire  par  les  forces  fran- 
çaises ou  annamites,  des  villes  de  Cao-Binh  [sic],  de  Lang-son 
et  de  toutes  les  autries  places  du  territoire  tonkinois  faisant  face 
aux  frontières  du  Quan-tong  et  du  Quan-si.  où  il  jugera  utile 
de  placer  des  garnisons. 

3«  Le  Général  Millot  procédera,  le  i'^^  juillet  ^  à  l'occupation 
par  les  forces  riiilitaires  Françaises  ou  Annamites  de  la  ville  de 
Lao-Kaï  et  de  toutes  les  autres  places  du  territoire  Tonkinois 
faisant  face  aux  frontières  du  Yun-Nan. 

3°  Le  Général  Millot  pourra  occuper,  dès  maintenant,  mili- 
tairement, toutes  les  places  situées  sur  le  fleuve  Rouge,  ou 
partout  ailleurs  où  la  présence  d'une  garnison  française  ou  anna- 
mite lui  paraîtrait  nécessaire  pour  appuyer  ses  opérations  mili- 
taires contre  les  Pavillons  Noirs  ou  contre  toutes  autres  bandes 
ir  régulières. 

4°  Dans  tous  les  cas,  chaque  fois  qu'une  troupe  Française  ou 
Annamite  se  présentera  devant  une  place  occupée  par  des  trou- 
pes chinoises  pour  y  prendre  garnison,  elle  ne  devra  mettre  en 
demeure  la  garnison  chinoise  d'avoir  à  évacuer  la  place,  qu'après 
un  délai  de  vingt-quatre  heures. 

5°  Le  Commandant  en  chef  des  forces  navales  Françaises 
pourra  procéder,  le  i'^  juin,  à  l'occupation  militaire  et  maritime 
de  tous  les  points  de  la  Côte  du  Tonkin  où  il  jugera  utile  d'éta- 
blir une  station  navale. 


1 .  On  remarquera  que  ces  dates  ne  concordent  pas  avec  le  télégramme 
envoyé  au  général  Millot  ;  voir  p.  443. 

CoRDIEK.  II.    —    33 


'•J  ,'»*w*.N"^>'*:—7 


^98  L*AFFAIRE    Dl'    TONU-RINC. 

111 

En  ce  qui  concerne  l'article  IV  de  celte  convention  : 

Le  Gouvernement  delà  République  invile  Monsieur  Patenôtre 
à  supprimer,  dans  la  rédaction  du  Iraité  définitif  qu'il  va  contrac- 
ter avec  TAnnam,  l'expression  «  y  compris  la  Chine»,  qui  figure 
actuellement  dans  l'article  1  des  préliminaires  de  paix,  signés, 
le  35  août  i883,  à  Hué.  Mais  il  prend  acte  que  cette  niodifi- 
cation  au  texte  primitif,'  introduite  par  courtoisie  et  par  défé- 
rence pour  le  prestige  du  Céleste  Empire,  ne  pourra  avoir  pour 
eflct  d'altérer  en  rien  la  valeur  d'aucune  des  stipulations  énon- 
cées dans  cette  article  I  ni  dans,  aucun  des  autres  articles  de  ces 
préliminaires. 

C'est,  en  prenant  congé  de  Son  Excellence,  et  pour  mettre  fin 
à  sa  mission  que  M.  le  Capitaine  de  frégate  E.  F.  Fournier. 
plénipotentiaire  du  Gouvernement  Français  a  remis  entre  le^ 
mains  du  Vice-Roi  Li  Hong-Tcliang  plénipotentiaire  du  Céleste 
Empire  la  Communication  écrite  qui  précède  et  qui  expose 
l'ensemble  des  mesures  arn>tées.  à  titre  délinilif,  par  le  Gouver- 
nement Français,  en  ce  qui  concerne  l'exécution  des  articles  II,  IV 
et  V  de  la  Convention  préliminaire  signée  le  1 1  mai  1884  h 
Tien-tsin. 

Fait  à  Tien-Tsin,  le  17  mai  i884- 

Le  capitaine  de  frégate,  plénipotentiaire  du 
Gouvernement    de    la    République  française. 

(sig.)  E.  Fournier. 

Au-dessous  de  cette  communication,  Li  avait  ajouté  de  sa 
main  une  note  dont  voici  la  traduction  *  : 

«  Lettre  remise  personnellement  par  le  Commandant  Français 
<K  Fournier.  —  aS*  jour  de  la  4"  lune  de  la  10''  année  Kouang- 
«  Siu  (17  mai  i884)»  à  l'heure  chèn  (entre  3  et  5  heures  du 
«  soir). —  Deux  articles  y  ont  été  supprimés  par  lui.  » 

Les  secrétaires  de  Li,  Ma  et  Lo,  déclarèrent  dans  un  té- 
légramme adressé  au  A^.  Ch.  Daily  News  qu'ils  avaient  \u 
le  commandant  faire  les  ratures  ;  je  reviendrai  plus  tard  sur 

1,   Par  M.  Vîssicre. 


MA    KlEN-TCHONr.  ^99 

le  dernier,  aujourd'hui  ministre  de  Oiinc  à  Londres,  mais 
j'ai  de  bonnes  raisons  de  croire  que  le  j<«ir  où  le  comman- 
dant Tournicr  et  le  vice-roi  se  rencontrèrent,  non  seulement 
il  n'était  certainement  pas  présent  à  l'entrevue,  mais  qu'il 
était  même  absent  de  Tien-Tsîn  ;  en  revancbo,  [>arlons  de  Ma 
Kièntchong. 

MA    K1BN-TGII0>G 

Il  est  utile  de  nous  arrêter  un  instant  sut  ce  personnage 
qui,  pendant  (]uinze  ans,  joua  au  second  plan,  un  r<Me  consi- 
dérable. Ma  Kièntchong  était  le  plus  jeune  de  trois  frères 
appartenant  à  une  famille  chrétienne  de  Se-King,  district 
de  Soung-Kiang  (KiangSon),  et  il  rc(,'nt  au  baptême  le 
pi-énom  de  Matliias.  L'ainé  de  la  famille  eut  la  plus  l'Acheusc 
inllnencc  sur  ses  jeunes  frères  dont  l'un,  nnlonné  prêtre,  jeta 
la  soutane  aux  orties',  l'autre,  dont  nous  parlons,  ne  fut 
jamais  gêné  par  le  moindre  scrupule.  Ma  Kièn-tchong,  fort 
intelligent,  parlant  remarquablement  le  français,  vint  en 
Krance,  compagnon  de  Tclieng  ki-tong,  avec  la  mission 
dirigée  par  Li  Foung-pao  et  Prosjier  (liqiicl  (1877)  ;  il  suivit 
les  cours  de  l'école  dos  Sciences  jxililiques  et  passa  avec 
succès  ses  examens  de  licencié  à  l'école  de  droit  le  g  juillet 
1879'.  De  manières  agréables,  bon  musicien,  Ma  fut  fort 
bien  accueilli  dans  la  société  parisienne.  Rentré  en  Chine, 
il  fut  un  véritable  Maître  Jacques  près  de  Li  Houng-tchang, 
tout  h  la  fois  interprète  pour  le  français,  jurisconsulte,  expert 
de  mines,  tao-taï  des  douanes  à  Tien-Tsin,  examinateur  aux 
collèges  de  torpilles  et  de  télégraphes,  juge  de  l'Amirauté, 
inspecteur  de  l'escadre  du  Nord,  administrateur  du  dock  de 
-Tatou,  directeur  de  la  China  Merchants'  Steam  Navigation 
Co.,  à  la  place  de  Tong  King-sing,  chargé  de  missions  en 


.   Il  a  fait,  paralt-il,  prnitence  récemment. 

.  Sa  thè>e  a  Ht  impriaiée  ;  Paris,  Piclioii,  pet.  i 


500  i/aFFAIRE    du    TONG-KING 

Corée,  dans  TAnnam,  à  Calcutta.  Il  était  extrêmement  im- 
pertinent et  en  juin  i883,  imitant  Tarrogance  de  son  pa- 
tron Li,  il  se  permit,  devant  celui-ci  et  devant  M.  Tricou,  de 
dire  à  un  de  nos  interprètes:  «  Je  me  f...  du  gouvernement 
de  la  République.  »  Il  tombait  mal  avec  l'énergique  Tricou 
qui  exigea  des  excuses  immédiates.  Je  Tai  revu  en  1897 
quand  il  revint  en  France  pendant  la  durée  du  deuil  de  sa 
mère  ;  il  fit  un  nouveau  voyage  en  Europe  en  1899  5  ^^  ^^ 
rendit  à  Rome  faire  amende  honorable  de  ses  erreurs  passées 
et  il  est  mort  chrétiennement  à  Chang-Haï,  le  3  septembre 
1900. 

On  voit  quelle  confiance  on  peut  avoir  dans  ces  témoi- 
gnages. 

Le  commissaire  des  douanes,  Detring,  donne  à  son  tour  le 
récit  suivant  de  l'entrevue. 

Nul  n*était  plus  à  même  que  M.  Detring  de  me^  rensei- 
gner sur  certains  détails  de  la  négociation  du  mois  de  Mai  de- 
meurés pour  moi  assez  obscurs,  et  je  crus  tout  d*abord  devoir 
m'en  entretenir  avec  lui.  Je  lui  demandai  notamment  ce  qu'il 
pensait  de  Thistoire  des  ratures  attribuées  a  M.  Fournier.  M. 
Detring  assure  qu'elles  sont  réellement  de  la  main  du  Comman- 
dant du  Voila  :  elles  n'auraient  d'ailleurs  pas  la  signification  qui 
leur  a  été  donnée  par  le  Tsoung-li  Yamcn.  Voici  comment  les 
choses  se  seraient  passées  : 

Le  17  mai,  M.  Fournier  se  serait  rendu  chez  le  Vice-Roi, 
porteur  du  document  destiné  h  l'aviser  des  dates  auxquelles  de- 
vait être  terminée  l'évacuation  des  dilTérentes  places  du  Tong-King. 
A  ce  moment  Li  Houng-tchang  était,  à  Pé-King,  l'objet  des 
plus  vives  attaques  :  cfirayé  de  l'opposition  que  soulevait  contre 
lui  le  traité  conclu  avec  la  France,  il  aurait  représenté  k  notre 
plénipotentiaire  la  difficulté  d'obtenir  dans  des  limites  aussi 
restreintes  l'éloignement  des  garnisons  chinoises  et  l'impossibilité 
de  placer  pour  le  moment  sous  les  yeux  du  Tsoung-li  Yamen 
la   communication  qui  lui    était   remise.  M.   Fournier  ayant 

I.  Lettre  de  M.  Patenôtre  à  M.  Jules  Ferry.  Chang-HaT,  le  11  sep- 
tembre 1884. 


MA     KIEN-TCHONG  001 

insiste  :  «  Soil,  aurait  répondu  Li  Iloung-tchang.  J'arrangerai 
les  choses,  mais  donnez  m'en  le  temps  a.  Sur  cette  assurance 
verbale.  M.  Fournier  aurait  bifie  les  passages  de  sa  ^ote  relatifs 
à  révacualion.  Comment  a-t-il  cru  devoir  laisser  aux  mains  du 
Vice^Roi  une  pièce  ainsi  raturée  ?  C*esl  ce  que  M.  Detring  ne 
s'explique  pas  plus  que  moi. 

A  la  suite  du  voyage  de  Ta  mirai  Lespès  à  Pé-King,  le  crédit 
de  Li  Houng-lchang  sembla  se  raffermir  un  peu,  mais  Tarrivée 
de  Tso  changea  les  choses.  Le  Vice-Roi  du  Tché-li,  alarmé  des 
progrès  du  parti  de  la  guerre,  ne  se  rendant  peut-être  pas  un 
compte  bien  exact  de  ce  qui  pouvait  se  passer  au  Tong-Ring,  se 
bornait  à  attendre  les  événements.  Dans  la  nuit  du  21  au  an 
juin,  il  apprit  tout  à  coup  par  un  télégramme  que  la  colonne 
française  était  en  marche  vers  Lang-Son.  Une  sorte  de  conseil 
de  cabinet  auquel  prit  part  Tchang  Peï-loun,  le  futur  organisa- 
teur de  la  défense  à  Fou-tchéou,  et  Tun  des  ennemis  les  plus 
déclarés  des  étrangers,  fut  immédiatement  tenu  à  Tien-Tsin. 
Tous  auraient  été  d'avis,  même  Tchang  Peï-loun,  qu'il  fallait 
retirer  les  troupes  chinoises  sur  la  frontière.  Li  télégraphia  dans 
ce  sens  à  Pé-King.  Le  Tsoung-li  Yamen,  qui  n'avait  point  été 
tenu  au  courant  de  l'arrangement  intervenu  le  17  mai,  de- 
manda des  explications.  Le  Vice-Roi  en  fournit  d'assez  embar- 
rassées. C'est  pendant  cet  échange  de  correspondance  que  se 
serait  produite  la  collision  de  Lang-s'on. 

Le  télégramme  adressé  le  ai  juillet  par  V.  E.  à  M.  de 
Semallé  prouve  d'autre  part  qu'on  s'était  mépris  à  Paris 
sur  la  nature  de  l'engagement  pris  le  1 7  mai  par  Li  Houng- 
tchang,  puisqu'on  le  croyait  basé  sur  un  document  écrit  éma- 
nant de  ce  dernier*.  M.  Fournier  ayant  quitté  Tien-Tsin  sans 
renseigner  notre  Légation  sur  ce  qui  s'était  passé  entre  le  Vice- 
Roi  et  lui,  notre  Chargé  d'Aflaires  se  trouvait  dans  l'impossibilité 
de  contrôler  cette  indication.  Il  crut  lui  aussi  à  l'existence  du 
document  en  question  et  y  fit  allusion  dans  ses  entretiens   avec 

I .  Le  télégramme  est  ainsi  conçu  :  a  II  est  vrai  que  le  traité  du  1 1  mai 
ne  fixe  pas  les  dates  d'évacuation,  mais  il  fait  mieux  :  il  stipule  dans  l'ar- 
ticle a  le  retrait  immédiat  de  toutes  les  garnisons  chinoises  du  Tong- 
King.  C*cst  en  conséquence  de  cet  engagement  formel  que  le  Vice- Roi 
du  Tché-li  a  fixé  lui-mémft  les  dates  d'évacuation  dans  une  com- 
munication officielle  adressée  au  commandant  Fournier  qui  m'en  a 
rendu  compte  en  ces  termes  par  un  télégramme  du  18  mai,  etc..  » 


.  ■  -V  ;---^7 


5o3  i/aFFAIRE    Dl"    TONG-KINC. 

les  ministres  chinois.  Interrogé  à  ce  sujet  par  le  Yamen,  Li 
Houng-lchang  répondit  par  lettre  insérée  depuis  au  Livre 
Jaune  chinois,  lettre  dans  laquelle  il  niait  qu*aucune  communica- 
tion écrite  eût  été  échangée  entre  lui  et  M.  Fournier  et  passait 
sous  silence  rengagement  verbal  qu'il  avait  souscrit.  Quant  à 
la  pièce  raturée  laissée  parle  Commandant  du  Voila,  cen*est  que 
plus  tard  qu'elle  aurait  été  retrouvée  dans  un  tiroir  par  le  secré- 
taire de  Li  Houng-tchang  qui,  avec  l'assentiment  plus  ou 
mois  avoué  de  son  chef,  en  aurait  fait  l'usage  que  Ton  sait. 

Tel  est  le  récit  qui  m'a  été  fait  par  M.  Detring.  Li  Houng- 
tchang  comprend  que  dans  toute  cette  affaire  il  a  été  pour  le 
moins  coupable  d'une  extrême  faiblesse  ;  il  se  rendrait  de  plus 
compte  de  l'impossibilité  où  est  la  Chine  de  lutter  contre  nous 
et  de  la  nécessité  d'arriver  à  un  arrangement.  Mais  son  crédit 
est  presque  nul.  D'autre  part  le  Tsoung-li  Yamen  serait  pousse 
à  la  résistance  par  le  Ministre  américain. 

Dans  une  note  du  21  juillet  188.^,  le  commandant  Fournier 
expliquait  lui  aussi  ce  qui  s'était  passé  : 

La  responsabihté  du  plénipotentiaire  chinois,  S.  E.  Li  Houng- 
tchang  est  plus  engagée  encore,  bien  que  sa  bonne  foi  ne  puisse 
être  suspectée,  après  le  rôle  qu'il  a  joué  dans  la  négociation  d'un 
traité  aussi  impopulaire  en  Chine. 

Voici  dans  quelles  conditions  précises  la  responsabilité  de  Li 
Houng-tchang  se  trouve  aujourd'hui  engagée: 

Effrayé  par  le  concert  de  réprobation  qui  accueillit  à  Pé-King 
dans  le  monde  olFiciel  la  publication  de  notre  traité,  le  vice-roi 
me  demanda  de  le  laisser  libre  de  manœuvrer  à  Pé-Ring  pour 
régler  l'affaire  de  l'évacuation  des  troupes  dans  les  délais  convenus 
avec  la  connaissance  (ju'il  avait  de  son  terrain  et  de  son  monde. 
J'avais  fait  jusqu'alors  une  expérience  si  concluante  de  sa  puis- 
sance personnelle  à  laquelle  était  uniquement  due  la  réussite  de 
nos  négociations  que  je  jugeais,  sainement  je  crois,  une  fois  de 
plus,  que  dans  cette  circonstance  spéciale  encore,  en  présence 
des  diilicultés  nouvelles  soulevées  à  Pé-King,  j'avais  intérêt  à 
laisser  à  Li  Houng-tchang  toute  indépendance  de  manœuvre, 
mais  jeus  la  précaution  fort  prudente  (on  le  voit  aujourd'hui) 
d'engager  à  fond  sa  responsabilité  personnelle  j)our  l'assurer 
contre  toute  défaillance  et  de  manière  que  la  communication 
écrite  que  je  lui  laissais  ne  pût  être  ni  éliminée  ni  altérée  après 


Mt  lik^-tciiom;  r>o3 

mon  (k-|iurl  :  Jeiii'v  pris  rie  lii  fii^uii  siii>niilc:  n  Votre  KM-elIpnrc 
nrccjilo  donc  Ira  ilalcs  lixrrs  pur  niii  romniiiiiication  ûcritc  H  se 
ctiiir^.  x>M  sn  i-(^|>nnsnbilil('.  d'oblonir  il  IV-Kui^  par  sfn  moyens 
projirr^,  (|iii>  IVvariinlJoii  (li's  IroiipCK  (-hinoiseit  soit  tcrniitiiV  dans 
rfs  (léluis?  s  —  0  Oui  0,  rr'|>ori(iil  foriDelipmMil  Ic  VlrivKoi.  — 
n  Vdiro  EMcellonre  in'aiiti>ris<'  iilors  il  U'lt'î;rapliicr  les  dstm  A 
M.  Julr«  Fcrr)'  et  an  (.iéiii'rul  Millul  nvee  hi  iiotilicalton  qui  y 
l'iiil  suite  !•  »  —  «  Oui,  ré[>aiidil  encore  le  Viee-Hoi,  vons  pouvcx 
II-  faire,  je  ré|>on(ls  de  IVxériilion.  »  —  Je  le  fis  aussilàl  en  sor- 
laiil.  mais  j'eus  le  snin  i)r  rt'ilii;cr  le  téir^'rauime  adressé  au 
(i<-uéral  Millol.  en  clair.  e'esl-ù-<lire  en  Irançaîs  et  je  le  déposai 
Qii  liiireaii  tMêfjmphi'ine  eliiiuiis  i\e'r\oii-'['»in.  —  Un  (|iiarl  d'heure 
«près  Li  Unimij-lchanij  l'(wnit  entre  len  moins  el  vérijiail  de  l'i'tu 
Ha'ii  ilait  ahinlumcnt  ennjfiniie  <in  terlf  df  h  commimieation  écrite 
r/ue  je  lui  amis  lainsée.  O  léléffraninK-  |Mtrcotiru(  loii»  les  bureaux 
léléfn'apliiqiies  érliHonnéH  enire  Tien-Tain  el  Ha-noi  el  il  prit 
iiiiisi  le  caractère  de  publicité  indiscri'le  (jue  j'avais  tenu  à  lui 
diiiiiier.  —  Or.  le  lendeinuin  du  jour  où  Li  Iloung-tchiing  connut 
mon  télégramme  an  Général  Millol.  il  reçnl  la  première  visite 
de  l'amiral  Le^jW-s  avec  la  pins  ({runde  cordialité  ;  un  mois  après 
il  visitait  noire  eseudre  et  dans  l'intervalle  il  ne  cessa  de  léuioij^mer 
de  siin  désir  «le  voir  se  cons<)jider  l'eiiteiitr  cordiale  de  In  France  et 
de  la  (lliine.  Kst-il  adinisoiible  <|iie  Li  llonn(;-tcbang  n'eût  pas 
inimédiateiniinl  protesté  aiipi-<'s  de  l'amiral,  ajtrès  mon  départ, 
s'il  a^ait  trouvé  dans  mon  lélé(;ramme  fort  iinporlant  adressé  au 
délierai  Millot  (jnï  allait  refiler  les  mouvements  de  nos  troupes 
ters  les  frotitièivs  de  (ilitne,  des  indications  ditTéreiites  de  celles 
i^n'il  avait  admises  dans  notre  dernière  entrevue,  qui  le  mettaient 
directement  en  jeu  et  ijne  le  |irésideut  ilii  Giiiseiï  lut  le  ao  moi 
.'I  ta  tribune  de  ta  (Ibainbre  et  <pie  tous  ti>s  journaux  de  (>banK-- 
Ilaï.  de  lIim^'Kon;,'  el  du  JH|>iin  ainienl  citiVs  et  eoinnientées. 
l,ii  vérité  est  qu'il  a  été  aussi  péiiiblejueiil  Hiirpris  que  moi  par 
leiénenieiit  de  liac-Lé.  11  comptait  secrètement  (seuttnieni  tout 
il  Tail  ebiiiois).  comme  j'avais  lien  de  le  snp|>o«T  inO)-ni6ino, 
que  si.  à  la  suite  d'une  nianœuviv  lortueiist-  et  maladroite  du 
parti  de  la  (àuerre,  une  rénislanci-  était  op|Hisé<-  par  certaines 
troupes  chinois(-s  an\  troniH-s  Trançaises.  celk-it-ci  leur  passeraient 
sur  le  nirps  et  prendraient  |>ossession  quand  mémo  île  leurs  gar- 
nisons, comme  jr  U  lui  avait  annoncé'.  Matlieurensemenl  cette 
bvpotbèse  qui  nous  paraissait  si  évidente  ii  l'un  ou  à  l'antre  ne 
^v  réalisi  pas,  on  sait  pourquoi  !  Si  nos  troupes  avaient  clé  vie- 


5oi  l'affairr  du  TOKS-KING 

toricuscs.  Li  Iloung-lcliang  eût  prol«slc  à  Pé-King  contre  les 
hommes  (lu  parlî  de  la  guerre  qui  venaient  d'infliger  ai  inutile* 
ment  un  nouvel  alTronl  aux  armées  chinoises.  —  Ce  sont  nos 
troupes  qui  oui  eu  le  dessous,  et  c'est  Li  Houng-tchang  qui  courbe 
aujourd'hui  la  tétc  sous  le  poids  des  responsabilités  qu'accumule 
le  parti  de  la  guerre.  Malheureusement  c'est  Ik  une  situation  dont 
nous  n'avons  pas  à  tirer  grand  bénéfice,  car  le  Vicc-Boi  qui  était 
la  base  fondamcnlalc  de  notre  inilucnce  dans  les  mers  de  Chine 
sortira  certainement  diminué  du  nouveau  conflit  suscité  par  ses 
adversaires  au  Tong-Ring,  par  la  rencontre  sanglante  de  Bac-Lé. 

Sig.  FOURNIER. 

Je  crois  que  nous  devons  nous  en  tenir  à  cette  version  du 
commandant  Fournier  ;  le  tort  de  ce  marin  distingué  est 
d'avoir  cru  k  la  bonne  foi  de  Li  Houng-tchang  et  c'est  cette 
croyance,  partagée  par  Jules  Ferry,  qui  a  fait  retarder  les 
opérations  de  l'amiral  Courbet,  a  empêché  ce  dernier  de 
frapper  un  coup  décisif  dans  le  Nord  el  a  fait  prolonger  le 
blocus  de  Formose.  Les  différentes  attaques  contre  la  côte  de 
Chine  faites  par  ordre  du  gouvernement  qui  l'empêchait  de 
frapper  le  coup  décisif  dans  le  Tché-li,  arrachait  à  l'amiral 
ce  cri  pittoresque  :  n  Ce  sont  autant  de  coups  de  poing  dans 
un  édredon.  ■>  Il  est  bien  certain  que  Li  n'avait  fait  aucune 
communication  au  sujet  de  l'évacuation  du  Tong-King  par  les 
troupes  chinoiseii,  aux  membres  du  Tsoung-li  Yamcn,  avant 
l'affaire  do  Bac-Lé.  Il  est  facile  de  se  rendre  compte  de  la 
duplicité  de  Li  par  sa  lettre  du  3  juillet  au  ^'amen,  qiic 
nous  avons  reproduite  plus  haut.  M.  A.  Gervais,  qui,  évi- 
demment, a  eu  des  renseignements  de  première  main,  explique 
ainsi  la  production  du  document': 

s  Le  Gouvernement  français...  en  présence  des  résistances  du 
gouvernement  impérial,  se  décida  à  pratiquer  la  politique  des 
gages  et  des  représailles.  Dh  les  premiers  jours  du  mois  d'Août, 
l'amiral   Leopès   bombardait   Kéloung.   Furieux    de  voir   leurs 

I.  Sevue  pol.  el  litt..  11  octobre  i884. 


C.OMIUT     Dr.     FOI-TCIIKOI  .)0.1 

avances  repouss6cs,  les  Chinois,  sans  réflécliir,  revenant  brusque- 
ment en  arrière,  voulurent  établir  à  nouveau  que  c'étaient  nous, 
et  non  pas  eux,  qui  avions  violé  le  traité  de  Tien-Tsin  et  alors, 
tout  à  coup,  Li  Houng-tchang,  mis  en  demeure  d'établir  la  vérité 
sur  la  note  complémentaire,  produit  la  convention  écrite  du  17 
mai  et  les  ratures  que  le  commandant  Fournier  y  aurait  faites. 
Ainsi,  le  2  juillet,  il  déclarait  par  lettre  au  Tsoung-li  Yamen, 
comme  on  Ta  vu  plus  haut,  «  qu'il  était  certain  que  le  comman- 
dant Fournier  ne  lui  avait  adressé  aucune  communication  ofli- 
cielle  »  ;  et,  au  mois  d'Août,  il  produisait  cette  même  note  à 
laquelle,  un  mois  auparavant,  il  avait  dénié  toute  existence.  Mais 
aussi  il  la  présentait  dans  des  conditions  bien  curieuses.  Cette 
note  était  raturée  de  la  main  même  du  commandant  Fournier, 
à  ce  qu'on  assurait,  et  ces  ratures  portaient  précisément  sur  les 
articles  relatifs  à  l'évacuation  par  les  garnisons  chinoises  des 
places  fortes  du  Tong  Ring. . . 

La  vérité  parait  être  que  Li  Houng-tchang,  autorisé  par  le 
Comm.  Fournier  à  retarder  l'envoi  de  la  note  du  17  mai  à  Pé- 
King,  avait  différé  de  jour  en  jour,  et  que  finalement,  en  présence 
de  l'orage  qui  le  menaçait  et  allait  grossissant,  il  n'avait  pas  osé 
transmettre  ni  cette  note  ni  même  la  lettre  du  i5  Mai. 

Considérons  que  Tincident  est  clos. 

COMBAT    DE    FOU-TCHÉOU,    23    AOUT    l884* 

Jamais,  malgré  les  négociations  avec  M.  de  Semallé  depuis 
TafTaire  de  Bac-Lé,  le  gouvernement  chinois  n'avait  cessé 
d'envoyer  des  troupes  au  Tong-King.  Au  commencement  de 
juillet,  un  corps  de  7  5oo  hommes  avait  reçu  Tordre  de  passer 
la  frontière  pour  aller  se  joindre  aux  Pavillons  Noirs.  Le  3i 
juillet,  le  vice-roi  du  Se-tch*ouen,  Ting  Pao-tchen,  recevait 
un  décret  secret  relatif  à  l'envoi  au  Yun-Nan  du  général  Pao- 
Tch'ao  et  de  2  5oo  réguliers  en  vue  de  se  concerter  avec  le 


I.  Pour  ce  chapitre,  voir:  Ministère  des  Affaires  étrangères.  — 
Documents  diplomatiques,  —  Affaires  de  Chine  et  du  Tonkiw, 
i884-i885.  Paris,  Irop.  nat.,  i885,  in-fol. 


5o6  l'affaire    1>L-    TONr-KI.<i(i 

viceroi  de  celte  province  pour  empêcher  l'occupalion  de 
Lao-Kay.  Les  réguliers  chinois  au  TongKing  adoptaient  des 
uniformes  qui  permettaient  de  les  confondre  avec  les  Pavil- 
lons ^oii's. 

Depuis  le  milieu  di>  mois  de  juillet,  l'amiral  Courbet  avait 
pris  position  dana  la  rivière  de  Fou-lchéou,  au  mouillage  de 
la  Pngotle,  a^■ec  une  escadre  composée  du  Voila,  qui  portait 
non  pavillon,  du  Duijiiay-Trouin,  du  Villars,  Au  (ÏEnlainif, 
du  /,vn.r.  de  la  Vipère,  de  VA.ipic  et  des  torpilleurs  ^5  et  ^U. 
Il  avait  devant  lui  ii  lnUimenls  chinois:  le  croiseur  Yant/- 
Wou;  5  Iransjiorts  avisos,  Tchen  Han<j,  lont/  Pao.  Fou-Po. 
Fcï-Yàne,  Tsi-ngan',  i  aviso  de  flotlille,  I-Sliiff;  i  canon- 
nière-aviso, Trhen-Wei  ;  3  canoimières,  Fou-St'nif,  Fou- 
Sfieng,  Kien-Shenii,  ces  deux  dernières  du  type  alphabétique. 
Plus,  12  grandes  jonques  de  guerre.  Les  Chinois  avaient,  en 
outre,  arme  7  canots-torpilles  à  vapeur,  3  ou  ^  à  l'aviron  ol 
dis[)osé  un  certain  nombre  de  britlols. 

Le  Ch  Ica  Hena  /  e  la  SaiJne,  détachés  au  mouillage  de 
Kou  n  la  Ihge  e  lo  r  )  murailles,  en  amont  de  la  passe 
K  pa  u  la  r  e  e,a  I  nieni  [«ur  mission  de  s'opposer 
a  ce  que  1rs  Gh  n  1  s  r  a  -teut  cette  passe,  soit  en  coulant 
renti  c  de  j  nj  e  ri  argécs  de  pierres,  réunies  aux 
en    ron     so  t  e  IK      le*  [oqjilles.  Il  y  avait  d'ailleurs, 

la  ra  le  de  h  I  ^  xie  1  s  en  aval  :  3  bAliments  de  guerre 
a  gh  s  V  j  I  ni  \io  t  l  le  pavillon  du  vice-amiral  Dowell, 
Chntupiitn  et  Happhire  ;  la  corvetle  américaine  Enterprise  '  ; 
<juel(]ues  bâtiments  de  commerce  à  vajieur  ;  Glenjinlas, 
Woosiinif  et  Takii  cl  les  voiliers  Sinholija,  Batavia  cl  Guidinff 
Star. 

Le  33  aoiU,  vers  5.  heures  du  soir,  l'amiral  recevait  enfin 
l'autorisalion  de  commencer  les  hostilités  ;  le  33,  notre  consul 
donnait  avis  à  llo  King,  vice-roi  du  Fou-Kien,  que  le  feu 

l.  Rapport  du  vice-aniinit  Courbol. 


C01ID4T    DE    KOU-TCIIÉOU  JO7 

allait  être  ouvert  incessamment  sur  les  bdtimentH  ctiinoia.  A 
I  h.  5o,  le  Vnlta  lirait  le  ])remier  coup  de  canon  el  ù  :t  hcnrca 
l'action  élail  générale  ;  le  Yanif-Woii,  altaqué  fiar  le  torpilleur 
4l>,  r.i])ilnine  Doincans,  sautait  et  allait  se  jelei*  à  la  côte  ;  son 
connnandant,  le  ca|ii[aine  Tclian^,  réussit  à  s'éclmpper  sans 
blessure.  Ijï  Triomphante,  arrivée  peu  tl'instantsavant  laclion, 
y  prenait  )Hirt:  en  quelques  minutes,  il  ne  restait  pins  rien 
do  la  llolte  chinoise.  Le  pilote  anglais  Thomas  fut  tué  &  côté 
de  l'amiral  Coiirlict,  L'illustre  Tchang  l'ci-Loun  avait  assisté 
an  comluit,  prudemment  [MTolié  sur  une  colline  à  plusieurs 
kilomètres  du  lieu  de  l'aclion.  Il  fut  dénoncé  pour  sa  lAcheté 
[Nir  le  llan-lin,  P'an  l'ing-nien,  dégradé  en  janvier  et  banni 
dans  tes  jKtstes  militaires  le  33  février  188.')  ;  sa  disgnlco  dura 
jusqu'en  juillet  1888.  I^c  if\,  l'arsenal,  OMnrc  d'un  Français, 
Giqunl,  était  boml)anlé  à  11  heures  du  malin;  ledirecleur  de 
l'arsenal,  Ho  Jou-tcJinng,  dans  son  rap[>orl,  déclara  que  par 
SI  défense  vigoureuse,  il  em]>i>oha  le  débarquement  des  l'ran- 
çais;  le  25  et  le  lii,  les  défenses  de  la  passe  Mingnn,  prises 
à  revers,  siint  détruites;  le  lendemain  «7,  les  défenses  de 
Kin|>ai  sont  à  leur  tuur  anéanties,  nuiis  nous  jienlons  le  lieu- 
tenant de  vaisseau  Bouët-Willaume/. 

.Xpivs  av<iir  terminé  ces  brillantes  o[M'Taliuns,  rcs<-adre 
fragnait  le  mouillage  extérieur  ga nié  par  le  !m  (iiih'sxnnni!-re 
qui  avait  reçu  du  forl  IJlancunobusKruppde'.)]  <nnlimètrcs, 
lui  tuant  un  homme  et  blessant  plusieurs  autres. 

(.le  Ixinihardemcnt,  cumplèlenient  ri'ussi  counne  (i[H'-ratii>n 
militaire,  non  seulement  n'ouvril  jias  les  yeux  à  la  (Iliine, 
mais  fut  pintôl  nuisible  an<[  négociations,  c^r  révacualion  do 
la  rivièiv  Min,  aprî's  la  deslruclion  de  la  Hotte  chinoise,  cnni- 
posée  des  i)lus  mauvais  navires,  fut  considéive  par  les  Chinois 
ciiMiuic  une  victoire  nïniporti'-c  jKir eux.  nialgn;  les  cliAliuients 
infligés  à  ceux  qui  avaient  dirigé  la  défense. 

Lri  décn-l  inqiérial  |K)ru  le  27  ainU  i88i  dans  la  <!<i:cUe 
(If  Pe  King  montrait  que  le  Gouvernement  n'était  nullement 


disposé  à  céder  ;  reprenant  à  sa  façon  l'historique  des  relations 
de  l'Annam  avec  la  France  depuis  !a  conquête  de  la  Basse- 
Cochinchine,  le  Yamen  représenlait  la  mission  du  comman- 
dant Fournier  comme  un  prétexte  saisi  par  nous  pour  gagner 
du  temps,  l'alTaire  de  Lang-s'on  comme  une  violation  de  la 
convention  de  Tien-Tsin  et  notre  modération  s'expliquait  par 
la  tournure  menaçante  prise  par  les  affaires  d'Egypte: 

Pendant  la  a'  lune  de  cette  année  (mars  r884),  les  troupes 
françaises  sont  venues  attaquer  nos  garnisons.  Nous  avons  rendu 
à  ce  sujet  un  Décret  public  dans  tout  l'Empire.  Nous  nous  pro- 
posions uiËinc  d'envover  des  troupes  dans  le  pays  pour  le  reprendre 
cl  le  défendre  de  toutes  leurs  forces;  mais  un  commandant  fran- 
çais Fournier  était  déjà  venu  proposer  soudain  la  paix  à  la  Chine. 
La  France  voyait,  à  cette  époque,  un  danger  dans  la  tournure 
menaçante  prise  par  les  affaires  d'Iïgyple.  La  Chine,  qui  savait 
bien  que  la  position  de  la  France  était  critique,  aurait  pu  lu! 
opposer  un  refus  en  termes  hautains,  mais  elle  a  voulu  lui  montrer 
encore  sa  mansuétude  et  lui  a  permis  de  réaliser  son  désir. 

Enfin  ce  réquisitoire  se  termine: 

B  Que  les  Vice-Rois  et  Gouverneurs  de  toutes  nos  provinces 
du  littoral  enjoignent  rigoureusement  aux  fonctionnaires  locaux 
et  aux  commandants  militaires  de  nos  troupes  d'accorder  une 
égale  protection  aux  commerçants  de  toutes  ces  nations. 

Quant  aux  fonctionnaires  et  aux  commerçants  français  et  aux 
catholiques,  s'il»  désirent  rester  dons  le  pays,  y  faire  paisiblement 
leur  devoir,  en  ne  s' occupant  que  de  leurs  affaires.  ~-  on  dcvTa 
aussi  les  protéger  comme  tes  autres,  mais  qu'on  les  punisse  con- 
formément au  droit  international,  dès  qu'on  aura  découvert  qu'ils 
se  sont  mêlés  d'affaires  militaires. 


PROCLAMATION    DU    VICE-ROI   DE    CANTON 

La  colère  des  Chinois  de  Canton  ne  connut  pas  de  bornes 
lorsqu'on  apprit  dans  cette  ville  la  destruction  de  l'escadre 
de  Fou-tchéou  et  il  fallut  protéger  les  concessions  étrangères 


PROCLWfATION    DU    VICE-ROI    DK    CANTON  OOQ 

contre  une  attaque  possible  de  la  populace.  Une  proclama- 
tion du  vice-roi,  Tchang,  et  des  trois  autres  hauts  fonction- 
naires de  la  province  lancée  le  3o  août  montre  Télat  d'esprit 
des  habitants  : 

Les  Français  ont  violé  la  loi  internationale,  déchiré  le  traité 
conclu  à  Tien-Tsin  et  attaqué  sans  respect  pour  la  foi  jurée  les 
soldats  chinois  à  Liang-Chan  (Lang-So*n)  Tong-Ring,  tuant  ainsi 
un  grand  nombre  d*entre  eux.  Au  lieu  de  reconnaître  leur  faute  et 
de  montrer  des  regrets,  ils  demandent  à  la  Chine  une  forte 
indemnité  et  lui  font  la  guerre.  Cela  est  connu  de  toutes  les 
autres  puissances  étrangères  qui  savent  que  la  France  est  coupable. 
Le  peuple  de  celte  province  s*cst  toujours  fait  remarquer  par  sa 
bravoure  et  sa  loyauté.  Maintenant,  vous  devez  considérer  les 
Français  comme  vos  ennemis  et  aider  de  toute  votre  force  le 
gouvernement  dans  les  opérations  défensives.  Les  récompenses 
suivantes  seront  accordées  à  ceux  qui  les  mériteront  : 

Pour  la  tête  d'un  commandant  en  chef,  loooo  taëls*  et  le 
mandarinat  à  plume  de  martin-pècheur. 

Pour  la  tète  d'un  officier  à  sept  galons,  3ooo  laêls  et  le  man- 
darinat à  plume  de  martin-pècheur. 

Pour  la  tête  d*un  officier  à  cinq  galons,  i  ooo  taëls  et  le  man- 
darinat à  plume  de  paon. 

Pour  la  tête  d*un  officier  à  trois  galons.  5oo  taëls  et  le  manda- 
rinat à  plume  de  paon. 

Pour  chaque  soldat  ou  marin  tué,  loo  taëls. 

(^Avoir  bien  soin  de  distinguer  les  ennemis  des  étrangers.^ 

Pour  la  prise  d'un  cuirassé  de  i*"*  classe,  looooo  taëls. 

Pour  la  prise  d'un  cuirassé  de  a*  classe,  80000  taëls. 

Pour  la  prise  d'une  canonnière  de  r*  classe,  4oooo  taëls. 

Pour  la  prise  d'une  canonnière  de  a*  classe,  aoooo  taëls. 

Pour  la  prise  d'une  embarcation,  100  taëls. 

Si  on  détruit  un  navire,  il  sera  payé  la  moitié  des  sommes 
précédentes. 

La  propriété  capturée  appartiendra  au  capteur. 

Pour  tout  gros  canon  pris,  8000  taëls  et  le  mandarinat.  Pour 
les  canons  de  moindre  dimension,  une  somme  proportionnée  à 
leur  grandeur. 

I.   Lo  taël  de  la  douane  (^Haîkouan)  était  estimé  à  7  fr.  i3. 


L'auteur  d'un  plar 
Français  dans  uii  con 

Ces  récompenses  se 
lo' jour  de  la  7'  lune 


qui  aura  pour  conséquence  la  défaite  des 
at  recevra  3oooo  taëls. 
ml  payées  par  le  trésorier  de  la  province, 
10''  annûc  de  Rouang-Siu. 


Au  mois  de  scplembrc,  les  autorités  de  Canton  invitaient 
les  sujets  du  Céleste  Empire  à  enii>oisonner  les  Français  établis 
à  Singapore,  Pinang  et  ailleurs,  et  à  détruire  nos  bâtiments. 
Sir  Harry  Parkcs  adressa  une  protestation  au  Tsoung-Ii  Yamen 
qui  prélendit  ignorer  la  proclamolion  de  Canton. 

Dans  le  ^ol■d  la  colère  de  la  Cour  se  manifestait  par  un 
décret  du  4  septembre  qui  destituait  six  membres  du  Tsoung- 
Ii  Yamen,  y  compris  Tchang  Yin-liouan,  Wou  Ting-fen  et 
TcliVn  Lan-pin.  Li,  qui  se  rendait  compte  do  la  situation 
rrélle,  cl  probablement  aussi  le  Septième-  Prince,  envoyèrent 
M.  Uetringà  Chang-Haï,  mais  celui-ci  revint  (18  septembre) 
à  Tien  Tsin  sans  avoir  rien  obtenu.  Au  fond,  les  Chinois 
désiraient  ne  pas  perdre  la  face  ;  ils  auraient  volontiers  donné 
soas  la  table,  maïs  pas  sur  la  table. 

Le  3i  août-i2  septembre  188/1,  le  ministre  de  Russie  à 
Pé-King,  M.  S.  Popi>\ ,  écrivait  i  M.  Patenùtreque  la  Russie, 
suivant  sa  demande  du  28  août,  acceptait  la  protection  de 
nos  nationaux  et  des  missionnaires  catholiques. 


Les  opérations  reprenaient  contre  Formosc,  contre  le  gré 
de  Pamîral  Courbet  et  de  M.  Patenùtre.  M.  Ferry,  inspiré 
sans  donte  ])ar  le  commandant  l'ournîer,  rentré  en  Europe, 
s'obstina  dans  une  campagne  que  tout  le  monde  lui  décon- 
seillait. L'amiral  Courbet  s'écriait  plus  tard  avec  amertume: 
B  Nul  ne  saura  jamais  ce  que  nous  coule  l'occupation  de  Ki- 
loung  ;  elle  a  tout  entravé;  elle  a  stérilisé  les  succès.  »  L'oe 
attaque  contre  les  Pescadorcs  eût  mieux  valu  ;  on  ne  Taii- 
lorisaque  plus  lard,  trop  lard,  a>mnie  toutes  les  opérations 


FOUMOSK  ;>ii 


militaires  de  cette  déplorable  campagne,  où  notre  flotte  et 
notre  diplomatie  eurent  à  lutter  bien  phis  contre  les  ordres 
funestes  de  Paris  que  contre  les  Chinois. 

Les  Anglais  craignaient  une  attaque  contre  les  îles  Chou- 
san;  le  i4  février  i884,  le  président  de  la  Chambre  de  com- 
merce de  Hong-Kong,  M.  F.  Bulkeley  Johnson,  saisit  le 
gouverneur  Sir  George  F.  Bowen,  ainsi  que  Lord  Gran- 
ville,  de  la  question  et  lui-  rappela  les  clauses  3  et  4  de  la 
convention  conclue  en  avril  i846  à  Boca  Tigris  par  Sir 
John  F.  Davis  et  le  gouvernement  chinois.  Ces  clauses  sont 
ainsi  conçues  : 

3.  Il  est  stipulé  de  la  part  de  S.  M.  rEmpercur  de  Chine  que 
lorsque  les  troupes  de  S.  M.  Britannique  auront  cessé  d'occuper 
nie  de  Chousan,  la  dite  ilc  ne  pourrait  jamais  être  cédée  à  aucune 
autre  puissance  étrangère. 

4.  S.  M.  Britannique  consent  pour  sa  part,  en  cas  d'attaque, 
à  proléger  Chousan  et  ses  dépendances  contre  tout  envahisseur  et 
à  la  restituer  à  la  Chine  comme  jadis  mais,  comme  cette  stipula- 
tion n'est  qu'une  marque  d'alliance  amicale  entre  les  deux 
nations,  il  ne  sera  dû  par  la  Chine,  aucun  subside  d'argent  pour 
cette  protection. 

Il  n'était  pas  question  pour  nous  à  ce  moment  d'opérations 
aux  Chousan  ;  il  nous  eût  été  facile,  si  le  besoin  s'en  était  fait 
sentir,  de  dire  que  la  convention  Davis  n'avait  jamais  été  rati- 
fiée et  qu'elle  ne  nous  avait  pas  empochés  de  débarquer  aux 
Chousan  en  i86i,  il  est  vrai  qu'à  cette  époque  nous  étions  les 
alliés  des  Anglais. 

L'amiral  Courbet  ayant  concentré  ses  forces  a  Matsou, 
traversa  le  détroit  de  Formose  le  29  et  le  3o  septembre  et 
arriva  en  vue  de  Ki-loung.  11  s'emi)ara  de  ce  point  le  2  oc- 
tobre; malheureusement  l'amiral  Lespès,  le  8  octobre,  per- 
dant 17  tués  cl  49  blessés,  était  repoussé  par  Soun  k'ai-hoa, 
commandant  en  chef  des  troupes  de  terre  du  F'ou-kien,  de- 
vant Tam-soui  qui    devint   la  base    d'opérations  de   Lieou 


5ia  l'affaire  du  to^g-king 

Ming-lch'ouan,  directeur   des   affaires   à  Formose,  avec    le 
titre  de  gouverneur  provincial,  contre  Ki-Ioung. 

Nous  avons  vu  que  les  Chinois  considéraient  comme  un 
succès  pour  eux  Tévacuation  de  la  rivière  Min,  après  le  bom- 
bardement de  l'arsenal  de  Fou-tchéou  ;  le  tâtonnement  dans 
les  opérations  navales  contre  Formose  produisit  le  même 
effet  désastreux.  Le  fait  que  les  Français  avaient  mis  près  de 
trois  mois  pour  s'emparer  de  deux  misérables  places  comme 
Ki-loung  et  Tam-soui  donnait  l'impression  qu'ils  étaient 
incapables  d'entreprendre  une  opération  sérieuse;  si  on 
ajoute  l'effet  des  articles  de  la  presse  anglaise  et  de  la  presse 
française  de  l'opposition,  les  Chinois  n'avaient  aucune  raison 
de  céder  à  nos  menaces. 

M.  Patenôtre,  de  môme  que  l'amiral  Courbet,  était  d'avis 
de  frapper  un  grand  coup  dans  le  Nord  ;  il  était  certainement 
dans  le  vrai,  ijiais  M.  Ferry  croyait  encore  à  la  bonne  foi 
de  Li  et  il  craignait  de  le  faire  tomber  en  disgrâce  en  agis- 
sant dans  les  territoires  de  l'empire  dépendant  directement  ou 
indirectement  de  son  gouvernement.  Des  instructions  de 
Paris  ajournèrent  encore  les  opérations  de  Courbet  dans  le 
Tché-li  ;  nous  ménagions  la  chèvre  et  le  chou  et  personne  ne 
nous  en  savait  gré  ;  nous  usions  de  ménagements  qu'i^o- 
raient  les  Chinois  (sept.  i884).  Le  blocus  de  Formose,  qui 
fut  déclaré  le  20  octobre,  devint  le  principal  effort  d'une 
escadre  condamnée  à  un  rôle  presque  passif  et  la  fatigue 
causée  par  cette  opération  ainsi  que  son  inutilité  amenèrent 
des  résultats  qui  auraient  pu  être  désastreux. 

Nous,  soussigné,  vice-amiral  commandant  en  chef  les  forces 
navales  françaises  dans  rExtrème-Orienl, 

Agissant  en  vertu  des  pouvoirs  qui  nous  appartiennent. 

Déclarons  : 

Qu*à  partir  du  q3  octobre  i884  tous  les  ports  et  rades  de  Tile 
Formose,  compris  entre  le  cap  Sud  ou  cap  Nan-Sha  et  la  baie 
Soo-Au,  en  passant  par  l'Ouest  et  le  Nord  (ces  points  placés:  le 


PROGRAMME    DU     I  I     OCTOBRE     iSSf)  5l3 

])romior,  par  21"  55'  latitude  nord  el  1  i.S»  'Ao  longiUido  csl  de 
Paris;  le  second,  par  '^4"  .k)  lalilude  nord  et  ri()"  MV  lon^rilude 
esl  de  Paris),  seront  tenus  en  état  de  hlocus  eUeclif  par  les  forces 
liavales  placées  sous  notre  comniandenienl,  et  que  les  bâtiments 
amis  auront  un  délai  de  trois  jours  pour  achever  leur  chargement 
et  quitter  les  lieux  blotjués. 

Il  sera  procédé  contre  tout  bâtiment  qui  tenterait  de  violer 
ledit  blocus  conforinémcnt  aux  lois  internationales  et  aux  lois  en 


vii'ueur. 


A  bord  du  cuirassé  français  BayariL 
le  aooclobrc  188/4. 

Signé  :  (]oi:ubet. 

Le  blocus  s*étend  donc  non  seulement  sur  toute  la  cote  occi- 
dentale de  rHe  Formose,  mais  sur  la  partie  de  la  cote  orientale 
comprise  entre  la  pointe  septentrionale  de  l'île  et  la  baie  Soo-Au. 

Le  8  octobre,  Li  Houng-Tchang  demanda  a  M.  Ristellmober 
à  ((uclles  conditions  la  France  consentirait  à  confier  à  un 
arbitre  le  différend  entre  les  deux  pays;  en  conséquence,  le 
1 1  octobre,  M.  Ferry  décida  de  rédiger  un  progranuue  que 
les  Étals  Unis  refusèrent  d'appuyer,  auquel  on  devait  se  tenir 
jusqu'aux  négociations  finales: 

PROGRAMME    DU     II    OCTOBRE    l885 

La  France  consentirait  à  reprendre  les  négociations  avec  la 
(Ihine  sur  les  bases  suivantes  : 

Retrait  des  troupes  chinoises  du  Tong-King  ; 

Suspension  des  opérations  de  la  flotte  française  ; 

BatificatioA  du  Traité  de  Tien-Tsin  et  conclusion  de  la  con 
venlion  de  commerce  prévue  par  le  traité  ; 

Maintien  de  roccupalion  de  Ki-loungà  titre  provisoire  et  sans 
cession  de  souveraineté  territoriale,  jusqu'à  la  complète  exécution 
du  traité  de  Tien-Tsin. 

On  ne  prononcerait  plus  le  mot  indemnité  ;  mais  comme  équi- 
valent, la  France  garderait  la  possession  des  douanes  et  des 
mines  à  Ki-loung  et  h  Tamsoui  pendant  un  nombre  d'années  à 
débattre.  La  médiation  d'une  ou  de  plusieurs  Puissances  amies 
pourrait  d'ailleurs  être  admise,  soit  pour  lixer  la  durée  de  cette 

GORDIEB.  IL    — 33 


occupation,  soit  m?me  pour  en  avancer  le  terme  au  moyen  d'une 
transaction  pécuniaire. 

Au  mois  de  décpmbre  i88/|,  un  bureau  secret  d'enrôle- 
ment pour  la  Chine  fonctionnait,  sous  la  direction  d'un  an- 
cien odicier  autrichien,  h  Londres,  avec  annexes  à  Soulhamp- 
ton  et  Rotterdam.  Les  engagements  étaient  signés,  non  [uir 
un  vicc-rnî  de  Province,  mais  par  le  ministre  chinois,  Li 
Foung-pao.  Un  des  journaux  chinois  de  Chang-Haï,  le 
Chèn  Pno,  publiait  le  9  décembre,  un  article  dans  lequel  il 
déclarait  gravement  que  l'ambassadeur  de  France  à  Londres 
avait  demandé  à  être  reçu  par  le  marquis  Ts'èng  et  qu'il 
lui  avait  fait  part  de  l'intention  du  gouvernement  français  de 
demander  la  [>aix. 

En  réalité  nous  [lerdîons  notre  temps.  En  janvier  i885,  le 
gouvernement  fiançais  reprenant  les  projets  de  Courbet  et  de 
M.  Palcnôtre  en  septembre,  voulait  établir  le  blocus  du  Tché- 
li  ;  il  était  trop  tard. 


COMBAT    DE    CHCPOtJ  (Slicipoo),    l5  FËVRIEH    l885 

L'amiral  Courbet  arrivant  inopinément  à  GiitzIalT,  le  11 
février  i885,  apprît  que  l'escadre  chinoise  avait  cpiill^î 
Chang-Haï  le  a3  janvier  et  s'était  rendue  dans  la  rade  de 
Che-pou  (Slieipoo  Koads),  dans  la  passe  Nord,  de  la  baie 
de  San -Men,  sur  la  côte  du  ïché-kiang,  entre  Ning-Po  et 
Wen-tchéou,  soi-disant  pour  se  préparer  à  faire  lever  le 
blocus  de  Formose  ;  il  se  mit  A  sn  recherche  et  la  rencontra 
le  dimanche  i5  février,  jour  de  l'an  chinois,  mais  dès  que 
les  Chinois  aperçurent  les  Français,  ils  s'enfuirent;  les  trois 
croiseurs  K'ai-lsi,  Nan-lch'ên  et  .\an-choui,  ces  deux  derniers 
construits  en  Allemagne,  rapides  et  protégés  par  le  brouil- 
lard, s'échappèrent  cl  se  réfugièrent  à  Ning-Po;  pendant  ce 
temps  la  frégate  i'u-yuen,  portant  a3  canons  Krupp  et  une 


T^  " 


5l6  l'affaire    du    TONG-KING 

cinquantaine  de  torpilleurs,  et  la  corvette  Tch'cngKincf,  com- 
mandée par  Pamiral  Ting,  poursuivies  par  la  Triomphante, 
se  réfugièrent  dans  l'anse  au  fond  de  la  passe  la  plus  au 
Nord,  en  face  de  la  ville  jdc  Che-pou  ;  la  nuit,  deux  simples 
canots  à  vapeur,  armés  en  torpilleurs,  commandés  l'un  par 
le  capitaine  de  frégate  Gourdan,  le  second  par  le  lieulenanl 
de  vaisseau  Duboc,  s'avancèrent  vers  l'ennemi  ;  à  4oo  mètres 
de  la  frégate,  leur  présence  fut  signalée  et  immédiatement  le 
Yu-yuen  ainsi  que  les  batteries  de  terre  ouvrirent  le  feu;  malgré 
cette  défense,  le  commandant  Gourdan  torpillait  la  frégate  à 
l'arrière  et  M.  Duboc  à  l'avant,  n'ayant  qu'un  homme  tué 
et  un  blessé.  Le  Tch'êng-King  fut  coulé  par  le  tir  maladroit 
des  canons  chinois  des  batteries  de  terre.  Les  équipages 
chinois  purent  gagner  la  côte  ;  ils  furent  mal  accueillis  par 
les  indigènes  et  ne  purent  trouver  asile  chez  eux  qu'en  recou- 
rant à  la  forcé.  Les  Chinois  n'auraient  perdu  que  deux 
hommes  ;  l'un,  second  mécanicien,  se  serait  noyé,  l'autre 
aurait  été  tué  d'une  balle  de  revolver  dans  le  court  engage- 
ment avec  les  torpilleurs.  Ce  fait  d'armes  coïncidait  avec  la 
prise  de  Lang-so'n. 

OCCUPATIOîi    DE    LANG-SO'n,    i3   FÉVRIER     l885 

Au  commencement  de  septembre  i884,  le  général  Millot, 
fatigué,  mécontent  d'ailleurs  que  le  traité  du  6  juin  eût  été 
signé  sans  sa  coopération,  remit  le  commandement  en  chef 
au  général  Brière  de  l'Isle  qui  était  à  la  tc^te  de  la  première 
brigade  à  Haï-Phong.  L'occupation  de  Lang-so'n  fut  décidée. 
Deux  colonnes  furent  formées  ;  la  première,  sous  les  ordres 
du  lieutenant-colonel  Donnier  devait  remonter  le  Loch- 
Nam,  ayant  Chu  pour  objectif;  il  livra  le  combat  de  Lam  le 
6  octobre  ;  la  seconde,  sous  les  ordres  du  lieutenant-colonel 
Defoy,  quittait  Hanoï,  le  3  octobre,  et  se  portait  sur  Phu 
Lang-Thuong  où  se  rendait  également  le  général  de  Négrier 


siKCK   i)K  Ti  yi:n-qi:\>  ,117 


rjni  parlait  le  même  jour  de  la  rapilalc  pour  proïKlre  la  direc- 
tion •générale  dos  opérations.  Négrier  enlevait  Kep  le  8  oc- 
tobre après  un  sanglant  combat  et  arrivait  le  1 1  à  Phu- 
Lang-Thuong  ;  Donnier,  de  son  côté,  livrait  une  série  de 
combats  à  Chu  les  10  et  1 1  octobre.  On  s'occupa  de  l'orga- 
nisation des  défenses  de  Kep  et  de  Chu. 

Le  3  janvier  i885,  Bricrede  Plsle  était  nommé  général  de 
division  et  au  commencement  du  même  mois  arrivait,  avec 
des  troupes  de  renfort  et  le  colonel  Giovanninelli  qui  devait 
prendre  le  commandement  de  la  première  brigade.  Des  re- 
connaissances furent  faites  sur  la  route  de  Lang  so'n  ;  les 
deux  brigades  réunies  le  2  février  dans  la  plaine  de  Chu, 
marchèrent  en  avant  et  livrèrent  successivement  les  combats 
de  Ïay-Hoa  (li  février),  de  Ha-Hoa  (5  février),  de  Dong- 
Song  (6  février);  les  Chinois  en  fuite  furent  poursuivis  par 
(îiovanninelli  ;  la  marche  fut  reprise  le  10  février  et  Deo-vy 
occupé;  les  combats  de  Pho-vy  (11  février)  et  de  Bac  Viang 
(12  février)  nous  ouvrirent  la  route  de  Lang-so'n  ;  nous  trou- 
vâmes la  citadelle  évacuée  et  nous  entrâmes  dans  la  ville  sans 
coup  férir  (  1 3  février)  * . 

SIÈGE    DE    TUYEN-QUA?!    (23  NOVEMBRE     1 884-3    MARS    l885) 

Il  n'y  avait  pas  de  temps  à  perdre  pour  dégager  Tuyen- 
quan  assiégé  par  les  Pavillons  Noirs  et  les  troupes  régulières 
du  Kouang-Si  depuis  le  23  novembre  ;  à  cette  époque  la 
garnison  de  cette  place  était  composée  de:  deux  compagnies 
de  la  légion  :  8  officiers,  Sgo  hommes  ;  artillerie  de  marine 
(résection  de  la  2"  batterie  Aw):  i  officier,  3i  hommes; 
génie  (/|®  régiment):  8  hommes;  infirmiers  (lô''  section): 


I.  Commandant  Lccomte...  —  Lang-Sou.  Combats,  Retraite  et 
Xégociations.  Paris  |et]  Limoges,  Henri  Charles- La vauzelle,  1895,  gr. 
in-8. 


3i8  L'APrAiRc  tiu  TiiNc-Ki>r. 

31iomines;  ouvriers  d'admînislralion  (i5'soction):  3  hom- 
mes; (imtllcurs  tonkinois  (i""  régiment,  8"  compagnie);  2 
oITicîcrs,  162  liommes.  Le  aS  no%embrc,  i"é(at  de  siège  était 
déclare  el  nn  conseil  de  défense  élait  constitué  avec  le  com- 
mandant Dominé,  présidenl,  le  héros  de  la  défense,  le  capi- 
taine Caltelin,  de  la  légion,  le  lieiilenatit  Derappe- 
commandant  d'artillerie  el  le  sergent  Itobillot,  clicf  du 
génie.  Je  ne  raconterai  pas  une  fois  de  phis  les  péripéties  de 
ce  siège  glorieux  dont  on  devra  lire  l'hisloirc  dans  le  rapporl', 
sublime  dam  sa  simplicité,  du  commandant  Dominé.  Ilappc 
Ions  (juc  le  sergent  Bobillot  fut  blessé  mortellement  le  18 
février.  —  I^  colonel  riiovnnninclli  quittant  Lang-s'on  le  iG 
fé\rier,  marcba  siu-  Bac-Hat,  au  confluent  de  la  rivière 
Claire  el  du  fleuve  Hnuge;  la  colonne  de  secours  était  réunie 
sous  les  ordres  du  général  en  cbcf,  le  27  février,  à  Pbu  Duan 
011  le  colonel  GiovanninclH  élait  arrivé  la  veille;  après  le 
combat  de  lloa  Moc  (2  et  3  mars  1880),  Tuyen-Qiian  est 
dégagé,  et  le  3  mars  à  2  heures  de  l'aprî-s-midi,  le  général  en 
cbef  y  pénètre  avec  la  brigade  Giovanninelli. 

PRISE    DKS    PESC.VDORES,  3l    MAHS    l885 

l,e  :i2  mars,  l'ainiral  Courliet  élait  reparti  [>onr  Kiloiing, 
purs  il  partait,  après  une  escale  à  Taï-Wun,  pour  les  îles 
Prscadores,  ou  I*ong  bou,  dans  le  canal  de  Formosc:  le  ay, 
il  entrait  à  7  heures  du  matin  dans  la  liaie  Pong-iion,  avec  !e 
HfiY'in/  el  la  Trinmi>kiiitle,  suivis  du  Ouchnffinil  ;  un  feu  bien 
nourri  l'accueillit;  à  9  heures  et  demie,  les  canons  chinois 
étaient  réduits  au  silence;  à  cinq  heures,  nos  troupes  débar- 

I .  (le  rapport  a  paru  dan»  lu  Journal  offifiel  ;  il  a  Ho  réimprime  en 
un  vol.  ii].:<3  par  Charliti-I^vaiizcllt',  <?n  l8R5. 

—  Tuyeii-Qunn  pendant  le  fiiège,  pur  Tli.  BoisM'I.  siiinùnicr  au 
corjn  cxpéililionDiiro  du  Tonkin.  —  Extrait  do  la  Itevue  chrétienne. 
Parii,  FiichUchcr,  i885,  In-,  in-8. 


fjiioronl  :  le  barrage  du  port  de  Makoiig  lui  flrlriiil  par  los  oui 
barcalions  de  la  Triomphante]  après  quelques  pelils  couibats, 
le  3i    mars  le   pavillon    français  était   bissé   sur    le  fort   de 
Makong;  nous  eûmes  du  29  au  3i  mars  5  tués  et  12  blessés 
légèrement;  les  Chinois  perdirent  3oo  à  4oo  des  leurs. 

Le  26  février,  le  gouvernement  se  décida  tardivement  à 
traiter  le  riz  comme  contrebande  de  guerre.  On  n'a  frappé 
un  coup  réel  à  la  Chine  que  lorsque  la  France  a  arrêté  le 
transport  des  armes  et  des  munitions  en  Chine  et  les  arrivages 
du  riz  dans  le  Nord. 


JAMES    DLNCAN    CAMPHELI, 

Les  choses  auraient  pu  longtemps  encore  traîner  en  lon- 
gueur si  des  circonstances  imprévues  et  une  diplomatie  d'occa- 
sion n'étaient  venues  nous  sortir  d'une  ornière  où  nous  nous 
enlisions  déplus  en  plus.  Le  secrétaire  des  douanes  chinoises 
a  Londres,  M.  James  Duncan  Campbell  vint  à  Paris  le  10 
janvier  i885,  suivant  les  instmctions  de  Sir  Robert  Hart, 
pour  y  traiter  ofliciellement  de  la  question  du  maintien  des 
phares  sur  la  côte  de  Chine,  dans  l'intérêt  de  la  navigation 
de  tous  les  pays.  Le  11  et  le  24  janvier,  M.  Campbell  fut 
reçu  par  M.  Ferry,  au  sujet  de  la  saisie  en  octobre  i884  à 
Formose  du  Fei-hoo,  bâtiment  du  service  des  phares  de  la 
douane  chinoise.  Le  24  janvier,  M.  Campbell  eut  l'occasion 
de  faire  lire  des  télégrammes  de  Sir  Robert  Hart  à  M.  Jules 
l'erry  ;  c'est  là,  le  point  de  départ  de  négociations  qui  durè- 
rent jusqu'au  20  juin  suivant.  Il  est  curieux  de  voir  une 
fois  de  plus  employer  ce  procédé  peu  diplomatique  qui 
consistait  à  laisser  ignorer  aux  agents  du  département  et  en 
particulier  à  notre  Ministre  en  Chine,  dos  négociations  con- 
duites à  côté  et  en  dehors  d'eux.  M.  Ferry,  satisfait  des  dé- 
clarations de  M.  Campbell,  consentit  à  écouler  les  proposi- 
tions de  Sir  R.  Ilart. 


.^  *i-^-^m»  ■*-  T:!*-» 


020  i/affauie  du  tong-king 


TÉLÉGRAMME    HART,     26    FÉTRIEH     l885 

Le  26  février  i885,  Sir  Robert  Hart  adressait  de  Pé-King 
à  M.  Cainpbell  le  télégramme  suivant  pour  être  communiqué 
à  M.  Jules  Ferry,  président  du  Conseil,  ministre  des  affaires 
étrangères  : 

«  L'empereur  a  autorisé  la  proposition  des  quatre  articles 
suivants  : 

«  i«  D'une  pari  la  Cliinc  consent  à  ratifier  la  Convention  de 
Ticn-Tsin  de  Mai  i884,  et  d'autre  part  la  France  consent  à  ne 
rien  demander  de  plus  que  ce  qui  est  stipulé  par  cette  conven- 
tion. 

«  3°  Les  deux  Puissances  conviennent  de  cesser  les  hostilités 
partout»  aussi  vite  que  les  ordres  pourront  être  donnés  et  reçus, 
et  la  France  convient  de  lever  immédiatement  le  blocus  de 
Formose. 

«  3"  La  France  convient  d'envoyer  le  Ministre  dans  le  Nord, 
c'est-à-dire  à  Ïien-Tsin  ou  Pé-King,  pour  arrangerle  traité  détaillé, 
et  les  deux  Puissances  fixeront  alors  la  date  |X)ur  le  retrait  des 
troupes. 

a  /|»  M.  James  Duncan  Campbell,  commissaire  et  secrétaire 
détaché  de  l'inspecteur  général  des  douanes  impériales  maritimes 
chinoises,  de  deuxième  classe  du  rang  civil  chinois  et  oflicier  de 
la  Légion  d'honneur,  est  chargé  de  pouvoirs  comme  commissaire 
spécial  de  la  Chine  pour  signer  ce  protocole  avec  le  fonctionnaire 
nommé  par  la  France,  pour  servir  d'entente  préliminaire.  » 

Le  27  février.  Sir  Robert  Ilart  recevait  duTsoung-li  Vamen 
les  pouvoirs  nécessaires  pour  traiter,  ainsi  qu'en  témoigne 
la  note  remise  par  Li  Houng-tchang  à  notre  consul,  M.  Ilis- 
telhueber  le  6*  jour  de  la  2^  lune  (22  mars  i885)  : 

Lettre  secrète  du  Tsoung-li  Yamen,  du  5*  jour  de  la  a*  lune 
(le  31  mars  i885)  : 

L'Inspecteur  Général  des  Douanes  llarta  précédemment  rédigé 
un  projet  d'arrangement  en  trois  articles,  qu'il  a  adressé  par  le 
télégraphe  au  Ministre  des  Affaires   Étrangères,   M.   Ferry,  en 


ri;LK(;n\MMK   iivkt  .)'ji 

char^i'aiit  le  CiOininissurr  des  Douanes  (]ainpb(>ll  de  signer  à  sa 
place.  Le  ii  do  la  r*' lune  (le  ^(J  février),  nous  en  avons  informé 
le  Trône  cl  nous  avons  reeu  un  Décret  ordonnant  qu'il  soit  fait 
coninie  nous  avons  proposé.  Nous  avons,  en  outre,  annoncé 
aujourd'hui  ni^ine  au  Tronc  que,  —  comme  garantie  d'aullienti- 
cité.  -  le  surintendant  des  Ports  du  Nord  Li  donnerait  connais- 
sance de  ce  qui  précède  au  Consul  Ristelhueber,  qui  le  trans- 
mettrait télégrapliiqucment  au  Ministre  des  Aflaircs  htrangères, 
M.  Kcrry.  afin  que  celui-ci  pût  prendre  une  décision  à  cet 
égard  *. 

Celle  lellrc  est  inléressanle  à  rapprocher  do  relie  de  noire 
Ministre  de  Chine'  qui  n'était  pas  en  coninninicalion  avec 
Sir  Robert  Hart: 

De  toute  façon,  il  est  intéressant  de  noter  qu'alors  que  l'Ins- 
|)ecteur  Général  des  Douanes  affirme  avoir  été  chargé  par  un 
Décret  secret  d'entrer  en  négociations  avec  nous,  «  h  l'exclusion 
de  Li  Iloung-tchang  cl  de  tous  les  Ambassadeurs  Chinois  en 
Kurope  »,  le  Vice-Hoi  du  Tché-li  assure,  de  son  ciMé,  avoir  été 
in>ité,  par  un  autre  Décret  également  secret,  à  s'assurer  de  nos 
conditions.  Il  n*csl  pas  impossible  du  reste,  que  tous  deux  aient 
obtenu  sur  leur  propre  demande,  Tautorisation  de  rouvrir  \vs 
pourparlers,  en  se  faisant  fort  de  nous  amener  à  de  nouvelles  con- 
cessions. Quant  à  l'altitude  mystérieuse  que  Sir  Robert  Hart 
prétendait  garder  vis-à-vis  de  Li  lloung-tchang,  vous  savez 
aujourd'hui  ce  qu'il  convenait  d'en  penser.  C'est  le  Vice-Roi,  en 
elTel,  (pii  vient  de  remettre  à  notre  Consul  à  Tien-Tsin  la  Com- 
nmnication  du  (iouvernement  Chinois  (en  date  du  33  mars) 
destinée  k  confirmer  la  réalité  des  pouvoirs  conférés  à  M.  (iamp- 
bell.  Si  Li  lloung-tchang  est  dans  le  secret,  on  peut  se  demander 
ce  que  pourrait  bien  signitier  la  recommandation  faite  par  Sir 
Robert  de  ne  pas  laisser  sou|)vonner  à  ce  Mandarin  la  mission 
dont  il  était  investi  par  le  Tsoung-li  Yamen. 

Les  négociations  j)oursuivies  d'un  côté  par  M.  Billot,  di- 


I.   Pour  tnidiiction  conforme,  sign.  :  A.  Vissière. 
3.   M.   l^atenôlro   au   Ministre  des  afTaircs  étrangères,  ChangHaï,  ?5 
mars  i885. 


rocteurdc!4  aiïaJrcs  politiques,  de  l'autre  par  M.  CampbcU  et 
Sir  Robert  Hnrt,  tous  désireux  de  réussir,  avaient  toutes 
cliances  d'aboutir.  Un  malbcurcux  événement  militaire  faillit 
tout  compromettre. 

PAÎIIQLE    DE    LA>"G-S'o?l,    28    MARS    |S85 

Craignant  un  mouvement  offensif  des  Chinois,  dans  le 
Nord  du  Tong-King,  le  général  de  Négrier  avait  fait  faire 
des  reconnaissances  de  cavalerie,  aux  environs  de  Lang-s'on. 
Le  28  mars,  dans  un  combat  livré  à  Ky-lua,  il  était  blessé 
grièvement  d'wne  balle  à  la  [witrine'  et  remettait  le  comman- 
dement à  son  second,  le  lieutenant-colonel  llerbmger,  depuis 
seulement  trois  mois  au  Tong-King;  il  était  déjà  déplorable 
qu'il  n'y  côt  pas  un  autre  oITicicr  de  plus  haut  grade:  il 
l'était  plus  encore  que  l'oflicier  second  en  grade  ne  fût  pas 
dans  un  état  d'espritqui  lui  permit  d'envisager  la  situation  de 
sang-froid  '.  Quand  Négrier  fut  blessé,  nos  troupes  étaient 
victorieuses  et  les  Cliinois  en  retraite;  nous  n'avions  qu'à 
rester  en  place,  mais  le  colonel  Herbinger  croyait  a  l'arrivée 
de  renforts  chinois,  d'ailleurs  l'évacuation  de  Lang-s'on  était 
apparemment  décidée  depuis  quelque  temps  dans  son  esprit  ; 
malgré  l'avis  du  général  blesse  et  des  commandants  Diguel, 
du  3"  bataillon  de  la  légion  étrangère,  et  Servîère,  qui  étaient 
auTong  King  depuis  février  i88i,  il  ordonna  la  retraite  qui 
s^^  changea  en  panique,  lorsque  le  colonel  Herbinger  fit  jeter 

I.  R  Son  visage  étail  livide.  Kprb*  examen  da  la  yossiiro,  [omcd(>cin- 
major  Zulior  t'exprima  do  la  manière  Buivanlo  :  «  L'élat  est  inquiétant. 
Si  l'csloaiic  eit  loiichË,  le  blesse  est  perdu.  Dans  le  cas  eoniraire,  et  s'il 
n  j  a  aucune  complication,  ce  no  sera  qu'un  sétan  plu;  ou  moina  long  k 
guérir.  »  Carteron.  p.  388. 

1.  .\  Ling-a'on,  le  38  man  au  soir,  à  Than-MoT,  lo  3o  mars,  le  lieu- 
tenant- colonel  Herbinger  était  dans  un  état  do  suroicitakion  qui  l'em- 
pâchait  de  jouir  do  taules  tes  faculté»,  n  Rapport  du  cdoDel  BorgoU- 
Desbordes,  Chu,  a4  avril  i885. 


PAMC,.1K    l.K    HNO-s'nN  5a3 

dans  !e  Sonfr-kî-kong  le  trésor  (  1 3o  ooo  piaslres  =::  585  ooo 
francs)  et  une  ballerie  de  .'i  rayée  de  monlagno,  évacua 
Lang  s'on  ol  se  relira  sur  TanliMoï  el  Dnng-song  où  fui 
liïi-é  un  combat,  puis  de  Dong-song  à  Chu'. 

Celle  jianiquc  scmlile  avoir  gagné  jusqu'au  général  en 
i-hcf,  ïipux  soldat  éprouvé,  et  on  ne  s'explique  pas  que 
Hrim'  de  l'Isle  ait  pu  envoyer  le  lélégraniinc  suivant  en 
rl.,iv  : 

J'ai  la  douleur  Ac  vous  annoncer  blfssurc  grave  général  \é[tricr 
et  évacuation  de  Lnnfi;-.s'nn.  Ijni  Chinois,  délmucliaut  par  grandes 
masses  sur  trois  colonnes,  ont  attaqué  avec  impétuosité  nos  |H>si- 
lions  en  avant  de  Kj-I.na.  Le  colonel  Ilerbinger,  devant  cette 
grande  supériorité  numérique  et  ayant  épuisé  ses  munitions, 
m'informe  qu'U  est  obligé  de  rétrograder  sur  Dong-song  et  Tanli- 
Moï. Je  concentre  tous  mes  moyens  d'action  sur  Clm  et  kep. 
I. 'ennemi  grossit  toujours  sur  le  Fleuve  Rouge,  de  telle  sorte  que 
nous  avons  sur  les  bras  toute  l'armée  cbinoisc  Inslniile  à  l'ciiro- 
piVnnc  el  [mraLssant  suivre  un  plan  bien  concerté -.  Quoi  qu'il 
arrive,  j'es|)cre  pouvoir  défendre  tout  le  Delta.  Maïs  je  demande 
au  (iouverncmcnt  de  m'cnvoyer  très  prompts  renforts  :  hommes, 
munitions,  i 


Ce  télégramme  était  d'aulant  plus  déraisonnable,  que  le 
général  lïrièrc  de  Tlsle,  mieux  renseigné,  envoyait  le  i"  avril, 
AU  ministre  de  la  guerre,  une  dépêche,  infmimcnt  moins 
alannanlc: 

Kvacnalïon  Ling-son  et  surtout  précipitation  retraite  dues  a 
fiiililcsse  commandement  après  blessure  Négrier,  brigade  avait 
^illgt  jours  vivres  et  munitions  suflisanles  pour  attendre  convois 
en  roule  cl  annoncés.  Batterie  !i  rayée  jett-c  dans  la  rivière  par 
ordre,  trésor  également  abandonné  par  ordre;  tout  cela  après 

[.  l.iTfiiiilp.  Lnngsan.  —  Siiuyenirs  de  la  campagne  du  TohUii, 
l^r  II  Cartonin.  Paris.  i8(|i.  in-».  —  Lu  Vérité  sut-  ta  relratle  de 
/.aiig-son..,,  par  Jicqnea  llarnunt.  Paris,  iSijs,  în-ii. 

3.  Journal  o/fieiet.  Doc.  Pari.,  juillol  1886.  p.  706. 


-"■'."^f 


Oa/l  l/\FFAIRE    DU    TONG-RING 

réussite  conlre-al laque  sans  perles  sensibles.  Mc^nie  précipilalion 
pour  évacuation  Doug-Song  avec  encore  moins  raisons.  Chinois 
jusqu'à  présent  paraissent  se  borner  occuper  leurs  anciennes 
|K)sitions  nord  Deo-Quan-Dco-van. 

En  somme,  situation  non  compromise  et  meilleure  que  pou- 
vaient faire  supposer  renseignements  alarmants  arrives  depuis 
quatre  jours.  Vais  faire  enquête  à  Chu  et  enverrai  Jlerbinger 
devant  conseil  s'il  y  a  lieu. 

Mais  le  coup  était  porté.  Dans  la  séance  de  la  Chambre 
du  3o  mars,  M.  Jules  Ferry  donnait  sa  démission.  Son  dé- 
part ne  fut  pas  une  retraite,  mais  une  fuite  devant  une  mciite 
déchaînée  par  ses  pires  ennemis,  il  aurait  annoncé  la  con- 
chîsion  de  la  paix  qu'il  avait  pour  ainsi  dire  dans  sa  poche, 
qu'on  ne  l'aurait  même  pas  écoulé.  Ce  fut  un  des  spectacles 
les  plus  écœurants  que  nous  offre  l'histoire  parlementaire, 
que  celui  de  cet  homme,  ardemment  dévoué  à  son  pays, 
chassé  par  une  bande  de  politiciens  avides  de  pouvoir  qui 
n'avaient  que  la  plus  vague  conception  de  ce  que  doit  être  la 
politique  extérieure  d'un  grand  pays.  Ferry  n'a  pas  eu  à  at- 
tendre la  postérité  pour  être  vengé;  beaucoup  parmi  ceux-là 
même  qui  le  bafouèrent  ont  reconnu  leur  erreur  qui  fut 
moins  la  leur  que  celle  de  meneurs  jwussés  par  les  plus 
mauvaises  passions. 

Au  moment  même  où  Jules  Ferry  donnait  sa  démission 
(3o  mars),  la  Chine  acceptait  nos  propositions.  Pour  éviter 
toute  difficulté,  le  directeur  politique  au  Ministère  des  aflaires 
étrangères,  M.  Billot,  était  autorisé  par  le  Président  de  la 
République,  M.  Grévy,  à  signer  un  armistice  avec  M.  Camp- 
bell, représentant  la  Chine  \ 


1.  Le  l'i  mars,  Sir  R.  Hart  avait  télégraphié  à  M  Ferry,  qu'ua  décret 
impérial  du  37  février  avait  designé  M.  Campbell  pour  signer  le  protocole 
comme  commissaire  spécial  de  la  Chine. 


PROTOCOLE    DU    t\    AVRIL     1 885  b'i'ô 


PROTOCOLE    DU    l\    AVIIIL     iSSf) 

Protocole  dressé  à  Paris,  le  ^  avril  1885,  entre  la  France  et 
la  Chine,  pour  consacrer  la  suspension  des  hostilités  entre 
les  dewr  pays. 

Entre  M.  Billot,  Minisire  plénipotentiaire,  Directeur  des 
afTaires  politiques  au  ministère  des  afTaire^s  étrangères  à  Paris,  et 
James  Du nean  Campbell,  Commissaire  et  Secrétaire  non  résident 
de  l'Inspecteur  général  des  douanes  impériales  maritimes  chinoises, 
de  a"  classe  du  rang  civil  chinois  et  OfTicier  de  la  Légion  d'hon- 
neur, dûment  autorisés  l'un  et  l'autre  par  leurs  gouvernements 
respectifs. 

Ont  été  arrêtés  le  Protocole  suivant  et  la  note  explicative  ci- 
annexée  : 

I.  Protocote. 

Article  premier.  —  D'une  part  la  Chine  consent  à  ratifier  la 
convention  de  Tien-Tsin  du  ii  mai  i884,  et  d'autre  part  la 
France  déclare  qu'elle  ne  poursuit  pas  d'autre  hut  que  Texécu- 
lion  pleine  et  entière  de  ce  traité. 

Art.  3.  —  Les  deux  puissances  consentent  à  cesser  les  hostilités 
partout,  aussi  vite  que  les  ordres  pourront  être  donnés  et  reçus 
et  la  France  consent  k  lever  immédiatement  le  blocus  de  For- 
mose. 

Art.  3.  —  La  France  consent  à  envoyer  un  ministre  dans  le 
Nord,  c'est-à-dire  à  Tien-Tsin  ou  h  Pé-King,  pour  arranger  le  traité 
détaillé  et  les  deux  Puissances  fixeront  alors  la  date  pour  le 
retrait  des  troupes. 

Fait  à  Paris,  le  /|  avril  i885. 

Billot.  Campbell. 

II.  Note  explicative  du  Protocole  du  4  avril  i885. 

I.  Aussitôt  qu'un  décret  impérial  aura  été  promulgué  ordon- 
nant la  mise  à  exécution  du  traité  du  ii  mai  i884et  enjoignant 
par  conséquent  aux  troupes  chinoises  qui  se  trouvent  actuelle- 
ment auTong-King  de  se  retirer  au-delà  de  la  frontière,  toutes  les 
opérations  militaires  seront  suspendues  sur  terre  et  sur  mer  à 


5a6  L*AFFAIRE    DU    TOXG-RING 

Formoso  cl  sur  les  cotes  delà  riliiiie;  les  commandanlsdos  troupes 
françaises  au  Tong-Ring  recevront  l'ordre  de  ne  j>as  franchir  la 
frontière  clii noise. 

n.  Dès  que  les  troupes  chinoises  auront  reçu  l'ordre  de  repas- 
ser la  frontière,  le  hlocus  de  Forinose  et  de  Pak-lloï  sera  levé  et 
le  ministre  de  France  entrera  en  rapport  avec  les  plénipotentiaires 
nommés  par  l'Empereur  de  Chine,  pour  négocier  et  conclure, 
dans  le  plus  href  délai  possihlc,  un  traite  définitif  de  paix, 
d'amitié  et  de  commerce.  Ce  traité  fixera  la  date  à  laquelle  les 
troupes  françaises  devront  évacuer  le  nord  de  Formose. 

III.  Afin  que  Tordre  de  repasser  les  frontières  soit  communiqué 
le  plus  vite  possible  par  le  gouvernement  chinois  aux  troupes  de 
Yun-Nan,  le  gouvernement  français  donnera  toutes  facilités  pour 
que  cet  ordre  parvienne  aux  commandants  des  troupes  chinoises 
par  la  voie  du  Tong-King. 

IV.  Considérant  toutefois  que  l'ordre  de  cesser  les  hostilités  et 
de  se  retirer  ne  peut  parvenir  le  même  jour  aux  Français  et  aux 
Chinois  et  à  leurs  forces  respectives,  il  est  entendu  que  la  cessa- 
lion  des  hostilités,  le  commencement  de  l'évacuation  et  la  fin  dt» 
l'évacuation  auront  lieu  aux  dates  suivantes  : 

Les  lo,  3oet  3o  avril,  pour  les  troupes  à  l'est  de  Tuyen-Quan. 

Les  20,  3o  avril  et  3o  mai,  pour  les  troupes  à  l'ouest  de  cette 
place. 

Le  commandant  qui,  le  premier,  recevra  l'ordre  de  cesser  les 
hostilités,  devra  en  communiquer  la  nouvelle  h  l'ennemi  le  plus 
voisin  et  s'abstiendra  ensuite  de  tout  mouvement,  attaque  ou 
collision. 

V.  Pendant  toute  la  durée  de  l'armistice  et  jus(]u*à  la  signature 
du  traité  définitif,  les  deux  parties  s'engagent  à  ne  porter  à  For- 
mose ni  troujMîs  ni  munitions  de  guerre. 

Aussitôt  que  le  traité  définitif  aura  été  signé  et  approuvé  par 
décret  Impérial,  la  France  retirera  les  vaisseaux  de  guerre 
employés  à  la  visite  en  haute  mer,  et  la  Chine  rouvrira  les  |>orts 
à  traités  aux  bâtiments  français. 

Fait  k  Paris,  le  4  avril  i885. 

Billot.  Campbell. 

Le  lendemain,  5  avril,  Sir  R.  Hart  télégraphiait  à 
M.  Campbell  : 

Bravo  !  Bien  fait.  Mes  remerciements  cl  mes  congratulations. 


EXPOSÉ    A    l,'*PPL"I    Dl'    TRAITÉ    DU    9    JL'IN     [885  637 

La  nouvelle  de  la  panique  de  Langi-so'n,  connue  à  Clianfr- 
llaï  le  3i  mars,  n'avait  pas  heuix?usenien(  modifié  les  idées 
des  Ciiinois  et  emijèclié  la  signature  du  protocole. 

Pour  gagner  du  leni|>5,  M.  Georges  (logoixlan,  sous-din-c- 
leur  à  lii  direction  jKililique,  el  M.  Cumplx-ll,  agent  de  Sir 
Itoliert  Harl,  commencèrent  inmiédiatemeril  à  étudier  un 
projet  de  traite  de  paix  ;  rc  fui  aver-  le  pins  grand  désir 
d'iirriver  h  une  prompte  solution,  que  les  pourparlers  furent 
engagés,  et  à  la  fin  d'avril  i885,  M.  Caniphell  était  eit  [xjs- 
session  d'un  pntjet  de  traité.  M.  Hnrt  était  Iit'-s  désireux  de 
voir  alxiutir,  et  dans  une  lettre  envoyée  au  milieu  du  mois 
de  mai  à  son  agent,  il  écrivait  coite  plirase  si  caractéristique 
de  s«jn/ifiNiou/'.'  «  Ajoutez  que  le  devoir  de  l'obslélriquc  di 
plomatiqiie  est  maintenant  d'assurer  un  heureux  accouche- 
ment; c'est-à  dire  le  traité  [jourrait  être  blessé » 

I.e  traité  fut  enfin  signé  le  çf  juin  par  Lî  Itoung-tchang 
el  notre  ministre  à  Tien-Tsin,  M.  Patenùtre.  Celui  ci  sur 
l'invitation  du  Ministre  des  Affaires  étrangères  avait  quitté 
Chang-llaï  pour  Tieu-Tsin  le  ly  avril  i885  ;  en  même  lem|)s 
que  lui,  arrivaient  dans  cette  ville  deni:  membres  du  Yamcn, 
Si-lchen  cl  Teiig  Tcheng-sieou  qui  devaient  signer  le  traité 
avec  Li. 

EXPOSÉ    A    l'aPPL'I    du    THAITÉ    dl    9   JUIN     188Û 

Le  22  juin  i885,  le  ministre  des  Affaires  étrangères  pré- 
seiiLait  aux  Chambres  un  ex[HJsé  h  l'appui  du  projet  de  lui 
de  sanction  du  traité  : 

Mi'saieurs,  le  protocole  signé  à  Parii'.  le  (i  avril  dernier, 
consacrail  comme  vous  vous  le  rappelez,  une  suspension  d'armes 
entre  la  France  cl  la  Chine.  La  Chine  s'engageait  à  rappeler  ses 
IrotipesduTong-king.etla  France,  tout  on  maintenant  les  mesures 
dostiiices  à  em{Mk;her  la  contrebande  de  guerre,  promettait  de 
lever  le  htocus  de  Formose.  Les  deux  Gnuvcrneineiils  devaient. 


•■%  ■ 


SaS  l'affaire  du  tong-king 

en  outre,  ouvrir  immédiatement  des  conférences  p:)ijr  préparer 
un  traité  de  paix  sur  les  bases  de  la  Convention  préliminaire, 
signée  le  ii  mai  de  l'année  dernière  à  Tien-Tsin. 

Les  dispositions  du  protocole  du  l\  avril  ont  été  exécutées  de 
part  et  d'autre  avec  un  sincère  désir  d'arriver  à  une  solution  sa- 
tisfaisante du  conflit.  Si  le  Tong-King  n'a  pas  encore  été  complète- 
ment évacué  ù  l'heure  actuelle,  bien  que  les  délais  ilxcs  soient 
expirés,  il  faut  reconnaître  que  les  parties  encore  occupées  par 
les  Chinois  et  les  Pavillons  noirs  sont  des  régions  montagneuses, 
d'un  accès  difficile,  où  les  mouvements  de  troupes  sont  particu- 
lièrement malaisés  en  cette  saison.  11  appartient  aux  autorités 
militaires  françaises  de  se  concerter  sur  place  avec  les  comman- 
dants des  forces  chinoises  pour  terminer  cette  évacuation  qu'au- 
cun mauvais  vouloir  d'ailleurs  ne  parait  devoir  retarder. 

Quant  aux  négociations  pour  la  paix,  elles  ont  abouti  à  la  con- 
clusion d'un  traité  qui  a  été  signé  à  Tien-Tsin,  le  9  de  ce  mois, 
par  M.  Patenôtre,  au  nom  de  la  France,  et,  au  nom  de  la  Chine, 
par  Li  Houng-tchang,  Vice-Roi  du  Tché-li.  et  deux  membres  du 
Tsoung-li  Yamen,  désignés  pour  l'assister.  C'est  ce  traité  que 
nous  avons  l'honneur  de  vous  présenter  aujourd'hui,  dans  la 
ferme  confiance  que  vous  y  trouverez,  comme  nous,  les  éléments 
d'une  paix  durable  avec  le  vaste  Empire  dont  nous  devenons  les 
voisins. 

Le  but,  que  la  politique  française  poursuit  depuis  plusieurs 
années  dans  la  péninsule  indo-chinoise,  est  d'assurer  la  pacifica- 
tion de  l'Annam  et  particulièrement  du  Tong-King,  afin  d'ouvrir 
cette  région  à  l'industrie  et  au  commerce  européens. 

L'appui  que  les  Annamites  trouvaient  au  dehors  a  été  la  prin- 
cipale cause  des  difficultés  auxquelles  nous  nous  sommes  heurtés. 
Ils  recevaient,  en  effet,  de  leurs  voisins,  non  pas  seulement  des 
contingents  militaires,  mais  des  encouragements  et  une  assis- 
tance morale  qui  les  enhardissait  à  nous  braver  et  à  violer  les 
engagements  qu'à  plusieurs  reprises  ils  avaient  souscrits  envers 
nous.  11  importait  donc,  avant  tout,  de  faire  cesser  un  état  de 
choses  incompatible  avec  l'exercice  paisible,  régulier,  de  notre 
protectorat,  et  cela,  en  obtenant  de  la  Chine  la  promesse  de  ne 
plus  intervenir  dans  les  affaires  de  l'Annam.  A  cet  é^ard,  les 
articles  i  et  3  du  présent  traité  nous  donnent  des  assurances 
positives  et  vous  constaterez  sans  doute  avec  satisfaction  qu'ils 
consacrent  formellement  de  la  part  de  l'Empire  du  Milieu  la 
reconnaissance  de  nos  droits  sur  l'Annam. 


EXPi>s£  A   L'APi'ti  m*  TUAiri;   nu   9  juin    i885  Sag 

La  Uiinc  AOnj^agu  n  th'  gtlus  l'aire  l'rnnchir  par  ses  troupes  la 
frontiiTC  du  Tont;-kin^',  et  elle  |iromel  de  resin-cter  les  Iraîtés  et 
an- ange  ment  s  que  nous  avons  conclus,  ou  que  nous  gtourrons 
conclure  avec  l'Annani.  Ci-s  arranfîemeiUs,  Messieurs,  vous  les 
eoiumisscz:  ils  font,  à  l'Iii-urc  aciiielje.  l'objel  du  traité  de  IIul', 
qui  a  ttc  tout  récemment  soumis  à  votre  approbation  et  qui 
institue,  en  termes  formels  et  explicik's,  le  proicctorat  de  la 
Krnnce.  Parmi  les  clauses  du  traité  de  llué  ligiirc  un  article  stl- 
]>ulant  que  l'Annam  n'aura  de  relations  diplomatiques  que  par 
rinlcrmédiairc  de  la  Krance.  Kapproché  de  cette  disposition, 
l'article  -i  du  traité  do  Tien-Tsin  nous  donne  toutes  les  garanties 
désirables. 

Quant  aux  rapports  de  voisinage  entre  l'Annam  et  la  Cliine, 
motivés  par  le  contact  des  populations  ainsi  que  |iar  les  besoins 
du  commerce  et  de  l'écliange.  non  seulement  il  ne  pouvait  en- 
trer dans  nos  vues  de  les  supprimer,  mais  il  est  de  notre  inlértl 
de  les  étendre.  Aussi  avons-nous  souscrit  avec  plaisir  ii  la  requête 
de  la  Cliinc  d'entretenir  dans  le  Tong-Kiiig,  à  l'inslar  de  ce  que 
nous  faisons  chez  elle,  un  certain  nombre  de  consuls  sur  des 
points  déterminés  d'un  commun  accord. 

Désireuse  de  constater  que  toute  communication  avec  l'Annam 
ne  lui  serait  pas  interdite,  la  Chine  nous  a  demandé  d'intro- 
duire cette  mention  dans  l'arliclc  a.  Nous  avons  tenu  toutefois 
à  spécifier  <|uc  ces  rapports  seraient,  en  tous  cas,  renfermés  dans 
le  cercle  du  présent  traité,  c'est-à-dire  qu'ils  ne  jmun'aient  jamais 
rouvrir  la  question  des  relations  [lolitiqucs  (jue  le  traité  de  Hué. 
sanctionné  par  celui-ci,  a  délinilivcmcnt  fermée. 

l>e  sou  côté,  la  Cliine  a  stipulé  que  ces  rapports  ne  pourraient 
point  porter  atteinte  à  son  antique  prestif^t*.  C'est  là  une  clause 
dérivée  de  l'article  U  de  ta  convention  de  Tien-Tsin  de  188/1  et 
qui  est  tnapiréc  du  même  esprit.  Nous  \  avons  consenti,  mais  à 
la  condition  que  le  mot  de  presligo,  un  |>eu  vague  et  susceptible 
de  fàclicuscs  extensions,  serait  remplacé  par  le  terme  plus  jirécis 
de  di'jnilé. 

Les  articles  1  et  a  qui  viennent  d'être  commentés  contiennent 
la  partie  à  proprement  parler  politique  du  nouveau  Irailé.  Nous 
passerons  un  peu  plus  rapidejiieiit  sur  les  aulivs,  dont  la  plu- 
jtart  s'expliquent  d'eux-mêmes.  Tel  est  le  cas  uolamment  des 
articles  3  et  4  qni  stipulent,  l'un,  une  délimitation  de  la  fron- 
tière entre  la  Chine  et  le  Tong-King.  l'autre,  certaines  formalités  à 
imposer  aux  personnes  qui  voudront  franchir  cette  rronliî're. 

COKUIEH.  II.     —    3i 


-  - 1  ".'-■" 


53o  i/aFFAIUE    du     TONG-KING 

Les  arlicles  5  el  0  s'occupent  des  rapports  commerciaux  entre 
l'Annam  et  les  provinces  chinoises  du  Yun-Nan,  du  Kouang-Si  el 
du  Rouang-Toung. 

Les  détails  de  l'organisation  sont  réservés  à  une  Commission 
spéciale;  mais  les  principes  sont  posés.  On  s'est  inspiré  des  règles 
établies  par  les  traites  existants  entre  la  Chine  et  la  seule  puis- 
sance européenne  qui  ail  eu  jusqu'ici  une  frontière  commune 
avec  l'Empire  du  Milieu,  c'est-à-dire  la  Russie.  Deux  points  de 
la  frontière  seront,  dés  à  présent,  désignés  pour  servir  d'entrc- 
j)ôl  aux  marchandises  qui  transiteront  entre  les  deux  pays  et  de 
résidence  aux  négociants  européens  qui  entreprendront,  dans  les 
provinces  chinoises  voisines  du  Tong-King.  des  opérations  de  com- 
merce. Quant  au  tarif  d'importation  et  d'exportation  auquel  la 
Chine  soumettra  ces  marchandises,  il  sera  inférieur  à  celui  qui 
est  actuellement  en  vigueur  dans  les  ports  ouverts,  sauf  toute- 
fois pour  le  commerce  entre  le  Tong-King  et  le  Kouang-Toung. 
Celte  dilTércnce  s'explique  clairement,  si  l'on  songe  que  la  dimi- 
nution des  tarifs  est  en  quelque  sorte  la  compensation  des  frais 
de  transport  par  terre. 

Le  Kouang-Toung  n'étant  limitrophe  du  Tong-King  que  dans  le 
voisinage  immédiat  de  la  mer,  il  était  naturel  de  ne  pas  abaisser 
les  tarifs  pour  les  marchandises  qui  en  sortiront  ou  y  entreront. 

L'article  7  prévoit  la  création  de  voies  de  communication  au 
Tong-King  et  en  Chine,  |K)ur  rendre  plus  fr  éq  uen  tes  el  pi  us  suivies 
les  relations  commerciales  (jue  les  deux  arlicles  précédents  ont 
pour  objet  de  préjwrer.  Le  moment  où  la  Chine  construira  des 
chemins  de  fer  ne  parait  pas  éloigné,  car  la  lutte  engagée  à  Pé-Ring 
entre  les  hommes  attachés  aux  anciennes  habitudes  et  ceux  qui 
désirent  faire  bénéûcier  leur  patrie  des  progrès  réalisés  en  Eu- 
rope, semble  près  d'aboutir  au  triomphe  des  idées  nouvelles.  11 
est' convenu  (ju'alors  le  Gouvernement  impérial  fera  appel  à  nos 
^  industriels  el  à  nos  ingénieurs.  Ceux-ci  trouveront  dans  l'im- 
mense empire  chinois  un  nouveau  champ  d'activité,  en  même 
temps  qu'ils  contribueront  à  un  rapprochement  plus  intime  entre 
les  deux  pays. 

Les  trois  derniers  articles  du  traité  stipulent,  comme  vous  le 
pourrez  voir,  des  délais  ])our  la  revision  éventuelle  de  certaines 
clauses,  la  suspension  des  opérations  militaires  de  la  flotte  fran- 
çaise, l'évacuation  des  poinls  encore  occupés  par  nous  sur  le 
territoire  chinois,  la  remise  en  vigueur  des  anciennes  conven- 
tions et  la  raliiicalion  du  présent  traité.  Sur  ce  dernier  point  il 


a  ûli:  convenu  que  lu  Hnnclioii  ilc  l'<;iii|K!rciir  de  Chine  aurait 
lieu  i  m  média  te  111  eu  t  :  clic  esl  depuis  le  la  de  cv  mois,  un  fait 
accompli. 

Il  nous  a.  dès  Inrs.  paru  désii-Hblc  <|ue  la  raliliralioii  du  Gou- 
vernement de  la  lti'-pnl>lii]ue  IVil  dilléiiV  le  moins  l«ii^'lein|xs  pos- 
sible. D'autre  puri,  niiir>  avoiis  pensé  qu'il  U|i|)arteiiail  k  la 
(ilmmbre  actuelle  de  clore,  a\anl  du  se  sépaivr,  la  question  dont 
elle  avnil  si   laborieusement  |>oursuivi  la  solution,  de  concert 

C'est  pour  celle  double  raison  que  nous  n'avons  pas  attendu 
l'arrivée  en  France  de  l'in-strument  authentique  du  traité  du  g 
juin,  et  que  nous  préMMitons  au  l'arteineiit  un  li'\tc  transmis 
par  la  voie  lélé^'raphiijue,  mais  dont  l'etaclilude  a  été  soi^'ucusc- 
inent  contrûléc. 

Si.  comme  nous  l'espérons.  Messieurs,  le  traité  du  <|  juin  i885 
vous  parait  devoir  ùtre  accepté,  nous  vous  prions  de  vouloir  bien 
voler  le  projet  de  loi  dont  lu  Icneur  suit  : 

B  Article  unique.  —  Le  président  de  la  République  est  auto- 
risé à  ratilier  cl  à  faire  exécuter  le  traité  de  pai.v.  d'nmilié  et  de 
commerce  conclu  entre  la  Krance  et  la  Cliine,  à  Tien-Tsin,  le 
(|  juin  iHSb.  el  dont  une  copie  est  jointe  à  la  présente  loi.  « 


TBAiTÉ  DE  tie:i-tsi^,  <)  JUIN    i88û  (patenÔthe) 

Le  Président  de  la  République  française  el  Sa  Mnjeslé  l'Empe- 
reur de  Chine,  animés  l'un  el  l'autre  d'un  éj,'ûl  désir  de  mcllre 
un  ternie  aux  dinicullrâ  auxquelles  a  dpnné  lieu  leur  interven- 
lion  simultanée  dans  les  alTaires  de  l'Annam  et  voulant  rétablir 
el  améliorer  les  anciennes  relations  d'amitié  el  de  commerce  qui 
ont  existé  entre  la  France  et  la  Cliine.  ont  résolu  de  conclure  un 
nouveau  traité  réjiondant  au!i  intérêts  communs  des  deux  na- 
tions en  prenant  pour  base  la  convention  préliminaire  si^ni-e  à 
Ticn-Tsin.  le  II  mai  i$8^,  ralilîée  par  décrel  impérial  le  l'i 
avril  i885. 

A  cet  elFel,  les  deux  Hautes  Parties  conlraclanles  ont  nommé 
|x>ur  leurs  Plénipotentiaires,  i»  savoir  ; 

Le  Président  de  la  République  Française.  M.  Jules  IV^tcmStiik, 
envoj'é  extraordin.-iire  et  .Ministre  pléni paient iaire  de  France  eu 
Chine,  nilicier  de  la  Légion  d'Iionneur,  ^'raiid-croix  de  l'ordre  de 
l'Etoile  polaire  de  Suède,  etc. 


/  • 


532  LAFFAIHE    DU    TONCi-KING 

Et  S.  M.  rEinpereur  de  Chine,  Li  Holng-tciiang,  coinniissaire 
impérial,  premier  grand  Secrétaire  d'Etal,  grand  Précepteur 
honoraire  de  l'héritier  présomptif.  Surintendant  du  coinmerce 
des  [x>rts  du  Nord,  Gouverneur  général  de  la  province  du  Tcho-li, 
appartenant  au  premier  degré  du  troisième  rang  de  la  Noblesse, 
avec  le  titre  de  Sou-yi  ; 

Assisté  de  Si-Tciien,  Commissaire  Impérial,  Membre  du  Con- 
seil des  Affaires  étrangères,  Président  au  Ministère  de  la  Justice, 
Administrateur  du  Trésor  au  Ministère  des  Finances,  Directeur 
des  Ecoles  pour  l'éducation  des  officiers  héréditaires  de  Paile 
gauche  de  l'armée  Tartareà  Péking,  commandant  en  chef  le  con- 
tingent Chinois  de  la  Bannière  gauche  à  bordure; 

Et  de  Teing  Tciie\g-su:ol,  Commissaire  impérial.  Membre  du 
Cérémonial  d'Etat; 

Lesquels,  après  s'être  conununiqué  leurs  pleins  pouvoirs  qu'ils 
ont  reconnus  en  bonne  et  due  forme,  sont  convenus  des  articles 
suivants  : 

Article  premier.  —  La  France  s'engage  à  rétablir  et  à  main- 
tenir l'ordre  dans  le^  provinces  de  l'Annam  qui  confinent  h 
l'Empire  chinois.  A  cet  effet,  elle  prendra  les  mesures  nécessaires 
pour  disperser  ou  expulser  les  bandes  de  pillards  et  gens  sans 
aveu  qui  compromettent  la  tranquillité  publique  et  pour  em|>ô- 
cher  (pi'elles  ne  se  reforment.  Toutefois,  les  troupes  françaises 
ne  pourront,  dans  aucun  cas,  franchir  la  frontière  qui  sépare  le 
Tong-King  de  la  Chine,  frontière  (jue  la  France  promet  de  respecter 
et  de  garantir  contre  toute  agression. 

De  son  côté,  la  Chine  s'engage  à  disperser  ou  h  expulser  les 
bandes  qui  se  réfugieraient  dans  ses  provinces  limitrophes  du 
Tong-King  et  à  disperser  celles  qui  chercheraient  h  se  former  sur 
son  territoire  pour  aller  porter  le  trouble  parmi  les  populations 
placées  sous  la  protection  de  la  France,  et,  en  considération  des 
garanties  qui  lui  sont  données  quant  à  la  sécurité  de  sa  frontière, 
elle  s'interdit  pareillement  d'envoyer  des  troupes  au  Tong-King. 

Les  Hautes  Parties  contractantes  fixeront,  par  une  convention 
spéciale,  les  conditions  dans  lesquelles  s'effectuera  l'extradition 
des  malfaiteurs  entre  la  Chine  et  l'Annam. 

Les  Chinois,  colons  ou  anciens  soldats,  qui  vivent  paisible- 
ment en  Annam,  en  se  livrant  à  l'agriculture,  à  l'industrie  ou 
au  commerce  et  dont  la  conduite  ne  donnera  lieu  à  aucun 
rcproche,  jouiront  pour  leurs  personnes  et  pour  leurs  biens  de 
la  même  sécurité  que  les  protégés  français. 


AiiT.  3.  —  La  Cliinn,  ili'ndtV  à  ne  rien  fuire  qui  puisse  com- 
promctlre  l'œuvre  i\e  pncificalion  cntrcjiriso  i«ir  i<i  France,  s'en- 
i^atic  ît  rrspcclcr.  dnns  le  pnWnt  ef  tlnns  î'fiveiiir,  les  Irnil^s. 
roiivmlions  cl  arrariRrinciils  (lïroctrmeiil  iiilervcniis  ou  h  inter- 
venir rnlre  la  Frnnco  et  TAnnani, 

Kn  tr  qui  eonrerne  les  rapporis  entre  !a  Chine  cl  l'Aiinnin. 
il  i-sl  entendu  qu'ils  senml  de  uiilure  à  ne  point  jjorter  atteinte 
à  la  dif;nito  de  l'Kinpire  chinois  cl  à  ne  donner  lien  a  aucune 
violalion  du  présent  traité. 

Art.  3.  —  Dans'iin  délai  do  si\  mois,  à  partir  de  la  sif;naturc 
du  présent  Irailé,  des  cnnimissnires  désignés  par  les  Hautes  Par- 
tics  conlractantes  se  rendront  .«ur  les  lieux  pour  reconnaître  la 
frontière  entre  la  Chine  et  le  Ton^-Kinj^.  Ils  jNweront,  |>arloi.it  nù 
besoin  sera,  des  homes  destinées  à  renilre  appan-nte  la  lif^ne  de 
démarcation.  Dans  le  cas  ot'i  ils  ne  pourraient  se  mettre  d'accord 
sur  rcmplaceinent  de  ces  hornes  ou  .Jur  les  reclilieations  de  di'-- 
tail  qu'il  {wurrait  y  avoir  lien  d'np|K)rter  à  la  rronticro  actuelle 
duTon;î-kin;j[,  dans  l'intérêt  comnmn  desdeuY  pavs,  ils  en  rcfcrc- 
raieut  à  leurs  pouvernemenls  res|XH;tifs. 

AiiT,  i.  —  Lorstpic  la  frontière  aura  été  reconnue,  les  Fran- 
çais ou  protégés  français  et  les  liabilants  étranaers  du  Tong-kint;, 
qui  voudront  la  franchir  pour  se  rendre  en  Chine,  ne  pourront 
le  faire  qu'après  s'iMrc  munis  préalablctnenl  de  passe|«)rts  déli- 
vrés par  les  nulorités  cliinoîses  de  la  frontière  sur  la  demande 
des  autorité»)  françaises.  Pour  les  sujets  chinois,  il  sudlra  d'une 
nutnrisalion  délivn^  par  les  autorités  impériales  de  lu  frontière. 

Les  sujets  Chinois  qui  voudront  se  rendre  de  Chine  au  Tonj;- 
Kinf;.  |>ar  la  voie  déterre,  devront  être  munis  de  passeports  régu- 
liers, délivrés  par  les  autonti''s  françaises  sur  la  demande  des 
uulurilés  impériales. 

AiiT.  5.  —  Le  commerce  d'importation  et  d'exportation  sera 
permis  aux  néfiiociants  français  ou  protéfiés  français  et  aux  néffo- 
cianls  chinois  |}ar  la  frontière  de  terre  entre  la  Chine  et  le  Ton;;- 
King.  Il  devra  se  l'aire  toutefois  par  certains  piints  qui  seront 
déterminés  ultérieurement  et  dont  le  choix,  ainsi  que  le  nombre. 
seront  en  rapjxirt  avec  la  direction  comme  avec  l'importance  du 
tralie  entre  les  deux  ]>aïs.  11  sera  tenu  compte,  à  cet  égard,  des 
règlements  en  vigueur  dans  l'intérieur  de  l'empire  chinois. 

Fn  tout  état  de  cause,  deiu  de  ces  points  senmt  désigné-s  .sur 
la  frontière  chinoise,  l'un  au-<lcssus  de  Lao-Kay.  l'autre  nu  delS 
de  l,ang-So'n.  Les  commerçants  français  |)Ourronts'ï  lixer  dans 


J.-JI  .    7-  >'^' ■■«'*■■«■  V  •  ^~  —  .^ 


53/j  l'\kkvikk  nr  TONc.-RiNr, 

les  nirmes  condilioiis  ol  avec  les  mêmes  avantages  que  dans  les 
porLs  ouverts  au  comnnyce  étranger.  Le  gouvernement  de  Sa 
Majesté  l'Empereur  de  Chine  y  installera  des  douanes  et  le  Gou- 
vernement de  la  Répid)lique  pourra  y  entretenir  des  consuls 
dont  les  privilèges  et  les  attributions  seront  identiques  à  ceux  des 
agents  de  même  ordre  dans  les  ports  ouverts. 

De  son  coté.  Sa  Majesté  l'Empereur  de  Chine  pourra,  d'accord 
avec  le  Gouvernement  français,  nommer  des  consuls  dans  les 
principales  villes  du  Tong-King. 

Art.  g.  —  Un  règlement  spécial,  anncxc*au  présent  traité, 
précisera  les  conditions  dans  lesquelles  s'elTectuera  le  commerce  par 
terre  entre  le  Tong-King  et  les  provinces  chinoises  du  Yun-Nan, 
du  Kouang-Si  et  du  Kouang-ïoung.  Ce  règlement  sera  élaboré 
par  de^  commissaires  qui  seront  nommés  par  les  Hautes  Parties 
contractantes,  dans  un  délai  de  trois  mois  après  la  signature  du 
présent  traité. 

Les  marchandises  faisant  l'objet  de  ce  commerce  seront  sour 
mises,  à  Tenlréc  et  à  la  sortie,  entre  le  Tong-King  elles  provinces 
du  Yun-Nan  et  du  Kouang-Si,  à  des  droits  inférieurs  à  ceux  que 
stipule  le  tarif  actuel  du  commerce  étranger.  Toutefois,  le  tarif 
réduit  ne  sera  pas  appliqué  aux  marchandises  transportées  par  la 
frontière  terrestre  entre  le  Tong-King  et  le  Kouang-Toung  cl 
n'aura  pas  d'effet  dans  les  porls  déjà  ouverts  par  les  traités. 

Le  commerce  des  armes,  engins,  approvisionnements  et  muni- 
tions de  guerre  de  toute  espèce,  sera  soumis  aux  lois  et  règle- 
ments édictés  par  chacun  des  Etats  contractants  sur  son  terri- 
toire. 

L'exportation  et  l'importation  de  Topium  seront  régies  par  des 
dispositions  spéciales  (pii  figureront  dans  le  règlement  commer- 
cial susmentionné. 

Le  commerce  de  mer  entre  la  (^hinc  et  l'Annam  sera  égale- 
ment l'objet  d'un  règlement  particulier.  Provisoirement  il  ne 
sera  innové  en  rien  à  la  pratique  actuelle. 

Aux.  7.  —  En  vue  de  développer  dans  les  conditions  les  plus 
avantageuses  les  relations  de  conunerce  et  de  bon  voisinage  que 
le  présent  traité  a  pour  objet  de  rétablir  entre  la  France  et  la 
Chine,  le  Ciouvernement  de  la  République  construira  des  routes 
au  Tong-King  et  y  encouragera  la  construction  de  chemins  de  fer. 

Lorstjue,  de  son  côté,  la  Chine  aura  décidé  de  construire  des 
voies  ferrées,  il  est  entendu  qu'elle  s'adressera  à  l'industrie  fran- 
çaise, et  le  gou\ernemenl  de  la  République  lui  donnera  toutes 


HAPPOBT    Ali    SÉNAT    %lh    l.Ë    TBAITÉ    DU    9    JUIN     1 885  535 

les  facilités  possililes  pour  se  procurer  en  France  le  personnel 
dnnl  elle  aura  besoin.  Il  est  entendu  aussi  que  cette  clause  ne 
peut  t^lre  considiîrcc  comme  constituant  un  privilcge  exclusif  en 
faveur  de  la  France. 

AiiT.  S.  —  Les  stipulalions  commerciales  du  prcsenl  traité  et 
les  rcY'lemenl.s  à  inlrrïcnir  |>oiiri'OTit  élri!  revisés  après  un  inter- 
\alle  de  di\  ans  révolus  à  partir  du  jour  de  l'ét^lian^e  des  ^a^i^1- 
calious  du  présent  traité.  Mais,  au  cas  où  six  mois  avant  le 
Icriiie.  ni  l'une  ni  l'autre  des  Hautes  Parties  cnnirncinnies  n'aii- 
rail  manifesté  le  désir  de  proei-der  ii  la  révision,  les  stipulations 
commerciales  resteraient  en  vijfiicur  |iour  un  nouveau  terme  de 


jile. 


s  forces 


K  et  de 


Art.  9.  —  Di's  que  le  jin^ient  Irailé  aura 
françiises  recevront  l'ordre  de  se  retirer  de  h 
la  visite,  etc.,  en  haute  mer.  Dans  le  délai  d'un  mois  après  la 
si<.'nAluri-  du  présent  traité.  l'Ile  de  Formo.se  et  les  l'e.scadores 
seront  enlièrement  évacuées  par  les  troupes  françaises. 

Aht.  10.  —  Les  di.sjHisitions  des  anciens  traités,  aceoivis  et 
conventions  entre  la  France  et  la  Chine,  non  modiliés  par  le  pré- 
sent traité,  restent  en  pleine  vigueur. 

Le  présent  Irailé  sera  ratitié  dès  à  [tréscnt  par  Sa  Majesté 
rFiiipeienr  de  Chine  et,  après  qu'il  aura  été  ratitié  par  le  Prési- 
dent de  la  Itépubliquc  française,  l'écliani^  des  ratifications  sera 
fait  k  Pé-Kinft  dans  le  plus  bref  délai  possible. 

Fait  a  Tien-Tsin  en  quativ  exemplaires,  le  i)  juin  |885,  cor- 
respondant au  vingt-septième  jour  de  la  quatrième  lune  de  la 
on/iètne  annexa  Kouang-?Siii. 

(L.    S.)    P.ÏTESÔTBK.  (L.    S.)    L.    IIOING-TCIUMI. 

(L.  S.)  Tkng  Tchkno-sikoc. 
(L.  S.)  Si-T.:iiEN. 


liPPOIlT    AU    SÉS.tX    SVB    l.E    TRAITÉ    Dl'    Q    JtlS    1885 


Dans  la  séance  du  1 1  juillet  1885,  le  rap[)orL  suivant  *  était 

déposé  au  Sénat  : 


1.  Journal  iiffii^iel.   siincdi  G  tévrior  iSS(i  ;   Doc.   Partuni.  [Sénat], 
p.  Ail),  anneic  n"  3a<|, 


53G  l'akfaiui:  dv  tong-king 


RAPPORT  fait  an  nom  de  la  Commission  *  chargée  (Vexaminer  le 
projet  de  loi,  adopté  par  la  Chambre  des  députés,  ayant  pour  objet 
d*autoriser  le  Président  de  la  République  française  à  ratifier  le 
traité  de  paix,  d'amitié  et  de  commerce  conclu  entre  la  fronce 
et  la  Chine,  à  Tien-Tsin,  le  9  juin  i885,  par  M.  de  Marcère, 
sénateur.  —  (Urgence  dcclarc^c). 

Messieurs,  le  11  mai  i88/4,  une  convention  préliminaire,  pré- 
lude d'une  paix  prochaine,  avait  été  signée  à  Tien-Tsin  par  les 
représentants  des  deux  gouvernements  français  et  chinois.  Le 
Sénat  sait  à  la  suite  de  quel  événement  cette  convention  resta  à 
l*état  de  projet.  Ce  n'est  que  près  d'une  année  après.  le  a 6  fé- 
vrier i885,  que  les  négociations  furent  reprises  ;  et  le  4  avril  sui- 
vant, un  protocole  fut  signé  par  M.  Billot,  ministre  plénipoten- 
tiaire, et  par  M.  James  Duncan  Campbell,  dûment  autorises  par 
leurs  gouvernements  respectifs,  contenant  les  bases  du  traité  à 
intervenir.  De  part  et  d'autre,  on  s'en  référait  à  la  convention 
de  Tien-Tsin,  qui  était  ratifiée  par  avance  par  la  Chine,  et  dont 
l'exécution  pleine  et  entière  était  indiquée  comme  étant  le  but 
exclusif  poursuivi  par  la  France. 

C'est  dans  cet  état  que  le  cabinet  actuel  a  trouvé  les  négocia- 
tions. 11  les  a  conduites  à  leur  terme,  sans  pouvoir  s'écarter  des 
conditions  acceptées  par  les  deux  parties  contractantes  :  et  le 
traité  soumis  à  la  ratification  du  Sénat  se  renferme  en  eflet  dans 
ces  conditions  dont  on  a  seulement  précisé  le  sens  et  fixé  la  portée. 

Le  traité  du  9  juin  i885  débute,  dans  l'article  premier,  par 
une  déclaration  de  bon  voisinage  ;  et  il  stipule  les  obligations 
réciproques  que  cet  état  impose  aux  deux  puissances.  La  France, 
qui  doit  naturellement  maintenir  l'ordre  dans  l'Annam.  sur 
lequel  s'exercera  son  protectorat,  s'engage  à  ne  pas  laisser  les 
troupes  qu'elle  j>ourra  employer  h  cet  eifet,  franchir  la  frontière 
qui  sépare  le  Tong-Kingde  la  Chine  :  «  Elle  promet  de  respecter 
cette  frontière  et  de  la  garantir  contre  toute  agression.  »  Cet 
engagement,  déjà  pris  par  elle  dans  l'article  premier  de  la  conven- 
tion du  II  mai  i88i,  est  rendu  synallagmatique.  Par  une  réci- 

I.  Cette  commission  était  composée  de  MM.  famiral  Jaurcgnibcrry, 
président  ;  Paul  de  Rcmusat.  secrétaire  ;  amiral  Jaurès,  général  Lccointe, 
Scheurer- Résiner,  Adrien  llébrard,  de  Marcèrc.  amiral  Peyron.  Léon 
Renault. 


UAPPouT    vr    sKWT  sril    i.i:   Tiurn':   Dr   <)  jiin    iSSf)       'yTi' 

procili*  qui  donne  toute  sa  portée  au  nouveau  traité,  la  Chine 
s'interdit  «  pareillement  »  d'envoyer  des  troupes  au  Tonf^-Kin^; 
et  elle  s'engage,  en  même  temps,  à  prendre  sur  son  territoire  les 
mesures  nécessaires  pour  empêcher  que  des  bandes  s'y  réfui^ient 
ou  s'y  forment  dans  le  but  de  porter  le  trouble  parmi  les  j)opu- 
lations  placées  sous  la  protection  de  la  France.  Ainsi  sont  dénoués 
les  liens  antiques  qui  avaient  autrefois  rattaché  l'Annam  à  la 
(Ihine,  et  qui  avait  pu  autoriser  celle-ci  à  répondre  aux  appels  de 
secours  (|ue  lui  adressait  un  État  placé  sous  sa  sauvegarde. 

Mais  cette  jMînsée  des  deux  puissances  se  dessine  encore  davan- 
tage, et  elle  est  exprimée  d'une  manière  formelle  dans  l'article  3. 
La  Chine  a  s'engage  à  resjx^cter  dans  le  présent  et  dans  l'avenir 
les  traités,  conventions  et  arrangements  directement  intervenus 
ou  à  intervenir  entre  la  France  et  l'Annam.  » 

On  ajoute  que,  en  ce  qui  concerne  les  rapports  entre  la  (^hine 
et  l'Annam,  ils  seront  de  nature  h  ne  porter  aucune  atteinte  à  la 
dignité  de  l'empire  chinois,  et  à  ne  donner  lieu  h  aucune  violation 
du  présent  traité.  L'article  premier  du  traité  de  Hué  auquel  se 
réfère,  par  l'effet  de  la  convention  de  Tien-Tsin,  le  traité  actuel, 
éclaire  le  sens  de  ce  texte.  On  y  lit  que  «  l'Annam  accepte  le  pro- 
tectorat de  la  France,  et  que  la  France  représentera  l'Annam  dans 
toutes  ses  relations  extérieures.  » 

Il  est  donc  bien  entendu,  ainsi  que  le  constate  le  traité  du 
()  juin,  que  la  Chine  n'aura  à  souffrir  aucune  atteinte  h  sa  dignité 
dans  ses  rapjx)rts  avec  l'Annam,  puisque  ces  rapports  seront 
entretenus  exclusivement  par  la  France  ;  et,  de  son  côté,  la  Chine 
ne  |X)urra,  dans  ces  mêmes  rapports  avec  l'Annam,  rien  faire 
(jui  soit  contraire  aux  droits  de  l'Ftat  prolecteur,  droits  consacrés 
par  le  traité  qu'elle  reconnaît  et  que,  en  (juelque  sorte,  elle 
contresigne.  En  un  mot,  la  Chine  et  la  France  se  trouveront 
désormais  seules  en  présence  dans  les  alTuires  cpii  concernent 
l'Annam,  et  ce  dernier  royaume  ne  relève  plus  que  de  l'Ktat  pro- 
lecteur. 

Kniin,  ces  rap|>orts  nouveaux  de  la  Chine  et  de  l'Amiam  sont 
caractérisés  d'une  autre  manière,  non  moins  précise,  par  l'ar- 
ticle 5,  (pii  dispose  que  «  de  son  côté.  Sa  Majesté  l'Kmpereur  de 
Chine  jKHirra,  d'accord  avec  le  Gouvernement  français,  nommer 
des  consuls  dans  les  ])rinci{)ales  villes  du  Ïong-King  ».  Et  connue 
pour  mieux  marquer  cet  état  de  choses,  l'article  3  stipule  (pic 
jKU'  les  soins  de  commissaires  désignés  {>ar  les  hautes  parties 
contractante^s,  la  frontière  entre  la  Chine  et  le  Tong-King  devra, 


dans  le  délai  do  six  mois,  ôtrc  déterminée  et  fixée  par  des  signes 
apparents. 

L'article  A  rj-glc  It's  conditions  dans  lesquelles  les  Français  et 
les  habitants  étranj-crs  du  Tong-King  d'une  .part,  et  les  Chinois 
d'autre  [lart,  pourront  rtancliir  la  l'rontièrc.  11  indique  U-s  me- 
sures de  jx>lic<!  arri>téc.s  par  les  deux  puissances  pour  réglcnienlcr 
respect ivemcnt  cette  circulation  des  voyageurs  d'un   pays  dans 

Les  artick's  5,  6  et  8  ont  trait  atix  relations  coinmcrciulc^s  qui 
pourront  se  former  entre  les  négociants  français  ou  prolri;és 
français  et  les  Chinois,  et  qui  pourront  dé»ormais  s'établir  par  la 
frontière  de  terre  cnire  la  Chine  el  ie  Tong-King, 

On  s'en  réfère,  |>our  les  délails  que  des  arrangements  de  ce 
genre  comportent,  h  un  rî-glemenl  ultérieur.  Ce  règlemcnl  devra 
préciser  s|)Hicialement  Im  conditions  dans  lesquelles  s'elTi*ctiicra 
le  commerce  |>ar  terre  entre  leTong-King  et  les  provinces  chinoises 
du  Yun-\an,  du  K.ouang-Si  et  du  Kouang-Toung.  11  e$t,  dê^  à 
présent,  stipulé  que  les  marchandises  seront  soumises,  à  l'entrée 
et  à  la  sortie,  entre  les  provinces  dn  Yun-Nanct  du  Kounng-Si. 
ù  des  droits  inférieurs  ii  ceux  que  porte  te  tarif  actuel  du  com- 
merce étranger.  On  a  considéré  que  cet  avantage  était  une  com- 
pensation des  frais  de  transport  par  terre,  qui  pèseront  sur  les 
marchandises  dont  le  transit  se  fera  par  l'intérieur  du  Tong- 
King. 

On  CTmprcnd  que  le  même  avantago  n'ait  pas  été  accordé  aux 
marchandises  qui  passeront  par  ta  frontière  du  Kouang-Toung: 
par  cette  frontière  voisine  de  la  mer,  en  effet,  les  transports 
pourront  se  faire  à  de  moindres  frais. 

L'article  7  renferme  des  p^é^  isions  relatives  à  la  construction  de 
mutes  et  de  chemins  de  fer  dans  leTong-Kinget  évenluellenienl 
sur  le  territoire  chinois.  Cette  clause,  en  ce  qui  concerne  le 
Tong-King,  ne  l'ait  quementionncr  une  charge  inévitable  qui  pèse 
sur  l'Ktal  protecteur  el  qui  est  la  condition  même  du  développe- 
ment de  la  richesse  et  du  commerce  dans  ces  contrées;  en  ce  qui 
concerne  la  Chine,  elle  constate  les  dispositions  bienveillantes  et 
mutuelles  qui  unissent  les  deux  Ilaiiles  Parties  contractantes. 

1^  traité  de  paix,  dont  nous  avons  analysé  les  conditions  prin- 
cipales, justifie  entièrement  son  lili-e  de  traité  d'amitié  et  de 
commerce. 

Ne  serait-ce  que  par  cette  raison  qu'il  met  un  terme  à  des 
hostilités  toujours  douloureuses,  quoiqu'elles  aient  été  marquées 


nvpponr    \r   skwt  sih   if.  tuviik   m    <)  jiin    liSST)       53<) 

par  d(\s  faits   d'arinos    frloricux    pour   nos  années  de  terre  cl   de 
mer,  il  faudrait  s'en  féliciter. 

Mais  une  autre  considération,  (pii  touche  aux  grands  intérêts 
de  la  France  au  dehors,  ne  nian([uera  pas  de  frapper  le  Sénat. 
Nous  sommes  engagés,  en  Indo-Chinc,  dans  une  entreprise  qui 
oflVe  des  persj)cclives  dont  la  France  ne  doit  pas  se  détourner, 
(piehpic  Ié«;itime  souci  qu'elle  ait  de  ses  intérêts  plus  immédiats 
et  |)lus  prochains. 

Il  faut  seuleoient  que.  par  la  constance  de  ses  vues  et  par  la 
prudence  de  sa  conduite,  elle  sache  concilier  toutes  les  exigences 
du  présent  et  de  Tavenir  que  lui  imposent  son  rang  et  ses  devoirs 
envers  elle-même.  La  tAche  qu'elle  ])Oursuit  dans  l'Extrême 
Orient  peut  être  ardue  :  elle  n'est  pas  au-dessus  de  ses  forces. 
Mais  cette  lâche  sera  rendue  plus  facile,  lorsqu'elle  pourra  s'ap- 
puyer sur  l'amitié  du  grand  empire  de  la  (]hine,  qui  exerce  sur 
cette  partie  du  monde  une  incontestable  inilucnce.  Les  peuples 
soumis  à  notre  domination  ou  à  notre  protectorat  sauront  qu'ils 
ne  peuvent  plus  opposer  un  refus  obstine  aux  bienfaits  d'une 
civilisation  dont  la  Chine  elle-même  accepte  le  contact  et  recher- 
che les  avantages.  Les  dispositions  des  hommes  éclairés,  qui.  en 
Chine,  forment  le  parti  de  la  paix,  qui  sont  entrés  déjà  et  qui 
la  poussent  dans  la  voie  du  progrès,  ne  pourront  que  seconder 
nos  efforts.  Et  enfin  la  Chine  renonce  formellement  h  accorder 
aux  États  que  nous  protégeons  l'assistance  en  tous  genres,  qui 
les  a  si  puissanunent  aidés  jusqu'à  ce  jour  dans  leur  résis- 
tance. Le  traité  assure  donc  le  succès  de  la  politique  que  depuis 
près  d'un  siècle  la  France  n'a  cessé  de  suivre  dans  ces  lointaines 
contrées. 

Cet  acte  diplomatique  nous  offre  encore  un  autre  avantage 
plus  immédiat,  d'un  ordre  différent  mais  non  moins  intéressant, 
et  que  le  Sénat  constatera  avec  satisfaction.  11  ouvre  à  notre 
commerce  un  vaste  débouché,  au  moment  où  toutes  les  nations 
cherchent  de  toutes  parts  des  facilités  pour  l'écoulement  de  leurs 
marchandises,  et  tendent  de  tous  leurs  elforls  à  procurer  aux 
industries,  dont  la  puissance  de  [innluct ion  s'accroît  sans  mesure, 
des  moyens  de  vivre  qui  soient  également  sans  limite. 

{..na  seule  puissance  européenne,  jusqu'à  ce  jour,  avait  pu 
entrer  en  rapj)orts  directs  avec  la  (ihine  par  la  frontière  terrestre. 
Encore  [>ourrait-on  dire  que,  à  celte  extrémité  de  son  empire 
vers  le  Turkeslan,  la  Hussic  est  pres([ue  une  puissance  asiatique. 

La  France,  par  son  traité,  obtient  du  côté  des  provinces  inéri- 


54o  i/akfaiue  du  tong-king 

dionalcs  de  la  Chine  un  avantage  pareil  ;  et  il  ne  tiendra  qu'à 
elle,  à  ses  hommes  d'État,  à  ses  négociants,  à  ses  industriels,  à 
son  génie,  d'en  tirer  des  bénéfices  de  tout  genre,  en  rapport  avec 
les  sacrifices  qu'il  lui  aura  coûtés.  Elle  est  ainsi  appelée,  sur  ce 
point  du  monde,  à  remplir  le  rôle  d'initiatrice  qui  lui  convient 
si  bien  dans  le  mouvement  civilisateur  qui,  après  s'être  arn>té 
pendant  des  siècles  devant  les  murailles  de  la  Chine,  va  pénétrer 
enfin  dans  l'Empire  du  Milieu. 

A  l'unanimité,  votre  Commission  a  été  d'avig  d'adopter  le 
projet  de  loi  suivant  : 

PROJET    DE    LOI 

Article  unique.  —  Le  Président  de  la  République  est  autorisé 
à  ratifier  cl  à  faire  exécuter  le  traité  de  paix,  d'amitié  et  de  com- 
merce conclu  entre  la  France  et  la  Chine,  àTien-Tsin,  le  9  juin 
i885,  et  dont  une  copie  est  jointe  à  la  présente  loi. 

RATIFICATIONS 

L'article  10  du  traité  relatif  à  rechange  des  ratidcatioDs 
donna  lieu  à  de  délicates  négociations.  Les  Chinois  firent 
remarquer  que  le  Fils  du  Ciel  ne  devait  jamais  revenir  sur 
une  décision  qu'il  avait  prise,  et  que  par  suite  un  traité  signé 
par  lui  était  par  ce  fait  même  ratifié  par  lui  en  même  temps  ; 
aussi  Tarticlc  10  renfcrme-t-il  une  rédaction  confirmée  sur 
la  demande  de  M.  de  Freycinet,  par  Li  Houng-tchang  dans 
une  lettre  à  notre  ministre  en  Chine  que  nous  verrons  repro- 
duite dans  toutes  nos  conventions  ultérieures  : 

«  Le  présent  traité  sera  ratifié,  dès  à  présent,  par  Sa 
Majesté  l'Empereur  de  Chine,  et  après  qu'il  aura  été  ratifié 
par  le  Président  de  la  République  Française,  l'échange  des 
ratifications  se  fera  à  Pé-King  dans  le  plus  bref  délai  possible.  » 

M.  Palenôtre  annonça  la  signature  du  traité  dans  la  lettre 
suivante  adressée  au  ministre  des  \flaires  étrangères  : 

Tien-Tsin,  le  11  juin  i885. 
Monsieur  le  Ministre. 

Ainsi  que  je   vous  en  ai  avisé  par  le  télégraphe  au   moment 


HATIHC.ATIONS  5^  I 

niôino  où  Li  Iloiinf^-lchaii^'  aj^posait  son  sceau  sur  le  premier 
exemplaire  du  traité,  l'acte  diplomatique,  qui  met  définitivement 
lin  au  conllit  franco-chinois,  a  été  signé  le  9  juin  à  quatre 
heures  avec  une  grande  solennité.  Le  drapeau  français  a  été  immé- 
diatement hissé  sur  notre  Consulat  et  salué,  par  ordre  du  Vice-Roi 
des  salves  réglementaires.  Quoique  les  deux  Commissaires  n'eus- 
sent pas,  h  proprement  parler,  le  rang  de  plénipotentiaires, 
Li  Iloung-lchang  a  demandé  qu'ils  fussent  autorisés  à  joindre 
leur  signature  à  la  sienne  pour  mieux  marquer  la  participation 
du  Tsoung-li  Yamen  à  la  conclusion  de  la  paix.  J'ai  naturelle- 
ment accédé  à  ce  désir. 

Li  Houng-lchang  m'a  offert  ensuite  un  banquet  auquel  ont 
assisté  les  consuls  étrangers  et  les  hauts  mandarins  en  résidence 
à  Tien-Tsin.  Il  avait  été  convenu  avec  le  Vice-iloi.  qu'après  avoir 
hu  réciproquement  à  la  santé  de  l'Empereur  de  Chine  et  du 
Président  de  la  République,  nous  échangerions  des  toasts  destinés 
h  faire  ressortir  la  cordialité  de  nos  nouvelles  relations. 

Votre  Excellence  trouvera  ci-apres  les  quelques  paroles  que  j'ai 
cru  devoir  prononcer  à  cette  occasion  : 

Messieurs, 

«  J'ai  l'honneur  de  vous  proposer  de  vous  joindre  à  moi  pour 
boire  h  la  santé  de  S.  E.  le  Vice-Roi  du  Tché-li  et  des  deux 
Commissaires  Impériaux  qui  l'ont  assisté  depuis  six  semaines 
dans  les  négociations,  dont  nous  saluons  aujourd'hui  l'heureux 
couronnement. 

J'ai  la  ferme  conlianceque  l'acte  diplomatique  que  nous  venons 
de  signer  n'aura  pas  seulement  pour  résultat  de  mettre  un  terme 
h  des  dissentiments  dont  le  souvenir  sera,  j'espère,  promptemeni 
effacé.  En  multipliant  entre  la  France  et  la  Chine  les  points  de 
contact,  en  ouvrant  à  l'activité  commerciale  de  toutes  les  nations 
de  nouveaux  débouchés,  le  traité  du  9  juin  contribuera,  sans 
nul  doute,  à  fortifier  et  à  développer  entre  l'Empire  Chinois  et  les 
Pavs  Étrangers  cette  communauté  d'intérêts  qui  a  toujours  été 
le  meilleur  ciment  de  l'amitié  des  Peuples.  Si  le  Gouvernement 
Impérial  s'inspire,  à  cet  égard,  des  mômes  sentiments  que  le 
Gouvernement  de  la  République,  le  présent  traité  produira  donc 
[X)ur  tous  des  fruits  sérieux  et  durables. 

C'est  à  ce  litre.  Messieurs,  que  je  vous  demande  de  vouloir 
bien  vous  associer  au  toast  que  je  porte  ici  en  l'honneur  des  Plé- 
ni[K)tentiaires  Cihinoisqui  m'ont  aidé  à  mener  à  bien  cette  œuvre 


"r^.v  *— r».- 


5^2  i/aFKAIRE    DL     TONG-klNG 

de   paix,    de  concorde,  et  je  crois  pouvoir   ajouter,  de    progrès 
international.  » 

Un  des  Interprètes  du  Vice-Roi  a  lu  alors,  en  son  nom.  le 
discours  suivant  rédige  en  français  : 

a  Nous  avons  en  Chine  un  proverbe  qui  dit;  V amitié  a  le  même 
éclat  que  le  soleil.  Cet  adage  est  surtout  vrai  lorsqu'il  s*appliquc 
aux  liens  qui  unissent  deux  grandes  nations. 

Ce  que  la  Chine  désire  aussi  c'est  le  bien  et  l'intérêt  de  tous. 

L'amitié  qui  va  exister  entre  nos  deux  pays  sera  aussi  vive  que 
le  soleil  du  matin,  lorsqu'il  se  dégage  des  vapeurs  de  la  nuit.  Si 
par  hasard  survenait  quelque  nuage,  M.  Patenôtrc  ou  ses  succes- 
seurs sauront  aisément  le  dissiper. 

L'heureux  événement  que  nous  célébrons  aujourd'hui  rappelle 
au  Vice-Roi  ces  deux  vers  d'un  illustre  poète  : 

Nirfhl  waneSf  the  vapors  round  the  mountains  curPd 
Melt  inio  morn,  and  lighi  awakes  the  world. 

Le  Vice-Roi  et  les  deux  Commissaires  Impériaux  prient  tous 
ceux  présents  à  cette  table  de  se  joindre  à  lui  pour  fêler  cet  heu- 
reux jour  et  boire  à  la  santé  de  S.  E.  Monsieur  le  Ministre  de 
France.  » 

Le  lo  juin,  j'ai  réuni  à  mon  tour,  dans  un  grand  diner,  qui 
a  revêtu  le  même  caractère  de  cordialité,  les  Plénipotentiaires 
Chinois  et  les  principaux  Mandarins  de  Tien-Tsin.  Les  deux 
Commissaires  Impériaux  sont  repartis  ce  matin  pour  Pé-King. 

Veuillez,  etc. 

Signé  :  Patenôtbe. 

Il  faut  tout  de  suite  dégager  de  ce  traité  le  fait  que  l'ar- 
ticle 2  nous  reconnaît  le  Protectorat  absolu  sur  rAnnam  ;  le 
dernier  paragraphe  de  cet  article,  quoique  vague  intention- 
nellement dans  la  première  partie  de  sa  rédaction  pour 
«  sauver  la  face  »  des  Chinois,  laisse  intacts  nos  droits  et 
notre  suzeraineté  dans  la  seconde. 

La  grande  erreur  commise  dans  le  traité  (art.  9)  est  le 
retour  à  la  Chine  de  Ki-loung  et  des  Pcscadores.  La  pro- 
messe faite  par  M.  de  Freycinet  de  ne  demander  aucun  ter- 
ritoire chinois  fut  tenue  à  la  lettre  et  cependant  on  pouvait 


UXTIKICATIONS  5^,3 

arguer  pour  franlcr  ces  iiosîlioiisquc  iiî  Formosr,  ni  les  îles 
voisines  n'ap])arl  en  aient  an  continent  ;  (jue  le  lien  ([ui  les 
ruttachail.iux  Che  Pa  Scn^.  dix  huit  provinces,  était  admi- 
nisiralif,  plutôt  on  lliéHrie  (ju'cn  pratique,  puisque  le  versant 
oriental  de  Formosc  élail  inaccessible  aux  f'cinclionnaircs 
chinois  ;  que  de  fois  depuis  avous-uous  regretté  le  bon  mouil- 
lage de  Makong  !  et  malgré  tout,  nous  avons  une  deuxième 
ibis  laissé  échapper  l'occasion  de  l'occuper  pendant  la  guerre 
sino-ja[x>nai!ie,  alors  que  la  Chine  nous  supjiliait  de  nous 
en  emparer  pour  frustrer  ses  adversaires  d'une  [uoic  con- 
voitée. 

En  adressant  au  Trône  le  texte  dti  traité  conclu  avec  la 
France,  Li  Houng-tchang  l'accompagna  d'un  mémoire 
(Tien-Tsin,  27°  jour,  i'  lune)  où  éclate  l'insolente  vantardise 
coutumièrc  aux  fonctionnaires  chinois  et  que  fait  ressortir  le 
(tassage  suivant  : 

a  Après  la  grande  victoire  de  Lang-s'on,  les  succès  des  troupes 
impériales  inspirent  la  crainte  et  la  terreur;  dans  le  monde  entier 
retentissent  des  félicitations  unanimes.  Vovaiit  la  France  sincère 
dans  sou  repentir,  la  Chine  peut  cnlln  déposer  les  armes.  C'est 
grâce  à  l'inflexible  détermination  de  Lcur.s  Majestés  Impériales 
([ue  les  iicrfides  projets  que  la  France  avait  formés  d'extorquer 
de  l'argent  à  la  Chine  ont  été  alMindonncs  et  la  générosité  de  la 
Chine  à  son  égard  s'est  montrée  d'une  façon  éclatante'.  0 

Li  prétendit  que  ce  mémoire  était  apocryphe,  mais  son 
embarras  (piand  on  lui  en  parla,  prouva  que  le  document 
était  bien  de  lui  ;  sa  lx)nne  volonté  dans  les  dernières  négo- 
ciations ût  passer  l'éponge  sur  cette  peccadille. 

Notre  consul  ùTien-Tsin,  M.  Ristelhueber,  fut  chargé  de 
porter  en  France  une  copie  du  traité  et  une  lettre  de  Li,  h 
M.  de  Freycinet,  ministre  des  Affaires  étrangères;  il  quitta 

I.  Ce   Mémairo  fccrot  ■  Ô16  traduit  un  anfAah dam  h  A'orlk-China 

Daity  .Vf..s,duïi  juin  i885. 


544  l/ AFFAIRE    DU    TONG-Kl.NG 

Ticn-Tsin  pour  Marseille  le  27  juin  i885  el  remit  la   gérance 
à  M.  de  Bezaure. 


LETTRE    DE    LI    HOUNG-TCHANG    A    M.    DE    FRETCINET 

Le  1 1'  jour  de  la  5*  lune, 
(a3  juin  i885). 

Depuis  plusieurs  années,  les  bonnes  relations  entre  la  Chine  el 
la  France  s'étaient  altérées  et  observées.  Ayant  été  mis  à  la  tète 
des  affaires.  Vous  avez  heureusement.  Monsieur  le  Ministre,  pris 
en  considération  la  concorde  et  Taniitic  qui  avaient  existé  pen- 
dant ^longtemps  entre  nos  deux  Pays  et  Vous  avez  négocié  et 
conclu  un  traité  qui  fait  disparaître  notre  ancienne  mésintelli- 
gence. Nous  voyons  dès  maintenant  se  dessiner  les  heureux 
résultats  qu'on  y  a  ménagés.  Par  ce  moyen,  les  sentiments 
d'union  vont  se  raffermir  plus  que  jamais  entre  les  fonctionnaires 
et  le  peuple  de  nos  deux  Pays.  J'éprouve  une  satisfaction  indi- 
cible d'avoir  pris  personnellement  part  à  cette  œuvre. 

M.  Patenôtre  a  fait  preuve,  à  Tien-Tsin,  pendant  ses  négocia- 
tions avec  moi  pour  la  conclusion  du  traité,  des  sentiments  les 
plus  conciliants.  Aussi  amèncra-t-il  immanquablement  un  rap- 
prochement d'esprit  entre  les  deux  nations,  lorsqu'il  se  sera  rendu 
à  Pé-King  pour  y  remplir  ses  fonctions  ofHcielles. 

M.  Risteihueber  a  habité  la  Chine  pendant  de  longues  années  ; 
il  a  l'expérience  des  affaires  de  ce  pays  ;  son  caractère  est  juste  et 
droit  et  il  est  doué  d'un  grand  esprit  de  modération.  Aussi  ai-je 
toujours  eu  confiance  en  lui.  Lorsqu'il  vint,  l'été  dernier,  prendre 
de  nouveau  la  direction  du  Consulat  de  Tien-Tsin,  nos  deux  pays 
étaient  sur  le  point  de  se  faire  la  guerre.  Depuis,  en  diverses  cir- 
constances, je  me  suis  entretenu  secrètement  avec  lui  et  il  a  tou- 
jours mis  ses  efforts  à  servir  l'intérêt  général.  Je  ne  doute  pas. 
Monsieur  le  Ministre,  que  Vous  n'en  ayez  vous-même  été  informe. 
M.  Risteihueber  vient  de  recevoir  de  vous,  sur  ma  demande, 
l'autorisation  de  rentrer  en  France;  j'ai  pensé,  en  effet,  que  si 
vous  l'interrogiez  sur  tout  ce  qui  nous  préoccupe,  il  en  pour- 
rait résulter  des  avantages  pour  vous  et  pour  nous;  je  vous  en 
suis  donc  vivement  reconnaissant.  Votre  Consul  ne  manquera 
pas  de  vous  exposer  avec  détail.  Monsieur  le  Ministre,  et  d'une 
façon  formelle,  le  désir  que  j'ai  de  lier  amitié  avec  la  France,  ni 


545 

dp  voQs  parler  dp  l' assistai! ce  qiio  nos  tltnix  l'avs  de\rairnl  désor- 
mais inutucllnincnt  sp  pnHrr. 

Tel  nsl  lp  biil  sp^Vial  dp  a'Iln  Icllrr,  Je  laccoiiipa;;»*'  fli-  me* 
souhaits  rpspcclueux  |>our  \  olrp  lionliPiir '. 

(Cachel  de  Li  HiHiii-ç-leliant;.) 

Voici  la  rqwnso  du  minislrc  des  AITaircs  étrangères  : 
A  S.  E.  Li  HoaiiR-lcIiaiiji. 

l'aris.  te  ao  aoûl  i8fi5. 
Excellence, 

M.  Histplliiielwr  m'a  remis  pxnclcment  la  leltre  quo  von» 
in'uvpz  fait  l'honneur  dp  m'adH-^spr.  sous  la  date  du  aï  juin,  à 
l'occasion  du  rflabliâsement  de  nos  relations  aïpc  l'Enipin- 
Chinois.  Vous  avez  tenu  à  me  l'aire  eoniiattre  la  satisfaction  que 
vous  avait  cnusi^  cet  heureux  résultat  et,  en  vous  TélicitAnt  de 
1,1  [lart  (prit  vous  a  ét^  donne  d'y  prendre,  vous  insistez  sur 
voire  désir  de  lier  amitié  avec  la  France  et  sur  l'assistance 
ninluelle  que  les  deux  Pays  sont  appelés  îi  se  priMer  désormais. 

Celle  communication  devait  avoir  d'autant  plus  de  prix  à 
mes  veux  que  je  partage  entièrement  leâ  sentiments  dont  elle 
m'opporle  l'expression.  Di's  le  1 7  juillet  dernier,  en  présentant  fi 
l'approhation  du  Sénat  le  traité  du  g  juin,  je  m'attachais,  k 
pro[H)s  des  clauses  de  l'article  7.  &  faire  ressortir  le  caractère 
amical  et  confiant  des  rapports  que  nous  iivions  l'intention  d'en- 
tretenir avec  l'Empire  Chinois  et  la  valeur  des  services  que  la 
eonli|^iïté  môme  de  leurs  frontières,  appelait  les  deux  l'avs  à 
se  rendre  muluellomcnl. 

Il  dépend  de  votre  initiative  d'assurer  une  sanction  pratique 
aux  vues  qui  nous  sont  ainsi  eomninnes,  et  dont  je  ne  néglî^rai 
rien,  pour  liâtcr,  en  ce  qui  me  concerne,  la  réalisation.  Nos 
in^'énieura,  nos  savants,  nos  industriels  sont  préis  à  répondre  h 
\'a]>pr\  qui  serait  adressé  à  leur  concours, .  pour  dcvelop|)pr  les 
riehessiM  de  la  Ctiine  et  arcroJIre  le  bien-être  de  ses  populations. 
Je  ne  doute  pas.  que,  grAce  k  la  haute  indnencc  dont  vous 
jouissez  dans  les  Conseils  de  l'Empire  et  que  le  succès  des  der- 
nières négociations  n'a  |)as,  h  coup  sûr,  amoindrie,  le  Gouverne- 
ment Impérial  et  la  nation  chinoise  n'ajiprécient.  comme  vous- 

1.  Pour  Irad.  cnnCorme  (»i({.)  :  .\.  ViusitME. 


546  l'affaihk  di"  to.ng-kixc. 

iiicinc,  les  avanlagos  que  la  Ciliiiio  Iromerail  à  utiliser  les  rrs- 
sourci'ss  de  loute  nature  que  nous  serions  heureux  do  mettre  à 
la  disposition  d*un  Étal,  lié  désormais  à  la  France  par  la  com- 
munauté des  intérêts  et  la  réciprocité  des  services. 

J'ai  à  peine  besoin  d'ajouter  que  j'ai  été  ires  sensible  aux 
souhaits  que  V.  E.  a  bien  voulu  m'adresser  personnellement  : 
ils  ne  peuvent  être  plus  sincères  que  ceux  que  je  forme  moi- 
même,  pour  Elle  et  qui  se  confondent  avec  mes  vœux  pour  le 
succès  de  la  tâche  assignée  à  ces  eflbrts. 


EVACUATION    DU    YUN-NA?i 

L'évacuation  du  Tong-King  par  les  troupes  chinoisos 
se  poursuivait  niéthodiqucnient.  Le  télégramme  suivant, 
i-cçu  le  7  juillet  i885,  par  le  Tsoung-li  Yamen,  donnait 
des  renseignements  remontant  au  12  juin  i885  : 

Le  Vice-Roi  du  Yun-Nan  a  quitté  Kounn-Sse  (en  annamite 
Tuan-qiian)  le  27  delà  3*"  lune  (ou  11  mai  i885).  Le  17  de  la 
li"  lune  (ou  3o  mai),  il  passait  a  Van  bàn  chau  *  et  le  aG  (8  juin) 
il  atteignait  la  frontière  du  Yun-Nan.  On  calcule  qu'il  |X)urra 
arriver  à  Mong-iseu  hien  '  et  s'y  établir  dès  le  i"*  de  la  5*^  lune 
(ou  1 3  juin). 

Toute  l'armée  du  Yun-Nan,  au  nombre  de  plus  de  70000 
hommes,  est  déjà  en  retraite  vers  la  Chine  et  plus  de  a3ooo 
hommes  sont  maintenant  parvenus  sur  les  frontières  des  déjwr- 
tements  de  Kai-houa  et  de  Lin-nyan  ^,  qui  sont  à  une  distance 
de  plus  de  mille  U  de  la  place  annamite  de  Tuaii-quan.  De 
Tmm-quan  à  Lam-dao^f  h  (>uam/-oai '*,  à  Bal-bat^,  h  Mai-chi- 
quan,  il  y  a,  en  outre,  3  ou  ^oo  H.  A  cause  de  la  longueur  du 
chemin,  du  nombre  des  troupes,  du  mauvais  état  des  sentiers  de 
communication,  de  la  rareté  des  bateaux  et  des  chevaux,  tous 
les  bagages  n'ont  pu  être  emportés.   Plus  de  sept  mille    soldats 

I.   Sur  le  haut  fleuve  Rouge. 

a.   Sous-préfecture  dans  le  Yun-Nan. 

3.  Dans  le  Yun-Nan. 

/|.    Dans  la  proNince  «le  So'n-tav, 

5  et  G.  Dans  la  province  dt^  So'ii-lav. 


KVACl  ATION     lu:     VlNNAN  ^i^' 

(les  Kouan^  ont  (par  suite)  été  laissés  eu  arrière  pour  uiaiuteuir 
Tonlre.  Ou  a  du,  peu  après,  les  faire  reNeuir  suecessi>eiuenl. 

Lieou  \ong-rou  est  actuelleuieiit  à  I.ao-kay,  où  il  règle  ses 
aflaires.  Sa  rentrée  daus  le  kouaug-Si  a  été  fixée  au  milieu  de 
la  5'"  lune  (cVsl-à-dirc  vers  la  lin  de  juin  ou  le  coniinencenient 
de  juillet)'. 

Licou  (Liui)  rentra  régiilicTemenlen  Chine  le  25  juin;  nous 
aurons  encore  occasion  de  parler  de  ce  vieux  partisan  qui, 
d'ancien  rebelle  dont  la  tète  était  mise  a  prix,  était  devenu 
général  de  l'armée  chinoise;  en  avril  1886,  il  fut  nommé  au 
commandement  de  la  division  Nan-Ao,  dans  le  Kouang- 
Toung. 

Plus  tard  encore,  le  Tsoung-li  Yamen  recul,  le  G  de  la 
6*"  lune  (ou  17  juillet  i885),  un  télégramme  du  Vice  Hoide 
Canton  : 

Le  Vice-Roi  du  Yun-Nan  m'avise,  sous  la  date  du  8  de  la  5' 
lune  ('io  juin),  que  les  troupes  de  Lieou  Yong-fou  ont  consenti 
à  se  mettre  en  route  au  milieu  de  la  5"  lune  [fin  juin]  et  à  aller 
s'établir  à  ISan-ki,  jX)ur  se  conformer  au  traité  qui  stipule  leur 
rentrée  au-d«?là  des  passes.  Or,  ISan-ki  se  trouve  en  dedans  de  la 
frontière  du  Y  un-Nan  au  Sud-Ouest  de  Lao-kay.  Les  poteaux 
télégraphiques  ont  été  abattus  par  les  eaux  et  les  communica- 
tions se  sont  trouvées  interrompues  pendant  longtemps. 

Le  24  juillet,  le  Tsoung-li  Yamen  avertit  M.  Patenôtrc 
(|ue  les  dernières  troupes  du  \un-Nan  avaient  repasse  la 
frontière  et  qu'il  ne  restait  plus  aucun  soldat  chinois  au 
Tong-King. 


É\ACL'AT10N    DE   FOUMOSE.    MORT   DE   l'aMIRAL   COIRRET 

De  notre    coté,    nous  exécutions  les  clauses  du   traité  et 
l^'ormose  fut  évacuée  le  21  juin,  à  9  heures  du  matin  :   nous 

I.   l*our  Irad.  coiiforme,  sig.  :  A.  Vissièke. 


5/i8  i/affaire  du  tong-king 

laissions  derrière  nous  un  cimetière  renfermant  21  ofliciers  et 
adjudants  et  plus  de  5oo  soldats  et  marins.  Le  héros  et  la 
victime  de  cette  guerre,  Tamiral  Courbet,  mourait  à  Makong, 
à  bord  du  Bayard,  le  11  juin  i885.  Le  22  juillet,  les  Pes- 
cadores  étaient  abandonnées. 

Enfin  les  relations  diplomatiques  sont  reprises  : 

Paris,  18  juillet  i885*. 

Le  Ministre  de  Chinera  Berlin,  Siù  King-lch'êng,  m'a  fait 
annoncer  officiellement  son  arrivée  à  Paris,  au  commence- 
ment du  mois  prochain  pour  renouer  les  relations  entre  les 
deux  pays.  Le  langage  qu'il  a  tenu  à  cette  occasion  est  tout 
à  fait  amical  à  Tégard  de  la  France. 

Le  i5  août,  M.  Cogordan  se  rendra  en  mission  à  Tien- 
Tsin  et  au  besoin  à  Pé-King,  pour  les  négociations  aux- 
quelles donnera  lieu  le  traité  de  commerce.  Il  m'a  paru  utile 
d'envoyer  en  Chine  un  agent  ayant  collaboré  avec  moi  à 
la  préparation  de  cet  important  projet. 

Vous  avez  très  bien  fait  de  ne  pas  prendre  Tinitiative  de 
parler  des  événements  de  Hué.  La  réserve  du  Tsoung-li 
^  amen  à  cet  égard  est  de  bon  augure  [X)ur  l'avenir. 

(Sig.)  C.  DE  Freycinet. 

GUET-APENS  DE  HUÉ  (5  juillet  l885) 

Dans  cette  dépêche,  M.  de  Freycinet  faisait  allusion  à  un 
événement  grave  qui  venait  de  se  passer  à  Hué  et  qui,  heu- 
reusement, n'eut  pas  dans  nos  rapports  avec  la  Chine  plus 
d'influence  que  n'en  avait  eu  la  panique  de  Lang-so'n. 

Le  3o  mai  i885,  le  général  Brière  de  l'Isle  faisait  ses 
adieux  à  ses  troupes  i\  Haï  Phong.  11  était  remplacé  dans  le 

I.   l)o|M*clic  téléprapiliquc.  Airaires  iHrangèros  à  M.  Palenotrc. 
a.   \oir  j».  '^Wo. 


rnmiuandpmcnl  on  clicfpiir  le  fji'iiéral  Itonssi'I  de  ("mnry, 
résîtlciit-génLTa!  en  Imio-Chino.  Dans  la  niiil  du  5  an  6  jiiil 
Ict,  celui-ci  faillit  ôtrc  la  viclinic  tl'iin  giiol-apcns,  ourdi  par 
les  dcii\  n-genlsTlin'o'ng,  ministre  de  rinlcricur  el  des  afraircs 
étrangères  et  Tlniyct.  nilnislrc  de  la  guerre.  Voyant  son 
riiiiiplol  avorlé,  celui-ci  prit  la  fnîlc  avec  le  jeune  roi  llam- 
riglii  '.  Nous  savons  quecclui  ci.  capturé  plus  tard,  fui  envoyé 
en  Algérie,  où  11  est  encore  interné  et  fut  remplacé  par  son 
Irtrc,  Dong-Khanli.  La  nouvelle  du  gnel-apens  fut  connue 
à  <'liang-Haï,  le  8juillet,  [wr  uncdé]>tkhcde  Londres. 

Le  document  suivant  peut  ôlre  ciinsidéré  comme  l'épi - 
Iciguc  de  celte  longue  affaire  du  Tong-King,  <)ui,  menée  à 
lionne  fin,  grâce  à  la  ténacité  de  .\I,  .Iules  Kerrv,  rnmmo 
imus  l'avons  déJA  dit,  n'en  fut  pas  moins  l'objet  d'une  des 
ix'^'i  «-ialions  les  plus  mal  conduites  de  notre  histoire  diploma- 
liqiu'.  Lne  s<Tio  de  ministres  des  Affaires  étrangères,  dont 
le  principal  M.  Jules  Ferry,  qui  a  été  à  la  [teine.  qui,  si 
jadis  son  énergie  lui  a  valu  une  impopularité  injustinée,  mé- 
rite d'être  i'i  la  gloire  aujouitl'lnii,  se  contredisent  les  uns 
les  autres.  M.  Ferry  traite  à  la  fois  à  l'aris,  avec  le  marquis 
T.*'éng  et  à  Pé-King  avec  le  Tsoung-li  Yamcn  ;  il  consulte 
à  Paris  le  conmiandanl  Fournlcr  et  un  |)eu  tout  le  monde; 
il  a,  à  la  fois,  h  Pé-King,  un  chargé  d'affaires,  M.  de  Scmallé, 
(juc  l'un  ne  renseigne  pas,  et  à  Paris,  un  ministre,  M.  Pale 
nôtre,  qua  Ton  n'envoie  pas  rejoindiT  son  poste.  On  nomme 
un  amiral,  Les|)ès,  chai^'é  d'affaires,  puis  ou  lui  substitue 
un  de  ses  olficiers,  le  commandant  l'ournier.  Le  marquis 
Ts'i'ng  écoule  Macartney  et  Li  Foung  Pao  s'oriente  vers 
r.Mlemagnc;  le  Tsoung-li  Yamen  traite  tantAt  directement, 
tantôt  par  Li  lloung-tchang,  tantôt  [lar  le  vicc-ix)!  de  Nan- 
King.  Les  uns  et  les  autres   sont   tiraillés  [lar  une    meute 

I.   l.-Jnnam  du  5  juillel  i88.")  tju  ',  tis-ril  i88ti.  par  le  géni-ra\  X"' 


dV-lrangers,  anxieux  d'offrir  leurs  service»,  Young,  Holcombe. 
Dclring,  Ilarl,  le  seul  vr.iimenl  sûncu^c,  clc.  Et  puis  il  faut 
compter  avec  les  ministres  de  la  marine,  cliangcnni  ans»! 
souvent  que  leurs  coUcgucs  des  AITaires  (^Irangùrcs,  les 
gouverneurs  de  )a  Cochinchine,  les  généraux  el  les  amiraux, 
cl  broclinnl  sur  le  loul,  le  Piirlemenl,  qui  a  une  part  énorme 
de  responsabilité  dans  lett  délais  np[H)rtés  à  la  solution  ilc 
la  (]u  est  ion. 

Décket.' 
IViidanl  la  !i'  lunr  di-  l'aniié<!  dernière  (mai  rS84).  Nmis 
avons  autorisé  spécialement  Li  Houng-lelutng  a  conrluiv  tm 
arranijetnent  avec  le  Capitaine  de  frégate  français  Fournier, 
pour  refiler  la  qui'slîon  de  l'étaLlLiscmi'Ht  de  relations  com- 
merciales avec  r.Aïuiam.  Nous  n'avions  alon  d'autre  (li<ssein 
que  de  faire  cesser  la  lutte  tt  de  tranquilliser  le  peuple. 
Depuis,  après  l'aiTaire  de  Lanj;-so'n,  Nous  avons  été  eon- 
Iraiiit  de  rerourlr  aux  armes.  I/Annam  est  un  pava  Iri-s 
chaud  et  aride.  Nos  soldats  y  sont  morts  des  fièvres  eu  grand 
nombre.  Cejwndant.  ils  ont  été  aux  prises  avec  l'ennemi  pendant 
une  dcnii-anu6e  et  des  |X'rtes  ont  été  éprouvées  par  les  armées 
des  deux  adversaires.  l,es  habitants  de  celle  dépendance  fronlière 
(dp  la  Chine)'  ont  également  eu  à  souffrir  des  hoslilités,  ce  qui 

A  dater  de  la  13'  lune,  l'Iuspccleur  Général  des  douanes. 
Il'irl,  Anglais  de  nationahté,  ronsidérani  qn'U  n'cxi.sinit  pas,  h 
l'origine,  entre  les  deux  nations  (belligérantes)  de  raisons  de 
dissenti  nient,  a  insisté  |)oim-  que  nous  remissions  en  vigueur  la 
Convention  de  Tien-Tsiu.  Il  a  servi  de  porte-paroles  aux  deux 
parties,  allant  de  l'une  a  l'autre,  pour  leur  faire  abandonner 
leur  anitnosîté  et  rétablir  leurs  rapports  amicaux. 

Nous  inspirant  hutnbleuient  de  la   bonté  du  Ciel  placé  au- 


I.  Gazrlte  de  Pé-Kiiig,  t\  de  la  6'  lune,  11'  année  KmiangS 
(1  ,o,-,l  ,885). 

t.  Fan-chou,  lill.  Dëfii'ndaHcen  formant  haïe  «nr  la  fronliÎTo.  1. 
Cliiiiois  drâigncnl  ainsi  le»  paj»  dépendant  ilc  leur  Eni|>irQ  et  qui  1 
liaient  tribut  k  Opoquc  fito.  tels  qno  la  Corcu,  l'Annam.  les  tlco  Lin 
Kicou,  leNépaul    A.  V. 


(.1  i:i-\n;Ns    in.    m  i;  .).>  i 

dessus  (lo  Nous,  (pii  aiiiK»  les  ciéalnrcs  <»l  la  \\{\  rrlléchissaul 
aussi  avec  respect  à  Nos  Xucèlres,  qui  ou!  su  diriger  leurs  expé- 
ditions militaires,  les  acti>er  ou  les  ralentir,  les  prolonj^er  ou  les 
arrêter,  suiwinl  les  éporpies  ou  les  avantaj^es  du  [)ays,  tenant 
toujours  compte  des  circonstances  sans  conserver  d'idées  ])récon- 
eues.  Nous  Nous  sommes  portés  révércncieusement  aux  Décrets 
rendus  à  dillérentes  reprises  pendant  la  5V  année  K'ien-loun*^ 
(i7()o)  pour  lo  retrait  do  nos  lrou|)cs  de  l'Annam*.  Ces  éven- 
tualités déterminantes  (de  nos  cliaiif^ements  de  politique)  sont 
les  mêmes  aujourd'hui  qu'elles  élaierit  alors.  Nous  avons,  en 
conséquence,  consenti  h  ce  qui  Nous  était  demandé.  Nous  avons 
ordonné  à  Li  Ilourifi-icliang  et  à  ses  collègues  de  conclure  avec 
l'envoyé  français  Patenotre  un  nou>eau  traité  en  dix  articles, 
et  de  ii.xer  des  localités  sur  la  frontière  du  Tong-king  pour  ré>a- 
cuation  du  commerce.  Nos  relations  avec  la  France  sont  redeve- 
mies  amicales.  La  France  vient  de  retirer  toutes  ses  troupes  de 
Ki-Ioung  et  des  lies  Pcscadores.  Nous  avons  aussi  fait  rentrer  en 
dedans  des  défilés  nos  armées  du  Yun-Nan  et  des  kouang.  Les 
prisonniers  faits  de  part  et  d'autre  ont  été  rendus  intégralement. 

Notre  lointain  domaine^  n'aura  dès  lors  plus  à  subir  les 
m.dlieurs  de  la  guerre,  et  l'Univers  se  félicitera  du  rétablissement 
dv  la  paix.  La  Cour  dans  toute  cette  affaire,  a  jMîsé  toutes  les 
circonstances  depuis  le  commencement  jusqu'à  la  fm,  et  a  exa- 
miné toutes  les  occasions  qui  se  sont  présentées.  Elle  n'avait  pas, 
dans  le  principe,  l'intention  de  faire  la  guerre  à  outrance  et  Elle 
a  consenti  à  prêter  son  concours  pour  satisfaire  ce  devoir  qui 
consiste  à  protéger  les  petits  et  à  vivre  en  bon  accord  avec  ses 
voisins. 

La  paix  étant  rétablie  aujourd'hui.  Nous  promulguons  ce 
Décret  pour  faire  connaître  Notre  pensée  à  tous,  dans  la  capitale 
et  dans  nos  provinces. 

Respect  à  ceci  !  ^. 

1 .  Ottc  allusion  à  K'imi-loung  est  siiignlièro  quand  ou  songe  quo 
colle  retraite  s*oj>éra  à  la  suite  de  désastres  de  Tarinée  chinoise. 

2.  Ilounng-fou,  lilt.  le  Domaine  dêbcrt  ou  aride,  terme  employé 
(le|)uis  la  plus  haute  antiquité,  pour  désigner  les  contins  extrêmes  de 
i'Kuq>ire,  louchant  aux  terres  des  I>arbarc9,  où  étaient  exilés  les  criminels. 

3.  Pour  Irad.  conforme,  s^g.  :  A.  Vissiî^re. 


CHAPITRE  XWI 

TRAITÉ  COGORDAH  (1886).  —  TRAITÉ  CORSTAHS  (lg87)  • 

Le  la  août  i885,  le  ministre  des  Aiïaircs  étrangères  tëlé- 
graphiait  à  M.  Patcnôtrc  d'informer  le  Gouvernement  im- 
périal que  M.  Cogordan,  sou s-dî recteur  à  la  dîr«:tion  poli- 
ligue',  venait  d'être  chargé  par  le  Gouvernement  delà 
République  de  négocier  et  de  conclure  avec  la  Chine,  le  Traité 
de  Commerce  prévu  par  le  traité  du  9  juin  et  que  ce  haut 
fonctionnaire  serait  assisté,  dans  sa  mission,  de  M.  Bruwacrt. 
consul  de  1"  classe.  Le  même  jour,  M.  de  Freycinot  adres- 
sait à  M.  Cogordan,  un  projet  de  traité  de  commerce  en 
31  articles  avec  la  Chine  tel  qu'il  avait  été  élaboré  de  concert 
entre  les  représentants  des  Départements  des  Affaires  étran- 
gères, de  la  Marine  et  do  Commerce  dans  les  réimîons  aiix- 


I.  Je  n'ai  j)»s  cm  devoir  séparer  ce  cliapitre  (tu  préeédcnt  dont  il  rrt 
le  corollaire,  quoique  les  traites  «oient  |>ostPrieiirt  t  dei  événements  <\ae 
nous  racontons  dnn»  tes  chapitres  suivants. 

3.  Cogordan.  George,  né  le  :6  mai  18I9;  docteur  en  droit,  liecnrié 
es  lettres;  attaché  au  conlentieui,  13  mai  187J  ;  attaché  pavé.  39  no- 
Tcmbm  1877;  commis  principal,  37  mai  1879;  rédacteur  a»  cabinet. 
I"  février  1880-.  sous -directeur  au  contentieux  (droit  public),  16  octohn: 
1880;  i  la  dirnction  politique.  l5  lévrier  i88x;  socrétairo  do  la  com- 
mission internationale  du  canal  de  Suez,  3o  mars  i885  ;  cuvo^réon  missi'ui 
en  Chinn  pour  la  conclusion  d'un  traite  de  commerce,  .5  août  l885; 
chargé  de  la  légation  de  France  I  l'éLIng.  i.'i  octobre  i8S5  ;  ministre 
pléni|)otentiaire  de  deuxième  classe,  35  avril  1886;  chargé  de  la  con- 
clusion du  traité  d'amitié  et  de  commerce  avec  la  Corée  (mai-juin  1886); 
charge  âe  la  sous -direction  du  Nord  k  la  direction  politique,  août  1886. 


quelles  iiotn?  iininol  eiiMiyt'  en  Ctiinc  aviiil  hii-iiièriio  pris 
|iarl;  ce  [trojot  ne  dovdil  |kis  loiilofois  enlever  loute  liberU- 
d'action  à  M.  Cogurdiin  (|ui  aurjiit  ('■gaiement  à  Taire rntirier  le 
Irnilé  du  9Juin.  M.  (Jo^iirdan  devait  parlîr  le  [5<ioi1I  [>ar  la 
voie  de  New- York;  il  aiirail  le  litre  de  chargé  d'affaires;  il 
sérail  possible  ainsi  à  M.  PatemMrc  de  prendre  tin  congé'  el 
de  \enirà  Paris  rcnsoi^irner  le  ministre  snr  l'ensemble  de  la 
silnalinn.  L'àgedc  M.  Ctigor<lan  ])oiivait <^lre  une  difliciilté, 
aussi  [Ktiir  encourager  le  jeune  diplomate,  M.  de  Kreycinet 
lui  lélégrapliiait-il  le  3i  oolubre  : 

l.n  Chine  vous  trou^o  Iri-s  jnuiie  etdi's  lors  sous  croit  ini'X|K'- 
rimenté.  en  Iouh  cas  l'arilc  à  iiitluencer.  Elle  se  prépare  ii  vous 
crVi-  des  dillicuttés  de  détail,  non  [Kiiir  emiiiVlier  le  Irailé  ilv 
tiomnierce,  mais  |H»ur  oblenir  des  aïnntages.  Opjmse/.  l>eniicoiip 
de  |uillence  el  de  fennelé  tranquilk  avec  une  élude  niteulivedes 
détails. 

\l.  Cfigordan  quitia,  le  50  octobre  i885,  Chang-llaï  pour 
TienTsinelPé-King. 

Peu  de  jours  après  son  arrivée  h  Tien  Tsin,  M.  (iogor- 
dan,  le  37  octobre,  se  i-endait  au  Yanien  de  Li;  celui  ci 
commença  Tenlrolien  avec  un  ton  aigrc-dou_\  qui,  continuant 
par  des  récriminations  de  sa  ]iarl,  ne  permit  pas  à  notre 
ministre  de  prolonger  l'entretien.  Deux  jours  plus  lard,  le 
vice-roi  rendait  sa  visite  h  M.  Cogordan  et  sur  )a  demande 
de  celui-ci  à  quelle  é]«>que,  après  nn  court  séjour  à  Pé  King, 
il  |Kiurrait  revenir  à  Tien-Tsin  j)onr  entamer  les  négociations 
relatives  au  Irailt-  o)nmiercinl  :  «  \  quoi  bon  revenir  ici? 
réi)ondit  Li,  vous  ferez  mieux  de  négocier  direcleuieiil  avec 
II'  Tsiningli  Vamen  et,  quand  le  traité  sera  ju-él,  j'v  appo- 
serai ma  signature  comme  j'ai  fait  sur  celui  il»  j)  juin.  Le 
gouvernement  Trançaïs  a  cru  devoir  se  passer  de  moi  à  celte 
é[HK]ue,  il  ne  ^teul  pas  Inmver  mauvais  que  je  lui  pmpose 

I,    M,  I>alfil>Mr<-qiiillii  P^KilIg.  Ip  I"  orlniirp 


#»  .    »^  ■  -■■   *..  ■Bffs  I 


f).')'!  THMTK    CO(;ORI)\N 

d'agir  encore  une  lois  de  la  mrnic  manière  I  D'ailleurs  si  >ous 
ne  pouvez  vous  entendre  avec  le  Tsoung-li  ^anien,  revenez 
à Tien-Tsin,  peut-être  alors  réussirez- vous  mieux  avec  moi.  » 
Toutefois  à  la  fin  de  l'entretien,  le  vice-roi  se  montra  plus 
conciliant. 

La  Chine  avait  été  blessée  par  le  traité  du  9  juin  qui 
froissait  son  orgueil  ;  Li  était  le  seul  à  en  prendre  son 
parti;  quant  à  sir  R.  Hart,  il  tenait  à  faire  exécuter  «  son  » 
traité. 

Deux  jours  après  son  arrivée  a  Pé-King,  le  8  novembre 
i885,  M.  Cogordan  fut  re<;upar  le  Tsoung-li  Yaincn  auquel, 
suivant  les  instructions  verbales  de  notre  ministre  des  Aflaires 
étrangères,  il  s'efforça  de  faire  comprendre  les  intentions 
ton  les  pacifiques  et  conciliantes  du  Ciouverncmcnt  de  la  Ré- 
publique. L'impression  du  Yamen  fut  bonne  à  en  juger  par 
la  teneur  de  la  dépêche  par  laquelle  il  répondait*  à  la  lettre 
qui  accréditait  M.  Cogordan  auprès  de  lui. 

13  Novembre  i885. 

Le  3*  jour  de  la  10*  lune  de  la  11®  année  Kouang-Siu  (8  no- 
vembre i885).  Son  Excellence  M.  Cogordan  étant  venu  s'entre- 
tenir avec  nous  au  Tsoung-li  Yamen,  nous  a  remis  la  dépêche 
dans  laquelle  Votre  Excellence  nous  avise  «  de  la  venue  en  Chine 
pour  y  prendre  la  direction  de  la  Légation  de  France,  de 
M.  Cogordan,  Plénipotentiaire,  sous-directeur  au  Ministère  des 
A  ifa  i  res  É tra n  gères  ? . . . 

Le  même  jour,  pendant  l'entretien  que  nous  avons  eu  pour 
la  j)remière  fois  avec  M.  Cogordan,  Nous  avons  pu  nous  rendre 
compte  de  ses  dispositions  conciliantes  et  pacifiques.  Elles  ne 
manqueront  pas  d'assurer  aux  graves  intérêts  qui  lui  seront 
désormais  confiés,  un  règlement  toujours  satisfaisant.  La  con- 
fiance, l'estime  et  le  concours  de  notre  Conseil  ne  lui  feront 
jamais  défaut  et  puisque  Votre  Excellence  a  bien  voulu  nous 
adresser  la  dépêche  ci-dessus  mentionnée,  nous  devrons  à^  plus 
forte  raison  lui  témoigner  une  bienveillance  toute  particulière, 

I.   A. M.  do  Freycinei. 


IHMII     (O(;oiii)\\  ,).).) 

(jui  l'iiUcrinira  culn»  \u)\\>  la  concordo  <»!  1  .iinllir  cl   nioiilicrn  \c 
prix  (pio  nous  attachons  aux  n^lalions  de  nos  deux  Pa>s. 
Telle  est  noire  réponse  otlieielle  '. 

Li  lloung-lchang  arri>a  h  Pé-King  le  2<S  ocMohre;  si,  à  la 
suite  de  la  convention  Fournicr,  son  infliionee  avait  subi 
une  passagère  éclipse,  il  l'avait  reprise  complètement  alors; 
à  peine  arrivé  dans  la  capitale,  il  reçut  la  visite  du  septième 
prince  et  il  cul  quatre  ou  cinq  entretiens  avec  T Impératrice; 
le  seul  résultat  connu  de  sa  visite  fut  la  création  d'une  ami- 
rauté cliinoisc. 

Le  2^1  noveud)re  i885,  M.  Cogordan  enxoya  de  Pé  king 
à  Li  la  traduction  chinoise  de  Tavant-projet  de  traité  de  com- 
merce élaboré  à  Paris  au  commencement  du  mois  d'août.  Le 
surlendemain  de  son  arrivée  à  Tien-Tsin,  \L  Cogordan  se 
rendit  au  Yamen  de  Li  qui  lui  dit:  «  Presque  tous  les  ar 
licles  sont  inadmissibles  pour  la  Chine.  J'ai  reçu  du  Tsoung  li 
^  amen  une  lettre  dans  laquelle  vingt  des  vingt-quatre  articles 
du  projet  sont  Tobjcl  de  critiques.  En  outre,  sur  les  quatre 
articles  restants,  il  y  en  a  deux  que,  [)Our  ma  part,  je  ne 
puis  accepter-.  » 

Le  28  novembre  i885,  rechange  des  ratifications  du  traité 
de  paix  du  9  juin  eut  lieu  au  Tsoung-li  Yamen  ;  le  prince 
k'ing  et  Chin,  membres  du  Grand  Conseil,  représentaient 
ri^lmpereur;  cette  cérémonie  fut  suivie  d'un  dîner  olFert  par 
le  Tsoung-li  Yamen  au  personnel  de  la  Légation  de  I^'rance. 
M.  Cogordan  rendit  la  politesse  le  3décend)re  ;  le  lendemain, 
il  devait  partir  [>our  Tien-Tsin  confiant  la  Légation  a  M.  Col- 
lin  de  Plancy,  mais  il  fut  retenu  dans  la  capitale  par  le  mau- 
\ais  temps. 

Il  est  inutile  d'entrer  dans  le  détail  des  négociations  qui 
amenèrent  la  signature  du  traité  du  2.')  avril  1886;  disons 


I.    l*our  Irad.  conforme,  sign.  :  A.  Vissière. 

a.   Lettre  de  M.  Cogordan  au  Département,  i3  décembre. 


556  TRAITÉ  r-oGonoAN 

Bculcmrnt  chip  |u<n(laiil  quelque  l«in|is  Li  avaîl  eu  une  ten- 
dance k  siihordonncr  les  négociations  commerciales  an  règle 
ment  de  la  question  de  frontière. 

TIIAITÉ    COGOnitAN,    aô    AVRIL    1886 

Amticlë  i".  —  Aux  tcrmfs  de  I'hiIIcIc  5  du  traite  du  ç)  juin 
■  885.  les  Ilaiilrs  l'ai'lie.-i  conlracInntescDnvicnncnl  qu'il  y  a  lirii. 
qiiniil  il  préscnl,  d'ouvrir  au  commerce  deux  localité.>i,  l'une  m 
nord  de  Lanfj-So'net  l'nutre  nu-dessus  do  Lao-Kay.  La  Cliine  1 
l'iablira  dos  bureaux  de  douane  et  la  France  aura  la  facullé  d'\ 
nommer  des  consuls,  qui  jouiront  de  tous  1ns  droits  et  pri>))ci,Ts 
concédt^s  en  Chine  aux  cousid»  de  la  nation  la  plus  favorisée. 

Lo.t  travaux  de  la  commission  chargée  de  ta  délimitation  dos 
deui  pays  ne  se  trouvant  pas  terminés  au  moment  de  la  signa- 
ture de  la  présente  convention,  la  localité  a  ouvrir  au  commerce 
au  nord  du  Lan(ç-So'n  devra  ùlrc  clioisie  et  déterminée  dans  le 
courant  de  la  pn-scnlc  année,  apri-s  entente  entre  le  ftouverne- 
ment  ini|>érial  et  le  représentant  de  la  France  à  l'é-Kin^.  Quant  à 
la  localité  qui  devra  être  ouverte  au  commerce  an-dessiis  de  I^o- 
Kav,  elle  sera  également  déterminée  d'un  commun  accord  à  h 
suite  des  travaux  de  reconnaissance  de  la  fronlifrc  entre  losdeux 
pays. 

Abt.  3.  —  Le  gouvernement  impérial  pourra  nommer  des 
consuls  il  Elanoï  et  a  Ilaï-1'hon^.  Dos  consuls  chinois  pournuil 
aussi  être  envoyés  plus  lard  dans  d'aulresgrandes  ville.sdu  Tong- 
King,  aprè.s  entente  a\ec  le  gouvernement  fran^^is. 

Ces  agents  seront  traités  de  la  mémt;  manière,  et  auront  les 
m'!']iies  droits  el  privilèges  que  les  consids  de  la  nation  la  plus 
fa\oris<'*  établis  en  France.  C'est  avec  les  autorités  françaises 
charges  du  protectorat  qu'ils  entretiendront  tous  leurs  rapport» 
olliciols. 

\rt.  3.  —  Il  est  convenu,  de  jiarl  et  d'autre,  que.  dans  le» 
localités  où  des  consuls  seront  envoyé-s,  les  autorités  respectives 
s'emploieront  a  faciliter  l'installation  de  ceij  agents  dans  des  rési- 
dences honorable-'. 

Les  Français  jiourrnnt  s'établir  dans  les  localités  ouvertes  au 
commerce  k  la  frontière  de  Chine  dans  les  conditions  prévues 
[iiir  les  artirli's  7.  10,  11,  ru  et  autres  du traitédnayjiiin  i858. 


hcs  Annaniitefl  joiiiroiil  diins  cvs  localik-t  du  iii^mo  Irailc- 
ment  privik^f;'''- 

AftT.  /|.  —  Le*  Cliiiioîs  auront  ic  drnit  de  possôdcr  do»  Iit- 
rains.  d'i'lpvrr  dpscniiâlnictions.  d'ouvrir  ilos  iiiiiiijoris  di^  cotn- 
iiicrcc  et  d'avoir  des  magasins  clanii  lont  rAimain. 

[|s  obtiendront  pour  leura  personnes,  leurs  familles  et  leurs 
hieus,  protection  et  sécurité  a  l'égal  des  sujel»  de  la  nation  euro- 
l^'eime  la  plus  favoriaie,  c\.  comme  ces  derniers,  ils  ne  pourronl 
être  l'objet  d'aucun  mauvais  trailemcnl.  Lcii  correspondances 
oflicicllcs  cl  jjrivdcs.  les  télégratiitucs  des  Tnnc lion iia ires  cl  eom- 
nu>i\anls  eliiiiois  seront  transmis  sans  dilliculté  par  les  adminis- 
trations {JOsUilc  et  lélégrapliiipie  fran^-iiscs. 

Les  Français  recevront  de  la  Chine  le  mi^nic  traitement  privi- 

i,-„i,-. 

Art,  5.  —  Les  Français,  proléjtés  français  ou  étrangers  établis  au 
Tong-King,  pourront  fratichir  la  fronlièrc  et  pénélrer  en  Chine, 
il  la  condition  d'ftrc  munis  de  passe|Mirls.  Ces  p.i$seports  seront 
déliin-s  par  les  autorités  cbinoises  de  la  fronlièrc,  »  lu  re(|ucHe 
des  anturilés  françaises,  ({ui  les  demanderont  seulement  en  faveur 
de  [tersonncs  lionorablps:  ils  seront  rendus  au  retour  et  annulés. 
liOrs(|ii'uii  vovageur  devra  traverser  une  loealilt'  occujk'c  par 
dtv  abori){èiies,  ou  des  sauvages,  il  sera  mentionné  sur  le  passe- 
port fju'il  n'y  a  {las  dans  celte  localité  de  fonctionnaires  chinois 
(pli  piiiss(>nt  le  protéger. 

I^s  Chinois  (pii  voudront  se  rendre  de  Chine  auTong-King  |>ar 
la  voie  de  terre  devront,  de  la  même  manière,  (Mre  nuinis  de  pas- 
seports délivrés  {lar  les  autorités  françaises  à  la  iTijuâtu  desauto- 
rités chinoises  (jui  les  demanderont  seulement  en  faveur  de  per- 
sonnes honorables. 

Les  passeports  ainsi  délivrés  de  part  et  d'autre  serviront  sim- 
plement de  litres  de  voyage  et  ne  pourront  pas  être  considérés 
('omin(>  dea  certificats  d'excmiition  de  taxes  |>our  le  traiis|>ort  des 
mnivhandises. 

Les  autorités  chinoises  sur  te  sol  chinois  et  les  autorités  fran- 
çaiscjt  an  Tong-King  auront  le  droit  d'arrêter  les  pcrjionnes  qui 
auraient  franchi  la  frontière  sans  passeport  et  les  remettre  aux 
niaiii.i  des  autorités  respectives  pour  6tre  jugées  cl  punies  s'il  y 

Les  Chinois  habitant  l'Annam  pourront  rentrer  du  Tong-King 
en  Chine  en  obtenant  simplement  des  autorités  impériales  un 
luinse/-pass<?r  leur  |KTnicttant  de  franchir  lu  frontière. 


-■;  .'^vyip 


r)j8  TUAITK    (.<)(;<  )RI>AN 

Los  Fnnirais  cl  aulnes  pcrsoinirs  élaljlio  dans  1rs  localilrs 
<)u\tMl('s  à  la  Iroiilirrc  poiirroiil  rirciilcr  siiiis  |)asso[>ort  dans  un 
ra\()n  ôv  riiiquanli*  lis  ('lyS  int'tros  le  li)  autour  do  ces  localités. 

AuT.  G.  —  Les  nia  relia  ndisos  Jni|X)rtéos  dans  les  localités 
omerles  au  coiiinicrce.  à  la  frontière  de  Chine,  |>ar  les  négo- 
ciants iVanvais  et  les  protégés  français,  peuvent,  apri's  acquille- 
nieiil  dos  droits  d'iin|)orlation,  être  trans|K>rtées  sur  les  niarcliés 
intérieurs  de  la  Chine  dans  les  conditions  fivées  par  le  septième 
rof,doiiienl  annete  du  traite  du  37  juin  i858  et  par  les  rt»gle- 
nieiils  généraux  de  la  douane  maritime  sur  les  passes  de  transit 
à  ri  ni  portât  ion, 

Dos  qne  ces  marchandises  étrangères  seront  importées  dans 
ces  localités,  déclaration  de\ra  être  faite  en  douane  de  la  nature 
ot  de  la  quantité  de  ces  marcha iidisi»s,  ainsi  que  du  nom  de  la  per- 
sonne qui  les  accompagne.  La  douane  fera  procéder  à  la  vérilica- 
lion  et  percevra  le  droit  du  larif  général  de  la  douane  maritime 
chinoise,  diminué  d*un  cinquième.  Los  articles  non  dénommés 
au  tarif  resteront  passibles  du  droit  do  5  pour  100  ad  i^lorem. 
Ce  n'est  qu'après  que  le  droit  aura  été  payé  que  les  marchan- 
dises j>ourront  sortir  du  magasin,  être  ex[K*diées  et  vendues. 

Le  négociant  qui  voudrait  envover  dans  l'intérieur  des  mar- 
chandises étrangères  dora  faire  une  nouvelle  diklara lion  en 
douane  ot  payer,  sans  réduction,  le  droit  de  transit  inscrit  dans 
l(»s  règlements  généraux  de  la  douane  maritime  chinoise. 

Après  ce  payement,  la  douane  délivrera  une  jmsse  de  transit 
cpii  permettra  aux  iH)rteurs  de  se  rendre  dans  la  localité  désigiiéi* 
sur  la  passe  pour  >  disposer  desdites  marchandises. 

A  ces  conditions,  aucune  perception  nouvelle  ne  sera  faite  au 
passiige  des  barrières  intérieures  et  des  bureaux  de  likin. 

Los  marchandises  pour  les(piellos  des  passes  de  transit  n'au- 
raient piLS  été  demandées  seront  passibles  de  tous  les  droits  de 
barrière  et  de  likin  imposés  aux  proihiits  indigènes  dans  l'inté- 
rieur du  pays. 

AiiT.  7.  —  Les  marchandises  achetées  par  les  Français  et  les 
protégés  français  sur  les  marchés  intérieurs  de  la  Chine  peuvent 
être  amenées  dans  les  localités  ouvertes  à  la  frontière,  jiour  être 
de  là  exporléc»s  au  Tong-King,  dans  Uys  conditions  (ixées  par  le 
7®  règlement  annexe  du  traité  du  37  juin  i858  sur  letransitdcs 
marchandises  d'oxjwrlatioii . 

Lorscpie  les  marchandises  chinoises  arriveront  dans  ces  hx^a- 
lités  pour  être  exportées,  déclaration   de\ra  être  laite  en  douane 


(le  la  nalurc  cl  tlo  la  quanlili''  de  ros  inarrhaiidiscs.  aiiîsi  (pic  <lii 
nom  (lo  la  porsonno  qui  les  acmmpaf^no. 

La  douane  t'ora  proml(M*  à  la  x'rilicafion. 

(iollcs  de  CCS  marchandises  qui  auraient  clc  acliclccs  à  rinlc- 
ricur  par  le  négociant  muni  d'une  |>asso  de  transit  cl  (pii  n'au- 
raient alors  acquitté  ni  taxe  delikin,  ni  taxe  de  barrière,  auront 
d*abord  à  payer  le  droit  de  transit  inscrit  au  tarif  général  de  la 
douane  maritime  chinoise. 

Elles  payeront  ensuite  le  droit  d'exportation  du  tarif  général 
diminué  d'un  tiers.  Les  articles  non  dénommés  au  txirif  reste- 
ront passibles  du  droit  de  5  pour  loo  ad  valorem. 

Après  racquittement  de  ces  taxes»  les  marchandises  pourront 
sortir  librement  et  être  expédiées  au  delà  de  la  frontière. 

Le  négociant  qui,  ayml  acheté  dos  marchandises  dans  l'inlé- 
rieur,  ne  sera  pas  numi  d'une  passiMle  transit,  devra  ac([uiltcr. 
au  passtïge  des  bureaux  de  perception,  les  taxes  de  barrière  cl  d(î 
lilvin  ;  les  récépissés  devront  lui  être  délivrés.  A  son  arri>ée  à  la 
douane,  il  sera  exempté  du  payement  du  droit  de  transit  sur  le 
vu  de  ces  récépissés. 

f^cs  commerçimls  français  et  protégés  français  important  ou 
cx|u)rtant  des  marchandises  par  les  bureaux  de  douane  de  la 
frontière  du  Yun-Nan  et  du  kouang-Si,  et  les  conmierçants  chi- 
nois important  ou  exportant  des  marchandises  au  Tong-Ring 
n'auront  à  acquitter  aucune  taxe  de  péage  pour  leurs  voitures  ou 
leurs  hétes  de  somme,  Sur  les  cours  d'eau  navigables  franchissant 
la  frontière,  les  barques  pourront  être  de  part  et  d'autre  sou- 
mises à  un  droit  de  tonnage,  conformément  aux  règlements  de 
la  douane  maritime  des  deux  pays. 

En  ce  qui  concerne  les  dispositions  du  présent  article  et  du 
précédent,  il  est  convenu  entre  les  Hautes  Parties  contractantes 
(pic,  si  un  nouveau  tarif  douanier  vient  à  être  établi  d'un  com- 
nnm  accord  entre  la  Chine  et  une  tierce  puissance  pour  le  com- 
merce par  terre  sur  les  frontières  sud-ouest  de  rEnq)ire  chinois, 
la  Eranct»  ])ourra  en  obtenir  ra])plication. 

Akt.  8.  —  I^es  marchandises  étrangères  qui,  n'ayant  pu  être 
\endues,  seraient,  dans  un  délai  de  trente-six  mois,  après  a\oir 
acquitté  le  droit  d'importation  à  Tune  des  douanes  frontières 
chinoises,  réexpédiées  \ers  l'autre  douane  frontière,  seront  exa- 
minées à  la  première  de  ces  douanes,  et,  si  les  envelop|)es  en  sont 
restées  intactes,  si  rien  n'en  a  été  distrait  ou  changé,  elles  rece- 
>ronl  un  certificat  d'exemption  du  montant  de  la  taxe  primiti- 


5tio  TRAITÉ 

leiiu'iil  iicrçiic.  Lo  poricur  de  ce  ccrlilicat  pourra  k-  rcmellreà 
l'inilfo  douane  frontii'rt;  à  l'acquil  du  nouveau  droit  <|u'il  aura  à 
jMti'r.  I.i)  tlounni*  jK>urrn  i^};ulotiicnt  d<''ti\i'or  dos  hon.i  valables 
|M'u(iiuil  Iroi»  ans.  ]>oiii'  tout  pavomenl  ullérirurà  fuirt^au  iiiénio 
liuivAU.  Il  ne  sera  jamais  rcjidu  d'argent. 

Si  rc3  ni^uies  marchandises  sont  ri^xjH^liiW  vers  un  des  parti 
ouverts  de  In  Chine,  elles  j  seront,  coiirorm/'nieiit  à  la  r^ple  géniï- 
raiedeiiidouancinarilimccliinoisc,  souinijM'saux.di'oitsd'iiiiporla- 
lion.sans  qu'ini  puisse  \  Taire  usage  de  ces  certificats  ou  bons  de 
douanes  fronliores.  Il  ne  sera  («s  non  plus  possible  d'y  présen- 
ter, à  l'aaiuit  dex  droits,  les  quittances  délivrées  par  les  douanes 
frontièi'cs  lors  du  premier  versement.  (Juant  anx  droits  de  tran- 
sit, uin'  fois  ac(|uitlés,  ils  ne  |)ourront  jamais,  coiilorménu-iil 
aux  règlements  atipliqnés  dans  les  porls  ouverts,  donner  lieu  à 
la  délivrance  de  bons  on  ccrtillrats  d'exemption. 

AiiT.  ij.  —  Les  marchandises  cliiiioises.qni.aprésavoiracquilté 
a  l'un  des  bureaux  de  la  frontière,  lesdroils  de  lrnMsitetd'e\|iorla- 
tioii.  seraient  réexpédiées  vers  l'autre  douane  frontière  pour  être 
vendues  ne  seront  soumises,  à  leur  arrivée  îl  cette  seconde  douane, 
qu'au  payement,  â  titre  de  droit  do  réiinjiortalion.  de  In  moitié 
du  droit  d'exportation  déjà  pcr^u.  Ci^s  marchandises  jiourront 
alors,  conformément  aux  règlements  établis  dans  les  |N>rts 
otiveris,  Mrn  transportées  dans  l'int^-rienr  par  les  commerçants 
étrangers. 

Si  IV»  marchandises  chinoises  sont  transportées  dans  un  des 
(Hirls  ouverts  de  la  Chine,  elles  seront  assimilées  à  des  marchan- 
dises étranpi'res  et  devront  acquitter  un  nouveau  droit  enlier 
d'importation,  conformément  an  tarif  général  de  la  douane  mari- 
time. 

Ces  marchandises  seront  admises  à  payer  le  droit  de  transit 
|»our  )H>iiélrer  dans  l'intérieur.  Les  niarchandises  chinoises 
im|N>rtées  d'un  port  de  nier  de  (Jiiiie  vers  un  [wrl  annamite. 
j«ur  éti'e  de  Ifi  transportées  îi  la  frontière  de  t<Tre.  et  renti-er 
ensuite  en  territoire  chinois,  seront  traitées  comme  marchandises 
étrangères  et  <levronl  payer  le  droit  local  d'importation.  Ces  ma r- 
diandiscs  seront  admises  à  (Kiyer  le  droit  de  transit  pour  péné- 
trer dans  l'intérieur. 

Art.  io.  — Les  déclnratiocis  eu  douane  chinoise  devront  élre 
faites  dnns  les  trente-six  heures  qui  suivront  l'arrivi'-o  des  mar- 
chandises, sons  |itiine  d'une  amende  de  'lu  taêls  p>ir  chac|ue  jour 
de  retard,  sans  que  cette  amende  puisse  excéder  »oo  tuc-ls.  Lne 


THAITr.    COnoUDVN  r)()  I 

(Irclaralion  inexacte  (l(*  la  (juanlité  dos  niarcliandisos,  s'il  csl 
prouve'*  (jirollo  a  (Hé  faile  dansrintenlion  (l'rchappor  au  paviMiKMit 
dos  droits,  onlraîno  pour  le  niarcliaud  la  conliscaliou  de  ces 
marchandises.  Les  marchandises  qui,  non  munies  du  |)ermis  du 
chef  de  la  douane,  seraient  clandestinement  introduites  par  des 
chemins  détournés,  déhallées  ou  vendues,  ou  qui  seraient  l'ohjet 
d'un  acie  inicntionnel  decontrehande,  seront  intégralement  con- 
liscpiées.  Toute  fausse  déclaration  ou  manœuvre  tendant  à  trom- 
per la  douane  sur  la  qualité,  la  quantité,  la  réelle  provenance  ou 
la  réelle  destination  des  marchandises  appelées  à  hénéficier  des 
passes  de  transit,  donnera  lieu  à  la  confiscation  des  marchan- 
dises. Ces  |)énalités  devront  être  prononcées  dans  les  conditions 
et  selon  la  procédure  fixée  par  le  rèp;lement  du  3i  mai  i8()8. 
Dans  tous  les  cas  où  la  confiscation  aura  été  prononcée,  le  négo- 
ciant |X)urra  libérer  ces  marchandises  moyennant  le  versemcuit 
d'une  somme  équivalant  à  leur  valeur,  dûment  déterminée  par 
une  entente  avec  les  autorités  chinoises.  Les  autorités  chinoises 
auront  toute  liberté  d'aviser  aux  mesures  à  prendre  en  Chine,  le 
long  de  la  frontière,  afin  d'éviter  la  contrebande. 

Les  marchandises  descendant  ou  remontant  les  voies  naviga- 
l)l(*s  à  bord  de  bateaux  français,  annamites  ou  chinois,  ne  devront 
pas  être  nécessairement  débanjuées  à  la  frontière,  à  moins  qu'il 
)  ait  apparence  de  fraude  ou  divergence  entre  l'état  de  la  cargai- 
son et  la  déclaration  du  manifeste.  La  douane  ne  pourra  qu'en- 
voyer à  bord  desdits  bateaux  des   agents  |)our  en  faire  la  visite. 

Aht.  II.  —  Les  produits  d'origine  chinoise  importés  au  Tong- 
King  par  la  frontière  de  terre  auront  à  acquitter  le  droit  d'iin- 
|)ortation  du  tarif  franco-annamite.  Ils  ne  payeront  aucun  droit 
d'exportation  à  la  sortie  du  Tong-King.  Il  sera  donné  commu- 
nication au  gouvernement  impérial  du  nouveau  tarif  que  la 
France  établira  au  Tong-Ring.  S'il  est  établi  au  Tong-King  des 
taxes  d'accise,  de  consommation  ou  de  garantie  sur  certains  ar- 
ticles de  production  indigène,  les  produits  similaires  chinois 
auront  à  subir,  à  l'importation,  des  taxes  é(juivalentes. 

Akt.  la.  —  Les  marchandises  chinoises  qui  seraient  trans|>or- 
téesii  travers  le  Tong-Ring  d'une  des  deux  douanes  frontières  vers 
l'autre  douane  frontière  ou  vers  un  port  annamite,  pour  être  de 
là  ex|K)rtées  en  Chine,  seront  soumises  à  un  droit  sj>écifK|ue  de 
transit  qui  ne  dépassera  pas  a  pour  loo  de  la  valeur.  Au  |x>int  de 
sortie  du  territoire  chinois,  ces  marchandises  devront  être  recon- 
nu(»s  par  l'autorité  douanière   française  de   la  frontière  (|ui  en 

COHDIER.  Il    —   36 


5C3  TRAITÉ    COGOnUitlt 

siM^nlicra  la  nature,  la  qnariliU'  et  la  (Irslinalion ,  dans  des  ccrll- 
(îcals  d'nrigiiK'  destinés  ù  èXrc  [inxliiits  à  toute  r^uisilioii  des 
autorilûs  l'rançaises  durant  le  parcours  à  travers  le  Ton/î-Kinp, 
ainsi  qu'au  port  de  transbordement. 

Afin  de  ftarantir  la  douane  franeo-anuamite  contre  lonle 
fraude  (Msaible,  as  produits  diinois  acquitteront  à  l'entrée  du 
Touft-kiujç  le  droit  d'importation. 

L'n  iMsse-debout  les  acconipai;iiera  jusqu'à  la  sortie,  soit  |inr 
le  [tort  de  transLordcuicnt,  soit  à  la  friitilitiru  terrestre,  et  les 
.sommes  versées  jMir  le  propriélaiie  des  marc) laiidi ses  lui  ixrronl. 
déduetion  faile  des  droits  de  transit,  restituées  h  ee  inomenl.  s'il 
y  a  lieu,  en  éctiange  du  récépissé  délitiv  par  les  douaiie!<  du 
Tong-King. 

Toute  fausse  déclaration  ou  manœuvre  tendant,  d'une  manière 
évidente,  à  tromper  l'adminiiîtralioti  fran^^aiso  sur  la  qualité,  la 
quantité,  la  réelle  provenance  ou  la  réelle  destination  des  itiai'- 
cliandises  appelées  à  jouir  du  traitement  spécial  applicable  aux 
produits  cbinois  qui  traversertmt  le  Tong-King  en  transit,  don- 
nera lieu  à  k  confiseation  des  itiarel)  an  dises.  Dans  tous  les  cas  où 
la  conlisciilion  aura  él^  prononcée,  le  négociant  pomru  liU'-nT  ses 
ma  relia  niliscs  iiiovennant  le  paiement  d'une  somme  équivalant  fi 
leur  valeur,  ditment  déterminée  jMir  une  entente  avec  les  autori- 
tés fran^'aises. 

Les  mêmes  ri-gles  et  la  mémo  la\e  de  transit  siTout  applicables 
en  Annnni  aux  niarcliandl.ses  chinoises  ijui  .s<;ront  eiipédiées  d'uu 
port  de  Cbinc  vers  un  |)orl  annamite  pour  gagner  de  là  les  douii- 
nes-fi-onlières  chinoises  k  travers  le  Tong-king. 

AuT.  i3, . —  Les  articles  suivants  : 

L'or  et  Tarifent  en  biirrc,  la  monnaie  étranj>ère,  la  farine,  la 
farine  de  mais,  le  sagon,  le  biscuit.  Wvt  conserves  de  %iandu  et  de 
léginnes.  le  fromage,  le  l)eurre.  les  sucreries,  les  vétenients 
étrangers,  la  bijouterie,  l'argenterie,  la  iiarfumerie.  les  savons  de 
loule  cs|)éce.  le  charbon  de  bois,  le  liois  ù  hràler.  les  bougies  et 
la  chandelle  étrangères,  le  tabac,  le  ^in,  la  bière,  les  spiritueux, 
les  articles  de  ménage,  lus  prot i.sions [xiur  les  navires,  les  bng.iges 
|wrsoiniels,  la  pH|>clerie.  les  articles  de  tapisserie,  la  coutellerie. 
les  articles  de  droguerie,  les  médicaments  étrangers,  la  \errerio 
seront  vérifiés  par  la  douane  chinoise,  h  l'entrée  cl  il  la  sortie, 
s'ils  sont  réollemcut  de  provenance  ét^ang^re  et  destinés  à  Tusage 
personne)  des  étrangei's,  et  s'ils  arriventeiiquaulilé  ntndénV.  un 
ccrtilicat  d'exemption  des  droits   sera  délivré,  qui  en  permettra 


5fi3 

le  libro  pussAj^c  k  la  fronliiTe.  ÏSi  cvn  arliclrs  sont  soustraits  à  la 
(liTinratidii.  h  la  ronnalili'^  du  rerlilîral  d'exempliori,  leur  iiilrii- 
iliirlîoii  cluiiili'slitii'  los  rciulrn  iiassililextraiiiciide  au  uii''mo  litre 
i|iii'  les  iiiarrlmiulisr'S  |kissi<cs  rn  [-initrcliniiitc. 

A  ri'\cc|)tion  (le  l'or,  Jy  l'arfïciil,  cIp  la  tiiotmaie.  dos  bnj^ugPK. 
<|iii  resteront  c\riii{ils  de  droits,  les  arttcli»  ri-dcssiis  mou  lion  nés 
dcstifit's  il  l'usage  personnel  des  élranj^ers  cl  titi{K>i'lés  en  i|tiaii- 
lîlé  modiTik".  |>avcroiil.  lorscju'ils  .•«.■l'onl  IransjHirtés  à  l'intiTit-ur 
de  lu  (Jhiiic,  un  di'oil  de  »  i/H  ')>oiir  icxj  à  In  valeur. 

Les  douaui-s  IVaiiro-anuauiiles  du  In  n'ont ière  ne  |M:rcetronl.  à 
renlrén  eiiiinne  ii  la  sortie  du  Toiifr-kinjr,  aurini  droit,  soit  sur  les 
olijcts  siiivaiils  d'usage  ]M.TSoi nie!  que  Iris  Chinais  Iransiiorten tient 
nvt-c  ['u\  :  monnaie.  baga;.^-s,  bêlements,  ot'tieioeiits  de  coilTnre 
de  l'ennnes,  |>.ipiers,  pinccnm.  eniTe  de  Cliiiii',  nioliillers  et  :ili- 
nienls.  soil  sur  les  produits  ijup  le>  consuls  île  Clune  au  T..rif;- 
kinf;  l'eraitrut  venir  pour  leur  consomma  lion  personnelle, 

AiLT.  i/|.  -  Les  Ilautos  l'arties  eontruetiintes  conviennent 
d'interdire  le  commerce  et  le  lrans|)ort  de  l'opiuu)  de  tonte  pnv 
lenunee  par  la  Ironlièrr  de  lerni  eiitiv  le  Toni,'-Ktnf,'  d'une  part, 
et  le  Ynu-\ati,  le  konang-Si,  et  le  Kouang-Toun<;.  d'autn'  (Mirt. 

Aeit.  i,').  —  L'exjiortation  du  ri/  et  des  céréales  .si'ra  interdite 
en  (;iiiiie.  l/iniporlatinn  de  ces  articli's  s'v  (vth  en  franclnse  d« 
droit.  H  sera  întenlit  d'im|>orter  eu  Cliine  : 

La  [Miudrc  ù  canon,  k-s  projectilf's,  les  fusils  et  canons,  le  sal- 
pi^tre.  le  soufre,  le  plomli.  le  spelter.  les  armes,  lesel,  les  piibli- 

En  cas  de  conlrarcnlion,  ccsarlicks  seront  inlégrak'inenl  ron- 

Si  les  nnlorilés  cliinoiscs  faisaienl  acheter  des  armes  on  des 
ninnitions,  on  si  des  ué^rociants  rctx-vaient  l'autorisation  evpressc 
(l'on  acheter.  rim|M)rtation  en  serait  pcnnisi' soiisla  surveillance 
spéciale  de  la  douane  cliinoise.  Les  autorités  chitiois<-s  jwnri'onl. 
en  outre,  apn-s  enlenle  avec  les  consuls  de  rrancc,  ohtenir,  pour 
lis  armes  et  ninnitions  qu'elli^s  voudraient  faii'e  transporter  en 
dhini'.  h  travers  le  Tonfç-King.  l'exeruption  de  tout  droit  à  la 
douane  frunco-amianiiln. 

l/intro<luction  au  Tonj^-King  d'armes,  munitions  de  guerre, 
publications  immorales  est  aussi  Interdite. 

AiiT.  i(>.  —Les  (iliinoiit  résidant  en  Annam  seront,  sons  le 
rap|H>rl  de  la  juridiction  criminelle,  lîscale.  nu  autre,  placés 
dans  h's  mêmes   L-nnilitîons  que  les  sujets  de  la  nation  tu  plus 


1.  Il  lifMn 
I 


5r)'|  TRAITK    COGOUDW 

l'avorisoe.  Los  procès,  qui  s'élèveront  on  Chine,  dans  les  niarcliés 
ouverts  de  la  frontière,  entre  les  sujets  chinois  et  les  Français  ou 
Annamites  seront  réglés  en  cour  mixte  par  des  fonctionnaires 
chinois  et  français. 

Pour  les  crimes  ou  délits  que  les  Français  ou  protégt's  français 
commettraient  en  Chine  dans  les  localités  ouvertes  au  commerce, 
il  sera  procédé,  conformément  aux  stipulations  des  articles  38  et 
39  du  traité  du  27  juin  i858. 

Art.  17.  —  Si  dans  les  localités  ouvertes  au  commerce  h  la 
frontière  de  Chine,  les  Chinois  déserteurs  ou  prévenus  de  quel- 
ques crimes  qualifiés  tels  par  la  loi  chinoise,  se  réfugient  dans 
des  maisons  ou  à  hord  des  barques  appartenant  à  des  Français 
ou  protégés  français,  l'autorité  locale  s'adressera  au  consul,  qui, 
sur  la  preuve  de  la  culpabilité  des  prévenus,  prendra  immédia- 
tement les  mesures  nécessaires  pour  qu'ils  soient  remis  et  livrés 
à  l'action  régulière  des  lois. 

Les  Chinois  coupables  ou  inculpés  de  crimes  ou  délits,  qui 
chercheraient  un  refuge  en  Annam,  seront,  à  la  requête  des 
autorités  chinoises,  et  sur  la  preuve  de  leur  culpabilité,  recher- 
chés, arrêtés  et  extradés  dans  tous  les  cas  où  pourraient  être 
extradés  de  France  les  sujets  des  pays  jouissant  du  traitement  le 
plus  large  en  matière  d'extradition. 

Los  Français  ou  protégés  français  cou{)ables  ou  inculpés  de 
crimes  ou  de  délits,  qui  chercheraient  un  refuge  en  Chine, 
seront,  h  la  requête  des  autorités  françaises  et  sur  la  preuve  de 
leur  culpabilité,  arrêtés  et  remis  auxdites  autorités  pour  être 
livrés  à  l'action  régulière  des  lois. 

De  part  et  d'autre,  on  évitera  avec  soin  tout  recel  et  toute 
connivence. 

Art.  18.  —  Pour  toute  difficulté  non  prévue  par  les  disposi- 
tions  précédentes,  on  recourra  aux  règlements  de  la  douane 
maritime  qui,  conformément  aux  traités  existants,  sont  actuel- 
lement appliqués  dans  les  villes  ou  les  ports  ouverts. 

Dans  le  cas  où  ces  règlements  seraient  insuiïisants,  les  agents 
des  deux  pays  en  référeraient  à  leurs  gouvernements  respectifs. 

Les  présentes  stipulations  pourront  être,  aux  termes  de  l'ar- 
ticle 8  du  traité  du  9  juin  i885,  revisées  dix  ans  après  l'écliangc 
des  ratifications. 

Art.  19.  —  La  présente  convention  de  commerce,  après  avoir 
été  ratifiée  par  les  doux  gon\ ornements,  sera  promulguée  en 
France,  en  Chine  et  en  Annam. 


L'rcliangc  iU^^  nililiralions  aura  lieu  à  JV'-Kiriir  dans  \o  drlai 
(l'iiii  an.  à  coniplor  du  jour  de  la  signature  de  la  convention 
ou  |)Ius  tôt,  si  faire  se  peut. 

Fail  à  Ticn-Tsin  eu  quatre  exemplaires,  le  35  avril  i88()(cor- 
res[X)ndant  au  viugt-ileuxiènie  jour  de  la  troisième  lune  de  la 
douzième  année  Rouang-Siu). 

Signé  :  G.  Gogordan. 
E.  Bruwaert'. 
(Signature  et  cachet  chinois  :  Li  1Iou>g-tch\>g.) 

La  principale  dinicullé  que  rencontra  M.  Gogordan  dans 
ses  négociations  fut  le  règlement  des  droits  de  sortie  stipules 
dans  Tarticlc  6  du  traité  du  9  juin  ;  elle  faillit  être  la  pierre 
(rachoppcmcnt  sur  laquelle  allaient  échouer  les  premiers 
pourparlers,  car  Li  Iloung-tchang  émettait  la  prétention 
(  récarter  complètement  cette  question.  Sur  F  insistance  de 
M.  Gogordan  qui  menaçait  de  rompre,  le  vice -roi  annonça 
qu'il  se  faisait  fort,  malgré  l'opposition  du  gouvernement 
central,  de  faire  passer  l'article  concernant  ces  droits,  après 
la  discussion  des  autres  parties  du  traité,  et  il  faut  dire  à  sa 
louange,  qu'il  tint  fidèlement  sa  parole. 

La  nomination  de  consuls  par  la  Chine  au  Tong-King 
(art.  5  du  Traité  du  9  juin)  demandée  par  Tarticle  2,  eut  été 
la  cause  de  grands  troubles  dans  notre  nouvelle  possession  ; 
le  consul  chinois  aurait  été  naturellement  le  point  de  rallic- 

I  Bruwaert,  François- Edmond,  né  le  j5  septembre  18^7  ;  licencie 
en  droit;  attache  à  la  direction  des  consulats  et  atTaircs  commerciales, 
•j\  octobre  1878;  élève-consul,  i5  décembre  1871)  ;  détaché  au  cabinet 
pour  la  rwlaction  des  analyses  commerciales,  8  février  1877  »  secrétaire  de 
la  commission  administrative  du  6  avril  1878;  secrétaire  de  la  commis- 
sion internationale  des  {tostes,  10  mars  1879;  rédacteur  au  cabinet, 
ifr  février  1880;  secrétaire  adjoint  de  la  conférence  monétaire  interna- 
tionale, avril  1881  ;  secrétaire  pour  les  négociations  commerciales  avec  la 
Suède  et  la  Belgique,  juillet  1881  ;  consul  de  seconde  classe  (pour  prendre 
rang  du  i»^"^  janvier  1880)  à  Chicago,  iG  janvier  1883  ;  consul  do  pre- 
miènî  classe,  i^  juillet  i88'i  ;  gérant  du  consulat  général  de  New-York, 
17  juin- 10  se[>lembre  i885  ;  adjoint  au  plénijx>tentiaire  chargé  du  traite 
do  commerce  avec  la  Chine,  5  août  i885. 


ment  de  ses  compatriotes  cl  il  n'aurait  pas  m.inqiié  de  créer 
autour  de  lui  un  mouvement  d'ngiUtion  funeste  à  noire  tn- 
lluencc.  Aussi  lorsque  In  Chine  voulut  plus  tard  se  prévaloir 
de  celte  clause,  nous  nous  y  opposâmes. 

M.  Gogordan  resta  inébranlable  sur  la  question  de  fron- 
tières :  si  nous  avions  cédé  une  parcelle  de  territoire,  quelque 
minime  qu'elle  fût,  à  la  Chine,  nous  aurions  perdu  le  béné- 
fice de  longues  cl  dillicilcs  négociationa  cl  noire  condescen- 
dance eût  été  lournéc  en  faiblesse.  Plus  lavd,  l'csjiérancc 
d'obtenir  Dong  Dang  lors  de  l'arrivée  de  M.  Ilourcier  Saint- 
ClialTray  avec  la  commission  de  délimitation  h  la  frontière 
du  Tong-King,  faillit  rouvrir  une  fois  encore  celte  question, 
au  grand  ennui  de  notre  plénipotentiaire  ctdcsfonctionnaires 
chinois  qui  avaient  traité  avec  lui  ;  la  fermeté  de  noire  agent 
écarta  ce  dangi^r.  M.  Constans  fut  un  peu  plus  coulant  sur 
cette  question  de  frontières  pour  obtenir  une  réduction  des 
droits  de  sortie,  mais  l'avantage  d'environ  i  (wur  loo  qu'il 
obtint,  ne  compensa  pas  l'effet  d'une  cession  territoriale. 

Malgré  le  désir  des  Tongkinois,  M.  Gogordan  ne  put  rien 
obtenir  pour  le  sel:  les  Chinois  se  montrèrent  inlrait.ibles 
sur  ce  chapitre,  cl  il  n'y  a  pas  lieu  de  s'en  étonner.  Le  sel 
est  une  des  principales  sources  du  revenu  delà  Chine;  l'arl- 
ministralion  de  la  gabelle  est  un  rouage  important  du  gou- 
vernement ;  l'un  des  quatre  grands  fonctionnaires  provinciaux, 
Se  Too,  est  prccisémenl  le  contrôleur  de  la  gabelle.  Yen  i'iin 
Che  se  nu  Ton  Tchoaan.  il  fut  impossible  aiissi  d'arracher 
Tantorisation  d'ouvrir  des  établissements  industriels  dans  les 
[jorts  ou\crts  au  commerce  étranger  ;  la  demande  était  pré- 
malurée,  elle  réussil  plus  lard  avec  les  Jajionais. 

On  remarquera  qu'on  ne  pnl  s'entendre  sur  la  langue  dont 
la  rédaction  ferait  foi  ;  en  effet ,  on  a  dA  obsei-ver  les  variantes 
que  j'ai  signalées  plus  haut  entre  les  textes  français  et  chinois 
du  Irailc  de  Tien-Tsin  de  i858;  après  de  nombreuses  el 
inutiles  conférences,  on   trouva  plus  simple   de    s'abstenir 


r:o  \  V I  :  niions   (  (  »  n  s  r  v  n  s  ,')  (  )  - 

pour  épargner  des  pourparlers  qui  se  seraient  éternisés  sans 
résultat. 

La  Chine  considéra  ce  traité  comme  un  succès  pour  elle. 
M.  Paul  Bert  prétendit  qu'il  ruinait  le  Tong-King,  écono- 
miquement par  l'opium,  le  sel,  les  droits  de  sortie,  et,  poli- 
tiquement par  les  Consuls  au  Ïong-King  et  le  traitement  de 
la  nation  la  plus  favorisée. 

I/année  suivante  un  nouveau  traité  de  commerce  signé  par 
M.  Constans  remédiait  aux  clauses  défavorables  du  traité  de 
1886  et  augmentait  nos  avantages. 

La  place  me  manque,  comme  d'ailleurs,  pour  toutes  les 
affaires  de  Corée,  que  je  traiterai  autre  part,  pour  raconter 
la  mission  de  M.  Cogordan,  dans  le  Royaume  de  la  Fraîcheur 
matinale.  Je  me  borne  aujourd'hui  à  dire  que  notre  en- 
voyé signa  à  Séoul  le  !\  juin  1886,  le  premier  traité  entre  la 
France  et  la  Corée,  imitant  en  cela  les  États-Unis  d'Amérique 
(traité  du  22  mai  1882),  l'Angleterre  (traité  du  26  novembre 
i883),  l'Allemagne  (traité  du  26  novembre  i883),  la  Russie 
(traité  du  25juin-7  juillet  188/1)  et  l'Italie  (traité  du  26  juin 
188/1). 

M.  Collin  de  Plancy  fut  chargé  de  procéder  à  l'échange 
des  ratifications  du  traité,  8  avril  1887,  et  il  fut  nommé 
consul  et  commissaire  du  gouvernement  à  Séoul,  le  9  no- 
vembre 1887. 

COxNVENTIONS    CO>STA>S,     26    .ItIN     1887 

Lettre  officielle  de  S.  A.  le  prince  K^iiuj  et  des  ministres  du  Tsming-li 
Y'nmen  à  M.  Constans,  envoyé  extraordinaire  de  la  République 
française  en  Chine. 

A  la  suite  de  plusieurs  conférences,  nous  avons  arrêté,  d'ac- 
cord avec  vous,  les  termes  d'une  convention  additionnelle  en  dix 
articles  et  d'un  procès-verbal  de  clôture  des  travaux  de  la  com- 
mission dedélimitation,  ayant  pour  but  de  compléter  ou  de  modi- 
fier certaines  stipulations  du  traité  du  9  juin   i885  et  du  traité 


5r>8 


c  1rs  rapports 


enlrc  la 


du  35  avril  1886. 
Chine  et  lAnnani 

A  la  veille  de  prendre  jour  pour  signer  ces  deiii  aele».  non? 
devons  nous  entendre  siir  trois  {>oinls  laissés  indéterminés  et 
nous  pro|K>sons  de  les  régler  de  la  manière  suivante  : 

1°  Aux  termes  du  traité  préeédcnt.  ic  gouvernement  chinois 
peut  installer  des  consuls  dans  les  principales  villes  du  Tong-King. 
NoTis  sommes  déjà  convenus  que  le  gouvernement  cliinois  con- 
sent à  ajourner  la  nomination  de  ces  consuls,  jusqu'au  jour  on 
les  deux  gouvernements  estimeront  que  les  circonstances  permel- 
lenl  de  les  clablir. 

3"  11  est  entendu  que,  lorsque  le  gouvernement  chinois  établira 
des  consuls  à  Hanoi  et  n  Ilaïphong.  le  gouvernement  Trancais 
pourra  en  nommer  dans  les  capitales  des  provincesdu  Yun-Nan  et 
du  Kouang-Si. 

3°  Les  consuls  français  dont  le  gonvernemcnl  chinois  a  consenti 
la  nomination  à  Loung-Tcliéou  et  à  Mong-tseu,  ainsi  que  l'agent 
relevant  du  consul  de  Mong-tseu,  qui  sera  établi  à  Man-bao  n'au- 
ront pas  le  droit  d'établir  dans  ces  villes,  ouvertes  seulement  an 
commerce  de  terre,  des  concessions,  comme  celles  qui  existent 
dans  le  port  de  Cliang-Uaï  et  dans  quelques  autres  porl.s 
ouverts. 

Il  est  entendu  que 
s'ils  étaient  insérés  1 
tionnelle. 

Tel  est  l'objet  de  la  présente  communication,  à  laquelle  nous 
vous  prions  de  vouloir  bien  répondre. 

Pé-King.  le  troisitnie  jour  de  lacinquièmclunede  la  treizième 
année  de  Kouang-Siu  (aSjuin  rSSy). 

Bèpiinse  de  M.  Conslans,  envoyé  exlraordinaire  de  In  République 
Jrançnhe  en  Chine  àmn  Altesse  le  prince  K"  ing  et  leurs  Exeellenees 
les  miiiislrfs  du  Tioung-li  Yamen. 


ois  articles  auront  la  même  valeur  que 
■  texte  même  de  la  convention  addi- 


J'ail'honn 


n  de  votre  lettre 


n  date 


.JUS  accrtser  réceptif 

du  33  juin  1887.  par  laquelle  vous  me  proposez  le  règlement 
snivanl  des  trois  [Kiints  qui  n'ont  pu  être  fixés  dans  la  convention 
additionnelle. 

0  1°  Nous  sommes  déjà  convenus  qiie  le  gouvernement  chinois 
consent  à  ajourner  la  nomination  des  consuls  qu'il  peut  instal- 
ler, aujt  termes  du  traité  pri'rcédent,  dans  les   grandes  villes  du 


r,r)\VFMI(>NS     CONSTVNS  M){) 

Ton^-King.  juscju'au  jour  où  les  deux  gouvoiiu'inrnlsestiincront 
que  les  cirronstanees  permellenl  de  les  établir. 

«  3**  Il  est  enlendu  que.  lorsque  le  gouvernemeut  chinois  éta- 
blira des  consuls  a  Hanoï  et  à  Haïpbong,  le  gouvernement  fran- 
çais pourra  en  nonmier  dans  les  capitales  des  provinces  du  Yun- 
Nan  et  du  Kouang-Si. 

«  3°  Les  consuls  français  dont  le  gouvernement  chinois  a  con- 
senti la  nomination  a  Loung-tchéou  et  h  Mong-l^seu,  ainsi  que 
l'agent  relevant  du  consul  de  Mong-lseuquî  sera  établi  à  Man-liao, 
n'auront  pas  le  droit  d'établir  dans  ces  villes,  ouvertes  seulement 
au  commerce  de  terre,  des  concessions  connue  celles  qui  existent 
dans  le  port  de  Chang-Ilaï  et  dans  quelques  autres  porU 
ouverts.  » 

Votre  Altesse  et  vos  Excellences  ajoutent  que  «  ces  trois  arti- 
cles auront  la  même  valeur  que  s'ils  étaient  insérés  dans  le  texte 
même  de  la  convention  additionnelle  ». 

La  dépêche  de  Votre  Altesse  et  de  \  os  F^xcellences  conlirme 
très  exactement  les  conventions  intervenues  au  cours  de  nos  con- 
férences. J'ai,  en  conséquence,  l'honneur  de  leur  donner  acte  de 
notre  accord  sur  tous  ces  points. 

Pé-Ring,  le  23  juin  1887. 

Convention  relative  à  la  délimitation  de  la  frontière  entre  la  Chine 
et  le  Tong-King,  signée  à  Pé-King,  le  26  juin  1887. 

Les  commissaires  nommés  par  le  Président  de  la  Répuhli(|ue 
française  et  par  S.  M.  l'empereur  de  Chine,  en  exécution  de  l'ar- 
ticle 3  du  traité  du  9  juin  i883  jx)ur  reconnaître  la  frontière 
entre  la  Chine  et  le Tong-King.  ayant  terminé  leurs  travaux; 

M.  F]rnest  Constans,  député,  ancien  ministre  de  l'intérieur  et 
des  cultes,  commissaire  du  (jouvernement,  envoyé  extraordinaire 
de  la  République  française,  d'une  part  ; 

Et  S.  A.  le  prince  Ring, prince  du  second  rang,  pn^sident  du 
Tsoung-li  Yamen.  assisté  de 

S.  Exe.  Souen  Yu-ouen,  membre  du  Tsoung-li  Yamen,  pre- 
mier vice-président  du  ministère  des  travaux  publics. 

Agissant  au  nom  de  leurs  gouvernements  respectifs  ; 

On  a  décidé  de  consigner  dans  le  présent  acte  les  dispositions 
suivantes  destinées  à  régler  délinitiNcment  la  délimitation  de 
ladite  frontière  : 

i^  Les    procès-verbaux   et   les  cartes   y   annexées  qui  ont  été 


O-JO  CONVENTIONS    CONSTANS 

(Irossos  ot  signés  j)ar  los  cominissairos  français    ol  chinois  soni  ot 
donieiircnt  approuves  ; 

2°  Les  points  sur  lescjuels  l'accord  n'avait  pu  se  faire  entre  les 
deux  commissions,  et  les  rectifications  \isées  par  le  deuxième 
paragraphe  de  l'article  3  du  traité  du  9  juin  i885  soni  réglés 
ainsi  qu'il  suit  : 

Au  Kouang-Toung,  il  est  entendu  que  les  points  contestés  qui 
sont  situés  à  l'Est  et  au  \ord-Est  de  Monkav,  au  delà  de  la 
fronlière  telle  qu'elle  a  été  fixée  par  la  commission  de  délimita- 
tion, sont  atlrihués  à  la  Chine.  Les  îles  qui  sont  à  l'Est  du  méri- 
dien de  Paris  io5°43'  de  longitude  Est,  c'est-à-dire  de  la  ligne 
Nord-Sud  passant  par  la  pointe  orientale  de  l'île  de  Tcli'a  Kou 
ou  Ouan-chan  (Tra-co)  et  formant  la  frontière,  sont  également 
atlrihuées  à  la  Chine.  Les  îles  Go-lho  et  les  autres  îles  qui  sont 
à  l'Ouest  de  ce  méridien  appartiennent  à  l'Annam. 

Les  Chinois  coupahles  ou  inculpés  de  crimes  ou  délils  qui  cher- 
cheraient un  refuge  dans  ces  îles  seront,  conformément  aux  sti- 
pulations de  l'article  37  du  traité  du  ao  avril  1886,  recherchés, 
arrêtés  et  extradés  par  les  autorités  françaises. 

Sur  la  frontière  du  Yun-Nan,  il  est  entendu  que  la  démarca- 
tion suivra  le  tracé  suivant  ; 

De  Keou-teou-tchaï  (Cao-dao-trai)  sur  la  rive  gauche  du  Siao- 
tou-tcheou-ho  (Tien-do-chu-hu),  point  M  de  la  carte  de  la 
deuxième  section,  elle  se  dirige  pendant  cinquante  lis  (>ingt 
kilomètres)  direclemenl  de  l'Ouest  vers  l'Est  en  laissant  à  la  Clii ne 
les  (Midroitij  de  Tsui-kiang-cho  ou  Tsui-y-cho  (Tu  nghia  xa). 
Tsui-mei-cho  (Tu-mi-xa),  Kiang-fei-cho  ou  Y-fci-cho  (Nghia-li- 
xa),  qui  sont  au  Nord  de  cetle  ligne,  et  à  l'Annam,  celui  de 
Yeou-p'ong-cho  (Hu-hang-xa)  qui  en  est  au  Sud,  jusqu'aux 
pointas  marqués  P  et  Q  sur  la  carteannexe  où  elle  cou|)e  les  deux 
branch(»s  du  second  aiïluent  de  droite  du  Ileï-ho  (llac  lia)  ou 
Tou-tcheou-ho  (Do-chu-ha).  A  partir  du  point  Q,elle  s'infléchit 
vers  le  Sud-Est  d'environ  i5  lis  (6  kilomètres)  jusqu'au  point  R, 
laissant  à  la  Chine  le  territoire  de  \an-tan  (Nam-don)  au  Nord  de 
ce  point  R;  puis  à  partir  de  ce  dit  point,  remonte  vers  le  Nord- 
Est  juscju'au  point  S,  en  suivant  la  direction  tracée  sur  la  carte  par  la 
ligne  H-S,  le  cours  du  Nan-teng  ho  (Nam-dang-ha)  et  les  terri- 
toires de  Man-meï  (Man-mi),  de  Meng-tong-chang-Ls'oun(Muong- 
dong-troung-thon),  de  Mong-toung-chan  (Muong-dong-son),  de 
Meng  toung-tchoung  ts'oim  (Muong-dong-truong-thon)  et  de 
Meng-toung  chia-ts'ou  (Muong-dong-ha-lhon)  i-estant  à  l'Annam. 


A  (wrtir  lin  point  S  (Mcnjî  louii™  -chin-t'sniiii  nu  Miiong-ftong 
lia-lfion).  k-  milieu  du  Ts'iii^-climici  lio  (Tlian  limj  lia)  iii.H<iui' 
jusfjn'ii  snn  confluent,  on  T.  avec  la  riviî'ri-  Claii-p.  In  fronlUTi- 
a<lo|>t(V. 

Du  {loinL  T.  non  liarô  (-kI  iunrc|iii''  jiar  le  inilicii  di>  la  luiôro 
Clnirv  jii«]u'nii  ]M>iiit  \,  àlinulciir  de.  Tcli'ixian-lonu  (Tliiijcii- 
(laii). 

On  [Hiiiil  X.  elle  miioiili'  vers  Ip  Nord  jiisi]ii'hii  pciinl  Y,  en 
jMssiiil  |>iir  Pnicli<i-)ai  (Bnrh-lliacli-^ini)  i-t  l.aii-ai-k'an  (Lno-hni 
lan),  lu  iiioîtié  dr  clininn  de  ces  denx  ondi-oits  np]inrli'nnnt  ù  la 
CliiiM'  cl  k  l'Annnni  ;  ci-,  (jnl  osl  ii  VEst  api>.irlieiil  a  rAiinain.  rp. 
qui  est  il  rOuost.  à  in  Chine. 

A  juii-lir  lin  jMiiiil  Y.  elk'  loiip:e.  <liii)s  In  dimtion  du  \ord.  la 
rive  driiile  du  jxMil  iillliient  de  fçnnelie  de  l.t  rivii-re  Claire  qui  la 
rei.-oil  eiilro  I'ieii-|>ao-kia  (Hien-bao-klia)  el  IVi-]>iin  (Biic-bao)  .■! 
ga^jie  ensuite  kni>-mn-|)aï  (Cno-ma-lincli),  [loint  Z.  où  elle  .se 
raccorde  nvec  le  trac<j  de  lu  Iroiiiièiiie  soction. 

A  pii'lir  de  l..ong-po-lcliai  (rinr|uièine  «Tlion),  la  fronliére 
commune  du  Ytin->anel  de  l'Annani  lenionle  leeoiir^idn  l.<>n<;- 
po-lio  jnsqn'i'i  son  rnidlnent  a>ei-  le  Ts'iii^'-i-lioiiei-lio.  marqué  A 
sur  la  curie  :  du  [mint  \.  elle  suit  la  direclron  p'-nérale  du  Nord- 
Ksl  au  SuiUOiiest  justju'au  }>oinl  indiigiié  1)  surin  carte,  endroit 
on  le  Kaî  kiau^-lio  re^'oilleMien-cliouei-onaii  :  dans  ee  parcour.s. 
In  frontièi-e  laisse  h  In  Chine  le  cours  dii  Ts'iii({-i-|ioiiei-iio. 

Du  point  II,  la  froutiiTC,  à  la  direction  Rsl-(>uest  jitMjn'au 
point  r.  on  elle  rencontre  le  Ten^-tian-lcluanf;  annli^ssoiiH  de 
Ta-chou-tcliio.  (>  <j<ii  eut  au  Snfl  de  ct-lte  ligne  apjNirlieni  à 
l'\uri>nn.  <-i-  qui  est  au  Non!  à  la  Chine. 

Du  point  Celle  redi-^cend  ^ei's  le  Sud  en  suivant  le  mllieixie 
la  ri\ière  Ten^-tiao-Tcliian^-  jusiju'ii  son  tonnuent  au  |>oin(  D 
avec  le  Tsin-lse-lio. 

Klie  suit  ensuite  le  Tsin-tse-Iio  pendant  entirou  3o  lis  el  ci>ii- 
tiniie  dans  la  direction  KsI-Oiiest  jusqu'au  point  D  où  elle  ren- 
cnulrc  le  petit  rnisseau  qui  se  jette  dans  la  ri\ière  Noire  (Ilei 
tçian^'  ou  llac  ({ian^)  à  l'KsI  du  liae  de  Meu<,'-|ianf,'.  Le  milieu  de 
ce  ruisseau  sert  de  l'rontièiT  du  |>oiiil  E  au  {Miiul  I''. 

A  prtirdn  point  F.  le  milieu  de  la  ri\ière  Noire  sert  de  l'rou- 
tière  h  lOuest. 

\av  antnrilés  lorales  chinoises  cl  les  n^'ents  dési^jnés  par  le  rési- 
dent général  de  la  Itépuiilique  franvaisi-  en  Viuiaiu  et  nu  Ton^'- 
Kinfî  seront  chargés  de  priK'éder  à  rahoriiemeul.  eonforui émeut 


mf~. 


0-73  CONVENTIONS    CONSTANS 

aux  caries  dressées  el  signées  par  la  eominission  de  déliinitation 
et  au  trace  ci-dessus. 

Au  présent  acte  sont  annexées  trois  cartes  en  deux  exem- 
plaires» signées  et  scellées  par  kîs  deux  parlies.  Sur  ces  cartes,  la 
nouvelle  frontière  est  tracée  par  un  trait  rouge  et  indiquée  sur 
les  cartes  du  Yun-Nan  par  les  lettres  de  Talpliabct  français  et 
les  caractères  cycliques  chinois. 

Fait  à  Pé-King,  en  double  expédition,  le  26  juin  1887. 

ÇSignnlure  el  cachet  du  plénipotentiaire  chinois.) 
Signé  :  Gonstans. 

(Cacfiet  de  la  légation  de  France  à  Pé-King.) 

Convention  additionnelle,  signée  à  Pé-King,  le  26  juin  1887, 

entre  la  France  et  la  Chine. 

Le  Président  delà  République  française  et  S.  M.  rempereur  de 
Chine,  désireux  de  favoriser  le  développement  des  relations  com- 
merciales entre  les  deux  pays  et  d'assurer  la  bonne  exécution  du 
traité  de  commerce  signé  à  Tien-Tsin  le  35  avril  1886,  ont 
décidé  de  conclure  une  convention  additionnelle  modifiant  quel- 
ques-unes des  dispositions  contenues  dans  ledit  acte. 

/V  cetelTet,  les  deux  Hautes  Parties  contractantes  ont  nommé 
pour  leurs  plénipotentiaires  respectifs,  savoir  : 

Le  Président  de  la  République  française,  M.  Ernest  Constans, 
député,  ancien  ministre  de  l'intérieur  et  des  cultes,  commissaire 
du  Gouvernement,  envoyé  extraordinaire  de  la  République  fran- 
ç<ïise  en  Ghine, 

Et  S.  M.  l'empereur  de  Ghine,  S.  A.  le  prince  K'ing,  prince 
du  second  rang,  président  du  Tsoung-li  Yamen, 

Assisté  de 

S.  Exe.  Souen  Yu-ouen.  membre  du  Tsoung-li  Yamen,  pre- 
mier vice-président  du  ministère  des  travaux  publics  ; 

Lesquels,  après  s'être  communiqué  leurs  pleins  pouvoirs,  qu'ils 
ont  reconnus  en  bonne  et  due  forme,  sont  convenus  des  articles 
suivants  ; 

Art.  I•^  —  Le  traité  signé  à  Tien-Tsin  le  30  avril  1886  sera, 
inunédiatement  après  l'échange  des  ratifications,  fidèlement  mis 
à  exécution  dans  toutes  ses  clauses,  sauf,  bien  entendu,  celles  que 
la  présente  convention  a  pour  but  de  modifier. 

Art.  3.  —  En  exécution  de  l'article  i*'  du  traité  du  35  avril 
1886,  il  est  convenu  entre  les  Hautes  Parties  contractantes  que 


CONVENTIONS    CONSTANS  b'j[\ 

la  ville  de  Loun<;-Tcliéou  au  Kouang-Si  el  celle  de  Mon«^-ls<Mi 
au  Yun-Nan  sont  omertes  au  commerce  IVanco-annamile  ;  il  est 
entendu,  en  outre,  cjuc  Man-liao,  qui  se  trouve  sur  la  roule 
fluviale  de  F^aoKay  à  Mong-Tseu,  est  ouvert  au  connuerce  comme 
Loung-tcliéou  et  Mong-tseu,  et  que  le  gouvernement  français  aura 
le  droit  d*y  entretenir  un  agent  relevant  du  consul  de  cette 
dernière  ville. 

Aht.  3.  —  En  vue  de  développer  le  plus  rapidement  possible 
le  commerce  entre  la  Chineet  le  Tong-King,  les  droits  d'importa- 
tion et  d'exportation  stipulés  dans  les  articles  G  et  7  du  fraité  du 
a5  avril  188O  sont  provisoirement  modifiés  ainsi  qu'il  suit  : 

Les  marchandises  étrangères  importées  en  Chine  par  les  \illes 
ouvertes  auront  à  acquitter  le  droit  du  tarif  général  de  la  douane 
maritime,  diminué  des  trois  dixièmes. 

Les  marchandises  chinoises  exportées  au  Ïong-Ring  payeront  le 
droit  d'exportation  dudit  tarif  général,  diminué  des  quatre 
dixièmes. 

Art.  4.  —  Les  produits  d'origine  chinoise  qui  auront  acquitté 
les  droits  d'importation,  conformément  au  paragraphe  i'*^  de 
l'article  11  du  traité  du  35  avril  1886  et  seront  transportés  à 
travers  le  Tong-King  vers  un  port  annamite  pourront  être  soumis, 
à  la  sortie  de  ce  port,  s'ils  sont  à  destination  d'un  autre  pays  que 
la  Chine,  au  droit  d'exportation  fixé  par  le  tarif  des  douanes 
fra  nco-a  n  n  a  mi  tes . 

Art.  5.  —  Le  gouvernement  chinois  autorise  l'exportation  de 
l'opium  indigène  au  Tong-King  par  la  frontière  de  terre  moyennant 
un  droit  d'exportation  de  ao  taëls  par  picul  ou  100  livres  chi- 
noises. Les  Français  ou  protégés  français  ne  pourront  acheter 
l'opium  qu'à  Loung-Tchéou.  Mong-tseu  et  Man-hao.  Les  droits  de 
likin  et  de  barrières  que  les  commerçants  indigènes  auront  à 
payer  sur  ce  produit  ne  dépasseront  pas  ao  tacls  par  picul. 

Les  commerçants  chinois  qui  auront  apj)or té  l'opium  de  l'inté- 
rieur remettront  à  l'acheteur,  en  môme  temps  que  la  marchandise, 
les  reçus  constatant  que  le  likin  a  été  intégralement  acquitté,  et 
l'acheteur  présentera  ces  reçus  à  la  douane,  qui  les  annulera  au 
moment  où  il  elfectuera  le  payement  du  droit  d'exportation. 

Il  est  entendu  que  cet  opium,  dans  le  cas  où  il  rentrerait  en 
Chine,  soit  par  la  frontière  de  terre,  soit  par  un  des  ports  ouverts, 
ne  pourra  être  assimilé  aux  produits  d'origine  chinoise  réimportés. 

Art.  6.  —  Les  bateaux  français  et  annamites,  à  l'exception 
des  bâtiments  de  guerre  et  des  navires  employés  au  trans|)ort  de 


57« 

trou|M's.  li'ariiics  ou  de  munilionâ  clc  guerre,  pourront  circuler 
(II-  Lan<^-Si>'n  n  Ciio-ba»;;.  ot  rtviproqueineiit,  ci)  pnssanl  |iar  les 
rivièros  ( Son- K.i- Kong  el  rivière  de  Cno-bang)  qui  relient  Lang- 
So'ii  ti  Iioung-Tchéou  et  Loung-Tcliéou  i.  Cao-bang. 

Il  sera  prélevé  sur  ces  lialcaux,  pour  chaque  [Uircour^.  un 
droit  de  tonnage  (le  5  pour  loo  de  laél  par  tonneau,  mai»  les 
niarcliuiulises  com|>osiinl  le  diargement  n'auront  à  aapjitter 
nucun  droit. 

Les  niarrhandiscK  ii  destination  de  Cliinc  [Kiuri-ont  ^Ire  trans- 
portées par  les  rivières  dont  il  <^l  (picsiion  dans  le  {>aragraplic 
i"  du  présent  article,  aussi  bien  que  |>ar  les  routes  de  terre,  et 
uotanniient  |>ur  la  route  m.iiidariiinle  qui  conduit  de  Laug-S»'ii 
il  Loung-Tehéon  ;  mais,  jusqu'au  jour  où  le  gouvernement  cbi- 
iiois  aura  établi  un  poste  de  douane  à  la  froiilière.  les  marchan- 
dises qui  |wsscront  j»ar  m  routes  de  terre  ne  [wurront  être 
\endues  qu'après  aviur  iiccpiitlé  tes  droits  à  Louug-Tcbéou. 

Aht.  -j.  —  Il  est  entendu  que  la  France  jouira  de  pleiii  di'oit, 
et  sans  qu'il  soit  besoin  de  négocinlions  préalaldcs,  de  tous  les 
privilèges  et  immunités,  de  quelque  nature  qu'ils  soient,  et  de 
tous  les  avantages  cnmnn<rciaux  qui  pourraient  être  accordés 
dans  la  suite  Ji  la  nation  fa  plus  ritvnrisée  par  des  traités  ou  con- 
ventions ajant  [Xiur  objet  le  règlement  des  rapports  politiques 
ou  commerciaux  entre  la  Chine  et  les  pays  situés  au  Sud  et  au 
Sud-Ouest  de  l'Empire  chinois. 

.\rt.  8.  —  Avant  arrêté  d'un  commun  accord  les  dis|)OsitionK 
ei  -dessus,  les  pléniimtcntiaires  ont  apposé  leur  signature  et  leur 
sceau  sur  dcuï  exemplaires  du  texte  français  de  la  présente  cun- 
vention.  ainsi  que  sur  la  traduction  chinoise  qui  accoin|)agne 
chacun  de  ces  exemplaires. 

Akt.  ().  —  Les  stipulations  delà  présente  convention  addition- 
nelle .seront  mises  en  vigueur  connue  si  elles  étaient  insén'-es 
dans  h'  teite  mente  du  traité  du  3[)  avril  1S8G  à  partir  du  jour 
de  l'éeliangc  des  ratilications  desdits  traité  et  convention. 

.\iiT.  10.  —  La  présente  convcntioti  sera  ratilîée  dès  à  présent 
pur  S.  M.  rem[>ereur  de  Cliine,  et,  dès  qu'elle  aura  été  ratilîée 
par  le  Président  de  la  République  francise,  l'échange  des  ratilî- 
ealions  aura  lieu  à  l'é-KIng. 

Kait  à  lV<-King.  le  vingt  -si\  juin  mil  Imil  cent  ipiati-e-vingt  sept. 
Signé  :  (;.»sT*Ns.  l'riiue  K'i^<;. 

(L.  s.)  (,,.  s.) 


575 

L'arlicle  2  acconle  l'oii\erliirc  nu  cninmerco  dos  poils  de 
Loiirig-ldiéoii  cl  de  Mong  tscii  ainsi  tiuc  de  Man  liitu  ; 
M.  Conslîiiis  avait  oblomi  en  oufi-c  rijuvcrlurcdc  Yiin-Nan  Ion, 
capitale  du  Viin-\an,  de  Kiiuei-lin,  capitale  du  Kouang-Si,  de 
Ho  Koou,  en  l'aco  de  Lao-Ka)  et  de  Toiig-hing,  en  l'at'c  ilc 
Mong-Kaj  ;  on  rcnoiii;aà  ces  derniers  avantages  pour  ne  pas 
aiigineiiler  le  nouibit*  de  nos  agents;  l'abandon  de  nos  de- 
mandes en  ce  qui  concernai!  \nn-\an  fouet  Konet-lin  rendait 
mille  la  seconde  clause  de  la  lelLre  dn  prince  k'ing  relative 
à  la  nomination  de  consuls  chinois  à  Hanoï  et  à  Haï -pliong. 
L'article  G  constllnail  nn  avantage  exlrt'nu'inenl  sérieux; 
la  communication  entre  Lang  So'n  et  (Jao-Itaiig  |XiU\ail  se 
faire  jiar  territoire  cliinois  puistpie  Ton  atait  le  droit  de  des- 
cendre le  Song-ki  kong  juscju  a  son  conflueni  avec  la  rivière 
de  (Ino-Bang  que  Ton  i-eiiionlait  ensuite;  on  sait  qiie  la  nHite 
directe  de  Lang-So'n  à  Cao  lîaiig  est  iniprallcable'.  Le 
ilioyen  d'agir  de  M.  Cnnstaiis  sur  le  gou\onienie[i(  chinois, 
sans  lequel,  il  n'aurait  pu  réussir,  était  la  reconnaissance 
des  droiU  de  la  (lliine  sur  la  presqu'île  de  Pak-Loung. 


I.    t.lll  iHirlani  aiiproholiuii  de  la  miieeiilion  ih  ri 

Tsiii.  Ir  35   oi'crï    188O,  cl  ilr  lu   roneenlion  aiMitiuiiiielIc  s'ujiiêe  J 
i>tkii«j,  h  :iGjmn  188-;.  tnlre  h  Fnio-^e  cl  ta  Chine. 

l,c  Sfiinl  ol  la  Cliambrc  des  (li'[iiiU's  oui  ailaplr, 

l^  l'ri~.iilpMl  de  la  Rrjiiil>lii[iio  [mmiiiljfiic  la  loi  iloiit  la  Icnciir  mil  : 

Ailiele  mii'inf.  —  l>- Prc'siilont  ctc  In  Rrpi'tliliriiiu  est  autorise  i  ralilior. 
et,  s'il  Y  a  liiMi,  k  Tain:  otùciilcr  la  (■onvoiiiioii  de  coininrn-r  sigii^  i  Tîi'ii- 
Tsi[i.  1c  a!j  avril  i8t)0,  l'I  ta  convcrilioii  niIrlilianricllcsignÉc  i  P6kinf!.  lo 
lU  juin  1887.  cnirc  la  Franco  cl  la  Chine  et  doiil  une  copie  autliciitii|uo 
demeure  aiincxi^o  â  la  |irii<eiilf  lui^. 

La  préwiilc  loi.  drlihfri'-c  et  nrlo[itt'-e  jiar  le  Séiial  et  par  la  Chamltrc 

t'ait  à  Paris,  le  3(>  iiotcmbrc  1868. 

Cah>ot. 
l'ar  le  Pr^sidenl  de  la  Ré|nibltqiie  : 
Le  minUIre  îles  affaiin  élronijère), 
HekS  Gobi-et. 
ï.  iJmrml  Ofjkicl.  diinanciie  i  dfeiiibre  1888.) 


CHAPITRE  XXVII 

L£  P.  TERRASSE.  -  LE  CHOLÉRA.  -  AFFAIRE  DE  SWATOW. 
—  LIEOD-EIEOC  (1883).  —  LE  TODNG-T'ANG.  —  AFFAIRE 
CONRADX.  -  AFFAIRES  DE  CORËE  (18U). 

MEURTRE    DU    PERE    TERRASSE 

Dans  la  nuit  du  27  au  a8  mare  i883,  le  P.  Terrasse  '  fut 
massacre  avec  scpL  chrétiens  h  Tcliâng  Yn,  près  de  Ta-lî, 
dans  la  province  du  Yun-Nan.  Ces  crimes  furent  signalés  par 
M.  Bnurée  h  M.  Cliallemcl-Lacour  lo  8  mai  i883  et  co  no 
fui  ((ue  le  21  août  suivant  que  M.  Tricou  put  télégraphier 
au  Déparlement  que,  malgré  les  difTicuItés  relatives  au\ 
alTiiires  du  Tong-King,  les  coupables  avaient  été  punis  de  lu 
basionnade  et  de  l'esil;  une  indemnité  de  trois-cent  cin- 
quante mille  francs  (cinquante  mille  taëls)  avait  été  versée 
entre  les  mains  de  la  mission,  qui  s'était  déclarée  satisfaite. 

CROLÉHA    A    PÊ-KING,    AOUT    l883 

Une  grande  épidémie  de  choléra  éclata  à  Pé-King  au 
mois  d'août  i883.  Un  cas  fut  signalé  à  la  légation  de  France 
les  [7  et  18  août.  Du  22  au  sg  août,  c'est-à-dire  pendant 
liuil  jours,  par  les  seules  |)ortes  de  Ha-la  mcn  et  de  Tsi-houa 


:,  Terrassa,  Jean-AHloine-lMuis,   né  en   1SJ8,  i   Lantriac  (Hau 
Loire);  Missions  i'iraiigtres  ile  Paris;  |>*rli  le  ly  juillel  187}. 


AFFAIHE    DE    SWATOAV  577 

mon,  il  était  sorti  tic  la  capitale  au  momont  du  choléra  1610 
(^ercueils  dont  280  le  2/4  août  et  3oo  le  23  aoùl. 


AFFAIRE    DE   SWATOW 

II  se  passa,  à  celle  époque,  une  affaire  à  Swalow,  qui  fil 
grand  bruit  et  qui  offre  un  grand  intérêt  pour  les  droits 
de  propriété  sur  les  bords  des  fleuves,  et  que  la  lettre  suivante 
d'un  résident  de  Chine  explique  clairement  : 

Il  y  a  une  vingtaine  d'années,  le  coraprador  d'une  maison  de 
conimerce  allemande,  la  maison  Diercks  et  (^o.,  avait  acheté 
des  autorités  locales  h  Swatow  un  droit  de  propriété  sur  des  relais 
de  la  rivière,  qui  formaient  une  superficie  déterminée,  mais  dont 
l'acquisition  n'était  regardée  comme  parfaite,  d'après  les  usages 
du  pays,  qu'au  fur  et  à  mesure  que  l'acquéreur  les  mettait  en  les 
exhaussant,  définitivement  à  l'abri  du  retour  des  eaux  du  fleuve 
et  qu'il  payait,  pour  les  terrains  ainsi  préservés,  les  impôts  exi- 
gés par  l'État. 

Dans  les  années  qui  suivirent  ces  acquisitions,  un  certain 
nombre  de  lots  furent  ainsi  occupés  et  recédés  ensuite  à  dcvs  par- 
ticuliers ou  à  des  compagnies  industrielles  :  et  l'un  d'eux  fut 
choisi,  il  y  a  longtemps  déjà,  par  l'administration  des  douanes 
qui  y  établit  la  résidence  de  ses  agents  et  ses  bureaux. 

Immédiatement  à  côté  de  ce  terrain  des  douanes,  se  trouvait 
le  reste  des  terrains  non  surélevés,  concédés  jadis  au  conq)rador 
et  devenus,  plus  tard,  par  l'effet  d'une  rétrocession,  la  propriété 
de  la  maison  elle-même,  dont  le  représentant,  un  des  associés. 
M.  Shaar,  faisait  alors  fonctions  de  Vice-Consul  d'Allemagne  à 
Swatow.  Ils  formaient  une  sorte  de  promontoire  qui  descendait, 
en  se  perdant,  vers  le  lit  actuel  de  la  rivière,  et  la  portion  immé- 
diate en  avait  graduellement  été  occu[)ée  par  l'administration 
impériale  des  douanes,  qui,  ne  les  trouvant  inscrits  au  nom  de 
personne  sur  les  registres  des  immeubles,  tenus  par  l'autorité 
cliinoisc,  y  avait  établi  des  chemins,  des  hangars,  des  garages 
pour  ses  embarcations  et  se  les  était  finalement  fait  adjuger  par 
i'Ktat,  sans  que  la  maison  Diercks  en  ait  eu  coimaissance,  ou  tout 
au  moins  ait  protesté. 

C'est  précisément  cette   partie  attenante  innuédiatement  à  la 

CoRDiER.  II  —  37 


578  ANNÉES    l883   F.T    i88ii 

Douane  dont  M.  Sliaar,  dans  le  courant  de  l'année  dernifre.  fit 
la  cession  au  nom  dp  sa  maison,  à  une  compagnie  de  navigation 
à  vapeur  qui  prit  rengagement  de  Ycrser  comptant  les  t^^ooo 
piastres,  représentant  le  prix  d'acquisition. 

Par  suite  de  l'opposition  mise  par  la  douane  aux  pn'tentînns 
du  nouvel  acquéreur  qui  voulait  entrer  en  jouissance  de  l'iin- 
menbic.  celui-ci  remisa  de  verser  aucune  somme  à  la  maison 
Dierclts.  avant  d'avoir  la  libre  disposition  du  terrain,  ccqui  irrita 
vivement  M.  Sliaar  qui  avait  comptésur  le  versement  des  1^5  000 
dollars  et  avait  en  eouscquence  pris  dcaorrangemenla  financiers  : 
celni-ci  désespérant  de  régler  l'alTnii'e  à  lui  tout  seul,  s'adressa  à 
son  suj)érieur  tiiérarcliiquo.  M,  Travers,  Consul  d'Allemagne,  à 
la  fois  h  Canton  et  à  Hong-Kong,  de  qui  relève  le  vice-consulat 
de  Swatow  ;  et  comme  les  autorités  locales  soutenaient  les  pré- 
tentions de  l'administration  des  Douanes,  M.  Travers  crut  devoir 
hii-m^me  en  référer  ^  la  Légation  allemande  de  Pé-king.  Il  n'en 
essaya  pas  moins  d'arranger  les  choses  i  l'amiable  et  il  envoya  Ji 
Swatow  son  interprèle,  M.  de  MiillendorlT.  qu'il  chargea  de 
régler  cette  affaire  avec  les  autorité»  locales. 

Il  est  II  supposer  que  le  Consul  d'.\llemagne  <\  Hong-Kong 
n'était  point  sulFisamment  au  courant  des  lois  et  dos  coutumesde 
la  Chine,  car  il  oublia,  en  envoyant  M.  de  MitlIeridorlT,  de  le 
nmnir,  selon  la  règle,  d'une  lettre  de  service  qui  l'introduisit 
auprès  du  Yicn-Koi  dt-s  deux  kouang  et  desautorilésde  Snalow. 
t>lte  ciiTonstance  obligea  M.  de  MiillendorlT  b  faire  deux  fois  en 
vain  le  voyage  de  Swatow  à  Canton,  011  ses  démarches  person- 
nelles n'obtinrent  aucun  effet,  jus(|u'au  jour  où  M.  Travers 
demanda  nUicicIlemcnt  au  vice-roi  de  l'accrLyiter  aupri»  de* 
mandarins  de  Swatow. 

Pendant  ces  délais.  M.  deBrandt  avait  cru  devoir  s'adresserau 
Yamen  et  il  avait  envoyé  son  premier  interprète,  pour  signifier 
aux  Ministres  de  l'Empereur,  que  si  cette  affaire  ne  recevait  pas 
une  prompte  solution,  la  légation  d'Allemagne  saurait  bien  s<- 
faire  rendre  justice.  Il  est  très  vraisemblable,  pour  ne  pas  dire 
certain,  qu'il  aura  donné,  dans  ce  sens,  des  instructions  pré- 
cises, soit  à  son  Consul  à  Canton,  soit  Ji  M.  de  MôlIendorlT  lui- 
même,  qui  était  revenu  h  Swatow  et  y-  attendait  en  vain,  depuis 
quelque  temps,  les  lettres  promises  ])ar  le  vice-roi  pour  les  auto- 
rités locales. 

Les  choses  en  étaient  \h.  quand  l'administrai  ion  chinoise  crut 
devoir  faire  entourer  de  palissades  le  terrain  contesté.  Klle  pré- 


LES    ir.F.S    LIEOU-KIEOU  679 

tendait  par  là  marquer  le  droit  de  propriété  cpiVlle  rcvendicpiail 
et  se  conformait  en  cela,  parail-il,  aux  usages  du  pays  qui  veulent 
que  les  acquéreurs  entourent  ainsi  de  palissades  la  portion  dont 
ils  vont  prendre  possession,  afin  de  faire  connaître  aux  tiers  inté- 
ressés qui  auraient  des  prétentions  contraires  à  élever,  la  muta- 
tion qui  est  sur  le  point  de  s'opérer. 

Faute  de  connaître  cet  usage,  M.  Shaar  et  M.  de  MôUendorf 
virent  dans  l'acte  qui  venait  de  se  produire  un  acte  de  violence 
auquel  il  y  avait  lieu  de  répondre  j)ar  la  force  et  ils  provoquèrent, 
le  lendemain,  le  débarquement  d'un  piquet  de  troupes  qui  prit 
possession  du  sot,  au  nom  du  Gouvernement  Allemand  et  arracha 
violemment  les  palissades  qui  avaient  été  élevées  la  veille.  Cette 
opération  accomplie,  les  soldats  remontèrent  à  bord  du  navire  de 
guerre  et  se  tinrent  prêts  à  soutenir  par  les  armes  le  prétendu 
droit  de  leur  consul. 

M.  de  Brandt  avait-il  réellement  donné  des  ordres?  Fut-il 
désavoué  par  son  gouvernement?  Dans  tous  les  cas,  il  rentra 
en  Europe*,  laissant  M.  de  Taltcnbach  comme  cliargé  d'af- 
faires. 

LES    ILES    LIEOL-KIKOL' 

Au  mois  de  décembre  i883,  les  mandarins  de  Ning-po 
arrêtèrent  des  marins  des  îles  Lieou-Kieou.  Les  Japonais  les 
réclamèrent  comme  étant  leurs  sujets  et  les  Chinois  refusè- 
rent de  les  rendre,  attirmanl  qu'ils  étaient  vassaux  de  la 
Chine.  La  situation  était  d'ailleurs  tendue  entre  les  deux 
peuples  :  des  rixes  avaient  lieu  en  Corée,  entre  Japonais  et 
Chinois.  Le  ministre  du  Japon  à  Pé-King  se  plaignait  de 
Tattitudc  peu  courtoise  du  gouvernement  chinois  à  son 
égard,  aussi  son  gouvernement,  mécontent,  lui  ordonna -t-il 
de  quitter  Pé-King  pour  marquer  un  refroidissement.  Le 
ministre  japonais  quitta  la  capitale  le  1 1  décembre.  Il  arri- 
vait à  chaque  instant  que  des  marins  des  Lieou-Kieou  fai- 
saient naufrage  sur  la  côte  de  Chine;  en  1877,  des  habitants 

I.  11  quitta  Chang-llaï  le  17  avril  i883. 


■  *• 


58o  ANNÉES     l883    ET     l88/| 

de  ces  îles  écliouèrent  h  TeiUrée  du  Yang-tseu  el  l'ureril  con- 
duits à  Sou-tcliéou;  la  côte  du  Fou-kicn  était  surtout  le 
théâtre  de  sinistres  maritimes  et  les  naufragés  étaient  menés 
à  Fou-tchéou.  La  Chine  avait  déclaré  qu'elle  ne  renoncerait 
à  ses  prétentions  sur  les  Lieou-kieou  qu'autant  que  les  inté- 
ressés, c'est-à-dire  les  habitants  de  ces  îles,  déclareraient 
qu'ils  n'étaient  plus  vassaux  de  la  Chine.  LeTsoung-li  Yamen 
pour  se  «  sauver  la  face  »  agissait  de  même  en  Corée  et  en 
Annam. 

INAUGURATION    DU    TOUNG-t'aNG,    4    MAI    l884 

L'église  de  TEst,  Toung-Tang,  placée  sous  le  vocable 
de  saint  Joseph,  fut  terminée,  à  la  place  de  l'ancienne  maison 
d'Adam  Schall,  à  la  veille  de  la  signature  de  la  convention 
Fournier  ;  on  y  avait  travaillé  sept  ans,  et  sa  construction 
avait  coûté  jusqu'alors  3ooooo  francs  à  la  mission.  La  béné- 
diction du  Toung-T'ang  par  M^*"  Delaplace  eut  lieu  le  di- 
manche !\  mai  i884.  Outre  le  chargé  d'affaires  de  France, 
le  chargé  d'affaires  de  Belgique  et  la  légation  d'Espagne 
assistaient  à  la  cérémonie  en  uniforme.  Malgré  les  difficultés 
entre  la  France  et  la  Chine,  M.  de  Semallé  avait  adressé  une 
invitation  aux  membres  du  Tsoung-li  Yamen  : 

Pé-King,  le  2  mai  1884. 
Excellences, 

Sa  Grandeur  M*"*  Delaplace,  Év(^quc  de  Pé-King,  ayant 
désiré  que  la  nouvelle  église  du  Tonng-T'ang  fût  inaugurée  à 
l'occasion  du  centième  anniversaire  de  l'installation  des  Lazaristes 
à  Pé-King,  j'ai  cru  que  c'était  pour  moi  un  devoir  de  politesse 
d'annoncer  à  VV.  EE.  que  cette  cérémonie  aura  lieu  le  10  delà 
lune  de  7  à  10  h.  du  matin. 

Je  saisis  celle  occasion,  etc. 

Les  membres  du  Yamen  répondirent  le  lendemain  : 
...Nous  avons  justement  tous  ce  jour  là  des  affaires  el  il  ne 


MF  A  nu:  (ONHAi  \  r)(Si 

nous  sera  pas  possible  de  nous  rendre  à  celte  cérémonie.  Aussi, 
avons-nous  tenu  à  vous  le  faire  savoir  et  c'est  le  but  de  la  pré- 
sente réponse. 


AFFAIRE    CONRAUX 

Le  i5  juin  1882,  l'abbé  Conraux  *,  établi  au  nom  de  sa 
mission  dans  un  immeuble  de  Hou -Lan  (Mandchourie),  fut 
violemment  assailli,  volé  et  torturé  dans  le  Yamen  devant  les 
juges.  La  nouvelle  fut  connue  à  la  légation  de  France  à 
Pé-King  le  5  juillet  suivant  par  une  lettre  de  M.  Allen, 
agent  consulaire  de  France  à  ^ieou-tchouang  et  les  détails 
arrivèrent  le  18  juillet  par  une  seconde  lettre.  D'autre  part, 
entre  les  deux  lettres  de  M.  Allen,  le  prince  Koung  adressait 
h  M.  Bouréc  un  rapport  du  maréchal  tartare  de  Tsi-tsi-har, 
imputant  tous  les  torts  à  M.  Conraux.  Une  enquête  fut  faite 
par  M.  Bourée  sur  les  éléments  fournis  par  M.  Boyer,  pro- 
vicaire  de  Mandchourie,  en  l'absence  de  M^*"  Dubail  et  de 
M.  Ragiiil,  qui  avait  soigné  M.  Conraux.  Le  17  septembre 
i88'i,  M.  Bourée  adressait  une  lettre  officielle  au  prince 
Koung  pour  exposer  nos  griefs  et  réclamer  une  prompte 
justice.  Le  Tsoung-li  Yamen  reconnut  que  les  officiers  su- 
balternes de  Hou-Lân  n'étaient  pas  exempts  de  reproches, 
mais  que  Conraux  devait  être  mis  en  accusation.  Les  habi- 
tants de  Hou-Lân  étaient  d'ailleurs  favorables  au  mission- 
naire. M.  Bourée,  voyant  qu'il  n'y  avait  rien  à  faire  à 
Pé-King,  se  décida  à  envoyer  M.  Dillon,  consul  de  France 
à  Tien-Tsin,  en  Mandchourie,  pour  essayer  de  régler  l 'affaire 
sur  place,  avec  les  autorités  locales.  Le  Tsoung-li  Yamen 
accepta  le  principe  de  cette  mission  et  donna,  en  décembre 
1882,  un  passeport  à  M.  Dillon.  Les  complications  dWnnam 
et  le  rappel  de  M.  Bourée  rendirent  les  fonctionnaires  arro- 

1.   Conraux,  Louis- Dominique^  du  diocèse  de    Strasbourg;  missions 
étrangères  de  Paris  ;  parti  pour  la  Chine,  le  16  décembre  187^. 


583  ANNÉics  i883  ¥.T  i884 

gants;  ceux-ci  suscilèrent  toutes  sortes  de  difficultés  à 
M.  Dillon  et  firent  le  vide  autour  de  lui.  Surveillé,  espionné, 
sa  vie  mîïme  menacée,  M.  Dillon  rentra  l'été  de  i883  à 
Chang-Uaï  et  y  trouva  M.  Tricou.  Celui-ci,  à  son  passage 
à  Tien-Tsin  (ao  septeml)re),  adressa  une  note  énergique, 
qui  contenait  en  dix  paragraphes  Ténoncé  de  nos  griefs  et 
en  sept  autres  la  liste  des  réparations  que  nous  étions  en 
droit  d'exiger,  au  prince  Koung,  qui  répondit  le  12  octobre 
par  un  refus  catégorique  de  s'occuper  de  ["affaire.  Celait  im 
véritable  déni  de  justice.  M.  Dillon  et  M.  Dubaïl,  rentrés  en 
France,  entretinrent  M.  Jules  Ferry  de  raffairc  Conraux, 
et,  le  j5  juin  188/i,  le  ministre  des  AfTaires  étrangères  envoya 
à  M.  Patenôtre  l'ordre  de  faire,  dans  le  plus  bref  délai  pos- 
sible, les  démarcbcs  qui  lui  paraîtraient  le  plus  propre  k 
obtenir  une  solution  que  réclamait  impérieusement  la  dignité 
de  notre  pays. 

AFFAIAES   DE   CORÉE 

De  graves  événements  se  passaient  en  Corée,  avant-cou- 
reurs de  la  guerre  qui  devait  éclater  dix  ans  plus  tard  entre 
la  Chine  et  le  Japon. 

Nous  avons  vu  que  les  Japonais,  par  le  traité  de  Kang 
boa  (1876)',  avaient  ouvert  la  Corée,  reconnue  indépen- 
dante, an  commerce.  A  partir  de  cette  époque,  il  y  eutliilte 
d'influences  à  la  cour  de  Séoul,  entre  le  Japon  et  la  Chine, 
la  vieille  suzeraine  vers  laquelle  le  roi  de  Corée  ne  cessait  de 
tourner  ses  regards  pour  demander  conseil.  Les  Coréens 
étaient  d'ailleurs  divisés  sur  la  conduite  nouvelle  que  les 
circonstances  allaient  les  obliger  à  prendre  en  même  temps 
qu'ils  étaient  forcés  d'abandonner  leur  isolement  séculaire. 

Il  semblait  même  que  déjà  une  certaine  tolérance,  ïncon- 

I,  II.  pp.  98-99. 


TII^ITËX    COE>KP.^S  583 

nnc  jadis,  élait  lémoignée  aux  iiiissiunnalre^,  qui,  malgré 
le»  cdite,  rentraient  dans  le  royaume  :  le  aS  Janvier  1878, 
M"'  Ridel,  arrête  en  Corée,  eut  la  vie  sauve  grâce  à  la  reine, 
et  fut  reconduit  en  Chine  sur  la  demande  de  notre  mi- 
nistre il  Pé  King;  le  li  mai  1879,  l'abbé  Deguctle',  des 
Missions  clrangères,  arrêté  dans  le  district  de  Kong-tjjou 
et  conduit  à  Séoul,  fut  relâché  sur  la  demande  de  M.  Patc- 
m'ilre.  Ce  fut  par  l'intermédiaire  du  Tsouiig-li  Yamen  que 
nos  représentants  à  Pé-King  obtinrent  ces  grâces;  pour  celte 
dernière  alTaire,  le  Tsoimg-li  Yamen  en  Tit  transmettre  les 
détails  à  notre  ministre  des  AITaires  étrangères  par  son  agent 
à  Paris  en  lui  demandant  de  les  commiiniquer  au  Saint-Siège 
afin  que  des  conseils  de  prudence  fussent  adressés  aux  mis- 
sionnaires catholiques.  C'est  la  premi^re  fois  que  le  Tsoung- 
li  Yamen  fait  ainsi  allusion,  dans  un  dociiincnt  officiel,  i\  la 
cour  pontificale  et  qu'il  laisse  entrevoir  la  pensée  de  nouer 
avec  elle  des  relations  plus  ou  moins  directes  :  indice  grave. 

TRAITÉS    CORÉENS 

Le  a.3  octobre  1871),  Li  lloung-tchang  donnait  des  con- 
seils à  un  haut  fonctionnaire  coréen  sur  la  conduite  i  tenir 
par  son  pays  vis-à-vis  des  Japonais  et  des  Occidentaux  ; 

Dans  les  conjonctures  actuelles,  il  convient,  ne  scmble-t-il 
pis.  (le  neutraliser  l'action  du  venin  pnr  le  venin  cl.  s'il  s'agit 
d'ennemis,  de  [Kiuvoir  les  o|i|K)ser  les  uns  aux  autres.  Il  impor- 
terait de  proriler  de  toute  occasion  qui  se  présenterait  de  vous 
lier  successivement  )>ar  des  trpiiré  avec  toius  les  ÉlaLs  occiden- 
taux, vous  vous  serviriez  d'eux  pour  contenir  le  Japon. 

Suivant  ces  avis,  la  Corée  voulut  bien  prendre  l'initiative 
d'iHivrir  ses  ports  aux  étrangers,  tifin  de  rester  maîtresse  des 

I .  Dcgiictlr,  Virlor-Mtirie.  du  dittcèso  de  Coiitanccs  :  Missions  étran- 
gères de  Paria  ;  pariî  lu  ai  Tûvricr  :87l). 


581  ANNËBE     l883    RT    188/I 

conditions  dans  lesquelles  ils  seraient  ouverls  ol  de  ne  pas 
subir  le  sort  de  la  Chine.  La  Corée  désirait  surtout  que 
l'opium  ne  lui  soit  pas  imposé  par  l'AnglGterrc  et  les  mis- 
sionnaires par  la  France. 

Successivement,  la  Corée  signait  les  traites  suivants  :  avec 
les  États-L'nls  représentés  par  le  comniodore  R.  W.  Shu- 
fcldt,  à  Jcn-tchouan,  le  22  mai  1882,  ratifié  à  Séoul  le 
19  mai  i883;  avec  le  Grande-Bretagne,  représentée  par  le 
vice-amiral   George  Ommancy  Willes,    à   Jen-tcliouan,   le 

6  juin  1883,  non  ratifié;  puis  à  Séoul,  par  Sir  Harry  Parkos, 
le  26  novembre  i883,  ratifié  le  28  avril  i884  ;  avec  PAIIe- 
magne,  représentée  par  son  consul  général  à  Yokohama, 
Edouard  Zappe,  à  Séoul,  le  26  novembre  i883,  ratifié  le 
18  novembre  188/1;  avec  l'Italie,  représentée  par  son  mi- 
nistre à  Pé-King,  M,  Ferdinand  de  Luca,  à  Séoul,  le  26  juin 
l88f^,  ratifié  le  2^  juillet  1S86;  avec  la  Russie,  représentée 
parM.  Charles  Waebcr,  conseillerd'Ëtat,  à  Séoul,  le  25  juiii- 

7  juillet  1884.  ratifications  échangées  le  2-i4  octobre  i88û. 
Le  Japon  faisait  également  des  modifications  à  son  traité  de 
187G  ou  de  nouveaux  arrangements  en  1877,  1878,  1879, 
1881,  1882,  i883cl  188/1. 

Quant  ù  la  France,  le  ministre  des  Afiaires  étrangères  tt'- 
légraphiait  à  notre  représentant  à  Pé-King,  le  i5  avril  1881  : 

Si  nous  devons  voir  s'abaisser  tes  barrières  qui  ferment  la 
Corée,  nous  entendons  ne  paît  ouvrir  ta  brèrlic  ;  nous  ne  voulons 
Mre  ni  les  premiers  ni  les  derniers  ù  j  pénétrer. 

Nous  avons  vu'  que  ce  ne  fut  que  le  i  juin  1886  que 
nous  signâmes  enfin  un  traité. 

RÉVOLUTION    DB    1882 

Déjà  en  i88a  une  émeute  avait  éclaté  h  Séoul  contre  les 
I.  Voir  p.  567. 


HKVOI.LT10^   DK    1K83  585 

Japonais:  c' était  une  revanche  du  parti  dirige  par  le  Kégent, 
le  Tai  Wcn  Koun,  hostile  aux  étrangers;  on  avail  fail  courir 
le  bruil  que  le  ministre  japonais,  aidé  de  portefaix,  devait 
s'emparer  de  Séoul,  se  substituer  au  roi  et  épouser  la  reine. 
Le  dimanche  23  Juillet,  les  Japonais  furent  attaqués,  quel- 
(piGS-uns  furent  massacrés,  d'autres  réussirent  k  s'échapper 
avec  leur  ministre  [lanabouiia;  le  a^,  les  soldats,  révoltés, 
tuent  le  premier  ministi'c  Min  Kijen-ho  dans  le  Palais 
Hnyal.  Enhardis,  ils  demandent  la  tétc  de  la  reine  et  le 
Régent  leur  promet  qu'elle  s'empoisonnera  :  les  Jaj>onais 
s'empressèrent  d'envoyer  immédiatement  Hanabousa,  qui 
avait  été  recueilli  jiar  un  navire  de  guerre  anglais,  avec  une 
forte  escorte  pour  obtenir  réparation  de  l'insulle  qu'on  leur 
avait  faite. 

Le  Gouvernement  du  Mikado  a  beaucoup  renforcé  .son  corps 
etpédilionnoirc  iju'i  devait  primitivement  se  OHuposer  de  5oo 
hommes  cl  qui  en  compte  aujourd'hui  i  5oo.  Les  Chinois  sont 
plus  nombreux  et  dis|)osenl  d'un  elTectif  de  4  ooo  hommes  au 
moins.  Les  uns  et  le»  autres,  presque  aussitât  après  leur  débar- 
quement, ont  marché  séparément  surla  capitale.  Mais  les  [>orles 
i)c  la  ville  se  sont  fermées  pour  les  premiers,  tandis  (pi'aucun 
obstacle  n'a  été  opposé  aux  troupes  de  Li  llonn^-tchang.  qui  ont 
jiu  y  pénétrer  et  s'y  établir  sans  encombre.  Les  Japonais  campent 
sous  les  murs  de  la  place  et  parlementent  pour  ôtre  également 
admis  dans  l'intérieur  de  la  ville.  Mais  U  ne  semble  pas  qu'on 
soit  disposé  à  les  y  recevoir,  et,  s'ils  voulaient  diriger  contre  les 
Coréen»  une  attaque  en  régie,  il  serait  bien  dilTicilc  que  les  Chi- 
nois ne  fussent  |>as  entraînés  dans  un  conflit  qui  rendrait  la 
guerre  inévitable  entre  les  deux  Empires'. 

ÎSéanmoins,  Hanabousa  obtint  pleine  satisfaction  : 

Le  Ministre  du  Mikado,  escorté  de  5qo  hommes,  a  enlin  été 
admis  à  pénétrer  dans  la  ville  ;  on  lui  a  même  fait  bon  accueil 

I.  Lettre  de  M,  Bourcc,  bu  Ministre  dcE  AtTairocIrangùrcs,  Pt-Kuig, 
4  septembre  i88a. 


et.  après  des  pourparlers  qui  n'ont  dunni;  lieu  à  aucun  incident 
nouveau,  it  a  cti;  convenu  : 

1°  Que  le  Gouvernement  Coréen  punSraîtsi^vèrcment  les  prin- 
cipux  auteurs  de  l'altaqne  armée  dirigée  contre  ia  Légation  du 
Japon  et  exprimerait  ofllcicllemcnt  au  Gouvernement  du  Mikado 
son  profond  regret  de  tout  ce  qui  s'élail  passé  ;  qu'en  outre  tirs 
plus  grandes  précautions  seraient  prises  îi  l'avenir  pour  prévenir 
le  retour  de  faiLs  semblables  et  que.  fi  cet  elTet,  les  placards  et 
paniphlcls  hostiles  aux  Étrangers  seraient  détruits  dans  toute 
l'étendue  du  royaume- 

3°  Qu'une  somme  de  5ooooo  tacls  (3ôooooofr.  environ) 
serait  remise  au  Gouvernement  ja|K)nais  pour  l'indcnmiser  des 
dépenses  nécessitées  par  la  dernière  expédition  et  que  5o  ooo  laêls 
(3doooo  francs)  seront  distribués  aus  parents  des  victimes  de 
l'insurrection. 

3"  Que  deux  on  trois  nouveaux  ports  seront  ouverts  sur  la 
côte  occidentale  aux  Japonais  et  que  toute  liberté  sera  laissée 
au  Hepréscntant  du  Mikado  à  Séoul  pour  se  transporter  de  sa 
personne  dans  les  districts  de  l'Intérieur  où  bon  lui  semblera. 

t\°  Que  la  juridiction  des  Consuls  japonais  sur  leurs  nationaux 
s'étendra  au-delà  des  ports  dans  un  rayon  de  5o  /(  (environ 
6  liouc). 

5°  Enfm.  il  est  entendu  que  l'escorte  de  5oo  hommes  qui  a 
accompagné  M.  Hanabousa  à  Séoul  restera  cantonnée  dans  le  pavs 
jusqu'à  ce  que  la  tranquillité  y  M>it  complètement  rétablie  clquc 
le  Représentant  du  Mikado  et  sa  suite  n'aient  plus  à  craindre  le 
renouvellement  des  sanglants  désordres  qui  ont.  en  dernier  lieu, 
nécessité  leur  retraite  préoîpitée  '. 

Quand  le  ministre  japonais  fut  parti,  Ma  Kien-tdiong *, 
dans  lin  festin  auquel  il  convia  le  roî  et  le  Régent',  grand 
prince  de  Ilcung  syen,  père  du  roi,  déclara  à  ce  dernier 
qu'il  avait  l'ordre  de  l'arrêter  et  de  l'expcdier  à  Pé-Kîng'  pour 
y  être  mis  en  jugement.  Lî  Kan-jing,  le  Régent  ou  Taï 
Wen  Koun  (Ta  Youen  Kiun)  interné  à  l'ao-ting,  dans  le 

I.  Lettre  do  M.  Bource,  lu  Ministre  des  Alîairei  JtrBtigires,  Pé-King, 
19  septembre  1883. 
3.  Il  fut  dénoncé  en  février  i883,  par  Tchang  Pei>loun>  alors  cenieur. 
3.  Appelé  |«r  les  Cliînois  Li  Kan-jing. 


HÉÏOLUTUIS    DK    i88i  587 

Tché-li,  n'obtiiil  l'aiilorisilion  de  rentrer  dans  son  pays 
qn'cQ  scpleiiibre  i885';  il  fut  donc  étranger  k  la  révolution 
de  i884. 


Jen-tchoiian  on  Tclic-moiil-|>o,  a  l'cnlrce  de  la  Bivière  Sa- 
Im>,  Tune  des  IkhicIics  du  Han-Knng,  fut  ouvert  au  commerce 
japonais  le  i"  janvier  i883,  et  étranger,  le  lO  juin  la  môme 
année;  Voncn-san  ou  Gen-san,  dans  la  baie  de  IJroiigliton, 
au  N.-E.  de  la  Corée,  fut  ouvert  au  commerce  ja|ionais  le 
i"  mai  1880,  |>ar  suite  de  la  convention  du  3o  aortt  1879, 
et  étranger,  en  novembre  i883;  l-'ou-san  ou  Pou-san,  an 
S.-E.,  fut  ouvert  en  187G  aux  Ja|H>nais  et  aux  autres  étran- 
gers en  i883.  \u  mois  de  juillet  i883,  les  douanrs  impé 
riales  maritimes  cbinoises  établirent  des  bureaux  dans  ces 
ports,  mais  elles  ne  commencèrent  qu'en  i885  la  publica- 
tion de  leurs  statistiques. 

Les  deux  premiers  agents  anglais  en  Corée  entrèrent  en 
fonctions  le  38  avril  i88'i  :  MM.  W.  G.  Aston',  lo  ja(wnisanl 
bien  connu,  consul  général,  et  W.  R,  Caries*,  vice-consul  à 
Tche-nioulpo, 

I.  II  quitta  Tien-Tain,  lo  17  septembre,  sur  un  navire  de  guerro  chî- 

».  \9t0n,  H'illiain-Heiirge.  élire  intcr|irèle  au  Japon,  ifi  aiii'il  l86i  ; 
3''  a»iiitant.  r  1  mal  iS6()'.  1''  atsislanl,  8  JuiUfl  i8f>9  ;  intcrpri'le  cl  Ira- 
ilucleurdola  liïgalioti  k  Voilo.  6  octobre  1870  ;  !tocri>tairo  ja(ioiinit  :  consul 
i  Hiogn  :  consul  (ç^uéral  eu  Conîc,  17  mars  188J  ;  prit  sa  retraite  comme 
a''  i«crctaira  do  légation,  le  ["juin  1889. 

3.  Carte».  William- Hirhayd .  cicvc  interprète  eu  Gbinc,  3l  dêcombrn 
lSr>7  ;  3'  asii'lant.  7  décembre  187a  ;  ^i'  assistant.  \>'i  juin  1875  :  1" 
awstani,  i"'  avril  1878  ;  Taisant  fonctions  de  secrétaire  chinois  ï  Pé-KInp. 
en  1877  et  i883  :  vice-consul  1  (Jliang-ltai.  Pagoda  Anclinrago,  enfin  en 
Corée,  17  mars  l885:  après  diflcrenls  postes,  il  a  élâ  nommé  consid 
pour  Tien-Tsin  et  Pc-King,  lu  i3  mai  1699. 


RÉVOLUTION    DE    l88d 

A  la  suite  de  la  révolulîon  de  1882,  des  troupes  chinoises 
et  japonaises  tenaient  garnison  h  Séoul.  Ce  voisinage  entre 
soldais  de  nations  rivales  devait  forcément  amener  des  rixes 
qui  pouvaient  un  jour  dégénérer  en  révolution  :  c'est  ce  qui 
arriva. 

Le  mercredi  ^  décembre  i885,  pour  célébrer  l'inaugura- 
tion du  service  de  la  poste  d'Intcliycn  à  Séoul,  un  grand 
banquet  fut  donné  à  l'IiAtel  des  Postes  par  le  directeur  gé- 
néral des  postes  de  Cort-c,  Houng,  auquel  furent  invités  les 
fonctionnaires  européens,  parmi  lesquels  se  trouvaient  le 
ministre  des  Élals-Unis,  le  général  Foote,  le  consul  général 
d'Angleterre,  M.  Aston,  M,  P.  G,  von  'MollendorlT,  etc., 
mais  aucun  Chinois.  Un  incendie,  allumé  sans  doute  par  la 
malveillance  ou  plutôt  par  des  conspirateurs,  éclata,  à  la  fm 
du  repas,  vers  dix  heures,  dans  une  maison  voisine.  Le  gé- 
néral Min-yang-i-ki  se  précipita  au  dehors  pour  donner  des 
ordres,  mais  il  fut  immédiatement  assailli  <t  coups  de  sabre, 
rc<;ut  sept  blessures  et  tomba  dans  les  bras  de  M,  von  Mollen- 
dorlT,  accouru  à  son  secours.  Les  quatre  meneurs,  Palk- 
keum-moun-youi,  Kim-ok-kyoum,  Saye-kouni-pou,  Hong- 
yeng-syelri  se  rendirent  au  jialais,  effrayèrent  le  roi,  qui  se 
sauva  sous  l'escorte  de  soldats  japonais,  maïs  le  5,  à  10  heures 
du  matin,  sept  ministres  ou  fonctionnaires,  Min-tai-ho,  Min- 
yeng-mouk,  Tjyo-yeng,  Mi-tjyo-yeng-i,  Hang-kiou-tjyk, 
Youn-l'ai-ou-an-i  et  You-tji-ta  furent  massacrés  i>ar  douze 
étudiants  coréens  déguisés  en  Japonais,  et  un  nouveau  gou- 
vernement fut  formé  avec  Kim-ok-kyoum,  ancien  ministre 
de  Corée  à  Tokio,  à  sa  tète. 

Le  général  chinois  Youen  Che-kai,  commandant  la  gar- 
nison chinoise,  qui  se  présenta  au  palais  pour  protéger  le 
roi,  le   trouvant  occupe  par  le  ministre  japonais  Takezoyé 


RKVOMTION    I)K     1 88^  689 

et  ses  soldats,  ouvrit  le  feu  sur  eux  ;  une  bagarre  s'en- 
suivit, la  populace  s'en  môla  ;  la  maison  de  Kim  ok- 
kyoum,  la  légation  du  Japon  furent  incendiées  et  les  soldats 
du  Mikado  se  retirèrent  avec  leur  ministre  à  Tchemoulpo, 
où  ils  arrivèrent  le  8.  Ils  y  trouvèrent  le  Chitose  Maru, 
sur  lequel  ils  embarquèrent  environ  25o  femmes  et  ma- 
lades japonais  qu'ils  renvoyèrent  au  Japon  où  ils  arri- 
vèrent le  i3.  Aussitôt  que  le  gouvernement  du  Mikado  apprit 
les  événements  de  Séoul,  des  navires  de  guerre  furent  en- 
voyés sur  la  côte  de  Corée.  Il  semble  bien  que  les  Japonais 
avaient  fomenté  les  troubles  qui  tournèrent  à  leur  désavan- 
tage, et  au  grand  profit  des  Chinois  dont  ils  avaient  voulu 
se  débarrasser. 

De  leur  côté,  les  Chinois,  occupés  avec  les  affaires  du 
Tong-King,  désiraient  un  accommodement  avec  le  Japon 
et  Li  Houng-tchang  fut  chargé  de  rétablir  Tordre  en  Corée. 
Peut-être  aurions-nous  pu  profiter  de  la  situation  et  nous 
entendre  avec  le  Japon,  si  celui-ci,  à  la  suite  de  nos  efforts 
infructueux  à  Formose,  n'avait  été  convaincu  de  notre  fai- 
blesse. 

Les  Japonais  obtinrent  d'ailleurs  prompte  satisfaction  et  le 
9  janvier  i885  (24*  jour,  11®  mois,  f\gy  année  depuis  la 
fondation  de  la  Corée;  g''  jour,  i*""  mois,  18*  année  de 
Meidji),  un  traité  en  cinq  articles  fut  signé  en  japonais  et 
en  chinois  à  Séoul  par  le  comte  Inouyé  Kaoru,  haut  com- 
missaire du  Japon  et  Kym  Hoing-Jip,  Haut  Commissaire  de 
Corée,  qui  stipulait  le  paiement  d'une  indemnité,  la  puni- 
tion des  coupables  et  la  reconstmction  de  la  légation  japo- 
naise. 

TRAITÉ    CORÉEN-JAPONAIS,    9    JANVIER     l885 

I.  —  La  Corée  fera  des  excuses  au  Japon. 

II.  —  La  Corée  paiera  cent  dix  mil  le  j^/i  en  guise  dédommages 


OQO  ANNÉES    l883    ET    l884 

cl  inlor(^ls  aux  parents  dos  sujets  Japonais  qui  ont  6Avt  tués  ou 
l)less('s  dans  les  troubles  récents  et  d'indemnité  aux  marchands 
japonais  dont  la  marchandise  a  été  détériorée  ou  pillée  h  la  méine 
époque. 

III.  —  Les  émeutiers  compromis  dans  Fassassinai  du  Capi- 
taine IsoBAYASHi  seront  arrêtés  et  condamnés  aux  châtiments  (jue 
comporte  leur  crime. 

IV.  —  La  Légation  Japonaise  sera  reconstruite,  la  Corée  four- 
nissant un  enq)lacement  et  des  matériaux  pour  cette  construolinii 
el  un  (jonsulat,  et  déplus  déboursant  une  somme  de  vingt  millo 
yen  pour  défrayer  li»s  dépenses  de  ces  travaux. 

V.  —  Une  caserne  |x>ur  la  garde  militaire  jaj>onaise  sera  élevée 
sur  le  terrain  adjacent  à  la  Légation  et  d'accord  avtK*  les  condi- 
tions de  l'Article  5  du  Traité  Supplémentaire  de  1882. 


APPENDICE 


Les  sommes  stipulées  dans  les  Articles  II  etIY  seront  comptées 
en  espèces  d'argent  japonais  et  devront  être  payées  sans  faute,  à 
Jeiï-lchouan,  dans  les  trois  mois. 

Le  châtiment  des  émeutiers  marqué  dans  l'Article  III  devra 
être  exécuté  dans  les  vingt  jours  à  partir  de  la  date  de  la  signa- 
ture de  cette  Convention. 

Ce  traité  eut  pour  consécpience  la  signature  d'une  conven- 
tion en  avril  i885  entre  la  Chine  et  le  Japon  dans  le  but  de 
régler  les  relations  des  deux  puissances  avec  la  Corée.  Le 
comte  Ito  él<ait  arrivé  le  i4  mars  à  Tien-Tsin  où  raltendait 
Ta  mirai  Enomoto,  pour  conduire  les  négociations. 


CHAPITRE  XXVIII 
LÉGAT  OU  NONCE,  A  PÉ-K1N6  ?  1885-1886 

LÉGAT 

Voyant  les  difficultés  entre  la  F'rance  et  la  Chine  se  pro- 
longer et  craignant  pour  la  sécurité  des  missions  catholiques 
privées  de  leur  protecteur,  le  Pape  crut  utile  d'adresser  à 
l'Empereur  chinois  une  lettre  pour  demander  son  bien- 
veillant appui  en  faveur  des  prêtres  catholiques  évangélisanl 
dans  son  pays.  Le  texte  latin  de  celte  lettre,  dont  nous  don- 
nons la  traduction  française,  fut  communiqué  dès  le  mois 
de  février  i885,  par  le  secrétaire  de  la  Propagande,  de  la 
pcirt  de  Sa  Sainteté,  à  M.  Ed.  Lefebvre  de  Béhaine,  notre 
ambassadeur  près  du  Saint-Siège.  Le  préfet  de  la  Propa- 
gande* remit  le  texte  latin  à  notre  ambassadeur,  le  26  février. 
On  fit  choix  pour  porter  cette  lettre  du  P.  Giulanelli, 
désigné  pour  administrer  une  nouvelle  mission  au  Chen-Si  : 


LETTRE  DU  SAINT-PKRE 


A  l'illustre  et  Ires  puissant  Empereur  des  deux  Tartaries  et 
des  Chinois. 

Très  Grand  Empereur, 
La  guerre  qui  a  éclaté  dernièrement  dans  certaines  régions  de 

1.  Le  cardinal  Jean  Simeoni,  successeur  du  cardinal  Franchi  et  prédé- 
cesseur du  cardinal  Miceslas  Ledochowski,  a  été  préfet  de  la  Propagande 
de  1878  à  1892.  —  Le  secrétaire  était  Mk>*  (Cardinal)  Dominique  Mario 
Jacobini,  archevêque  de  Tyr,  de  1883  à  1891  ;  né  à  Rome,  3  sept.  1887  ; 
cardinal,  22  juin  1896. 


593  LÉGAT  OU  ynsce, 

Votre  Empire  Nous  presse  de  faire  Ions  nos  elForIs  jxnir  gagner 
Voire  Itienveillancc  el  Votre  Ck^mence.  afin  qu'il  ne  rcsulle  de 
ces  lulles  guerrières,  aucun  dommn^c  pour  la  religion  catKolî([uc. 
En  cela.  Nous  accomplissons  un  légitime  devoir,  piiis(|u'il  Nous 
appartient  de  protéger,  autant  que  nous  le  pouvons  el  en  toul 
lieu,  le  catholicisme.  Nous  suivons  l'exemple  de  Nos  prédéces- 
seurs, (|ui,  plus  d'une  Tois,  ont  imploré  les  puissants  Princes,  Vos 
ancêtres,  en  faveur  des  missionnaires  d'Europe  et  du    ]>cuplc 

Ce  qui  Nous  inspire  un  grand  espoir,  c'est  que  vous  a\ci 
donné,  en  ce  temps  niênie.  plnsieurs  témoignages  de  Votre  bon 
vouloir  ^  l'égard  des  chrétiens:  Nous  avons  su,  en  effet,  qu'au 
début  de  la  guerre.  Votre  autorité  a  décrété  que  les  chrétiens 
devaient  être  respectés,  et  qu'on  ne  fit  aucun  mal,  mfmc  aux 
missionnaires  de  la  nation  française. 

Il  n'est  personne  qui,  en  cela,  grand  Prince,  n'ait  reconnu 
Votre  équité  et  Votre  humanité,  d'autant  plus  que  tons  les 
prêtres,  habitant  Votre  florissant  empire  [K»ur  \  prêcher  l'Lvan- 
gile,  sont  envoyés  par  les  Pontifes  Romains,  de  qui  ils  tiennent 
leurs  charges,  leur  mandat  et  toute  leur  autorité.  Ils  ne  sont  pas 
recrutés  dans  une  seule  nation:  on  en  compte  aujourd'hui  un 
grand  nombre  de  l'Italie,  de  la  Belgique,  de  la  Hollande,  de 
l'Kspagne.  de  l'Allemagne,  qui  liabitcnl  dix  provinces  de  Votre 
vaste  domination.  Les  prêtres,  tant  delà  Compagnie  de  Jésus 
que  (le  la  Congrégation  des  Missions,  qui  travaillent  en  d'autres 
provinces,  viennent  de  nations  très  diverses.  Kt  cela  est  pleine- 
ment d'accord  avec  la  nature  de  la  religion  chrétienne  <|ui  n'est 
pas  faite  jK)ur  un  seul  peuple,  mais  pour  tous.  (|ui  unit  tous  Ic-s 
îionimcs  par  des  liens  fraternels,  sans  aucune  distinction  de  pays 
ni  de  race. 

L'œuvre  île  ceux  qui  travaillent  au  nom  de  l'Ëvangile  est  très 
salutaire,  niênic  aux  choses  publiques.  Ils  doivent  s'absjenir  des 
alTaires  politiques,  et  se  donner  tout  entiers  à  la  propagation  el 
à  la  sauvegarde  de  là  doctrine  de  Jésus-Christ.  Or  les  principaux 
préceptes  de  la  religion  chrétienne  sont  :  craindre  Dieu,  conser- 
ver en  toute  chose  entièrement  et  inviolablement  la  justice,  d'où 
cette  con.séquence  qu'il  fout  se  soumelli-c  aux  magistrats,  hono- 
rer le  roi  non  seulement  par  crainte  de  sa  colère,  mais  surtout 
par  conscience,  llîen  OTtes  n'est  plus  propre  tpie  ces  vertus  ù 
tenir  la  multitude  dans  le  devoir  et  h  conserver  la  sécurité 
publique. 


LETTRE    DU    SArNT-PÈHE  SqS 

A  la  vérité,  les  prèlres  catholiqucsvnnus  d'Europe,  qui.  dqHiis 
quelques  sii'cles  dOjà,  ciicrcciil  Ins  fonction)!  apostoliques  dans  le 
puissant  empire  cliinois.  loin  d'avoir  apporté  aucune  gt^iie  à  la 
puissance  publique  et  aux  afTaircs  civiles,  ont.  au  contraii'e.  de 
l'aveu  do  Unis,  rendu  de  grands  services.  Ils  vsoni  arrivés  d'à  boi'd 
par  la  propagation  de  la  disciplinit  morale  du  cliriiitiaiiisnic, 
ensuite  par  la  dilTusion  des  lettres  et  des  autres  arLs  qui  consti- 
tuent la  civilisation.  Puisque  la  m^mc  pensé'e,  la  même  îiitenlïon 
animent  ceun  qui  iustruisetil  k  présent  les  Chinois  dans  la  doc- 
trine elirélienne.  Vous  ne  pouveï  douter  de  le»  trouver  toujours, 
avec  même  volonté  et  fidélité,  soumis  à  \oli'e  nom  et  à  Votre 
Majesté. 

l'our  Nous,  puissant  Empereur.  Nous  Vous  exprimons  cl 
ténioi<{naii3  la  plus  grande  recoin  laissaii ce  a  cause  des  preuves  de 
bienveillance  que  \  ous  leur  avez  dtmiuVs  :  et,  en  in^me  temps, 
ail  nom  de  cette  clémence  qui  V  ous  dislingue.  Nous  \  ous  adju- 
rons vivement,  dans  les  cireonstanres  présentes,  de  les  couvrir 
de  Votre  bienveillance,  de  les  prendre  sous  Volro  lmul<-  proti-c- 
tion.  aPm  qu'ils  ne  soulTreul  aueuii  donim.ige,  et  qu'ils  jouissent, 
par  Votre  faveur,  de  la  pleine  liberté  Je  leur  niinis(N-c. 

En  allcndanl.  Nous  supplions  Dieu,  maître  du  ciel  et  de  la 
terre,  alîn  (ju'il  vous  accorde  sans  resse.  très  illustre  Prince, 
l'abondance  des  grâces  de  sa  bonté. 

Donné  à  Home,  près  Sainl-Pierre,  le  i'"''  février  i88.">,  la 
ée  de  Notre  Pontificat  '. 


L'abbé  Giul.inelli  reçut  de  lu  chancellerie  ])oiitîricale 
l'ordre  formel  de  se  concerter  exclusivcmeiil  avec  M"""  Ta- 
gliabue,  évêque  de  i'é-King.  pour  laire  parvenir  k  l'Em- 
IKtreur  de  la  Chine  la  lettre  du  Pape. 

L'abbé  riiulanclli  arrivai!  h  Chaiig-ihiï  dans  le  courant 
(le  mars. 

«  .\  Tien-Tsin.  i-cril  M.  Patenolre'.  l'abbé  Giulanelli  s'est 
adressé  il  notrt-  (kinsul  [X)ur  obtenir  un  passe-juirt.  Il  lui  annonça 
qu'il  se  rendait  dans  le  Olien-Si  en  passant  [lar  Pé-King  et  ne 

I.  Missions  catholiques.  i885.  y.  i5--8. 

1.  Lettre  Bii  Minière  tins  AHuiros  étrangères.  M.  de  Fri>;rciiJi-l.  Tien- 
Tiia,  3(|  Biril  itJtJ5. 

COBDIEH.  Il    —    38 


5l)^  LÉGAT    OU    NONCE.     A    PÉ-KING 

fit  aucune  allusion  h  la  IcUre  qu'il  (Mail  cliargt';  de  fairr  parvenir 
Il  lEinpiTcnr  de  Chine.  Je  ne  fus  avisé  de  sa  démarcho  qiio  lors- 
qu'elle était  déjà  un  fait  accompli.  Vous  trouverez  ci-joint  copie 
de  la  lettre  tris  laconique  et  assez  embarrassa  que  l'évéque  de 
Pé-king  m'a  adressée  à  cette  occasion.  M^''  Tagliabue  s'y  excuse 
de  n'avoir  pu  me  prévenir  plus  làt  et  se  borne  à  m'annoncer 
que  M.  Giulanelli  vient  de  s'acquitter  de  sa  mission,  laquelle 
aurait  été  selon  lui  de  pure  courtoisie,  b 

Voici  la  lettre  de  M''  Tagliabue  h  notre  ministre  : 

Pé-King.  le  8  Avril  i885. 

J'ai  l'honneur  de  porter  &  voire  connaissance  une  chose  que. 
peut-être,  vous  aurez  déjà  soupçonnée,  mais  sans  la  connaître  dans 
toute  sa  vérité. 

Vient  de  nous  arriver  à  Pé-king  un  missionnaire  italien 
chargé  par  te  Souverain  Pontife  de  remettre  à  l'Empereur  de 
Chine  et  à  ses  Ministres  une  lettre  deremerclment  pour  la  pro- 
tection qu'il  accorde  aux  Missionnaires  et  le  prier  de  ta  continuer. 

("est  une  lettre  de  pure  courtoisie  où  il  n'entre  pas  un  mol 
de  politique. 

L'envoyé  a  obtenu  une  audience  du  Tsoung-li  Yamen.  n  pré- 
senté sa  lettre  et  s'en  retourne. 

Je  n'ai  pu  vous  le  mander  plus  tôt  parce  que  je  n'avais  pas  lu 
ressource  du  télégraphe,  qui  nous  était  interdit  ;  dés  lors,  j'ai 
préféré  larder  de  deux  jours  et  vous  dire  l'alFaire  aussitôt  qu'elle 
serait  claii-e.  plutôt  que  de  vous  donner  une  nouvelle  insigni- 
fiante et  incomplète. 

Je  viens  d'apprendre  que  la  piix  est  signée  entre  la  Franci*  et 
la  Chine. 

Veuille/,  etc, 

Sig.  :  ■■■  F.  Tacliabl'e. 
Ev.  de  l'ompéiopalis,  Vie.  ap.  de  Pé-King. 

La  conduite  de  l'abbc  GiulanMIi  paratt  avoir  6lé  1res  cor- 
recte, si  l'on  doil  croire,  et  il  y  a  tout  lieu  de  le  faire,  la 
noie  suivante  d'un  missionnaire  '  ; 


LETTRE    DE 


595 

lotit)  missionnaires,  est  celui 

ot  les  Cliri''l]ensde 
(lcinandcr<l'a|ipnrter  loiil 
lAclip  souvent   bien  difli- 


I"  Un  des  preini 
que  nous  ini|)03C  li 
qui  n  si  longtirmps  proli'^é  les  iiii) 
(Ihine,  a  cRrtninenicnt  le  droit  de  a< 
notre  bon  vouloir  pour  l'aider  dans 
cile. 

a'  Quelle  était  la  mission  du  R.  V.  Giulanclli  ?  Le  Rév.  Père 
n'avait  aucun  titi'c  spi'rial.  et.  [lar  coii.sétjuenl,  la  lettre  (|u'il 
étnil  chargé  de  romcllre,  u'avait  rien  d'officiel.  Il  n'avait  nulle- 
ment le  titre  de  Légat  même  |>our  cetle  alFaire  :  au  moment  de 
[Virlir  [lour  son  vicariat  de  (ïliine  (tilien-Si),  il  est  allé  %oir  le 
Sl-Père,  qui  a  saisi  l'clle  Ixinne  occasion  |>ourrnvover  une  lettre 
pri\ée,  de  politesse,  qu'il  avait  préparÛH'  ilepuis  longtemps,  \io\n 
l'Kmporoiir  de  la  (l)iine. 

3"  But  de  la  lettre  :  le  but  de  la  letlre  était  de  dire  quelqui's 
paroles  aimables  an  Souverain,  de  prévenir  jiar  cet  acte  de  cour- 
toisie des  dangers  qu'une  guerre  prolongée  [x>u\ail  Taire  naître, 
do  féliciter  l'Emperenr  d'avoir  compris  que  les  Missionnaires  et 
les  Chrétiens  restent  en  debors  des  agitations  politiques  et  d'avoir 
fait  un  édit  qui  leur  promettait  la  tranquillité.  Le  R.  Père  a 
déclaré  il  plusieurs  reprises  que  la  démarche  du  Souverain  Pon- 
tife n'avait  aucun  hut  |iolitiqne,  ni  surtout  aucune  arrière -|)en' 
sée  contre  le  Protectorat.  La  lettre  ne  promettait  rien.  n'olTrait 
rien,  ne  demandait  rien.  La  lettre  a  été  reçue,  on  peut  nii>nie 
dire  bien  reçue,  mais  reçue  |Kir  le  Tsoung-ti  Vamen,  qui  dit 
l'avoir  présenlé-e  a  rKnqwreur:  le  Tsoung-li  Yamen  a  ré|)ondu 
|Kir  une  autre  lettre  »|u'il  ilil  avoir  donnée  sur  l'ordre  de  l'Eni- 


inandé  l'audience?  Pour  l'introduire,  il  était 
idreswr  à  la  Krance.qni  inalbeurenseinent  n'était 
a  déclaré  tout  d'nlmril  et.  dès  son  arrivée  à  Pé- 
king.  que  lu  France,  n'élant  |ioin'  b'  moment  juis  représeiilée  à 
l'é-King,  il  n'emploierait  a  aucun  prix  l'inlennédiaire  d'une 
Légation  Étrangère.  M<'  Taglîahue  ne  l'a  pas  introduit:  l'eùt-il 
voulu  essayer  qu'il  n'aurait  pu  réussir.  \u  i"  jour  de  l'an  chi- 
nois, il  avait  vu  sa  lettre  revenir  «uis  réjHinse  et  l'anilienre  de 
Ixmne  année  lui  avait  été  l'efusiV.  Il  fallait  donc  néivssai l'émeut 
trouver  un /uriL'finniiitir^  (7timii«  abordable  au  Rév.  Pèretiiula- 
nelli  et  ca|wl)le  d'obtenir  l'andieuce.  Ce  n'élail  p:is  chose  facile. 
Après  bien  di-sréllexions  et  des  recherches  inutiles,  le  nom  de 
\L  Ilart  a  été  prononcé.  Le  P.  (iiuhuielli  ne  vovant  dans   l'ins- 


Ia"  Qui   a    < 
inqM)s.<iblede 


bg&  LÉGAT    ou     NONCE,    A    t-Ë-EING 

pecleur  des  Douanes  qu'un  agent  fies  Chinois,  a  voulu  le  prier  de 
demander  l'audience.  M.  Hart  a,  en  efTel,  demandi:  el  oblcnu 
l'audience.  Ici,  Monsieur  te  Consul,  je  crois  qu'il  est  bon  d'ob- 
sorver  conJidenlieUement  :  i°  Que  le  Père  ne  s'esl  adi'essé  à  M.  Hart 
que  parce  qu'il  était  h  bout  d'autres  moyens  cl  qu'en  l'absence 
de  la  Légation  de  Franco,  il  ne  voulait  à  aucun  prix  s'adresser  à 
une  légation  Étrangère;  a°  qu'il  ne  regardait  en  M.  Hart  que  le 
fonctionnaire  chinois  el  nullement  politique,  qui.  comme  vous  le 
savez  très  bien,  a  donné  depuis  plusieurs  années,  par  ses  conseils, 
etc..  tant  de  preuves  de  son  mauvais  vouloir,  chaque  fois  qu'il 
s'agissait  de  la  France  ou  delà  lieligion:  3°  que  M.  Hart  a  pure- 
ment et  simplement  demandé  l'audience  et  n'y  a  nullement 
assisté.  On  ne  s'est  donc  adressé  à  lui  que  comme  à  un  porte-voix 
et  pas  autrement.  Il  ne  savait  même  pas  qu'on  y  remettrait  une 
lettre  du  St-Pèrc  h  l'Empereur  de  la  Chine.  Cette  lettre  très 
secrète  n'a  été  présentée  qu'à  la  lin  de  l'audience,  à  laquelle 
n'assistaient  que  le  P.  GiulancUi  el  son  interprète,  missionnaire 
italien  comme  lui  ;  au  sujet  de  cette  lettre,  un  missionnaire  de 
Pé-King  ajoute  :  Je  sais  pertinemment  qu'ils  se  sont  contentés 
de  remettre  la  lettre  sans  parler  d'autres  choses,  ce  que  le  R.  P. 
Giulanelli  n'aurait  du  reste  pu  l'aire.  le  St-Père  ne  lui  ayant 
donné  aucun  litre  ofitciel. 

On  peut  toutefois  regretter  que  M"'  Tagliabuc  n'ait  pas 
cru  devoir  s'adresser  au  ministre  de  Russie,  puisfjue  celui-ci 
était  oITici  elle  ment  chargé  du  protectorat  des  Missions,  cl 
que  M.  Popov  avait  déployé  le  plus  grand  zèle  en  faveur  de 
la  clientèle  catholique  dont  il  avait  assumé  ie  patronage  pen- 
dant nos  diOicullés. 

L'abbé  Giulanelli,  avec  l'interprète  italien,  un  mission- 
naire lazariste,  prêté  par  M*'  Taglîabue,  fut  reçu  seul 
le  8  avril  par  le  Tsoung-li  Yamen  cjui,  deux  jours  après,  lui 
fit  remettre  la  lettre  suivante  : 

LETTRE  DU  TSOUNGLI   YAMEK 

Les  princes  et  grands  ministres  du  Conseil  des  alTaires  des 
royaumes  étrangers,  par  l'autorité  de  la  grande  (dynastie)  Ta- 
Ts'ing,  envoient  une  lettre  oITicielle, 


Au  légat  <lc  la  Grande  Rome,  Gîulanelli,  pour  être  ouvertcen 

NOTIFICATIOS 

Lps  princes  et  grands  ministres  du  Conseil  des  alTaires  des 
royaumes  clrangcrs,  par  l'autorilc  de  la  grande  (dynastie).  Ta- 
Ts'inj^,  notiRent  :  le  vingt-lroistème  jour  de  la  deuxième  lune 
(8  avril  i885).  l'illustrissime  légat  étant  venu  en  notre  palaiset 
en  noire  présence  ayant  remis  les  lettres  royales 

Du    SOUVEBAW  POSTIFE    RoMAlN 

Ledit  Conseil,  le  vingt -cinquième  jour  de  la  deuxième  lune 
(lo  avril),  les  a  de  son  coté  présentées 

Au  Grand  Empereur 

Qni  a  déclare  les  avoir  lues  avec  beaucoup  de  plaisir  et  de 
consolation. 

En  conséquence,  il  a  ordonné  à  nous,  grands  ministres,  de  faire 
savoir  h  l'illustrissime  Légat,  que  lorsqu'il  sera  de  retour  en  son 
royaume,  il  ofTrc  des  félicitations 

Au    SoUVBHAIJi    l'oNTIFK. 

Celte  notification  doit  ôtrc  portée  h  l'illustrissime  Légat,  à  qui 
elle  est  adressée,  afin  qu'il  soit  parrailenienlau  courant  de  ccqui 
a  été  fait. 

La  déclaration  ci-dessus  a  élé  donnée  au  Légat  Giulnnelli  de 
la  Grande  Rome,  la  onzième  année  du  règne  de  Kouang-Siu,  le 
vingt-cinquième  jour  de  la  deuxième  lune  (lo  avril  i885)'. 

Le  P.  François  Giulanelliriit  reçu  en  audience  particulière 
le  35  juin  par  te  Saint-Père,  auquel  il  remit  la  réponse  de 
la  Chine.  Sa  mission  était  terminée. 


NOSCE  A  PÉ-KIRG  ï* 

Si  la  mission  Gîulanelli  n'eut  pas,  par  elle-même,  une 
grande  importance,  elle  eut  pour  résultat  d'inspirer  au 
Tsoung-li-Yamen  et  à  Li  Iloung-tchang,  le  désir  d'abo- 
lir le  proicclorat  que  la  France  exerçait  jusqu'alors  sur 
renseinble   des   Missions  Catholiques,  sans   distinction  de 

I.  MUiiuns  catholiques.  :8S5,  p.  3tr>. 


598  !■(■■<-'*''  OU  ^nNCl■.    1   PÉ-kiVT, 

nationalilés,  établies  dans  l'Empiro,  dp.  noiniiiprun  minislrc 
plénipotentiaire  '  à    Rome  el  de   demander  an   Saint-Siège 
d'accréditer  un  Nonce  011  un  Légal  à  Pc-King. 
Un  missionnaire  écrit  '  : 

r"  Le  Tsounp-lî  Yainen  a  consulte  h  ce  siijct  le  Vlrr-ltoi 
Li  Hounj;-tchang:  daiis  sa  réponse,  les  idées  de  S.  Exe.  Li  sonl 
tout  à  fait  conformes  à  colles  du  Gouvernement  Central. 

a"  Le  Vice-Roi  Li  a  de  m6me  été  consulté  par  son  Goiiverno- 
ment  h  l'eflet  de  savoïrs'ïl  serait  à  propos  d'accréditer  par  lettres 
spéciales  adressées  au  Pape,  le  Ministre  chinois.  M.  Siu.  Celiii-ci 
ouvrirait  clircctemenl  el  sans  autre  intermédiaire  les  relations 
diplomatiques  avec  le  St-Siège  cl  pro|>oserail  au  Pape  de  nom- 
mer de  son  côte  un  nonce  k  Pé-King  pour  traiter  les  questions 
des  missions  catholiques.  La  réponse  du  Vice-Roi  a  de  même  été 
affîrmative. 

3°  Le  Vice-Roi  a  reçu  l'ordre  d'examiner  tous  les  détails  de 
l'aiTairc  et  d'en  faire  un  Rapport  :  d'agir  dans  cette  affaire  Iri-s 
secrètement  cl  le  plus  rapidement  possible.  Le  Vice-Roi  a  donc 
nomme  un  délégué,  qui  a  sa  complète  confiance  pour  trouver 
toutes  les  Informations  nécessaires.  Les  instructions  du  Délégué 
contiennent  un  questionna  ire  dont  ^oici  les  principales  questions 
auxquelles  il  doit  répondre  :  1°  Pourquoi  certains  Gouverne- 
ments européens  envoient  des  ministres  spéciaux  an  Vatican  el 
pourquoi  le  St-Siège  envoie  des  nonces  dans  les  pays  catholiques 
el  dans  certaInsPays  non  catholiques)' —  a"  Quelles  sont  le^ 
Cours  auxquelles  le  Pape  envoie  un  nonce,  cl  ({uelles  sont  les 
Nations  qui  ont  un  Ministre  auprès  du  Sl-Siège.  — ■  3"  Quel  csl 
le  nombre  des  Ëvèqiies  europ<'^ens  en  Chine.  A  quelles  nations, 
ils  apjNirtiennent  et  h  quels  ordres  religieux  ?  Quel  est  le  nombre 
des  sièges  épiscopaux  en  Chine  el  dans  quelles  provinces  résident- 
Ils  P  . —  4°  Quel  est  le  nombre  deit  missionnaires  européens  en 
Chine?  Le  nombre  des  prêtres  indigènes?  —  5°  Le  nombre  des 
catholiques,  etc.,  etc.? 

Il  est  certain  que,  cette  fois-ci,  pour  réussir  dans  leurs  pro- 
jets, ils  n'adopteront  plus  le  moyen  d'un  mémorandum  comme 
en  1871  '.  ils  savcntqu'il  ne  réussirait  pas.  Non,  celle  fols-ci.  ils 

I.  37  juin  i885. 
i.  Voir  I,  p.  '116. 


vpiilenl  faire  adopter  leur  manière  de  voir  par  des  propositions 
généreuses  cl  par  de  bonnes  et  doucereuses  paroles.  A  les  en 
croire,  l'Empereur  et  le  Gouvernement  sont  disposés  de  tout 
rneur  à  protéger  ciricaccmcnt  la  religion  catholique  en  Chine  ; 
—  à  les  entendre,  il»  n'ont  d'autre  but  en  proposant  ce  nouvel 
arranf^ment  que  do  garantir  pour  toujours  la  paix  et  la  prospé- 
rité de  l'église  catholique.  Ils  disent  que  le  protectorat  français 
dr-plail  au  (i  cuve  même  lit  Impérial  parce  que  la  France  en  abuse 
et  qu'elle  fait  souvent  tourner,  par  des  vues  purement  polilî- 
c]ues,  les  questions  religieuses  en  cas  de  guerre.  Or,  avec  un 
miniKlrc  S|iécî«l  n'sidanl  à  Rome  et  un  Nonce  à  l'é-king,  la 
France  n'aurait  plus  rien  à  y  voir,  La  plus  grande  tolérancedes 
Mandarins  el  du  peuple  vis-à-vïs  des  Chrétiens  en  serait  le  résul- 
tat iimnédial.  On  voit  donc  que  leurs  bonnes  paroles  actuelles 
sont  biendilTérentesdii  tonsi  insolent  du  Mémorandum  de  1871  et 
les  belles  promasses  d'aujourd'hui  remplacent  les  prétentions 
exorbitantes  d'alors.  Le  strict  secret  qu'ils  veulent  garder  dans 
celte  aiïaire,  la  rapidité  a*ec  laquelle  ils  veulent  qu'elle  soit  con- 
duite, leurs  propositions  en  apparence  si  généreuses,  tout  cela 
*  n'est  que  pour  mieux  tromper  soit  Uome,  snit  l'aris.  C'est  pour 
ce  molil'  que  je  me  permets  de  vous  communiquer  ces  informa- 
tions certaines. 

Ce  fut  Li  Houng-lcliang  qui  fut  chargé  de  mener  la  cam- 
pagne, mais  il  lit  choix  d'un  agent  singulier,  simple  homme 
d'alfairos  que  rien  no  désignait  pour  cette  mission,  un  sieur 
John  George  Dunn,  écossais  ou  anglais,  ancien  associé  do  la 
maison  David  Reîd  et  C".,  dcChang-IIaï,  puis  agent  spé- 
rial  (i883)  do  YEasIern  Extension,  Aiuilralasia  und  China 
Teleijrapk  Co.,  Limited,  auquel  on  remit  les  pouvoirs 
suivants  : 


POUVOIRS  DE  Dl  ?is 

Li  (Li  I)uiif!-chang)  llis  Imjierial  Chinese  Majeslv's  Higli 
Comuiissioner  for  Ihe  Northern  Coast  Defence.  Minisler  Super- 
inlendent  of  Trade,  Senior  (juardian  of  thc  Ileir  Apparent, 
(îrand  Secrelary  of  the  Wan  Hua  Tien.  Viee-Koy  of  the  Province 


6oo  LÉr.*T  nv  kosck.  a  pé-ki\c 

or  Cliilili  and  Earl  of  the  isl  ranlt  of  thc  siib  a  ordcr,  makesthe 
following  communication. 

The  Bri liai I  Subject,  Jolin  George  Dunn.  is  fully  acqnainlrd 
wilh  the  wishcs  of  the  Chinese  Government  willi  re(t«r(l  lo  thc 
Peh-tiing  Cathotic  Cathcdral  ami  Eslablishmcnl  in  Pcking. 

The  writer  désires  tbat  ail  lo  whom  the  said  J.  G.  Dunn  may 
addrcss  himsclf  will  pay  due  regard  to  what  he  maj  propose 
for  the  scttlemcnt  ofthe  question. 

To  ihe  Superior  ofthe  Lazariste  Keligious  Society  in  Paris  and 
loall  whom  it  may  conccrn. 

Kwang  Siu.  iitli  year,  ^th  moon,  3olh  day  (titb  November 
i885). 

(Seal) 
Truc  Translation 

Signature  ilhsiblc  ' , 

Si  la  négociation  de  Dunn  pour  obtenir  le  dôplaccnicnl 
du  Pé-T'ang  et  pour  établir  des  relations  directes  entre  la 
Chine  et  le  Saint-Siège,  avait  abouti,  le  marquis  Ts'éng 
aurait  été  accrédité  auprès  dit  Vatican.  Le  Pape  parait  n'a- 
voir pas  découragé  ces  ouvertures. 

Depuis  longtemps  déjà,  le  Saint-Siège  était  désireux 
d'oiiérer  une  concentration  des  Missions  Catholiques  en 
Chine,  et  le  27  avril  1879,  le  Pape  approuva  une  résolution 
de  la  Sacrée  Congrégation  de  la  Propagande  partageant  en 
cinq  régions  toutes  les  Missions  de  la  Chine.  On  trouvera 
cette  répartition  dans  le  tableau  des  Missions  Catholiques 
que  nous  donnerons  plus  loin  dans  le  cours  de  cet  ouvrage. 
Imitant  les  missions  protestantes,  les  missionnaires  catho- 
liques  pouvaient  ainsi  se  réunir  en  synodes  régionaux.  Ces 
synodes  ne  pouvaient  guère  avoir  d'autres  résultats  que 
d'accentuer  la  résistance  des  évoques  à  la  Légation  de  France. 

En  aoiU  1880,  l'ambassadeur  de  la  République  près  le 
Saint-Siège  eut  avec  le  Cardinal  Préfet  de  la  Propagande  un 


I.   Barriiter'at-Law.   Lbw  Sécréta rj  to  H.  E.  Vicero)r    Li,  Tien-Tiin. 
7lh  Novembcr  i885.  Prolublemont  PigChoj. 


cnlretirn  an  sujet  du  noiivcoii  groupeincnt  tics  missions 
catlioliqucs  (le  Cliino:  le  cardinal  Simeoni  déclara  que  les 
mesures  adoplées  par  la  Pnipagandc  avaient  un  caractère 
c\clusi^c nient  religieux,  et  que  In  Cour  de  Rome,  loin  de 
cherchera  s'alTranchîr  de  notre  Protectorat,  continuait  d'en 
apprécier  tout  le  prix. 

;\u  sujet  du  premier  de  ces  synodes,  noire  chargé 
d'afiaires,  M.  Patcnôtre,  écrivait  à  M.  de  Frejcinct,  minisire 
des  Affaires  étrangi'res,  de  Pé-King.  le  117  avril  1880  : 

s  La  nouvelle  mesure,  prise  par  le  St-Si^ge,  aurait  jwur  biil 
de  rendre  plus  facile  et  pins  rré([uont  rechange  de  vues  entre  les 
difTérenles  missions  de  Chine  ot  d'assurer,  sur  le  terrain  religieux, 
l'unité  d'action  entre  tons  les  membres  de  la  Propagande.  En 
rnltacliant  l'une  à  l'autre  les  Gongré^utions  qui  avaient  jusqu'il 
vécu  d'une  vie  distincte,  le  Souverain  Pontife  a  dû  se  proposer 
surtout  d'effacer  les  dissensions  qui.  de  tout  temps,  ont  divisé 
les  communautés  catlioliques  dans  l'Extréme-Oricnt  et  qui,  sans 
Hre  au^i  nettement  accusécsaujourd'hui  qu'au  siécicdernier, sont 
loin  cependant  d'élrc  assoupies.  1^  création  d'un  certain  nombre 
de  sitgcs  archi-cpiscopaux,  correspondant  aux  grandes  divisions 
ecclésiastiques  (cinq  régions)  semble  devoir  (^tre  —  dans  un  avenir 
plus  ou  moins  lointain  —  la  cons«]uence  logique  du  sjsièmedc 
centralisation  inauguré  en  Chine  par  la  Cour  de  Home.  L'Kglise 
|)ourra  trouver  son  compte  à  celte  réorganisation  des  mictions  : 
mais  je  doute  que  la  France,  au  point  de  vue  politique,  ait  lieu 
de  s'en  féliciter. 

D'autre  part,  depuis  longtemps,  ainsi  qu'en  témoigne  la 
lettre  suivante  de  M.  de  Roclicchounrt,  adressée  de  Pé-King 
le  i5  mars  1876  au  duc  Dccazes,  certains  vicaires  apos- 
toliques caressaient  t'idéc  de  voir  placer  ù  In  lélc  de  l'Eglise 
de  Chine  un  primat  résident  dans  la  capitale  : 

B  L'év^uc  de  IV'-King  est  venu  dernièrement  m'entretenir 
confidentiellement  d'une  queslinn  qui  l'intéresse  personnelle- 
ment et  au  sujet  de  laquelle  il  voudrait  que  votre  Département 
prit  une  décision  conforme  h  ses  désirs.  Voici  ce  dout  il  s'agit  : 


(hi  Po-T'aiig,  la  culhédralc  catholique  de  Pé-Kîng,  cl  en 
octobre  1886,  notre  ministre,  M.  Constans,  avait  entamé 
des  négociations  à  ce  sujet  avec  Li.  Le  marquis  Ts'éng 
allait  rentrer  en  Chine;  il  était  bon  de  terminer  avant  son 
arrivée.  L'alTaire  du  légat  fut  enterrée  par  la  Chine  comme 
par  lo  Pape, 

En  réalité,  Li  ne  tenait  pas  beaucoup  à  l'envoi  d'un 
représentant  diplomatique  du  Pape  en  Chine  :  «  C'est, 
dirait-il,  le  M"  Ts'êng,  aidé  de  Puissances  européennes,  qui 
a  poussé  son  Gouvernement  dans  ce  sens  ;  il  sera  bientôt  en 
Chine,  fera  vraisemblablement  partie  du  Tsoung-li  Yamcn 
et  il  travaillera  plus  que  jamais  à  la  réalisation  de  son  projet.  » 


CHAPITRE  XXIX 
TRANSFERT  DU  PÉ-T'ANG 

LE    PÉ-t'aNG 

La  cathédrale  catholique  de  Pé-King,  l'église  du  Nord, 
le  Pé-T'ang,  construite  dans  Fintérieur  de  la  ville  impériale, 
avait  toujours  été  pour  les  Chinois,  à  cause  de  la  hauteur  de 
ses  tours,  considérée  d'un  œil  fort  hostile.  A  la  pose,  le 
i*'"  mai  i865',  de  la  première  pierre  du  nouveau  Pé-T'ang, 
construit  sur  remplacement  de  la  vieille  église  des  jésuites, 
M.  Berthemy,  notre  ministre,  avait  dit  :  «  C'est  la  France 
qui  la  pose,  malheur  à  qui  y  touchera.  »  Et  cependant,  à 
diverses  reprises,  Téglise  avait  été  menacée  dans  son  exis- 
tence. 

M^'  DELAPLACE,     iS']^ 

En  octobre  1874,  les  missionnaires  de  Pé-King  ainsi 
d'ailleurs  que  notre  Légation,  eurent  une  chaude  alarme. 
Le  prince  Koung  fit  appeler  le  vicaire  apostolique,  M*^'  Dela- 
place,  et  lui  déclara  que  la  cathédrale  gênait  TEmpe- 
reur  dans  les  agrandissements  qu'il  projetait  de  faire  de 
ses  jardins  vers  TOuest.  Il  fallait  donc  quitter  le  Pé-T'ang; 
on  donnerait  un   autre  emplacement  et  des  compensations 

I.  I,  p.  a6a. 


6o6  TRANSFERT    DU    PÉ-T*ANG 

VU  coiisrquonco  du  dérangement  cl  des  ennuis  causés  à  la 
mission  catholique.  M*""  Delaplace  demanda  à  réfléchir,  puis 
il  adressa  la  lettre  suivante  au  Tsoung-li  Yamen  : 

Pé-T'ang.  6  octobre  187^  (a6  de  la  8*  lune). 

Excelloncos,  le  23  de  la  présente  lune  vous  m'avez  appelé  au 
Tsounj^-li  Yamen  ;  et  m'avez  dit,  de  la  part  du  prince  Roung. 
(|u*il  y  avait  à  craindre  que  le  Pé-T'ang  ne  lût  occupé  par  les 
constructions  h  faire  sur  le  San-Iîaï  :  I)*où  vous  m'engagiez  à 
céder  ledit  Pé-T'ang,  moyennant  compensation  en  échange. 

Je  ne  vous  ai  donné  aucune  réponse  sur-le-champ  :  il  me  fal- 
lait quelques  jours  de  réllexions.  Or,  ces  réflexions  sont  faites; 
et.  par  la  présente  lettre,  j'ai  l'honneur  de  lesporterà  votre  con- 
naissance. 

i"  Je  ne  puis  me  persuader  qu'on  veuille,  en  ce  temps  de 
paix,  nous  chasser  du  Pé-T*ang  où  la  main  du  Grand  Empereur 
k'ang  Hi  nous  a  jadis  placés. 

3"  Une  cession  du  Pé-T'ang  librement  consentie  de  notre  prl, 
ne  me  semble  pas  non  plus  possible. 

Occupation  violente  du  Pé-T'ang:  ceSvsion  volontaire  du  Pé- 
T'ang  :  Plus  je  considt^re  ces  deux  choses  en  elles-mêmes  et  dans 
leurs  conséquences,  plus  je  les  trouve  également  pleines  de  périls, 
impraticables  sous  tous  les  rapports. 

3"  La  question  du  Pé-T'ang  ne  concerne  pas  les  seuls  mission- 
naires de  Pé-King.  La  France  et  toute  l'église  catholique  y  sont 
intéressées.  Je  dois  partir  bientôt  pour  rEuro|)e  ;  là  je  m'enten- 
drai sur  ce  sujet  avec  mes  supérieurs  ecclésiasti(|ues  et  le  (iouver- 
nemenl  français. 

/i**  Je  ne  dis  encore  rien  a  la  Légation  de  France.  Ce  n'est  pas 
à  moi  à  lui  parler  maintenant  de  cette  alTaire.  d'autant  que,  me 
parait-il.  la  Légation  ne  pourra  pas  plus  que  moi,  aboutir  par 
elle-même  h  une  solution. 

5°  Enlm,  rieji  ne  saurait  compenser  pour  nous  le  Pé-T'ang. 
Aussi  quoi  (ju'il  arrive,  nous  n'accepterons  jamais  ni  indemnité  ni 
échange. 

Mon  1res  sincère  désir  a  loujom's  été  et  sera  toujours  de  \ivre 
en  bonne  harmonie;  |K)ur  cela,  je  ferai  et  sacrilierai  tout  ce  qu'il 
sera  possible  de  faire  et  de  sacrifier.  Mais  il  est  des  droits  qu'on 
ne  sacrilie  jamais  ;  il  est  des  devoirs  qu'on    remplit  jusqu'à   la 


RÉPONSE    DU    TSOUNG-LI    YAMRN  607 

mort  ;  or,  lels  sont  nos  droits  et  nos  devoirs  à  Togard  du  Pé- 
T'ang. 

Daignez  agréer,  etc.,  etc. 

Signé  :  L.  G.  Delaplace. 
Évoque  d'AndrinopIe,  Vicaire  ajK>stolique  de  Pé-King. 

Le  Tsoung-li  Yamen  répondit  : 


RÉPONSE    DU    TSOUNG-LI    YAMEN    A    M**"    DELAPLACE 

Vous  nous  avez  envoyé  une  lettre  en  caractères  européens. 
Déjà  nous  avons  mandé  qu'on  en  traduisit  le  sens  général  (en 
gros,  à  peu  prés),  d'où  nous  avons  appris  qu'au  sujet  du  Pé-T'ang 
vous  soupçonnez  qu'on  veut  profiter  do  l'occasion  pour  vous 
chasser,  etc.,  etc. 

A  examiner  l'origine  du  Pé-T'ang.  c'est  bien  le  clément  Em- 
perein*  [R'angHi]  qui  a  donné  le  terrain  et  a  permis  la  construc- 
tion. Tout  le  monde  autrefois  savait  cela  ;  mais  beaucoup  d'années 
se  sont  écoulées;  et  à  la  longue  on  a  oublié  [ce  faitj. 

Quant  à  la  restitution  opérée  du  temps  de  Hien-Foung,  et 
quant  à  la  bâtisse  faite  du  temps  de  T'oung-Tclié,  personne 
n'ignore  que  tout  cela  ayant  eu  lieu  après  rechange  des  traités 
n'a  pas  été  libre  de  notre  part.  Non  seulement  dans  les  Pro- 
vinces on  l'a  compris  de  la  sorte,  mais  même  dans  Pé-King  les 
notables  et  les  mandarins  en  ont  ainsi  jugé. 

Aujourd'hui,  si,  par  une  nouvelle  faveur  on  vous  donne  un 
autre  endroit,  ce  sera  faire  connaître  partout,  en  Chine  comme  en 
Europe  que  la  construction  de  cette  église  est  due  au  bienfait 
de  l'Empereur  actuel  ;  et  ainsi  cette  nouvelle  condition  vous  re- 
lèvera de  beaucoup.  Par  là  les  traces  du  premier  bienfait  (bien- 
fait primitif)  qui  s'étaient  elTacées  avec  le  temps,  redeviendront 
plus  resplendissantes.  Par  là,  le  fait  passé  de  la  restitution,  qui 
a  toujours  laissé  du  louche,  comme  non  librement  consentie,  sera 
mis  hors  de  toute  espèce  de  doute.  Ainsi  on  le  verra,  ainsi  on 
l'entendra  en  (^liine  et  en  Europe.  Dans  nos  i8  Provinces,  il  ne 
surgira  aucun  résultat  malheureux  ;  de  là,  au  contraire  fleurira 
l'harmonie  de  la  paix.  Donc,  avanlages;  point  de  perte;  profit, 
rien  qui  nuise. 

L'Lvêque  conq)rend  ordinairement  bien  les  choses.  Touchant 


6o8 

l'afTairc  présente,   il  imUira  crrlninoiiient  crci  (sans   laiflsrr  rien 

Le  rapilnl  de  la  rctlif;ion  est  dVxhorlcr  Ic9  bommcs  ù  la  lidélitô 
cl  11  la  pictù  filiale.  S'il  arrive  dans  le  pays  des  alTaim  piiblii|ue». 
il  l'awt  aider  k  les  lermincr.  —  En  oxilre  rK^J^juc  ne  Dionque 
jamais  de  dire  que  là  où  on  prêche  la  religion.  1<^  od  obéil  avec 
r('S|>crt  au  Souverain  du  lieu.  A  plus  forte  raison  (doit-on  obéir) 
<|nand  un  bienfait  spikial  du  Souverain  accorde  la  faveur  spéciale 
d'une  nouvelle  maison  ;  cliose  si  glorieuse  ! 

Quant  aux  frais  de  déménagrmenis  et  de  reconstruction,  évi- 
demment notre  Empire  comptera  dans  celtt;  défwnsc. 

Dans  le  premier  temps,  quand  l'EmixTeur  a  donné  (i'RfrIise), 
et  plus  tard,  quand  on  l'a  restituée,  c'est  rËïé(|ue  qui  a  tout 
traité  lui-niénic  et  tout  reçu.  —  De  plus,  les  missionnaires  pn^ 
cbent  la  religion  en  Chine.  l'uistgu'ils  sont  en  Chine,  ils  doivent 
toutes  les  fois  qu'il  s'agit  soit  d'une  donation,  soit  d'une  resti- 
tution, soit  (l'un  transfert  ailleurs,  ils  doivent  se  simineltre 
rrs|)eetueu sèment  à  la  volonté  signifiée  jKir  l'EmjKreur  de 
Chine  —  et  de  la  sorte,  ils  seront  d'accord  avec  les  règles  de 
leur  Religion. 

Que  l'hvéquc  n'allègue  pas  le  manque  de  {tonvoir  pour  éluder 
(cette  aiïaire).  I^  Chine,  à  coup  sur,  ne  force  pas  à  rim|x)ssible. 
Le  moyen  aujourd'hui  proposé  tend  précisément  à  réjiandre  un 
nouveau  lustre  sur  la  cgucsiion  religieuse  (sur  les  alTuires  de  la 
Iti'ligion).  tant  au\  jeux  des  Chinois  qu'aux  jeux  des  Euro|)écns, 
Ce  n'est  pas  ainsi  que  la  i'russe  et  l'Italie  traitent  les  ecclésiasti- 
(|ues.  La  dilîéi'ence  (enlre  leur  manière  d'atfir  et  la  nôtre)  est 
extrême. 

L'fivéquc  peut  de  lui-inéme  arranger  (cette  affaire)  il   n'v  a 

C'est  pourquoi  nous  avons  adressé  cette  réponse  '. 

L'affaire  devenait  sérieuse  :  M"""  Dclaplacc  rentra  en 
Europe  [H^ur  expliquer  la  situation  ik  Kome  et  îi  Paris  et 
M.  Gabriel  Devéria,  qui  revenait  en  France,  fut  chargé 
d'exposer  les  faits.  La  mort  de  T'oung -Tclié  vint  lieureuse- 
menl  aplanir  ksdiftîcultés  et  trois  joui-sapix's  cel  événemeal, 


.  Pour  traductioD  conformer  i'i'vikpieiie  Pé-Kiug  (Sig.)  ;  Uelaplace. 


IlÉPONSE     DU    TSOi:\(,-I,I    YAMKN  (JoQ 

la  Gazette  de  Pé-Kimj  du  iT)  janvier  1873  ronrorniail  l'ordre 
suivant  des  deux  Impératrices  : 

Que  Ton  suspende  imniédiatemciit  queUjue  soit  leur  detçré 
d'avancement,  les  travaux  entrepris  dans  la  (partie  du  palais  ap- 
pelée) San-IIaï  '. 

Respectez  ceci. 

La  lettre  suivante  terminait  Tincident  : 

Pé-King.  le  UQ  janvier  1875. 

Le  Prince  Roung,  Président  du  Tsoung-li  Yanien.  au  Comte 
de  Rocliecliouart,  Chargé  d'Affaires. 

Au  sujet  de  l'aflairc  de  l'Kglisc  catholicpie  située  à  l'endroit 
appelé  Tsan-tclie-ko,  à  l'intérieur  de  la  porte  Si-ngan  men,  nous 
avons,  le  22*  jour  de  la  17*  lune  (39  janvier  1876)  de  T'oung- 
Tché,  présenté  aux  deux  Impératrices  un  rap|)ort  au  Trùne  ainsi 
conçu  : 

«  \ous  avons  reçu  l'ordre  des  deux  rmj)éralrices  de  suspendre 
les  travaux  entrepris  du  San-ÏIaï,  quel  que  soit  leur  degré  d'avan- 
cement :  aussi  sollicitons-nous  également  l'ordre  de  sus|)endre 
les  négociations  qui  ont  été  entreprises  au  sujet  de  l'Église  ca- 
tholique située  à  l'endroit  appelé  Tsaii-tclu»-ko.  à  l'intérieur  de 
la   porte   Si-ngan  men.  » 

Nous  avons  reçu  l'ordre  suivant  : 

ce  Approuvé.  Respectez  ceci.    » 

J'ai  cru  nécessaire  de  |X)rler  ceci  à  la  connaissance  de  Votre 
Excellence. 

Tel  est  le  but  de  la  présente  communication  spéciale. 
(Sceau  du  Tsoung-li  YamenJ-. 

Mais  en  i885,  la  question  était  posée  à  nouveau  :  «  L'em- 
pereur allait  atteindre  sa  majorité,  se  marier  et  prendre  en 
mains  les  rênes  de  TÉtat.  L'imj)ératricc  mère,  la  célèbre 
Si  Cah  heou  devait  alors  selon  la  coutume   sortir  du  [lalais 

I.  A'<ï/i- ^fl F,  les  trois  mers  :  Pé-Haî,  Tchoung- //ai  ci  A'^w/AïF  qui 
[lorlent  le  nom  g<^n6ral  de  h'ing-//a'î,  occii|)Oiit  la  partie  Ouest  de  la  >ille 
impiTiale.  Voir  Favicr,  PéKingt  p.  3'j6. 

a.  Traduction  de  F.  Scherïcr. 

CoRDiER.  U  —  39 


et  cédPT  la  place  k  la  notivollc  impératrice.  Les  princes  et  les 
hauts  mandarins  étaient  fort  (■inljarrnssr'-s  ;  on  no  ptmvait 
éloigner  une  inipératrict!  de  cetio  valeur,  qui  était  certaine- 
ment appelée  h  'rendre  encore  d'immenses  services.  Après 
bien  des  pourparlers,  l'impératrice  mère,  comprenant  la 
situation  mieux  que  personne,  déclam  qu'elle  sortirait  du 
I>alais  pour  se  loger  au  Aan-haÈ  qui  y  est  attenant.  Les  trois 
lacs,  le  pont,  et  le  Tse-Kouang-Ko.  passeraient  à  son  usage 
personnel  ;  de  plus,  le  Pé-T'ang  devait  ^Ire  réuni  aux  jardins 
impi'riaux.  On  enclorait  en  outre  dans  les  mura  de  l'enceinlc 
réservée  toutes  les  maisons  avoisinant  le  Pé-T'ang,  et  où 
logeaient  plus  de  3  ooo  familles  chinoises  ' .  n 

Li  Houng-tcliang,  dans  le  but  de  donner  satisfaction  à 
rimpéralrice,  pria  son  factotum,  M.  Dch-ing,  de  s'entendre 
avec  M.  l'abbé  Favier,  procureur  des  Lazaristes,  la  congré- 
gation occupant  le  Pé-T'ang. 

M.  l'abbé  Favier,  avec  une  rare  désinvolluie,  sans  préve- 
nir notre  légation,  sempressa  de  signer  une  convention  avec 
l'agent  chinois. 


CO:<ÏEXTIOS   PAVIEK-1>FTHI!«G 

En  voici  les  principaux  points: 

i"  Tout  rfitablissemenldii  l*é-T'Hnf»el  celui  du  Jen-tseii  T'aiifî 
seront  livrés  nu  gouvernement  ciiiiiois  dnns  un  dt'-lai  de  deux 
ans  à  [Hirtir  du  jour  de  la  ratiiicatiou  do  la  Convention. 

•À*  Lex  missionnaires  devront  laisser  les  coiislniclioiis,  les  plan- 
tations,etc.,  dans  l'état  où  elles  existent  actuel lemctit  et  ne  |Kiur- 
ront  emporter  que  le  mobilier. 

3°  Le  Gouvernement  Chinois  mettra  à  la  disposition  de  la 
Mission  un  terrain  de  la  mi^me  contenance  que  celui  qui  lui  est 
restitué  et  sis  au  lieu  dit  «  Si  Clinu  Kou  »'.  Les  missionnaires 
pourront  y  élever  le  genre  de  constructions  qu'il  leur  conviendra. 


CONVENTION    FAVIER-r>FTRING  ()  1  I 

h  la  condilion  loutofois  que  l'Eglise  iio  pourra  dépasser  une  liau- 
leur  de  5o  pieds. 

4"  Les  missionnaires  eslinienl  la  valeur  des  constructions 
qu'ils  vont  abandonner  h  ^oo  ooo  taëls»  mais,  dans  un  senti- 
ment de  reconnaissance  pour  le  gouvcrnemcnl  chinois,  ils  se 
bornent  à  demander  une  indemnité  de  35o  ooo  iaêls. 

5**  Un  décret  impérial  fera  connaître  les  causes  du  déplace- 
ment des  établissements  de  la  Mission.  Ce  décret  sera  gravé  sur 
une  stèle  abritée  par  un  toit  en  tuiles  jaunes  et  placée  à  Tentréc 
de  la  Nouvelle  Église. 

6"  Les  missionnaires  font  présent  au  Gouvernement  chinois  de 
Torgue  du  Pé-T'ang  et  de  leur  Musée. 

r^e  préambule  de  cet  acte  stipule  qu'il  n'aura  de  valeur  qu'a- 
près avoir  été  ratifié  par  l'Empereur  de  Chine  et  par  le  Pape. 

Pas  un  mot  de  la  France. 

L'exemple  de  M^^  Delaplacc  aurait  dû  guider  M.  Favier  ; 
de  tous  les  établissements  de  missionnaires  en  Chine,  le 
Pé-T'ang  est  le  plus  incontestablement  la  propriété  de  la 
France.  L'emplacement  du  Pé-T'ang  fut  donné  aux  Jésuites 
envoyés  par  Louis  XIV  h  Pé-King  : 

a  Le  4  juillet  1698  l'empereur  K'ang-Hi  leur  fit  don  d'une 
maison  située  dans  la  ville  jaune  où  ils  s'installèrent  et  dans  le 
voisinage  de  laquelle  ils  construisirent  une  chapelle.  Cet  établis- 
sement fut  reconnu  bientôt  comme  insuffisant:  en  1699,  ï'^*^" 
pereur  leur  concéda  le  terrain  actuel,  sis  également  dans  la  ville 
jaune,  où  par  les  soins  des  PP.  Gerbillon  et  Bouvet*  et  les  lar- 
gesses de  Louis  XIV,  fut  élevée  en  quatre  ans  une  belle  église 
française  (celle  qui  fut  détruite  en  1837)*.  Le  roi  de  France  en- 
voya en  outre  un  riche  mobilier  et  des  instruments  de  mathéma- 
tiques^.  » 

Lorsque  la  Compagnie  de  Jésus  fut  supprimée,  en  1773,  — 
par  un  décret  de  la  Propagande  du  7  décembre  1788,  et  une 

I.  Voir  I,  p.  5i. 
a.  Voir  1.  p.  55. 
3.  Notes  de  M?""  Mouly,  lazariste. 


Ordonnance  du  Roy  du  au  janvier  178S,  les  Lazansl4>s  les 
rcniplacèi:ent.  Celle  substitution  nVnlcvaît  rien  à  notre  droit 
de  propriété  el  ce  fut  à  nous  que  les  Chinois  restituèrent  le 
Pé-T'ang  le  29  novembre  1860,  et  ce  fut  nous  qui,  le  5  jan- 
vier i86i,  reminies  le  titre  de  propriété  à  M'^  Monly.  Je 
pourrais  aussi  parler  du  don  d'un  terrain  ou  s'élevait 
autrefois  une  verrerie,  conliguË  à  la  mission,  cédé  h  litre 
gracieux  leaidécembre  1861^  parle  prince  RoungàM.  Ber- 
tliemy  et  remis  par  notre  minisire  k  l'évêque  de  Pé-King. 
En  droit  strict,  nous  |K)uvions  et  nous  pouvons  rendre  la 
mission  k  tel  ordre  religieux  qu'il  nous  convient;  ni  le 
Pape,  ni  les  Lazaristes  n'ont  de  droits  sur  le  Pé-T'ang. 

HÉG0CIAT10N9 

M.  Favier  quitta  la  Chine  le  5  juin  1886  appelé  à  Rome 
par  un  lélégranimc  de  M'^  Jacobini  ;  nous  étions  d'ail- 
leurs désireux  de  donner  satisfaction  aux  Chinois  [lourvu 
qu'ils  s'adressassent  à  nous,  les  ^xais  propriétaires.  Li  devait 
savoir  que  nous,  seuls,  avions  qualité  j)Our  régler  la  question, 
que  nous  étions  disposés  k  être  aimables,  mais  il  fallait  que 
nous  fussions  saisis  régulièrement  de  la  question. 

M.  Rislclhueber  fui  chargé  des  négociation.s  avec  Li 
Houng-tchang.  Dès  les  premiers  mots  de  l'entrevue,  le 
16  août  1886,  de  notre  Consul  avec  Li,  celui-ci  déclara 
qu'une  convention  avait  été  signée  par  M,  Favier,  |>our 
l'évCque  de  Pé-King,  cl  par  M.  Detring,  représentant  le 
gouvernement  chinois. 

Li  déclara  que  le  Pc-T"ang  n'était  nullement  propriété  de 
la  France,  qu'il  avait  été  donné  par  l'empereur  K'ang-lli  aux 
missionnaires  et  que  si  notre  Légation  était  intervenue  lors 
de  sa  restitution  en  lâCo,  c'était  tout  simplement  en  exécu- 
tion de  l'article  VI  de  la  Convention,  d'a])rès  lequel  a  les 
établissements  religieux  devaient  <>lre  rendus  à  leurs  proprié- 


M:(;(ir.i  \  rioNs  Tu  3 

Iniros  par  refjlrcinlso  du  Miriislrc  de  b'nuin>  on  (iliino  ». 
Los  inissioniitiires  avaient  répondu  que  les  olablissements 
appartenaient  au  Pape.  L'impératrice,  se  souvenant  de  la 
lettre  du  Pape,  donna  a  Li  Tordre  d'entrer  en  relations  avec 
lui.  Li  avait  remis  une  lettre  personnelle  à  M.  Favier  (qui 
avait  suggéré  qu'il  serait  bon  qu'il  portât  lui-même  la  con- 
vention à  Rome)  pour  le  Paix;  dans  laquelle  «  il  recomman- 
dait ce  missionnaire  qui  m'avait  fait  une  excellente  impression 
pour  les  fonctions  de  représentant  du  Saint-Siège  à  Pé- 
king  ».. 

Le  missionnaire  laisse  ici  percer  le  bout  de  l'oreille. 

Le  Vice-Roi  dans  une  nouvelle  entrevue  avec  M.  Ristel- 
bueber,  le  i8  août,  modifia  son  attitude  et  le  cbargea  de 
télégraphier  au  Président  du  Conseil  : 

\  la  suite  d'une  démarche  faite  auprès  des  missionnaires  de 
Pé-Kiiig  en  vue  d'obtenir  la  restitution  du  Pé-T'aiig,  j'avais  été 
informé  que  cette  restitution  dépendait  du  Pape  seul,  et  c'est 
jxmr  cela  que  je  me  suis  adressé  à  lui  directement.  I^ar  la  com- 
munication que  M.  Uistelhueber  m'a  faite  de  la  part  de  V.  E., 
j'apprends  que  la  France  revendique  sur  le  Pé-T'ang  certains 
droits  en  vertu  des(piels  l'intervention  et  l'assentiment  du  Gou- 
vernement français  seraient  nécessaires  pour  la  rétrocession  de 
cet  établissement.  Je  m'empresse  de  venir  prier  V.  F],  de  vouloir 
l)ien  ratilier  le  contrat  passé  entre  M.  Favier  et  moi  et  la  prie  de 
croire  que  je  lui  serai  sincèrement  reconnaissant  d'avoir  bien 
\oulu  déférer  ainsi  aux  désirs  de  Sa  Majesté  l'Impératrice  ». 

r^i  ajouta  au  sujet  du  délégué  pontifical  ',  tout  en  décla 
rant  que  le  gouvernement  chinois  n'admettrait  pas  d'autre 
représentant  du  Saint-Siège  qu'un  agent  ayant  le  caractcTC 
diplomatique,  qu'il  n'attachait  pas  d'autre  importance  à  ce 
que  le  Pape  fut  représenté  à  Pé-King  et  que  c'était  d'ailleurs 
une  question  à  régler  entre  la  France  et  Rome.  En  réalité  il 
ne  s'agissait  que  de  l'envoi  d'un  légat  muni  de  pleins  pou- 

I.   Voir  le  chapitre  précédent. 


6tâ 

Toirs,  charge  d'établir,  de  concert  avec  le  vice-roi,  une  sorte 
de  concordat  réglant  toutes  les  questions  soulevées  par  la 
pratique  de  la  religion  en  Gliine.  Dans  cet  arrangement,  il 
ne  serait  pas  porté  atteinte  à  la  Iradition  d^1p^és  laquelle  la 
France  exerce  le  protectorat  des  missions,  si  le  gouvernement 
français  conserve  une  attitude  conciliante  ;  s'il  voulait,  an 
contraire,  s'opposer  à  la  conclusion  dudil  arrangement,  la 
Chine  serait  déterminée  à  se  renfermer  dans  l'exticulion 
pure  et  simple  de  l'article  XllI  du  Traité  qui,  d'apK's  l'avis 
d'éminents  légistes  consultés  à  ce  sujet,  ne  conférerait  à  la 
France  aucun  droit  à  la  protection  internationale  des  mis- 
sions. 

M.  Favier adressa,  Icii  septembre  1886,  le  télégramme 
suivant  à  Li  Houng-tcliang,  après  i'a^oi^  soumis  au  minis- 
tère des  Aflaires  étrangères  : 

a  Supérieur  général  '  favorable  en  principe  à  accord  projelr. 
Il  V  a  donc  lieu  de  saisir  la  Lt-gation  pour  ri'glcmenl  de  i'alTnir'' 
conjointement  avec  le  Gouvernement  chinois,  conformément 
aux  précédents,  o 

Cependant  M.  Favier  renti-ait  en  Ctiine  ;  dès  qu'il  arrive  à 
Tien-Tsin,  malgré  l'invitation  que  luiavaît  adressée  M.Cons- 
lansdc  s'abstenir  de  voir  le  vice- roi,  pour  ne  pas-  entinver 
les  négociations  do  la  Légation,  il  se  précipita  chez  Li  avec 
lequel  il  resta  en  conférence  le  1 1  novembre  de  7  heures  à 
10  heures  du  soir.  Il  n'est  pas  étonnant  que  notre  ministre 
ait  «  informé  l'évèque  de  Pé-King  que,  si  c'était  nécessaire, 
il  userait  envers  M.  Favier  des  moyens  légaux  pour  empê- 
cher que  nos  négociations  soient  ainsi  contrecarrées  ».  Le 
Département  voulut  bien  considérer  que  M.  Kavierétail 
"  plus  maladroit  que  mal  intentionné  m;  la  vérilt;,  c'est  que 
M.  Favierétait  désapprouvé  par  ses  supérieurs  et  que  nous 

I.  Le  supérieur  général  do  LizarisICB  étiil  M.  Fut. 


"C--  ■■'.* 


NÉGOCIATIONS  6l5 

n'avions  aucune  raison  de  nous  plaindre  des  Lazarisles. 
M.  Favier  avait  eu  à  Marseille  une  conférence  avec  le  marquis 
Ts'ông,  fait  ignoré  du  vice-roi  du  Tché-li,  et  ce  dernier 
aurait,  peut-être,  été  bien  aise  de  faire  échouer  Li  dans 
TafTaire  du  Pé-T'ang.  Le  12  novembre,  à  six  heures,  M.  Favier 
quittait  Tien-Tsin  pour  Pé-King.  On  peut  s'étonner  que  ce 
missionnaire  que  ne  recommandaient  ni  ses  grandes  vertus 
personnelles,  encore  moins  sa  science,  dont  les  qualités 
étaient  celles,  non  d'un  prêtre,  mais  d'un  homme  d'affaires 
retors,  ait  été  accepté  plus  tard  par  notre  gouvernement 
comme  évêque  de  Pé-King  ;  procureur,  fort  bien,  vicaire 
apostolique,  point.  Certes,  le  vieux  Delaplace,  que  j'ai 
connu  et  estimé,  n'aurait  jamais  prétendu  que,  la  Chine 
et  le  Pape  étant  d'accord,  la  France  n'avait  qu'à  donner  son 
consentement  après  qu'il  lui  aurait  été  demandé  courtoise- 
ment. 

L'attitude  de  Li,  devenue  hostile  après  le  départ  de  l'abbé 
Favier  pour  le  Nord,  se  modifia  encore  heureusement  le  18 
novembre  ;  il  s'excuse  de  son  langage  de  l'avant-veille.  «  Il 
était,  disait-il,  sous  l'impression  des  observations  qu'il  avait 
reçues  du  7"  prince...  Du  moment  que  le  Pape  a  renoncé  à 
l'envoi  d'un  délégué,  l'affaire  doit  être  considérée  comme 
terminée,  et  la  Chine  insistera  d'autant  moins  qu'elle  n'a 
jamais  attaché  grande  importance  à  la  venue  de  ce  délégué  *; 
les  questions  concernant  les  missions  continueront  naturel- 
lement à  être  traitées  comme  précédemment  par  la  France... 
Quant  au  transfert  du  Pé-T'ang,  c'est  un  service  demandé 
h  un  gouvernement  ami...  J'ai  donné  à  la  France  assez  de 
preuves  d'amitié  pour  pouvoir  espérer  qu'elle  ne  m'opposera 
pas  un  refus.  » 

Les  négociations  reprenaient  donc  leur  cours  normal,  ainsi 
que  le  montre  la  correspondance  importante  suivante  : 

I.  Voir  le  chapitre  précédent. 


OFFICIELLE    DE    CESRIOn    DU    PÉ-T"A!<r,    LETTRE    DE 

Ll    HOUSC-rCHASC    A    M.    CONSTASS 

Tien-Tsin,  ai  novembre  1886. 

J'avais  reçu  de  la  Cour  un  Décret  inc  prcscrivaiil  d'einoycr 
un  déléf^ic  li  Itoine  pour  dîsculer  avec  lo  Pape  sur  les  AfTaircs 
religieuses  ainsi  que  sur  In  question  dc-ta  cession  du  IV-T'anf,' 
(établisse  nie  ni  situé)  dans  la  rnpilale.  Je  sais  aujourd'hui  que  le 
Pape  a  ajourne  l'envoi  d'un  déli'-gué  en  Cliine  :  celte  aiïaire  étant 
terminée  il  est,  di's  lors,  inutile  di*  s'en  occuper  à  nouveau. 

Quant  à  la  question  dn  déplacement  et  de  la  reconstruction 
(c.-à-d.  transfert)  du  IV^T'ang,  le  Pape,  tout  en  donnant  son 
autorisation,  a  eependanl  déclaré  qu'il  fallait  préalablement  s'en- 
tendre h  ce  sujet  avec  votre  Gouvernement. 

La  Chine  d<^sirc  h  présent  agrandir  les  terrains  du  Palais,  or 
le  l*i^T'ang,  par  sa  proximité  du  Palais  est  un  nbsl«c)e  à  cet 
agrandissement.  Je  prie  Votre  Excellence  de  vouloir  bien  adr<'s- 
ser  un  rapport  à  Son  Gouvernement  en  lui  demandant  de  céder 
le  Pé-T'ang.  La  bonne  harmonie  augmenta  ni  maintenant  chaque 
jour  entre  nos  deux  |Miys,  la  Chine  cspi're  vivement  (qu'une 
chose)  qui  lui  est  nécessaire  lui  sera  accordée. 

Comme  il  est  dit  dans  l'arliclc  VI  de  la  Convention  de  1860 
que  H  tous  tes  établissement  religieux,  etc.  n,  je  prie  en  corisé- 
quonce  Votre  Excellence  d'invilcr  l'évéquc  du  l'é-j'ang,  confor- 
niément  à  la  Convention  ari-étée  avec  M.  l'ahbé  Favier,  à  céder 
le  Pé-T'ang  et  à  le  transférer  à  l'endroit  choisi  dans  la  capitale, 
ù  Si-che-k'ou. 

I.^s  liens  d'amitié  qui  unissent  nos  deux  pays  seront,  par  là. 
resserrés  encnre  davantage.  En  facilitant  ainsi  par  sa  conciliation 
les  relations  amicales  entre  tes  ileux  pay.'J,  Votre  Excellence  mon- 
trera encore  plus  sa  déférence  pour  les  désirs  de  notre  Empereur. 
—  C'est  ce  que  véritablement,  je  suis  heureux  d'esjK'rer  '. 


nf:PO>SE    DE    H.    CONSTATS    A    Ll    IlOUNG  Ti:iIA>r. 

Pé-King.  a5  novembre  i88j. 
Excellence, 
'ai  l'honneur  de  vous  accuser  réception  de  la  lettre  que  vous 
.  Pour  traduclioD  conrormc  (ûg.)  ;  G.  Imbal-lt-IL-art. 


m'avez  adros^i'-c  h  la  <hilc!  (In  ai  novembre.  Voire  Exrellciire 
vent  Iiien  me  fairp  Sinoir  ijiie  l'établissement  du  l'i^T'niig  fnil 
obslarle  à  la  réalisaltiin  du  ili'wir  de  lu  (ibine  d'étendre  les  di'-- 
peiidancefl  dn  l'alais  Imjiérinl  snr  lus  termina  iivoisiiianl!i.  Votre 
KicoIJoiice  inc  prie,  en  conséquence,  du  demander  au  Gonverne- 
ment  de  lu  Képublujue.  de  vouloir  bien  autoriser  lu  cession  du 
P,LTnn|... 

Je  me  suis  empressé  de  transmettre  par  télégrapbc  cette  lettre 
nu  IX'pni'teiuent.  Je  ne  pn'-vois  pas  que  li'  tiouteriienienl  de  la 
Itépnbliqne.  qui.  diuis  cette  alTaire  n'a  jamais  en  d'autre  désir 
que  cehii  d'étru  agréable  à  Sa  Majesté  l'Empereur  de  Cliine.  ail 
la  moindre  '  objection  ù  faire  à  votre  demande. 

i'our  ma  part,  je  m'elTorcerai  d'aider  \i)trt'  Kxcellem-e  pour 
qn'Klle  soit  k  mémo  de  mener  h  bien  la  mission  dont  Elle  a  été 
cborfîée  par  Décret  Impérial. 

Je  la  remercie  sincèrement  dt-ssenlimeiils  qu'Klle  a  bien  \oidu 
m'exprimcr  dans  sa  lettre,  cl  je  ne  doute  pas  que  le  irgloincnt 
de  celte  alTaire,  ainsi  qnc  mon  Gnniernemeiit  cl  moi  -même  le 
souhailons  vivemeni,  n'nlTermisse  les  liens  qui  nnissenl  nos  deux 
pavs  et  n'angmente  In  bonne  barmonie  qui  n'gne  entra  eux. 

Veuilles  agréer,  etc. 

(SIg.)   CONSTO,. 


IIOUTO-TCIUJO 

.    M.     «lSll!l.liUEI.lîH 

Ti 

ir,i-T«n,  17  noïcii.brc  iSKfi. 

<li'  ^o«l<>i^  Im-ii  <' 

1  qnc   j  a 


Je  vuns  prie  di 
MinLsIre  tous  les  délails  de  la 

Je  n'aurais  eu.  quant  à  nioi.  ancune  objection  à  accepter 
projet  de  leltre  <|iie  j'ai  rei;n  de  S.  K.  M.  Constans,  mais  j'ai  1 
la  soumettre  an  IViiice  Tcb'oncn  qui  m'a  imméiliatemeni  r 
[tondit  dans  nn  télégramme  que  e  puis(|ne  le  Pape  n'envovi 
pas  de  délégué  en  (Ibine.  il  élail  ili's  lors  inulile  que  la  (iliii 
insislAt,  mais  qu'il  ne  convenait  pas  d'en  donner  à  la  Kranci'  ni 
preuve  <|ni  fi'il  contraire  'a  In  dignité  de  ta  (]bine:  ijni'.  quiiiif 
l'afTaire  dn  IV--T'ang.  on  dotait  s'eul.-u<li'e  avec  la  Kiance.  » 


.   Moindre  était  paul-£lro  oxccssif  dan''  la  circonslaacc. 


J'estime  que  piiis([iic  le  représciilant  du  Pape  ne  vicnl  pas.  il 
«»t  înulile  de  reprendre  cette  question.  La  Chine  n'a  jamai:^  eu 
l'idée  de  modifier  le  Traité.  >otis  savons  que.  dans  ce  Traité  il  y 
a  un  article  auquel  la  France  donne  un  scnsquc  la  Chine  ne  liu 
donne  pas,  mais  il  n'est  ]>as  besoin  de  discuter  là-tlirssus  main- 
Icnant.  I.ts  oITnires  de  mission  qui  ont  été  jusqu'à  présent  réglées 
par  l'inlerméiliaire  îles  Agents  frnn^'ais,  continueront  à  l'être  à 
l'avenir  comme  précédemment. 

Quant  à  <x  qui  est  de  In  cession  du  Pé-T'nng.  c'est  là  un  ser- 
vice que  ta  Chine  demanile  il  une  nation  amie.  La  Cour  désirant 
aujourd'hui  agrandir  la  partie  interdite  (du  Palais),  a  déjà 
aclieté  les  maisons  particulières  du  voisinage  et  les  a  fait  démi's- 
nnger.  (]omme  nous  avions  entendu  ilire  que  le  Pé-T'ong  dépen- 
dait du  l'npe  de  Rome,  nous  avons  en  conséquence  envové  au 
lieu  de  sa  résidence  quelqu'un  pour  s'entendre  (avec  lui).  En- 
suite, nous  avons  su  que  le  Pé-T'ang dépendait aus.si  delà  France 
et  c'est  pourquoi,  nous  avons  aussitôt  fait  des  démarches  auprès 
de  Votre  Gouvernement,  e»  vue  d'une  entente.  Au  mois  d'Août 
dernier,  je  vous  ai  demandé  d'adresser  dénia  part  un  télégramme 
à  M.  le  Président  du  Conseil,  au  sujet  de  cette  aiïaire.  La  ré- 
ponse de  M.  le  Président  du  Conseil  fut  eicellenle.  A  jilusieurs 
reprises,  je  vous  ai  dit  qu'un  décret  me  chargeant  spt'Krialemenl 
de  traiter  celle  alTaire.  si  S.  ¥,.  M.  Conslans  ne  pouvait  m'aider 
h  la  régler,  je  nie:  trouverais  dans  tni  grand  embarras.  Pensant 
que  les  bonnes  relations  entre  les  deux  |>ajs  augmentent  chaque 
jour  et  que  S.  K,  M.  Conslans  est  animé  de  sentiments  de  na- 
ture à  accrnitre  cette  bonne  harmonie,  je  vous  serais  obligé  de 
prier  S.  K.  M.  Constans  de  vouloir  bien  examiner  soigneusement 
ci'IteatTaire  et  me  donner  son  puissant  appui.  Je  lui  en  serai 
infiniment  recotmaissanl. 

Je  vous  prie  de  vouloir  bien,  en  outre,  faire  part  à  S.  K. 
M.  ConsUins  de  tous  les  détails  de  la  conversation  que  j'ai  eue 


Le  19  décembre  1886,  M.  Conslans  pouvait  transmettre 
au  ministre  des  AITaires  étrangères  les  trois  pièces  relatives  à 
la  cession  du  Pé-T'ang. 


I.  Pour  traduclion  conformo  (^îg.)  :  C.  Imi 


nÉCRET  IMTÉniAt.  RELATIF  A 

[,i  lloi;N<;-T(:it<\'r.  n  adrpsM-  aiiTn>nriin  rn))|)ort  d'oi'i  il  ri'-siilti< 
<|ii'il  s'<>st  (■nlfiidii  nvrc  Ws  Misitinnnnins  pour  la  rrssinn  et  Ir 
transfeil  (le  Hlfflisp  .1.^  1Van-lrIiV--k*o  (le  PiJ-Tanft)  et  (pril  n 
cnnclii  rnlTairn  nprî's  rprlinn^o  i)i>  di'pdrlii's  ailiricllos  nvcc  le  Mî- 
iiislrc  (de  France)  n'Nidaiil  ii  l'é-kiiif;. 

Nous  ovniis  pris  coiiniiissmicc  de  re  ra]i|>orl  el  l'avons  exainini> 
dans  Ions  détails. 

Li  cou  si  ru  cl  ion  do  IVf^lisc  <ln  Ts'an-tchV'-k'o  en  dcÙau»  de  In 
[K>rtc  dfi  Si-n^aii  a  i''l(''  niilorisi'i'  [wir  un  d(''crel  îinpi^rial  du  rèpni; 
deK'anft-Ili.  Depuis  lorn,  il  s'iist  l'-coiilé  i  lo  annérsenviron  pon- 
dant lcs(|uell(<s  li's  Missionnaires(|nî  s'vtrotivaiont  ont  rpçn  i'n|>- 
pni  de  la  Cour  et  ont  été  l'olijel  de  sa  profontlr  bienveillance; 
durant  ce  kpn  de  leni|»,  tons  ont  »\i  ^n  bien  eotidnirc  et  vaquer 
tranquillement  h  leurs  alTalres. 

L'ann^  dernière,  on  a  exéculé  divers  Iravanx  de  réparation 
en  plusieurs  endrnit.4  du  Nan-Hal.  aiin  d'en  faire  une  rési- 
dence ponr  l'Impératrice  Ts'en-lli.  Comme  il  était  nércessaire 
d'étendre  l'enceinte  de  celte  résidence  snr  les  terrains  avoisi- 
nanls  du  Snd-Ouest  et  que  cette  église  élnit  tr^s-proehe  des 
jai'dins  imjx'TÎanv.  Li  lloung-tcbun^'  envoya  l'anglais  [)imn 
à  home  pour  délibérer  et  s'entendre  à  cet  épard  (avec  le 
Pape),  et  rliarj.'ea  le  Commts,satre  des  Douanes  Detrinp  «le  faire 
une  convention  avec  M.  Favier,  nu  sujet  du  transfert  de  celle 
éf(lî»e.  Il  fut  diVi lié  qu'on  la  transférerait  dans  lu  jiartie  Sud  de^ 
terrains  de  Si-ché-k'on,  que  l'emplacemenl  futur  en  serait  déli- 
mité avec  soin  et  qu'une  indemnité  serait  |>avée  pour  sa  recon- 
struction. Ledit  missionnaire  (M.  l'nvier)  diVJara  ensuite  que  la 
nouvelle  église  n'aurait  que  5  Irhnng  (toiise^)  <le  haut,  c'est-n- 
dirc  3  khnnij  (toises)  de  nioîn.s  entiron  que  l'ancienne  cnnslrnc- 
tion.  et  que  les  cloches  ne  pourraient  en  aucun  cas  dé|)asser  les 
loitsdes  maisons.  Lorstjne  cela  eut  été  convenu,  M.  Favier  se 
rendit  éj^alenienl  ii  Itouie  pour  eu  informer  le  Supi^rieur  Cénéral 
lies  Lazaristes,  M.  Fiai,  leipu'l   réjiondit  |>ar  une  letlrc  dans  la- 

I .  Trad.  Ho  la  (lazrllf  de  Pé-King.  n"  H»  8"  jour  du  i  r  mois  de 
Il  la-  annce  KouaiigSiii  ^  3  dicctiibrt'  i880. 


fiaO  TRÏNHFKriT    DU    PÉ-t'aNG 

qiinllo  il  remcrcinit  In  CliJiie  d'iivoir  nrrordi"  sa  iirolitHinn  aux 
Mission!'.  l'I  dinuit  iju'pii  l'iHiit  proroiidi'mcnt  r<>coiiiiaif:san(.  il 
rk-sirait  roconnalirc  nnc  tninitnc  pnrtii^  des  liioiirniU  do  l'FDrnpe- 
rcur.  Ces  seiiliincnts  cl  ces  paroles  notts  ont  paru  des  pliis  sin- 

Li  lloiiiifj-lrlian^  vient  dVclinniicr  avrt- lo  Ministre,  M,  <!on^ 
l.ins,  dos  dr-pil'clii's  onieicltcs  n  ce  snji-l  ; 

M.  (innstnns  n  r('[iondn  (jiril  n'v  a  aiinino  ililiiridti;  à  Tuirr  (v 
i|iii  t'tail  proposé.  Ollc  r(''[)onsp  monlre  IVspril  de  concilinlio» 
doiil  il  est  nnimé  à  )V|;nrd  d'un  pnvs  nini  et  la  eontiaissanre 
profoiido  qu'il  a  des  nll'aircs.  M.  Consfans  mérite  en  réalité  les 
plus  grands  éloftes. 

Puisque  Li  Unun^'-lehang  a  arrêté  le  plus  niiiiutieusenienl 
possible  tous  les  détails  de  eetle  alTaire.  et  rpie  de  jhirt  et  d'antre 
on  ist  cnlièrement  d'accord,  Nnns  ordonnons  qu'il  soit  fuit 
routine  il  est  projwsé.  Quant  il  l'indemnité  de  l'econstnietion. 
Non»  ordonnons  également  qu'elle  soit  verspe  en  plusieurs  fois, 
afin  (ju'on  puisse  se  melli-e  ii  rel>i\lir.  Pour  le  reste  qu'il  soit  Tait 
comme  il  a  été  eonvenu.  Le  tao-laï  en  cxjiectalive  Kn-Yéou  qui 
avait  d'abord  été  délégué  (pour  s'occuper  de  celle  question)  et 
qui  a  pris  beaucoup  de  |)ciue  en  la  traitant,  aura  son  nom  ins- 
crit sur  les  tableaux  d'avancement  du  Conseil  des  Ministres  pour 
être  nommé  h  la  procliainc  vacance. 

L'évoque  Tagliabiic  a  fait  preuve  ilu  zélc  le  plus  réel.  M.  Fa- 
vier  et  l'anglais  Diinn  ont  traversé  des  mers  lointaines  sans 
pn''te\ler  les  fatigues  de  ce  voyage;  que  Tagliabue  reçoive  eu 
ré-cotnpense  le  bouton  de  mandarin  du  ï'  rang!  Que  Favier 
reçoive  celui  du  3"  rang,  que  la  décoration  de  i"'  elas.se  du  'M 
rang  soit  accordée  à  Dnnn  I  Kt  que  chacun  de  ces  deux  derniers 
re^-oiveun  cadeau  de  :ioootuëis  qui  leur  M-ra  remis  |Wr  Li  Houng- 
tclian<;  !  Le  Corumis,<iaire  des  Douanes  Dctring  et  le  Consul 
Uistclliuel)er  ont  déployé  la  plus  grande  activité  en  servant  d'in- 
termédiaires depuis  II'  commencement  jusqu'à  fa  iin  de  cette 
alTairc  ;  que  Detrinjt  reçoive  en  récompense  le  bouton  de  a*  rang, 
et  que  Kistelbucber  reçoive  la  décoration  de  l\'  classe  du  a' 
rang. 

Quant  au  commerçant  anglais  Mîchie  '  qui  s'est  également  donné 
de  la  peine  en  celle  etrconslonce.  nous  ordonnons  que  Li  Ilouiig- 


,   Micliic,  Alexandre,  éditeur  (rédacteur  en  choQdu  Chinese  Times. 


CKUTIKK'AT    DKMVIIK    l»AU    S.    A.     LK    PrilNOi:    K\SC.  iyj.l 

tcliang  fasso  une  eiicjiu'le  à  son  (•«^ard  et  nous  adresse  un  rapport 
|)our  nous  demander  une  réconi|HMise  pour  lui! 

Que  le  Ministère  que  cela  concerne  en  soit  informé. 

Ilbspcctez  ceci  * . 

Il 

DÉPÊCHE    DES    MEMBRES    DU    TSOUNG-LI    Y  AMEN    A   M.    CONSTAISS 

Le  30'  jour  du  1 1*  mois  de  la  la*"  année  kouang-Siu, 

i5  décembre  1886. 

Au  sujet  de  la  cession  de  la  partie  Sud  des  terrains  du  Si-ché- 
k*ou  h  rEvétpie  du  Pé-T'ang,  j)our  le  transfert  de  rétablissement 
calholiquc,  vous  avez  déjà  ré|K)ndu  au  Commissaire  Im[XM*ial 
pour  le  Commerce  du  Nord  (Vice-Hoi  lA  riourij^-tchanf^)  (pie 
vous  aviez  reçu  de  votre  gouvernement  l'autorisation  d'effectuer 
ce  transfert. 

Maintenant  que  M.  Delring.  ('ommissaire  de  la  Douane  ma- 
ritime de  Tien-Tsin  et  M.  Favier,  missionnaire,  ont  mesuré  et 
délimité  très-exactement  la  surface  du  nouvel  emplacement  el 
dressé  un  contrat,  Nous  devons  remettre  ledit  terrain  h  rfivéque 
du  Pé-T*ang  pour  qu'il  en  prenne  cliarge. 

Nous  avons  dressé  le  titre  (de  propriété)  ci-joint,  et  Nous  espé- 
rons que  vous  voudrez  bien  en  prendre  connaissance  et  le  remettre 
à  qui  de  droit  ^. 

111 

CERTIFICAT    DÉLIVRÉ    PAR    S.    A.    LE    PRINCE    k'iNG 
ET    LEURS    EXCELLENCES    MESSIEURS    LES    MINISTRES  DV  TSOUNG-Ll 

Y  A  MES 

Le  ao**  jour  du  1 1*  mois  de  la  la**  année  Rouang-Siu, 

i5  décembre  1880. 

Il  est  constaté  par  les  présentes  (jue  le  terrain  inoccupé,  sis  au 
Sud  du  Si-Cbé-k*ou,  a  été  cédé  h  Tévéque  du  Pé-T'ang  |>our  le 
transfert  de  l'établissement  catholique.  Remise  de  ce  terrain  «st 

1.  Pour  trdd  lie  lion  conforme  (sig.)  :  C.  Ïmbaui.t-Huart. 

2.  Pour  traductirni  conforme  (sig.)  :  C  Imbali.t-IIlart. 


Gaa  TRANSFËiiT  DO  pé-t'abo 

faite  au  Gouvernement  français  pour  que  celui-ci  le  remette  à 

son  tour  à  l'Ii^vfquc  Tagliabue  qui  en  prendra  charge. 

Ce  Ceriincat  devra  <^tre  remis  à  l'a^ant-droil. 

\je  présent  certificat  est  délivri?  à   M»*  Tagliabue  qui    le  gar- 
dera par  devers  lui'. 


Le  Jeudi  seize  Décembre  mi)  huit  cent  quatre  %-ingt  six,  h  dix 
heures  et  demie. 

Les  titres  de  propriété  du  terrain  sis  h  Si-Chc-k'ou  et  destina 
h  rétablissement  que  les  Lazaristes  doivent  construire  pour  rem- 
pluccr  le  l'c-T'ang  cédé  au  (îouverncment  chinois,  a^nnt  été 
remis  à  i'Knvové  extraordinaire  de  la  République  h  Pé-King,  — 
M.  (Jonstans,  en  vertu  des  conventions  intervenues  entre  les 
(îouvernements  français  et  chinois,  transfère  ledit  terrain  à  S.  (à. 
\\k'  Tagliabue,  l^v^que  de  Pompeiopolis,  vicaire  apostolique 
du  Tché'li,  qui  en  prend  charge. 

l.'n  exemplaire  du  présent  titre,  qui  constate  la  remise  de 
l'immeuble  i  l'évéque  de  l'é-Kinj^.  sera  conservé  dans  les  .\r- 
chivcsde  la  Mission  où  il  servira  de  garantie  d'une  libre  et  pai- 
sible jouissance,  pour  les  besoins  du  culte  catholique,  tant  par  le 
vicaire  apostolique  actuel  que  par  ses  légitimes  successeurs  français. 
Il  reste  bien  entendu  entre  les  parties  que  les  Droits  que  le 
Gouvernement  français  possède  sur  te  Pé-T'ang  actuel  demeurent 
réservés  et  seront  reportés  sur  les  terrains  du  Si'cbé-k'ou  et  sur 
les  constructions  qui  y  seront  élevées. 

En  foi  de  quoi,  les  soussignés  ont  apposé  leurs  signatures  sur 
le  présent  procès- verbal,  dressé  en  double  exemplaire,  les  jour, 
mois  et  an  que  dessus. 

Signé  ;  Pour  le  Supérieur  général 
f  Fr.  Tagliabue  C.  B. 

KïÈque  de  Pompeiopolis 
Vie.  ap.  de  Pé-King. 
Signé:  .\lph.  Favier. 
Signé:  B"  Df.leuasure. 

<!•■  *■' 

L'Envoyé  extraordinaire  de  la  République  en  Chine, 
(Sig.)  :  Co^sTA^s. 

I.  Pour  traduction  conforme  (lig.)  :  C.  Imhault.Huaht. 


RF.MiNE  nv  pé-t'ano  6a3 

Le  3o  mni  1887,  ùijuatre  lioiircsdii  soiravail  lieu  laposc 
de  la  première  pierre  de  la  nouvelle  calhédrale,  le  nouveau 
IV-T'ang,  église  du  Saint-Sauveur;  la  remise'  de  l'ancienne 
église,  ainsi  qu'en  témoigne  le  proci' s -verbal  suivant,  fnl  faite 
le  i/i  décembre  1887  au  gouvernement  chinois  qui,  si  je  suis 
bien  renseigné,  l'a  transformée  en  théâtre  ou  salle  de  fôles. 

iiEMiSE  nt   pé-t'ang,    ij5  uéceubre    1887 

PROCtS-VERBAL 

Les  Soussignés  ; 

MM.  Arnold  VissitnE,  premier  inlerpn-to  de  la  Li'^^ation  de 
la  Képublique  Française  en  Cliinc.  tléléf^nc  de  S.  E.  M,  G.  Le- 
niaire.  Envoyé  ExtraoriJinairc  el  Ministre  I *léni [Mien ti aire  de  la 
République  Française  en  Cliine  : 

Alphonse  Favier,  Vicaire  général  el  provicoire  de  la  Mission 
de  1»('!-King  et  du  Tcbé-li  Nord  el" 

Jean-Uaptisic  Dklemasuiie.  assistant  de  la  maison  dn  Pé-T'ang, 
représentant  tous  deux  la  Congrégation  de  la  Mission. 

d'une  pari:  et 

Tuu'eng  et  K'oMu,  secrétaires  généraux,  délégués  du  Tsoung-li 
Yamcn, 

d'autre  part  ; 
se  sont  rendus  de  concert,  dans  la  journécdu  quatorze  décembre  mil 
huit  cent  quatre-vingt-sept  au\  établissements  de  la  mission  catho- 
lique sis  aux  lieux  appelés  Ts'an-lcbe-kéou  cl  Sin  k'ai-lou  et 
dé-signés  sous  les  noms  de  l'é-T'ang  et  de  Jen  Tsen  T'ang.  Après 
avoir  dûment  constaté  que,  —  en  dehors  des  objets  mobiliers, 
que  les  missionnaires  ont  été  autorisés  à  emporter.  —  rien  n'avait 
été  enlevé  ni  détruit  dans  lesdits  établissements,  les  représentants 
du  Minisire  de  la  Képublique  Française  en  Chine  et  de  la  Con- 
grégation de  la  Mission  ont  fuit  remise  aux  délégués  du  Tsoung- 
li  Yamen  de  tous  les  terrains  et  bâtiments  composant  ces  deux 
établissements,  v  compris  le»  arbres,  le  musée  d'ornithologie,  les 
objets  de  curiosité  et  l'orgue.  Les  délégués  du  Tsoung-li  Yamcn 

I.  La  remise  fui  faite  plus  tiVI  qu'il  n'avait  ^t^  atijiiiM,  le  gouvernement 
rl)i[ioi!i  ajiant  vcr«é  Taëli  30000  («ur  presser  les  travaux  de  la  nouvelle 
église. 


en  ont  pris  livraison,  en  cxi'-culion  de  l'accord  inicrvrnu  onlrc 
la  Lt'^nlion  de  Krnncc  cl  te  Uouvcnicmtïiit  chinois  ul  ivsiillanl 
des  communications  ofTicicllcs  ôclian^'ccs  les  ^ingl-scpt  ri  Ircnle- 
un  juillet  de  ta  présente  année. 

Kn  foi  de  quoi,  les  Délégués  sus-nommés  ont  signé  le  préspiit 
procès- ver  bal  en  trois  c\eniplaircs  qui  devront  ôtrc  conscr\és 
respecli\einent  dans  les  Arcliiven  de  ta  l.iîj^'ation  de  ta  Itt'publique 
F^an^•ai»c  en  Chine,  du  Tsoung-ii  Yamcn  et  de  ta  Congr^ation 
de  la  Mission. 

Pt-'-King,  le  l'i  décembre  1887. 

(SiHné)  :  A.  V.ss.KRF- 

Alph.  KAvrnB. 
J.  B"  Dklemirliik. 
Sceau  de  la  Légation  de  la  République  frani;aise. 
Deux  signatures  chinoises. 
Sceau  du  Tsoung-li  \ninen. 

L'inQugumtiou  du  nouveau  Pé-T'ang  eut  lieu  le  dimanclie, 
9  décembre  1888;  le  corps  diplomatique  en  wniformc  et  te 
Tsiiung-li  Yanien,  représenté  par  quatre  des  Ministies  el 
deux  secrélaiivs  généraux,  assistaient  à  la  cérémonie. 


CHAPITRE  XXX 
LE  PROTECTORAT  DES  HISSIONS 


ORIGinE 

La  question  du  protectorat  de  la  France  sur  les  missions 
catholiques  est  intïmcinGiil  liée  aux  négociations  relatives  à 
la  nomination  d'un  légat  à  Pé-King  et  au  transfert  du 
Pé-T'ang  ;  comme  ce  protectorat  a  été  pendant  longtemps 
la  pierre  angulaire  do  notre  [jolitique  dans  rExtrémc-Orient, 
il  est  nécessaire  d'en  étudier  l'origine  et  le  fonctionnement. 

Pendant  longtemps,  la  Cour  de  Portugal  exerça  seule  le 
protectorat  des  missions  calholiqucs  en  Asie,  en  vertu  d'une 
bulle  de  Nicolas  V,  accordée  le  8  janvier  i/i5i,  au  roi 
Alphonse  V,  confirmée  par  plusieurs  papes,  mais  révoquée 
par  Clément  VIII,  Paul  V,  Urbain  VIII  et  Clément  X.  La. 
création  de  la  Sacrée  Congrégation  de  la  Propagande,  le 
32  juin  1632,  par  la  bulle  IncriLilabili,  de  Grégoire  XV, 
porta  déjà  un  coup  funeste  à  ce  protectorat  ;  la  nomination 
dos  trois  vicaires  apostoliques  en  ]658,  François  Fallu, 
év^uc  d'Héliopolis,  Pierre  de  la  Motbe-Lambert,  évêque  de 
fiér^te,  Ignace  Cotolendi,  évéque  de  Metcllopolis',  fut  une 
nouvelle  atteinte  aux  prérogatives  du  Portugal.  La  protection 
de  la   France  commence  h  s'exercer  en  Chine  par  l'envoi 

t.  f  16  Boât  1663.  prit  da  Muulipatam. 

Coaoïu.  11  —  io 


fiaâ  LB    PROTECTORAT    tlES 

de  cinq  jésuites  par  Louis  XIV  (i685)'.  La  faiblesse  du 
Portugal  lui  faisait,  de  plus  en  plus,  perdre  son  influence 
quoiqu'on  la  retrouve  encore  active  dans  les  querelles  de  la 
question  des  rites  et  les  missions  des  cardinaux  de  Toumon 
et  Mezzabarba,  et  que  la  Cour  de  Lisbonne  ait  jusqii'au  com- 
mencement du  Tnx"  siècle,  gardé  la  nomination  des  évéquea 
de  Nan-King  et  de  Pé-King,  suffragants  de  l'archevêque  de 
Goa. 

Quand  la  France  signa  avec  la  Chine  son  premier  traité, 
son  représentant,  M.  de  Lagrcné,  continuait  la  tradition  de 
Louis  XIV  et  de  Louis  XVI,  en  protégeant  la  religion 
catholique  et  l'article  22  du  traite  de  Wham-jroa  peut  être 
considéré,  ainsi  que  je  l'ai  déjà  dit,  comme  une  nouvelle  con- 
firmation du  protectorat  exercé  sur  les  missions  parles  anciens 
rois  de  France'. 

En  i858,  Tarticlc  i3  du  traité  de  Tien-Tsin",  reconnaissant 
la  liberté  du  culte  catholique,  ne  stipule  pas  toutefois  notre 
protectorat  sur  les  missions  ;  mais  l'article  6  de  la  convention 
de  Pé-King(i86o)  marque  que  les  biens  des  Missions  catho- 
liques leur  seront  rendus  jmt  l'entremise  du  mmislre  de 
France^  ;  ceci  marque  bien  la  reconnaissance  d'un  droit.  Ce 
droit,  nous  l'augmentons  par  les  sommes  considérables  que 
nous  dépensons  pour  l'augmentation  ou  les  réparations  des 
établissements  catholiques',   par   des  dons  d'argent  ou   de 


1.  I.  p.  5i, 
a.  I,  p.  17. 

3.  I,  p.  H. 

4.  I.  p.  53. 

5.  A  Pé-King,  les  rëpintions  du  Nan-T'ang  avaienl  coùié  k  la  France 
160 oou  francs;  on  dépensa  4oo*^  francs  poar  la  résidence  et  3oooo 
francs  pour  le  collège.  Le  Piï-T'ang  (l86i)  a  coillé  3ooooo  francs;  la 
résidence  ipiscopalc  et  le  sdininairc  ont  coCilô  Goixjo  francs,  Lo  Si-T'arg 
lerminc  en  i805,  65  000  francs.  Les  deui  cimcliùrcs.  surlmit  le  cimoliiro 
Transis,  coûtèrent  3o  000  francs  de  réparations,  il*'  Anouilb  refut  pour 
la  cathédrale  de  Tching-ling  tooooo  francs. 


TEXTE    CHINOIS    DES    PASSEPORTS,    TRADUCTION   LITTÉRALE     627 

terrain,  par  les  privilèges  conférés  aux  missionnaires  pour 
rachat  de  propriétés,  par  la  convention  Berthemy  ;  nous 
étions  seuls  en  mesure  de  faire  rendre  aux  congrégations 
religieuses  leurs  édifices  confisqués  pendant  les  persécutions. 

Nous  l'affermissons  surtout  par  la  protection  effective  que 
nous  accordons  aux  missionnaires  en  présentant  leurs  récla- 
mations au  Tsoung-li  Yamen  et  par  Toctroi  de  passeports 
qui  les  protégeaient  contre  les  fonctionnaires  chinois  et  leur 
permettaient  de  se  réclamer  des  autorités  françaises. 

Nous  avons  *  donné  le  modèle  du  passeport  accordé  jadis 
aux  missionnaires  ;  nous  croyons  utile  de  reproduire  le 
modèle  aujourd'hui  en  usage.  Ce  passeport  se  compose  d'une 
grande  feuille  de  papier  pliée  en  deux,  dont  la  première  et 
la  quatrième  pages  sont  blanches.  Le  verso  du  i"""  feuillet  ren- 
ferme le  texte  français  imprimé,  et  le  recto  du  2°  feuillet  le 
texte  chinois  imprimé.  Ces  passeports  portent  dans  le  texte 
chinois  que  les  missionnaires  indistinctement  sont  Français, 
quelle  que  soit  d'ailleurs  leur  nationalité  qui  n'est  pas  indi- 
quée ;  ces  passeports  étaient  demandés  soit  par  les  procu- 
reurs des  congrégations  en  résidence  à  Chang-Haï,  Ilong- 
Kong  ou  Tien-Tsin,  soit  par  les  évoques  et  très  exception- 
nellement par  les  missionnaires  eux-mêmes. 


TEXTE    CHINOIS  DES    PASSEPORTS,    TRADUCTION    LITTERALE 
/ 

Nous...,  Ministre  Plénipotentiaire  de  France  en  Chine,  etc., 
délivrons  le  présent  certificat  de  protection  [passeport]. 

Conformément  h  Tarticle  8,  à  l'article  G  et  autres  des  Traités 
et  règlements  conclus  dans  les  deux  villes  de  Tien-Tsin  et  de 
Pé-Ring  les  27  juin  i858  et  20  octobre  1860,  par  les  Ministres 
plénipotentiaires  nommés  spécialement  à  cet  effet  par  S.  M.  TEm- 
pereur  de  Chine  et  S.  M.  l'Empereur  des  Français,  Nous,  Ministre, 

I.  I,  p.  6a. 


6a8  LE   PBOTBCTORAT  I 

délivrons  le  prt-scnl  passeport  n  noire  compalriote....  misûonnaire 
de  la  Religion  du  Seigneur  du  Ciel,  auquel  il  servira  de  témoi- 
gnage. 

Nous,  Ministre,  —  sachant  bien  que...  jouit  dans  notre  paya 
d'une  bonne  réputation,  que  ses  mérites  et  sa  vertu  sont  égale- 
mcnts  éminents,  —  prions  les  grands  dignitaires  chargés  du  Gou- 
vernement de  l'Empire  chinois,  ainsi  que  les  autorités  civiles  et 
militaires  de  toutes  les  provinces  et  les  hauts  fonctionnaires,  de 
laisser...  circuler  librement  dans  la  province  de...  y  propager  sa 
religion,  y  résider,  y  louer  ou  acheter  des  terrains,  dans  quelque 
lieu  que  ce  soit,  et  y  construire  des  Temples  du  Seigneur  du  Ciel 
et  des  maisons,  sans  qu'il  soit  permis  de  lui  faire  la  moindre 
difficulté. 

Il  devra  être  traiU^  avec  les  égards  dus  à  un  hâte.  Nous  espé- 
rons, en  outre,  qu'on  lui  donnera  assistance  en  toute  occasion,  et 
que  nulle  indifférciicc  ne  lui  sera  témoignée,  ainsi  qu'il  convient. 

C'est  pourquoi  Nous.  Ministre,  délivrons  lu  présent  passeport 
afin  que  ses  stipulations  soient  observées  dans  toutes  les  iocalilfe 
placées  sous  la  domination  de  l'Empire  Chinois,  tant  à  l'intérieur 
qu'il  l'extérieur  (c'est-à-dire  dans  la  capitale  et  les  provinces),  et 
que  nulle  infraction  n'y  soit  commise,  en  exécution  des  Traites 
et  des  Règlements  qui  doivent  subsister  à  jamais,  et  ainsi  que 
Nous,  Ministre,  le  désirons  vivement. 

Remis  à... 

Délivré  par  la  Légation  de  France  en  Chine,  le  ■:—  jour,  —  de 
la  lune  —  de  la  —  année  de  Kouang-Siii. 

V.  S.  —  Il  sera  absolument  interdit  au  porteur  de  ce  passeport 
de  se  rendre,  à  son  gré,  dans  les  localités,  quelles  qu'elles  soient, 
qui  seraient  occupées  par  des  rebelles. 

No.  du  Registre  de  la  Légalion 

Signalare  du  porlear. 


TBXTB   PRAHÇAtS   IMPHIUË  6ag 


TESTB    FRANÇAIS   IHPRIHÉ 


LËGATIOH 

RÉPUBLIQUE  FRANÇAISE 


Au  Nom 

'EUPLB    FRANÇAIS 


En  verla  de  l'article  8  du  Traité,  conclu  à  Tien-tsin,  entre  Ut 

France  et  la  Chine,  le  n-j  juin  i858,  Nous         ...  

prions  les  Antorilès  Civiles  et  Militaires,  Générales  et  Provinciales, 
de  la  Chine  el  des  Pays  adjacents,  de  laisser  librement  passer       ,    ,„ 


se 

rendant  dans  la  province  du 
elde  lai  donner 

■  aide  et  protection 

1  en  cas  de  besoin. 

Le  présent  passeport  délivré  ei 

1  la  ChancelUrie  de  la  Ugation. 

A  Pékin,  le 

....    l8    .  . 

SIGNATURE  DU    PORTEUR. 

y. 

-B.  —  Cipaistporl  Jewn  Urt  rrtom 

i><ciiH  da  Portcnr. 

cùt  de  déth.  de  Jipart 

Il  est  intéressant  de  rapprocher  ces  passeports  de  ceux  qui 
sont  délivrés  par  les  légations  des  ïîlals-lJnis  el  de  la 
Grande -Bretagne. 


LE  PHOTECTOnAT   DES   MISSIONS 


PASSEPORT  AMÉRIGAIH 


Age 

Slaliire 

Forclicad 

Ejo. 

Noso 

Moulh 

Cbin 

Hair 

Complesii 


Ycars 
Feol 


To  ail  lo  whom   thèse  présents   shall 
corne  ^rccling 
No. 

I,  ihc  undersigned 

Charge  (l'A (Ta ires  ad  intérim  oftheUnil- 

(■d    Sfalcs  of  America,    hereby   rcijucsl 

ail  whom  tt  niay  conccrn  to  portnil  sa- 

fcly  and  froclv  topnss 

a  citizen  of  ihc  L'nilcd  Slatcs  and  !n  case 

of  nccd  to  givc  liiin  ail  lanful  aid  and 

prolcction. 

Giïpn  iindor  my  hand  and  ihe  im- 
pression of  Iho  Scalor  tlie  Légation  of  ihc 
United  Slalcs  at  tlic  City  of  Peking  thc 
in  llio  Yoarof  llie  tndcpcndancc 
of  tlic  United  Stalos. 

(L.  S.)  X.. 


PASSEPORT    ANGLAIS 

Piisspoi't  n°  Brili^h  Consulate. 

Tho  iindiTsigned,  Her  Britannîc  Majeslv'a  Consulat...  re<jnesta 
tite  civil  and  miiiinrv  aiitlir>rilie«  of  llie  Eniperur  of  Chîna.  in 
confonnilY  «itli  llienintli  nilidc  of  liic  treaty  ofTicn-Tsin  to 
allow  tlie  Kcvercnd...,  a  Itrilisli  Siibjcct,  to  travel  freclv  aiid 
nilliout  hindi'iance  or  niuleslaliun  in  Ihe  Cliinesc  Enipirc  and 
logive  Iiiin  proteclion  ami  aid  in  case  of  ncccissilv. 

M bcing  a  per.son  of  knnwn  reiipoclabilily  is  desirou.s  of 

procccdiiig  to...  and  tliis  passport  is  given  hini  on  condition  of 
Iiis  not    visjting  tbe  citlcs  or  towns  occnpiod  by  ibe  insurgents. 
(Signature) 
H.  B.  M. 's  Consul. 


To-TA»  63 1 

This  passport  will  rcmain  in  force  for  a  year  from  tlic  date 
thereof. 

Signature  of  the  Bearer, 

Nolice.  —  Ail  passports  must  be  countcr-sipned  by  ihe  Chinese  . 
Autliority  at  ihe  place  of  delivcry  and  musl  be  produccd  for 
cxaininalion  on  tbe  deinand  of  the  aulborilics  of  any  locality 
viïilcd  bï  llic  Bearer.  firiliïib  Siibjeds  travelling  in  China  wilhout 
0  passport  or  commitling  any  offcnce  are  liable  lo  be  arrcstcd  and 
bandcd  ovcr  the  nearesl  Consul  for  punishmcnt. 

Fec...  one  dollar. 

En  outre,  avec  le  passeport,  la  légation  de  France  remet 
aux  chefs  de  missions  une  proclamation  <le  février  1863, 
pii'cc  connue  sous  le  nom  de  yii-tan,  et  im  décret  du 
fi  avril  186a,  pièce  désignée  sous  le  nom  de  lon<j-piao,  qui 
peuvent  servir  de  sauvegarde  aux  missionnaires. 


Proclamation. 

FtWricr  1863.  1"  mois  de  la  i"  anm'c  To'ung-Tché, 

Le  l'rinre  Koinc;.  Président  du  Tsoiing-!i  Yamen,  fait  savoir  : 

Il  est  dit  dans  le  i3«  nrlidc  du  traite  français,  conclu  h.  Tien- 

Tsin  la  8*  année  de  Hien-Koiuig,  cpie  les  Chinois  seront  libres 

d'eiuhrnsser  la  religion  calhotlque  et  d'en  suivre  lea  prali<pics  sans 

cire  molestés  ni  punis  et  quit  toutes  les  prohibitions  ^-criles  ou 

iinprinuVrs  qui  ont  paru  jiis<pi'à  ce  jour  contre  le  catholicisme 

seront  abrogiva. 

D'une  part  et  conformément  au  Irnlté,  ordre  a  été  donné  aux 
Vicc-Uois  et  gouverneurs  des  provinces  de  jiorlcr  à  la  connaissance 
de  chacun,  tous  les  iirtides  convenus  la  8*  et  la  lo'annéedellien- 
Foung  et  de  les  l'aire  a flicl le r  ;  d'autre  part,  le  a  de  la  11'  lune  do 
In  présente  année,  nous  avons  pris  respectueusement  connaissance 
d'un  Kdit  de  Sa  M.  ainsi  cou^'u  :  n  A  l'avenir  toutes  les  autorités 
locales  dans  les  allaires  coucernaiit  les  Chrélieiis,  devront  après 
mùr  examen  régler  selon  la  justice.  Les  Chréliens  soigneux  de 
leur  honni^lelé.  devront  iMre  traités  avi-c  la  nu^mc  boulé  que  s'ils 
u'étaieni  pas  chrétiens,  leur  religion  ne  doit  [ws  leur  attirer  plus 
(Icsévérîté.  Les  autorités  auront  à  se  conformera  la  justice  de  façon 


63: 


LE    PROTECTORAT    DES    MISSIONS 


à  montrer  au  grand  jour  notre  désir  de  tranquilliser  les  honnêtes 
gens. 

Respectez  ceci. 

Maigre  les  instructions  dans  ce  sens  données  à  différentes  reprises 
aux  vice-rois  et  gouverneurs,  des  cas  regrettables  se  produisent 
cependant  dans  chaque  province  et  les  Chrétiens  adressent  de 
nombreuses  plaintes.  Selon  moi,  le  motif  principal  en  est  dans  le 
refus  des  Chrétiens  de  contribuer  aujourd'hui  comme  autrefois 
aux  réceptions  des  Esprits,  aux  processions,  aux  représentations 
théâtrales,  aux  frais  des  parfums  qu'on  brûle.  On  ne  saurait, 
disent-ils,  exiger  leur  quote-part  pour  des  manifestations  qui  ne 
les  concernent  pas. 

Je  dois  adresser  le  présent  document  dans  chaque  province  et 
faire  connaître  ainsi  la  volonté  de  TEmpereur  et  les  résolutions 
prises  par  le  Tsoung-li  Yamen,  de  façon  qu'on  ait  à  se  conformer  à 
une  règle  fixe  et  qu'aucun  doute  ne  s'élève  dans  les  esprits,  quand 
des  affaires  surgiront.  Nous  nous  conformons  en  cela  à  la  volonté 
de  l'Empereur  dont  la  faveur  s'étend  sur  tous  et  qui  regarde  du 
même  œil  paternel,  les  Chrétiens  et  ceux  qui  ne  le  sont  pas. 

Le  but  des  missionnaires,  pareillement  aux  doctrines  de  Con- 
fucius,  au  Bouddhisme,  et  à  la  religion  de  Lao-tseu,  étant  d'exhor- 
ter les  hommes  au  bien,  le  catholicisme  a  été  autorisé  sous  K'ang- 
Hi.  Les  Chrétiens  ne  sauraient  parce  qu'ils  sont  tels  échapper  aux 
charges  publiques  ;  les  contributions  ou  réquisitions  officielles  et 
autres  dépenses  utiles  leur  incombent  dans  la  même  proportion 
qu'à  ceux  qui  ne  sont  pas  chrétiens.  Quant  aux  frais  de  réceptions 
d'Esprits,  des  processions,  représentations  théâtrales  et  parfums  à 
brûler,  toutes  choses  qui  ne  les  concernent  {K)int,  on  ne  devra 
jamais  les  forcer  à  y  contribuer.  Dans  les  deux  cas,  les  autorités 
locales  devront  spécifier  clairement,  sans  laisser  subsister  le 
moindre  doute,  la  part  ([ui  leur  revient  ;  par  exemple,  si  les  per- 
ceptions se  divisent  en  6  dixièmes  pour  fêtes  populaires  et  4 
dixièmes  pour  charges  publiques,  les  autorités  devront  dire  que 
les  Chrétiens  n'ont  qu'à  contribuer  aux  [\  dixièmes,  et  que  les 
6  autres  dixièmes  ne  les  conc^îrnent  point;  on  ne  saurait  exiger 
leur  quote-part. 

Si  des  Chrétiens,  pour  avoir  refusé  de  payer  leur  quote-part 
dans  des  dépenses,  dont  la  destination  est  contraire  aux  "principes 
de  leur  religion  et  n'a  aucun  intérêt  pour  eux,  sont  insultés, 
molestés,  frappés  par  la  population,  si  leurs  propriétés  sont  pillées, 
si  leurs  récoltes  sont  détruites,  l'autorité  aura  le  devoir  d'examiner 


U)NG-PIA()  633 

à  fond  la  question /(le  punir  les  coupables  selon  foule  la  rigueur 
des  lois  et  de  faire  indemniser  les  victimes  pour  toutes  leurs  valeurs 
pillées  ou  incendiées,  cela  dans  Tintéret  de  l'équité  et  à  la  satis- 
faction des  gens. 

Il  a  été  convenu  avec  la  France  que  les  missionnaires  n'étant 
point  des  fonctionnaires,  n'auront  pas  à  s'occuper  de  toutes  les 
questions  publiques  ni  à  protéger  les  Chrétiens.  Toutefois  les 
missionnaires  sont  des  gens  respectables  et  respectés  dans  leur 
pays  et  dont  la  mission  est  d'exhorter  les  gens  au  bien  ;  de  plus, 
les  relations  d'amitié  entre  la  Chine  et  la  France  sont  aujourd'hui 
des  plus  sincères.  Les  missionnaires  devront  donc  être  traités  avec 
tous  les  égards  possibles  afin  de  resserrer  encore  davantage  ces 
liens  d'amitié. 

A  l'avenir  donc,  quand  des  missionnaires  présenteront  des  sup- 
pliques et  iront  porter  plainte,  et  si  la  plainte  est  juste,  les  auto- 
rités locales  devront  rendre  sans  retard  un  jugement  conforme  à 
la  justice  et  ne  montrer  aucune  injusie  sévérité  h  leur  égard.  Ce 
qui  précède  a  été  communiqué  h  tous  les  vice-rois  et  gouverneurs. 
Que  p(Tsonne  n'en  ignore,  que  personne  m)  s'en  écarte,  cela  pour 
éviter  tout  désordre  et  tranquilliser  les  honnêtes  gens. 

L0>G-1»IA0 

Rapport  du  Tsoimfi-li  Yamen  à  V Empereur  en  vue  d* obtenir 

un  décret, 

4  avril  1862. 

D'après  ce  que  nous  avons  pu  constater  relativement  a  ce  qui 
est  de  la  Religion  catholi(pie,  les  sujets  de  l'intérieur  ont  déjà 
reçu  l'autorisation  de  pratiquer  celte  religion. 

Le  3  décembre  1861  (le  a  de  la  ii*  lune  de  l'année  dernière) 
a  paru  le  dwret  suivant  : 

A  l'avenir,  les  autorités  locales  que  cela  concerne  devront  traiter 
avec  équité  les  affaires  se  ralfnchant  à  l'exercice  de  la  religion 
rafliolique,  après  avoir  examiné  clairement  l'origine  ;  si  celui  qui 
pratique  cette  religion  s'attache  à  ol)serv(»r  ses  devoirs  et  ce  qu'il 
doit  èlre,  h  se  conduire  bien  et  à  se  faire  estimer,  on  doit  lui 
accorder  la  même  considération  qu'aux  sujets  que  nous  aimons, 
on  doit  conséquemment  avoir  pour  lui  les  mêmes  attentions  que 
})our  ceux  qui  ne  pratiquent  pas  la  religion  catholicjue  et  il  est 
inutile  de  chercher  à  les  vexer  pour  le  fait  de  sa  religion.  — 
Respectez  ceci. 


"WS:     .",-""'1   '■  '  ■  .:J^'»^*^  ï-   ■  -ftiJi.T.fc,»"  .■T'T7fi-.  r^  ^•-".T'^jliy*   •   ^» -"^  " ■  ■'  *  "^T^^^^ 


634  LE    PROTECTORAT    DES    MISSIONS 

Après  avoir  conséqucmmcnl  aviso  les  vice-rois  et  gouverneurs 
provinciaux  qu'ils  avaient  à  se  conformer  à  ce  décret,  Nous  avons 
reçu  de  S.  Exe.  M.  de  Bourboulon,  Ministre  de  France,  une 
communication  oflicielle  nous  disant  que  tous  les  dificrends  dans 
les  provinces  provenaient  uniquement  de  ce  que  les  autorités 
locales  obligeaient  indilTcremment  les  catholiques  et  nos  autres 
sujets  à  subvenir  aux  frais  de  sacrifices  aux  génies,  de  comédies, 
de  processions  religieuses,  etc.,  etc. 

Les  Catholiques  étant  très  contraires  à  ces  pratiques,  le  Ministre 
de  France  nous  prie  d'inviter  toutes  les  autorités  locales  à  ne  plus 
rien  percevoir  d'eux  (pour  y  subvenir). 

En  môme  temps,  il  nous  expose  que  les  missionnaires  étant 
gens  d'une  conduite  correcte,  il  importe  lorsqu'ils  font  une  visite 
qu'ils  soient  traités  honorablement  (l'expression  chinoise  marque 
qu'il  s'agit  d'une  visite  d'un  inférieur  h  un  supérieur). 

Tel  est  ce  que  nous  a  dit  le  Ministre  de  France. 

Nous  pensons  que  les  catholiques  dans  toutes  les  provinces  bien 
qu'ils  pratiquent  la  religion  du  Seigneur  du  Ciel  n'en  sont  pas 
moins  chinois.  M.  de  Bourboulon,  ministre  de  France,  nous  a 
exprimé  que  les  principes  de  la  dite  religion  recommandaient 
l'obéissance  et  le  res[x*ct  au  souverain,  l'observance  des  lois  de  la 
Chine  ;  tel  est  ce  qui  nous  a  été  dit,  il  convient  donc  de  protéger 
(les  catholiques)  afin  de  témoigner  d'un  même  sentiment  de 
charité  pour  tous.  Les  perceptions  pour  sacrifices  aux  génies, 
processions,  etc.,  etc.,  n'ont  rien  du  caractère  des  impôts  du 
gouvernement  et,  si  les  Catholiques  ne  veulent  pas  y  souscrire, 
il  ne  convient  pas  de  les  y  contraindre  au  point  de  semer  de 
l'agitation  dans  le  pays. 

Nous  avons  écrit  à  tous  les  gouvernements  provinciaux  jx)ur 
leur  faire  savoir  relativement  aux  paiemenls  auxquels  les  Chré- 
tiens comme  tous  sont  obligés,  qu'cMi  dehors  des  impôts  dûment 
établis  par  le  gouvernement,  les  Chrétiens  jx)uvaienl  être 
exemptés,  du  paiement  de  tout  ce  qui  se  percevait  h  titre  de 
frais  de  culte,  sacrilices  aux  génies,  processions,  comédies,  s'il 
ne  leur  plaisait  pas  d'y  contribuer  avec  ceux  qui  ne  sont  pas 
Chrétiens. 

Quant  à  ce  qui  est  du  traitement  honorable  dont  il  importe  que 
les  missionnaires  soient  l'objet  lors([u'ils  vont  Aoir  les  autorités, 
les  gouvernements  étrangers  ont  de  la  considération  pour  les  mis- 
sionnaires, les  autorités  locales  doivent  donc  les  traiter  honora- 
blement. 


LONG-PIAO  635 

Nous  avons  ch^jà  recoin inando  aux  \ico-rois  ol  gouverneurs  de 
donner  des  ordres  pour  qu'il  soit  ainsi  l'ail. 

Dans  la  suite,  le  ministre  de  France,  M.  de  liourboulon,  nous 
expose  (ju'après  réception  par  les  *,'Ouvernemenls  provinciaux  du 
décret  de  V.  M.  et  de  la  dépêche  du  Tsoung-li  Yanien  les  affaires 
concernant  les  catholiques  ne  se  traitaient  pas  conformément  aux 
instructions  données. 

Les  autorités  locales  de  toutes  les  provinces  apportent  trop  de 
lenteur  dans  les  aflaires  qu'elles  ont  à  traiter,  c'est  ce  qui  fait  dire, 
à  M.  de  Bour boulon,  qu'après  réception  du  décret  et  de  notre 
dépêche,  on  n'avait  pas  encore  tout  fait  pour  traiter  h  fond  (les 
aflaires)  ;  comme  cet  état  de  choses  pourrait  subsister,  nous  croyons 
devoir  demander  un  décret  ordonnant  aux  vice-rois  et  gouverneurs 
de  toutes  les  pro>inces  d'enjoindre  aux  autorités  locales  de  se 
conformer  à  nos  instructions  antérieures  et  de  régler  éijuitable- 
ment  au  ])lus  vite  les  aflaires.  de  ne  pas  juger  légèrement  celles 
qui  sont  graves  et  de  ne  j)as  intentionnellement  apporter  des 
relards  (jui  seraient  préjudiciables  aux  sujets  catholiques. 

De  plus:  rarlicle  i3  du  traité  français  s'exprime  ainsi  : 

V  Tout  ce  qui  a  été  gravé,  imprimé  ou  publié  contre  la  religion 
«  catholi(|ue  est  abrogé  (pardonné)  partout.  » 

C.ette  |)hrase  Ncutdire  que  la  religion  catholique  est  maintenant 
alFranchie  de  toutes  les  défenses  publiées  contre  elle  ;  nous  croyons 
donc  devoir  demander  que  tout  ce  qui  a  été  publié  précédemment 
contre  elle,  considéré  connue  non  avenu,  soit  supprimé  ;  lorsqu'on 
s'occupera  d'une  nouvelle  édition  de  nos  lois,  ces  prohibitions  et 
les  lois  contenues  dans  les  anciennes  éditions  seront  grattées  (les 
planches  d'impression). 

De  plus  dans  l'article  i3  du  traité  on  substituera  au  mot  «  par- 
donner »  l'expression  «  supprimer,  gratter  »  de  manière  à  rendre 
plus  conformes  l'un  à  l'autre  l'esprit  et  la  lettre  de  cet  article. 

Nous  soumettons  ces  diflérents  |K)inls  à  \  .  M.  en  lui  deuiandant 
que  dans  un  décret,  elle  veuille  bien  nous  faire  parNcnir  ses  ins- 
tructions et  nous  dire  si  elle  approuve  nos  propositions. 

Décret  de  l Empereur. 

Le  Tsoung-Ii  Yamen  nous  a  fait  parvenir  im  mémorandum  en 
nous  demandant  d'enjoindre  aux  aulorités  locales  de  traiter  avec 
promptitude  et  é^piité  les  alfaires  relatives  aux  Catholiques. 

Le  dit  ^amen  nous  avait  déjà  rej)résenté  (|ue  la  religion  callio- 
lique  de  la  France  avait  pour  objectif  de  jK)rtcr  les  hommes  à 


faire  le  bien  el  que  l'Kmpereur  K'anft-IIi  en  avait  niilorisiS  l'eior- 
cicp,  nous  a\ions  en  con9W[«encc  émis  un  décret  ordonnant  aux 
auloritcs  locaEcs  de  traiter  d'une  manière  salisfaisantc. 

Le  Tsoui)g-li  Yanien  nous  rapporte  aujourd'hui  qu'aprî'3  récep- 
tion de  notre  décret,  il  avait  écrit  de  nouveau  dans  le  inùmc  sens 
aux  autorités  de  toutes  les  provinces  et  que,  malgré  cela,  les 
alTaires  n'avaient  |>asélé  traitées  d'une  manière  complète  et  satis- 
faisante. 

Nous  ordonnons  aux  Gouverneurs  et  Vice-Rois  de  toutes  les 
provinces  d'enjoindre  aux  autorités  locales,  conformément  au 
rapport  ci-joint  ([ue  noua  approuvons,  de  régler  avec  équité  et 
promptitude  toute  affaire  relative  aux  sujets  catholiques,  de  ne 
pas  considérer  cninnin  léger  ce  qui  est  grave.  aGn  de  montrer  ([uc 
notre  sollicitude  est  la  même  pour  tous. 

Nous  approuvons  et  sanctionnons  par  le  présent  décret  tout  ce 
que  nous  propose  le  rap|>ort  du  Tsoung-li  Yamen. 

Respcetei  ceci. 

LE    PORTUGAL 

Ce  protectorat  a  été  pour  nous  évidemment  une  stnirce  de 
sérieu.se  resjmnsnbililc  el  de  grands  tracas,  mais  clic  a  été 
en  mi^mc  temps  l'origine  de  toute  notre  influence  à  une 
époque  où  la  créalion  de  notre  empire  colonial  de  l'indo- 
Cliiiie  ne  nous  avait  pas  fait  prendre  encore  la  pince  que 
nous  occupons  aujourd'hui  dans  la  politique  chinoise.  Comme 
l'a  fort  bien  dit  un  de  nos  ministres  àPé-King,  M.  Cogordan: 

o  L'influence  n'est  pas  une  force  qui  s'use  par  l'emploi  qu'on 
en  fait  ;  elle  a  besoin,  au  contraire,  d'être  exercée  pour  se  garder 
et  se  fortifier  '.   n 

L'Angleterre  tirait  sa  force,  du  commerce  ;  la  Russie,  de 
sa  puissance  liTritoriale  et  de  son  voisinage  de  la  Chine  ;  la 
France,  de  la  religion  ;  [>endant  longtemps,  rc  fut,  moins 
comme  ministi-e  d'Allemagne  que  comme  dojen  du  corps 
dipliimaliqnc,  que  M.  de  Brandi  cxer(;a  sa  grande  inilueiice  à 
Pé-King. 

I.   Lettre  i  M.  do  Frevcinet.  Pé-King,  li  avril  i88li. 


AUTRICHE    ET    ESPAGHE  637 

Le  protectorat  ne  nous  était  pas  disputé.  Le  Portugal 
dans  son  traité  avorté  de  1863  '  ne  faisait  aucune  allusion  k 
ses  anciens  privilèges  qu'elle  eût  eu  quelque  peine  J!t  faire 
revivre.  Il  y  a  mieux  : 

<i  La  mission  de  Ha'î-Nan,  qui  dépendait  jadis  du  vicariat  de 
Canton  *,  en  fut  distraite  en  1876,  concédée  par  le  Pape  aus  Por- 
tugais et  placée  sous  la  juridiction  de  l'cvéque  de  Macao.  M.  Ana- 
clcto  Gotrim  Garcez  fut  désigné  pour  l'administrer.  Mais  le  Por- 
tugal, n'ayant  point  de  traité  avec  la  Ghinc.  il  était  dilFicite  aux 
missionnaires  de  cette  nationalité  d'exercer  leur  ministère  dans 
la  région  confiée  h  leurs  soins.  L'abbé  de  Gouvea,  vicaire  général 
de  l'évèque  de  Macao,  sollicita  en  conséquence  de  notre  consul  ù 
Canton  un  passeport  français  pour  M.  Garcez.  alléguant  i  que  lo 
Gouvernement  de  la  Colonie  pouvait  diUicilcmcnt  obtenir  le  litre 
en  question  du  vice-roi  des  deux  Kouang  o  il  espérait  par  suite 
K  que  le  Gouvernement  français  qui  avait  loujours  défendu  les 
intérêts  callioliipies  dans  l'Extrême-Orient,  voudrait  bien  lui 
accorder  la  proloclion  qu'il  demandait  cl  sans  laquelle  il  lui  serait 
impossible  de  se  conformer  aux  ordres  du  Souverain  Pontife*,  a 

Mais,  que  deviendrait  ce  Protectorat,  lorsque  les  autres 
nations, — voyant  le  parti  considérable  que  nous  tirions  du 
Protectoral  des  Missions,  que  son  exercice  était  bien  moins 
de  notre  part  un  hommtigc  rendu  à  la  religion  qu'un  des 
facteurs  de  notre  poliliquccn  Extrême- Orient, —  s'aviseraient 
qu'il  y  avait,  parmi  les  missionnaires  catholiques,  bon  nom- 
bre de  leurs  compatriotes  qui  pouvaient  avoir  recours  à 
leur  propre  légation  au  lieu  de  s'adresser  au  représentant 
d'une  puissance  étrangère  !> 

AUTRICHE    ET    ESPAGNE 

<<  Deux  ou  trois  Autricbiens  figurent  parmi  nos  protégés. 

I.  Lp.  i4i, 

3.  Ce  vicariat  appartient  aux  Missions  étrangères  do  Pari*. 
3.   Extrait  d'un   mémoiro  fort  intéressant,   resté  inédit,  île  M.  Collin 
de  Planeur- 


638  LE    PROTECTORAT    DES    MISSIONS 

L'un  d'eux,  M.  Freinademctz  *,  tenta,  en  1880,  d'obtenir  par 
le  Consulat  d'Angleterre  à  Canton,  chargé  également  des 
intérêts  austro-hongrois,  un  passeport  identique  à  ceux  que 
délivre  la  légation  de  France.  Cette  demande,  adressée  au 
vice-roi  des  deux  Kouang,  fut  repoussée  par  ce  haut  fonction- 
naire qui  se  référa  au  traité  autrichien  et  allégua  que  cet  acte 
diplomatique  ne  contenait  aucun  article  relatif  aux  mission- 
naires. De  nouvelles  instances  aboutirent  enfin  h  la  remise 
d'un  passeport,  libellé  au  nom  du  requérant,  mais  ne  donnant 
droit  à  ce  dernier  qu'^à  la  protection  et  à  lassistance  que  les 
autorités  chinoises  sont  tenues  d'accorder,  conformément  au 
traité,  aux  sujets  autrichiens,  porteurs  d'un  titre  de  voyage 
régulier.  Le  consul  d'Angleterre  ne  put  faire  davantage, 
même  en  invoquant  la  clause  de  la  nation  la  plus  favorisée  : 
les  autorités  provinciales  se  refusant  à  en  admettre  l'appli- 
cation en  cette  matière.  —  Ce  missionnaire  a  reçu  depuis 
lors  (en  1882)  un  passe|K)rt  français. 

Les  Espagnols  sont  tous  sous  notre  protection.  Un  des 
représentants  do  S.  M.  Catholique  en  Chine,  M.  de  Quevedo, 
résolut  en  1868  de  placer  ces  ecclésiastiques  sous  la  dépen- 
dance de  sa  légation  cl  exjiédia  une  circulaire  aux  agents 
sous  SCS  ordres  pour  leur  déclarer  que  TEspagne  entendait 
désormais  protéger  elle-même  ses  missionnaires  et  pour 
prescrire  le  retrait  des  passeports  français  que  ces  religieux 
avaient  en  leur  possession.  Ces  titres  devaient  être  remplacés 
par  des  titres  espagnols.  Il  semble  que  celte  détermination 
ne  fut  pas  accueillie  avec  beaucoup  d'empressement  par  les 
missionnaires.  En  effet,  au  mois  de  juin  de  la  même  année, 
M.  Brenier  de  Montmorand,  consul  général  de  France  à 
Chang-Haï,  se  rendit  à  Formose  et  à  Amoy.  Les  Domini- 
cains espagnols  vinrent  saluer  noire  agent  à  son  passage  et 
le  prier  de  leur  accorder  la  protection  française.  Quelques 

I.  De  la  oongrégation  de  SteyI. 


AUTHICUE   ET    ESPAGNE  639 

jours  plus  lard,  il  recevait  la  lettre  aiiivanlc,  qiii  prouve  suffi- 
sanimonl  conibion  los  Dominicains  éluient  {m^u  toucliés  du 
senice  (£uc  M.  de  QiievwiiLi  avait  sans  doulc  voulu  leur 
rendre  : 

Takao,  le  lo  septembre  1868. 
Très-ill 


Apri's  avoir  souhaité  si  lonfçlcmps  que  votre  influence  se  fit 
sentir  dans  les  alTnires  de  notre  mission  catlioliiiuc  du  Formoac 
avec  les  autorités  chinoises,  nous  avons  vu  aujourd'hui  avec  plai- 
sir notre  désir  accompli,  en  voyant  flotter  dans  le  port  de  Ta-kao 
le  filorieux  drapeau  de  la  France.  La  canonni^c  de  S.  M.  Iinpé- 
rialt-  le  Scur/iion  nous  a  a|i|K>i'té  de  vos  nonvelles  et  de  celles  de 
voire  l'auuile.  Nous  avons  ajipris  aussi  que  vous  avez  reçu,  ainsi 
i[ue  nous,  une  coinnmuication  du  M.  de  Quevcdo  par  laquelle  il 
entend  nous  placer  sous  sa  protection.  Mais  tous  ceux  qui  réflé- 
cliissenl  ne  savent  -ils  jjas  (|u'une  profcclion  européenne  qui  n'est 
pas  appn\é('  sur  des  iiaviies  de  <.-uen'c  est  de  nulle  valeur  en 
Chine. 

I'uis.|ue  M.  de  Mas'  a  déclaré  que  S.  M.  lEmpcrmir  des  Pran- 
t;ais  était  tout  |>iii>sant  [Mur  éjur^'ner  aux  catholi<{ues  les  oulragcs 
des  Chinois,  pourquoi  voudrions-nous  nni<  autre  protection  f 
Nous  sommes  bien  en  KrauLv  :  que  donc  les  voies  tortueuses  de 
la  politique  ne  nous  séparent  pas  d'elle  i* 

Je  suis.  etc. 

(Sig.)  Fernando  SaIsëz, 
Supérieur  des  Dominicains  espagnols'. 

Les  Augustins  espagnols  qui  s'adressèrent  en  1879  pour 
leurs  passejiorts  A  la  Li^galioii  d'Espagne  furent  obligés  en 
déses|X)ir  de  cause  de  nous  les  ilcmander'. 

Depuis  lors,  la  Légation  n'a  pas  cessé  de  délivrer  anx 
Espagnols  les  passeports  qu'ils  sollicitaient. 

Voici  la  lellre  que  le  comte  do  Lalleniand  écrivait  de  Pé- 
Kingjles'i  septembre  i8tiif,aumarfpiisdcMousticrs,  minisire 

I.   Don  Stnibaldode  Mas.  Minblre  d'Espagne,  voir  1,  l'|8,  3ll. 
3.   Mémoire  do  M.  Collin  do  Plane;. 


'"-  "S-" 


040  LE    PROTECTORAT    DES    MISSIONS 

des  Affaires  étrangères,  au  sujet  des  démarches  de  Don  Garcia 
de  Quevedo  : 

Lors  de  mon  arrivée  à  Pé-King,  j'adressai  [une]  lettre  circulaire. . . 
aux  chefs  de  toutes  les  Missions  reHgieuses  cathoHques  en  Chine 
sans  distinction  de  nation,  et  tous  m*ont  répondu.  Je  ne  pouvais 
avoir  aucun  doute  sur  la  rectitude  de  ce  procédé.  Je  savais  que  la 
Légation  d'Espagne,  représentée  par  M.  Sinihaldode  Mas,  n'avait 
aucune  prétention  à  exercer  la  protection  sur  les  Religieux  de  sa 
nation  qui  évangélisent  le  Fo-kicn,  et  qu'elle  avait  déclaré  leurs 
intérêts  fort  bien  placés  entre  les  mains  de  la  Légation  de  l'Em- 
pereur. Je  n'avais*donc  pas  eu  à  m'occuper  de  ce  que  peut  dis- 
poser à  cet  égard  le  traité  espagnol,  que  je  viens,  du  reste  de 
chercher  sans  succès  dans  nos  archives. 

Mais  le  successeur  de  M.  de  Mas,  M.  de  Quevedo,  arrivé  ici 
vers  la  fin  d'avril,  n'a  pas  jugé  que  les  choses  pussent  demeurer 
en  cet  état.  11  a  voulu  revendiquer  la  protection  des  Dominicains 
espagnols,  ei,  s'il  eut  débuté  dans  celte  entreprise  par  une  expli- 
cation franche  et  courtoise  avec  moi,  rien  de  plus  naturel.  J'aurais 
examiné  avec  lui  la  teneur  du  traité  espagnol  en  ce  qui  touche  la 
protection  des  missionnaires,  et  à  moins  d'ordres  positifs  de 
Madrid,  je  l'aurais,  probablement,  prié  d'attendre  que  le  Gou- 
vernement de  l'Empire  se  fût  entendu  avec  celui  de  Sa  Majesté 
Catholique  sur  ce  point  nouveau. 

Mais  au  lieu  d'en  user  ainsi,  M.  de  Quevedo,  avait,  môme 
avant  son  arrivée  à  Pé-King  —  du  moins  j'ai  lieu  de  le  croire  — 
expédié  de  Chang-Ilaï  une  circulaire  aux  agents  sous  ses  ordres 
pour  leur  déclarer  que  l'Espagne  entendait  désormais  protéger 
elle-même  ses  missionnaires,  et  pour  prescrire  le  retrait  des  pas- 
seports français  que  ces  Religieux  avaient  dans  les  mains.  Ces 
titres  ont  dû  être  remplacés  par  des  titres  espagnols.  Quant  à  un 
avis  à  la  Légation  de  l'Empereur  auquel  la  courtoisie  eût  com- 
mandé de  joindre  un  remerciement  pour  les  services  rendus  à  des 
sujets  de  Sa  Majesté  Catholique,  il  n'en  a  pas  été  question  ;  cela 
eût  pesé  sans  doute  à  la  fierté  de  M.  de  Quevedo  qui  est  poète  et 
Castillan. 

Notre  ministère  pensa  qu'il  y  avait  lieu  de  tenir  compte 
des  appréciations  de  M.  de  Lallemand  ;  il  croyait  comme 
notre  représentant  que  nous  avions  intérêt  à  ne  pas  établir 


<le  ilisliiiction   Irop  absolue  otilrc  nos  iiussioniiaircs  cl  les 
iiiissi'iiinaii'cs  de nalionulîlc  élrniigèic. 

On  SI!  ra^pcllcia  que  Utin  Harcia  de  Qucvetio,  l'ervciil 
riiyjiliste,  (h'niissionna  pn  1869',  h  la  suite  delà  n^voinlioii 
ilu  :*i)  septembre  i8(')8;  malgré  son  ancienne  atlitude,  ce  fut 
à  nuire  eliargé  d'affaires  qu'il  cnniia  les  inlén'ts  espagnol!!. 
M.  de  llodiediouarl  wiivait  de  l'é-Kîng,  le  10  mai  1869  : 

«  Kii  [piillanl  la  (lliine.  M.  de  Qiictedo  m'a  demandé olliclel- 
iemeiil  de  me  diarf;er  de  la  proleelimi  des  sujets  et  des  iiilériMs 
es|iiii;nols  jiis<|n'i'i  ^arFi^ée  de  M.  Patxot.  nouvel  envoyé  du  gou- 
veriiemenl  provisoire  de  Madrid.  Jo  n'ai  pas  cru  devoir  reftisor 
ee  service,  d'autant  plus  ipi'd  n'entraîne  après  Itu  aucutn'  res- 
|Minsabilili'  bien  sérieuse,  les  KsjM^'nols  n'a\anl  pres(|u'aucuiie 
alFaire  en  (lliine.  » 


lui  i8<S/|.  nu  inonicnt  de  nos  dillicnllés  avec  In  Cliine, 
le  uiinislre  d'Italie.  M.  de  Lura,  avinl  rei;u  une  reipiétc  des 
nilssionnaires  italiens  du  lion  l'é.  saisi!  cette  iircasion  puni' 
se  rendre  à  llan-Ki'ini  el  délivrer  à  rliarun  des  ineinl>rcs 
de  la  (^i>n(;ir<;ati(m  un  certilicat  individuel  do  nationalité  qui 
|)ut  leur  permetti-e  de  ne  pas  être  confondus  avec  les 
l'ranrais.  I,a  llussie  avait  accepté  de  protéf;er  les  sujets 
l-'raneais  el  sa  protection  s'étendait  également  snr  les  missions. 
Par  une  note  du  iG-18  seplemlne  1S8/1,  leïsoung  li  Vamen 
avisa  le  ministre  de  Russie,  M.  Serge  l'iipnv,  que  rKnijie 
ivur  donnait  son  crinsentenient  à  la  pnitertion  des  Français 
par  lui.  M.  l'oiK»  eul  l'occasion  d'exercer  le  proleclurat 
et  l'énergie  qu'il  témoigna  alin  d'olilenir  salisfaclion  des 
(ilûniiis  |H>ur  les  dounuages  causés  aiu  inissionnaiivs  du 
Kouaug  Toung,  lui  valut  la  n-roimaissuice  des  mission 
naires.  du  \alicau  .-t  de  la  l'rance. 


.  1. 1,.  :!... 

UoHDIEH, 


•-■*    •.-'.■  ■ -*.«^-*--^rf-«-»  ■  -'■■,.•1  -  i», I  — 1  jii. . ^pf^n^ »-^,-irrr'--"7_' 


6^3  LE     PROTECTOR\T    DES    MISSIONS 

a  Je  doute,  écrit  M.  Patenôlre^  que  le  patronage  de  l'Italie 
qui  n'entretient  dans  les  mers  de  (lliine  qu'un  seul  bâtiment  de 
guerre  contribue  beaucoup  à  accroître  la  sécurité  des  missions 
•catholiques.  Il  peut  en  revanche  n*ètrc  pas  sans  danger  d'insister 
sur  la  distinction  à  établir  entre  les  missionnaires  étrangers  et 
les  missionnaires  français,  car  c'est  une  façon  indirecte  de  désigner 
spécialement  ces  derniers  à  la  haine  des  indigènes.  J'en  ai  fait 
l'observation  à  mon  collègue  en  lui  rappelant  que  l'agent  russe  à 
Ilan-Keou  avait  déjà  été  chargé  olîiciellement  de  la  tutelle  des 
intérêts  catholiques.  M.  de  Luca  dont  l'orthodoxie  s'alarmait, 
parait-il,  de  voir  les  congrégations  italiennes  sous  le  protectorat 
d*unc  puissance  schismatique  a  été  d'un  avis  différent.  Il  s'est 
adressé  en  conséquence  à  l'agent  anglais*,  à  Han-Keou,  lequel 
esf  du  reste  protestant,  pour  le  prier  d'accepter  les  fonctions  de 
Vice-Consul  d'Italie  et  de  protéger  en  cette  qualité  ses  nationaux 
établis  dans  les  provinces  du  Hou-Pé,  du  Hou-Nan  et  du  Ho- 
Nan.  » 


De  retour  à  Chang-Haï,  M.  de  Luca  adressa  au  Tsoung-li 
Yamen,  le  i5  novembre  i884,  une  longue  communication 
en  anglais,  dans  laquelle  il  annonça  qu'il  était  allé  à  Han- 
Kéou  pour  délivrer  à  ses  nationaux,  afin,  que  le  cas  échéant, 
ils  ne  partagent  pas  le  sort  des  Français,  des  certificats  indi- 
viduels de  nationalité.  Il  avait  délivré  38  certificats  dont  26  à 
des  missionnaires  et  12  à  des  religieuses,  sans  soulever  la 
question  de  protectorat  exercé  par  la  France  sur  toutes  les 
missions  catholiques.  M.  de  Luca  demandait  que  des  instruc- 
tions télégraphiques  fussent  envoyées  à  Pien,  vice-roi  des 
deux  Hou,  pour  qu'il  apposât  son  sceau  sur  les  certificats 
afin  de  leur  donner  plus  de  valeur. 

Un  certain  nombre  de  missionnaires  italiens  eussent  pré- 
féré la  protection  de  l'Italie  h  celle  de  la  France  et  ne 
manquaient  pas  de  témoigner  de  leurs  sentiments  lorsqu'une 


1.   A  M.  Jules  Ferry,  Chang-Haï,  18  novembre  i884. 
a.  M.  Chaloncr  Alabastcr. 


ir.vi.rn  (}'\^ 

occasion  leur  clail  fournie,  comme,   par  exemple,   la  visite 
à  Han-Keou,  du  navire  de  guerre,  Crisloforo  (lolomho. 

Le  croiseur  *  Crisloforo  Colombo  partait  le  19  avril  dernier  de 
Cliang-Haï  pour  visiter  les  ports  du  Yanjç-tseu  Kiang. 

Arrivé  le  lendemain  à  Kiang-Yun,  il  poursuivit  sa  route  par 
la  passe  de  Silver  Island,  et  dans  la  même  matinée,  il  jetait  l'ancre 
à  Tclien-Kiang. 

Le  lendemain,  il  continua  à  remonter  le  fleuve,  et  le  23  au  soir 
il  jetait  Tancre  à  Kieou-Kiang,  où  après  un  séjour  de  48  heures, 
il  poursuivit  |X)ur  Han-kéou. 

Le  chef  de  la  mission  italienne  à  Ilan-keou,  Tévéque  \î*'  Car- 
lassare'-^,  se  rendit  à  hord  du  Co/om/>o  aussitôt  qu'il  eut  jeté  l'ancre. 

Le  commandant  du  (hlombo  rendit  l^  visite  à  l'évéque  dans  sa 
résidence  de  Wou-tch'ang,  sur  la  rive  opposée  et  à  quelques  milles 
plus  en  amont  de  Han-kéou. 

Le  commandant  du  Colombo  et  ses  olïiciers  reçurent  des  marques 
de  grande  sympathie  de  la  part  de  tous  les  missionnaires  y  com- 
pris leur  chef. 

Les  sœurs  du  couvent  ont  lu  au  commandant  une  adresse  où 
les  sentiments  patriotiques  alternaient  avec  les  sentiments  de  la 
charité  et  de  la  religion. 

Le  i**"  mai,  le  Colombo  quitta  le  port  de  Han-kéou  et  le  soir  jeta 
l'ancre  à  Kieou-Kiang  d'où  le  lendemain  il  repartit  pour  Wou- 
hou. 

Le  5,  il  partit  de  Wou-hou  et  arriva  le  même  jour  à  Tchen- 
Kiang. 

Le  G,  le  Colombo  quitta  ce  mouillage  et  arriva  le  soir  à  Wou- 
soung. 

Le  12,  au  matin,  le  Colombo  était  de  retour  à  Chang-llaï  où  il 
reprit  son  mouillage^. 


î.  flalie,  lO  juillet  i885. 

M.  (Jarlassarc,  h.piphnne^  né  à  Monlocchio.  diocèse  de  A  icencc,  30 
juin  i8'ii  :  frère  mineur;  évoque  de  Nïadaura  (Nuniidio),  vicaire  aposl»"»- 
lique  du  llou-Pé  oriental.  18  juin  i88'|. 

3.  Un  article  parut  également  dans  le  Popolo  romano,  du  i(>  juillet, 
donnant  le  texte  de  ralloculioii  des  sieurs  au  nombre  de  i3,  ayant  à  leur 
tète  la  sœur  Paoln  A  isniaru. 


•'rv 


O.Vl  ^'^'     IMlOTKCTOrtXT    DKS     MISSIONS 

Modèle  des  (Jcrtijii'dls  ihdirns 

Si  ccrlilica  (la  Noi  (jiii  sollosrrilto.  Inviato  Straordinario  e.Mi- 
nistro  Plenipolcnziario  di  S.  M.  il  Ile  (l'ilalia  in  Cina,  clic  il 
inissionhrio  l'o^^o  di  " 

0  di  iialo  in  (llalia)  nelT  annn  i8 

non  è  IVanccso,  mh  o  siiddito  italiano  e  conio  talc  rcgislrato  al 
no  nel  Hegislro  dci  Nazionali  presso  il  Gonsolato  d*Italia 

a  Shang-hai. 

Shanghai,  novembre  188/4. 

Il  y  avait  environ  72  missionnaires  iudicns  on  (]hino. 
M.  Mancini*  déclara  à  notre  ambassadeur  près  du  Quirinal, 
M.  Dccrais,  qu'il  approuvait  la  conduite  de  M.  de  Luca  cl 
que  «  d'après  ses  informations,  le  Vatican  s'clail  montré 
reconnaissant  de  Tintérét  que  le  Minisire  du  Uoi  avait  montré 
en  ces  circonslances  aux  religieux  ses  compatriotes.  » 
(février  i885).  Le  gouvernement  du  roi  llumbert  avail 
fort  à  cœur  cette  question  et  en  juin  i885,  le  ministre  des 
Affaires  étrangères  d'Italie  présenta  au  Sénat  un  projet  de 
K)i  tendant  à  organiser  le  protectorat  catholique  en  Afrique, 
en  Orient  et  aillem's  au  profit  de  Tlt^ilie. 

Le  préfet  de  la  Propagande  opposa  un  démenti  absolu 
aux  paroles  de  M.  Mancini  et  déclara  :  «  Le  Saint-Siège  ne 
croit  pas  possible,  en  raison  des  cinx^nst-ances,  a  aller 
jus([u^'i  une  nouvelle  protestation  publi(pic,  sentant  très  bien 
qu'on  pourrait  facilement  en  prendre  prétexte  pour  surexci- 
ter contre  le  Pape  le  sentiment  national.  »  Le  secrétaire  de 
la  Propagande,  M"^  Jacobini,  disait  que  des  instructions 
allaient  cire  cFivoyées  aux  missionnaires  italiens,  les  invitant 
à  recourir  autant  que  possible  exclusivement  aux  bons  olïices 
de  rLvéque  français  de  Pé-King  (5  février  188.")).  Le 
\  atican  et  la  Propagande  en  particulier  n'avaient  guère  de 
raisons  de  se  tourner  vers  le  Quirinal  ;  en  janvier  1885,  le 

I.   Mancini,  Pascnl-Sianisl'is,   iw  à  (lu^iol-IUronia,    près  d'Ariano, 
|e  17  niars  1817;  mort  à  Capodimonlc,  uC»  <it*cembre  1888. 


Tribunal  siipirinc  do  Homo  on  ail  roFulamnr  la  Propaf^Miulo 
h  converiir  ses  biens  iniinonbles  en  renie  italienne. 

Le  voyage  de  Tabbé  (linlanelli  à  Pé-King  avait  fail  courir 
les  bruils  les  plus  laebeux  an  sujet  de  noire  prolerloral.  Le 
7  juillet  1885,  le  (lardinal  sccrélaire  d'Klat  et  le  Préfet  de 
la  Propagande  avaient  atlirnu;  1res  catégoriquement  à  noire 
ambassadeur,  M.  Lefcbvre  de  lîébaine,  cpie  le  (labinct  de 
Pé-King  n'avail  fait  aucimc  démarcbe  auprès  du  Valican 
pour  obtenir  la  suppression  du  protectorat  exercé  par  la 
France  sur  les  missions  de  (lliine.  Le  Préfet  de  la  Propa- 
gande déclarait  en  (jutre  ((u'il  ne  songeait  pas  a  renoncer 
au  proteclorat  français  et  exprimait  en  même  temps  le  désir 
que  noire  protection  soit  a(ii\e  et  aussi  elVu\'ice  cpie  Tavait 
été  durant  les  derniers  é>énements  la  pnitectitin  exenn'e  pour 
notre  compte   par  les  Russes. 

l  n  connuunûpié  oIVkm^'I  du  Minuteur  de  Honic  démentait 
les  allégations  du  Times  en  ce  qui  concernait  notre  protecto- 
rat des  missions  catboliques. 

D'après*  des  nouvelles  de  Pé-king.  le  Times  met  en  relief 
rexcellent  cllcl  produit  jku*  la  i<»ltre  du  Saint-Père  à  rKiiipereur 
de  Oliine.  S.  M.  L  rejetterait  les  propositions  françaises  au  sujet 
du  prot(»cloral  des  missions  calholi([ues,  proteclorat  dont  le  gou- 
vernement fran(;ais,  au  dire  du  rorres|)ondant  du  Times,  abuse- 
rait dnns  im  but  [)oliti(pir.  l/empereur  aurait  en  outre  riiit(*nlion 
d'accréditer  un  and)assa(l(MU' auprès  du  \  atican  et  d'accepter  um» 
nonciature  stable  auprès  de  la  (lour  <le  Pé-King,  dans  le  but  de 
sauvegarder  les  intérêts  des  callioli(|ues.  Kniin.  le  Times.,  louant 
riiabilelé  du  légal  pontilical.  eu  présage  une  amélioration  en 
faveur  non  seulement  des  callioli(|U(\s,  mais  aussi  des  protestants. 

li't^ssenuitnre  Homnno  de  ce  soir»  reproduisant  ces  nou\ elles  du 
Times,  conlîrme  revcellente  impression  (pie  la  lelln»  pontificale 
a  produite  sur  renijM'reur  «le  (iliineel  snrsadour,  mais  il  déclare 
dé|)our>ues  de  fondement  tontes  les  autres  nonxelles  du  journal 
anglais. 

1.   Moniteur  de  Home,  i5  juillet  i88ô. 


.»'.i'«i"^J  »  n ip  I*  1 1  '^•■Z'^mr'  i.^VTf,  '«■TT» 


(i-V)  LE    PUOTECTOnVT    DKS    MISSIONS 

Le  démenti  *  (juc  nous  avons  opposé  liicr  avec  VOsservatare 
Romano  aux  nouvelles  du  Times  relalivenieni  à  la  substitution 
du  protectorat  français  dans  rExlrèmc-Orient,  mérite  une  atten- 
tion toute  particulière.  Il  a  une  iniportance  politique  de  premier 
ordre.  Le  gouvernement  français  peut  \oir  à  quel  point  le  Saint- 
Siège  respecte  les  traditions  de  la  France  dans  les  missions,  malj^ré 
le^  écarts  et  les  fautes  de  la  République.  Pourrons-nous  espérer 
qu'il  en  tiendra  compte  et  qu'il  réparera  les  errements  du  passé, 
en  sauvegardant  en  même  temps  les  intérêts  de  l'avenir  ? 

Dans  tous  les  cas,  les  informations  du  Times,  quoique  fausses 
dans  leur  teneur  actuelle,  ont  un  fonds  de  vérité  qu'il  ne  faut  pas 
dédaigner.  C'est,  sous  une  autre  forme,  une  nou>elle  tentative 
de  ravir  à  la  France  son  protectorat  catbolique,  qui  constitue  la 
garantie  la  plus  précieuse  de  son  influence  dans  les  colonies.  Ce 
danger  ou  cette  menace  se  dresse  et  se  multiplie  sur  tous  les 
points.  Il  n'est  plus  permis  d'en  douter,  on  fait  une  concurrence 
impitoyable  à  la  France.  Si  le  gouvernement  français  veut  con- 
jurer ce  péril,  s'il  entend  sauvegarder  l'héritage  glorieux  des 
Richelieu  et  des  Napohîon  !•',  son  premier  devoir  est  d'enrayer  le 
mouvement  qui  semble  pousser  la  France  vers  la  séparation  de 
l'Église  et  de  l'État.  Le  jour  où  il  oublierait  ce  devoir  patriotique 
marquerait  la  fm  du  protectorat  catholique. 

Cependant,  quelques  Puissances  s'agitaient  à  !¥-King; 
rAngleterrc,  rAllcniagne,  Tltalic  et  même  la  Belgique 
encourage^iient  depuis  plusieurs  mois  la  (]our  chinoise  à 
nous  contester  les  droits  spéciaux  découlant  pour  nous  du 
Protectorat  :  la  Russie  et  TElspagnc  s'ahst(Miaient  ;  les  eiïorts, 
dont  ranioindrisscnicnt  de  notre  influence  en  Chine  était 
l'objectif,  étaient  concentrés  à  Londres  et  favorisés  par  le 
cardinal  Manning  qui  professait  peu  (raniitié  pour  notre 
pays  :  rarchevèque  de  Westminster  faisait  cause  coninuinc 
avec  le  marquis  Ts'éng,  charge  d'engager  directement  a>ec 
le  Pape  la  question  de  la  renonciation  du  Saint  Siège  à 
notre  protectorat. 

La  lettre  suivante  de  notre  ambassadeur  près  du  Saint- 

I.  Moniteur  de  Borne,  16  juillet  i885. 


04, 
Sii'go,  ndro^scc  à  M.  ili^  l'Vfjcinct,  exjtoso  bien  les  i<lé<?s  dii 
Valicaii  : 

Home,  le  çf  M-jiti!inbre  i885. 

MOSSIKVH  l-K  MiMSTHK. 

Uii  Membre  du  Sacré-(iiilli'-f;o  (|iii  prciiil  habit  net  lement  une 
]inrt  arlive  aux  travaux  de  la  Projiagandc  a  inlrr|M:llé,  il  y  n 
c|iicl(|iie!'  jours,  n  litre  coiilidcnliel.  le  (lardinal  Siiitcoiii  fi  propos 
des  bruits  relalifsà  la  suppresMOii  du  Proteeloralquc  la  h'rnnce 
exerce  sur  les  iiiissioDs  ralli(>li(|iics  en  Chine.  I>R  Préicl  de  la  l'ro- 
[ia)^nde  n  n'ponilii  nvec  nutaiil  de  simplicité  (|ue  i)e  nGlIclû  aux 
inlerrofia lions  i{ui  lui  étaient  faites. 

Des  détiiils  (jnî  m'ont  été  fournis  à  hi  suite  de  cet  entretien,  je 
dois  conclure  (pie  la  (piestion  n  été  tout  au  mnins  l'objet  d'nn 
sérieux  écban;;c  d'iili't's  entre  le  Souverain  l'ontife  et  le  (Cardinal 
Sinieoni.  a  .l'ai  démontré  au  l'a|>e,  aurait  dit  son  Kmïncncc. 
rjue  tous  ces  beaux  projets  tendant  à  nous  soustraire  il  In  protec- 
tion de  la  l-'raiKT.  dans  I  TAlrèuie-Oiieiit.  lionl  ^aills  l't  ne 
reposent  sur  rien  de  sérieux,  aucun  gouvernement  u'ctnnl  en 
mesure  de  nous  oITrir  les  ^arnnlies  «iiie  nous  trouvons  dans  l'action 
de  la  Kranee.  (|neh|ue  pénible  d'ailleurs.  (|nc  doivetit  i'tre  trop 
souvent  pour  le  Saint-Sii-^-u  les  effets  de  la  [politique  religicnsi- 
de  la  ltépubli([ue  h  l'intérieur,  a 

C'esl  II-  mènie  onlre  d'idt'-es  ipie  m'ataient  déjà  développe  !r 
cardinal  Jiirobini  et  le  SiTcrétaire  de  la  l'ropa^'ande.  <>  Nous  lier 
puremcnl  cl  simplement  à  In  (lliicie.  nous  ne  saurions  y  sonj^er. 
ni'nvflit  (lit  r.\i'chevé<juedeTvr:  il  est  très  certain  ipie  les  canons 
de  l'Éfilise  ne  nous  pro léseraient  |>as  du  tout  contre  les  retours 
olfensifs  du  Céleste  Kinpire;  dés  lors  il  faudrait  nous  adresser 
au\  diverses  l'uissiuices  euio|it'einies  et  nous  scrioTis  ainsi  conduits 
de  toute  mVessité  a  solliciter  surtout  les  Iwns  ollices  île  l'Italie 
toujours  ]U'éle  à  nous  les  oiTrir.  Mais  cela  nous  coi'itcraîl  bien 
cher  et  le  tlalu  tjini  est  de  Iwaiiroup  préférable.  » 

Telle  est  lu  sllnation  aujourd'hui.  Monsieur  le  Ministre,  l.e 
fait  cpi'on  a  pu  et  ili'i  env  isa<,rer  un  \  alicun  certaines  éventualités, 
n'en  reste  )ias  moins  fort  (;rave,  cl,  je  ne  crois  |ias  nécessaire  île 
m'éleinln-  sur  l'intérêt  ipienons  avons  à  suneiller  nitenlivemeni 
les  im'ni''es  (pu-  les  adversaires  de  ni)tre  Protectorat  [mursuiveiit 
avec  le  concours  de  lu  diplomatie  diinoise  avant  [)onr  avocat  eu 
cour  de  Konie  le  cardinal  Mamiing,  (pie  son  compatriote  le  car- 


r)'|S  i.K   im;otkctoh\t   hks  missions 

(linai  Howard  drrlarail  nVcnnnciil  rin*  le  |>liis  dan^'crcuv  socia- 
lislo  de  l'Europe. 
A  cuillez,  elc. 

(Si•^^)  l\d.  Lefel)>re  de  Bkiiaim: '. 

Dans  une  andionce  acconlée,  le  ii  «xMobre  iSS.'),  par  io 
pajio  à  notre  anihassadeiir*  Léon  \lll  parlant  des  nii>sions 
de  rKxIrènieOrienl  el  di'<  hniils  relatifs  aux  soi-disiuils 
|)onrparl(4's  de  la  (ihine  avec  la  ehanceilerie  ponlilltMle,  lui 
(Itrlara  : 

«  Kn  nie  remerciant,  érril  M.  LeCehM-e  de  Réliaine-.  des  der- 
nièr(*s  libéralités  de  la  népuhlitpie  pour  la  Pro|>ai;ande,  Léon  \lll 
m'a  parlé  du  récent  départ  du  Père  (îiulaïK^lli  |)our  le  (iheii-Si, 
me  Taisant  nMuarcjuer  ([ue  ci*tte  |)ro>ince  est  trop  éloi;inée  do 
Pé-jvin*^  pourcpi'ou  puisse  prétendre  (pie  le  nouveau  \icaire  a])Os- 
tolicpie  est  chargé  de  suivre  les  néi^^tciations  di|)lomatiques  dont  il 
a  été  parlé  ilans  In  pressi».  «  Nous  n'a\ons  rien  l'ail  de  tout  cela  ».  a 
conclu  le  Souverain  Pontile,  nous  nous  tenons  simplement  prêts, 
attendons  les  éxénements  »... 

Je  n'ai  j)as  insisté,  car  il  est  clair  (pie  le  Pa|>e.  en  |)roiionvanl 
CCS  mots,  soni;eail  à  ré\enlualilé  (pie  \isent  en  ce  moment  cer- 
taines leuilles  républicaines  de  Paris,  de  la  dénonciation  du  (lon- 
cordal. 

Le  coup  (|ne  Ton  xoulail  |iort(4'  à  notre  [)r(>tert(»rat  des 
Missions  était  [laré  pour  cette  l'ois,  mais  le  \ati<*an  a\ait 
examiné  réventnalilé  (Tun  pr()t(H't(»rat  niniliple,  din\c,  il 
avait  faibli  dans  Taiipui  (pi'il  nous  donnait  ;  (Tautre  part, 
nos  titres  de  possession  étaient  bien  pivcaires.  ()node\ien 
draient-ils,  lorscprnne  puissmee,  occidentale  se  serait  mise 
d'acTord  a  la  lois  avec  le  Vatican  el  aNec  la  (ibine?  Nous  le 
verrons  avant  longtemps. 

1.   L(?f«'li\r(;  il(;   B(';li.iiiic,    l'Idoutud-Alphonst',  (xnntc.  ik'  le  3i   mars 
1839;  aiiiliassadeur  pr«'s  ir  Saiiil-Si<'gc,  3o  octobre  iî<8a. 
'i.   lloinc,  i3  octuhro  i885. 


Lu    GÉNÉALOi 


P'ou  Wei, 
fils  de  Tsai-Ying; 

donné 
*.omme  fils  adoptif 

poslhume  à  son 
incle  Tsai  Tch'êng. 


1 
Tsai  Han, 

duc, 
oii  jeune. 


11 


^jon  est  marquée  par  un  A. 


KouANG  Siu,  Jî^actère  est  également  celui  du  7*  prince 

TsaiTien,  lutorisé  h  le  garder  par  décret  de  Tlmpéra- 

Empereur,  ^vq^j^  spéciale,  quoique  frappé  de  taboo  et 

jfc  jr  le  caractère  (a). 


m 


V 


■r 


TAIÎLK  l)i:S  MATIKHi:S 


Ghaphhf  I. 

ClIAPITRK    II, 


(hlAPITKF    m, 
ClIAPITIlE    IV. 

Chapitri:   N  . 


(illAPITUK     NI. 


(Ihapnke  VII 


ClIAPfTKK  NUI 

(lllAPITRi:  I\. 

(]||APIIKE  \. 

Chapitre  \Ï. 

(lllAPITKK  \ll. 

(Chapitre  Mil, 


Axmcraenl  de  Kouang-Siu i 

Corps  cli{ilo[natiqiic  étranger.  —  Télégra- 
plies.  —  Lieoii  Koiicn-i.  —  Japon.  — 
Anna.  —  Carisbrooke  —  Altcntats 
divers 20 

AlTairrs  de  missionnaires 3a 

I/afTaire  Margarv !\\ 

Nouvel  an  cliinois,  1870.  —  Porlugal.  — 
Trail<^'  de  Kang-lloa.  —  Wen-Siang.  — 
M.  Brenicr  de  Monlmorand.  —  AfTairo 
de  Ning-Kouo  Fou.  — Chemin  de  fer.  — 
Corps  diplomatique  chinois 96 

Nouvel  an  cliinois,  1877.  —  Nouveaux  ports 
ouverts.  —  Deuil  de  T'oiing-Tché.  — 
Lettres  de  créance.  —  Famine.  —  Con- 
vention d'émigration,  —  M.  de  Espafia.    .        ii4 

Le  inanpiis  Ts'èng.     —  Disgrâce  de    Lieou. 

—  Li  Foung-pao.  —  Vicariat  a|)ostoliqiie 
du  Kan-Soii.  —  Augustins  espagnols.  — 
Départ   de    M.    lîrenier  de   Montmorand. 

—  M.    Palenolre.    —    Légation    d'Italie. 

—  Armements  de   Li   Houng-tchang.   — 

M.  hourée i33 

Traité  allemand.  —  Traités  américains.  .      .  i '|8 

I/alluire  de  Kouldja ilîa 

L'alTaire  d(;  Kouldja  Çsuiic) i83 

L'alï'jiire  de  Kouldja  (sui/r^ :uo 

L'atlaire  de  Kouldja  (^'0 :>'i'S 

—  l/atfaire  du  Tong-King;  marquis  Ts'èng. 
—  La  FraïKMî  au  Tong-King.  —  L'évéquc 
d'AdfHu  et  (iialong.  —  La  Hestauration 
et  (^haigneau.  —  (Conquête  de  la  Hasse- 
(lorhineluiie.  —  Traité  de  Saigon,  i8<)a. 
—  Exploration  du  Mé-Kong.  —  Jean 
Dupiii.K.  —  Francis  («arnier.  —  Traités 
d(?  Saigon.  187'!.  — Communication  du 

M      traité  à  la  (Jliiiie :i^u 


K^'^fVrr^tSir 


'.tt  ■'•'"i 


u"T^~"'?*lï*H 


()5o  TABLE    DKS     M  VTIKRKS 

CiiAPiTRK  XIV.        —  L'alTairc  du  Tong-King  {suite^  aSô 

Chapitre  XV.  —  L'affaire  du  Tong-King  (suite).  3o8 

(Chapitre  XVI.         —  Mort  de  rim()éralricc  de  l'Est  (1881).  — 

Trailé  brésilien.  —  Disgrâce  de  Tso.  — 
Le  P.  Grimaud 3?i2 

Chapitre  XVIL       —  L'aflairc  du  Tong-King  (suite).  33i 

Chapitre  XVIIL     —  L'affaire  du  Tong-King  (suite).  —  Départ 

de  M.  Bourcc(i883). 368 

Chap.itre  XIX.        —  L'affaire  du  Tong-King  (suite).  — Traité 

de  Hué  (Ifarniand),  a5  août  i883.    .     .       38^ 

Chapitre  XX.          —  L'affaire  du  Tong-King (Awi/é?).  —  M.  Tri- 
cou  (i883) 393 

Chapitre  XXI.        —  L'affaire  du  Tong-King  (suite).  —  M.  de 

Semallé  (1883-188/4) 'iio 

Chapitre  XXIL       —  L'affaire  du  Tong-King  (suite).  —  (Con- 
vention Fournier,  11  mai  i88/|.  .     .  431 

Chapitre  WIII.      —   L'affaire  du  Tong-King  (suite).  —   Bac- 
Lé  (23  juin  i88'i) '4^9 

Chapitre  XXI V.     —  L'affaire  du  Tong-King  (suite).  —  M.  Pa- 

Icnôtrc  à  Hué 48o 

Chapitre  \XV.       —  L'affaire  du  Tong-King  (fin).  —   M.  Pa- 

tenôtre  en  Chine ^9^ 

Chapitre  XXVI.     —  Traité  Cogordan  (1886).  —  Traité  Cons- 

lans(i887) 'jôa 

(Chapitre  XXVH.    —  Le  P.  Terrasse.  —  Le  choléra.  —  Affaire 

de  Swatow.  —  Lieou-Kieou  (i883).  — 
Le   Toung-T'ang.  —   Affaire   Conraux. 

—  Affaires  de  Corée  (i884) 576 

Chapitre  XXVIII.  —  Légat  ou  nonce,  à  Pé-King  ?  i885-i880..       691 

Chapitre  XXIX.     —  Transfert  du  Pé-T'ang 6o5 

Chapitre  XXX.       —  Le  protectorat  des  missions 6a5 

Tableau  g^:>'Éa logique  de  la  fa.mille  i.mp^:riale  de  chine. 


CHARTRES.   —   IMPRIMERIE  DURAND,   RUE   FULBERT. 


FÉLIX  ALCAN,   ÉDITEUR 


BIBLIOTHÈQUE  GÉNÉRALE  DES  SCIENCES  SOCIALES 

DKlk  M\Y.  Secrélain*  grm'ral  do  l'Kcolo  ile«  Ilaiilrii  Ktud<>t«  NoriaK*!». 


VOLUMES   PUBLIES: 

L'Individualisation  de  la  peine,  par  II.  Saleilles,  prorcsseur  à  la  Fa- 

ciillé  (le  droit  de  riJniversilé  de  Paris. 
L'Idéalisme  social,,  par  Kiigène  Foiknikkk,  dùpiité. 
Ouvriers  du  temps  passé  (xV  et  xvr  siècles),  par  II.  IIalser,  professeur 

h  rilniversiliî  de  rilermonl-Ferrand. 
Les  Transformations  du  pouvoir,  par  G   Taruk,  professeur  au  Collège 

de  France. 
Morale  sociale.  Levons  professées  au  collège  libre  des  Sciences  so- 
ciales, par  MM.  (î.  Kf.lot,  Marcfx  Hrrnks,  BRrNSCHViC(«,  F.  Ruisson, 

Darlu,  Ûauriac,  Dri.ret,  Cil.  Cidr.  M.  Kovalevsky,  Mai.apkrt,  le  H.  V. 

Mal'mus,  de  Rorkrty,  g.  Sorkl,  le  Pasteur  Wagner.  Préface  de  M.  fCuiLE 

BouTROUx,  de  rinslitul. 
Les  Enquêtes,  pratique  et  théorie,  par  P.  du  Maroissbm.  (Ouvrage 

couronné  par  l'Institut. ) 
Questions  de  Morale,  leçons  professées   h  Tl^^colc   de    morale,   par 

MM.  ItELOT,  Hernès,  F.  RiTissoN.  A.  Croiskt,  Darlu,  Delbos,  Fournikhe, 

Malapkrt,  Mooii,  I).  Parodi,  g.  Sorel. 
Le  développement  du  Catholicisme  social  depuis  Tencyclique  Rerum 

novnnim,  par  Max  Turmann. 
Le  Socialisme  sans  doctrines.    La   Question  ouvrière  H  la   Question 

fiffruire  en  Australie  et  en  Nouvelle-Zélande,  par  A.  Mktin,  agrégé  de 

l'Université,  professeur  à  l'Kcole  municipale  Lavoisicr. 
Assistance  sociale.  Pauvres  et  mendiants,  par  P.  Straitss,  sénateur. 
L'Education   morale    dans    l'Université.    [Enseignement    secondaire.) 

Conférences  et  discussions,  sous  la  présidence  de  M.  A.   Croiset, 

doven  de  la  Faculté  des  lettres  de  l'Université  de  Paris.  {École  des 

hautes  Études  socintes,  1900-1901.) 
La  Méthode  historique  appliquée  aux  Sciences  sociales,  par  Charles 

Seionobos,  maitre  de  conférences  à  Tllniversité  de  Paris. 
L*Hygiéne  sociale,  par  E.  Duclaux,  de  linslitut,  directeur  de  l'Institut 

Pasteur. 

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Le  Contrat  de  salaire,  par  M.  Rureac,  professeur  à  la  Faculté  libre  de 
droit  de  Paris. 

La  Formation  delà  Démocratie  socialiste  en  France,  par  Albert  Méti.n, 
agrégé  de  l'Université. 

La  Méthode  géographique  appliquée  aux  Sciences  sociales,  par  Jean 
Kriiunks.  professeur  à  rUniversilé  de  Fribourg  (Suisse). 

Les  Bourses,  par  M.  Tualler,  professeur  à  la  Faculté  de  droit  de  l'Uni- 
versité de  Paris. 

Le  Monisme  économique  (Sociologie  marxiste),  par  de  Kellès-Krauz. 

L'Organisation  industrielle  moderne.  Ses  caractères,  son  développe- 
ment, par  Maurice  Defoijrmentei.i.e. 

Précis  d'Economie  sociale.  Le  Play  et  ta  met /iode  d'observation,  par 
A.  Delanie,  secrétaire  général  de  la  Société  d'Kconomie  sociale. 


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FÉLIX  ALCAN,  ÉDITEUR 
PUBLICATIONS  PÉRIODIQUES 

REVl  E  PHILOSOPHIQUE 

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REVUE  HISTORIQUE 

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Menilirc  tic  riiintilut,  Mailrc  do  courérruco»  à  l'Hcolo  normale, 
Président  do  la  <>oi>tiou  liisloriqnc  et  j)iiilnlogiquo  à  l'Ecolo  don  haul-es  tHudcst. 

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Annales  des  Sciences  Politiques 

iikci:kil  bimestiukl 

Publié    uvi*c   l;i   «'ollaboratloii   dos   professeurs    ol  des  aiieipiis  éièveft 

<ie  l'école  libre  <tes  Seiences  polltiiiueiji. 

(Du'-septicme  unnêe,  i\)oi) 

COMITK  HF  RKhAC.TION:  M.  Kuiilo  H.mimï,  do  riii-^lilu!.  diroclour  do  l'Koolo: 
M.  \Lt.  ni:  FoMi.i.E,  do  riiiislitiil,  ocinhcillor  iiiaiiro  à  1»  C.oar  do»  cniiiptoK  ;  Ml.  l\.  Smi  u«, 
aiiciou  in>por(our  doK  fiuaui-oii  et  adiniiiUtralour  don  (ioulrituttionn  indirorlo;»  ; 
M.  \lo\aiidro  Uimir.  dôpuU'.  ui)oii*n  niiiiisiro;  M.  li.  IU.i^vi.t,  profe^î>our  à  In  Faculté 
do  droit  ;  M.  MImm-I  S)iiki.,  do  r.\rad«'into  frani-aise;  M  .\.  \  ^-^hm.,  do  rXcadi'inio 
franvaif>o;  M.  Au^.  AfcNAi'nfc,  L>iro»  lour  do  la  Momiaio  ;  .M.  Kinilo  Hoi.aur.ois,  iiiaUrc  di: 
confiM-oncos  a  l'Kotdo  norinalo  *ii|M'Tiouro,  Dirodcur'*  dos»  proupe«  do  (ra\ail.  pro- 
fowcurH  à  l'Fîrtdo. 

HMactfiir  en  chef:  M.   \.  \mli\te. 

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